Les milices provinciales

Se défendre a toujours été une préoccupation des communautés et des états. Le moyen le plus efficace de trouver des soldats sans avoir à les rémunérer comme des troupes permanentes, c’est de lever des milices.

Des milices communales aux milices provinciales

Au Moyen-âge, les villes qui ont obtenu une charte de franchise de leur seigneur peuvent souvent lever des milices communales, organisées par quartiers ou par professions et dirigées par des capitaines nommés par les consuls. Toutefois, seules les communes entourées de remparts peuvent le faire.

Leur rôle est d’assurer la police à l’intérieur de la commune, et de la défendre en cas d’attaque extérieure. Leur armement est rudimentaire et on ne fait appel aux milices qu’en cas de besoin. Elles participent aussi à l’armée de leur seigneur lorsqu’il effectue des levées d’hommes pour compléter son ost (armée). La commune leur fournit un équipement plus complet, si elle le peut.

C’est ainsi que les milices de Toulouse, sous les ordres du comte Raymond VI, participent à la bataille de Muret en 1213. Elles y sont d’ailleurs massacrées !

Compléter l’armée du roi

Le marquis de Louvois, fondateur des Milices
Le marquis de Louvois, fondateur des Milices, Wikipédia

Pendant la Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), le ministre de la guerre de Louis XIV a l’idée de lever des milices provinciales pour compléter l’armée du roi afin d’aider à tenir les villes fortifiées. L’idée n’étant finalement pas si mauvaise, on reconstitue la milice provinciale pendant la guerre de succession d’Espagne (1701-1714).

Une ordonnance royale du 25 février 1726 organise les milices provinciales en troupe permanente pour « avoir toujours sur pied dans l’intérieur du royaume un corps de milice qui, s’exerçant pendant la paix au maniement des armes, sans déranger les travaux qu’exige l’agriculture, ni sortir des provinces, pût être prêt à marcher sur les frontières pour en augmenter les forces dans les besoins les plus pressants de l’État ».

De nouveau, l’ordonnance du 4 aout 1771 recrée les milices qui forment des régiments provinciaux.  Puis, abolies en 1791, on les remplace aussitôt par les levées révolutionnaires et, finalement, par la conscription avec la loi Jourdan du 8 septembre 1798.

Les régiments provinciaux

Ce sont des jeunes gens célibataires de 16 à 40 ans, recrutés par tirage au sort pour une durée de 6 ans, qui forment les régiments provinciaux. Le tirage au sort se fait au chef-lieu de la circonscription, en présence de l’intendant ou de son subdélégué. Chaque communauté doit fournir un effectif proportionnel à sa population.

Les motifs d’exemption sont nombreux : l’état d’ecclésiastique, l’état de noblesse, l’état de chef de famille, subvenir aux besoins de la famille à la place d’un père malade, l’âge, les infirmités physiques, le fait d’être domestique d’un noble, etc. En général, les exemptions représentent 28 % des hommes en état d’être appelés.

Le tirage au sort

Le tirage au sort des miliciens
Le tirage au sort des miliciens

On dispose des billets blancs et noirs dans une urne. Un billet blanc signifie l’exemption jusqu’au prochain tirage. Un billet noir, c’est 6 ans de service. On se livre alors à un trafic (quand il n’a pas lieu avant le tirage au sort). Des corporations d’artisans paient des gens pour remplacer leurs ressortissants. Des communautés ou des particuliers en font autant pour conserver leurs enfants chez eux. Après tout, ce n’est pas si difficile, il y a toujours des volontaires pour toucher de l’argent, fuir la pauvreté, effacer des dettes ou quitter un foyer oppressant.

Un soldat touche 5 sous par jour, revient dans sa famille pour les gros travaux agricoles, effectue des périodes de service comme les réservistes d’aujourd’hui. En dehors des périodes d’entrainement des compagnies, les miliciens sont libres, à la condition de prévenir les autorités. À la fin de leur service de 6 ans, ils sont exonérés d’impôts royaux pendant 2 ans.

En raison de leur position frontalière et de la surveillance des frontières, les Quatre-Vallées ne sont pas soumises à la milice.

Il n’en reste pas moins que les milices sont impopulaires car on ne comprend pas pourquoi le roi a besoin de soldats en temps de paix. Beaucoup de jeunes gens tentent de se soustraire au tirage au sort par la fuite dans les bois. D’autres désertent. Les communautés étant responsables de leurs miliciens, elles doivent les remplacer en cas de désertion ou de mort en service.

Levée des milices en Gascogne

Chaque intendance fournit des bataillons organisés géographiquement. Le régiment de Bordeaux comprend les bataillons de Nérac et de Villeneuve d’Agen. Le régiment de Marmande les bataillons de Marmande et de Libourne.

La généralité d’Auch, qui doit fournir 1 420 soldats, organise le régiment d’Auch qui se compose des bataillons d’Auch, de Saint-Gaudens et de Saint-Sever. On voit bien qu’elles prennent soin de lever des milices au plus près de chez elles.

Miliciens en uniforme
Miliciens en uniforme

Cependant, la levée reste très inégale selon les généralités. Si celle d’Auch fournit 1 420 miliciens sur une population estimée à 887 000 habitants, celle de Montauban fournit 2 840 miliciens pour une population estimée à 543 000 habitants.

Tous les moyens sont bons pour le recrutement. À Condom, un huissier assigne le seigneur et les consuls de La Capèle. En représailles, on l’arrête et le conduit à Lectoure pour remplacer un milicien que doit fournir la communauté. Il ne doit son salut qu’au fait que les huissiers sont exemptés de milice !

À partir de 1778, on rattache les bataillons des régiments provinciaux à un régiment professionnel sous le nom de « bataillon de garnison ». Les bataillons du régiment de Bordeaux sont ainsi rattachés au régiment de Guyenne, au régiment d’Aquitaine et au régiment du Médoc. Ceux du régiment de Marmande sont rattachés au régiment d’Armagnac et au régiment d’Agénois.

Les bataillons du régiment d’Auch sont rattachés au régiment de Navarre et au régiment de Béarn. Un bataillon supplémentaire est levé dans la Généralité d’Auch et dans celle de Bayonne.

Les « Bandes béarnaises »

En Béarn, le recrutement des milices se fait différemment : selon des règlements fixés au For du Béarn.

Il n’y a pas de tirage au sort comme dans le reste du pays. Les consuls sont les seuls interlocuteurs du roi en matière de défense. Chaque communauté doit fournir un nombre précis de miliciens et c’est la communauté qui les choisit. L’engagement se fait devant trois témoins.

Siège de Fontarabie en 1638
Siège de Fontarabie en 1638 avec la participation des Bandes béarnaises

Les bandes béarnaises, fortes de 6 000 hommes, servent à Navarrenx ou à Bayonne. Quelques fois, elles servent hors du Béarn comme au siège de Fontarabie ou lors de leurs excursions jusqu’à Jaca pendant la Guerre de Succession d’Espagne.

Il y a une revue annuelle des troupes. Les communautés ont en charge leur entretien et leurs équipements. Le roi ne les solde qu’en cas d’utilisation pour une guerre. Les états de Béarn veillent au bon déroulement des opérations.

Il existe aussi les « bandes gramontaises » levées dans la souveraineté de Bidache jusqu’en 1789 par le duc de Gramont qui en nomme les officiers. Fortes de 100 hommes, elles servent à la défense héroïque de Bidache pendant l’invasion espagnole de 1523 et, depuis, à la garde de Bayonne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Milice provinciale.
Jacques GEBELIN, Histoire des Milices provinciales : 1688-1791, 1882.




Payer pour le roi

La France est championne en matière d’impôts et de taxes. Il n’en a pas toujours été ainsi puisqu’on dit que « le roi doit vivre du sien », c’est-à-dire que les revenus de ses propres domaines doivent suffire à son entretien. Le roi ne lève donc pas d’impôts.

La mise en place d’une fiscalité royale

La fiscalité est d’abord seigneuriale ou ecclésiastique puisque le roi ne lève pas d’impôts. Cela signifie que tout subside versé au roi doit être exceptionnel et volontaire. Ce sont les « dons » (forcés) ou les « aides ».

Avec la guerre de Gascogne, ou guerre de Cent-ans, la situation change. Il faut trouver beaucoup d’argent pour mener la guerre, mais le roi doit demander l’autorisation de lever cet argent.

Timbre : Philippe V réunit les Etats Généraux en 1302.
Philippe V réunit les Etats Généraux en 1302.

Philippe V Le Bel (1285-1314) institue les « États », sorte d’assemblées représentatives qui autorisent le roi à lever des contingents d’hommes et des sommes d’argent définis à l’avance. Les États concernent tout le royaume, mais rapidement, les États de langue d’oïl et de langue d’oc se réunissent séparément car ils ne parlent pas la même langue et ne se comprennent pas. Plus tard, les États se réuniront par province ou par sénéchaussée. C’est tout de même plus facile !

Mais en 1356, les choses changent. Le roi Jean Le Bon (1319-1364) est fait prisonnier à la bataille de Poitiers. Le traité de Brétigny, en 1360, fixe la rançon à 3 millions d’écus. Il faut trouver de l’argent. Une fiscalité royale apparait alors.

Bien entendu, la fiscalité ne s’applique pas au Béarn car il bénéficie d’un statut particulier. Elle ne concerne pas non plus les pays gascons sous domination de l’Angleterre, pas plus que la Bigorre et le comté de Gaure (Fleurance) cédés aux Anglais par le traité de Brétigny.

D’occasionnel, l’impôt devient permanent

Pour payer la rançon du roi, on institue des aides de 5 % sur toutes les marchandises vendues, de 7,7 % sur le vin, et de 20 % sur le sel. Ces aides n’ont pas besoin du consentement des États pour être levées. Ils ne se prononcent que sur les modalités de prélèvement. C’est tout de même plus pratique qu’un impôt direct qui nécessite leur accord préalable.

Pour lever ces aides, le roi met en place des Fermes qui assurent la collecte et lui garantissent un revenu stable, indépendant de la consommation. Ainsi, les officiers du roi prélèvent seulement les impôts directs.

Bataille de Castillon
Bataille de Castillon, britishbattles.com

En 1452, les Français battent les Anglais à Castillon. Les impôts prélevés pour financer la guerre n’ont donc plus lieu d’être, mais… ils deviennent permanents ! Louis XI (1461-1483) crée même une « taille » (impôt destiné à l’entretien d’une armée de métier), c’est l’impôt sur les « lances » (unité de combat composée de six hommes). La Soule en est exemptée.

On assiste alors à un mouvement de « rachat » qui consiste au paiement d’une somme forfaitaire annuelle en remplacement de l’aide versée au roi. En Languedoc, cela s’appelle l’ « équivalent » que la province se charge ensuite de récupérer sur le contribuable.

La disparition progressive des États

Le roi doit demander aux États l’autorisation de lever des impôts directs. Parfois, ceux-ci demandent des comptes et diminuent les sommes demandées, ce qui revient à contrôler l’utilisation de l’argent. Ce n’est évidemment pas du gout du roi qui cherche à supprimer les États au profit d’une administration directe.

carte des gabelles en 1788
Carte des gabelles en 1788, de rouge (taxe faible) à blanche (taxe forte), wikimedia commons

La résistance à l’impôt se transforme parfois en soulèvements. Ainsi, l’Aquitaine anglaise ne paye pas de gabelle ni de taille. Il faut dire que ce son les Français qui introduisent ces impôts et qui alignent la gabelle sur la Bretagne. À Bordeaux, le lieutenant-général de la province est assassiné lors des émeutes qui s’en suivent. La répression est sévère mais les Bordelais obtiennent l’exemption de la gabelle pour toute l’Aquitaine, moyennant le versement d’une somme compensatoire. On appelle l’Aquitaine, « pays rédimé ».

