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Les bonnes herbes

Les bonnes herbes / las bonas èrbas font partie de la médecine populaire. Elles servent à soigner aussi bien les bêtes que les hommes. Un temps délaissées au profit de la pharmacie moderne, elles reviennent à la mode.

Soigner les hommes et les bêtes avec les herbes

À tous les maux correspondent des herbes pour les soigner. Ainsi, l’abbé Cazaurang distingue plusieurs sortes de maux : lo mau hèit (le mal fait par une blessure), lo mau gahat (le mal attrapé par une contamination), lo mau vadut (le mal né dans le corps), lo mau naturau (le mal venu par évolution naturelle) et lo mau dat (le mal provenant d’un sort jeté).

Les herbes qui soignent : la racine de gentiane
Racines de gentiane

Pour soigner ces maux, on cueille les plantes à la main. Jamais avec un couteau ou un ciseau métallique qui altèrent les principes actifs. De plus, une bonne cueillette se fait avec la lune. Et suivant les plantes, on cueille les feuilles, les tiges, les fleurs ou la racine.

Par exemple, la racine de gençana [gentiane] est cueillie et séchée avant d’en mettre une rondelle à macérer dans un verre d’eau. On l’utilise pour ses propriétés dépuratives et fortifiantes. Le Sarpolet [Serpolet] soigne les rhumes, le romaniu [romarin] délayé dans de l’alcool soulage les contusions et les entorses.

Les herbes qui soignent : l'Arnica (© Wikimedia)
Arnica (© Wikimedia)

Quant aux sarpolet e gerbeta [serpolet et thym] en liqueur, ce sont des stimulants digestifs. Ou encore, l’arnica [arnica] s’emploie en usage externe comme anti-inflammatoire, ce qui est d’ailleurs toujours le cas.

D’autres usages pour les plantes

Mais les herbes ont aussi d’autres usages. Les ortigas [orties] servent à filtrer le lait des brebis pour activer la flore lactique. De plus, elles sont efficaces pour récurer les chaudrons et ustensiles de cuisine. Ou encore, elles servent à l’alimentation du bétail pour favoriser la lactation. Citons aussi la hèuç [fougère mâle] qui est un répulsif contre les tiques et sert pour la litière des chiens.

Alexandre-G Decamps (1803-1860)- Les sorcières soignent ou empoisonnent avec les herbes
Alexandre-G Decamps (1803-1860) – Les sorcières de Macbeth (© Wikimedia)

Toutefois, certaines plantes toxiques nécessitent des connaissances particulières pour être utilisées. Et c’est le rôle des posoèrs / sorciers empoisonneurs, dont on apprécie les services mais dont on se méfie. Car, en cas d’erreur : Eres cachiles nou lou hèn pas més maù! / Eras cashilas non lo hèn pas mes mau! [Les dents ne lui font plus mal ! Comprendre « il est mort »]

 

 

 

Conjurer le mauvais sort avec les herbes

Croix fleurie de la Saint-Jean, Landes
Croix fleurie de la Saint-Jean, Landes

Dans les campagnes, on conjure les orages et la grêle en mettant au feu des feuilles de Laurèr [Laurier] bénies le jour des Rameaux. Dans certains endroits, on met dans le feu le bouquet de la Saint-Jean ou même des charbons retirés du halhar [feu de la Saint-Jean] et conservés précieusement.

Évidemment, on cueille les herbes de la Saint-Jean le jour de la Saint-Jean, avec la rosée. Séchées en bouquet ou en croix, le curé les bénit à la messe. Ainsi on pourra les conserver précieusement toute l’année dans chaque maison. Elles ont des vertus de protection et on en suspend des bouquets dans la cheminée et à l’entrée des étables.

De la même façon, une branche de averanèr [noisetier] ou de agreu [houx] placée à l’entrée de la maison protège de la foudre.

La carline, une herbe qui soigne et qui protège
Carline

Outre sa vertu de protéger la maison et les granges contre les maléfices et les sorcières qui s’accrochent sur ses poils, la carlina [carline], variété de chardon argenté, est un excellent baromètre. Elle s’ouvre par temps sec et se referme la nuit, par temps froid ou humide.

L’exploitation commerciale des bonas ièrbas

Thermes de Bagnères de Bigorre
Thermes de Bagnères de Bigorre

Au XIXe siècle, avec la vogue des bains, on développe l’utilisation des bonas èrbas dans un début d’industrialisation de la production. Ainsi, on associe les vertus des bonas èrbas aux vertus curatives des eaux thermales.

À Bagnères de Bigorre, le curiste reçoit un bain de vapeur qui traverse un récipient rempli de plantes aromatiques et émollientes et des effluves de sàuvia [sauge], de romaniu [romarin] et de mauva [guimauve]. Des massages sont prodigués avec du agram [chiendent].

En complément des bains aromatiques, on propose des cures de boissons et des bouillons d’herbes. La Barégine, élaborée à partir de racines et de plantes des Pyrénées, est une boisson qui a des propriétés antibiotiques, anti-inflammatoires et cicatrisantes.

Kiosque buvette des Thermes de Barbazan
Kiosque buvette des Thermes de Barbazan (© Wikimedia)

Des bouillons d’herbes sont proposés à partir des plantes du potager. À Barbazan en Comminges, un kiosque ouvert devant le casino vend du bouillon d’herbes que l’on boit entre deux verres d’eau ou que l’on emporte à la maison. Le bouillon contient des ortigas [orties], de mauva [mauve], des popalèits pissenlits, des bletas [bettes], des porets [poireaux], des pastanagas [carottes] et d’autres plantes du jardin.

De même, les liqueurs à base de plantes se vendent bien. On peut citer les Pères de Garaison qui commercialisent la liqueur « La Garaisoniènne » verte, jaune ou blanche. Cet élixir de Garaison est efficace contre les dyspepsies, les digestions difficiles, les gastralgies ou les coliques.

Les herboristes, une vraie profession

L'herboriste ou le commerce des herbes
Herboriste

Pour la première fois, la France reconnait le métier d’herboriste en 1312. Puis, elle crée, en 1778, le premier diplôme d’herboriste. Pour autant, le commerce des plantes est intensif. Pourtant, des condamnations sont prononcées contre les marchands improvisés comme à Lourdes en 1872 pour avoir « distribué et vendu, sur une des places publiques de la ville, des drogues, préparations médicamenteuses et plantes médicinales ».

Puis, entre 1803 et 1941, les écoles et facultés de pharmacie pouvaient délivrer un certificat qui permettait d’ouvrir une officine où on vendait des médicaments à base d’éléments naturels. Mais, ce diplôme est supprimé en 1941. Timidement, un décret de 1979 autorise la vente de 34 plantes en dehors des pharmacies. Puis, un autre décret de 2008 autorise 148 plantes, soit 27 % de celles qui sont inscrites à la pharmacopée française. Enfin, l’arrêté du 24 juin 2014 inventorie 641 plantes autorisées dans la fabrication de compléments alimentaires.

Toutefois, l’herboristerie légale disparait. Et des initiatives privées se développent pour enseigner la vertu des plantes :  École lyonnaise de plantes médicinales et des savoirs naturels, École des plantes de Paris ou encore École Bretonne d’Herboristerie à Plounéour-Ménez.

Marchand de gentiane en Ariège - Fonds Trutat
Marchand de gentiane en Ariège – Fonds Trutat

Ainsi, la phytothérapie vient à la mode. Et la demande est forte que ce soit des gélules, des sachets de plantes, des baumes aux plantes. Alors, les industries chimiques, cosmétiques et pharmaceutiques développent des molécules issues de plantes qu’elles vont chercher en Amazonie ou dans d’autres lieux éloignés. Et cela fait rêver le consommateur.

 

 

Un précurseur de la phytothérapie, Maurice Mességué

Maurice Mességué ou comment soigner par les herbes
Maurice Mességué (1921 – 2017)

Maurice Mességué (1921-2017) est un Gascon qui reste fidèle à son pays d’Auvillar en Tarn et Garonne. Il est surnommé le « Pape des plantes » tant sa connaissance est grande.

En fait, son père, paysan dans le Gers, lui enseigne son savoir des fleurs et des plantes et lui apprend à soigner et à guérir. Maurice s’intéresse aux maladies chroniques, délaissées par la médecine, ce qui lui vaut 21 procès intentés par l’Ordre des Médecins.

En 1945, il ouvre un cabinet à Nice. Il devient célèbre pour avoir soulagé Mistinguett de ses rhumatismes avec des plantes. En 1952, il publie à compte d’auteur C’est la nature qui a raison. C’est un immense succès, traduit en 10 langues.

Maurice Mességué - Mon herbier de santé (1993)
Maurice Mességué – Mon herbier de santé (1993)

Mais Maurice Messegué voit grand. En 1958, il crée à Paris le laboratoire Aux fleurs sauvages spécialisé dans la cosmétique à base de plantes : mauva [mauve], paparòc [coquelicot], rosa [rose]… C’est un succès. Plus tard, il le rapatriera dans le Gers, à Fleurance.

En continuant, il s’attaque aux méfaits de la pollution des produits phytosanitaires sur l’alimentation, des hormones et des antibiotiques dans les élevages. D’ailleurs il publie plusieurs livres qui auront une large audience : en 1968, il publie Votre poison quotidien et Vous creusez votre tombe avec vos dents. Puis, en 1970, il publie Mon herbier de santé, Mon herbier de beauté et enfin Mon herbier de cuisine.

Reconnu, il est élu Maire de Fleurance en 1971, puis Conseiller général. Il devient Président de la Chambre de Commerce et d’industries du Gers. Il installe à Fleurance sa société Laboratoires des Herbes Sauvages, puis crée une seconde société Fleurance chez soi pour commercialiser, par correspondance, les plantes aromatiques et médicinales.

Enfin, il se retire des affaires en 1994 et vend ses sociétés à ses anciens salariés qui les regroupent sous le nom de Laboratoires Maurice Messegué. En 1997, son dernier ouvrage s’intitule Sauver la Terre pour sauver l’homme.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les bonnes herbes, usage de la flore et médecine populaire dans les Pyrénées centrales, Mathilde Lamothe, Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées
Univers de Mésségué




Les légendes autour de la Grande Ourse

Nous connaissons tous la Grande Ourse. Pourtant nous n’avons pas toujours employé ce nom. Comment nos aïeux en parlaient-ils ? Et qu’est-ce que cela leur inspirait ?

La Grande Ourse, lo car ou lo carriòt

Grande Ourse - Constellation Ursa Major du Johannis Hevelii prodromus astronomiae (également connu sous le nom d'Uranographia) par Johannes Hevelius - 1690
Constellation Ursa Major du Johannis Hevelii prodromus astronomiae (également connu sous le nom d’Uranographia) par Johannes Hevelius – 1690

La Grande Ourse est une des constellations les plus connues et les plus faciles à reconnaitre. À vrai dire, il n’est pas si simple d’y voir une ourse, car, de toutes ses étoiles, seules 6 sont vraiment brillantes. On en retient souvent ce que l’on appelle en français la Casserole ou le Chariot, c’est-à-dire les sept étoiles qui évoquent clairement cette forme.

