Le maïs ou lo milhòc, céréale de Gascogne ?

Qu’on l’appelle milh, milh gròs, milhòc, blat mòro, turquet, blat d’Espanha…, le maïs est indissociable de la Gascogne et de sa culture. Connu depuis les voyages de Christophe Colomb en Amérique, le maïs prend son essor en Gascogne au cours du XVIIIe siècle.

Le maïs, une graine venue du Mexique

Ensilage du maïs par les aztèques, Codex de Florence, fin XVIe siècle Wikipédia
Ensilage du maïs par les Aztèques, Codex de Florence, fin XVIe siècle (Wikipédia)

Le maïs est originaire du Mexique où il constitue l’aliment de base des populations. Cultivé dans la Sierra Madre del Sur, au sud de Mexico, il gagne progressivement le pays des Incas et l’Amérique du Nord. On le retrouve de l’actuel Canada à l’Argentine.

Il fait l’objet d’une sélection rigoureuse pour l’adapter aux conditions de culture et au climat de chaque territoire. Il est si important pour les populations qu’un dieu Aztèque lui est dédié : Centeolt.

Dans la milpa améCulture associée des trois sœurs : courge-haricot-maïs
Culture des trois sœurs : courge-haricot-maïs

Le maïs est cultivé avec le haricot et la courge. Ce sont les « trois sœurs ».

Christophe Colomb découvre le maïs lors de ses voyages en Amérique et le rapporte en Espagne.

Le maïs conquiert lentement l’Europe

Du sud de l’Espagne, le maïs gagne le Portugal, le pays basque, la Galice et la Gascogne où il est signalé en 1612. On le trouve également en Franche-Comté qui est alors une province espagnole. Le reste de la France est réticent à sa culture.

Milhas du Comminges
Milhàs du Comminges

Il entre rapidement dans l’alimentation des populations sous forme de bouillies (bròja, pastèth, mica…), de soupes (bròja, burguet…), de pain (mestura, mesturet, milhàs, armòtas...) ou de gâteaux (milhasson, mica, trusa...). Il épargnera bien des disettes.

Tout comme en Amérique, le maïs fait l’objet d’une sélection pour l’adapter au mieux aux conditions climatiques et de culture. Rien que dans les Pyrénées, on en recense 74 avec des grains jaunes, blancs, rouges ou noirs. Chaque vallée ou village a sa variété : Aleu, Couserans, Massat, Moustajon, Seix, val d’Aran, Saint-Laurent de Neste, Etsaut, Sainte-Engrâce, Saint-Jean Pied de Port, etc. On peut s’en procurer auprès de l’association Kokopelli située au Mas d’Azil en Ariège.

Le maïs devient un marqueur culturel de la Gascogne

Soirée de "despeloquèra" au Cuing (31) - La Dépêche
Soirée de despeloquèra au Cuing (31) – photo La Dépêche

Le maïs devient une des principales cultures en Gascogne, à la fois pour les hommes et pour les animaux. Les travaux mobilisent la famille et le voisinage.

Le semis se fait en ligne ou au carré, le trou est creusé à la bêche ou avec un bâton et le grain, semé un à un ou en poquets, est recouvert avec le pied. En cas de mauvaise levée, il faut repasser pour semer les grains manquants : arrehar lo milhòc.

Il faut ensuite éclaircir le maïs pour ne garder que les pieds les plus vigoureux. On sarcle la terre pour désherber et chausser les pieds de maïs (cauçar, passar lo milhòc). On passe l’arrasclet qui est une herse pour le maïs.

On écime le maïs (esbelar, descabelhar) pour faciliter la maturité des épis et nourrir les animaux. On ramasse les épis secs (milhocar, gabolhar) pour les effeuiller (despelocar) lors des soirées d’hiver (despoloquèra). Les plus beaux épis sont mis à sécher en cordes dans les granges, sous les toits ou sous les balcons pour la prochaine semence.