Dans la Sénéchaussée de Dax, les villes de Tartas, Dax, Bayonne et Saint-Sever se disputent pour recevoir le siège des États. Le roi en profite pour les supprimer et les remplacer par des « élus » (fonctionnaires royaux désignés pour lever l’impôt). De même, la rivalité entre Condom et Bazas est fatale aux états du Condomois et de Rivière-Verdun. En Comminges, ils sont supprimés suite aux difficultés à établir l’assiette de la taille de 1549.

L’administration royale progresse partout. Il n’y a plus que dans les domaines du roi de Navarre que les états subsistent : le Marsan, la Bigorre, le Béarn, la Soule, le pays de Foix le Nebouzan et les Quatre-Vallées.

Une fiscalité de plus en plus lourde

Depuis Henri IV, la monarchie cherche à imposer son autorité directe en matière d’impositions. On l’a vu avec la disparition progressive des états. Mais c’est Louis XIV qui achève le processus, tant sont grands les besoins de financement pour mener à bien toutes ses guerres, ainsi que la fortification du royaume par Vauban.

Il crée de nouveaux impôts comme la « capitation » dont seuls les pauvres et les mendiants sont exempts, le « dixième » puis le « vingtième » sur tous les revenus déclarés. Ainsi que de nouvelles taxes indirectes sur le vin, sur le tabac, sur la vaisselle d’étain, sur le papier timbré par exemple. Cela a conduit à de grandes révoltes fiscales comme à Bordeaux.

Les abonnés

Les pays d’états deviennent « abonnés », c’est-à-dire que le roi leur signifie une somme globale à payer (un abonnement). Les états la répartissent par communauté en fonction de leurs ressources, elles-mêmes les répartissent entre les habitants. L’imposition des pays d’états est globalement moins lourde que celle des pays d’ « Élections » où c’est un fonctionnaire royal qui répartit les impôts auprès de chaque contribuable. Par exemple, la Soule, le Nebouzan ou les Quatre-Vallées ont des impôts plus légers car ce sont des pays montagneux réputés assez pauvres. Le Béarn et la Bigorre paient plus car ils débordent sur une riche plaine. Et c’est aussi parce qu’ils bénéficient d’avantages comme avoir appartenu aux rois de Navarre.

Exemple de compoix, Gen&o

Pour établir la quotepart de chacun pour le paiement des impôts, on voit se généraliser les compoix et les cadastres sur lesquels on identifie les propriétés ainsi que leur part d’imposition. Le compoix est un cadastre rudimentaire, mot venant de compensus (sorte de cotisation) ; le premier compes occitan vient de Béziers et date de la fin du XIVe siècle.

Dans la vallée de Barèges, on utilise des tòtchos, bâtons de bois sur lesquels on grave la contribution de chacun. Lorsque, en 1784, l’Intendant d’Auch demande à contrôler les registres de la vallée de Barèges, quelle ne fut pas sa surprise de voir arriver deux charrettes remplies de morceaux de bois !

La fiscalité indirecte

grenier à sel
Grenier à sel au XVIIIe siècle, anonyme, Musée des Douanes à Bordeaux, wikimedia commons

La fiscalité indirecte est un ensemble de plusieurs taxes sur les produits à la consommation, dont la gabelle sur le sel. Le Béarn, producteur du sel de Salies en est exempté, de même que le Nebouzan et Saint-Gaudens. Le Couserans, les Quatre-Vallées et la baronnie d’Aspet (Comminges) peuvent importer librement le sel en vertu d’anciens droits. Cela favorise la contrebande avec les pays voisins, c’est pourquoi le roi n’aura de cesse, sans succès, de supprimer ces avantages.

La Foraine est un droit de douane imposé sur toutes les marchandises en direction de l’étranger ou d’une province réputée étrangère comme le Béarn. Le comté de Foix, le Couserans, le Comminges, l’Armagnac et la Bigorre y sont soumis pour toutes les marchandises pour l’Espagne qui passe par le Béarn. Les marchandises qui entrent en Béarn pour la consommation des habitants, elles, ne sont pas taxées. Le port de Bayonne est aussi exempté de la taxe.

Comme on le voit, le système fiscal du roi est une multitude de prélèvements assortis de privilèges et d’exceptions. Les habitants y tiennent, si bien qu’aucune réforme fiscale d’unification ou de simplification n’a pu aboutir avant la Révolution de 1789.

Depuis, le système est uniforme et beaucoup plus simple. Mais à y regarder de plus près, si les noms des impôts ont changé, dans le fond, rien n’a changé…

Serge clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Guerre de Gascogne 1 – Le duché d’Aquitaine
Guerre de Gascogne 2 – Le règne d’henri II
Guerre de Gascogne 3 – L’effondrement
Guerre de Gascogne 4 – La fidélité des Gascons
Guerre de Gascogne 5 – Les débuts de la guerre de cent ans
Guerre de Gascogne 6 – L’épilogue

Mireille TOUZERY, Payer pour le roi-La fiscalité monarchique 1302-1792, éditions Champ Vallon, 2024.




Sent-Lis la votz deu monde, Saint-Lys la voix du monde

Sent Lis est une commune de la Gascogne toulousaine. Peu connue des Gascons, sa renommée est pourtant grande sur toutes les mers du monde.

Une bastide bien tranquille

La bastide de Saint-Lys © Commune de Saint-Lys
La bastide de Saint-Lys © Commune de Saint-Lys

Sent Lis est une bastide fondée en 1280 par Eustache de Beaumarchais, représentant du roi de France à Tolosa (Toulouse), en paréage avec l’abbaye de Gimont qui possède les terres d’Aiguas bèras (Eaux belles). C’est d’ailleurs ce nom qu’elle prend à la Révolution française. Située aux confins du comté de Tolosa et du comté de Comenge (Comminges), elle occupe une place idéale.

ancienne gare de Saint-Lys © Wikipedia
Ancienne gare de Saint-Lys © Wikipedia

C’est une petite bourgade qui ne se développe que très récemment. Le chemin de fer à voie métrique reliant Tolosa a Bolonha de Gessa (Toulouse à Boulogne sur Gesse) est inauguré en plusieurs tronçons en 1900. En 1912, il y avait trois aller-retour entre Tolosa et Bolonha de Gessa (environ 5 heures de voyage), trois aller-retour entre Tolosa et Sent Lis (environ 1 h 15 de trajet).

La ligne ferroviaire est fermée le 31 décembre 1949. Il en reste peu de vestiges, dont une gare à Sent Lis.

Pendant la seconde Guerre mondiale, Sent-Lis voit se constituer un maquis. Et, le 8 juin 1944, 160 hommes se dirigent vers la bourgade en train ou en vélo. Le 12 juin a lieu un combat contre les Allemands de la Division SS Das Reich. Après une heure d’échanges de tirs, les maquisards sont dispersés et le bilan est de 9 morts parmi eux et 12 civils.

Pour des démonstrations lors des visites organisées le dimanche après-midi, on restaure un vestige du passé agricole de la bourgade : un moulin à vent qui a fonctionné jusqu’en 1947.

Située dans l’aire d’attraction de Toulouse, Sent Lis voit sa population augmenter à partir des années 1960 pour atteindre les 10 000 habitants.

Ici « Radio Saint-Lys »

En 1948, Sent Lis accueille une station de radio maritime en ondes décamétriques comprises entre 3 Mégahertz et 30 Mégahertz. C’est ce que l’on appelle les ondes courtes.

La radio maritime comprend tous les moyens radioélectriques pour communiquer entre les navires ou avec des stations côtières pour la sécurité, la gestion des flottes ou les communications personnelles des marins en haute-mer.

En fait, ce service était implanté à Boulogne-sur-Mer dans le Pas de Calais mais les destructions de la Seconde guerre mondiale obligent à trouver un autre site.

De Boulogne-sur-mer à Sent Lis

C’est Sent Lis qui est retenu pour recevoir le centre de réception, tandis que le centre d’émission se situe quelques kilomètres plus loin, au Vernet, au sud de Tolosa. Les installations des deux sites sont d’ailleurs visibles de loin car elles comprennent 120 antennes sur pylônes de grande taille.

Loick Peyron à l'inauguration du Musée de Saint-Lys La Dépêche
Loick Peyron à l’inauguration du Musée de Saint-Lys © La Dépêche

Exploitée par les P.T.T. (Postes, Télégraphe, Téléphone), la station de Sent Lis entre en fonctionnement en 1952. Elle permet les liaisons avec les navires en haute-mer et les avions. En particulier, elle émet un bulletin météorologique quotidien qui guide les navires. C’est aussi grâce à la station que les marins qui naviguent en haute-mer obtiennent des communications téléphoniques avec leur famille. Et c’est encore grâce à elle que les passagers d’un vol aérien peuvent obtenir des communications personnelles.

Outre les navires marchands, des épreuves sportives comme le Vendée Globe ou la Course du Rhum utilisent des services de Radio Saint-Lys. Mais, la station ferme en 1998, victime de l’évolution des technologies.

Toutefois, on ouvre un musée en 2024 à Sent Lis qui raconte l’histoire de la station de radio. Son parrain est le navigateur Loïck Peyron qui se souvient que c’est par Radio Saint-Lys qu’il a appris la naissance de sa fille alors qu’il courrait le Vendée Globe près des iles Kerguelen.

Le Centre de consultation médicale maritime

En plus des services de communication que nous avons vus, la station de Sent Lis développe un partenariat particulier avec le SAMU 31 pour porter assistance aux marins. L’hôpital de Purpan est le plus proche et, au fil du temps, un savoir-faire particulier se développe.

Lorsqu’un navire en haute-mer ou un aéronef en vol demande une assistance médicale, la station de Sent Lis le met en communication avec le SAMU 31 et un médecin fait un diagnostic à distance et guide les gestes de premiers secours.

Il est vrai que chaque navire transporte des médicaments et des matériels de soins d’urgence qui permettent, sous les directives du médecin du SAMU, d’effectuer une première intervention. et c’est tant mieux, car la profession de marin (de commerce, pêcheur ou plaisancier) est celle qui connait le plus fort taux d’accidents et de mortalité.

Ainsi, le SAMU 31 apporte une aide au diagnostic, une aide à la prescription médicale et éventuellement demande à dérouter le navire vers un port ou ordonner une évacuation d’urgence par moyens aériens.

Aujourd’hui, la téléconsultation permet un meilleur diagnostic et la transmission de données ou d’images qui rendent plus sûr le diagnostic à distance.

Un opérateur de Radio Saint-Lys.

Le pays de Catinou et Jacouti

Charles Mouly
Charles Mouly ((1919-2009)

Catinou et Jacouti sont deux personnages qu’a inventé Charles Mouly (1919-2009), un Auvergnat de Vilafranca de Roergue (Villefranche-de-Rouergue). Parmi ses occupations, il chante dans la compagnie « L’estele de Bessou » en 1934 et fonde en 1937 la compagnie théâtrale « Las Burgas Carcinolos ».

Son père Henry (1896-1981) est majoral du Félibrige. Il écrit une trentaine d’ouvrages en occitan mêlant romans, poésies et théâtre. Il crée aussi L’Almanac rouèrgas. On peut d’ailleurs consulter quelques ouvrages à la Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus ou écouter quelques lectures de Mas espingadas.

Officier de l’Armée de l’Air au début de la seconde Guerre mondiale, Charles est démobilisé en 1942. Il devient journaliste à Radio Toulouse qui émet depuis 1925. Les radios libres existent donc avant 1981 ! Charles Mouly crée le personnage de Catinou (Catinon) en 1944 et lui adjoint un mari, Jacouti (Jacotin), en 1946. Peu à peu, ils s’entourent de personnages truculents.