En outre, elle reste dans notre ciel toute l’année et durant toute la nuit. Pas étonnant qu’elle ait été un repère dans nos pays.

Cependant, en Gascogne, elle s’appelle lo Carriòt de David [le Chariot de David], lo Car deu cèu [le Chariot du ciel], lo Car triomfau [Le char triomphal], lo Carriòt deus sèt estèus [Le chariot des sept étoiles] ou simplement los Sèt estèus [les Sept étoiles].

Ainsi, on peut l’identifier dans ce poème du Bigourdan Jean-Pierre Pecondom, écrit en 1860, et intitulé Estreos d’et permé d’et an :

Le chariot de David, autre nom de la Grand Ourse
Le chariot de David

Gardatz eras set crabèras
Un lugran escarrabelhat,
Tres hustets e huserèras
Qui van decap ath Vedat;
Sus nos eth car de renversa,
De Noë era senta crotz;
Cèu estelat qui versa
Sus nosauts mila favors

[Regardez les sept chevrières / Une étoile brillante / Les trois coins et les filandières / Qui vont vers le Bedat ; / Sur nous le char retourné / De Noë la sainte croix / Ciel pur étoilé qui verse / Sur nous mille faveurs]. Traduction de Francis Beigbeder.

Vous noterez les constellations Set crabèras, Tres hustets, Huserèras, Eth car, Noë era senta crotz.

Quel est l’origine de la Grande Ourse ?

Joan Amades i Gelats (1890 - 1959
Joan Amades i Gelats (1890 – 1959)

Si nous n’avons pas d’information sur la Gascogne, nos voisins Catalans en ont une. Et l’ethnologue catalan Joan Amades (1890-1959) nous raconte, dans Costumari Català : La constel·lació de l’Óssa major és coneguda en molts pobles pel Carro. La veu popular diu que el carro del cel va ésser el primer que hi va haver i que, com que va representar un gran avenç per al transport, puix que abans tot s’havia de portar a coll d’homes o a bast d’animals, Nostre Senyor, desitjós que no es perdé- la mena d’aquell nou invent que representava un tan gran descans per a l’home, va fer posar el primer carro dall del cel, perquè sempre més se sabés com era i se’n pogués tornar a fer un altre.

[La constellation de la Grande Ourse est connue dans plusieurs villes sous le nom de Char. La légende raconte que le Char du Ciel était le premier qui exista et que, compte tenu du grand progrès qu’il représentait pour le transport, puisque, auparavant, il fallait tout transporter à dos d’homme ou a dos d’animal, Notre Seigneur, voulant que cette invention qui évitait à l’homme tant de fatigue ne se perde pas, a mis le premier char dans le ciel pour l’on sache toujours comment s’y prendre pour en faire un autre.]

Lo Car deu rei David

Jean-François Bladé
Jean-François Bladé (1827-1900)

Quant à Jean-François Bladé (1827-1900), il rapporte dans ses Contes de Gascogne, cette légende intitulée « Le Char du roi David », donc une légende de la Grande Ourse, et dictée par Pauline Lacaze, originaire de Panassac (Gers) : La nuit, quand il fait beau temps, vous voyez, du côté de la bise [nord], sept grandes étoiles et une petite, assemblées en forme de char. C’est le Char du roi David, qui commandait, il y a bien longtemps, dans le pays où devait naitre le Bon Dieu. Le roi David était un homme juste comme l’or, terrible comme l’orage. Voilà pourquoi le Bon Dieu le prit au ciel, quand il fut mort, et plaça son char où vous le voyez.

Lo car e los bueus [Le char et les bœufs]

Félix Arnaudin - Autoportrait
Félix Arnaudin – Autoportrait (1844-1921)

De son côté, Félix Arnaudin (1844-1921) publie dans les Condes de la Lana Gran, un conte qu’il a collecté. Il est intitulé Le Char et les Bœufs. Il parle donc de la Grande Ourse :
Le Char et les Bœufs sont sept grosses étoiles que l’on distingue  fort bien dans le ciel. Il y en a quatre qui sont les quatre roues du Char une autre le Timon, et les deux dernières représentent le Bouvier et le Bœuf. Il y a aussi une autre petite étoile que l’on peut voir au-dessus du Bœuf ; celle-ci est le Loup. Une fois, le loup avait mangé un des bœufs du bouvier. Et, naturellement, l’homme ne pouvait plus faire tirer son char par un seul bœuf. Alors, pour refaire la paire, il attrapa le loup et l’attela avec le bœuf, à la place de celui qu’il avait mangé. Et depuis, le loup et le bœuf tirent ensemble.

La punition de l’avare

Toujours Joan Amades rapporte cette légende d’une région catalane du nord, fort différente des précédentes :
La gent vella de l’Empordà deia que era la carreta de bous d’un hisendat molt ric, qui, un any de molta fam, tenia els graners abarrotats, mentre tothom es moria de gana. Perquè no volia vendre el blat per esperar que pugés més, el poble es va amotinar i anava a cremar-li els graners. L’avar, espantat, va carregar la carreta tant com pogué, i anava a fugir amb el seu blat, però Nostre Senyor el va castigar i se’l va emportar al cel. perquè els avars en prenguessin exemple.

[Les anciens de l’Empordà disaient que c’était le char à bœufs d’un propriétaire très riche qui, une année de grande faim, avait les granges bondées tandis que tout le monde mourrait de faim. Parce qu’il ne voulait pas vendre le blé afin d’attendre qu’il monte davantage,  les gens se sont révoltés et allaient bruler ses granges. L’avare, effrayé, allait charger le chariot et allait s’enfuir, mais Notre Seigneur le punit et l’emmena au ciel pour que les avares s’en souviennent.]

Les autres noms de la Grande Ourse

Si les Romains y voyaient une ourse, les Egyptiens y voyaient un chien ou un taureau et les Hébreux un sanglier ou une ourse.

Cependant, on retrouve dans plusieurs peuples l’idée d’un chariot souvent tiré par des animaux et parfois même conduit par un homme. Ainsi, les Egyptiens l’appelaient le Chien de Typhon ou le Char d’Osiris, les Suédois le Chariot du dieu Thor et les Wallons le Char-Poucet.

D’ailleurs, le Dictionnaire étymologique de la langue wallonne précise :
Chaur-Pôcè (la Grande-Ourse, verb. : le char-Poucet) : des huit étoiles dont semble formée cette constellation, les quatre en carré représentent, selon les paysans, les quatre roues d’un char, les trois qui sont en ligne sur la gauche sont les trois chevaux, enfin, au-dessus de celle de ces trois qui est au milieu, il s’en trouve une petite qu’ils regardent comme le conducteur du char et qu’ils nomment Pôcè.

D’autres lui donnent un nom simple comme les Perses qui l’appellent les Sept grandes étoiles. Enfin, d’autres encore lui donnent un nom plus original comme les Indiens (d’Inde). Ils l’appelaient la Mer d’or, ou le Pays de Galle, histoire oblige, la Harpe d’Arthur.

On retrouve malgré tout l’idée du car ou des set estelas de la Gascogne.

Le Char d'Osiris, autre nom de la Grande Ourse
Le Char d’Osiris

Le rôle de la Grande Ourse

Trouver l'étoile polaire
Trouver l’étoile polaire

Pour les Egyptiens, la Cuisse du Taureau [la Grande Ourse] ordonnait l’univers. elle indiquait les points cardinaux et signalaient ainsi les saisons.

Il est vrai qu’elle permet de trouver l’étoile polaire. Ainsi, il suffit de prolonger la ligne qui passe par les deux étoiles qui constituent le bord extérieur de la casserole. Puis, de prolonger cinq fois la distance entre les deux étoiles.

 

 

 

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

La Grande Ourse est une table d’orientation très pratique au printemps, Le Monde, 7 avril 2018
Contes de Gascogne, Jean-François Bladé, 1886
Condes de la Lana Gran, Felix Arnaudin, 1912
Le Petit Poucet et la Grande Ourse, Gaston Paris, 1875
Dictionnaire étymologique de la langue wallonne, Charles Grandgagnage, 1837, p. 153
À la découverte du ciel, exposition château de Mauvezin (65)




Napoléon, la Campagne d’Espagne et la Gascogne

Austerlitz, Ulm, Iéna, Wagram, la Moskowa… autant de noms de batailles de Napoléon qui ont retenu l’attention des historiens et que les élèves apprennent à l’école. Curieusement, on ignore le nom des batailles qui ont eu lieu en Gascogne pendant la Campagne d’Espagne de 1807 à 1814.

Napoléon part en guerre contre le Portugal

Napoléon envoie le général Junot au Portugal
Le Général Junot (1771 – 1813)

Le 21 novembre 1806, Napoléon décide du blocus continental contre l’Angleterre pour l’empêcher de commercer avec les pays européens et tenter de la ruiner. Toutefois, le Portugal, allié traditionnel de l’Angleterre, refuse d’appliquer ce blocus.

Alors, le 20 aout 1807, le Corps d’observation de la Gironde est regroupé à Bayonne. Le général Junot en prend le commandement pour envahir le Portugal avec l’aide de l’armée espagnole. En effet, par le traité de Fontainebleau du 27 octobre 1807, les Espagnols autorisent l’armée française à traverser leur territoire.

L’armée entre en Espagne et se dirige vers le Portugal avec pour objectif de prendre Lisbonne et de capturer la famille royale. Mais celle-ci s’embarque pour le Brésil et Junot n’arrive que pour voir les bateaux s’éloigner.

Rai [Tant pis], les armées françaises et espagnoles occupent le Portugal, dissolvent l’armée, sauf une légion de 9 000 hommes, envoyés servir dans les armées de Napoléon.

Vite, en prétextant vouloir renforcer l’armée de Junot au Portugal, Napoléon fait entrer de nouvelles troupes en Espagne. Aussitôt elles occupent Burgos, Valladolid, la Navarre, la Biscaye, la Catalogne, Valence, San Sébastian, Pampelune, Figueras et Madrid.

Le début d’une guerre de sept ans

C’est le début d’une guerre qui dure jusqu’en 1814. Et la Gascogne voit passer des troupes dans les deux sens, satisfait aux réquisitions en hommes, en vivres et en matériel pour fournir le nécessaire aux armées.

Embarquement de la famille royale du Portugal pour le Brésil
Embarquement de la famille royale du Portugal pour le Brésil (27 novembre 1807)

Les affaires d’Espagne

Charles IV et Ferdinand VII d'Espagne
Charles IV (1748 – 1819) et son fils, Ferdinand VII d’Espagne (1784 – 1833)

Cependant, des dissensions existent dans la famille royale entre le roi Charles IV et son fils Ferdinand. Tellement fortes que, lors du soulèvement d’Aranjuez, Charles IV abdique en faveur de son fils qui devient Ferdinand VII.