Atlas Linguistique et ethnographique de la Gascogne (Séguy) - le maïs et ses mutilples noms en gascon
Atlas Linguistique et ethnographique de la Gascogne (Séguy) – le maïs et ses multiples noms en gascon

L’arrivée des variétés hybrides modifie le paysage agricole

Coopérative Maïs-Adour
La coopérative MaïsAdour

On sélectionne les premiers hybrides en France dans les années 1930. Ils connaissent un véritable essor dans les années 1950.

Le premier congrès international consacré au maïs se tient à Pau en octobre 1930. L’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs) se crée la même année à Orthez. La première station de génétique s’installe à Saint-Martin de Hinx en 1931. L’installation de séchage de Billère est créée en 1954. Elle reçoit la visite de Charles de Gaulle en 1959 et de Nikita Kroutchev en 1960. Les silos de Bayonne sont installés en 1963 pour l’exportation du maïs.

La résistance au maïs hybride est forte : il épuise les sols, les poules cessent de pondre, les foies des canards sont blancs… Sa culture est freinée par la petite taille des exploitations.

Séchoir à maïs
Un crib

Dès lors, on arase les fossés, enlève les haies, remembre les parcelles, et on met en culture les landes de tojas qui servaient de litière pour le bétail. Le crib (séchoir à maïs) fait son apparition en 1954 dans toutes les fermes.

Le développement du maïs hybride a entrainé la forte mécanisation de l’agriculture, la disparition des petites surfaces de cultures diversifiées pour arriver à une quasi monoculture du maïs dans d’immenses champs de maïs (milhocars). En même temps, les agriculteurs sont devenus dépendants des fournisseurs de semences.

Champs de maïs dans le Gers
Champs de maïs dans le Gers

De multiples usages

Le maïs entre en grains ou en farines dans la nourriture des animaux. Il a permis la création de filières d’excellence : foie gras, jambon de Bayonne, volailles label rouge, etc.

Nataïs Premier producteur européen de popcorn
Nataïs, 1er producteur européen de popcorn à Bézeril (32)

Il sert à la fabrication de semoules ou de maïs soufflé. La plus grande usine européenne de fabrication de pop-corn se situe à Bézeril dans le Gers.

Le maïs blanc sert pour le gavage des oies et des canards pour le foie gras, pour l’alimentation des volailles à peau blanche (volailles de Bresse) ou pour la fabrication d’amidons pour la pharmacie.

Certaines variétés servent à fabriquer de l’huile pour l’alimentation humaine, d’autres servent à la fabrication de films plastiques, de papiers ou de colles, d’autres encore permettent de fabriquer l’éthanol. On consomme le maïs doux en grains secs. Les grains servent à fabriquer des alcools (Gin, Bourbon, etc.). Il sert même pour le tourisme par la création de labyrinthes dans les milhocars...

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

« Le maïs et le Béarn de 1930 à 1960 », Revue de Pau et du Béarn, 2017
Les maïs anciens des Pyrénées, de Jean Beigbeder et Maryse Carraretto, éditions Marrimpouey, 2018




Paroles de femmes – Paraulas de hemnas

Quelle était la place de la femme dans la littérature d’oc ?  Quelle est-elle aujourd’hui ? Les Edicions Reclams vous proposent de découvrir les paroles de femmes, celles de 36 poétesses d’oc contemporaines, rassemblées et présentées par Pauline Kamakine.

Les femmes dans la littérature

Les autrices
Les autrices: 1% en 1500, 30% en 2010

Avant d’arriver aux poétesses d’aujourd’hui, rappelons-nous rapidement la place de la femme dans la littérature d’oc. Et d’ailleurs, est-elle la même que celle des femmes de langue d’oïl ? Le chercheur informaticien Frédéric Glorieux a fait une étude statistique sur les livres de la Bibliothèque Nationale de France (BNF). On voit que, sur le territoire français,  les femmes publient 1% des titres à l’époque baroque, 2% à la période classique. Il faut attendre le XXe siècle pour une vraie présence des femmes.

