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Des femmes de l’eau-de-vie d’Armagnac

Nous n’arrêterons pas de chanter les louanges de l’armagnac, son élégance et son raffinement. Cette fois-ci, nous parlerons de ces Armagnacaises qui changent l’image de notre eau-de-vie.

Les quatre mousquetaires de l’eau-de-vie

La liste des femmes et des hommes qui œuvrent pour valoriser notre armagnac est évidemment très longue. L’armagnac c’est une grande histoire – le prieur de Bazas, Maitre Vital du Four en parle déjà au XIIIe siècle. Notre eau-de-vie connait un essor important au XIXe siècle puis une forte récession. Depuis quelques années, les viticultrices et les viticulteurs rivalisent d’idées pour lui redonner une place. Nous citerons quatre femmes qui insèrent ce breuvage dans un art de vivre raffiné, bien ancré dans la Gascogne.

Claire de Montesquiou et le domaine ancestral de l’Espérance

Claire de Montesquiou
Claire de Montesquiou

D’abord chasseuse de tête à Londres dans le domaine du luxe, elle dirige depuis 1991 le domaine de l’Espérance. Une exploitation de 30 ha dans des « sables fauves » (sols sableux contenant de l’argile et du fer) qui collectionne les médailles.

Les Montesquiou sont une vieille famille gasconne, connue depuis au moins le Xe siècle. En 1587, Henri IV demande au comte de se joindre à la bataille de Coutras, non sans prévoir de gouter son armagnac : « Grand pendu, j’iray taster de ton vin en passant. Votre meylleur mestre et affectionné amy – Henry« .

Domaine de l'Espérance
Domaine de l’Espérance

Quelques années après, le jeune Charles de Batz de Castelmore (1611?-1673) monte à la Cour de France, espérant entrer chez les mousquetaires. Il prend le nom de sa mère, Montesquiou d’Artagnan, dont on retiendra surtout la deuxième partie : d’Artagnan.

Aujourd’hui, les vins et l’eau-de-vie de l’Espérance ont conquis le monde entier. Raffinement oblige, c’est le designer Jean-Charles de Castelbajac qui conçoit certaines étiquettes.

De plus, dans leur belle maison de Mauvezin d’Armagnac, les propriétaires ont installé un gite classé 4 épis et proposent des cours de cuisine dispensés par un chef renommé. Il faut dire que Claire, la patronne, est aussi au Comité Directeur des formations au savoir-vivre appelé En toute élégance.

Florence Castarède et la cuisine à l’armagnac

Château de Maniban
Château de Maniban

Les Castarède sont d’abord des négociants qui s’installent en 1832 à Nérac, à proximité de la Baïse dans un lieu appelé Pont de Bordes. Encouragés par le préfet du lieu, le baron Haussmann, ils reçoivent par carriole, des barriques de tout le Bas-Armagnac. Plus tard, la famille achète le château de Maniban. Un château déjà connu. En effet, en 1762, Marie Christine de Maniban en avait hérité. Son mari était premier maitre d’hôtel de Louis XV et elle fit gouter au roi l’armagnac de son domaine. C’est ainsi que notre eau-de-vie entra à la Cour de France.

Florence Castarède
Florence Castarède

Florence Castarède rend un clin d’œil au préfet de Nérac et ouvre Armagnac Castarède, un magasin et lieu de culture au 140 Boulevard Haussmann.  Là, les artistes et autres amateurs d’armagnacs peuvent bavarder en dégustant notre breuvage. Et même, vous y entendrez parler gascon !

Son eau-de-vie orne la table de grands restaurants, fréquente les grands banquets, est vendue dans une cinquantaine de pays. Quelques cuisiniers en ont parfumé des plats célèbres comme Michel Guérard et sa «  La jeune dinde ivre d’Armagnac » ou Alain Ducasse et son babarmagnac. Florence Castarède a d’ailleurs publié un livre, La cuisine à l’armagnac que nous vous conseillons sans hésiter !

Maïté Dubuc-Grassa et la réussite du domaine Tariquet

Maïté Dubuc-Grassa
Maïté Dubuc-Grassa

Fin XIXe, à Ercé en Ariège, la famille Artaud a du mal à nourrir ses enfants et leur fils part comme montreur d’ours de par le monde. En 1912, il vit aux Etats-Unis mais le mal du pays le ramène en France.  Avec l’aide financière de son fils, Jean-Pierre, il achète une propriété dans le Gers, le Tariquet, où l’on produit depuis au moins 200 ans de l’armagnac. Le phylloxéra les ruine. De plus, en 1914, une grave blessure à la guerre rend le fils amnésique. Il ne reste que 7 ha. C’est sa femme, Pauline, qui fait tourner l’exploitation.  Leur fille, Hélène, épousera Pierre Grassa, originaire d’Urdos, un Béarnais humoriste qui racontait : « Quand on a compris qu’on n’a pas de prise sur le temps et qu’on ne change pas le caractère des femmes, la vie peut se dérouler sans difficultés ».

Le Tariquet et d’Artagnan

Statue équestre de d'Artagnan à Lupiac
Statue équestre de d’Artagnan à Lupiac

C’est après bien des mésaventures encore qu’en 1982, deux enfants de Pierre et Hélène, Maïté et Yves, prennent la tête de ce petit domaine. Ils choisissent de produire des vins blancs. Yves plante des cépages inhabituels et réalise des assemblages tout aussi inhabituels. Ce sera la célèbre cuvée « classic ». Maïté monte à Paris et convainc Francine Legrand de placer ce vin inconnu dans les endroits les plus en vue de Paris. Le vin s’exporte et est élu à Londres « meilleur vin blanc de l’année 1987”.

Avec 1 125 ha de vignes, le domaine Tariquet est aujourd’hui la plus grande exploitation de la même appellation de France.

Maïté a son cœur en Gascogne et le prouve. Avec deux autres femmes, elle va faire aboutir un projet. Elle finance pour la commune de Lupiac dont la mairesse est Véronique Thieux Louit, une statue équestre monumentale de d’Artagnan, œuvre de la Hollandaise Daphné du Barry.  La statue porte cette simple mention « un mécène gascon ».

Carole Garreau et son écomusée

Carole Garreau
Carole Garreau

Comme bien des domaines, il s’agit au départ d’une exploitation de polyculture mais les fermes de Gayrosse et Brameloup sont situées dans le triangle d’or de l’armagnac, plus précisément à Labastide d’Armagnac. Au XIXe siècle, son propriétaire, le prince Soukowo-Kabylin apporte l’eau-de-vie du domaine de Gayrosse à la cour de Russie. Avec un gout sûr, il innove et fait construire un chais de vieillissement souterrain. Cela apportera une bonne stabilité de la température. En 1919, Charles Garreau, ingénieur agricole, achète la propriété et s’y installe.

En 1974, Charles Garreau reprend une vieille recette et crée le floc de Gascogne. Il s’agit d’un heureux mélange entre un jeune Armagnac et du mout de raisin blanc ou rouge.

Floc du Château Garreau
Floc du Château Garreau

À partir de 2005, le domaine propose aussi de la Blanche Armagnac qui rappellera aux locaux cette partie de l’eau-de-vie fraichement distillée que se gardaient les viticulteurs pour leur propre besoin.

Carole Garreau commence sa carrière comme cadre supérieur dans les collectivités territoriales. Puis, en 2015, elle reprend le domaine familial. Elle va mettre en valeur le domaine et, en particulier, organiser des visites où l’on peut voir de vieux alambics, une exposition de bouteilles et, plus encore, une mise en valeur de cette belle région avec un circuit botanique autour des étangs du domaine.

L’eau-de-vie de Château Garreau collectionne une bonne centaine de médailles et est une des plus réputées de l’Armagnac.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle




Mont Valier, seigneur du Couserans

Sommet mythique de 2 838 m d’altitude, le Mont Valier est le seigneur du Couserans. S’il n’est pas le plus haut, il est probablement l’un des plus beaux d’Ariège. Et il est aussi porteur d’histoire et de légendes.

Le Mont Valier visible depuis Toulouse

Massif du Valier avec repérage des pics
topoguide Camptocamp

Le Mont Valièr domine les vallées dAngols [Angouls],  d’Estors [Estours], de Vathmala [Bethmale], du Riberòt [Ribérot] et d’Òrla [Orle]. Son panorama est très large allant du Pic du Midi de Bigorre jusqu’au pic de Canigou, en passant par le pic Rouge de Bassiès ou le Carlit ou encore le pacifique Montcalm. Ainsi il permet d’admirer les grands sommets pyrénéens comme l’Aneto ou le Bésiberri.

Bien détaché et facile à reconnaitre, le Mont Valièr est visible de la plaine de la Garonne et ce, jusqu’à Toulouse.

Vu l’élégance de sa silhouette, il est parfois surnommé avec affection le Redoutable. Pourtant, c’est un mont qui se laisse gravir sans difficulté sauf qu’il exige une longue marche d’approche. Si vous voulez vous y promener, vous pouvez y aller par la vallée du Riberòt [Riberot] en un jour, ou deux si vous préférez vous attarder dans les parages. Auquel cas, vous pourrez dormir au refuge des Estanhós [Estagnous], l’étang se disant estanh en gascon. Compter 10 h aller/retour pour faire les 1900 m de dénivelée. Ou, pour changer, faites une boucle par l’étang du Miloga [Milouga] (11 h, 2200 m de dénivelée)

Les légendes du Mont Valier

Une première légende (ou histoire ?) est liée à son nom. Vers 450, aurait vécu un évêque du Coserans [Couserans] nommé Valerius. Celui-ci serait parti à cheval sur ce promontoire majestueux et y aurait planté trois croix. Une façon peut-être, en période de christianisation, de mettre le Dieu des chrétiens au-dessus des dieux locaux liés aux forêts et aux montagnes ? Et, bien sûr, il aurait laissé son nom à la montagne.

Le Mont Valier vu depuis le pic de Fonta
Le Mont Valier vu depuis le pic de Fonta – Le berger pétrifié –  photosariege.com

Une autre légende affirme qu’un berger et ses brebis ont été pétrifiés par Saint Pierre pour le punir d’avoir volé des brebis. Ainsi le mont Nèr [mont noir], serait le berger pétrifié et les roches blanches des oelhas anticas [brebis anciennes].