Catinou est originaire de Legavin (Léguevin). C’est une femme de caractère, grosse, qui parle beaucoup. Son mari, Jacouti, est maigrichon et alcoolique. Nos deux héros habitent à Minjacèbas (Mange-ognons), un hameau qui existe vraiment à Sent-Lis.

Dès le début, l’histoire de Catinou et Jacoti prend la forme de saynètes mêlant le français et l’occitan. On peut les voir au théâtre, les entendre sur Radio-Toulouse ou les lire, pendant 50 ans, dans le journal La République de Toulouse, puis dans La Dépêche du Midi.

Le succès est immense. L’utilisation de l’occitan, langue populaire essentiellement rurale au XXe siècle, donne une certaine sagesse aux personnages pour critiquer, par le rire, les pouvoirs politique et économique et se moquer des mœurs de la bourgeoisie.

Charles Mouly avec sa Catinon interprétée en 2002 par Jean-Louis BLENET.

Un succès qui ne se dément pas

Les éditions Loubatières, de Toulouse, publient plusieurs ouvrages sur Catinou et Jacoti :
– Le dictionnaire de la Catinou en 1997,
– Catinou & Jacouti et le petit monde de Minjecèbes en 1998,
– La cuisine de Catinou en 2000,
– Escafalados de Minjecèbes en 2002,
– Risouletos de Minjecèbes en 2002,
– Adissiatz pla brave mounde en 2007,
– Mon sabot de verre en 2008.

Catinou et Jacouti-1
Catinou et Jacouti à Saint-André La Dépèche

On joue encore des pièces de théâtre mettant en scène les deux personnages. Le cinéma leur dédie un court métrage en 2003.

Sent Lis n’oublie pas ses deux célébrités qui, pendant 25 ans, donnent lieu à de grandes fêtes annuelles. Elles s’arrêtent en 2000, suite au COVID 19.

En tout cas, il se passe bien des choses au pays de Catinou et Jacoti ! Savez-vous que c’est à Sent Lis que s’ouvre la première section bilingue de la Haute-Garonne ?

Catinon et Jacotin, pièce de Charles Mouly, jouée au théâtre.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Catinou et Jacouti
Musée Saint-Lys Radio, la voix de l’océan




Pierre de Lancre (1553-1631)

On connait Pierre de Lancre (1553-1631) pour sa participation active à la chasse aux sorcières dans le Labourd. Qui est-il ?

Pierre de Lancre, un début de vie classique

Pierre de Lancre membre du Parlement de Bordeaux a siégé pendant plus de trois siècles dans le palais de l’Ombrière.
Le Parlement de Bordeaux a siégé pendant plus de trois siècles dans le palais de l’Ombrière.

Pierre de Lancre ou, plus complètement, Pierre de Rosteguy de Lancre, est né en 1553 à Bordèu (Bordeaux). Son père, Étienne de Rosteguy, est conseiller du roi et seigneur de Lancre, sa mère est Marguerite de Beziat de Nozières.

Comme beaucoup de jeunes de sa condition, il entreprend des études de droit, et aussi de théologie, d’abord en France, puis en Bohême et enfin à Turin (principauté de Piémont).

, il est conseiller au Parlement de Bordeaux, devenant ainsi collègue de Michel de Montaigne. D’ailleurs, six ans plus tard, il épouse Jeanne de Mons, petite-nièce du philosophe.

La mission de Pierre de Lancre dans le Labourd

Selon l'Académie de la langue basque, le Labourd est un des sept territoires basques traditionnels. Territoire de chasse aux sorcières de Pierre de Lancre
Selon l’Académie de la langue basque, le Labourd est un des sept territoires basques traditionnels © Wikipedia

En 1605, lors des conflits entre Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, les protagonistes s’accusent mutuellement de sorcellerie et autres diableries. Les seigneurs locaux, les Goyetche et les Chibou, en rajoutent. Finalement, trois ans plus tard, les seigneurs d’Amou et d’Urtubie se plaignent auprès deu noste Enric (du roi Henri IV). Celui-ci envoie Pierre de Lancre mener une enquête.

Mais le Parlement de Bordeaux traine des pieds. Henri IV nomme alors, le 2 juillet 1609, Jean d’Espagnet comme responsable de la mission. Les deux hommes doivent « purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l’emprise des démons ». Jean d’Espagnet se consacre aux conflits frontaliers et laisse Pierre de Lancre recruter les interprètes (il ne parle pas basque) et les soldats.

Le château des seigneurs de Saint Pée tel qu'il était au début du XXème s. Il a abrité Pierre de Lancre pendant sa chasse aux sorcières
Le château des seigneurs de Saint Pée tel qu’il était au début du XXe s.

Pierre de Lancre s’installe dans le château des marquis de Caupenne et d’Amou, seigneurs de Saint-Pée, où ont lieu les procès. Il s’associe un visitador, personne qui sait identifier les sorcières. Ce chirurgien de Bayonne a des pratiques sûres ! Par exemple, il rase la tête de la sorcière présumée et plante des aiguilles à plusieurs endroits jusqu’à trouver un point insensible : c’est là que lo Cohet (le Diable) a posé son doigt lors du pacte. Mongui, une jeune sorcière repentie de 17 ans, les assistent.

Les accusations de Pierre de Lancre

Les gens du Labourd règlent leurs comptes, s’accusent les uns les autres, les enfants, largement interrogés, fantasment. Les sorciers iraient tous les jours au sabbat ou quatre fois par an selon les dépositions. Pierre de Lancre se forge une conviction : dans ces assemblées diaboliques, on prêche le vice, l’irreligion, l’impiété et l’imposture.

Pierre de Lancre, impressionné par ces sabbats, décrit comment on s’y rend, ce qu’on y fait, comment on y danse. Les sorcières dansent « parfois nues & parfois en chemise, un gros chat attaché au derrière d’icelles, comme nous ont dict plusieurs d’entre elles ». Bien sûr, le Diable prendrait un « malin » plaisir à danser avec les plus belles femmes.

Durant sa mission, le conseiller bordelais est scandalisé par le comportement libertin des femmes basques et par leur place dans la société. Par exemple, elles prennent des décisions au Biltzar (assemblée du Labourd) pendant que les hommes chassent la baleine.

Il en fait arrêter quelques centaines dans une dizaine de communes, dont 80 seront condamnées au bucher.

L’exécution de Marie Bonne

Marie Bonne est dénoncée et accusée de sorcellerie. Pierre de Lancre écrit : « Marie de Marigrane de Biarrix nous dit aussi & déposa, que Marie Bonne d’Annotte sorcière, l’avoit emmenée sur un rocher en la coste de Biarrix, & en sa présence en avoir serré un autre pot, & le tenoit là pour exciter les orages & faire perdre les vaisseaux qui s’arrestent ».

Car, les sorcières se reconnaissent aussi à leur capacité à faire des poudres qui empoisonnent les cultures, ont des pouvoirs sur les éléments, ou permettent d’emmener des jeunes filles au sabbat contre leur volonté.

Toutefois, fin septembre, les marins sont de retour et s’opposent aux exécutions. Lors de celle de Marie Bonne, c’est carrément l’émeute.

Portrait de Bertrand d'Echaux (1557-1641), évêque de Bayonne, archevêque de Tours, premier aumônier d'Henri IV et de Louis XIII © Wikipedia. Il arrête la chasse aux soricières de Pierre de Lancre.
Bertrand d’Echaux (1557-1641), évêque de Bayonne, archevêque de Tours, premier aumônier d’Henri IV et de Louis XIII © Wikipedia

Alors, Bertrand d’Echaux, évêque de Bayonne, fait appel au roi pour proposer une solution plus pacifique. Il est probable que Jean d’Espagnet, proche du roi et chargé de traiter le conflit entre les marins, est trop alichimiste pour croire aux poudres magiques de lézards grillés. Il a probablement plaidé dans le même sens.

En tous cas, Henri IV arrête la mission de Pierre de Lancre le 1er novembre 1609. Deux missionnaires, sous la tutelle de l’évêque, partent alors dans la région pour convaincre les adeptes de Satan de se libérer de la sorcellerie grâce à la « prière de délivrance ». Cette mission est couronnée de succès et le calme revient dans la région.

En 1614, l’évêque de Bayonne interdit de parler et d’écrire sur le sujet. il fait même bruler les archives qui ne donnent, selon lui, que le point de vue des accusateurs et lui paraissent peu fiables.

El Gran Cabrón Francisco Goya (1820-1823)
El Gran Cabrón Francisco Goya (1820-1823)

Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons de Pierre de Lancre (1612)

Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons ... (Pierre de Lancre (1622)
Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons… Pierre de Lancre, 1612

Pierre de Lancre publie son expérience dans le Labourd en 1612, puis en 1613 dans une version augmentée (651 pages). Le livre est intitulé Tableau de l’inconstance des mauvais anges et demons où il est amplement traicté des Sorciers, & de la Sorcellerie. Livre très utile et nécessaire non seulement aux Juges, mais à tous ceux qui vivent sous les lois Chrestiennes.

On y voit que l’homme est outré de la liberté des moeurs dans ce pays, en particulier des danses. Il précise qu’elles sont totalement indécentes, agitent, tourmentent et défigurent les corps. « Quant aux boiteux, aux estropiats, aux vieux decrepites & caducs ce sont ceux qui dancent plus legerement, car ce sont festes de desordre, où tout paroist dereglé & contre nature. »

danse du sabbat
On danse dos à dos dans le sabbat

Pour de Lancre, les Basques subissent une mauvaise influence. Il écrit : « Ce ne sont point jeux & danses, ce sont incestes & autres crimes & forfaicts, lesquels nous pouvons dire à la vérité estre venus à nous de ce mauvais & pernicieux voysinage d’Espagne: d’où les Basques et ceux du pays de labourd voysins. » Les gens ne dansent pas à la française (comme il écrit), ils sautent, font des pirouettes, dansent sur des demi-piquets… Tout cela l’horrifie.

La sarabande est « la danse la plus lubrique & la plus effrontée qui se puisse voir […] on diroit que chaque membre & partie du corps cherche et prend sa mesure pour se joindre et s’associer l’un l’autre en temps & lieu. » bien sûr, c’est bien pire encore au sabbat. Là, les danses « rendent presque les hommes furieux & font avorter le plus souvent les femmes ».

Alors, Pierre de Lancre conseille : « ne sautez point jeunes fillettes, & ne vous agitez afin que ce malheureux Bouc ne coure après vous. »

Le livre des princes de Pierre de Lancre (1617)

Le Livre des Princes de Pierre de Lancre (1623)
Le Livre des Princes… Pierre de Lancre, 1617

Grâce à son livre sur les démons, Pierre de Lancre se fait connaitre à la cour de Marie de Médicis. Alors, il va en écrire un autre, de plus de 800 pages, pour le jeune Louis XIII. Il publie en 1617: Le livre des Princes. Le prince en question a 16 ans.

Notre Bordelais met en garde le jeune prince contre les flatteurs qui infestent les cours – sujet à la mode. Il assène ses convictions : l’inconstance, l’instabilité, les apparences trompeuses… Il montre en particulier comment un historien ou un écrivain est obligé de flatter, contraint par la situation politique et par les rapports de force qui s’exercent à la cour.

En fait, Pierre de Lancre est un homme de son temps, avec les opinions de son temps. Le monde sub-lunaire (situé en-dessous de la lune) est caractérisé par le changement, la corruption, la caducité, l’inconstance. Il est ainsi voué à Satan, exerçant son influence corruptrice et son pouvoir d’égarement. Le monde supralunaire, quant à lui, est immuable et éternel. C’est Dieu qui y règne.

Ainsi les princes n’échappent pas à la règle : ils sont imprévisibles, inconstants et colériques. Alors, les écrivains les flattent mais, eux aussi, multiplient les revirements.