Trobairitz, la poétesse du Moyen-Âge

Paroles de femmes : les trobaritzEn pays de langue d’oc, la femme, souvent mécène des artistes, est aussi autrice. Au moins vingt-trois trobairitz ont passé les siècles. Elles sont surtout du Languedoc ou de la Provence. La Provençale Beatriz de Dia (1140?-1175?) ou l’Auvergnate Castelloza (1200?-?) sont probablement les plus connues. Toutefois, la première serait Azalaïs de Porcairagues, femme noble originaire de Montpellier. Selon sa vida [biographie] elle écrivit pour En Gui Guerrejat, Gui le Guerrier , frère de Guillem VII de Monpeslher. E la dòmna si sabia trobar, et fez de lui mantas bonas cansós. [Elle savait composer et écrivit pour lui de nombreuses belles chansons.]

En voici un extrait.

Ar em al freg temps vengut,
Que ‘l gèls e’l nèus e la fanha,
E l’aucelet estàn mut,
Qu’us de chantar non s’afranha ;
E son sec li ram pels plais,
Que flors ni folha no’i nais,
Ni rossinhols non i crida
Que la en mai me reissida.
Nous voici venus au temps froid,
Avec le gel, la neige, la boue.
Les oiseaux se sont tus,
Ils ne veulent plus chanter.
Les branches sont sèches,
Elles n’ont plus ni fleur ni feuille.
Le rossignol ne chante plus,
lui qui en mai me réveille.

La poétesse de l’époque baroque au XXe siècle

Suzon de Turson
Suzon de Terson (manuscrit disponible chez Occitanica)

Toujours en pays de langue d’oc, les femmes écrivaines sont rares, très rares à l’époque baroque ou classique qui, pourtant, marque un renouveau littéraire. La Gascogne joue d’ailleurs un rôle de leader dans ce renouveau, mais on est bien en peine de citer un nom féminin.

Citons quand même la Languedocienne Suzon de Terson (1657-1685) qui, malgré sa courte vie, marquera par la beauté de ses 81 poèmes.

Tu non n’aimas gaire,
Tant de mal me’n sap.
Cap que tu non me pòt plaire,
E tu m’aimas mens que cap.
Tu ne m’aimes guère,
C’est mon infortune.
Aucun plus que toi ne peut me plaire,
Et tu m’aimes moins qu’aucune.

On peut mentionner encore Perrette de Candeil, Marguerite Gasc, Melle de Guitard ou Marie de Montfort. Dramatiquement peu en vérité !

Heureusement, dès le XIXe siècle, elles vont s’exprimer dans le mouvement du félibrige. Cette arrivée des femmes – cette fois-ci trop nombreuses pour être citées – a lieu bien avant celle en France du nord. Parmi les plus proches de notre époque, on citera la Limousine Marcela Delpastre, la Languedocienne Loïsa Paulin, ou la Bigourdane Filadèlfa de Gerda. Extrait de « A ta hiéstreto »:

Si soulomens èri ra douço briso
Qui ba, souleto, en eds bos souspira,
D’aro en adès, à ta hiéstreto griso,
0h! qu’aneri ploura…
Si solament èri ‘ra doça brisa
Qui va, soleta, en eths bòsc sopirar,
D’ara en adès, a ta hièstreta grisa,
Oh ! qu’anerí plorar…

Si seulement j’étais la douce brise, / Qui va, seulette, aux bois soupirer, / D’ici à naguère, à ta fenêtre grise, / Oh ! je m’en irais pleurer…

les paroles de femmes du 20è siècle : Louise Paulin - Philadelphe de Gerde - Marcelle Delpastre
Les poétesses du XXe siècle : Loïsa Paulin – Filadèlfa de Gerda – Marcela Delpastre

La poétesse d’oc à l’époque contemporaine

Pauline Kamakine
Paulina Kamakine

Heureusement, les femmes sont vivantes et la poésie d’oc aussi ! Pauline Kamakine, une jeune poétesse d’origine bigourdane, a décidé de rassembler ses consœurs et a proposé aux Edicions Reclams de les présenter dans un florilège. Un projet qui a séduit le Conseil d’Administration. Pauline a donc épluché les publications, les concours de poésie et battu le rappel sur les réseaux sociaux. Elle a reçu immédiatement le soutien de L’Escòla Gascon Febus et de l’Espaci Occitan de Dronero (Italie).