Pour reprendre ses droits, Charles IV se met sous la protection de Napoléon qui propose une rencontre à Ferdinand VII. Elle a lieu le 20 avril 1808 à Bayonne. Napoléon retient Ferdinand VII prisonnier, rend son trône à Charles IV mais le force aussitôt à abdiquer et à lui transférer sa couronne qu’il s’empresse de donner à son frère Joseph. Un peu plus tard, il fera approuver une nouvelle constitution pour l’Espagne selon les principes de 1789 qui supprime l’inquisition et limite l’influence de l’Église.

Pour son voyage de retour, Napoléon passe par Orthez, Pau, Tarbes, Auch, Toulouse, Agen et Bordeaux avant de repartir à Paris. Le voyage est triomphal.

La guerre d’indépendance espagnole

La « surprise de Bayonne » est le signal d’un soulèvement général. Le 2 mai, Madrid se révolte et les provinces qui ne sont pas soumises aux troupes de Napoléon entament une guerre d’indépendance.

El dos de mayo de 1808 en Madrid (F. Goya)
El dos de mayo de 1808 en Madrid (F. Goya)

Le Portugal se soulève aussi. L’armée espagnole d’occupation part pour la Galice. Mais les soulèvements populaires obligent les Français à se retirer des villes occupées.

La bataille de Vimeiro
La bataille de Vimeiro (21 août 1808)

De plus, le 1er aout, les Anglais débarquent au nord du Portugal et se dirigent vers Lisbonne. Le 21 aout, les Français sont battus à Vimeiro et signent la Convention de Cintra qui leur permet de quitter le Portugal en septembre et octobre 1808.

Napoléon décide alors d’intervenir pour rétablir la situation en Espagne. Le 3 novembre, il est à Bayonne avec une partie de sa Grande Armée qui a traversé la France depuis l’Allemagne. En peu de temps, il entre de nouveau à Madrid et contraint les Anglais à ré-embarquer. Mais préoccupé par la situation en Autriche, il quitte l’Espagne en janvier 1809.

Protéger la frontière des Pyrénées

Toute l’Espagne n’est pas occupée. L’Aragon est insurgé. Il faut donc protéger la frontière des Pyrénées.

Chasseurs de montagne des Basses-Pyrénées
Chasseurs de montagne des Basses-Pyrénées

En juin 1808, Napoléon créée des bataillons pour surveiller la frontière et faire des reconnaissances en Espagne. Il y en a 8 en Ariège, 8 dans les Hautes-Pyrénées, 8 dans les Basses-Pyrénées, 2 en Haute-Garonne. Ils sont constitués des troupes de réserve à la disposition des préfets, de gardes nationaux et de « Chasseurs des montagnes » dont le recrutement se fait à partir des déserteurs qui voient là un moyen de régulariser leur situation tout en étant assuré de servir au pays.

Luchon craint une invasion et on place des postes au port de Vénasque et à celui de la Picade. De l’autre côté, une bande d’Aragonais s’établit à l’Hospice de Luchon. Ainsi, les habitants de Melle, ne voyant pas revenir 32 de leurs jeunes concitoyens partis en Espagne pour les travaux saisonniers, craignent qu’ils n’aient été massacrés.

Les Espagnols attaquent les villages pyrénéens

Le 9 mai 1809, une bande de 1000 Espagnols ravagent Fos, brulent les granges et emmènent du bétail. Le 15 mai, on enlève sept vaches dans le vallon de la Burbe mais le bataillon du Louron qui stationne à Saint-Mamet les rattrapent.

Le 31 mai, on brule des granges près de la tour de Puymaurin. Les maires de Cierp, de Gaud et de Burgalays demandent des armes pour se défendre.

En juillet, on attaque le poste de Roncevaux. Le 7 aout, c’est le tour de celui de Gabas en vallée d’Ossau. Près de 4000 vaches, moutons et chevaux sont enlevés et rapidement repris. Les habitants de Canfranc brulent la forge d’Urdos.

Les Français prennent Venasque le 24 novembre. Le calme revient de ce côté de la frontière. Finalement, le 26 juin 1812, le val d’Aran est intégré au département de la Haute-Garonne.

La campagne de Gascogne

Les affaires vont mal en Espagne. En juillet 1813, Napoléon destitue son frère et envoie le Maréchal Soult pour rétablir la situation. D’autre part, Lord Wellington commande l’armée coalisée des Espagnols, des Portugais et des Anglais ; elle s’approche de la frontière.

Le Duke of Wellington et le Maréchal Soult
Le Duke Arthur Wellesley of Wellington (1769-1852)  et le Maréchal Jean-de-Dieu Soult (1769-1851)

Soult installe son état-major à Saint-Jean-Pied-de-Port. Saint-Sébastien capitule le 9 septembre. Pampelune tombe le 31 octobre. Wellington a les mains libres. Alors il concentre ses forces pour passer à l’attaque.

7 octobre 1813 : bataille de la Bidassoa. Soult dirige les opérations depuis Saint Jean de Luz. Il place ses troupes au sud de la Nive sur une largeur de 40 km. Wellington surprend les Français qui doivent se replier. Les 10 et 11 novembre, il menace de couper les troupes françaises en deux. Soult regroupe son armée au sud de Biarritz, à Anglet et à Bayonne.

9 au 13 décembre 1813 : bataille de Saint Pierre d’Irube. Soult se retire à Peyrehorade, organise la défense de Bayonne et place ses troupes entre l’embouchure de l’Adour et Saint-Jean Pied de Port. Le 14 février 1814, Wellington attaque sur la Bidouze et force les Français à se replier sur Orthez.

27 février 1814 : bataille d‘Orthez. Après de durs combats, Wellington entre dans Orthez, régiments de Highlanders en tête. Soult s’installe à Hagetmau et décide de rejoindre les troupes de Suchet qui reviennent de Catalogne et se dirigent sur Toulouse. Il ordonne à son armée de se rendre à Aire en passant par Cazères et Barcelonne.

Le repli sur Toulouse

2 mars 1814 :  combats d’Aire. Les Français se replient sur Viella, Plaisance et Marciac. Le 8 mars, Wellington envoie 12 000 hommes à Bordeaux. On hisse le drapeau blanc. La ville se rallie à Louis XVIII. Le 12 mars, le duc d’Angoulême entre dans la ville. Pendant ce temps-là, les Français mènent avec succès une guérilla. Wellington récupère bientôt ses 12 000 hommes et reprend l’offensive.

18 mars 1814 : combats de Vic en Bigorre. Wellington avance par Lembeye, son centre arrive par Madiran et Maubourguet, sa gauche par Plaisance. Le combat de Vic permet de retarder les troupes de Wellington et au gros de l’armée française de se replier sur Tarbes et prendre la route de Toulouse par Tournay et Lannemezan.

Soult poste des troupes à Trie sur Baïse et à Boulogne sur Gesse. Wellington croyant que les Français empruntent la vielle route de Toulouse se lance à leur poursuite. La route est accidentée. Lorsque Wellington arrive devant Toulouse, les Français y sont déjà et en ordre de bataille.

24 mars 1814 : bataille de Toulouse : Wellington installe ses troupes entre Lombez et Samatan. Il envoie des détachements pour traverser la Garonne et bloquer la route de Paris au nord de Toulouse. Se voyant encerclé, Soult décide d’évacuer la ville et prend la direction de Villefranche de Lauraguais et de Castelnaudary. C’est là que des émissaires du nouveau gouvernement le rejoignent et lui annoncent l’abdication de Napoléon, le 6 avril, et la signature de l’armistice.

La fin de la Campagne d’Espagne

Après deux mois d’occupation de la Gascogne, les troupes alliées se retirent par Lectoure et Condom. Les Espagnols et les Portugais regagnent leur pays par Bayonne, les Anglais embarquent à Bordeaux. Leur cavalerie traversera la France pour embarquer à Boulogne.

Soult et Wellington se retrouveront encore face à face à la bataille de Waterloo, le 15 juin 1815.

La bataille de Toulouse
La bataille de Toulouse (10 avril 1814)

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia.
Napoléon et les Pyrénées de Jean Sarramon – Editions du lézard, 1992
Batailles de Napoléon dans le sud-ouest, de Pierre Migliorini et Jean-Jacques Vieux – Editions Atlantica, 2002.
La guerre d’Espagne, de Bayonne à Baylen, Jacques-Olivier Boudon, 2000




L’ormeau, l’arbre le plus populaire de la Gascogne

L’ormeau est de loin l’arbre le plus populaire de Gascogne. Arbre de la justice, arbre d’ornement, arbre sacré, arbre de la communauté, et arbre perdu…

Guillaume de Salluste, seigneur du Bartas. poète gascon
Guillaume de Salluste, seigneur du Bartas. Gravure de Nicolas de Larmessin (1632-1694)

Le poète gascon Saluste du Bartas (1544-1590) évoque dans La sepmaine (III,479-500) plusieurs arbres que l’on trouve couramment par chams, & par coûtaus :
Le chéne porte-gland, le charme au blanc rameau,
Le liege change écorce, & l’ombrageus ormeau,

Il parlera encore du sapin, du larix [mélèze], du cèdre libanois, du buis, de l’aune et du puplier. De tous ceux-là, l’ormeau a une place spéciale.

L’ormeau et la vigne

Poésies de Pey de Garros dont les Eglogues
Poésies de Pey de Garros dont les Eglogues (1567)

Dans la région de Simorre dans le Gers, les vignes s’appuient sur les ormes selon une technique très ancienne dite en espalièras [espaliers], nous dit l’archiviste Henri Polge (1921-1978). On plantait des ormes tous les 3 m, on les étêtait à 2,50 m et on mettait un cep de vigne à chaque pied. Au fur et à mesure de la croissance, on attachait les sarments aux branches de l’arbre. Une sorte de treille en somme. Pey de Garros (XVIe siècle) nous le rappelle dans sa deuxième églogue :

Plus no vau hene las vivêras,
Ny plus podá las vidaugueras
Dam nostes aoms maridadas;

Plus non vau héner las vivèras,
Ni plus podar las vidauguèras
Damb nostes aums maridadas;

Je ne vais plus couper les vers de terre,
Ni tailler les vignes sauvages,
Mariées avec nos ormeaux ;

En fait, on trouve cette technique un peu partout comme chez nos voisins basques (zuhamu). Elle nous vient de l’Antiquité. D’ailleurs, Ovide, au 1er siècle av. JC, écrit (avec malice ?) dans ses Amours : ulmus amat vitem, vitis non deserit ulmum [l’orme aime la vigne, la vigne n’abandonne pas l’orme].

Comme Ronsard (1524-1585) qui reprend dans Chanson :

Plus étroit que la vigne à l’Ormeau se marie,
De bras souplement forts,
Du lien de tes mains, maîtresse, je te prie,
Enlace-moi le corps.

Ou Pierre Lachambeaudie (1806-1872) dans la fable La Vigne et l’Ormeau – Source : Mon livre audio

      1. La-vigne-et-l_ormeau-de-Pierre-Lachambeaudie

L’ormeau borde les chemins

Maximilien de Sully
Maximilien de Sully (1560-1641)

En 1552, Henri II prescrit, dans un édit, de planter des ormeaux le long des routes pour servir aux affuts et remontage de l’artillerie. Plus tard, Sully généralise cette pratique. Cela déclenche diverses réactions comme le fait de mutiler ces arbres de bord de route : « c’est un Sully, faisons-en un Biron ! » crient nos Gascons, Biron étant un ami d’Henri IV, même s’il a comploté contre lui !