Enfin, au pied du mont couseranais, de terribles batailles auraient eu lieu soit entre des bergers et des Sarrazins, soit entre des bergers du nord (Vathmala) et des bergers du sud (Vath d’Aran). Si on ne sait plus bien, le compte des morts est gravé dans la mémoire locale : 108 morts au lac d’Arouet, 102 à celui de Cruzous et un nombre tellement grand au lac de Milouga qu’on ne le connait même plus. En tous cas, le coin porterait toujours les signes de cette lutte.

Les croix du Mont Valier

Si la ou les croix de Valerius restent hypothétiques, celle de 1672 est certaine. Bernard Coignet de Marmiesse (1619-1680) est évêque du Couserans. Comme on ne retrouvait pas celle de Valerius, il fait installer une croix de fer qui restera en place plusieurs siècles. Et il fait inscrire : Episco Dom Valerio Posuere [Cette croix fut posée à la mémoire du seigneur évêque Valérius]. Plus tard, un berger ou un randonneur l’aurait faite basculer dans le vide. Elle a toutefois été retrouvée et remise en place par les Amis de Saint-Lizier.

"Croix

En 1987, cette même association offre une croix de granit de 50 kg. la commission montagne de l’office de tourisme de Saint-Girons l’installe. Un hélicoptère l’apporte au refuge des Estanhós, puis les montagnards la porte à dos d’homme jusqu’au sommet (1h30 de marche sans fardeau). Jean Soum, physicien, professeur d’architecture à l’école de Toulouse, spécialiste des zomes,  la scelle.

En 2011, un randonneur signale qu’il ne subsiste plus que la base. Acte de vandalisme ou intempérie, on ne saura pas. L’année suivante, une croix en fer forgé est plantée.

Le chemin de la Liberté

Voies de passage de France vers l'Espagne - seconde guerre mondiale
Les voies pour rejoindre l’Espagne – Le chemin de la liberté

Pendant la Seconde Guerre mondiale, divers chemins permettaient aux prisonniers évadés, aux pourchassés, aux réfractaires du STO (Service du Travail Obligatoire) et autres de rejoindre l’Espagne. En effet, le général Franco, bien qu’allié de Hitler, avait des accords aves les alliés pour laisser libres les réfugiés, après une période d’incarcération de 2 à 6 mois.

L’une de ces routes, le chemin de la Clavèra [Claouère], conduisait de Sent Joan de Verges [Saint-Girons] à Esterri d’Àneu en Catalogne et passait par le massif du mont Valièr. Un chemin difficile et éprouvant malgré l’aide d’une trentaine de Couseranais. Selon les registres de la prison de Sort (à côté d’Esterri d’Àneu), 2 506 hommes et 158 femmes passèrent ainsi.

passeurs couseranais sur le Mont Valier
Passeurs – Le chemin de la liberté

En 1994, le chemin de la Liberté est reconnu, balisé et labellisé. Vous pouvez le parcourir ou rejoindre la marche commémorative organisée chaque année par l‘Association du Chemin de la Liberté. Il vous faudra 4 jours. Son itinéraire est le suivant :
Saint Girons -> hameau d’Aunac : 23 km, 375 m de dénivelée, 8 h de marche
Hameau d’Aunac -> cabane de Subéra : 16 km, 733 m de dénivelée, 6 h de marche
Cabane de Subéra -> refuge des Estagnous : 13 km, 733 m de dénivelée, 8 h de marche. Ouf, la montée est terminée !
Refuge des Estagnous -> Alos de Izil / Esterri d’Àneu : 20 km, 1045 m de dénivelée, 7 h de marche.

La réserve domaniale du Mont Valier

ausèth der'arla – tichodrome
ausèth der’arla – tichodrome – Wikipedia Commons

En 1937, une réserve est créée, c’est une des plus anciennes des Pyrénées. Elle couvre 9 037 ha et entoure le Mont Valier. Elle présente une bonne diversité de la faune et est classée Zone de Protection Spéciale pour les oiseaux. Avec un peu de chance vous y verrez l’ausèth deras nèus [oiseau des neiges : niverolle alpine] qui ne vit qu’en haute altitude, le piganèu [merle à plastron] qui se promène dans les éboulis de roches ou a proximité des plaques de neige. Ou encore l’élégant ausèth der’arla [oiseau des parois calcaires : tichodrome] facile à reconnaitre avec ses ailes rouges.

Vous pourrez aussi croiser le desman des Pyrénées appelé aussi rat-trompette, ou la çarnalha [le lézard] pyrénéen du val d’Aran qui, hélas, se raréfie.

Côté flore, vous pouvez chercher la violette cornue, appelée joliment en Gascogne la vriuleta ou vriòla en Ariège. La réglisse des montagnes, bani ou baniu. Quant à la blanche céraiste des Pyrénées, elle pousse dans les éboulis de roche et résiste aux glissements des pierres grâce à un incroyable réseau de tiges souterraines.

Le glacier d’Arcouzan

Tout modeste qu’il puisse paraitre, le Mont Valièr présente un petit glacier. C’est le plus bas de la chaine (en-dessous de 3 000 m d’altitude) et c’est le dernier en allant vers l’est. Mais Valier est redoutable et l’accès à son glacier est dangereux. D’ailleurs il n’y a aucun chemin.

Jean-Pierre Pagès (1784-1866) écrit dans Mémoires de géologie et archéologie : Pour parvenir au glacier du Valier, il faut avoir abdiqué toute crainte de la mort. Je m’engageai imprudemment et bientôt la force et le courage m’abandonnèrent, un des guides refusa de nous suivre, l’autre chasseur au chamois monta avec intrépidité. Un berger l’accompagnait. Celui-ci étonné de ma lassitude et de ma frayeur me plaça sur ces épaules et m’emporta fièrement. […] Le glacier s’offrit enfin. La surface du glacier offre de grandes scissures de 15 ou 20 mètres de profondeur. La couleur du glacier est bleue à la base, blanc terne vers le milieu et d’un blanc éclatant à la surface. Une des branches du glacier forme une voûte imposante de 30 mètres carrés, c’est dans cette salle de glace qu’est le berceau du Salach.

De Mont Valièr à Arcosan

Photo du glacier d'Arcouzan prise par M. Blazy en 1942
Le glacier d’Arcouzan, photo prise par M. Blazy en 1942

En 1940 apparait de façon étonnante le nom de glacier d’Arcosan [Arcouzan]. Etonnante car ce glacier n’est pas dans la vallée d’Arcosan !

M. Blazy prend la première photo du glacier en 1942. Depuis, il sera étudié plusieurs fois. Contrairement à d’autres, le glacier fond moins, il faut dire qu’il et coincé dans une falaise de 300 m où la neige s’accumule.

Michel Sébastien (1937-2016), professeur de géographie, pyrénéiste et auteur de topoguides, lui rendra visite tous les ans entre 1999 et 2009. Lors de sa première visite, il voit des brebis prenant tranquillement le frais sur la glace. En 2015 il écrit : Valier je t’aime. Tu as tout, l’élégance, la beauté, la hauteur, le prestige. Tu es un mythe.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Photo en-tête : Vue sur l’Aneto depuis le Mont Valier, Photo Pyrénées Mariano
Le massif du Mont Valier, Bulletin du Comité Scientifique de PNR, 2013
Randonnée le Mont Valier, topopyrénées, 2018
Une nouvelle croix pour le Mont Valier, La Dépêche, 2012
Le chemin de la liberté, association Le chemin de la Liberté
Ausèths, Francis Beigbeder, Ed. Per Noste, 1986
Ièrbas bordas deras Pireneas, Francis Beigbeder, 2012
Le glacier d’Arcouzan, association Moraine, 2012




Des musées gascons à découvrir

La visite de la Gascogne passe aussi par ses musées qui permettent de découvrir des aspects ignorés de sa culture et, parfois, de découvrir quelques joyaux d’art, plus connus à l’étranger que des Gascons eux-mêmes.

La Gascogne pigalhada de musées

Lorsque l’on visite la Gascogne, on n’est jamais loin d’un musée : musée d’art, musée d’art et de traditions populaires, musée d’histoire naturelle, musée des métiers, musée des technologies, musée de pays, écomusée, monument historique, maison natale d’artistes ou de personnages historiques, etc.

Logo des Musées de France
Logo des Musées de France

Certains musées bénéficient de l’appellation « Musée de France » qui se définit comme « toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l’éducation et du plaisir du public ».

L’appellation donnée par l’Etat permet de bénéficier des subventions du Ministère de la culture, des dépôts des musées nationaux pour enrichir les collections ou encore de bénéficier du droit de préemption de l’Etat pour acquérir des œuvres. Il emporte des obligations comme celle d’avoir un personnel scientifique (conservateur agréé).

Tous les musées gascons ne sont pas labellisés. Que les gèrent des collectivités, des associations ou des particuliers, en poussant la porte on fait d’étonnantes découvertes.

Les musées consacrés au patrimoine gascon

Les collections des musées gascons nous font découvrir le mode de vie oublié de nos grands-parents ou arrière-grands-parents . Elles racontent des histoires merveilleuses.

Les montreurs d'ours
Les montreurs d’ours

À Ercé, en Couserans, le Musée des montreurs d’ours raconte l’histoire de ces centaines d’hommes partis au XIXe siècle avec un ours dressé. Ils parcouraient le monde pour gagner leur vie. Ils étaient tous des vallées de l’Alet, du Garbet et du Salat. Certains d’entre eux ont fait souche à New-York où leurs descendants parlent encore le gascon. À Soueix, également en Couserans, le Musée des Colporteurs parle de ces hommes partis, de ville en ville, vendre des marchandises transportées sur leur dos.

Le Musée du Sel - Salies de Béarn
Le Musée du Sel – Salies de Béarn (64)

Les produits de la nature ou de l’élevage font la fortune de certains métiers. Le Musée du sel de Salies de Béarn raconte comment une source souterraine de sel, gérée en commun par les habitants, fait la fortune de la ville. Le sel de Salies est utilisé pour la fabrication du véritable jambon de Bayonne. À Nay, le Musée du béret retrace l’histoire de ce couvre-chef gascon. Il a occupé plusieurs centaines d’ouvriers dans les usines de fabrication.

L’écomusée de la Grande Lande, à Sabres, témoigne de la vie rurale dans les Landes. Agro-pastoralisme, gemmage, exploitation de la forêt, mode de vie, croyances populaires.

