Le Baroque pyrénéen

Rétable de N-D de Garaison Wikipedia
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La plupart des églises pyrénéennes possèdent un retable baroque richement décoré. Des menuisiers, des sculpteurs, des doreurs les ont fabriqués. C’est parfois l’œuvre de dynasties d’artisans comme la famille Ferrère installée à Astèr (Asté) en Bigòrra (Bigorre).

Le Concile de Trente

Réunion du concile en l'église Santa Maria Maggiore de Trente. Musée diocésain de Trente. © Wipipedia
Réunion du concile en l’église Santa Maria Maggiore de Trente. Musée diocésain de Trente. © Wikipedia

À la demande de Martin Luther et Jean Calvin, le pape Paul III convoque le Concile de Trente en 1542. Il faudra 25 séances étalées sur 18 ans et 5 papes pour qu’il se termine en 1563.

Coup de théâtre, les pères conciliaires condamnent la doctrine protestante et réitèrent des éléments fondamentaux du culte catholique comme la Révélation (la reconnaissance comme authentique des livres comme La Vulgate), la reconnaissance du Péché originel et la Justification (modalités du Salut, ainsi que l’importance des sept Sacrements), le culte des Saints et des reliques et la Transsubstantiation (transformation du pain et du vin en sang et corps du Christ pendant l’Eucharistie).

Parallèlement à l’affirmation de la Doctrine de la Foi, le Concile de Trente essaie de mettre de l’ordre au sein de l’Église. C’est l’interdiction de nommer un évêque avant l’âge de 25 ans (certains le sont à 14 ans !), l’interdiction de cumuler plusieurs évêchés. C’est la réaffirmation de la prééminence de l’évêque, et les ecclésiastiques ont obligation de porter la tenue cléricale.

Les évêques doivent prêcher eux-mêmes ou faire prêcher. La formation des prêtres se fait dans des séminaires nouvellement créés. Mêmes les artistes sont soumis à des règles de décence dans leurs œuvres. De fait, l’Église compte sur les évêques et les curés pour entamer la reconquête spirituelle sur les protestants.

Une révolution ?

Pour l’historienne Régine Pernoud, le Concile de Trente est donc une « coupure entre l’Église médiévale et l’Église des temps classiques ». En tout cas, il marque un incroyable retour du catholicisme à partir du XVIIe siècle. Aujourd’hui l’Église a encore beaucoup de mal de sortir de la rigueur imposée par le Concile de Trente.

En France, la fin du Concile marque le début des Guerres de religion qui opposent catholiques et protestants. C’est lo noste Enric qui y met fin en accédant au trône de France en 1589.

L’art baroque s’invite dans les églises

Sur le plan de l’art, on encourage les images dans un but didactique et pour susciter la dévotion autour du culte des saints ou de la Passion du Christ. L’art religieux de cette période se caractérise par des peintures monumentales et la statuaire rattachée à l’art Baroque.

Cet art domine du XVIIe au XVIIIe siècle en Europe. La décoration des édifices est abondante et fait appel à de riches matériaux comme le bronze ou le marbre. Les plafonds des palais et des églises se couvrent de fresques multicolores qui s’ouvrent sur des scènes célestes ou mythologiques. C’est le triomphe du « trompe l’œil ».

Rétable baroque de l'église de Saint-Etienne de Baigorry attribué à l'Atelier Dartigacave
Rétable baroque de l’église de Saint-Étienne de Baïgorry (64)  attribué à l’Atelier Dartigacave © https://pyrenees.media.tourinsoft.eu

Le peuple est majoritairement analphabète. Pour éclairer sa spiritualité, on orne les églises de peintures de scènes bibliques. Certaines églises peintes subsistent dans les vallées d’Aure et du Louron en Bigorre.