Pierre de Lancre meurt en 1631 dans son château Loubens, à Senta Crotz dau Mont (Sainte-Croix-du-Mont), en Gironda. À Saint-Pée -de-Nivelle, la Place 1609 rappelle l’horrible chasse aux sorcières. De là, on a vue sur les ruines du château des marquis de Caupenne et d’Amou, seigneurs de Saint Pée.

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Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Les pins parleurs, « Pierre de Lancre, le chasseur de sorcières », 2017.
Saint Pee sur Nivelle, le château des sorcières
Alexandre Tarrête, « Les écrivains face au pouvoir d’après le Livre des Princes de Pierre de Lancre », Le pouvoir et ses écritures , p. 39-48.




Les Ligues campanèras en Comminges

La Sainte-Ligue plonge le Comminges dans les guerres de Religion : fidélités catholiques, ambitions espagnoles et résistance des communautés s’y entremêlent.

La Sainte-Ligue

Le roi de France Henri III, qui règne de 1578 à 1589, n’a pas d’enfants et il n’y a pas d’héritier au trône des Valois en dehors d’Henri III de Navarre. Mais il est protestant, ce qui est inacceptable pour bon nombre de princes qui se prennent à rêver au trône de France pour leur propre compte.

Un parti de catholiques décide de protéger la religion catholique contre les protestants. C’est la Sainte-Ligue, commandée par le duc Henri de Guise (1550-1588). Il obtient le soutien financier du roi Philippe II d’Espagne.

L’assassinat d’Henri de Guise, commandé par le roi de France, provoque un tollé général. C’est le début d’une guerre civile (1585 à 1598) qui s’atténue progressivement et prend fin avec l’abjuration d’Henri IV de France de sa foi protestante en 1593 et son sacre en 1594.

L'assassinat du duc de Guise leader de la Saint Ligue (anonyme)
L’assassinat du duc de Guise (anonyme)

Les troubles touchent la Gascogne

La cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges, siège de l'évéché du Comminges © Wikipedia. Da là part le mouvement des ligues campanèras
La cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges, siège de l’évêché du Comminges © Wikipedia

Urbain de Saint-Gelais, évêque de Comminges de 1580 à 1613, anime la Sainte-Ligue. Ainsi, il participe au soulèvement de la Guyenne pour Henri de Guise. Il est même l’ambassadeur de la Ligue de Guyenne auprès de Philippe II d’Espagne.

Toutefois, il attend vainement, pendant 10 ans, le secours d’une armée espagnole qui doit passer par le val d’Aran et le Comminges pour soutenir les catholiques. Philippe II d’Espagne se contente d’un soutien financier aux Ligueurs.

Le diocèse de Comminges © EFB
Le diocèse de Comminges d’après Charges Higounet © EFB

Cependant, Urbain de Saint-Gelais s’attire la fidélité des Commingeois en défendant les traités d’assistance et de défense des « lies et passeries » entre vallées espagnoles et françaises. À la suite d’une délégation du val d’Aran (qui fait partie de l’évêché de Comminges), l’évêque prend soin de faire confirmer ces traités par Henri III.

En 1589, alors que Henri de Navarre devient roi de France sous le nom d’Henri IV, les États de Comminges réunis à Salies se rallient à la Sainte Ligue. Cette décision traduit l’engagement d’une partie des élites et des communautés commingeoises dans la défense du catholicisme.

L’espoir d’une intervention espagnole

La Ligue de Guyenne et l’Espagne concluent un traité d’assistance à Borg (Bourg-sur-Gironde).

Pour faire face à l’armée que commande le frère d’Henri IV, les Ligueurs demandent un renfort de fantassins et de cavaliers à l’Espagne. Urbain de Saint-Gelais propose de les faire passer par le val d’Aran, puis par le Comminges, et arrivés sur la Garonne, de se tourner vers Bordèu puish Tolosa (Bordeaux puis Toulouse). Il propose de lever 12 000 hommes en renfort. Et des vivres sont disposés sur les étapes. Ce sont naturellement les États du Comminges qui paient le tout !

Or, Philippe II envoie déjà des soldats en Bretagne et en Languedoc. Pour la Gascogne, il reste prudent et demande la réunion d’États généraux de la Ligue pour cautionner l’affaire. Ils se réunissent à Gimont le 25 mai 1590.

Urbain de Saint-Gelais subit un attentat au défilé de Saint-Béat
La Garonne au défilé de Saint-Béat

Finalement, il réunit une armée en Aragon tandis qu’Urbain de Saint-Gelais s’assure des châteaux de Saint-Béat et de Cier-de-Luchon pour faciliter son passage. Mais, une révolte en Aragon laisse l’armée sur place. Les opérations en Comminges n’ont pas lieu.

Philippe II envoie tout de même deux escadres de sa flotte faire le siège de Blaye de 1592 et 1593. Et il continue à financer la Ligue.

Les protestants prennent l’évêque pour cible. De retour d’une nouvelle ambassade à Madrid et d’une visite pastorale dans le val d’Aran, des troupes béarnaises manquent de le prendre dans le défilé de Sent Beath (Saint-Béat). Lors d’un voyage à Agen, une autre troupe l’attaque. Le combat est rude et l’évêque en réchappe de justesse. Décidément, la Gascogne n’est pas sûre pour lui.

C’est à ce moment-là qu’en France, La Sainte-Ligue se divise en deux partis : celui des Ultras et celui qui attend la conversion d’Henri IV pour se rallier à lui.

Une situation complexe en Gascogne

Si le Comminges reste catholique, il est menacé par les Huguenots du comté de L’Isla de Baish, deu país de Foish, de Bigòrra e de Nebosan (l’Isle-Jourdain, du Pays de Foix, de la Bigorre et du Nebouzan).

Des villes comme Mauvesin, Toget, Leitora e Poicasquèr (Mauvezin, Touget, Lectoure et Puycasquier) sont aux mains des protestants. Des combats ont lieu pour les prendre ou les reprendre.

Donjon du château comtal d'Aurignac détruit lors des actions des ligues campaneras
Donjon du château comtal d’Aurignac

Le 10 février 1587, les Huguenots prennent Poimarin au ras de L’Isla de Haut (Puymaurin près de l’Isle en Dodon). Ils la rendent suite au versement d’une rançon de 6 000 écus. Alors, les États sont autorisés à démanteler la forteresse qui ne peut pas être gardée et qui pourrait servir de refuge aux adversaires. C’est aussi le cas des châteaux de Era Cava, Era Bastide de salat, Aurinhac o de Charlàs (Lacave, de Labastide-du-Salat, d’Aurignac ou de Charlas).

En 1592, on rassemble les milices commingeoises pour une expédition en Bigorre dont Henri IV est le comte. Le but est d’installer la Ligue à Tarba (Tarbes). Les ravages sont terribles.

Les Huguenots se financent par des pillages, des vols, des attaques des trésoriers du roi. Ceux du comté de Foix ravagent le Couserans. Le capitaine Sus prend Sent Bertran de Comenge (Saint-Bertrand de Comminges). Samatan est prise et rançonnée. Une tentative contre Sent Líser (Saint-Lizier) échoue. En résumé, de 1589 à 1591, les armées des deux camps courent de place en place.

L’Espagne est menacée

Les Béarnais font une excursion armée en Espagne par le val de Téna et se dirige sur Jaca. Mais, les destructions iconoclastes auxquelles ils se livrent, mécontentent les populations qui se croyaient protégées par les traités des lies et passeries. C’est un échec.

Enfin, avec la conversion d’Henri IV, la situation se retourne. Pourtant, ce sont maintenant les troupes françaises qui menacent l’Espagne. Et une invasion est même à l’ordre du jour. On réunit une armée en Béarn pour passer par les vallées de Bielsa et de Broto. De même, on réunit une troupe à Sarrancolin. Mais, le plan d’invasion de l’Espagne est éventé. C’est un échec.

Les Ligues campanèras

Les Ligues campanèras sont des syndicats de communautés appelés ainsi car elles ne concernent que les campagnes.

C’est Urbain de Saint-Gelais qui suscite la première Ligue campanèra dans les communautés de montagne, autour de Fronsac (châtellenie des Frontignes) pour veiller au respect des traités de lies et passeries entre les vallées espagnoles et françaises, notamment en s’avertissant mutuellement du passage de troupes.

Très vite, elle évolue et met sur pied des milices armées pour se défendre contre les exactions des troupes de passage. Elle fait tache d’huile et 28 communautés de la plaine autour de Siadors, Era Espuga e Sent lop de Comenge (Ciadoux, Lespugue et de Saint-Loup) créent une Ligue semblable pour « seiendre capables de réduyre les gens volleurs et hommes de maulvayse vye, en grandz nombres. [qui] commettent plusieurs meurtres, sacrilèges, raptz, voleries et aultres crimes exécrables, au grand détriment et ruyne de tout le peuple ».

Ancienne Grande Chambre du Parlement de Toulouse (XVe)
Ancienne Grande Chambre du Parlement de Toulouse (XVe)

Au mois d’octobre, le Parlement de Toulouse autorise la Ligue et lui permet même de lever un impôt spécial destiné à se procurer des armes pour équiper les miliciens. Dès lors, d’autres communautés créent des Ligues campanèras en Astarac, en Magnoac et en Rivière-Verdun.

Les délégués, nommés par chaque Ligue, ont même leurs entrées aux États de Comminges pour connaitre leurs décisions.

En 1593, les Ligues campanèras se réunissent à Bolonha (Boulogne) pour créer une « Confédération campanelle » à laquelle les communautés montagnardes sous influence de l’évêque ne participent pas.

Les Ligues se rallient progressivement à Henri IV. Le 15 juin 1594, elles se réunissent pour prendre d’assaut Sent-Gaudenç (Saint-Gaudens) puis Sent Bertran de Comenge. L’évêque faire mine de se soumettre.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Serge BRUNET , « La Ligue campanère (Pyrénées centrales) et la fin des Ligues hispanophiles de Guyenne et de Languedoc (1585-1596) », Institut Universitaire de France.

LESTRADE, « Les Huguenots en Comminges », Archives historiques de la Gascogne, 1900.




ETHIQUABLE et le commerce équitable

Si vous êtes un adepte du commerce équitable, vous avez surement déjà acheté des produits de la marque ETHIQUABLE. Mais savez-vous d’où vient cette marque ?

Le commerce équitable

Les critères et garanties du commerce équitable selon Artisans du Monde
Les critères et garanties du commerce équitable selon Artisans du Monde

C’est une forme de commerce visant à déterminer les prix les plus justes pour permettre au producteur de vivre correctement de son travail. Bien souvent, ce commerce est lié à des projets de développement dans des pays en voie de développement.

En cela, le commerce équitable s’oppose au commerce traditionnel qui cherche à obtenir des produits au prix le plus bas possible pour s’assurer d’une marge confortable.

Cette nouvelle forme de commerce apparait aux États-Unis au début du XIXe siècle mais ne prend réellement son essor que dans les années 1960 avec la création de boutiques spécialisées de vente de produits artisanaux et alimentaires. C’est d’abord, et surtout, une affaire de mouvements religieux chrétiens.

En France, l’abbé Pierre crée le premier magasin Artisans du monde en 1974. Aux Pays-Bas, un prêtre est cofondateur du label Max Havelaar en 1988.

Depuis, le secteur s’organise en fédérations nationales ou internationales dont le but est de promouvoir le commerce équitable et de définir des règles. En 1998, ces fédérations se regroupent dans un réseau informel appelé FINE (ce nom regroupe celui des quatre fédérations participantes : Fairtrade Labelling Organizations, International Federation for Alternative Trade, Network of European Worldshops et European Fair Trade Association).

Dans les années 2000, le mouvement perd son caractère religieux et se dépolitise pour devenir le « commerce équitable ». Il se modifie aussi car les produits artisanaux ne font plus recette. On leur préfère désormais des produits agricoles comme le café, le cacao, le riz ou les jus de fruits dont les prix à la production s’effondrent alors.