Des histoires insolites racontées dans les musées gascons

Pharmacie de Saint-Lizier (09)

Savez-vous que l’Assurance maladie a son musée à Lormont en Gironde ? Il est le seul musée qui présente l’histoire de la solidarité et de la protection sociale, de l’antiquité à nos jours. Le Musée des Douanes de Bordeaux retrace la vie de cette institution. Il présente des saisies douanières insolites comme l’œuf d’un oiseau de Madagascar, de trois mètres de haut, disparu au XVIIIe siècle.

À Saint-Lizier, on trouvera une pharmacie du XVIIIe siècle, avec ses pots vernissés et ses instruments médicaux. C’est une des rares pharmacies complètes qui permet de mesurer les progrès réalisés depuis par la médecine. Le Musée d’art campanaire de l’Isle-Jourdain présente la cloche de la Bastille et tout ce qui concerne cet art.

Musée des Amériques d'Auch
Musée des Amériques d’Auch (32)

Le musée international des Hussards de Tarbes possède une collection inestimable d’objets et d’uniformes liés à l’histoire des Hussards. Plus connue à l’étranger qu’en Gascogne, la collection mérite une visite.

Créée en 1793, le Musée des Amériques à Auch est l’un des plus vieux musées de France. Il abrite une collection de 8 000 objets précolombiens. Certains, très rares, sont prêtés pour des expositions dans le monde entier. Seul le musée du quai Branly à Paris possède une collection plus riche.

Des richesses méconnues

Allégorie deCérès-Musée de Mirande
Allégorie de Cérès-Musée de Mirande (32)

Il existe de grands musées d’art à Toulouse ou Bordeaux. On a des musées des beaux-arts à Agen, Bayonne, Pau ou Tarbes. N’oublions pas les petits musées d’art, peu connus mais d’une étonnante richesse!

La collection de Joseph Delort, un homme de lettres né à Mirande, est le point de départ du Musée d’art de Mirande.  Enrichi de donations et de dépôts, on le considère comme un des meilleurs musées de peinture par sa présentation de portraits réalisés par des peintres du XVIIe au XIXe siècles. Hyacinthe Rigaud, Chardin, Jacques-Louis David, Le Pérugin, Tiepolo, Vélasquez, Murillo, Jacob van Ruisdael

Blanche Odin - Matin Lumineux - Musée Salies de Bagnères-de-Bigorre
Blanche Odin – Matin Lumineux – Musée Salies de Bagnères-de-Bigorre

Le Musée Salies de Bagnères de Bigorre possède une collection d’aquarelles de Blanche Odin, célèbre pour ses bouquets de roses. À Mont de Marsan, les amateurs de sculpture moderne verront les collections de deux artistes locaux, Charles Despiau et Robert Wlérick, ainsi que des œuvres d’artistes reconnus au niveau international comme Henri Lagriffoul ou le portugais Charles Correia.

Une idée folle : un grand musée de la Gascogne

Un grand nombre de pièces archéologiques et d’œuvres d’art dorment dans les réserves. Les musées ou les municipalités n’ont pas les locaux pour les présenter. On les retrouve dans des musées nationaux comme le Musée des antiquités nationales de Saint-Germain en Laye.

Sans doute y aurait-il de quoi constituer un grand musée de la Gascogne. La Gascogne ne manque pas de locaux désaffectés, suffisamment vastes, pour accueillir un tel musée. On y exposerait les pièces montrant toute la richesse archéologique, historique et culturelle de notre région.

Une idée folle qui peut fédérer les collectivités locales (régions, communautés de communes), les sociétés savantes, les musées. Ils ont des pièces qui ne sont pas exposées au public. Des particuliers possèdent parfois des collections exceptionnelles. Il existe sans doute un public nombreux qui ne manquera pas de venir découvrir toutes les richesses de la Gascogne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Quelques suggestions de visites à faire cet été

Ercé (09) – Exposition sur les montreurs d’ours
Salies de Béarn (64) – Musée du Sel
Nay (64) – Musée du Béret
Sabres(40) – Écomusée de Marquèze
Lormont (33) – Musée National de l’Assurance Maladie
Saint-Lizier (09) – Pharmacie du XVIIIe siècle 
Tarbes (65) – Musée international des Hussards 
Auch (32) – Musée des Amériques 
Mirande (32) – Musée des Beaux Arts 
Bagnères de Bigorre (65) –  Musée Salies 

Ministère de la culture : www.culture.gouv.fr/




Les étangs landais, une longue histoire

Les étangs landais, ce sont sur le littoral atlantique plus de 80 lacs ou étangs, tous parallèles à la côte, orientés nord-sud entre le Médoc et l’Adour, reliés entre eux par un réseau hydrographique. Le plus grand fait  5 500 hectares, le plus petit seulement 1,8 hectares. Allons à leur découverte.

Les étangs landais : une formation ancienne

Cette étrange disposition remonte à l’ère quaternaire. Les vents accumulent du sable sur la côte. Lors de la remontée des eaux en raison de la fonte glaciaire (jusqu’à 120 mètres), l’océan pousse le sable qui forme des tucs ou dunes quand la végétation ralentit son avancée.

L’accumulation de sable forme un cordon dunaire qui empêche les rivières d’arriver jusqu’à l’océan, la Mar grana ou le Gran tòs pour nous, les Gascons. Les rivières inondent les vallées derrière les tucs et forment des étangs et des lacs. Les nappes phréatiques remontent aussi et transforment le paysage en marécages.

Certains lacs et étangs sont reliés par des cours d’eau orientés sud-nord en raison de la barrière formée par les tucs. Elles donneront l’idée de les aménager pour créer une voie navigable.

Aujourd’hui, les lacs et les étangs sont en voie de comblement par l’apport d’alluvions et le faible renouvellement de l’eau.

Les projets de canal entre Arcachon et Bayonne

Le projet de canal entre la Gironde et l'Adour
Le projet de canal entre la Gironde et l’Adour

Vauban a l’idée de relier la Gironde à l’Adour par une voie navigable en 1681. Longue de 200 km, elle doit emprunter le chapelet de lacs et d’étangs des Landes. Le projet ne voit pas le jour, pas plus que d’autres, avancés au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Il faut fixer les dunes avant les travaux. On abandonne l’idée de canal pendant la Révolution.

D’autres projets sont imaginés : le canal des Petites Landes entre Nérac et Mont de Marsan empruntant la Baïse, la Gelise la Douze et la Midouze ; le canal des Grandes Landes entre Arcachon et Bordeaux par l’étang de Cazaux, la Leyre et Castres au nord et jusqu’à Bayonne en passant par les lacs et étangs vers le sud.

Le canal de Cazeaux
Le canal de Cazeaux

Jean-François Boyer-Fonfrède (1809-1875) est issu d’une famille d’armateurs bordelais. Il crée la Compagnie d’Exploitation et de Colonisation des Landes en 1833 et creuse un canal de 13,5 km pour relier les lacs de Cazaux, de Parentis et d’Aureilhan au bassin d’Arcachon grâce à sept écluses. On l’ouvre à la navigation commerciale en 1840 et touristique en 1845. La navigation cesse en 1860 en raison de l’ensablement et du manque de rentabilité.

La MIACA et l’aménagement de la côte atlantique

Seignosse le Penon
Seignosse le Penon

La Mission Interministérielle d’Aménagement de la Côte Aquitaine (MIACA) est créée en 1967. Elle a pour mission de définir un plan d’aménagement de la côte. Ses missions recouvrent la protection des dunes, la lutte contre l’érosion, la préservation de la nature et l’aménagement économique et touristique.

Si le littoral a échappé aux constructions de grands ensembles tels qu’on peut en voir sur la Méditerranée, la MIACA a créé des Unités Principales d’Aménagement, notamment par la création de Seignosse le Penon, Port d’Albret, Capbreton et Messanges.

On lui doit l’aménagement touristique des lacs et des cours d’eau, ainsi que l’ouverture à la navigation de plaisance du canal qui relie les lacs de Cazaux et de Parentis, vestige du grand projet de canal jusqu’à Bayonne.

En 2006, la MIACA a laissé la place à un GIP (Groupement d’Intérêt Public) qui associe l’Etat et les collectivités locales.

Les étangs landais : leur aménagement touristique 

Port de plaisance de Cazeaux
Port de plaisance de Cazeaux

Les lacs et étangs sont aménagés pour le tourisme. De nombreux campings et résidences secondaires se dispersent entre les plans d’eau et la côte atlantique. Malgré le faible nombre de zones ouvertes à l’urbanisme, de nouveaux équipements sont régulièrement construits.

Les activités autour des lacs et des étangs landais sont la baignade, les sports nautiques (ski nautique sur les lacs de Cazaux-Sanguinet et de Parentis-Biscarosse, jets skis sur le lac de Cazaux-Sanguinet), la navigation de plaisance (5 167 ancrages majoritairement situés sur le lac de Cazaux-Sanguinet), la voile, le canoé-kayak et la pêche de loisir. L’hydraviation se pratique sur le lac de Parentis-Biscarosse.

Sur des espaces aménagés, on pratique d’autre activités plus douces. Randonnées, cyclisme (piste de 170 km entre la pointe des Graves et l’Adour), équitation, golf.

Les activités touristiques doivent cohabiter avec les activités économiques. Par exemple, l’exploitation du pétrole sur le lac de Parentis ou les piscicultures pour l’élevage de truites.

La protection des lacs et des étangs

Le raisin d'Amérique
Le raisin d’Amérique

Des réserves naturelles se créent pour protéger les étangs landais afin de protéger la faune et la flore. Les espèces invasives sont nombreuses et la lutte s’organise. La Jussie, la Renouée du Japon, le raisin d’Amérique. Ou le poisson-chat, les écrevisses américaines, le vison d’Amérique, la tortue de Floride, etc.

L’exemple de l’étang d’Arjuzanx illustre le travail accompli. En 1958, EDF ouvre un gisement de lignite pour alimenter une usine électrique. Elle ferme en 1992 et EDF s’engage à participer à la réhabilitation des 2 716 hectares du site d‘extraction. C’est maintenant une réserve naturelle nationale.

Des travaux ont été nécessaires pour un montant de 14 millions €. Reprofilage des bords des anciennes excavations, fertilisation et travail du sol. Amélioration de la qualité des eaux, re-végétalisation, réalisation d’ouvrages hydrauliques.

On reconstitue la flore et la faune et on autorise des activités de pleine nature, telles que la baignade, le nautisme, la pêche ou la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Syndicat Mixte pour la Sauvegarde et la Gestion des Etangs Landais




Pierre Bec, un romaniste gascon de renom

Pierre Bec s’est passionné pour sa langue et sa littérature. Ainsi son travail sur le gascon ou sur les troubadours est une référence qui lui vaudra une reconnaissance internationale.