Zine
Zine (chanteuse)

En quelques semaines, Pauline avait identifié plus de 70 poétesses, toutes plus motivées les unes que les autres. Elles sont de partout : Auvergne, Gascogne, Languedoc, Limousin, Provence, Valadas Occitanas (Italie).  Certaines sont très connues comme Zine ou Aurelià Lassaca, d’autres ont simplement publié dans des revues locales. Trop nombreuses pour les présenter en une seule fois, les Edicions Reclams ont décidé de réaliser deux tomes, dont le premier vient de paraitre. il s’intitule Paraulas de Hemnas.

Faire connaissance avec les poétesses

Cecila Chapduelh
Cecila Chapduelh

Les expressions sont très diverses, et les sujets sont aussi divers. Pauline Kamakine a essayé de caractériser chacune pour la faire découvrir au lecteur et a choisi quelques poèmes représentatifs des sentiments ou des préoccupations du moment de la poétesse.

Certaines expriment leur profond attachement au pays, sujet universel. D’autres proposent des thèmes plus spécifiques, comme une réflexion sur la femme – parfois inattendue comme « Sei vielha » de Cecila Chapduelh. Ou encore elles parlent de la relation à un membre de la famille. C’est le cas de l’émouvant « Paire, mon paire » de Silvia Berger, « Ma perla, mon solelh… » de Caterina Ramonda,  ou encore de « Metamorfòsa » de Benedicta Bonnet.

Beaucoup montrent un sens de la simplicité, de la vérité et expriment une sensibilité profonde, intime, offerte sans artifice, comme ‘L’eishardiat » de Danièla Estèbe-Hoursiangou.

L’amour de la langue et la difficulté des langues

La poésie peut êtreLes paroles de femmes du monde occitan un genre plus difficile à lire que la prose. Et tout le monde n’est pas à l’aise avec les spécificités du pays niçard ou du Val d’Aran, ou de nos voisines à l’est des Alpes. La richesse des mots peut aussi surprendre comme « La vidalha e lo lichecraba » de Nicòla Laporte. Celle-ci a voulu jouer sur l’articulation et la subtilité de prononciation des mots en -ac, -at, -ec, -et, etc.

Aussi, le livre propose face à face le texte en graphie classique et sa traduction en français, une traduction effectuée souvent par l’autrice et toujours validée par elle.  Pour les textes des Valadas Occitanas, une traduction en italien rend le livre accessible à nos voisins. Enfin les graphies originales normalisées, quand il y en a, ont été respectées.

Pour acheter le livre cliquer ici ou écrire aux Edicions Reclams, 18 chemin de Gascogne, 31800 Landorthe. reclamsedicions@gmail.com

Bonne lecture aux curieux !

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

Références

Femmes de lettres, démographie, Frédéric Glorieux, 2017
Azalaïs de Porcairagues
Ar em al freg temps vengut, Azalaïs de Porcairagues
Poésies diverses de Demoiselle Suzon de Terson [texte manuscrit]
Posos perdudos, Philadelphe de Gerde
Paraulas de Hemnas, Pauline Kamakine, 2020




Henri d’Albret et Marguerite d’Angoulême

Les vicomtes de Béarn sont rois de Navarre depuis 1479. La partie sud de ce petit royaume est annexé par la Castille en 1512 et son roi Henri d’Albret (Henri II de Navarre) ne pourra jamais le reconquérir. Il modernise le Béarn tandis que sa femme, Marguerite de Navarre, la « Marguerite des Marguerites », protège écrivains et poètes, et écrit de nombreuses pièces.

Le royaume de Navarre, fondé en 824, est constitué de la Haute Navarre au sud des Pyrénées (partie la plus importante) et de la Basse Navarre au nord des Pyrénées.

Henri d’Albret hérite du royaume de Navarre

François-Febus (1463-1483), roi de Navarre (1479-1483)
François-Febus (1463-1483), roi de Navarre (1479-1483)

François-Febus est roi de Navarre de 1479 à 1483. Sa sœur Catherine lui succède et épouse Jean d’Albret en 1484.

Le royaume de Navarre est envahi par la Castille en 1512 et ses souverains se réfugient à Pau. Le roi Louis XII de France envoie une armée conduite par Jean d’Albret et le futur François 1er. Elle assiège Pampelune mais rebrousse chemin à l’arrivée des Castillans.