Des boutiques aux supermarchés

Si le concept de commerce équitable n’intéresse que peu de clients au début, c’est qu’il faut aller dans des boutiques spécialisées pour n’acheter que très peu de produits.

Il faut donc encourager la consommation des produits équitables en supermarchés mais pour cela, il faut assurer la traçabilité des produits, du producteur au consommateur.

C’est l’idée du hollandais Max Havellaar qui, dès 1988, met en place une certification indépendante des produits vendus. C’est plus facile pour les produits agricoles pour lesquels on peut certifier toute une chaine d’approvisionnement, du producteur au consommateur. Ça l’est beaucoup moins pour certifier un savoir-faire pour de l’artisanat local.

Quoiqu’il en soit, cette initiative est un véritable succès. Des boutiques spécialisées, les produits équitables conquièrent les supermarchés. Le chiffre d’affaires de ce commerce bondit. Les labels de certification se multiplient.

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Dans cette affaire, il s’agit de payer au producteur un prix qui couvre les couts réels de production (généralement 50 % du prix payé par le consommateur). Les organisations de producteurs certifiés reçoivent en plus une prime de développement qu’elles peuvent utiliser pour des projets d’investissement tels que la construction d’écoles, de centres de santé, d’achats de terres ou de matériels, etc. En 1997, une quarantaine d’organismes français se regroupent pour créer « Commerce équitable France » dont l’objectif est de promouvoir le commerce équitable auprès du public au travers de manifestations de promotion.

Le commerce équitable ne représente qu’une toute petite partie du commerce international mais sa part croit très vite. Alors que la consommation de produits agricoles diminue de 4 % en 2020, celle commerce équitable progresse de 2 %.

Le commerce équitable en France

Logo_marque_AMAPQuand on parle de commerce équitable, on pense naturellement à des produits agricoles ou artisanaux venant de pays en voie de développement.

Mais obtenir des revenus suffisants pour les producteurs, préserver l’environnement, assurer une alimentation saine, tracer les produits, etc. sont des préoccupations qui touchent également les Pays du Nord.

En France, le mouvement des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) ou les épiceries solidaires, rencontre une véritable demande de la société en faveur d’une consommation plus équitable et plus durable. Leur développement est cependant freiné par la concurrence commerciale qui tire les prix vers le bas.

Les pratiques du commerce équitable s’appliquent aussi bien aux pays en voie de développement que dans notre pays. Les mêmes façons de faire sont les mêmes.

Des entreprises comme BIOCOOP ou ETHIQUABLE commercialisent des produits équitables issus de pays en voie de développement, en même temps que des produits certifiés de l’agriculture française. C’est ainsi que BIOCOOP a créé une marque « Ensemble, solidaires avec les producteurs » et ETHIQUABLE la sienne, appelée « Paysans d’ici ».

La marque ETHIQUABLE

Quelques produits ETHIQUABLE
Quelques produits ETHIQUABLE

Parmi toutes ces marques, ETHIQUABLE est une entreprise gasconne, de Fleurance dans le Gers.

C’est une SCOOP (Société Coopérative de Production) créée en 2003, de la rencontre de deux élèves en école de commerce et d’un ingénieur agronome au cours d’un voyage d’études au Mali. Ils décident ensemble de se lancer dans le commerce équitable.

L’aventure commence par l’installation d’une chocolaterie à Fleurance. On peut d’ailleurs la visiter toute l’année (si vous avez honte de montrer que vous êtes gourmand, emmenez vos enfants, on croira que c’est pour eux que vous venez !).

Le siège de Fleurance regroupe les produits venus du monde entier, prépare les commandes et les expédient vers les 10 000 points de vente. Il dispose aussi d’un atelier de conditionnement pour des produits qui arrivent en vrac comme le thé, le poivre noir, la cannelle ou le curcuma. Malgré cela, ETHIQUABLE préfère importer des produits traités et conditionnées dans leur pays d’origine afin d’y laisser toute la valeur ajoutée.

ETHIQUABLE travaille avec 102 coopératives réparties dans 29 pays d’Amérique du sud, d’Afrique et d’Asie. Elles font vivre 43 800 producteurs. En 2011, ETHIQUABLE décide d’étendre ses activités de commerce équitable aux producteurs français grâce à une rencontre avec le GABB 32 (Groupement des Agriculteurs Biologiques et Biodynamiques du Gers). Ce sont 1 200 français producteurs regroupés en 32 coopératives qui en bénéficient aujourd’hui.

La SCOOP propose 300 produits différents sous les marques ETHIQUABLE et Paysans d’ici. Avec 165 salariés, elle réalise près de 80 millions de chiffre d’affaire annuel. Elle emploie 11 agronomes dans les pays en voie de développement et pas moins de 40 commerciaux.

La chocolaterie ETHIQUABLE DE Fleurance
La chocolaterie ETHIQUABLE DE Fleurance

D’autres projets ETHIQUABLE 

Projet ECOCITRUS (Brésil)
La coopérative ECOCITRUS au Brésil

Le projet ECOCITRUS au Brésil regroupe 97 membres cultivant des vergers d’oranges et de mandarines sans pesticides sur de petites fermes de 4 à 5 hectares chacune. Initié en 1994, le projet ETHIQUABLE permet à la coopérative de créer une usine de compostage pour amender les sols, une usine de biogaz pour faire circuler 500 voitures et un atelier de production de jus d’agrumes qui traite 20 000 tonnes de fruits.

En Gascogne, un partenariat est développé depuis 2015 avec la coopérative QUALISOL située à Montfort, non loin de Fleurance. Elle réunit 450 petits producteurs du Gers, du Tarn et Garonne et de la Haute-Garonne qui produisent des légumineuses et des céréales Bio (pois chiches, lentilles, graines de lin doré, petit épeautre, entre autres).

C’est un moyen de défendre et de développer les productions BIO sur de petites exploitations agricoles en permettant aux producteurs d’en vivre, à côté des grandes unités céréalières. Le partenariat avec ETHIQUABLE permet à la coopérative de se doter d’une unité de nettoyage et d’ensachage des produits.

La Coopérative Qualisol
La Coopérative Qualisol

D’autres exemples peuvent être cités, notamment un partenariat avec nos voisins basques d’Espelette pour la production de piments Bio.

Ainsi, si vous êtes sensibles à la production Bio ou au développement par le bais du commerce équitable, n’hésitez plus à acheter des produits sous le label ETHIQUABLE. Si les produits de qualité viennent d’un peu partout, la société coopérative est bien gasconne !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

ETHIQUABLE, SCOOP




Les saints céphalophores du Comminges et d’ailleurs

Dans les paysages du Comminges, certaines légendes continuent à flotter dans l’air. Ce sont celles des saints céphalophores.  Ces saints étranges, fascinants marchent après leur mort en portant leur tête entre les mains (d’où leur nom). Ils ne relèvent pas seulement du merveilleux. Ils disent quelque chose de profond sur la manière dont un territoire s’est construit, entre foi et héritages plus anciens. Et en Comminges, plus qu’ailleurs, ces récits ont laissé des traces durables, à commencer avec la figure de saint Gaudens.

Les saints céphalophores, entre mythes et christianisation

Tout commence souvent par une violence : une décapitation infligée à un chrétien refusant de renier sa foi. Puis le récit bascule. Le corps ne tombe pas, ou pas vraiment. Le saint se relève, prend sa tête et marche jusqu’au lieu qu’il a choisi comme dernière demeure. On rerouve ce motif dans de nombreuses régions de France et plus largement en Europe. Il répond à une logique profonde : désigner un lieu comme sacré, fixer dans l’espace un évènement fondateur.

Le point d’arrêt du saint devient un centre, un repère, un futur sanctuaire. C’est une manière d’inscrire la foi dans le paysage. Une manière de dire  : « Ici, quelque chose s’est passé, et ce lieu n’est plus tout à fait comme les autres. » Ces récits ne surgissent pas dans un vide culturel. Dans les sociétés celtiques ou aquitaines, la tête est déjà un symbole puissant, associée à l’âme, à la puissance et à l’identité. Le christianisme, en s’implantant, ne balaie pas ces représentations. Il les transforme et les réoriente. Le saint céphalophore devient ainsi une figure de transition entre ancien et nouveau monde. Il réutilise un imaginaire plus ancien dans un cadre chrétien.

Le Comminges, terre de traditions singulières

Stèle dédiée au dieu Ilixo © EGF
Stèle dédiée au dieu Ilixo © EGF

Le Comminges n’est pas, sur ce sujet, un coin comme les autres. Autour de l’ancienne ville romaine de Lugdunum Convenarum (Saint‑Bertrand‑de‑Comminges), devenue très tôt un centre chrétien, la région a toujours été à la fois un lieu de passage et un pays avec une forte identité. On y a retrouvé de nombreux autels de l’époque gallo‑romaine, consacrés à des dieux romains, mais aussi à des dieux locaux hérités de l’ancien fond religieux aquitain/proto‑basque des Convènes et de leurs voisins. Par exemple : Abellio / Abellion, Leheren, Erriape, Lahe / Laha, Ergé, Ilixo / Lixo, Sutugius, etc.

Dès le début de la christianisation, à l’image des dieux locaux, des figures de « saints topiques » apparaissent, c’est‑à‑dire des saints liés à un lieu précis, parfois inconnus ailleurs. Leur culte répond à des besoins concrets. Protéger le village, soigner une maladie, préserver les récoltes ou marquer symboliquement un col, un pont, une vallée. Certains saints céphalophores entrent clairement dans cette catégorie. Leur histoire n’a de sens que dans le paysage qui les entoure et qu’ils rendent « plus habité » sur le plan spirituel.

Face à ces cultes, l’Église adopte souvent une attitude pragmatique. Au lieu de les interdire brutalement, elle cherche plutôt à les encadrer. Après réécriture des vies de saints plus conformes aux dogmes, intégration de leurs fêtes dans le calendrier local et parfois le rapprochement à des figures de saints plus connus, certains saints topiques finissent ainsi par être pleinement intégrés. D’autres restent à la marge, tolérés comme formes de religiosité populaire que l’Église préfère canaliser plutôt que faire disparaitre.

Les saints céphalophores en Comminges, récits, symboles et particularités

Saint Gaudens décapité, sculpture sur bois et plâtre polychrome, XVIIe siècle, Musée des Arts et Figures des Pyrénées Centrales
Saint Gaudens décapité, sculpture sur bois et plâtre polychrome, XVIIe siècle © Musée des Arts et Figures des Pyrénées Centrales

Au cœur de ces histoires, le Comminges et ses marges pyrénéennes offrent une petite constellation de saints céphalophores bien attestés par la tradition. Saint Gaudens, tout d’abord, donne son nom à la ville de Saint-Gaudens, aux portes du Comminges. La légende rapporte qu’au temps des Wisigoths, le jeune berger Gaudens, refusant l’arianisme, est décapité par les soldats d’Euric. Mais il se relève, prend sa tête entre ses mains et marche jusqu’au Mas Saint-Pierre, futur noyau de la ville et de la collégiale qui lui est dédiée.

Un peu plus au sud, saint Aventin, vénéré à Saint-Aventin près de Luchon, illustre une dynamique proche. Aventin, ermite ou missionnaire selon les versions, est capturé par des envahisseurs, souvent identifiés aux Maures, puis décapité. Le récit le montre portant sa tête jusqu’au lieu où sera édifiée l’église paroissiale, à la croisée d’anciens chemins de montagne.