Les premières années de Pierre Bec

Pierre Bec (1921 - 2014)
Pierre Bec (1921 – 2014)

Pierre Bec nait à Paris le 11 décembre 1921. Son père, Alexandre, est instituteur et originaire de Cazères sur Garonne.  Sa mère, Yvonne Richard, est d’origine créole. Dès dix ans, Il revient à Cazères, et là, il y apprend le gascon.

Pier Bec - Convocation pour le STO
Convocation pour le STO

L’enfant est studieux, intéressé par les études. Pourtant, il ne fait pas d’études secondaires. Grâce à son sens des langues, il sert d’interprète aux réfugiés de la guerre civile espagnole. Il trouve un emploi de veilleur de nuit dans un bureau de postes, et en profite pour préparer, seul, le baccalauréat.

Hélas, la guerre éclate et il doit rejoindre les chantiers de jeunesse, puis le S.T.O. en Allemagne. Finalement, il y apprend l’allemand et aussi, grâce à des prisonniers, l’italien. Une histoire qu’il racontera dans un de ses livres, Lo Hiu tibat / Le Fil tendu (1978).

À son retour en France, il peut enfin passer son bac (1945), puis une licence d’allemand et une licence d’italien, et, fin finala, un Diplôme d’Études Supérieures de lettres modernes en.

Pierre Bec enseigne les langues

Pierre Bec devient professeur d’allemand (1950-1962). Il s’inscrit comme étudiant à la Sorbonne et à l’école des Hautes Études et à l’institut de Phonétique. Il se spécialise en linguistique romane, et plus particulièrement en occitan. En 1959, il soutient deux thèses : celle très remarquée sur Les Interférences linguistiques entre gascon et languedocien dans les parlers du Comminges et du Couserans et Petite nomenclature morphologique du gascon.

Pierre Bec crée le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l’université de Poitiers
Le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l’université de Poitiers

Il prend un poste de maitre de conférences, puis de professeur de langue et de littérature françaises du moyen âge à l’université de Poitiers. Il y restera de 1966 jusqu’à sa retraite en 1989. Sa nouvelle thèse de philologie, sur les Saluts d’amour du troubadour périgourdin Arnaut de Maruelh lui apportera une large notoriété. 

Parallèlement,  il sera directeur du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l’université de Poitiers, directeur des Cahiers de civilisation médiévale (1966-1989), président de la Société française de langue et littérature médiévales d’oc et d’oil, membre de la Société des gens de lettres (SGDL), et même membre de la Mediaeval Academy of America et du jury international du prix Ossian (Fondation F.V.S. de Hambourg).

Un homme austère ou un joyeux ?

Pierre Bec est une mena de professor Nimbus, amb sa barbeta, sas lunetas espessas que li balhavan mina d’èsser totjorn perdut dins las nívols de la pensada [sorte de professeur Nimbus, avec sa barbichette, ses lunettes épaisses qui donnait l’impression qu’il était toujours perdu dans des niveaux de pensée] nous dit Christian Lagarde.

Les photos disponibles sur internet ne le montrent qu’âgé, avec un air sérieux. Pourtant ceux qui l’ont connu parlent de son humour, de ses jeux de mots et de ses contrepèteries.

De plus, il ne lui déplaisait pas de pousser la voix pour chanter un chant gascon. Peut-être grâce à sa seconde épouse Éliane Gauzit qui a suivi des études musicales au Conservatoire de Lyon et s’intéresse au répertoire populaire et traditionnel occitan.

Enfin son calme et sa sérénité étaient peut-être aidés par sa grande pratique du yoga.

Pierre Bec et le gascon

Pierre Bec préside l'Institut d'Estudis Occitans de 1962 à 1980
Institut d’Estudis Occitans

Pierre Bec travaille avec Jean Bouzet (1892-1954) et Louis Alibert (1884-1959) à la normalisation graphique du gascon. En 1982, il recommencera avec Jacques Taupiac (1939- ) et Michel Grosclaude (1926-2002) pour la normalisation linguistique de l’aranais. Pierre Bec est nommé président de l’Institut d’Etudes Occitanes de 1962 à 1980.

Pierre Bec - La langue Occitane (1ère édition 1963)
Pierre Bec – La langue Occitane (1ère édition 1963)

 

Il écrit des ouvrages qui resteront des références pour la dialectologie comme La Langue occitane, publiée dans la collection Que sais-je ? et, en 1973, le Manuel pratique d’occitan moderne.

Le gascon constitue, dans l’ensemble occitano-roman, une entité ethnique et linguistique tout à fait originale, au moins autant, sinon davantage, que le catalan. Dès le Moyen Âge, il est considéré en effet comme un lengatge estranh par rapport à la koinê des troubadours. Les Leys d’Amor (espèce de code grammatical du XIVe siècle) l’assimilent ainsi au français, à l’anglais, à l’espagnol et au lombard (italien).

Même si on peut trouver un certain excès à ses propos des Leys d’Amors, Pierre Bec pense que cette originalité du gascon repose sur une spécificité ethnique.

Globalement, le travail de Pierre Bec est celui d’un universitaire méticuleux et consciencieux. Par exemple, il montre dans sa thèse, la complexité de la région de transition linguistique entre Toulouse et Saint-Gaudens. D’ailleurs Jean Seguy précisera :  [M. Bec] n’a pas ménagé [sa] peine, il a suivi les isoglosses de village en village, parfois de hameau en hameau.

Pierre Bec et la littérature

Pierre Bec - Anthologie des Troubadours (1979)
Pierre Bec – Anthologie des Troubadours (1970)

Bec fait un travail tout aussi systématique et minutieux sur la littérature avec ses anthologies de la poésie occitane médiévale en 1954 et en 1970, son Anthologie des troubadours. Il est même considéré très vite comme le spécialiste des troubadours, textes et musique. Car il approfondit aussi l’étude des instruments de musique.

Pierre Bec - Le Siècle d'or de la poésie gasconne (1550-1650)
Pierre Bec – Le Siècle d’or de la poésie gasconne (1550-1650)

Il fait découvrir ou redécouvrir la renaissance de la poésie en Gascogne avec son livre Le Siècle d’or de la poésie gasconne (1550-1650). L’occasion de lire d’immenses poètes. Il traduit en gascon la Chanson de Roland, s’essaie lui-même à la poésie comme avec le beau poème Au briu de l’estona, 1955

Il publie aussi des nouvelles : Entà créser au mon, Racontes d’ua mòrt tranquilla, Contes de l’Unic. Loin du travail austère du chercheur, on y découvre un auteur imaginatif, parfois même fantastique.

L’Unic que gaha la vomidèra, mès que’s rasona e torna prénguer lo son dejunar. L’estomac pleat, que’s sentish melhor : « qu’èi devut engolir quauqua substància allucinogèna, que’s digoc. Aquò n’ei pas arren. Que cau demorar ».

Le collectionneur de prix

Pierre Bec collectionne les reconnaissances. Il reçoit les prix Albert Dauzat (travaux linguistiques) en 1971 et le prix Ossian (Alfred Toepfer Stiftung, Hambourg) en 1982. Ce sera le grand prix Victor Capus (Académie des Jeux floraux de Toulouse) en 1991. On lui décernera aussi le prix Paul Froment (auteurs occitans).

Il est décoré Chevalier de l’Ordre national du mérite, et officier des palmes académiques.

Et en 2010, la Generalitat de Catalunya lui décerne le premier Prix Robert-Lafont pour son action pour la defensa, projecció i promoció de la llengua occitana.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pierre Bec et sa contribution à une typologie des genres lyriques médiévaux, questions d’histoire des sciences et d’épistémologie, entre structuralisme et pratique occitaniste, Marjolaine Raguin-Barthelmebs, 2017
Quelques notes sur Pierre Bec éditeur critique du texte occitan médiéval, Gilda Caiti-Russo, 2017
A prepaus de Les interférences linguistiques entre gascon et languedocien dans les parlers du Comminges et du Couserans : essai d’aréologie systématique (Pierre Bec, 1968), Cristian Lagarda, 2017
Essai de bibliographie de l’œuvre scientifique et littéraire de Pierre Bec, François Pic, 2017
Biographie Pierre Bec 
Pierre BecRacontes d’ua mòrt tranquilla – Reclams Edicions
Pierre Bec – Entà créser au mónReclams Edicions

 

 

 




Luchon Reine des Pyrénées

De nombreuses stations thermales des Pyrénées ont une origine ancienne, bien souvent antérieure à l’arrivée des Romains qui ont surtout réalisé des aménagements plus confortables pour les bains.  Jeanne de Navarre aimait se rendre aux eaux de Cauterets. Pourtant, c’est la mode des bains qui développera les stations et notamment Luchon qui prendra le qualificatif de Reine des Pyrénées.

L’origine ancienne de Luchon

Luchon et sa vallée sont occupées très tôt. Au néolithique, des hommes vivent dans la grotte de Saint-Mamet et construisent des cromlechs dans les montagnes voisines. On retrouve une statuette de marbre blanc à Cier de Luchon.

Cromlech au Port de Pierrefitte
Cromlech au Port de Pierrefitte

Les Aquitains vénèrent le dieu Illuxo, dieu des sources, qui aurait donné son nom à la vallée de Luchon. En 76 avant Jésus-Christ, Pompée, de retour d’Espagne, fonde Lugdunum Convenarum / Saint-Bertrand de Comminges. La légende veut qu’un soldat malade soit venu à Luchon et guérisse de sa maladie. Toujours est-il que l’empereur Tibère fait creuser trois piscines et participe à l’essor des thermes.

Lors de la reconstruction des thermes au 19e siècle, des fouilles ont permis de retrouver les fondations des thermes romains, la source qui alimentait les thermes et la trace des piscines revêtues de marbre avec circulation d’air chaud et de vapeur.

L’activité thermale se poursuit au Moyen-Age, sans que l’on connaisse vraiment l’ampleur de la fréquentation.

Luchon est un lieu de passage fréquenté

Hospice de France
Hospice de France

Luchon est un lieu de passage fréquenté par les pèlerins de Saint-Jacques qui passent par le port de Vénasque. Un hôpital tenu par les Hospitaliers de Saint-Jean est attesté dès le 13e siècle à Juzet de Luchon. Au 17e siècle, il est transporté dans la vallée de la Pique et devient l’Hospice du port de Vénasque.