Outre Sully, nos ancêtres trufandèrs [moqueurs] appellent aussi cet arbre rosnio / ròsnia toujours pour faire référence à Sully, duc de Rosny.

En fait, c’est surtout à proximité des villes, sur les promenades ou les places publiques que l’on plante l’arbre et qu’on le respecte. On en baptise des rues comme, étonnamment, une pousterle d’Auch, las ometas [les oumettes, les petits ormes], qui, très étroite, n’a surement pas connu d’ormes.

Et ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que le platane remplacera l’ormeau sur le bord de nos routes.

L’ormeau dans la vie du village

Ulmus campestris
Ulmus campestris

Sur la grand-place, c’est l’ormeau qui est planté. L’arbre participe ainsi aux manifestations locales comme les marchés, les danses, les banquets ou tous simplement les palabres. Quand il vieillit, on en plante un deuxième qui prendra sa place. Comme un symbole de la longévité de la collectivité.

Il faut dire que l’orme a des vertus. Arracher une racine à l’ormeau de Saint Antoine garantit la force des jeunes mariés. Une infusion de ses feuilles soigne les rhumatismes…

Les châtelains ne sont pas en reste, et plantent des omadas [ormaies] comme, en 1610, au château de Roquelaure, près d’Auch.

L’arbre des actes officiels

Au Moyen Âge, l’ormeau sert de point de réunion. On y conclue des actes solennels, des donations. C’était sous l’orme de Lourdes que le comte de Bigorre venait recevoir l’hommage du vicomte d’Asté, signale le médiéviste Francisque Michel (1809-1887).

Autres exemples. Monluc a tenu conseil de guerre sous l’orme du Pâtus à Cézan (Gers), un notaire de Simorre officie sous l’orme de la chapelle de Saintes. Le cartulaire de Berdoues fait état d’un acte passé sous un ormeau. Un soi-disant chevalier de Saint-Hubert soigne au XVIIIe siècle ses malades sous les ormeaux du Pradau à Condom. Etc.

De même, la justice – souvent lente – est rendue sous un orme d’où l’expression : attendez-moi sous l’orme. À noter, le même arbre sert aussi à pendre les condamnés !

L’ormeau et les miracles

Vierge sculptée en bois du XIVe siècle
Vierge sculptée en bois du XIVe siècle

On trouve des ormeaux devant les églises, allant parfois jusqu’à leur laisser leur nom comme Sent-Martin de las Oumettos / Sent-Martin de las Ometas [Saint-Martin de Las Oumettes dans le Gers. Ometas voulant dire petits ormeaux ou jeunes ormeaux.

Les statues miraculeuses de la Vierge sont taillées dans des ormeaux. La statue de Cahuzac ou de Biran a été trouvée miraculeusement sous un ormeau ! La Vierge de Tonneteau apparut sur un ormeau et on sacrifia l’arbre pour en faire des statues.

L’ormeau étant parfois planté à côté d’une fontaine consacrée, des légendes naissent. Par exemple dans la Houn de Loum / Hont de l’om [fontaine de l’ormeau], l’ormeau est l’aiguillon que Saint-Orens a planté en terre. Cette fontaine, située route de Roquelaure, guérit les maladies des yeux. Elle a été fréquentée jusqu’à la moitié du XIXe siècle.

Quand l’arbre vieillit

Fruits de l'orme
Fruits de l’orme

L’ormeau peut vivre longtemps, plus de 400 ans et atteindre des dimensions impressionnantes. À Goujon (Gers), un ormeau fait 11 m de circonférence (1,90 m de diamètre). C’est un sully planté en 1609 ou 1610. Sous son ombre, on y aurait donné des banquets de plus de trente convives.

Quand il vieillit, l’arbre se creuse, on dit alors que c’est un touat / toat [creusé] de tou [creux]. Et on lui trouve de nouveaux usages. À tel endroit, l’arbre creux, le toat, sert d’ermitage, à tel autre, un savetier l’utilise comme échoppe. Certains esberits [malins] se cachaient alors à l’intérieur. Il fallut d’ailleurs en 1766 faire abattre un arbre à Auch car des voleurs y attendaient leurs victimes.

Puis l’arbre meurt

Vieux tronc d'orme
Vieux tronc d’orme

L’ormeau est en général bien soigné et protégé. Et quand l’ormeau meurt, c’est la consternation et le deuil. D’ailleurs, on hésite à l’abattre malgré les dégâts qu’il peut occasionner surtout en vieillissant. En 1728, les consuls d’Auch décident d’abattre les ormeaux du promenoir de Saint-Orens. C’est l’émeute, curé en tête ! En 1815 à Brignoles, une branche se casse et tue deux soldats. La municipalité, refuse de l’abattre et décide de l’étayer.

L’ingénieur agronome Jean Bourdette (1818-1911) raconte qu’enfant, il se cachait avec 3 ou 4 camarades dans celui de la place d’Argelès-Gazost. Sa végétation était encore très belle, mais la commune décida de l’abattre en 1833 pour le remplacer par une fontaine. Un Labedanais fit alors une chanson dont le refrain est :

Chers habitans du hameau,
Pleurez garçons et fillettes :
Vous n’irez plus sous l’ormeau,
Danser un joyeux rondeau !

La disparition de l’orme

Six ormes de Sibérie plantés sur la place Jean Dours
Six ormes de Sibérie plantés sur la place Jean Dours à Auch

Touchés par la graphiose (maladie liée à un champignon), l’orme a pratiquement disparu de l’Europe de l’ouest. À défaut, les Gascons plantent des nouvelles espèces d’orme comme l’orme de Sibérie. Six d’entre eux ont été plantés cette année à Auch, place Jean Dours devant la maison de Gascogne. Le renouvèlement d’un symbole ?

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Entre la vigne et l’orme, une parabole fructueuse, Jérôme Courcier, 2021
« Cahuzac », Revue de Gascogne, Adrien Lavergne, janvier 1882, p. 419-420
« Goujon, abbaye et paroisse », Revue de Gascogne, Paul Gabent, curé de Pessan, 1895, p 545-559
L’orme au village, Annales du midi, Henri Polge, 1976, p. 75-91
Bref légendaire des arbres de Gascogne, Henri Polge, 1958 – bilbliothèque Escòla Gaston Febus




L’industrie de la laine

La production de laine a permis la création d’industries prospères jusqu’à leur déclin au cours du XIXe siècle. L’arrivée des fibres synthétiques dans les années 1950 la fait tomber en disgrâce. Pire même, la laine devient encombrante pour les éleveurs ! Depuis les années 1990, des initiatives se multiplient pour lui redonner ses lettres de noblesse.

La laine est un artisanat familial qui s’exporte

Filage au rouet, Terrier de Sadournin
Filage au rouet, Terrier de Sadournin, 1772, AD H-P

Dans des temps anciens, la lanejada ou production de laine est une industrie familiale destinée à satisfaire les besoins ménagers. En dehors des périodes de grands travaux agricoles, les femmes filent la lan [laine] pour la tisser sur des métiers rudimentaires appelés telèrs.

Très tôt, cet artisanat familial devient excédentaire et se vend. Des ateliers de fabrication apparaissent dès le XVIe siècle pour alimenter des marchés lointains en toiles, en articles tricotés, et surtout en draperies communes.

 

La qualité de la laine

Les races ovines locales ou bestiar de lan [bétail à laine] : béarnaise, Manech, lourdaise, Tarasconnaise, … donnent une laine de qualité inférieure que l’on appelle lana de can [laine du chien] ou lanassa [grosse laine]. Ainsi, les tissus fabriqués sont bon marché et destinés aux paysans et aux pauvres. On les appelle les estaminas [petites étoffes].

Plusieurs qualités de tissus de laine sont produites. Cadis et Burats sont les plus grossiers. Les Droguets sont plus fins. Les Cordelats sont de qualité supérieure. Il y a aussi des Rases, des Serges.

Grâce aux contrats de mariage au XVIIIe siècle, on peut connaitre la destination des certains tissus de laine : cotillons de Burat ou de Cordelat, ceintures de Raze, coiffes de Cordelat, bas de laine, tours de lit de Burat ou de Cadis, couvertures, rideaux de Burat.

Capulets pyrénéens, costume traditionnel
Capulets, Gallica

De même, les vêtements sont faits de laine, notamment le capulet des femmes. Il s’agit d’une coiffe longue portée dans les Pyrénées, que l’on voit par exemple sur la tête de  Bernadette Soubirous.

 

L’industrialisation de la production

La production familiale excédentaire permet la création de centres de production de toiles de laine. En particulier, Couserans et Béarn sont de gros producteurs.

D’autres exportent : la région de Nay fabrique des Cadis et des Cordelats qu’elle exporte en Espagne. De même, la vallée d’Aure travaille des Cadis envoyés en Aquitaine et en Angleterre. Le Volvestre (Sainte-Croix, Montesquieu, Cazeres) produit surtout des Droguets pour le Massif central. La plaine de Rivière (Valentine, Miramont) fait aussi des Cadis.

Ces quatre centres de production de laine occupent des milliers d’ouvriers, la plupart à façon. Mais les ouvriers restent indépendants et vendent leurs toiles dans les foires. En 1820, le sous-préfet de Saint-Gaudens écrit : « les tisserands vendent les cadis eux-mêmes à des marchands de Miramont qui les font teindre dans cette dernière commune et les expédient ensuite ». Progressivement, le travail à façon se concentre dans les villes pour créer une industrie manufacturière de la laine.

La commercialisation est règlementée

En 1698, les fabriques de Saint-Gaudens produisent 20 000 pièces de toiles de laine. Plus tard, en 1703, elle en produit 25 000. Pour s’assurer de la qualité des étoffes et faire respecter les règlements, un inspecteur est nommé à la résidence de Saint-Gaudens en 1742. Il a autorité sur le Comminges, le Nébouzan, la vallée d’Aure et le Couserans.

Lettres patentes réglementant la fabrication de tissus dans la Généralité d’Auch en 1781
Lettres patentes réglementant la fabrication de tissus dans la Généralité d’Auch, 1781, Gallica

Les règlements généraux de 1669 et de 1721 prévoient l’apposition d’une marque sur toutes les pièces d’étoffe de laine produites. Elle ouvre la perception d’un droit d’un sol par pièce. Une deuxième marque de contrôle est apposée sur les marchés où elles sont négociées. En même temps, des édits précisent, pour chaque centre de production, la matière à utiliser pour chaque qualité de tissus, leur largeur, le nombre de fils de trame et de chaine.

Cette fabrication est un succès et la laine locale ne suffit plus. Aussi, il faut en importer. Le Béarn, la vallée d’Aure et le Comminges la font venir d’Espagne, le Couserans d’Andorre.

À partir de la fin du XVIIIe siècle, la draperie de laine décline lentement. Les gouts changent. Les clients ne veulent plus de « petites étoffes ». En fait, l’arrivée des cotonnades modifie la demande.