Église de Saint-Aventin © EGF
Église de Saint-Aventin © EGF

Dans les collines du Comminges, au nord de Saint-Gaudens, nous avons un autre saint céphalophore. Saint Fragulphe (saint Frajou) prend la tête d’un groupe de combattants pour résister à une incursion sarrasine. Il est capturé et un musulman lui tranche la tête. Sa tête roule et là, jaillit immédiatement une fontaine, laissant sur une pierre trois gouttes de sang. Ses compagnons l’ensevelissent au sommet de la colline de Serrières. Les miracles se multiplient sur son tombeau. Et des bénédictins bâtissent un monastère autour de la sainte dépouille. La plus ancienne abbaye du Comminges.

Les saints céphalophores, entre foi populaire et rites anciens

Saint-Gaudens, nef de la collégiale Saint-Pierre-et- Saint-Gaudens © EGF
Saint-Gaudens, nef de la collégiale Saint-Pierre-et- Saint-Gaudens © EGF

Les chercheurs ont identifié plus d’une centaine de saints céphalophores en Europe, dont beaucoup en France. Les saints du Comminges appartiennent à cette grande famille d’histoires. Ce ne sont pas des cas isolés, mais des variantes d’un même motif. Tous ont en commun ce geste étonnant. En portant leur tête, ils dessinent un chemin sacré entre le lieu du supplice, le lieu où ils s’arrêtent et celui du futur sanctuaire. Ils ne sont donc pas seulement des martyrs. Ils sont aussi des guides qui tracent une sorte de carte religieuse que les habitants continuent à parcourir.

Les saints céphalophores de Gascogne

Abbaye de Saint-Sever (40)
Abbaye de Saint-Sever (40)

Sainte Quitterie, patronne de la Gascogne, ouvre la série. Décapitée vers 477 pour avoir refusé un prétendant wisigoth, elle porte sa tête jusqu’au plateau du Mas, à Aire-sur-l’Adour, où l’on montre encore son sarcophage paléochrétien dans la crypte ; une fontaine jaillit là où la tête toucha le sol, réputée guérir les maux de tête et la rage.  Saint Sever, évangélisateur de la Novempopulanie, est décapité vers 407 à la côte de Brille : il gagne, sa tête dans les mains, la colline voisine où s’élèvera l’abbaye de Saint-Sever.

La Bigorre revendique la même scène pour Saint-Sever-de-Rustan. Saint Maurin détient le record du genre. Décapité à Lectoure, il marche une cinquantaine de kilomètres jusqu’au vallon de Saint-Maurin, en Agenais, où naitra l’abbaye ; deux chapiteaux y racontent son martyre. Sainte Bazeille, enfin, martyrisée au lieu-dit Neufons, elle « prend sa tête dans les pans de sa robe » et la porte à quelques centaines de pas, à l’emplacement de la première église de Sainte-Bazeille. Une autre version veut que la tête ait rebondi neuf fois, faisant jaillir neuf sources. Or, la tradition la donne pour sœur de Quitterie, comme sainte Livrade. Ces légendes ne sont pas isolées, elles forment un cycle, celui des neuf sœurs venues de Galice.

Les saints céphalophores au-delà de la Gascogne

On retrouve des saints céphalophores aussi en  Périgord, Quercy, Lauragais, pays de Foix. Le dossier le mieux documenté est périgourdin. Les quatre compagnons de saint Front — Frontaise, Séverin, Sévérien et Silain — sont décapités ensemble ; une passio latine les montre se redresser, chacun tenant sa tête, traverser l’Isle à pied sec, gravir la colline et déposer leurs têtes aux pieds de saint Front en prière dans l’oratoire du Puy, leurs corps se disposant en forme de croix.

Sainte Alvère, en Périgord, illustre la forme la plus purement « hydraulique » du motif : décapitée par les Normands, sa tête rebondit sept fois et fait naitre les sept fontaines du village — Fontprigonde, Fontbournat, Fontrissou, Fonpissarotte, Font Saint-Jean, Font Capelane, Font-Grand.

En Quercy, sainte Spérie, patronne de Saint-Céré, est décapitée vers 760 par le seigneur qu’elle refusait d’épouser : elle prend sa tête et va la laver dans une source claire, sur laquelle fut bâtie la crypte de l’église Sainte-Spérie. À Pamiers, sainte Natalène offre la forme complète du motif : une source jaillit au lieu du supplice, à Lestang, puis la sainte rentre en ville par la porte Sainte-Hélène et marche jusqu’à la place du Camp, où elle succombe. La fontaine porte encore son nom, déformé en Sainte-Hélène.

Dans l’Aude, saint Papoul propose une variante : il n’est pas décapité mais « décalotté », le sommet du crâne tranché d’un coup de glaive au lieu-dit L’Ermitage. Il se baisse, ramasse le haut de son crâne, le pose au sol — et une source jaillit, celle de la Limbe qui arrose l’abbaye. Une statue du XVIIIᵉ siècle le montre tenant sa calotte crânienne.

L'Abbaye de Saint-Papoul
L’Abbaye de Saint-Papoul

Les saint décapités non céphalophores

Tous les saints décapités ne sont pas céphalophores, et les confusions sont fréquentes. Beaucoup de nos martyrs perdent la tête sans jamais la porter. Saint Girons d’Hagetmau, décapité par les Vandales vers 409. Saint Gérin, dont la tête, jetée dans l’Adour, s’échoue à Aureilhan et rend la vue à une aveugle. Saint Volusien à Foix, sainte Foy et saint Vincent à Agen, sainte Ruffine et sainte Seconde à Lavelanet, saint Clair à Lectoure.

Héritages, patrimoines et réinterprétations contemporaines

Pendant longtemps, les hommes ont vécu ces histoires en se les racontant. Les gens du Comminges et des vallées voisines allaient en pèlerinage sur les tombeaux, dans les chapelles ou près des sources liées à ces saints. Le culte de saint Gaudens a fait de la ville de Saint-Gaudens une étape importante sur le chemin de Saint-Jacques. À Saint-Aventin on monte encore à l’église comme si l’on suivait le martyr.

Certains gestes gardent sans doute le souvenir de pratiques plus anciennes. Ttoucher une pierre, faire plusieurs fois le tour de l’église, boire à une source dite miraculeuse. L’Église a rarement supprimé ces usages. Elle a préféré les relier à la messe, à la prière ou à la fête patronale. Processions et fêtes de village ont ainsi entretenu la mémoire de ces saints. Même quand les détails de leurs histoires s’étaient effacés.

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Église de Saint-Aventin, découverte du corps de saint Aventin par un taureau © Wikipedia
Église de Saint-Aventin, découverte du corps de saint Aventin par un taureau © Wikipedia

Aujourd’hui, ces saints céphalophores, ces saints qui marchent avec leur tête font partie à la fois de l’histoire religieuse et du patrimoine du pays. Dans le Comminges, saint Gaudens ou saint Aventin ne sont plus seulement des figures de prière. Ils servent aussi de symboles pour parler du pays, de ses racines et de ce qui le rend unique. Musées, offices de tourisme et visites guidées s’en servent pour faire découvrir le territoire autrement.

Le tourisme, les livres et les récits sur les légendes locales aident à faire revenir ces histoires sur le devant de la scène. On vient voir une église romane ou un clocher. Et l’on découvre au passage un saint qui a « perdu la tête »… Mais il continue à attirer le regard des habitants et des visiteurs. À une époque où l’on se repose des questions sur les identités locales, la mémoire de ces saints montre comment d’anciens récits tracent encore une carte intérieure du pays. Elles donnent du sens aux villages, aux chemins et aux montagnes.

Jean-Claude Clermont

écrit en orthographe réformée en 1990

Références :

Têtes coupées des saints au Moyen Âge. Martyrs, miracles, reliques, Edina Bozoky
Les saints, successeurs des dieux : essais de mythologie chrétienne, P. Saintyves (1870-1935), Gallica
Les Saints céphalophores : Etude de folklore hagiographique, Revue de l’histoire des religions, Vol. 99 (1929), pp. 158-231 (74 pages)
Les saints céphalophores
Les archéologues révèlent les dieux pyrénéens
L’art roman en Gascogne
Guide de Saint-Gaudens et du piémont commingeois,  Jean-Claude Clermont




Jean d’Espagnet, magistrat et alchimiste

Jean d’Espagnet (1564–après 1637) est un magistrat bordelais, humaniste et alchimiste héritier des traditions hermétiques.

Jean d’Espagnet

Il nait en 1564 à Sent Milion (Saint-Émilion). Son père, Arnaud d’Espagnet, est médecin ordinaire de la ville de Bordèu (Bordeaux), connu toutefois pour avoir soigné lo noste Enric (Henri III d’Albret) à Pau. Sa mère, Jeanne Mestadier, est la fille d’un secrétaire du roi et veuve d’un juge ordinaire.

La Cité de Bordeaux, véritable représentation de la célèbre ville de Bordeaux, Sebastian Münster, 1561
La Cité de Bordeaux, véritable représentation de la célèbre ville de Bordeaux, Sebastian Münster, 1561 © Map and Maps

Le 24 juillet 1590, Jean est reçu avocat à Bordeaux. Deux ans plus tard, en 1592, il est nommé conseiller au Grand Conseil de Paris, institution où se traitent des affaires d’Église et de haute justice ; cette promotion le fait entrer dans le cercle des officiers royaux proches de la Cour.

Son ascension continue, et il devient président à mortier (président d’une des chambres) au Parlement de Bordeaux le 13 novembre 1601. Notons que le mortier est une toque portée par ces présidents. Pourtant, il n’a pas tout à fait l’âge requis de 40 ans (il n’en a que 37). Cette ascension si rapide pour une personne qui n’appartient pas à la haute noblesse laisse penser qu’il était un homme d’Henri IV, et peut-être même un protestant car il n’avait pas de document de baptême.

Il épouse, le 23 aout 1603, Charlotte Maugent. Ils auront un seul fils, Étienne. En 1609, Jean d’Espagnet devient conseiller d’État. Cependant, la fonction de président à mortier est une charge vénale, c’est-à-dire qui peut être vendue. Ce qu’il fait en 1611 en la cédant à Jean de Bavolier. 

Il préside également la chambre de l’édit de Nérac entre 1605 et 1615, juridiction créée pour appliquer l’édit de Nantes (qui met fin aux guerres de religion).

Nicolas de Bohier, président au Parleme,t de Bordeaux, illustration du livre Decisionum aurearum, Lyon 1551
Nicolas de Bohier, président à mortier, au Parlement de Bordeaux, illustration du livre Decisionum aurearum, Lyon 1551© Wikipedia

D’Espagnet l’alchimiste

Portrait de Marie de Gournay gravé par Jean Mathieu pour Les présens de la demoiselle de Gournay, 1641, Gallica
Portrait de Marie de Gournay gravé par Jean Mathieu pour Les présens de la demoiselle de Gournay, 1641, © Gallica

Jean d’Espagnet est un letraherit, un érudit. Il s’intéresse à la philosophie, aux sciences… En 1596, il se rend avec son épouse et Marie de Gournay, femme de lettres et philosophe, chez Michel de Montaigne qui vient de mourir. Il récupère d’ailleurs une bonne partie de la bibliothèque du philosophe périgourdin.

Lors de ce voyage, ils discutent d’alchimie, un sujet qui passionne notre Bordelais. Marie de Gournay, convaincue, écrira à son hôte dans son poème Peincture de mœurs (1616) :

L’Alchimie est chez moy, mais non ses suittes folles;
Tromper, dépenser gros, croire l’Art sans doubter,
Attendre une Mer d’or, sans fin la trompeter:
Aucun je n’ay trompé, j’ay faict peu de despense,
J’attend peu, je dy moins, j’espere sans croyance.

Mais, l’alchimie qu’ei aquò ?

À la Renaissance, elle est parfois considérée comme une philosophie complète ou alors comme un art de laboratoire. Il faut dire qu’elle s’intéresse à la verrerie, la préparation des métaux (les alliages, en particulier), la fabrication des couleurs, l’artillerie, la pharmacopée, la pierre philosophale… Elle est aussi regardée comme une sagesse ou comme une science d’inspiration divine.