On le reconstruit en l’an XII. L’adjudication des travaux du 26 Germinal (16 avril 1804) prévoit un bail de 13 ans. L’adjudicataire doit garder « en bon état et praticable » le chemin qui va à la frontière avec l’Espagne. Il doit y résider du 1er Germinal au 1er Frimaire de chaque année (du 21 mars au 21 novembre) et fournir aux voyageurs du pain, du vin et de l’eau de vie.

Pastoralisme à l'Hospice de France
Pastoralisme à l’Hospice de France

Suivant l’usage ancien, il bénéficie des pâturages attachés à l’Hospice et peut demander un droit de portage ou de passe de 25 centimes par bœuf, vache, mule, mulet, cheval ou jument, de quinze centimes par cochon, de 5 centimes par mouton, chèvre ou brebis et de 15 centimes par personne qui couche à l’Hospice.

On ouvre une route carrossable en 1858 et la Compagnie des Guides de Luchon fait de l’Hospice de France un lieu d’excursions et le point de départ des courses vers la Maladeta et l’Aneto. Un éboulement coupe la route en 1976 et l’Hospice ferme à la mort de son propriétaire en 1978. La ville de Luchon le réouvre en 2009 et y installe un petit musée.

L’intendant d’Étigny lance les thermes de Luchon

Luchon - Les Allées d'Etigny
Les Allées d’Étigny

L’Intendant d’Auch, Antoine Mégret d’Étigny, entreprend la construction d’un réseau de routes carrossables reliant toutes les villes de la Généralité. Il aménage la route de Montréjeau à Luchon à partir de 1759.

Il construit les thermes de Luchon et trace une nouvelle voie les reliant à la ville, baptisée plus tard Allées d’Étigny. En 1763, il fait venir le duc de Richelieu qui est gouverneur de Guyenne, pour prendre les eaux. Conquis par Luchon, le duc de Richelieu revient en 1769 avec une partie de la Cour. La mode des eaux à Luchon est lancée. En souvenir, la ville lui érige une statue.

L'Impératrice Eugénie mettra Luchon à la mode
L’Impératrice Eugénie

Au 19e siècle, l’Impératrice Eugénie donne un nouvel élan à la mode des bains. Les comptes de la ville relatent les frais occasionnés par la venue de la duchesse de Berry en septembre 1828, du duc de Nemours en juillet 1839 et du duc et de la duchesse d’Orléans en septembre 1839. À chaque fois, ce sont des gardes d’honneur par des compagnies de grenadiers et de voltigeurs, des promenades à cheval avec des guides, des rencontres avec les demoiselles de Luchon et des bals champêtres. Pour l’un d’eux, les rafraichissements ont couté 194,10 Francs à la ville de Luchon. On y a pris 4 sabotières de glace, 48 litres de limonade, 16 bouteilles de sirop d’orgeat, 15 bouteilles de bière et 4 livres de sucre.

Edmond Chambert donne un nouveau visage à Luchon

Les Thermes de Chambert
Les Thermes de Chambert

Edmond Chambert (1811-1881) est Toulousain. Nommé architecte du département de la Haute-Garonne en 1843, il intervient pour reconstruire les thermes de Luchon de 1846 à 1865, avec l’ingénieur Jules François qui réorganise le fonctionnement hydraulique de la station. Un incendie détruit en 1841, les thermes précédents construits entre 1805 et 1815. Passionné d’archéologie (il sera membre et trésorier de la Société archéologique du Midi), il découvre et dessine les fondations des thermes romains mis à jour lors des travaux de reconstruction des thermes.

La réussite de la reconstruction des thermes de Luchon fait qu’on le sollicite pour les thermes d’Audinac et d’Ax les Thermes (Ariège), de Bagnères de Bigorre et de Siradan (Hautes-Pyrénées) et de Castéra-Verduzan (Gers).

La Villa Tron
La Villa Tron

Edmond Chambert dessine également le parc des thermes avec le jardin anglais, la cascade et le lac et des buvettes.

En parallèle du chantier des thermes, il construit plusieurs villas de villégiature à Luchon : la villa Charles Tron, la villa Diana, la villa Edouard, la villa Emeraude, l’hôtel Sarthe Sarrivatet, la villa Bertin qui a hébergé le Prince impérial en juillet 1867. Il construit également le casino qui participe à la renommée de Luchon.

L’épopée du train 

Le train Paris - Luchon
Le train Paris – Luchon

L’arrivée du train en 1873 et la construction du casino développent la popularité de Luchon et attirent de nombreux visiteurs.

La Compagnie des chemins de fer du Midi obtient la ligne en concession en 1863. On l’ouvre le 17 juin 1873 et Luchon accueille des trains directs depuis Paris qui est à 15 heures de voyage. On l’électrifie en 1925. Pour des raisons de sécurité, on ferme la ligne en 2014. La région Occitanie a en projet sa réouverture à la circulation des trains. Un projet de continuation de la ligne jusqu’en Espagne ne verra pas le jour.

Le chemin de fer à crémaillère de Superbagnères
Le chemin de fer à crémaillère de Superbagnères

Une ligne à crémaillère relie Luchon à Superbagnères depuis 1912 pour le plus grand bonheur des curistes. En 1954, un accident fait 6 morts. Elle fonctionne jusqu’en 1965 et une route la remplace.

Un funiculaire à crémaillère inauguré en 1894 relie le parc des thermes à l’hôtel-restaurant de la Chaumière. Le parcours de 300 mètres se fait en à peine 2 minutes et donne une vue plongeante sur Luchon. Les premiers skieurs l’empruntent en 1908. Son fonctionnement est hydraulique jusqu’en 1954 puis électrique jusqu’à sa fermeture en 1970 en raison de la dégradation des voies et de l’incendie de l’hôtel-restaurant de la Chaumière.

Luchon, Reine des Pyrénées

Le Casino de Luchon
Le Casino de Luchon

Depuis l’ouverture du casino, de nombreux personnages célèbres viennent à Luchon. La station est à la mode. C’est la Reine des Pyrénées. La Compagnie des guides, la plus ancienne des Pyrénées, reconnaissable à son béret bleu à pompon se crée en 1850. Elle dispose d’une compagnie à cheval qui emmène les curistes en excursions.

Les écrivains et hommes de lettres viennent à Luchon. Edmond Rostand y possède une villa familiale où il vient chaque été. Dans son recueil, Les Musardises, publié en 1890, il chante Luchon et les Pyrénées :

La fête des fleurs de Luchon
La fête des fleurs de Luchon

Luchon, ville des eaux courantes,
Où mon enfance avait son toit,
L’amour des choses transparentes,
Me vient évidemment de toi !

En 1888, Edmond Rostand se rend à l’hippodrome de Moustajon avec un équipage décoré de fleurs. Devant un café, il improvise une bataille de fleurs avec ses amis. C’est ainsi que nait la Fête des fleurs. D’autres stations thermales l’imitent comme Bagnères de Bigorre, Les Eaux-Chaudes et Ax les Thermes. Seule, celle de Luchon subsiste.

Le Tour de France y fait régulièrement étape depuis 1910. Les congés payés, la vogue du ski et le thermalisme amènent une clientèle populaire.  Luchon est la Reine des Pyrénées mais se cherche un nouveau souffle.

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Wikipedia Luchon
L’œuvre de l’architecte Edmond Chambert à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne), Alice de la Taille, Patrimoines du Sud, 2019
Voyages littéraires dans les Pyrénées, Escòla Gaston Febus




François Mauriac, attaché à ses racines ?

François Mauriac est né le 11 octobre 1885 à Bordeaux. Membre de l’Académie française depuis 1933, prix Nobel de littérature en 1952, il est un écrivain renommé. Quel est vraiment son lien à la Gascogne ?

L’enfance bordelaise de François Mauriac

François Mauriac (1945)
François Mauriac (1945)

Son père est négociant et meurt alors que François Mauriac n’a que deux ans. Son enfance se partage entre Bordeaux, Gradignan où sa grand-mère possède une propriété, Verdelais et Saint-Symphorien près de Langon.

L’année de son Baccalauréat, François Mauriac a pour professeur Marcel Drouin, beau-frère d’André Gide, qui lui fait découvrir les grands auteurs : Paul Claudel, Francis Jammes, Charles Baudelaire, André Gide, Maurice Barrès

François Mauriac étudie la littérature à la faculté de Bordeaux. Il intègre l’École des Chartes en 1907 mais l’abandonne presque aussitôt pour se consacrer à l’écriture. Dès 1909, il publie Les mains jointes, recueil de poèmes.

François Mauriac et Jeanne Lafon
François Mauriac et Jeanne Lafon

En juin 1913, François Mauriac épouse Jeanne Lafon avec qui il aura quatre enfants. Durant la première guerre mondiale, il s’engage et sert dans un hôpital à Salonique. Après l’Armistice, il publie son œuvre romanesque composée de plusieurs ouvrages dans lesquels il décrit la vie de la bourgeoisie provinciale : Genitrix en 1923, Le Désert de l’amour en 1925, Thérèse Desqueyroux en 1927, Le Nœud de vipères en 1932, Le Mystère Frontenac en 1933. Ils lui valent d’entrer à l’Académie Française le 1er juin 1933.

Un homme profondément attaché à ses racines

Bordeaux - Place de la Comédie et Rue Sainte-Catherine
Bordeaux – Place de la Comédie et Rue Sainte-Catherine

Bien que vivant à Paris, François Mauriac reste profondément attaché à ses racines bordelaises. Ses souvenirs d’enfance imprègnent son œuvre. Cette ville où nous naquîmes, où nous fûmes un enfant, un adolescent, c’est la seule qu’il faudrait nous défendre de juger : elle se confond en nous, elle est nous-mêmes ; nous la portons en nous. L’histoire de Bordeaux est l’histoire de mon corps et de mon âme. (extrait de Bordeaux, une enfance)

Dans ses romans, François Mauriac décrit les maisons de son enfance : celle de sa grand-mère paternelle à Gradignan dans La robe prétexte, celle de son grand-père à Saint-Symphorien dans Genitrix. Il y décrit sa vie familiale en se servant de personnages fictifs. Il précise même : À partir de l’époque où j’ai quitté le Sud-Ouest, les soirs d’été, les nuits d’été n’ont plus existé que dans mon souvenir et dans les poèmes aimés. Toute cette ardeur et toute cette douceur qui en débordaient, je les ressentais dans ma vie la plus quotidienne.

