Les milices provinciales
Se défendre a toujours été une préoccupation des communautés et des états. Le moyen le plus efficace de trouver des soldats sans avoir à les rémunérer comme des troupes permanentes, c’est de lever des milices.
Des milices communales aux milices provinciales
Au Moyen-âge, les villes qui ont obtenu une charte de franchise de leur seigneur peuvent souvent lever des milices communales, organisées par quartiers ou par professions et dirigées par des capitaines nommés par les consuls. Toutefois, seules les communes entourées de remparts peuvent le faire.
Leur rôle est d’assurer la police à l’intérieur de la commune, et de la défendre en cas d’attaque extérieure. Leur armement est rudimentaire et on ne fait appel aux milices qu’en cas de besoin. Elles participent aussi à l’armée de leur seigneur lorsqu’il effectue des levées d’hommes pour compléter son ost (armée). La commune leur fournit un équipement plus complet, si elle le peut.
C’est ainsi que les milices de Toulouse, sous les ordres du comte Raymond VI, participent à la bataille de Muret en 1213. Elles y sont d’ailleurs massacrées !
Compléter l’armée du roi

Pendant la Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), le ministre de la guerre de Louis XIV a l’idée de lever des milices provinciales pour compléter l’armée du roi afin d’aider à tenir les villes fortifiées. L’idée n’étant finalement pas si mauvaise, on reconstitue la milice provinciale pendant la guerre de succession d’Espagne (1701-1714).
Une ordonnance royale du 25 février 1726 organise les milices provinciales en troupe permanente pour « avoir toujours sur pied dans l’intérieur du royaume un corps de milice qui, s’exerçant pendant la paix au maniement des armes, sans déranger les travaux qu’exige l’agriculture, ni sortir des provinces, pût être prêt à marcher sur les frontières pour en augmenter les forces dans les besoins les plus pressants de l’État ».
De nouveau, l’ordonnance du 4 aout 1771 recrée les milices qui forment des régiments provinciaux. Puis, abolies en 1791, on les remplace aussitôt par les levées révolutionnaires et, finalement, par la conscription avec la loi Jourdan du 8 septembre 1798.
Les régiments provinciaux
Ce sont des jeunes gens célibataires de 16 à 40 ans, recrutés par tirage au sort pour une durée de 6 ans, qui forment les régiments provinciaux. Le tirage au sort se fait au chef-lieu de la circonscription, en présence de l’intendant ou de son subdélégué. Chaque communauté doit fournir un effectif proportionnel à sa population.
Les motifs d’exemption sont nombreux : l’état d’ecclésiastique, l’état de noblesse, l’état de chef de famille, subvenir aux besoins de la famille à la place d’un père malade, l’âge, les infirmités physiques, le fait d’être domestique d’un noble, etc. En général, les exemptions représentent 28 % des hommes en état d’être appelés.
Le tirage au sort

On dispose des billets blancs et noirs dans une urne. Un billet blanc signifie l’exemption jusqu’au prochain tirage. Un billet noir, c’est 6 ans de service. On se livre alors à un trafic (quand il n’a pas lieu avant le tirage au sort). Des corporations d’artisans paient des gens pour remplacer leurs ressortissants. Des communautés ou des particuliers en font autant pour conserver leurs enfants chez eux. Après tout, ce n’est pas si difficile, il y a toujours des volontaires pour toucher de l’argent, fuir la pauvreté, effacer des dettes ou quitter un foyer oppressant.
Un soldat touche 5 sous par jour, revient dans sa famille pour les gros travaux agricoles, effectue des périodes de service comme les réservistes d’aujourd’hui. En dehors des périodes d’entrainement des compagnies, les miliciens sont libres, à la condition de prévenir les autorités. À la fin de leur service de 6 ans, ils sont exonérés d’impôts royaux pendant 2 ans.
En raison de leur position frontalière et de la surveillance des frontières, les Quatre-Vallées ne sont pas soumises à la milice.
Il n’en reste pas moins que les milices sont impopulaires car on ne comprend pas pourquoi le roi a besoin de soldats en temps de paix. Beaucoup de jeunes gens tentent de se soustraire au tirage au sort par la fuite dans les bois. D’autres désertent. Les communautés étant responsables de leurs miliciens, elles doivent les remplacer en cas de désertion ou de mort en service.
Levée des milices en Gascogne
Chaque intendance fournit des bataillons organisés géographiquement. Le régiment de Bordeaux comprend les bataillons de Nérac et de Villeneuve d’Agen. Le régiment de Marmande les bataillons de Marmande et de Libourne.
La généralité d’Auch, qui doit fournir 1 420 soldats, organise le régiment d’Auch qui se compose des bataillons d’Auch, de Saint-Gaudens et de Saint-Sever. On voit bien qu’elles prennent soin de lever des milices au plus près de chez elles.

Cependant, la levée reste très inégale selon les généralités. Si celle d’Auch fournit 1 420 miliciens sur une population estimée à 887 000 habitants, celle de Montauban fournit 2 840 miliciens pour une population estimée à 543 000 habitants.
Tous les moyens sont bons pour le recrutement. À Condom, un huissier assigne le seigneur et les consuls de La Capèle. En représailles, on l’arrête et le conduit à Lectoure pour remplacer un milicien que doit fournir la communauté. Il ne doit son salut qu’au fait que les huissiers sont exemptés de milice !
À partir de 1778, on rattache les bataillons des régiments provinciaux à un régiment professionnel sous le nom de « bataillon de garnison ». Les bataillons du régiment de Bordeaux sont ainsi rattachés au régiment de Guyenne, au régiment d’Aquitaine et au régiment du Médoc. Ceux du régiment de Marmande sont rattachés au régiment d’Armagnac et au régiment d’Agénois.
Les bataillons du régiment d’Auch sont rattachés au régiment de Navarre et au régiment de Béarn. Un bataillon supplémentaire est levé dans la Généralité d’Auch et dans celle de Bayonne.
Les « Bandes béarnaises »
En Béarn, le recrutement des milices se fait différemment : selon des règlements fixés au For du Béarn.
Il n’y a pas de tirage au sort comme dans le reste du pays. Les consuls sont les seuls interlocuteurs du roi en matière de défense. Chaque communauté doit fournir un nombre précis de miliciens et c’est la communauté qui les choisit. L’engagement se fait devant trois témoins.

Les bandes béarnaises, fortes de 6 000 hommes, servent à Navarrenx ou à Bayonne. Quelques fois, elles servent hors du Béarn comme au siège de Fontarabie ou lors de leurs excursions jusqu’à Jaca pendant la Guerre de Succession d’Espagne.
Il y a une revue annuelle des troupes. Les communautés ont en charge leur entretien et leurs équipements. Le roi ne les solde qu’en cas d’utilisation pour une guerre. Les états de Béarn veillent au bon déroulement des opérations.
Il existe aussi les « bandes gramontaises » levées dans la souveraineté de Bidache jusqu’en 1789 par le duc de Gramont qui en nomme les officiers. Fortes de 100 hommes, elles servent à la défense héroïque de Bidache pendant l’invasion espagnole de 1523 et, depuis, à la garde de Bayonne.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Milice provinciale.
Jacques GEBELIN, Histoire des Milices provinciales : 1688-1791, 1882.


























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