Difficile de savoir ce que pensaient les uns ou les autres car les alchimistes ne se faisaient pas connaitre par peur de l’Église (transformer la matière était menacer l’ordre divin), peur des seigneurs (s’ils n’arrivaient pas à transformer le plomb en or), et aussi par tradition du secret initiatique. Jean d’Espagnet revendique d’ailleurs la nécessité de couvrir l’art de voiles, de ne livrer qu’aux « fils de la science » la clef des opérations. En gros, on se parle entre savants.

Le miroir des alchimistes

Le miroir des alchimistes , où l'on voit les erreurs qui se font en la recerche [sic] de la pierre philosophale...   J
Le miroir des alchimistes , où l’on voit les erreurs qui se font en la recerche de la pierre philosophale…, Jean d’Espagnet, 1609, © Gallica
En 1609, le roi charge Jean d’Espagnet de régler un problème de frontière sur la Bidassoa, un différend entre les pêcheurs français et espagnols. Comme président du Parlement de Bordeaux, il est aussi en charge de la chasse aux sorcières dans le Labourd avec le conseiller Pierre de Lancre. Il sera juge dans certains procès, mais il ne semble pas adhérer à ces croyances et diffamations diaboliques. En effet, il distingue ces pratiques magiques de l’alchimie savante, qu’il présente comme une science et une philosophie.

Cette même année, il publie Le miroir des alchimistes, en se présentant prudemment sous le pseudonyme de « Chevalier Impérial ». En ces temps où on fait la chasse aux disciples du Diable, il vaut mieux ne pas prendre de risques. Le titre du livre peut paraitre étrange. Il faut dire que les techniques ont évolué et on sait faire, au XVIe siècle, des miroirs plats sur une surface de métal poli. Ce nouvel objet qui permet de bien se voir attire l’attention et provoque des discussions (comme toute nouveauté). Pour les alchimistes, le miroir révèle symboliquement le savoir. La connaissance dévoilée par le miroir se détache de l’imagination.

Ainsi le livre de Jean d’Espagnet est un traité scientifique du savoir alchimique de son temps. Il y examine, dans un style souvent allusif, la pratique des alchimistes, distingue les charlatans des véritables adeptes et défend l’idée d’un art hermétique, difficile à transmettre sans voile. Le livre est suivi des Instructions aux dames, pour dorénavant être belles et en convalescence sans plus user de leurs fards venimeux, où il leur propose de s’en remettre à la nature et de rejeter les fards toxiques.

Le philosophe hermétique

Enchiridion Physicae Restituae
Enchiridion physicae Restituae, Jean d’Espagnet (1623) (version pdf disponible), © Archive.org

À la Renaissance, l’alchimie se base sur la philosophie hermétique, un ensemble d’enseignements qui viennent de l’Antiquité. Hermès Trismégiste, ou Hermès le triple, était le plus grand philosophe, le plus grand prêtre, et le plus grand roi. Pour les alchimistes, il connait les trois philosophies naturelles : la Minérale, la Végétale et l’Animale.

En 1623, Jean d’Espagnet publie à Paris, toujours de façon anonyme,  deux livres : un traité de philosophie naturelle, Enchiridion Physicae Restitutae (La philosophie naturelle restituée), et un ouvrage hermétique, Arcanum Hermeticae philosophiae opus (L’ouvrage secret de la philosophie d’Hermès). Ce travail est considéré comme l’une des œuvres les plus importantes de la littérature hermétique, et influera le développement de l’ésotérisme occidental.

La première partie de ce dernier livre est une série de lettres écrites par d’Espagnet à un ami, dans lesquelles il discute des principes de la philosophie hermétique et de la nature de l’univers. La deuxième partie est une collection de traités alchimiques qui décrivent le processus de transmutation et la création de la pierre philosophale.

D’Espagnet le scientifique

François Viète (1540-1603)
François Viète (1540-1603) © Wikipedia

Jean d’Espagnet est ami avec François Viète (1540-1603), le mathématicien poitevin qui rénove l’algèbre. Il s’intéresse à la nouvelle mathématique, la cosmologie, la physique. En fait, sa pensée se promène entre hermétisme et rationalité. Il croit en l’immutabilité des quatre éléments (terre, eau, air, feu), la fixité des espèces organiques et aussi à l’existence des atomes ou à la pluralité des mondes.

Il écrit dans l’ Enchiridion Physicae Restitutae : « Ceux qui croient que cette multitude presque innombrable de corps célestes que nous voyons a été créée seulement en considération du globe terrestre et pour l’utilité de ses habitants, comme s’ils en étaient le but, me paraissent se faire des illusions. […] Il y aurait même plus de vraisemblance à croire que chaque globe est un monde particulier. » Un univers qui n’aurait pas été créé pour l’homme ? Inutile de dire que ces propos sont blasphématoires !

Toutefois, ses livres seront réédités de nombreuses fois et inspireront Isaac Newton.

Après Jean d’Espagnet

Le n°4 de la rue des Bahutiers à Bordeaux
La maison de Jean d’Espagnet au n°4 de la rue des Bahutiers à Bordeaux © Wikipedia

En 1621, Jean d’Espagnet achète l’habitation du curé de Saint‑Sulpice, au n°4 de la rue des Bahutiers à Bordeaux. Détruite en 1846, il reste le portail sculpté, conservé au musée d’Aquitaine.

On ne connait pas la date exacte de la mort de Jean d’Espagnet. Sa dernière contribution date de 1637.  Sa bibliothèque, riche en ouvrages de philosophie, de mathématiques, de droit et d’hermétisme, passe à son fils Étienne.  Comme son père, Étienne est « érudit en toute science ». Il se fera connaitre grâce à la fabrication de verres de lunettes astronomiques.

C’est aussi grâce à cette bibliothèque que le grand mathématicien lomagnol Pierre de Fermat (1607-1665) découvrira les œuvres de Viète. La maison d’Espagnet devient ainsi un relais de la circulation des idées scientifiques.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Sur plusieurs frontières : le président d’Espagnet (1564–après 1637), Dinah Ribard, 2005.
Dans les coulisses de l’atelier d’un maître verrier, ou Marie de Gournay et les séductions de la science, Giovanna Devincenzo, 2016, p. 193-201.
Le miroir des alchimistes , où l’on voit les erreurs qui se font en la recerche [sic] de la pierre philosophale...   Jean d’Espagnet, 1609 (version pdf sur Gallica)
L’oeuvre secret de la philosophie d’Hermès, Jean d’Espagnet.
Un bordelais mystérieux : Jean d’Espagnet Avocat et Alchimiste !!!, Dominique Mirassou, 2014.




Le Baroque pyrénéen

La plupart des églises pyrénéennes possèdent un retable baroque richement décoré. Des menuisiers, des sculpteurs, des doreurs les ont fabriqués. C’est parfois l’œuvre de dynasties d’artisans comme la famille Ferrère installée à Astèr (Asté) en Bigòrra (Bigorre).

Le Concile de Trente

Réunion du concile en l'église Santa Maria Maggiore de Trente. Musée diocésain de Trente. © Wipipedia
Réunion du concile en l’église Santa Maria Maggiore de Trente. Musée diocésain de Trente. © Wikipedia

À la demande de Martin Luther et Jean Calvin, le pape Paul III convoque le Concile de Trente en 1542. Il faudra 25 séances étalées sur 18 ans et 5 papes pour qu’il se termine en 1563.

Coup de théâtre, les pères conciliaires condamnent la doctrine protestante et réitèrent des éléments fondamentaux du culte catholique comme la Révélation (la reconnaissance comme authentique des livres comme La Vulgate), la reconnaissance du Péché originel et la Justification (modalités du Salut, ainsi que l’importance des sept Sacrements), le culte des Saints et des reliques et la Transsubstantiation (transformation du pain et du vin en sang et corps du Christ pendant l’Eucharistie).

Parallèlement à l’affirmation de la Doctrine de la Foi, le Concile de Trente essaie de mettre de l’ordre au sein de l’Église. C’est l’interdiction de nommer un évêque avant l’âge de 25 ans (certains le sont à 14 ans !), l’interdiction de cumuler plusieurs évêchés. C’est la réaffirmation de la prééminence de l’évêque, et les ecclésiastiques ont obligation de porter la tenue cléricale.

Les évêques doivent prêcher eux-mêmes ou faire prêcher. La formation des prêtres se fait dans des séminaires nouvellement créés. Mêmes les artistes sont soumis à des règles de décence dans leurs œuvres. De fait, l’Église compte sur les évêques et les curés pour entamer la reconquête spirituelle sur les protestants.

Une révolution ?

Pour l’historienne Régine Pernoud, le Concile de Trente est donc une « coupure entre l’Église médiévale et l’Église des temps classiques ». En tout cas, il marque un incroyable retour du catholicisme à partir du XVIIe siècle. Aujourd’hui l’Église a encore beaucoup de mal de sortir de la rigueur imposée par le Concile de Trente.

En France, la fin du Concile marque le début des Guerres de religion qui opposent catholiques et protestants. C’est lo noste Enric qui y met fin en accédant au trône de France en 1589.

L’art baroque s’invite dans les églises

Sur le plan de l’art, on encourage les images dans un but didactique et pour susciter la dévotion autour du culte des saints ou de la Passion du Christ. L’art religieux de cette période se caractérise par des peintures monumentales et la statuaire rattachée à l’art Baroque.

Cet art domine du XVIIe au XVIIIe siècle en Europe. La décoration des édifices est abondante et fait appel à de riches matériaux comme le bronze ou le marbre. Les plafonds des palais et des églises se couvrent de fresques multicolores qui s’ouvrent sur des scènes célestes ou mythologiques. C’est le triomphe du « trompe l’œil ».

Rétable baroque de l'église de Saint-Etienne de Baigorry attribué à l'Atelier Dartigacave
Rétable baroque de l’église de Saint-Étienne de Baïgorry (64)  attribué à l’Atelier Dartigacave © https://pyrenees.media.tourinsoft.eu

Le peuple est majoritairement analphabète. Pour éclairer sa spiritualité, on orne les églises de peintures de scènes bibliques. Certaines églises peintes subsistent dans les vallées d’Aure et du Louron en Bigorre.

À partir du Concile de Trente, on remanie les églises et on les décore de retables richement décorés de colonnes torsadées, de dorures, de statues, de guirlandes, de corbeilles aux couleurs vives qui sont de véritables catéchismes pour les plus humbles. C’est d’ailleurs une aubaine car c’est ainsi que les peintures du Moyen-âge sont conservées. À l’occasion de la restauration des retables, il est courant d’en retrouver derrière le meuble.

Dans les Pyrénées, l’art baroque est très populaire. Des familles de menuisiers et de sculpteurs prospèrent. Parmi les plus connues, en Béarn, avec les ateliers Dartigacave. En Bigòrra, c’est la dynastie des Ferrère implantée à Astèr.

L’atelier des Ferrère et le baroque

Jean Ier Ferrère, rétable baroque de Pouzac (65), détail © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen
Jean Ier Ferrère, rétable baroque de Pouzac (65), détail © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen

Jean Ier Ferrère (1620-1705) nait à Trobath (Troubat) en vallée de la Varossa (Barousse, Hautes-Pyrénées) dans la province du Comenges (Comminges). À l’occasion d’une commande pour l’église du village, il fonde un atelier à Astèr en 1647. Il se spécialise dans la construction de retables. On en connait une douzaine de sa fabrication dont celui de N-D de Garaison.

Son travail n’est pas toujours facile. Ainsi, on le voit ester en justice pour réclamer le paiement complet du tabernacle qu’il réalise pour l’église de Posac (Pouzac). Il lui faut plusieurs années pour récupérer la somme due. Et ce n’est pas le seul cas.

