Roger-Henri Expert, le grand architecte

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Roger-Henri Expert est un des plus grands architectes de la première moitié du XXe siècle. Il témoigne en particulier d’un bel équilibre entre le classique et la modernité. Pourtant, il n’est pas très connu en Gascogne.

Les études de Roger-Henri Expert

Roger-Henri Expert (1882-1955) © Arcachon Nostalgie
Roger-Henri Expert (1882-1955) © Arcachon Nostalgie

Roger-Henri Expert nait le 18 avril 1882 à Arcachon. Son père,  Pierre Albert Expert a 35 ans, il est négociant. Sa mère, Pétronille Marguerite Dupuch a 26 ans.

Roger-Henri Expert fréquente l’école et le collège de sa ville, puis, à 18 ans, il entre à l’École municipale des beaux-arts de Bordeaux pour appendre la peinture. Deux ans après, grâce à une bourse, il part aux Beaux-arts de Paris apprendre l’architecture. Vite, il collectionne les médailles et les prix dont le Prix de Reconnaissance des architectes américains en 1911 pour son projet Décoration d’une promenade publique dans une ile, ou le Second Grand Prix de Rome en 1912 pour Un Casino dans une ville thermale. Et il obtient son diplome d’architecte.

Il restera en lien avec l’école parisienne puisqu’il y sera professeur et membre des anciens élèves.

Les premières réalisations de Roger-Henri Expert

André Granet
André Granet (1881-1974) © Cité de l’Architecture et du Patrimoine

Notre architecte récemment diplomé ouvre un cabinet à Paris avec son ami André Granet (1881-1974) architecte aussi et passionné d’aéronautique.

En 1921, reçu au concours, Roger-Henri Expert devient « architecte des bâtiments civils et palais nationaux », c’est-à-dire un architecte spécialisé dans la restauration et la mise en valeur d’un bâtiment. Ce poste deviendra à la fin du siècle celui d’architecte en chef des monuments historiques.

Il reçoit alors la responsabilité de la manufacture des Gobelins et du palais du Louvre. Puis il est en charge, comme architecte en chef, de l’Observatoire et du Panthéon.

Villa Kypris, Arcachon (1926) © POP

Le travail ne manque pas et il reçoit de nombreuses commandes. Par exemple, à partir de 1924, il aménage l’hôtel de ville de Reims.

Il garde un lien fort avec son pays et d’ailleurs il n’est pas oublié. Ainsi, il participe en 1925, aux plans de l’Atrium-Casino et de l’hôtel Splendid de Dax.

De même, il construit cinq villas dans le basin d’Arcachon, dont la villa Téthys (Pyla-sur-Mer) inscrite aux Monuments Historiques et la Villa Kypris (quartier du Moulleau, Arcachon). Cette villa allie l’Art Déco en vogue alors à des formes plus classiques. En particulier, elle s’inspire des villas de l’architecte Andrea Palladio (1508-1580) et présente même un bas relief représentant la naissance d’Aphrodite avec l’inscription « Kypris ».

L’ambassade de Belgrade

Ambassade de France à Belgrade
Ambassade de France à Belgrade (1928-1932) © Wikipedia

La beauté et la fraicheur des villas arcachonnaises augmentent la renommée de Roger-Henri Expert. En conséquence, entre 1928 et 1932, il construit l’ambassade-résidence de France à Belgrade (Serbie), considérée comme un chef d’œuvre Art Déco. Les observateurs apprécient la « justesse des proportions, l’élégance et la richesse des détails, la simplicité des lignes ».

Le sculpteur toulousain, Carlo Sarrabezolles, grand ami d’Expert, et le yougoslave, Pierre Palavitchini, se chargent de la décoration. En particulier, les reliefs relatent des personnages de l’histoire française : Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Louis XIV, la Révolution.

L’endroit est magnifiquement situé et une vaste terrasse permet de voir le nouveau Belgrade (Novi Beograd) ainsi que les cours du Danube et de la Save, son principal affluent.

L’Exposition Coloniale Internationale

Le Cactus, fontaine monumentale lumineuse à l'Exposition Coloniale de Paris en 1931 Wikipedia, archi : Granet & Expert
Le Cactus, fontaine monumentale lumineuse à l’Exposition Coloniale de Paris (1931). Archi : Granet & Expert © Wikipedia

Du 6 mai au , une grande exposition a lieu à Paris, à la porte Dorée et au bois de Vincennes. On construit pour cet évènement de nombreux monuments représentant les diverses colonies. Un ensemble qui s’étend sur 110 hectares, accueille 200 pavillons. On construit le musée des Colonies et son aquarium tropical. L’exposition est un succès avec 8 millions de visiteurs.