À partir du Concile de Trente, on remanie les églises et on les décore de retables richement décorés de colonnes torsadées, de dorures, de statues, de guirlandes, de corbeilles aux couleurs vives qui sont de véritables catéchismes pour les plus humbles. C’est d’ailleurs une aubaine car c’est ainsi que les peintures du Moyen-âge sont conservées. À l’occasion de la restauration des retables, il est courant d’en retrouver derrière le meuble.

Dans les Pyrénées, l’art baroque est très populaire. Des familles de menuisiers et de sculpteurs prospèrent. Parmi les plus connues, en Béarn, avec les ateliers Dartigacave. En Bigòrra, c’est la dynastie des Ferrère implantée à Astèr.

L’atelier des Ferrère et le baroque

Jean Ier Ferrère, rétable baroque de Pouzac (65), détail © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen
Jean Ier Ferrère, rétable baroque de Pouzac (65), détail © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen

Jean Ier Ferrère (1620-1705) nait à Trobath (Troubat) en vallée de la Varossa (Barousse, Hautes-Pyrénées) dans la province du Comenges (Comminges). À l’occasion d’une commande pour l’église du village, il fonde un atelier à Astèr en 1647. Il se spécialise dans la construction de retables. On en connait une douzaine de sa fabrication dont celui de N-D de Garaison.

Son travail n’est pas toujours facile. Ainsi, on le voit ester en justice pour réclamer le paiement complet du tabernacle qu’il réalise pour l’église de Posac (Pouzac). Il lui faut plusieurs années pour récupérer la somme due. Et ce n’est pas le seul cas.

Le livre de raison de Jean Ferrère nous conte par le détail les travaux qu’il réalise, leur prix et les modalités de paiement. Il y a parfois quelques recettes de remèdes pour se soigner comme celle de la fabrication de l’huile de vers : « Faut ramasser de vers de terre environ une écuelle et les bien laver pour en faire sortir la terre. Etant bien nets et netoyés, on les fait bouillir dans de l’huile d’olive jusques à ce qu’ils soient fondus en partie ou du moins que la substance en est sortie. Cette huile est excellente pour le mal des yeux lorsqu’ils sont fort chassieux ; cette huille les netoye et en oste la douleur et les inflamations ».

La succession de Jean Ferrère
Marc Ferrère, détail du retable baroque de la chapelle Notre-Dame de Roumé à Cieutat (65) © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen
Marc Ferrère, détail du retable baroque de la chapelle Notre-Dame de Roumé à Cieutat (65) © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen

Son fils Marc (1674-1758) poursuit son œuvre et est aussi productif que son père. On lui attribue le tabernacle de l’église de Montrejau (Montréjeau).

Marc Ferrère a deux fils, Jean et Dominique (1723-1809). Jean reprend l’atelier d’Astèr mais on ne lui connait que cinq retables. Son atelier ferme en 1755. Les Archives des Hautes-Pyrénées conservent une série de dessins de retables de Marc Ferrère et de son fils Jean.

Dominique ouvre son propre atelier à Tarba (Tarbes) et produit une dizaine d’œuvres dont le buffet de l’orgue de l’église Saint-Fulcran de Lodève. Il introduit l’utilisation du marbre dans les décors dorés. L’atelier ne lui survivra pas.

Jean II Ferrère, retable baroque d’Asté (65)  © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen
Jean II Ferrère, retable baroque d’Asté (65)  © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen

Au total, en 150 ans de travail, la dynastie des Ferrère produit une soixantaine d’œuvres d’art qui leur sont attribuées avec certitude et qui ornent principalement des églises de Bigorre.

Un musée leur est consacré à Asté.

Serge Clos-versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Le concile de Trente
Maurice Romieu, Les Passions pyrénéennes chantées, 2022.
Fonds Ferrère (ADH-P 65) : Les dessins et estampes
Gallica, Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées | 1931-07-01 | Yroise
LA MAISON DES FERRÈRE CENTRE D’INTERPRÉTATION DU BAROQUE PYRÉNÉEN – Baroque Pyrénéen

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