Une reconversion difficile

Les filatures n’exportent plus et reviennent à une production de tissus de laine pour satisfaire les besoins locaux. Les centres de production qui bénéficient d’une main d’œuvre locale abondante se reconvertissent.

Filature à Pau
Filature à Pau

Ainsi, Hasparren qui faisait travailler 400 tisserands devient un fabriquant de chaussures à bon marché avant de se spécialiser dans la sandale à partir de 1870. Mauléon prend le relai. Oloron se spécialise dans la coiffure et produit les bérets de laine. Sainte-Croix-Volvestre se spécialise dans la fabrication de toiles d’emballage et de minoterie. Miramont devient un centre de fabrication de bonneterie.

En revanche, la bonneterie se maintient grâce au tourisme. La mode des « Barèges » (crépons de laine que portent les femmes sous forme de voile pendant les offices) maintient des filatures. Pourtant, la vallée de Barèges n’en profite pas car les ateliers se déplacent à Bagnères de Bigorre.

L’introduction du tricotage mécanique à Bagnères de Bigorre sauve l’industrie de la laine. Il permet de fabriquer les « lainages pyrénéens » qui sont des tricots très fins et chauds utilisés sous forme de châles et de vêtements féminins. La laine y emploie 1 500 ouvriers au début du XXe siècle.

La volonté d’un renouveau

Filature à Sarrancolin
Filature à Sarrancolin

Aujourd’hui, il reste 20 filatures artisanales comme à Sarrancolin (Hautes-Pyrénées) ou à Audressein (Ariège). Une production plus industrielle est réalisée dans les Pyrénées centrales.

La société « La Carde » basée à Esquièze-Sère, près de Luz Saint-Sauveur, produit des lainages de qualité depuis 1891. La société « Val d’Arizes » située à Cieutat, près de Bagnères de Bigorre, produit également des articles de laine des Pyrénées depuis plus de 30 ans.

L’association « Halte-Laa » s’est donnée pour objectif de reconstituer une filière de la laine des Pyrénées, depuis l’éleveur jusqu’au produit final. En particulier, elle a organisé les « Rencontres transfrontalières de la laine des Pyrénées » les 22 et 23 novembre 2011 à Bagnères de Bigorre.

Métier à Esquièze-Sère
Métier à Esquièze-Sère

Malheureusement, le constat est accablant. La laine issue de la tonte des moutons est devenue une charge pour les éleveurs. Le prix est au plus bas. Les unités de traitement de la laine (lavage) ont disparu. L’opération est réalisée en Espagne ou au Portugal. La concentration industrielle a fait disparaitre les petits centres de production.

Cependant, l’exemple de la filière de la chèvre Angora montre qu’il est possible de structurer une filière économique viable. La réussite de la SCOP (société coopérative ouvrière) « Ardelaine » à St Pierreville, en Ardèche, en est un autre exemple.

En Aragon, la coopérative COTEGA propose aux éleveurs un service de la tonte à la vente. La production de grandes quantités de laine permet de répondre aux appels d’offre des industriels.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

L’industrie textile pyrénéenne et le développement de Lavelanet, Michel Chevalier, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 21, 1950.
L’Etat et les draperies dans les Pyrénées centrales au milieu du XVIIIème siècle, Jean-Michel MONIVOZ, Annales du Midi, tome 116, 2004.
Halte-laa 




Les fleurs des Pyrénées, une grande variété

Le savez-vous ? Les Pyrénées abritent plus de 4 500 espèces de fleurs dont 160 sont endémiques. Un plaisir des yeux de plus lors des randonnées.

Les premiers grands botanistes

Jean Prévost

Fleurs des Pyrénée - Catalogue des plantes qui croissent en Béarn, Navarre et Begorre & ès costes de la Mer des Basques depuis Bayonne jusques a Fontarabie & S. Sebastien en Espagne

Né vers 1600 à Lescar, .Jean Prévost est Béarnais. D’une famille de notables, proches de la cour de Navarre, Jean devient médecin en 1634 après des études de médecine à Montpellier. Il s’installe à Navarrenx et passe tous ses loisirs à étudier les fleurs des vallées d’Aspe et d’Ossau.

En 1641, il propose aux États de Béarn de créer un jardin botanique à Pau. Le noblesse et le clergé y sont favorables, le Tiers-État farouchement opposé. En 1650, il est nommé médecin de la ville de Pau et meurt en 1660. Son projet n’aura pas vu le jour.

En revanche, il publie en 1655 le Catalogue des plantes qui croissent en Béarn, Navarre et Begorre & ès costes de la Mer des Basques depuis Bayonne jusques a Fontarabie & S. Sebastien en Espagne. 42 pages de noms de fleurs en latin, soit plus de 1000 espèces recensées.

Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse

Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse
Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse

Picot de Lapeyrouse est Toulousain. Il nait en 1744. Son père est capitoul de Toulouse. Il débute comme avocat mais un de ses oncles lui léguant sa fortune, il démissionne et occupe son temps à sa passion, voyager et étudier la nature. Il s’intéresse aux animaux, aux fleurs et aux minéraux des Pyrénées et publie plusieurs ouvrages sur des sujets divers.

 

 

 

Picot - Campanula bicaulis
Picot – Campanula bicaulis (aquarelle de Laferrerie et gravure de Duruisseau)

En particulier, Picot de Lapeyrouse publie en 1782 une Description de quelques plantes des Pyrénées, en 1791, Histoire des plantes des Pyrénées, en 1795, Figures de la flore des Pyrénées, en 1813, Histoire abrégée des plantes des Pyrénées et Itinéraire des botanistes dans ces montagnes et enfin, en 1818, un Supplément à l’histoire abrégée des plantes des Pyrénées. C’est le premier travail de description fondamental, accompagné d’aquarelles de Laferrerie et de gravures de L.F. Duruisseau.

Les fleurs typiques

Fleurs des Pyrénées - Cocriste ou fleur de coucou
cap-d’ausèth – cocriste

Selon l’altitude, vous remarquerez une flore différente :
–  De 900 à 1 800 m, en basse montagne, c’est le domaine de la valeriana [valériane] et, à proximité de l’eau, de la cardamine à feuilles larges appelée joliment creishoneta [petit cresson] en Lavedan.
– De 1 800 à 2 400 m, en moyenne montagne, poussent le gavèc, l’avardet ou la jutèla [différents noms gascons de rhododendron], la lherga [iris], le liri [lis], le cardon [chardon bleu des Pyrénées], le gisped [gispet].
– En haute montagne, le plantes sont plus petites et robustes comme le trauca-pèiras [perce-pierres, saxifrage], le pavòt [pavot] ou le clacadèr [que l’on éclate, silène enflée].

Quelques fleurs ou plantes

Le gispet

Festuca eskia ou Gispet
gisped ou esquia – Festuca eskia 

Le gispet, vous ne le raterez pas. C’est cette graminée qui forme de grosses touffes de feuilles fines et raides. Si vous voulez vous y accrocher vous découvrirez vite que les feuilles sont aussi piquantes. On le trouve dans toute la haute montagne des Pyrénées et aussi aux Monts Cantabriques. Il est caractéristique de la présence de sols siliceux, acides et frais. Par temps de pluie, vous glisserez sur ces feuilles bien plus surement que sur de la neige. Autre joyeuseté, les touffes peuvent abriter des vipères…

Appelé gisped en Couserans, il prend le nom d’esquia en Lavedan. Et c’est d’ailleurs en écoutant des bergers de la vallée de Barèges que le botaniste et pyrénéiste Ramond de Carbonières lui a donné son nom savant : Festuca eskia.

Les lis

Fleurs des Pyrénées - Lis des Pyrénées (Lilium pyrenaicum)
Liri – Lilium pyrenaicum

Parmi les fleurs les plus grandes – pouvant atteindre 1,20 m de haut – et les plus fréquentes, on repèrera sans difficulté le lis appelés liri ou lire en gascon (en appuyant sur la première syllabe : liri, liré).  Ses fleurs jaunes mouchetées de brun se penchent vers le sol. On la trouve dans les prairies et les couloirs rocailleux ou d’avalanche jusqu’à 2 200 m d’altitude, de mai à juillet.

En langage floral, elle symbolise la pureté des sentiments. Elle est aussi reconnue pour sa capacité à calmer les démangeaisons des piqures, les brulures ou d’autres petites plaies.

L’ail des ours

Ail des Ours(Allium ursinum)
porret – Allium ursinum

Plante reconnaissable en particulier par son odeur, elle porte différents noms en Gascogne en lien avec l’ail ou le poireau :
alhet [petit ail] dans la vallée de Barrèges ou alhassa [gros ail] en Haut-Comminges,
porret [petit poireau] dans le Luchonnais ou porrat [gros poireau] dans l’ouest du Couserans.

Cette plante était fort peu utilisée dans nos régions. Mais pourquoi l’appelle-t-on ail des ours ? Certains racontent que les ours, au sortir de leur hibernation, en mangeraient. Pourtant, cela n’a pas été observé, et les Romains la surnommaient déjà ainsi. Une explication possible serait le fait que l’on donnait souvent des noms de gros animaux aux plantes magiques (aromatiques ou médicinales) pour symboliser la force. D’ailleurs, peut-être à cause de son odeur piquante, nos voisins aragonais l’appellent l’ajo de bruja [l’ail de la sorcière] ou l’ajo d’o diablo [l’ail du diable] en Aragon.

Un proverbe anglais annonce : Eat Leeks in March, and Ramsons in May, and all the year after Physicians may play [Mangez des poireaux en mars et de l’ail des ours en mai ainsi, toute l’année qui suit, les médecins pourront aller s’amuser.] Vous voilà averti, vous savez comment rester en bonne santé ! Toutefois, si vous n’êtes pas un expert, cette plante peut facilement se confondre avec d’autres qui, elles, sont toxiques.

La saxifrage

Fleurs des Pyrénées - Saxifrage des Pyrénées (saxifraga longifolia)
trauca-pèiras – saxifraga longifolia

Il en existe plusieurs dont l’élégant trauca-pèiras. Gorgée de vitamine C, elle aide à lutter contre les rhumes et à éliminer les toxines.

La plus étonnante est peut-être la huelha borreluda [feuille broussailleuse, saxifrage à longues feuilles].  Assez grande, jusqu’à 80 cm, ses feuilles poussent dans une touffe dense qu’on appelle rosette. Pendant plusieurs années, vous ne verrez que ses feuilles, puis, un été, pousse une longue grappe de fleurs blanches. Puis la fleur se dessèche et meurt.

Le docteur Poucel (1878-1971), chirurgien à Marseille, était passionné par les orchidées. Lors de ses séjours à Gavarnie, il réalisa plusieurs aquarelles, en particulier de saxifrages.

L’asphodèle blanc

Fleurs des Pyrénées - Asphodèle blanc (Asphodelus albus)
sansanha – Asphodelus albus

Au printemps, les feuilles brillantes, fines, pointues, poussent en une rosette. Puis, en juillet, une hampe en sort qui se couvre de fleurs de bas en haut. Pour cela on l’appelle en français « poireau des chiens » et en gascon porassa [gros poireau] ou, en Comminges, sansanha [viole, cornemuse].