Roger-Henri Expert et son associé André Granet se voient chargés de l’éclairage de l’ensemble. Ils développent des éclairages de « signalisation », d’autres « d’utilité générale », et, un éclairage décoratif avec des formes de boucliers ou de lotus. D’ailleurs, ils ne manquent pas d’imagination et inventent des voutes d’eau lumineuse, des ponts de palmes, les fontaines des Najas, du Cactus, de la Grande fleur…

C’est si réussi que l’on inscrit dans le rapport général que c’est « la plus belle des attractions nocturnes de l’Exposition ». Il faut dire qu’on est à l’époque de la « fée électricité ».

Quelques autres réalisations de Roger-Henri Expert

Eglise Sainte Thérèse de Metz (1938-1953), Metzcatholique.fr
Église Sainte Thérèse de Metz (1938-1953), © Metzcatholique.fr

Roger-Henri Expert construit en béton. C’est l’époque et c’est aussi une de ses signatures.  Par exemple, il dessine l’église Sainte-Thérèse à Metz, en 1938 (sa construction ne sera achevée qu’en 1953 à cause de la guerre). Elle est immense : la nef est longue de 77 mètres et haute de 30 mètres. Et elle possède une flèche de 70 mètres. Le peintre mosellan Nicolas Untersteller réalise 1 600 mètres carrés de vitraux. Elle sera surnommée « Notre-Dame-du-Béton ».

Ses travaux sont divers. Par exemple, il participe à l’aménagement du paquebot Normandie entre 1932 et 1935 et l’équipe d’un intérieur luxueux et raffiné. Il construit le pavillon du Tourisme et celui des Chemins de fer pour l’exposition de la Houille blanche de Grenoble.

Si vous vous promenez au Trocadéro, à Paris, vous pourrez admirer les bassins et fontaines qu’il a bâties en 1937. Il construit encore, avec Pierre Patout, le Pavillon de la France pour l’Exposition internationale de New York en 1939. Etc.

Cependant, l’homme n’oublie pas son pays et il est aussi architecte de la Ville de Bordeaux de 1930 à 1951, et membre du comité des architectes conseils de la Ville.

La vie personnelle de Roger-Henri Expert

Carlo Sarrabezolles (1888-1971)
Carlo Sarrabezolles, l’ami (1988-1971)

L’homme est mince, d’allure sportive. Il porte une petite moustache. Il est toujours très bien habillé. Jeune, il porte souvent un costume de flanelle grise, une cravate blanche ornée d’une perle et une canne à pommeau d’ivoire. Bref son élégance est si notoire que certains attribuent son allure british à ses origines ouest-gasconnes.

Il invite chez lui les grands artisans et artistes originaires du Bordelais. Son grand ami est le Toulousain Carlo Sarrabezolles (1888-1971). Pourtant, Roger-Henri Expert est très discret et ne parle que peu de ses amis et de sa famille. D’ailleurs, on ne sait que peu de choses sur sa compagne, Suzanne Daidé, surnommée Suzy, qui, pourtant, l’accompagnait fréquemment.

Portrait de Suzanne Daidé dite « Suzy », l’épouse – Carlo Sarrabezolles (vers 1930), © Musées de Reims

Ses lettres personnelles permettent toutefois de relater une anecdote. En 1930, le sculpteur Carlo Sarrabezolles (1888-1971), l’ami fidèle, exécute un portrait de la très belle Suzy, qui vient d’épouser Expert. Mais, la jeune femme n’aime pas ce buste sans yeux (elle avait un beau regard réputé pour sa profondeur). Le jeune époux intervient pour exhorter son ami à satisfaire sa femme : « Cette jeune femme me fait savoir que son doux sculpteur est encore plus entêté qu’elle : ça doit être assez curieux ce face à face. Il parait que le buste vient épatamment mais que les yeux, dans les yeux, tu ne veux en aucun cas les ouvrir. Mon vieux sculpteur, ouvre l’oeil, ouvre les yeux, si tu veux rester bien avec ma femme. »


Roger-Henri Expert meurt au château de Calvimont, dans la commune de Cérons (Gironde), le 13 avril 1955. Il est inhumé au cimetière d’Arcachon, carré 15.

Sa ville lui rend hommage en nommant la place centrale entre les halles du marché et la plage, Place Roger Expert.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Expert, Roger-Henri (1882-1955), Centre d’archives d’architecture contemporaine Archiwebture
Exposition internationale et coloniale de Paris, 1931 : fontaines et illuminations, porte Dorée, Paris 12
Expert, Roger-Henri, biographie de Marie-Laure Crosnier Leconte, AGORHA
Roger-Henri Expert. Le Dessin et la lumière, Raphaëlle Saint-Pierre, Pierre Maurer.
André Granet
Arcachon Nostalgie
Église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus de Metz
Les arts décoratifs et les artistes Gascons

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