Catherine de Navarre, (1468-1517) reine de Navarre de 1483 à 1517
Catherine de Navarre (1468-1517), reine de Navarre (1483-1517) sœur de François-Febus et mère d’Henri d’Albret

En 1516, Jean d’Albret obtient l’accord des États de Béarn pour lever 3 000 hommes qui attaquent Saint Jean Pied de Port sans pouvoir jamais prendre d’assaut la citadelle gardée par les Espagnols. Une troupe se dirige vers Pampelune mais est prise à revers et faite prisonnière. Jean d’Albret doit évacuer Saint Jean Pied de Port. C’est le second échec.

Jean d’Albret meurt en 1516 et Catherine en 1517. Leur fils Henri d’Albret devient roi de Navarre à 14 ans. Il reprend le dessein de son père de reconquérir son royaume.

Henri d’Albret échoue à reconquérir la Navarre

François 1er ca. 1515
François 1er (ca 1515) tente de reconquérir la Navarre

Pour se venger de son échec à l’élection au Saint Empire romain germanique, François 1er envoie 12 000 hommes reconquérir la Navarre sous les ordres du sire de Lesparre. Henri d’Albret est à Pau à la tête d’une armée béarnaise et attend le signal pour intervenir. Les Français entrent dans Pampelune le 19 mai 1521. C’est au cours de l’attaque que sera blessé Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. Lesparre renvoie 6 000 Gascons, pour faire des économies, et attaque Logroño en Castille. Il est battu à Noain le 30 juin. Henri d’Albret est toujours en Béarn et n’est pas intervenu. C’est le troisième échec.

En septembre, François 1er envoie une autre armée qui se contente de prendre Fontarabie. C’est le quatrième échec. Henri d’Albret transforme la Basse Navarre en royaume en 1522 et convoque les États généraux. En 1523, il crée une chancellerie et une cour souveraine de justice qu’il installe à Saint-Palais.

En représailles, les Espagnols dirigés par le duc d’Albe reprennent Fontarabie en septembre 1523, assiègent Bayonne sans succès, occupent la Basse Navarre, brulent le château de Bidache, ravagent la Soule et Mauléon, prennent Sauveterre et Navarrenx et repartent après avoir pillé Saint Jean de Luz et Hendaye. Charles V évacue la Basse Navarre en 1530 qui lui coute trop cher.

Henri et Marguerite

Henri II de Navarre
Henri d’Albret, roi de Navarre

La Haute Navarre est définitivement perdue. Henri d’Albret est fait prisonnier à la bataille de Pavie en 1523, s’évade en 1525 et épouse en janvier 1527 Marguerite d’Angoulême, la sœur de François 1er, celle qui deviendra Marguerite de Navarre.

Marguerite de Navarre
Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre

Les noces ont lieu à Saint Germain en Laye, le 24 janvier 1527. En octobre, les deux époux font un séjour de trois mois à Pau et à Nérac. Le 16 janvier 1528 nait Jeanne d’Albret. La mère de Henri III de Navarre (Henri IV de France).

Henri d’Albret fait transformer le château de Pau pour l’agrément de Marguerite de Navarre. L’influence de Fontainebleau n’est pas absente dans la décoration, ce qui lui valut le surnom de François 1er du Béarn.

Jeanne d'Albret
Jeanne d’Albret, fille de Marguerite d’Angoulême et mère d’Henri IV (de France)

De 1529 à 1535 il aménage la terrasse sud, ouvre de larges fenêtres et construit l’escalier monumental. Mais Marguerite préfère Nérac où elle séjourne deux ans. Elle revient à Pau en 1547, à l’aller et au retour des bains de Cauterets.

Henri de Navarre modernise le Béarn

Los fors, et costumas de Bearn. Édition de 1625
Los fors, et costumas de Bearn. Édition de 1625

Henri d’Albret remplace la Cort Major par un conseil souverain ou Conselh ordinary qui juge les affaires en dernière instance. Il sépare la justice criminelle de la justice civile et publie en 1547 le Styl de justicy. En 1551, il publie le Fors et costumes de Bearn qui est l’aboutissement de l’unification des Fors de Morlaàs et de ceux d’Aspe, d’Ossau et de Barétous.