François Mauriac à Malagar
François Mauriac à Malagar

François Mauriac dépeint avec nostalgie les paysages des landes plantées de pins et les vignobles bordelais, leurs couleurs, leurs bruits, leurs odeurs, leurs habitants : Ce que je dois à Bordeaux et à la lande, ce n’est pas l’âme tourmentée de mes personnages, qui est de tous les temps et de tous les pays. Ce que je dois à notre Guyenne, c’est son atmosphère, dont j’ai été pénétré dès l’enfance. Cet éternel orage qui rôde dans mes livres, ces lueurs d’incendie à leur horizon, voilà ce que ma terre m’a donné. Extrait de son discours prononcé à Bordeaux pour ses 80 ans.

Un peintre de la société 

François Mauriac - Le noeud de vipères
François Mauriac – Le noeud de vipères

François Mauriac peint sans concession la société bourgeoise bordelaise repliée sur elle-même, orgueilleuse de sa richesse et où l’on doit tenir son rang.

Dans Le nœud de vipères, François Mauriac décrit l’amour de l’argent de cette aristocratie « de bouchon ». Son intrigue porte sur un mariage malheureux dans lequel le mari est riche et avare, la femme bigote (elle fait l’aumône à ses pauvres tout en sous payant son personnel de maison) se ligue avec ses enfants contre son mari pour s’assurer une part d’héritage.

 

Emmanuelle Riva et Philippe Noiret, dans l'adaptation de Thérèse Desqueyroux de Franju d'après François Mauriac
Emmanuelle Riva et Philippe Noiret, dans l’adaptation de Thérèse Desqueyroux de Franju (1962)

Dans Thérèse Desqueyroux, François Mauriac s’inspire d’une affaire criminelle qui a défrayé la chronique bordelaise en 1906. On accuse Henriette-Blanche Canaby d’avoir voulu empoisonner son mari, courtier en vins. Pour sauver les apparences de ce couple de la bourgeoisie bordelaise qui faisait ménage à trois, son mari témoigne en sa faveur.

Son œuvre lui vaudra une profonde inimitié de la bourgeoisie bordelaise. Cependant, Sheila G. Moore, dans sa thèse François Mauriac, critique du milieu bourgeois, va plus loin et écrit : La critique que Mauriac fait de la bourgeoisie s’applique en réalité à toute société et même, dans une certaine mesure, à tout homme. Il importe peu donc que l’ambiance de son œuvre soit bordelaise, bourgeoise et catholique ; il réussit à la rendre universelle.

François Mauriac et le gascon

Mauriac et son mondeDans ses romans, François Mauriac utilise le gascon qu’il met dans la bouche de ses personnages. Pourtant, il ne le comprend pas, comme il le dit lui-même dans Malagar : « les paysans parlaient une langue étrangère que je ne comprenais pas, le patois. »

Dans la bouche de ses personnages, le gascon n’apparait que par bribes, comme dans Un adolescent d’Autrefois : « Un métayer, après avoir sifflé, rejoint Prudent et l’interroge : Passat Palumbes ? Nade ! Nade ! »

François Mauriac utilise seulement des mots ou des expressions courtes : Beleu (bethlèu), A l’oustaou ! (A l’ostau !), As dejunat ?, la pecque (pèga), les vergnes (vèrnhes), coucourège (cocoreja). Ou encore cette chanson enfantine dans son roman Le mystère Frontenac (1933) : sabe, sabe caloumet. Te pourterey un pan naouet. Te pourterey une mitche toute caoute. Sabarin. Sabaro.

Certains, comme Christian Lagarde, voient cette utilisation du patois « tout juste pour sa seule valeur de précision descriptive par rapport au contexte ». D’autres y voient son enracinement. Comme le directeur de recherche du CNRS Philippe Gardy : Délié du romanesque, le patois n’a pas pour fonction première de porter et d’illustrer le récit, en l’enjolivant de notations « réalistes » ou folkloriques. Il permet au contraire de ramener le récit à ses hantises originelles, en faisant communiquer l’univers de la fiction avec ses raisons d’être là, sans relâche.

Le Centre François Mauriac

François Mauriac meurt le 1er septembre 1970 à Paris. En 1985, ses enfants donnent le domaine de Malagar (Malagarre en gascon : mauvaise garenne) au Conseil régional d’Aquitaine. La collectivité a la charge d’entretenir la propriété, de conserver les collections qui y sont déposées. Elle doit promouvoir l’image de François Mauriac.

Une association de type Loi de 1901 gère le centre François Mauriac.  Il est situé à Saint-Maixant au sud de Bordeaux. Il est ouvert à la visite et propose un centre de ressources documentaire et un programme varié d’activités culturelles.

Le vignoble de Malagar
Le vignoble de Malagar

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

François Mauriac, Académie française
Bordeaux une enfance, François Mauriac, 2019
François Mauriac, critique du milieu bourgeois, Sheila G. Moore, University of British Columbia, 1965
De l’influence de la langue gasconne dans les écrits de François Mauriac, Jean Bonnemason, 2006
François Mauriac et les charmes du patois, Philippe Gardy




Héritières et cadettes des Pyrénées

Isaure Gratacos raconte la vie des héritières et cadettes dans ls Pyrénées
Isaure Gratacos

La vie difficile dans les Pyrénées entraine un mode de fonctionnement particulier où les héritières jouent le même rôle que les héritiers, où les cadettes jouent le même rôle que les cadets. Une exception gasconne !

Isaure Gratacos, docteure ès lettres (études occitanes), professeure agrégée d’histoire, a collecté de nombreux récits sur le sujet dans les Pyrénées centrales et mené des études approfondies.

Les filles héritières et le droit d’ainesse absolu

Dans les Pyrénées, le droit d’ainesse absolu prévaut. Ainsi, garçon ou fille, c’est l’ainé·e qui garde la maison et les biens, conserve les fonctions sociales – participe à l’assemblée de la vesiau [regroupement de maisons, équivalent à la commune], vote pour élire le représentant au conseil de la vallée, etc. Et on marie l’aireter o l’airetera [l’héritier ou l’héritière] avec ua capdèta o un capdèth  [une cadette ou un cadet]. Le capdèth ou la capdèta qui arrive prend le nom de la maison qu’il ou elle rejoint : qu’ei vengut gendre [il est venu gendre] qu’ei venguda nora [elle est venue belle-fille]. Ainsi la maison et son nom sont préservés. L’autorité reste cet·te ainé·e : qu’i jo que comandi, que sò a casa mio [c’est moi qui commande, je suis chez moi] rappelle un témoignage recueilli par notre professeure d’histoire.

La Révolution est une catastrophe pour les Pyrénées. Les femmes sont considérées comme non responsables, n’ont pas le droit de vote. Les communes sont créées et les femmes évincées. Une situation qui ne sera pas réparée dans les régimes qui suivent. Une chanson restera :

Héritiers et héritières : les femmes se révoltent contre l'Etat qui les dépossède de leurs droitsTot qu’ei dolors, per
totas eras maisons
Sustot eras airetèras
Maudit sia eth rei
Que nos a hèit era lei
Contr’eras airetèras.

Il n’y a que douleurs
dans toutes les maisons
Surtout pour les héritières
Ah! Maudit soit le roi
qui nous a fait cette loi
Contre les héritières.

Les femmes aînées combattent l’Etat

gardes forestiers
Gardes forestiers (1831)

Pendant un siècle (jusqu’en 1871), les femmes pyrénéennes se battront contre l’État qui s’approprie les terres communes (80% des terres étaient gérées de façon collective) devenues communales. L’État qui boise les pâturages, retirant les ressources aux locaux. Ceux-ci vont se défendre en encravatar les arbres, en les cravatant, c’est-à-dire en enlevant une bande d’écorce tout le tour, ce qui a pour effet de faire mourir l’arbre. D’autres s’opposent aux gendarmes. Isaure Gratacos rapporte une de ces bagarres.

L’une de ces femmes s’oppose à un gendarme. Elle se défend, prend une ardoise et lui coupe l’oreille. Elle s’échappe et rentre chez elle avec la complicité d’un paysan. Mais il lui faut comparaitre au tribunal de Saint-Gaudens. Elle n’a pas peur, elle s’y rend. Là, elle s’arrange pour murmurer au gendarme blessé : si tu me dénonces, je te tue. Le juge interroge la jeune femme : Marquète, est-ce vous qui avez coupé l’oreille à Monsieur Lapeyre ? Marquète n’a pas le temps de répondre, le gendarme s’écrie : Y a rien de plus faux ! L’histoire se raconte dans les familles jusqu’à nos jours.

Las hilhas devath

Fin XVIIIe, la population devient trop importante pour les maigres ressources des montagnes.  Et le sort des capdètas et des capdèths n’était pas des meilleurs. Elles et ils restent  à la maison, célibataires, et travaillent sans gage pour l’ainé·e. On les appelle d’ailleurs les esclaus [esclaves]. Alors commence une émigration saisonnière :

Crabas amont
Hilhas devath

Les chèvres en haut,
Les filles en bas.

Le bureau des nourrices, Rue du Cherche-Midi à Paris : une voie possible pour les cadettes
Le bureau des nourrices, Rue du Cherche-Midi à Paris

Elle va s’accélérer sous la Restauration, le Second Empire et jusqu’à la guerre de 40-45.

Au départ, il s’agit des capdètas. Après avoir semé le blé et le seigle, dès 16 ans, elles vont travailler en bas, hors des Pyrénées.  Elles reviendront pour les semences de mai. Certaines sont nourrices chez des bourgeois des villes de la plaine, d’autres cardairas [cardeuses] ou encore colporteuses. Un dicton précise Hilha e caperan non saben cap aon anar minjar eth pan. [Fille – comprendre cadette – et curé ne savent pas où aller manger leur pain.]

Cadets et cadettes vont sur les routes pour vivre : les chaudronniers-rétameurs
Les chaudronniers-rétameurs

Les capdèths, eux aussi, partiront comme artisan. Ils seront cauderèrs [chaudronniers], telerèrs [couvreurs], agusadors [aiguiseurs], segadors [moissoneurs] et iront surtout en Espagne.