Dans l’Antiquité, elle avait le même rôle qu’aujourd’hui le chrysanthème : fleurir les tombes ! Mais peut-être vous souvenez-vous qu’un des lieux de l’Enfer s’appelait le pré de l’asphodèle. C’est un lieu d’ennui, où séjournent des âmes qui n’ont exercé ni vertu ni crime de leur vivant.

Marie Laforêt en 1969 a chanté Mes bouquets d’Asphodèles.

https://escolagastonfebus.com/wp-content/uploads/2021/08/Marie-Laforêt-mes-bouquets-dasphodèles.mp3

Et les autres fleurs…

Fleurs des Pyrénées - Edelweiss des Pyrénées
flor de neu – edelweiss des Pyrénées

Parmi les plus recherchées, on pourrait noter la blanche édelweiss que l’on appelle en gascon flor de neu [fleur de neige]. Ou encore l’arnica que nous appelons de façon plus imagée la tabaquèra [fume par les bergers].

Vous pouvez aussi vous amuser à découvrir les noms gascons des fleurs, souvent inspirés. Per exemple, le cocriste est appelé en Comminges ard-en-camp [brule au champ] et dans l’ouest du Couserans cap-d’ausèth [tête d’oiseau]. La pâquerette s’appelle nina [fillette] dans le Luchonais, l’orchidée sauvage s’appelle flor de cocud [fleur de coucou] à Nistos.

Attention, il est souvent interdit de cueillir ces fleurs et il est bien mieux de les admirer ou les photographier.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Ièrbas bordas deras Pireneas, d’après les enquêtes de Jean Séguy, Francis Beigbeder, 2012
Jean Prévost, association Pierrine Gaston-Sacaze
Nouvelle flore illustrée des Pyrénées, Marcel Saule, 2018 (3 650 espèces)
La flore et les arbres, patrimoine lourdes gavarnie, Jean Omnès
La flore des Pyrénéestopopyrénées




Des femmes de l’eau-de-vie d’Armagnac

Nous n’arrêterons pas de chanter les louanges de l’armagnac, son élégance et son raffinement. Cette fois-ci, nous parlerons de ces Armagnacaises qui changent l’image de notre eau-de-vie.

Les quatre mousquetaires de l’eau-de-vie

La liste des femmes et des hommes qui œuvrent pour valoriser notre armagnac est évidemment très longue. L’armagnac c’est une grande histoire – le prieur de Bazas, Maitre Vital du Four en parle déjà au XIIIe siècle. Notre eau-de-vie connait un essor important au XIXe siècle puis une forte récession. Depuis quelques années, les viticultrices et les viticulteurs rivalisent d’idées pour lui redonner une place. Nous citerons quatre femmes qui insèrent ce breuvage dans un art de vivre raffiné, bien ancré dans la Gascogne.

Claire de Montesquiou et le domaine ancestral de l’Espérance

Claire de Montesquiou
Claire de Montesquiou

D’abord chasseuse de tête à Londres dans le domaine du luxe, elle dirige depuis 1991 le domaine de l’Espérance. Une exploitation de 30 ha dans des « sables fauves » (sols sableux contenant de l’argile et du fer) qui collectionne les médailles.

Les Montesquiou sont une vieille famille gasconne, connue depuis au moins le Xe siècle. En 1587, Henri IV demande au comte de se joindre à la bataille de Coutras, non sans prévoir de gouter son armagnac : « Grand pendu, j’iray taster de ton vin en passant. Votre meylleur mestre et affectionné amy – Henry« .

Domaine de l'Espérance
Domaine de l’Espérance

Quelques années après, le jeune Charles de Batz de Castelmore (1611?-1673) monte à la Cour de France, espérant entrer chez les mousquetaires. Il prend le nom de sa mère, Montesquiou d’Artagnan, dont on retiendra surtout la deuxième partie : d’Artagnan.

Aujourd’hui, les vins et l’eau-de-vie de l’Espérance ont conquis le monde entier. Raffinement oblige, c’est le designer Jean-Charles de Castelbajac qui conçoit certaines étiquettes.

De plus, dans leur belle maison de Mauvezin d’Armagnac, les propriétaires ont installé un gite classé 4 épis et proposent des cours de cuisine dispensés par un chef renommé. Il faut dire que Claire, la patronne, est aussi au Comité Directeur des formations au savoir-vivre appelé En toute élégance.

Florence Castarède et la cuisine à l’armagnac

Château de Maniban
Château de Maniban

Les Castarède sont d’abord des négociants qui s’installent en 1832 à Nérac, à proximité de la Baïse dans un lieu appelé Pont de Bordes. Encouragés par le préfet du lieu, le baron Haussmann, ils reçoivent par carriole, des barriques de tout le Bas-Armagnac. Plus tard, la famille achète le château de Maniban. Un château déjà connu. En effet, en 1762, Marie Christine de Maniban en avait hérité. Son mari était premier maitre d’hôtel de Louis XV et elle fit gouter au roi l’armagnac de son domaine. C’est ainsi que notre eau-de-vie entra à la Cour de France.

Florence Castarède
Florence Castarède

Florence Castarède rend un clin d’œil au préfet de Nérac et ouvre Armagnac Castarède, un magasin et lieu de culture au 140 Boulevard Haussmann.  Là, les artistes et autres amateurs d’armagnacs peuvent bavarder en dégustant notre breuvage. Et même, vous y entendrez parler gascon !

Son eau-de-vie orne la table de grands restaurants, fréquente les grands banquets, est vendue dans une cinquantaine de pays. Quelques cuisiniers en ont parfumé des plats célèbres comme Michel Guérard et sa «  La jeune dinde ivre d’Armagnac » ou Alain Ducasse et son babarmagnac. Florence Castarède a d’ailleurs publié un livre, La cuisine à l’armagnac que nous vous conseillons sans hésiter !

Maïté Dubuc-Grassa et la réussite du domaine Tariquet

Maïté Dubuc-Grassa
Maïté Dubuc-Grassa

Fin XIXe, à Ercé en Ariège, la famille Artaud a du mal à nourrir ses enfants et leur fils part comme montreur d’ours de par le monde. En 1912, il vit aux Etats-Unis mais le mal du pays le ramène en France.  Avec l’aide financière de son fils, Jean-Pierre, il achète une propriété dans le Gers, le Tariquet, où l’on produit depuis au moins 200 ans de l’armagnac. Le phylloxéra les ruine. De plus, en 1914, une grave blessure à la guerre rend le fils amnésique. Il ne reste que 7 ha. C’est sa femme, Pauline, qui fait tourner l’exploitation.  Leur fille, Hélène, épousera Pierre Grassa, originaire d’Urdos, un Béarnais humoriste qui racontait : « Quand on a compris qu’on n’a pas de prise sur le temps et qu’on ne change pas le caractère des femmes, la vie peut se dérouler sans difficultés ».

Le Tariquet et d’Artagnan

Statue équestre de d'Artagnan à Lupiac
Statue équestre de d’Artagnan à Lupiac

C’est après bien des mésaventures encore qu’en 1982, deux enfants de Pierre et Hélène, Maïté et Yves, prennent la tête de ce petit domaine. Ils choisissent de produire des vins blancs. Yves plante des cépages inhabituels et réalise des assemblages tout aussi inhabituels. Ce sera la célèbre cuvée « classic ». Maïté monte à Paris et convainc Francine Legrand de placer ce vin inconnu dans les endroits les plus en vue de Paris. Le vin s’exporte et est élu à Londres « meilleur vin blanc de l’année 1987”.

Avec 1 125 ha de vignes, le domaine Tariquet est aujourd’hui la plus grande exploitation de la même appellation de France.

Maïté a son cœur en Gascogne et le prouve. Avec deux autres femmes, elle va faire aboutir un projet. Elle finance pour la commune de Lupiac dont la mairesse est Véronique Thieux Louit, une statue équestre monumentale de d’Artagnan, œuvre de la Hollandaise Daphné du Barry.  La statue porte cette simple mention « un mécène gascon ».

Carole Garreau et son écomusée

Carole Garreau
Carole Garreau

Comme bien des domaines, il s’agit au départ d’une exploitation de polyculture mais les fermes de Gayrosse et Brameloup sont situées dans le triangle d’or de l’armagnac, plus précisément à Labastide d’Armagnac. Au XIXe siècle, son propriétaire, le prince Soukowo-Kabylin apporte l’eau-de-vie du domaine de Gayrosse à la cour de Russie. Avec un gout sûr, il innove et fait construire un chais de vieillissement souterrain. Cela apportera une bonne stabilité de la température. En 1919, Charles Garreau, ingénieur agricole, achète la propriété et s’y installe.

En 1974, Charles Garreau reprend une vieille recette et crée le floc de Gascogne. Il s’agit d’un heureux mélange entre un jeune Armagnac et du mout de raisin blanc ou rouge.

Floc du Château Garreau
Floc du Château Garreau

À partir de 2005, le domaine propose aussi de la Blanche Armagnac qui rappellera aux locaux cette partie de l’eau-de-vie fraichement distillée que se gardaient les viticulteurs pour leur propre besoin.

Carole Garreau commence sa carrière comme cadre supérieur dans les collectivités territoriales. Puis, en 2015, elle reprend le domaine familial. Elle va mettre en valeur le domaine et, en particulier, organiser des visites où l’on peut voir de vieux alambics, une exposition de bouteilles et, plus encore, une mise en valeur de cette belle région avec un circuit botanique autour des étangs du domaine.

L’eau-de-vie de Château Garreau collectionne une bonne centaine de médailles et est une des plus réputées de l’Armagnac.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle




Mont Valier, seigneur du Couserans

Sommet mythique de 2 838 m d’altitude, le Mont Valier est le seigneur du Couserans. S’il n’est pas le plus haut, il est probablement l’un des plus beaux d’Ariège. Et il est aussi porteur d’histoire et de légendes.

Le Mont Valier visible depuis Toulouse

Massif du Valier avec repérage des pics
topoguide Camptocamp

Le Mont Valièr domine les vallées dAngols [Angouls],  d’Estors [Estours], de Vathmala [Bethmale], du Riberòt [Ribérot] et d’Òrla [Orle]. Son panorama est très large allant du Pic du Midi de Bigorre jusqu’au pic de Canigou, en passant par le pic Rouge de Bassiès ou le Carlit ou encore le pacifique Montcalm. Ainsi il permet d’admirer les grands sommets pyrénéens comme l’Aneto ou le Bésiberri.

Bien détaché et facile à reconnaitre, le Mont Valièr est visible de la plaine de la Garonne et ce, jusqu’à Toulouse.