En matière financière, il crée les chambres des comptes de Pau et de Nérac. Il améliore le titre de la monnaie béarnaise pour obtenir la parité avec la monnaie française favorisant ainsi le commerce. Il crée un atelier monétaire dans la tour de la monnaie de Pau en 1554.

En matière militaire, il fait fortifier Navarrenx par un ingénieur italien à partir de 1542 et crée six parsans militaires qui lui permettent de mobiliser 6 000 hommes en 24 heures.

 

Maison carrée de Nay
Maison carrée de Nay

L’époque d’Henri d’Albret est prospère en Béarn. La population augmente. L’agriculture et le commerce sont florissants. On construit de nombreuses églises et des bâtiments civils comme la Maison carrée de Nay. L’exploitation des mines et la création de fonderies sont encouragées. Des manufactures textiles sont installées à Nay et à Oloron.

La Marguerite des Marguerites

Jacques Lefevre d'Etaples (1450-1537)
Jacques Lefevre d’Etaples (1450-1537)

Marguerite de Navarre se passionne pour les arts et la poésie, mais aussi pour les idées nouvelles en matière de religion. Elle connait le latin, l’hébreu et l’italien. On la surnomme « la dixième muse de son pays ». À Nérac, elle donne refuge à Jacques Lefevre d’Etaples, évêque de Meaux, et à d’autres personnages qui feront de la ville un important foyer d’humanisme.

Manuscript des comptes de la royne de Navarre soeur du roy Francois premier que lon appeloit en ce temps la a la cour La Marguerite des marguerites (p. de gauche)
« Manuscript des comptes de la royne de Navarre soeur du roy Francois premier que lon appeloit en ce temps la a la cour La Marguerite des marguerites » (note de la p. de gauche du manuscrit – Gallica)

Elle rédige son oeuvre la plus connue l’Heptaméron en 1559, recueil inachevé de 72 contes galants, la plupart écrits à Cauterets. Ils mettent en scène dix personnages qui, tour à tour, racontent une histoire. On y trouve, Hircan (son mari), Parlamente (Marguerite), Dagoucin (l’évêque de Sées), etc. Après chaque histoire, une discussion s’engage entre les dix personnages.

Le Château d'Odos (65)
Le Château d’Odos (65)

En 1547, elle écrit un recueil de poèmes sous le nom de Marguerites de la Marguerite des princesses publié à Lyon en 1547. Albert le Franc, historien de la littérature, publiera d’autres poèmes sous le titre Les dernières poésies de Marguerite de Navarre. Elle s’intéresse aussi au théâtre et écrit des pastorales.

Après la mort de François 1er, elle se retire au château d’Odos en Bigorre et y meurt le 21 décembre 1549. Henri d’Albret meurt à Hagetmau le 25 mai 1555.

Serge Clos-Versailles

écrit en nouvelle orthographe

Références

Lorsque les seigneurs de Béarn régnaient sur la Navarre, Denis LABAU, éditions COVEDI, Pau, 1994
Histoire des d’Albret et des rois de Navarre, Michel Levasseur, éditions Atlantica, 2006
Poésies de Marguerite de Navarre




Français, d’où viennent tes mots ?

Quels sont les mots propres à une langue ? Quand peut-on parler de langue pure ? Au-delà de son opinion sur le sujet, examinons pour l’instant le cas du français.

Ces mots sont-ils français ?

La charrue, le chêne, la sonate, le téléphone, allô, la boutade, loyal sont-ils des mots français ?

La charrue, le chêne feraient partie des quelques mots du fonds gaulois qui nous sont restés.