On garde les traces de ces passages en Comenge [Comminges] par le nom d’un abri naturel, lo trauc d’eths cauderèrs [le trou des chaudronniers], simple trou dans la terre où l’on pouvait manger à l’abri du vent, bivouaquer, sur le chemin de l’Hospice de France à la Rencluse par le port de Vénasque. Ou par cette chanson du Couserans :
Que n’èran tres segadors qu’anavan tà Espanha…
Ils étaient trois moissonneurs qui allaient en Espagne…

Les cadettes colporteuses

Marchande ambulante
Colporteuse

Elles vendent, souvent pour leur propre compte, des articles fabriqués au village. Arbàs entà cauças, Aspeth entà anjòias [Arbas pour les chaussures, Aspet pour les bijoux]. Ce peut être aussi des chapelets, des dentelles, des chaussettes en laine, des lacets… et même des lunettes.

Selon leur village d’origine, elles vont, à pied, la marchandise sur le dos, dans telle ou telle région pour vendre. Elles marchent souvent pieds nus, ne mettant eras ‘sclopas [gros sabots de bois dans lequel on met une autre chaussure] que s’il pleuvait ou en arrivant au village où elles voulaient vendre.

Si elles arrivent à amasser un peu d’argent, elles pourront acheter des montres ou des chaussures qu’elles revendront. Elles pourront aussi acheter un âne, une voiture, un cheval.

Certaines vont loin, à Nàpols [Naples – Italie], à Cadiç [Cadix – Espagne] ou en Normandia. Par exemple, les filles de Malavedia [Malvezie] en Comenge (au sud de Sent Gaudenç) vendaient leur linge de maison en Italie du nord.

Les colporteuses seules ?

Marchands ambulants
Colporteurs

Les colporteuses des Pyrénées partent souvent seules, cas rare en France. Pourtant, des couples vont se former et elles partiront avec leur époux, colporteur aussi, et les enfants quand ils ont l’âge. Isaure Gratacos signale la famille Abadie, de Sent Pè d’Ardet [Saint-Pé d’Ardet]. Ils vendent des chaussures en Italie du sud. Outre le couple et leurs deux enfants qui suivront dès leur 16 ans, il y a un frère et une sœur. Leurs affaires marchent bien et ils pourront faire construire une maison confortable au village.

Ces nouvelles maisons auront un nom comme il est de coutume en Gascogne : eths balets [les balcons] pour celle-ci ornée de balcons. De même pour les capdèths artisans : au telerèr [chez le couvreur].

La réussite : les Nouvelles Galeries

Perpignan - Le Grand Bazar et les Nouvelles Galeries
Perpignan – Le Grand Bazar et les Nouvelles Galeries

Certains de ces colporteurs vont suffisamment s’enrichir pour s’établir. Et ce ne sera pas toujours au village. Ainsi, l’histoire de Germain et Henriette Claverie.

À Argut [Argut-Dessous en français], juste au sud de Sent Beath [Saint-Beat], en Comenge [Comminges], vit la famille Claverie. Germain et Henriette vont colporter du côté de la Méditerranée. En 1897, à Perpignan, Germain et Henriette Claverie achètent à M. Zappa un commerce du nom de Grand Bazar. Il est alors place Laborie (actuellement place Jean-Jaurès).

En 1905, les remparts de la ville sont détruits. Les Claverie achètent alors un terrain de 1 600 m2 en face du pont Magenta, au Castillet. Le Grand Bazar devient les Nouvelles Galeries. Il va rester dans la famille. Les enfants, Edouard, Ambroise et Germaine (épouse Barès) prennent le relai en 1933.

Le fonctionnariat des cadettes

Ecole Normale d'Institutrices (1927-1930) - le métier d'institutrice pour ls cadettes
Ecole Normale d’Institutrices (1927-1930)

Parmi les autres spécificités des Pyrénées, Isaure Gratacos signale la scolarisation. Les héritières et cadettes, comme tous les autres, garçons et filles, vont massivement à l’école primaire et au cours complémentaire. Bien plus que dans d’autres régions. Cet enseignement va ouvrir la porte du fonctionnariat à celles et ceux qui ne sont pas en charge de perpétuer la maison. Ainsi lo parçan d’Aspèth [l’Aspétois] va dès 1930 devenir une pépinière d’enseignants surtout pour les filles.

Ainsi, la situation se renverse. L’héritière ou l’héritier, restant dans la maison, se retrouve dans une situation sociale et économique moins enviable que les cadets. La profession agricole est de plus en plus dévalorisée. Alors, les ainé·es se mettent à leur tour à quitter la montagne…

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

La vie humaine dans les Pyrénées ariégeoises…, Michel Chevalier, 1956
Femmes pyrénéennes, Isaure Gratacos, 1998




Vincent de Paul, un Gascon sanctifié

Vincent de Paul, comme plus récemment l’abbé Pierre, va bouleverser son époque en agissant pour les pauvres. Histoire d’un Landais inspiré.

La naissance de Vincent de Paul

La maison natale de Vincent de Paul - Les Ranquines - Saint-Vincent (40)
Les Ranquines

Vincent de Paul nait au Poi (Lanas) / Pouy (Landes) le 24 avril 1581, dans une maison landaise nommée Ranquinas. Simin Palay, dans son dictionnaire, signale que les Ranquines étaient un surnom donné aux personnes déjà âgées qui se remariaient, et qui étaient souvent victimes de charivari

On peut aussi rapprocher ce mot de ranc ou arranc, boiteux en gascon. Cette proposition est souvent retenue à cause d’un écrit de Vincent en 1659 : Je me souviens que lorsque j’étais un jeune garçon, mon père m’emmena à la ville. Parce qu’il était pauvrement habillé et boiteux, j’ai eu honte de l’accompagner et qu’on puisse penser qu’il était mon père.

Une famille de six enfants

Saint Vincent de Paul (40)
Pouy aujourd’hui Saint Vincent de Paul (40)

Le père, Jean de Paul, est un capcasau (chef de maison), c’est-à-dire propriétaire de la maison et de terres (environ 1 ha). Il bénéficie de droits comme prendre tout le bois nécessaire dans les forêts à l’entour, utiliser les prés communs et qu’on l’enterre au cimetière du village.

La mère, Bertrande de Moras (1545-?), est la fille d’un notaire et greffier de Dax. La famille est composée de quatre garçons et deux filles, Marie et Claudine.  Jean, l’ainé, quittera la propriété pour s’installer un peu plus loin. Bernard, le deuxième, et Dominique, le dernier frère, dit Menjon ou Menginon [le petit Dominique] resteront sur la propriété familiale. Vincent est le troisième. 

Sans être aisée, c’est une famille de classe moyenne. Outre les terres, elle possède des outils, un attelage, des moutons, des cochons…

L’entrée dans l’Église de Vincent de Paul

Vincent de Paul
Vincent de Paul

Enfant, Vincent participe aux travaux de la ferme, comme c’est l’habitude. Son père, probablement au vu de son rang dans la fratrie, le destine à l’Eglise. Il l’envoie donc au collège franciscain des Cordeliers, à Dacs. Il loge chez Monsieur Comet, juge de Poi. Là, il montre une grande force de travail, ce qui lui vaut d’être pris comme précepteur des fils du juge.

Puis il continue ses études à l’université de Toulouse pendant sept ans, en théologie (jusqu’en 1604). Entre temps, il devient prêtre, à 19 ans.

Il semblerait qu’en 1605, notre jeune prêtre se soit rendu du côté d’Aigas Mòrtas pour recueillir un petit héritage. Vincent est capturé et vendu comme esclave. Il s’évade deux ans après et rejoint peut-être Rome.

Aumônier de la cour d’Henry IV

Vincent de Paul devient l'aumônier de Marguerite de Valois
Marguerite de Valois

Les Gascons ont la côte sous le règne deu noste Enric. De plus, le pape Paul V charge Vincent de Paul d’un message pour le roi de France. Les deux Gascons s’entendent et, en 1610, Vincent devient aumônier de la reine Marguerite de Valois, dite Margot.

Vincent de Paul débute comme curé de Clichy, puis précepteur des enfants du marquis de Gondi et confesseur de Madame de Gondi.

Quelles sont les convictions et la foi de Vincent ? Ce n’est pas un choix de sa part. S’il avait été l’ainé, il serait plus probablement resté sur la propriété… Pourtant, dans le sillage de ces deux dames, la reine Margot qui consacre un tiers de ses revenus à des missions de charité, et Madame de Gondi qui l’entraine dans ses œuvres, Vincent prend conscience de la misère des paysans et de sa mission.

« La charité est l’âme des vertus »

Vincent de Paul aide les plus pauvresLoin du faste de la Cour, Vincent devient curé de Châtillon-les-Dombes. En aout 1617, il crée la première Confrérie de la Charité, puis, le 16 décembre, avec l’aide des dames de la ville, « Les Dames de la Charité ». Deux ans après, le aumônier général des galères. Il réussit à obtenir que les galériens soient nourris, soignés, confessés.

Les actions se multiplient, comme la création en 1925 de la « congrégation de la Mission » pour évangéliser les pauvres des campagnes (création à Saint-Lazare à Paris). Comme la création en 1633 de « l’Ordre des Filles de la Charité » pour les enfants parisiens abandonnés. Suivront, entre autres, la création de « l’hospice des Enfants-Trouvés » en 1638,  porte Saint-Victor à Paris, un hospice pour les personnes âgées, en 1657 qui deviendra l’hôpital de La Salpêtrière, etc.

Vincent de Paul devient le symbole, le champion de l’aide aux pauvres.

Le rôle des femmes

Louise de Gonzague crée des communautés avec Vincent de Paul
Louise de Gonzague

Monsieur Vincent est décrit comme un être charismatique et charitable. Loin des modèles de l’époque, il s’appuie sur les femmes pour son action spirituelle et sociale. Ainsi, il sera proche d’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, et des dames de la Cour qui apporteront un soutien financier pour les hôpitaux, les magasins de distribution de vêtements ou de nourriture et tant d’autres actions. Madame Goussault, veuve du président de la Cour des Comptes, est la première Présidente des Dames de Charité. La richissime Marie-Madeleine de Vignerot, duchesse d’Aiguillon et nièce de Richelieu, consacre quasiment toute sa fortune pour ces œuvres.

Louise de Marillac travaillera avec Vincent de Paul à la création de nombreuses communautés
Louise de Marillac

C’est la princesse Louise de Gonzague (1611-1667) qui fondera avec l’aide de Vincent de Paul et Louise de Marillac plus de trente communautés en France et en Pologne (dès qu’elle en deviendra la reine). Madame de Polaillon ouvrira un foyer pour jeunes filles en danger moral, Madame de Miramion (1629-1696) un refuge pour filles perdues.