Vu l’élégance de sa silhouette, il est parfois surnommé avec affection le Redoutable. Pourtant, c’est un mont qui se laisse gravir sans difficulté sauf qu’il exige une longue marche d’approche. Si vous voulez vous y promener, vous pouvez y aller par la vallée du Riberòt [Riberot] en un jour, ou deux si vous préférez vous attarder dans les parages. Auquel cas, vous pourrez dormir au refuge des Estanhós [Estagnous], l’étang se disant estanh en gascon. Compter 10 h aller/retour pour faire les 1900 m de dénivelée. Ou, pour changer, faites une boucle par l’étang du Miloga [Milouga] (11 h, 2200 m de dénivelée)

Les légendes du Mont Valier

Une première légende (ou histoire ?) est liée à son nom. Vers 450, aurait vécu un évêque du Coserans [Couserans] nommé Valerius. Celui-ci serait parti à cheval sur ce promontoire majestueux et y aurait planté trois croix. Une façon peut-être, en période de christianisation, de mettre le Dieu des chrétiens au-dessus des dieux locaux liés aux forêts et aux montagnes ? Et, bien sûr, il aurait laissé son nom à la montagne.

Le Mont Valier vu depuis le pic de Fonta
Le Mont Valier vu depuis le pic de Fonta – Le berger pétrifié –  photosariege.com

Une autre légende affirme qu’un berger et ses brebis ont été pétrifiés par Saint Pierre pour le punir d’avoir volé des brebis. Ainsi le mont Nèr [mont noir], serait le berger pétrifié et les roches blanches des oelhas anticas [brebis anciennes].

Enfin, au pied du mont couseranais, de terribles batailles auraient eu lieu soit entre des bergers et des Sarrazins, soit entre des bergers du nord (Vathmala) et des bergers du sud (Vath d’Aran). Si on ne sait plus bien, le compte des morts est gravé dans la mémoire locale : 108 morts au lac d’Arouet, 102 à celui de Cruzous et un nombre tellement grand au lac de Milouga qu’on ne le connait même plus. En tous cas, le coin porterait toujours les signes de cette lutte.

Les croix du Mont Valier

Si la ou les croix de Valerius restent hypothétiques, celle de 1672 est certaine. Bernard Coignet de Marmiesse (1619-1680) est évêque du Couserans. Comme on ne retrouvait pas celle de Valerius, il fait installer une croix de fer qui restera en place plusieurs siècles. Et il fait inscrire : Episco Dom Valerio Posuere [Cette croix fut posée à la mémoire du seigneur évêque Valérius]. Plus tard, un berger ou un randonneur l’aurait faite basculer dans le vide. Elle a toutefois été retrouvée et remise en place par les Amis de Saint-Lizier.

"Croix

En 1987, cette même association offre une croix de granit de 50 kg. la commission montagne de l’office de tourisme de Saint-Girons l’installe. Un hélicoptère l’apporte au refuge des Estanhós, puis les montagnards la porte à dos d’homme jusqu’au sommet (1h30 de marche sans fardeau). Jean Soum, physicien, professeur d’architecture à l’école de Toulouse, spécialiste des zomes,  la scelle.

En 2011, un randonneur signale qu’il ne subsiste plus que la base. Acte de vandalisme ou intempérie, on ne saura pas. L’année suivante, une croix en fer forgé est plantée.

Le chemin de la Liberté

Voies de passage de France vers l'Espagne - seconde guerre mondiale
Les voies pour rejoindre l’Espagne – Le chemin de la liberté

Pendant la Seconde Guerre mondiale, divers chemins permettaient aux prisonniers évadés, aux pourchassés, aux réfractaires du STO (Service du Travail Obligatoire) et autres de rejoindre l’Espagne. En effet, le général Franco, bien qu’allié de Hitler, avait des accords aves les alliés pour laisser libres les réfugiés, après une période d’incarcération de 2 à 6 mois.

L’une de ces routes, le chemin de la Clavèra [Claouère], conduisait de Sent Joan de Verges [Saint-Girons] à Esterri d’Àneu en Catalogne et passait par le massif du mont Valièr. Un chemin difficile et éprouvant malgré l’aide d’une trentaine de Couseranais. Selon les registres de la prison de Sort (à côté d’Esterri d’Àneu), 2 506 hommes et 158 femmes passèrent ainsi.

passeurs couseranais sur le Mont Valier
Passeurs – Le chemin de la liberté

En 1994, le chemin de la Liberté est reconnu, balisé et labellisé. Vous pouvez le parcourir ou rejoindre la marche commémorative organisée chaque année par l‘Association du Chemin de la Liberté. Il vous faudra 4 jours. Son itinéraire est le suivant :
Saint Girons -> hameau d’Aunac : 23 km, 375 m de dénivelée, 8 h de marche
Hameau d’Aunac -> cabane de Subéra : 16 km, 733 m de dénivelée, 6 h de marche
Cabane de Subéra -> refuge des Estagnous : 13 km, 733 m de dénivelée, 8 h de marche. Ouf, la montée est terminée !
Refuge des Estagnous -> Alos de Izil / Esterri d’Àneu : 20 km, 1045 m de dénivelée, 7 h de marche.

La réserve domaniale du Mont Valier

ausèth der'arla – tichodrome
ausèth der’arla – tichodrome – Wikipedia Commons

En 1937, une réserve est créée, c’est une des plus anciennes des Pyrénées. Elle couvre 9 037 ha et entoure le Mont Valier. Elle présente une bonne diversité de la faune et est classée Zone de Protection Spéciale pour les oiseaux. Avec un peu de chance vous y verrez l’ausèth deras nèus [oiseau des neiges : niverolle alpine] qui ne vit qu’en haute altitude, le piganèu [merle à plastron] qui se promène dans les éboulis de roches ou a proximité des plaques de neige. Ou encore l’élégant ausèth der’arla [oiseau des parois calcaires : tichodrome] facile à reconnaitre avec ses ailes rouges.

Vous pourrez aussi croiser le desman des Pyrénées appelé aussi rat-trompette, ou la çarnalha [le lézard] pyrénéen du val d’Aran qui, hélas, se raréfie.

Côté flore, vous pouvez chercher la violette cornue, appelée joliment en Gascogne la vriuleta ou vriòla en Ariège. La réglisse des montagnes, bani ou baniu. Quant à la blanche céraiste des Pyrénées, elle pousse dans les éboulis de roche et résiste aux glissements des pierres grâce à un incroyable réseau de tiges souterraines.

Le glacier d’Arcouzan

Tout modeste qu’il puisse paraitre, le Mont Valièr présente un petit glacier. C’est le plus bas de la chaine (en-dessous de 3 000 m d’altitude) et c’est le dernier en allant vers l’est. Mais Valier est redoutable et l’accès à son glacier est dangereux. D’ailleurs il n’y a aucun chemin.

Jean-Pierre Pagès (1784-1866) écrit dans Mémoires de géologie et archéologie : Pour parvenir au glacier du Valier, il faut avoir abdiqué toute crainte de la mort. Je m’engageai imprudemment et bientôt la force et le courage m’abandonnèrent, un des guides refusa de nous suivre, l’autre chasseur au chamois monta avec intrépidité. Un berger l’accompagnait. Celui-ci étonné de ma lassitude et de ma frayeur me plaça sur ces épaules et m’emporta fièrement. […] Le glacier s’offrit enfin. La surface du glacier offre de grandes scissures de 15 ou 20 mètres de profondeur. La couleur du glacier est bleue à la base, blanc terne vers le milieu et d’un blanc éclatant à la surface. Une des branches du glacier forme une voûte imposante de 30 mètres carrés, c’est dans cette salle de glace qu’est le berceau du Salach.

De Mont Valièr à Arcosan

Photo du glacier d'Arcouzan prise par M. Blazy en 1942
Le glacier d’Arcouzan, photo prise par M. Blazy en 1942

En 1940 apparait de façon étonnante le nom de glacier d’Arcosan [Arcouzan]. Etonnante car ce glacier n’est pas dans la vallée d’Arcosan !

M. Blazy prend la première photo du glacier en 1942. Depuis, il sera étudié plusieurs fois. Contrairement à d’autres, le glacier fond moins, il faut dire qu’il et coincé dans une falaise de 300 m où la neige s’accumule.

Michel Sébastien (1937-2016), professeur de géographie, pyrénéiste et auteur de topoguides, lui rendra visite tous les ans entre 1999 et 2009. Lors de sa première visite, il voit des brebis prenant tranquillement le frais sur la glace. En 2015 il écrit : Valier je t’aime. Tu as tout, l’élégance, la beauté, la hauteur, le prestige. Tu es un mythe.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Photo en-tête : Vue sur l’Aneto depuis le Mont Valier, Photo Pyrénées Mariano
Le massif du Mont Valier, Bulletin du Comité Scientifique de PNR, 2013
Randonnée le Mont Valier, topopyrénées, 2018
Une nouvelle croix pour le Mont Valier, La Dépêche, 2012
Le chemin de la liberté, association Le chemin de la Liberté
Ausèths, Francis Beigbeder, Ed. Per Noste, 1986
Ièrbas bordas deras Pireneas, Francis Beigbeder, 2012
Le glacier d’Arcouzan, association Moraine, 2012




Des musées gascons à découvrir

La visite de la Gascogne passe aussi par ses musées qui permettent de découvrir des aspects ignorés de sa culture et, parfois, de découvrir quelques joyaux d’art, plus connus à l’étranger que des Gascons eux-mêmes.

La Gascogne pigalhada de musées

Lorsque l’on visite la Gascogne, on n’est jamais loin d’un musée : musée d’art, musée d’art et de traditions populaires, musée d’histoire naturelle, musée des métiers, musée des technologies, musée de pays, écomusée, monument historique, maison natale d’artistes ou de personnages historiques, etc.

Logo des Musées de France
Logo des Musées de France

Certains musées bénéficient de l’appellation « Musée de France » qui se définit comme « toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l’éducation et du plaisir du public ».

L’appellation donnée par l’Etat permet de bénéficier des subventions du Ministère de la culture, des dépôts des musées nationaux pour enrichir les collections ou encore de bénéficier du droit de préemption de l’Etat pour acquérir des œuvres. Il emporte des obligations comme celle d’avoir un personnel scientifique (conservateur agréé).

Tous les musées gascons ne sont pas labellisés. Que les gèrent des collectivités, des associations ou des particuliers, en poussant la porte on fait d’étonnantes découvertes.

Les musées consacrés au patrimoine gascon

Les collections des musées gascons nous font découvrir le mode de vie oublié de nos grands-parents ou arrière-grands-parents . Elles racontent des histoires merveilleuses.

Les montreurs d'ours
Les montreurs d’ours

À Ercé, en Couserans, le Musée des montreurs d’ours raconte l’histoire de ces centaines d’hommes partis au XIXe siècle avec un ours dressé. Ils parcouraient le monde pour gagner leur vie. Ils étaient tous des vallées de l’Alet, du Garbet et du Salat. Certains d’entre eux ont fait souche à New-York où leurs descendants parlent encore le gascon. À Soueix, également en Couserans, le Musée des Colporteurs parle de ces hommes partis, de ville en ville, vendre des marchandises transportées sur leur dos.