Le livre de raison de Jean Ferrère nous conte par le détail les travaux qu’il réalise, leur prix et les modalités de paiement. Il y a parfois quelques recettes de remèdes pour se soigner comme celle de la fabrication de l’huile de vers : « Faut ramasser de vers de terre environ une écuelle et les bien laver pour en faire sortir la terre. Etant bien nets et netoyés, on les fait bouillir dans de l’huile d’olive jusques à ce qu’ils soient fondus en partie ou du moins que la substance en est sortie. Cette huile est excellente pour le mal des yeux lorsqu’ils sont fort chassieux ; cette huille les netoye et en oste la douleur et les inflamations ».

La succession de Jean Ferrère

Marc Ferrère, détail du retable baroque de la chapelle Notre-Dame de Roumé à Cieutat (65) © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen
Marc Ferrère, détail du retable baroque de la chapelle Notre-Dame de Roumé à Cieutat (65) © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen

Son fils Marc (1674-1758) poursuit son œuvre et est aussi productif que son père. On lui attribue le tabernacle de l’église de Montrejau (Montréjeau).

Marc Ferrère a deux fils, Jean et Dominique (1723-1809). Jean reprend l’atelier d’Astèr mais on ne lui connait que cinq retables. Son atelier ferme en 1755. Les Archives des Hautes-Pyrénées conservent une série de dessins de retables de Marc Ferrère et de son fils Jean.

Dominique ouvre son propre atelier à Tarba (Tarbes) et produit une dizaine d’œuvres dont le buffet de l’orgue de l’église Saint-Fulcran de Lodève. Il introduit l’utilisation du marbre dans les décors dorés. L’atelier ne lui survivra pas.

Jean II Ferrère, retable baroque d’Asté (65)  © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen
Jean II Ferrère, retable baroque d’Asté (65)  © La Maison des Ferrère et du Baroque pyrénéen

Au total, en 150 ans de travail, la dynastie des Ferrère produit une soixantaine d’œuvres d’art qui leur sont attribuées avec certitude et qui ornent principalement des églises de Bigorre.

Un musée leur est consacré à Asté.

Serge Clos-versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Le concile de Trente
Maurice Romieu, Les Passions pyrénéennes chantées, 2022.
Fonds Ferrère (ADH-P 65) : Les dessins et estampes
Gallica, Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées | 1931-07-01 | Yroise
LA MAISON DES FERRÈRE CENTRE D’INTERPRÉTATION DU BAROQUE PYRÉNÉEN – Baroque Pyrénéen




Le vautour fauve

Qu’on l’appelle Votre, Vutre, Voter, Votèir, Votèth ou Votin, il s’agit d’un même oiseau : le vautour fauve. Victime d’une très mauvaise réputation, il a failli disparaitre des Pyrénées.

Le vautour fauve

Vautour fauve © EGF
Vautour fauve © EGF

On le reconnait bien à son vol lent dans le ciel, sa queue courte et sa collerette claire. L’envergure de ses ailes est autour de 2,65 cm et sa longueur totale est de près de 1 mètre. Il est un peu plus grand que l’aigle royal (2,30 m) et un peu moins que le vautour moine (2,95 m). Toutefois, il est difficile de le confondre avec eux. Pour en savoir plus sur les espèces, lire l’article Quand planent les vautours.

Il plane majestueusement en décrivant de larges cercles dans le ciel. C’est qu’il est à la recherche d’une proie qu’il repère jusqu’à 1000 m de hauteur grâce à sa vue perçante. Plus exactement d’une charogne, car il ne se nourrit que d’animaux morts. C’est un charognard.

Comme les grands animaux sauvages sont rares en montagne, il se nourrit principalement d’animaux domestiques morts (vaches, brebis), parfois que l’on place exprès dans un charnier. Le vautour attend que les grands corbeaux, oiseaux assez agressifs, entament la carcasse et quand il voit qu’il n’y a plus aucun danger, il s’approche de la charogne.

Une vie en groupe

Vautour fauve © P. Dunoguiez - Parc National des Pyrénées
Vautours fauves sur une falaise © P. Dunoguiez – Parc National des Pyrénées

Le vautour fauve vit en groupe. Aussi, on peut voir toute une troupe de vautours nettoyer une même carcasse en quelques dizaines de minutes. C’est à qui prendra la plus grosse part, quitte à y laisser quelques plumes.

Au sol, le vautour se déplace difficilement en faisant de petits sauts. Son long cou est dénué de plumes ; il est recouvert d’un fin duvet, parfaitement adapté au dépeçage des charognes.

On peut même dire que le vautour travaille en famille (voir quand planent les vautours). Ainsi, le vautour fauve entame la carcasse dont il mange les tissus mous (poumons, foie, muscles, viscères). Vient ensuite le vautour moine qui mange les tissus durs (cartilage, peau). Le gypaète termine la charogne en mangeant les os.

Entre les mois de novembre et de janvier, les couples se forment au sein d’une colonie de vautours. Leur nid perché en altitude sur une falaise bien exposée au soleil, accueille un œuf unique qui éclot au bout de 50 jours. Le jeune, nourri par ses parents, quitte le nid quatre mois plus tard, entre le 15 juillet et le 15 aout.

« Je suis … le mal-aimé, … »

Ubi pecora, ibi vultures. Les latinistes que vous êtes, auront parfaitement compris : Là où il y a des troupeaux, il y a des vautours. En effet, le pastoralisme et les vautours cohabitent et sont même intimement liés.

S’ils sont moyennement appréciés des éleveurs, les vautours nettoient la montagne des carcasses d’animaux morts et évitent ainsi la pollution de l’eau ou la propagation de maladies qui pourraient se développer. On les accuse aussi d’attaquer des animaux vivants. C’est parfois vrai sur des bêtes lors de mises bas difficiles ou sur les animaux gravement blessés à la suite d’une chute par exemple.

Voir la vidéo d’un groupe de vautours fauves en train de dévorer un veau filmés en Alsace © DNA 

La vie du vautour fauve n’est pas facile. Croyant – à tort – qu’il attaque le gibier, on lui a fait une chasse intensive au XIXe et début du XXe siècle. Il est aussi une victime indirecte de la chasse car, en dévorant les carcasses de gibier mort, le vautour ingurgite le plomb de chasse qu’il n’est pas capable de digérer et meurt de saturnisme. Ou, bien par empoisonnement volontaire de l’homme qui piège des carcasses d’animaux (renards, blaireaux, rats, etc.).

Retour de chasse au vautour (début XXe s.?) © EGF
Retour de chasse au vautour fauve à Ascain ( prob. début XXe s.) © EGF

Des activités humaines préjudiciables

Les gigantesques éoliennes (collisions) et les lignes électriques (électrocution lors de l’envol) sont des facteurs importants de mortalité des vautours. De même, l’activité touristique de l’homme a des répercutions désastreuses sur le vautour en période de ponte (survols aériens, raids mécaniques, escalade, etc.).

L’abandon du pastoralisme dans certains secteurs de la montagne prive le vautour d’une ressource alimentaire assurée. En 2003, suite à la crise de la « Vache folle », l’Europe interdit les charniers à ciel ouvert. Les vautours perdent ainsi leur source de nourriture. On en voit même chercher de nouveaux territoires en Belgique. En 2009, l’Europe autorise à nouveau les charniers à ciel ouvert. Il était temps !

Le retour du vautour fauve

Vautour, fauve au nid © D. Peyrusqué - Parc National des Pyrénées
Vautour fauve au nid © D. Peyrusqué – Parc National des Pyrénées

En France, à la fin des années 1960, il ne reste plus qu’une vingtaine de vautours fauves dans les Pyrénées. Dans les Cévennes ou dans les Alpes, il a même complètement disparu. Jean-François et Michel Terrasse créent le Fonds d’intervention pour les rapaces (FIR) en 1969. Le FIR rejoindra la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) en pour y constituer la « mission rapaces ».

Après avoir frôlé la disparition, la population pyrénéenne de vautours est aujourd’hui de plus de 7 500 couples dont la majorité vivent en Espagne. À peine 1 300 couples vivent du côté français, le tiers d’entre eux ayant élu domicile au sein du Parc National des Pyrénées, principalement dans la vallée d’Ossau en Béarn.

Une réserve naturelle, installée à Asté-Béon depuis 1974, leur est dédiée. Elle protège les sites de nidification sur une surface de 84 hectares. C’est le Parc National des Pyrénées qui supervise son activité. En effet, il s’agit d’assurer un apport de nourriture suffisant et une tranquillité parfaite pendant la saison de nidification qui va des mois de décembre à mars. Et c’est une pleine réussite !

En 2022, on constate une forte chute de la population, sans doute causée par la grippe aviaire. Mais, la reproduction du vautour repart à la hausse dès l’année suivante avec une centaine de couples et 60 jeunes prêts à l’envol.

Évolution de la colonie de vautours fauves en réserve naturelle nationale d'Ossau, entre 1973 et 2018, © Parc National des Pyrénées
Évolution de la colonie de vautours fauves en réserve naturelle nationale d’Ossau, entre 1973 et 2018, © Parc National des Pyrénées

La « Falaise aux vautours »

Michel Terrasse © JF Noblet
Michel Terrasse (1928-2003)  © JF Noblet

Le travail scientifique mené pour la sauvegarde et le retour du vautour fauve n’est pas suffisant. Il faut montrer ce travail, l’expliquer et démystifier l’image du vautour auprès du public. C’est l’idée de la création de la « Falaise aux vautours » en 1993 dans le village d’Asté-Béon,. Elle est située juste sous la falaise où nichent les vautours.

Ce n’est pas le fruit du hasard. Michel Terrasse (1928-2003) est un pharmacien des Hauts-de-Seine. Il devient cinéaste animalier et l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la protection des rapaces et de la réintroduction du vautour en France, en Europe et en Amérique du nord et du sud. Il sort une vingtaine de films qui auront un beau succès. Le premier, Pyrénées montagne des aigles, en 1964,  jusqu’à Le Bal des charognards en 1984 ou Condors (tourné en Argentine) en 1991.

Avec un groupe d’ornithologues, il étudie les vautours dans la vallée d’Ossau dans les années 1960, conférant au site une renommée mondiale. Son action contribue à la création d’une réserve naturelle en 1974. En 1993, ouvre la « Falaise aux vautours ».

Michel Tourrasse en tournage © Archive.org
Michel Terrasse en tournage © Archive.org

Grâce à des caméras installées en haut de la falaise, on peut suivre en direct la vie des vautours et de leurs petits. On peut également suivre le travail des gardes-moniteurs qui descendent régulièrement la falaise en rappel pour baguer les jeunes oiseaux âgés de deux mois. Depuis la création de la « Falaise aux vautours », ce sont plus de 800 oiseaux qui ont été bagués. Cela permet d’étudier leur population : taux de survie des jaunes, longévité par exemple, ainsi que leurs déplacements.

La pose de balises sur certains vautours montre que malgré les aires d’équarrissage disposés en montagne, l’oiseau continue d’avoir un comportement naturel de recherche de nourriture entre le Béarn et le pays Basque.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Parc national des Pyrénées, Réserve naturelle nationale d’Ossau.
Plan National d’Action, Vautour fauve et Activités d’élevage (2016-2025)
Le Monde,  » Michel Terrasse, pionnier de la protection des rapaces, est mort », 23 janvier 2023.
>Agir pour la biodiversité, « Conservation du vautour fauve », 1er aout 2022.
>EFESE, Mettre en valeur les espèces sauvages et leurs fonctions écologiques dans les territoires
Anthropogenic Drivers Leading to Population Decline and Genetic Preservation of the Eurasian Griffon Vulture (Gyps fulvus)
Modelling the effects of sanitary policies on European vulture conservation