Durant trente-cinq ans, Louise de Marillac (1591-1660) va accompagner Vincent de Paul. Louise est la fille naturelle de Louis 1er de Marillac qui la reconnait et la place à 4 ans chez les dominicaines.  Le 16 mai 1629, Monsieur Vincent écrit une lettre qui la charge de l’animation et de la coordination des dames de la Charité. Elle s’y consacrera avec efficacité.

Vincent et Louise trouveront Marguerite Naseau (1594-1633), la première fille de la Charité. Celle-ci soignera des malades de la peste et mourra aussitôt.

Monsieur Vincent de Paul

Vincent de Paul est un modéré. Il calme les protestations et les reproches. S’il n’avait point ces défauts, il en aurait d’autres, écrit-il à Pierre Cabrel le 1er mai 1658. Par ailleurs, il prêche la modération pour les protestants.

Son aura est telle que Louis XIII le demande pour sa dernière confession et meurt dans ses bras le 14 mai 1643. Pourtant, Monsieur Vincent est probablement un des premiers à faire de l’ingérence humanitaire. Lors de la guerre de trente ans, il lève des fonds, 2 000 000 de livres, auprès des grands du royaume de France pour secourir les Lorrains combattus… par la France. Il s’oppose à Mazarin durant la Fronde. L’amour est inventif jusqu’à l’infini, disait-il.

Vincent de Paul accompagne Louis XIII dans la mort
Vincent de Paul accompagne Louis XIII dans la mort

De toute sa vie, il ne revint pratiquement pas en Gascogne. Son dernier voyage dans son pays sera en 1623 pour prêcher sur les galères à Bordeaux.

Il meurt à Saint-Lazare le 27 septembre 1660. Le pape Clément XII le canonise le 16 juin 1737.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les Ranquines
We are Vincentians
Message de sa sainteté le pape François, 2017
Le charisme de Saint Vincent de Paul, Jacques Tyrol,
Sainte Louise de Marillac




L’Adour ou la Dour, un fleuve gascon

Après la Garonne, l’Adour est le deuxième fleuve gascon. Dans les textes anciens, on l’appelle la Dour. Son nom nous vient des anciens Aquitains, tout comme les noms de Neste et de Gave, Gau en gascon d’après l’ALF.

Le bassin de l’Adour

L’Adour ou la Dour nait au col du Tourmalet. La rejoignent la Dour de Payolle, la Dour de Gripp et la Dour de Lesponne. Elle perd son caractère de torrent à Tarbes avant de s’étirer dans la plaine sur 307 kilomètres et de se jeter dans l’océan/Lo gran tòs entre Tarnos et Anglet.

Elle salue Riscle, Aire et Grenade et continue son escapade, l’Adour
À Saint-Sever elle s’étire, à Dax elle coule de plaisir, l’Adour
Lorsqu’elle entend chanter le soir la belle dacquoise à l’œil noir, l’Adour
Mais à Port-de-Lanne l’attend le gave de Pau son amant, l’Adour
Jusqu’à Bayonne ils se préparent à vivre la plus belle histoire d’Amour.

Hymne à l’Adour, Edmond Duplan.

L'Adour et ses affluents
L’Adour et ses affluents

Elle draine un bassin versant de 16 912 km² avec un débit moyen de 150 mètres cube par seconde. L’Adour a un régime montagnard, c’est-à-dire que son débit est sensible aux pluies et aux chutes de neige. Ses crues sont terribles et redoutées.

Elle emporte tous les ponts comme celui de Dax en avril 1770. Plus proche de nous, l’inondation de juin 1875 emporte tous les ponts autour de Tarbes, provoque l’inondation de Maubourguet et d’Aire. Celle de février 1952 submerge la plaine entre Aire et Bayonne. Celles de décembre 1981 et de janvier 2014 restent dans les mémoires.

Les travaux sur berges, la construction des autoroutes et l’artificialisation des sols privent l’Adour de ses zones d’expansion naturelle et aggravent les effets des inondations. Depuis quelques années, l’Institution Adour travaille à reboiser les bords de l’Adour et à rétablir ses zones d’expansion naturelle pour atténuer les effets des crues.

Alluvions et barthes de la Dour

Remontée de la nappe
Remontée de la nappe

Dans la plaine, l’Adour repose sur une couche imperméable. La couche d’alluvions atteint 40 mètres d’épaisseur et constitue une réserve d’eau exploitée pour l’alimentation en eau potable et pour un usage agricole. L’Adour a d’ailleurs donné adurgar en gascon pour irriguer.

L’Adour et la nappe alluviale communiquent. En période de fort débit, l’Adour alimente la nappe alluviale. En période d’étiage, c’est la nappe qui alimente l’Adour. Lors des crues, on peut voir la nappe remonter et inonder les terres.

Entre Saint-Sever et Peyrehorade s’étendent les barthes/bartas de l’Adour sur 12 000 hectares. Ce sont des plaines inondables situées dans le lit majeur du fleuve, c’est à dire le lit du fleuve lors de son plus fort débit.

Barthes de l'Adour
Barthes de l’Adour

Les barthes de l’Adour sont constituées de forêts alluviales, de prairies inondables, de roselières et de tourbières. Elles sont exploitées pour l’élevage des troupeaux qui y paissent en liberté. C’est un terrain de chasse. On y coupe le Carex pour la litière du bétail et rempailler les chaises, on récolte le foin dans les prés humides, on ramasse les sangsues pour les vendre aux pharmaciens jusqu’à la fin de leur remboursement par la Sécurité sociale en 1972.

On nous a volé l’embouchure

Louis de Foix détourne l'Adour
Louis de Foix détourne l’Adour

Dans les temps anciens, l’Adour se jetait dans l’océan à Capbreton. Elle creusa une profonde vallée de 50 Km de long et de 1 500 mètres de profondeur aujourd’hui recouverte par l’océan. C’est le Gouf de Capbreton. Son delta occupait le Marensin.

L’embouchure de l’Adour a plusieurs fois changé de lieu. En 910, l’Adour se jette au Boucau. Il se jette à Capbreton en 1164, et en 1390, il part pour l’actuel Port-d’Albret.

Détournement de l'Adour
Détournement de l’Adour

En 1562, le port de Bayonne est en déclin. Le roi Charles IX veut le redynamiser et envoie Louis de Foix (1535-1604) pour conduire les travaux d’une nouvelle embouchure à Bayonne qui sera ouverte en 1878. Les travaux consistent à creuser un chenal à travers les dunes, entre Bayonne et le coude de l’Adour (il forme un coude pour remonter vers son embouchure de Capbreton). Les travaux trainent en longueur et les habitants de Capbreton et du Boucau veulent garder leur embouchure. Le 25 octobre 1578, une violente tempête fait gonfler les eaux de la Nive et par un effet de chasse d’eau, l’Adour ouvre le passage vers l’océan.

L’ancien lit de l’Adour disparait et il ne reste que le lac d’Hossegor. Le Boudigau emprunte une partie de l’ancien lit de l’Adour et se jette à Capbreton. 

L’Adour navigable

L’Adour est navigable sur 75 kilomètres. Les ports de Mugron, de Saint-Sever, de Hinx et de Dax alimentent un important trafic de marchandises entre le port de Bayonne et l’intérieur des terres. Le port de Mont de Marsan utilise la Midouze qui rejoint l’Adour près de Tartas.

Les marchandises utilisaient des galupes à fond plat, des tilholes plus petites, le chaland, la gabarre, le courau à fond plat, le batelet plus petit, le couralin. Vins de Chalosse, bois, produits résineux, volailles, grains, pierre de construction arrivent à Bayonne. Poissons salés, sel, épices, étoffes, huiles en reviennent.

Galupes sur l'Adour
Galupes sur l’Adour

Avetz-vos vist los Tilholèrs,
Quant son braves, hardits, leugèrs,
Hasent la passejada cap sus Peirahorada,
En tirant l’aviron,
tot dret au deu patron !

Avez-vous vu les Tiyoliers
Combien ils sont braves, hardis, légers

Faisant la promenade en direction de Peyrehorade
En tirant l’aviron
Tout droit jusque chez le patron ! 

Extrait de la Chanson des Tilholèrs de Pierre Lesca (1730-1807)

En 1831, les bateaux à vapeur apparaissent sur l’Adour pour un service régulier entre Bayonne et Peyrehorade. Les cheminées passent difficilement sous le pont de Lanne pendant les hautes eaux et le bateau arrive difficilement à dépasser Saubusse.

Le port de Peyrehorade sur l'Adour
Le port de Peyrehorade

Le 5 septembre 1854, l’Impératrice Eugénie organise une promenade sur l’Adour à bord du « Ville de Dax » qui remonte jusqu’à Peyrehorade. Le service de transport des voyageurs et des marchandises perdure jusqu’en septembre 1948. La navigation commerciale s’interrompt 1993. Des projets de restaurer la navigation sur l’Adour émergent pour le tourisme et pour les marchandises.

Les pays de l’Adour, une région administrative ?

Les pays de l’Adour constituent une unité géographique. Plusieurs projets de création d’une entité administrative n’ont pas abouti.

En 1972 des établissements publics administratifs sont créées. Le projet d’une région « Pays de l’Adour » n’est pas retenue. En 1982, les régions sont créées et une nouvelle proposition défendue en 1994 par le député Michel Inchauspé n’aboutit pas. Il veut créer une région Pyrénées-Adour, regroupant le pays basque qu’il voulait ériger en département, Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées.

Son idée est de favoriser la coopération transfrontalière avec les provinces espagnoles voisines, à l’exemple de l’Alsace. La région proposée est trop petite et les villes de Toulouse et de Bordeaux ne voulaient pas que leur région soit diminuée.

En 1836, un mémoire est adressé au Roi pour la création d’un département de l’Adour avec Bayonne comme chef-lieu, Dax et Mauléon comme sous-préfectures. L’idée sous-jacente est bien sûr de créer un département basque. En 1945, un projet d’autonomie du pays basque n’aboutit pas, tout comme la proposition de créer un département basque faite par un candidat à la présidentielle de 1981 qui l’oubliera une fois élu. Si la proposition revient régulièrement, elle se concrétisera en partie avec la création de la Communauté d’Agglomération du Pays Basque.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Institution Adour
Site Natura 2000 des barthes de l’Adour
Centre culturel du pays d’Orthe