Le Musée du Sel - Salies de Béarn
Le Musée du Sel – Salies de Béarn (64)

Les produits de la nature ou de l’élevage font la fortune de certains métiers. Le Musée du sel de Salies de Béarn raconte comment une source souterraine de sel, gérée en commun par les habitants, fait la fortune de la ville. Le sel de Salies est utilisé pour la fabrication du véritable jambon de Bayonne. À Nay, le Musée du béret retrace l’histoire de ce couvre-chef gascon. Il a occupé plusieurs centaines d’ouvriers dans les usines de fabrication.

L’écomusée de la Grande Lande, à Sabres, témoigne de la vie rurale dans les Landes. Agro-pastoralisme, gemmage, exploitation de la forêt, mode de vie, croyances populaires.

Des histoires insolites racontées dans les musées gascons

Pharmacie de Saint-Lizier (09)

Savez-vous que l’Assurance maladie a son musée à Lormont en Gironde ? Il est le seul musée qui présente l’histoire de la solidarité et de la protection sociale, de l’antiquité à nos jours. Le Musée des Douanes de Bordeaux retrace la vie de cette institution. Il présente des saisies douanières insolites comme l’œuf d’un oiseau de Madagascar, de trois mètres de haut, disparu au XVIIIe siècle.

À Saint-Lizier, on trouvera une pharmacie du XVIIIe siècle, avec ses pots vernissés et ses instruments médicaux. C’est une des rares pharmacies complètes qui permet de mesurer les progrès réalisés depuis par la médecine. Le Musée d’art campanaire de l’Isle-Jourdain présente la cloche de la Bastille et tout ce qui concerne cet art.

Musée des Amériques d'Auch
Musée des Amériques d’Auch (32)

Le musée international des Hussards de Tarbes possède une collection inestimable d’objets et d’uniformes liés à l’histoire des Hussards. Plus connue à l’étranger qu’en Gascogne, la collection mérite une visite.

Créée en 1793, le Musée des Amériques à Auch est l’un des plus vieux musées de France. Il abrite une collection de 8 000 objets précolombiens. Certains, très rares, sont prêtés pour des expositions dans le monde entier. Seul le musée du quai Branly à Paris possède une collection plus riche.

Des richesses méconnues

Allégorie deCérès-Musée de Mirande
Allégorie de Cérès-Musée de Mirande (32)

Il existe de grands musées d’art à Toulouse ou Bordeaux. On a des musées des beaux-arts à Agen, Bayonne, Pau ou Tarbes. N’oublions pas les petits musées d’art, peu connus mais d’une étonnante richesse!

La collection de Joseph Delort, un homme de lettres né à Mirande, est le point de départ du Musée d’art de Mirande.  Enrichi de donations et de dépôts, on le considère comme un des meilleurs musées de peinture par sa présentation de portraits réalisés par des peintres du XVIIe au XIXe siècles. Hyacinthe Rigaud, Chardin, Jacques-Louis David, Le Pérugin, Tiepolo, Vélasquez, Murillo, Jacob van Ruisdael

Blanche Odin - Matin Lumineux - Musée Salies de Bagnères-de-Bigorre
Blanche Odin – Matin Lumineux – Musée Salies de Bagnères-de-Bigorre

Le Musée Salies de Bagnères de Bigorre possède une collection d’aquarelles de Blanche Odin, célèbre pour ses bouquets de roses. À Mont de Marsan, les amateurs de sculpture moderne verront les collections de deux artistes locaux, Charles Despiau et Robert Wlérick, ainsi que des œuvres d’artistes reconnus au niveau international comme Henri Lagriffoul ou le portugais Charles Correia.

Une idée folle : un grand musée de la Gascogne

Un grand nombre de pièces archéologiques et d’œuvres d’art dorment dans les réserves. Les musées ou les municipalités n’ont pas les locaux pour les présenter. On les retrouve dans des musées nationaux comme le Musée des antiquités nationales de Saint-Germain en Laye.

Sans doute y aurait-il de quoi constituer un grand musée de la Gascogne. La Gascogne ne manque pas de locaux désaffectés, suffisamment vastes, pour accueillir un tel musée. On y exposerait les pièces montrant toute la richesse archéologique, historique et culturelle de notre région.

Une idée folle qui peut fédérer les collectivités locales (régions, communautés de communes), les sociétés savantes, les musées. Ils ont des pièces qui ne sont pas exposées au public. Des particuliers possèdent parfois des collections exceptionnelles. Il existe sans doute un public nombreux qui ne manquera pas de venir découvrir toutes les richesses de la Gascogne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Quelques suggestions de visites à faire cet été

Ercé (09) – Exposition sur les montreurs d’ours
Salies de Béarn (64) – Musée du Sel
Nay (64) – Musée du Béret
Sabres(40) – Écomusée de Marquèze
Lormont (33) – Musée National de l’Assurance Maladie
Saint-Lizier (09) – Pharmacie du XVIIIe siècle 
Tarbes (65) – Musée international des Hussards 
Auch (32) – Musée des Amériques 
Mirande (32) – Musée des Beaux Arts 
Bagnères de Bigorre (65) –  Musée Salies 

Ministère de la culture : www.culture.gouv.fr/




Les étangs landais, une longue histoire

Les étangs landais, ce sont sur le littoral atlantique plus de 80 lacs ou étangs, tous parallèles à la côte, orientés nord-sud entre le Médoc et l’Adour, reliés entre eux par un réseau hydrographique. Le plus grand fait  5 500 hectares, le plus petit seulement 1,8 hectares. Allons à leur découverte.

Les étangs landais : une formation ancienne

Cette étrange disposition remonte à l’ère quaternaire. Les vents accumulent du sable sur la côte. Lors de la remontée des eaux en raison de la fonte glaciaire (jusqu’à 120 mètres), l’océan pousse le sable qui forme des tucs ou dunes quand la végétation ralentit son avancée.

L’accumulation de sable forme un cordon dunaire qui empêche les rivières d’arriver jusqu’à l’océan, la Mar grana ou le Gran tòs pour nous, les Gascons. Les rivières inondent les vallées derrière les tucs et forment des étangs et des lacs. Les nappes phréatiques remontent aussi et transforment le paysage en marécages.

Certains lacs et étangs sont reliés par des cours d’eau orientés sud-nord en raison de la barrière formée par les tucs. Elles donneront l’idée de les aménager pour créer une voie navigable.

Aujourd’hui, les lacs et les étangs sont en voie de comblement par l’apport d’alluvions et le faible renouvellement de l’eau.

Les projets de canal entre Arcachon et Bayonne

Le projet de canal entre la Gironde et l'Adour
Le projet de canal entre la Gironde et l’Adour

Vauban a l’idée de relier la Gironde à l’Adour par une voie navigable en 1681. Longue de 200 km, elle doit emprunter le chapelet de lacs et d’étangs des Landes. Le projet ne voit pas le jour, pas plus que d’autres, avancés au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Il faut fixer les dunes avant les travaux. On abandonne l’idée de canal pendant la Révolution.

D’autres projets sont imaginés : le canal des Petites Landes entre Nérac et Mont de Marsan empruntant la Baïse, la Gelise la Douze et la Midouze ; le canal des Grandes Landes entre Arcachon et Bordeaux par l’étang de Cazaux, la Leyre et Castres au nord et jusqu’à Bayonne en passant par les lacs et étangs vers le sud.

Le canal de Cazeaux
Le canal de Cazeaux

Jean-François Boyer-Fonfrède (1809-1875) est issu d’une famille d’armateurs bordelais. Il crée la Compagnie d’Exploitation et de Colonisation des Landes en 1833 et creuse un canal de 13,5 km pour relier les lacs de Cazaux, de Parentis et d’Aureilhan au bassin d’Arcachon grâce à sept écluses. On l’ouvre à la navigation commerciale en 1840 et touristique en 1845. La navigation cesse en 1860 en raison de l’ensablement et du manque de rentabilité.

La MIACA et l’aménagement de la côte atlantique

Seignosse le Penon
Seignosse le Penon

La Mission Interministérielle d’Aménagement de la Côte Aquitaine (MIACA) est créée en 1967. Elle a pour mission de définir un plan d’aménagement de la côte. Ses missions recouvrent la protection des dunes, la lutte contre l’érosion, la préservation de la nature et l’aménagement économique et touristique.

Si le littoral a échappé aux constructions de grands ensembles tels qu’on peut en voir sur la Méditerranée, la MIACA a créé des Unités Principales d’Aménagement, notamment par la création de Seignosse le Penon, Port d’Albret, Capbreton et Messanges.

On lui doit l’aménagement touristique des lacs et des cours d’eau, ainsi que l’ouverture à la navigation de plaisance du canal qui relie les lacs de Cazaux et de Parentis, vestige du grand projet de canal jusqu’à Bayonne.

En 2006, la MIACA a laissé la place à un GIP (Groupement d’Intérêt Public) qui associe l’Etat et les collectivités locales.

Les étangs landais : leur aménagement touristique 

Port de plaisance de Cazeaux
Port de plaisance de Cazeaux

Les lacs et étangs sont aménagés pour le tourisme. De nombreux campings et résidences secondaires se dispersent entre les plans d’eau et la côte atlantique. Malgré le faible nombre de zones ouvertes à l’urbanisme, de nouveaux équipements sont régulièrement construits.

Les activités autour des lacs et des étangs landais sont la baignade, les sports nautiques (ski nautique sur les lacs de Cazaux-Sanguinet et de Parentis-Biscarosse, jets skis sur le lac de Cazaux-Sanguinet), la navigation de plaisance (5 167 ancrages majoritairement situés sur le lac de Cazaux-Sanguinet), la voile, le canoé-kayak et la pêche de loisir. L’hydraviation se pratique sur le lac de Parentis-Biscarosse.

Sur des espaces aménagés, on pratique d’autre activités plus douces. Randonnées, cyclisme (piste de 170 km entre la pointe des Graves et l’Adour), équitation, golf.

Les activités touristiques doivent cohabiter avec les activités économiques. Par exemple, l’exploitation du pétrole sur le lac de Parentis ou les piscicultures pour l’élevage de truites.

La protection des lacs et des étangs

Le raisin d'Amérique
Le raisin d’Amérique

Des réserves naturelles se créent pour protéger les étangs landais afin de protéger la faune et la flore. Les espèces invasives sont nombreuses et la lutte s’organise. La Jussie, la Renouée du Japon, le raisin d’Amérique. Ou le poisson-chat, les écrevisses américaines, le vison d’Amérique, la tortue de Floride, etc.

L’exemple de l’étang d’Arjuzanx illustre le travail accompli. En 1958, EDF ouvre un gisement de lignite pour alimenter une usine électrique. Elle ferme en 1992 et EDF s’engage à participer à la réhabilitation des 2 716 hectares du site d‘extraction. C’est maintenant une réserve naturelle nationale.

Des travaux ont été nécessaires pour un montant de 14 millions €. Reprofilage des bords des anciennes excavations, fertilisation et travail du sol. Amélioration de la qualité des eaux, re-végétalisation, réalisation d’ouvrages hydrauliques.

On reconstitue la flore et la faune et on autorise des activités de pleine nature, telles que la baignade, le nautisme, la pêche ou la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Syndicat Mixte pour la Sauvegarde et la Gestion des Etangs Landais