Quelques mots français empruntés au gaulois
Quelques mots français empruntés au gaulois

sonate : 1695, emprunt à l’italien sonata dit le CNRTL.  De fait, la musique italienne déferle en France au XVIIe nous apportant ses mots que nous garderons : cantate, sonate, adagio…

téléphone : en 1860, l’Allemand Johann Philipp Reis met au point un appareil électrique capable de transmettre le son à distance qu’il baptise telefon. Un terme repris par tous.

allô : ce mot est-il né avec le téléphone ? Que nenni. Le mot est employé, entre autres par Shakespeare. Il viendrait de hallóo (expression pour lancer les chiens à la chasse ou attirer l’attention), qui vient lui-même de hallow, et avant de halloer et, en remontant encore, des bergers normands du XIe siècle qui s’étaient installés en Angleterre, ils criaient halloo (en normand) pour réunir leurs troupeaux.

boutade : mot venant du gascon botada.

loyal  :  dans le sens « qui a de l’honneur et de la probité », est l’évolution du mot français leial ; dans le sens « qui est fidèle au roi, à l’autorité légitime », vient de l’anglais loyal (fidèle à un engagement) nous dit le CNRTL. Une subtilité qui montre que le sens même des mots peut être influencé par une langue étrangère.

L’origine latine

Au-delà de ces quelques exemples, remontons l’histoire pour tracer l’évolution du français. Succinctement, l’empire romain a apporté sa langue, et le latin vulgaire va laisser place aux premières langues romanes.  Un latin qui, déjà, a emprunté de nombreux mots au grec, tellement Rome fut influencée par ce peuple. Ainsi ce qui se rapporte à l’art de l’écriture, les objets d’art, la science, les poids et mesures, le droit, le rituel, l’art militaire, la construction, et même les vêtements…

Français et autres Idiomes et dialectes romans (Wikipedia)
Idiomes et dialectes romans (source Wikipedia)

Si nous pouvions remonter plus haut, nous verrions sans doute que beaucoup de termes techniques que nous croyons grecs sont nés loin du sol de l’Hellade. Ils nous conduiraient vers l’Égypte et la Chaldée, ajoute le linguiste  Michel Bréal.

Nos langues romanes vont donc s’appuyer sur ce latin enrichi de grec et autres. Elles vont continuer avec d’autres langues. Par exemple, au IIIe siècle, les Francs, venus s’installer dans certaines contrées de France, vont apporter de nombreux mots comme guerre ou riche.

L’influence des relations commerciales sur les mots du français

Quelques mots français empruntés à l’allemand

Au XIIe siècle, les relations commerciales vont fortement développer le lexique français. Comme le mot courtisan emprunté à l’italien ou amiral emprunté aux Sarrasins. On ne reviendra pas sur l’apport du gascon.

Au XVIIe siècle, avec l’expansion sur l’Amérique ou l’Afrique, de nouveaux mots apparaissent.

 

Quelques emprunts du français à l'espagnol
Quelques mots français empruntés à l’espagnol

Les Espagnols nous transmettent par exemple la vanille ou le chocolat.  Les Hollandais étoffent notre vocabulaire maritime avec des mots comme bâbord ou matelot,  mais aussi dans d’autres domaines, par exemple, bastringue ou gredin. Les Allemands fournissent notre vocabulaire militaire avec képi ou bivouac, mais aussi des mots comme accordéon. Cet instrument de musique souvent considéré comme typiquement français est, en fait, assez partagé. Et c’est Cyrill Demian (1772-1849), facteur de piano et d’orgue à Vienne (Autriche), qui crée le premier akkordion en 1829.

Plus récemment, les Russes nous transmettent le cosaque ou le chaman (ou chamane).

L’apport extraordinaire des mots arabes

Quelques français mots empruntés à l'arabe
Quelques mots français empruntés à l’arabe

Dans tous ces apports, on peut s’attarder sur l’influence arabe. Plusieurs périodes vont fortement marquer la langue française, et surtout le moyen-âge (VIIe-XVe siècles). L’arabe est une grande source de culture et pénètre, directement ou à travers d’autres langues romanes, à peu près tous les thèmes : l’administratif, le commercial, la médecine, les domaines scientifiques, etc.

Parmi les domaines bien connus, on rappellera les mathématiques avec des mots comme algèbre, algorithme, zéro, chiffre, ou la chimie avec alambic, alcool, goudron…, ou encore des mots comme bled, ou reg, ce trois-lettres bien connu des cruciverbistes.

Pourtant cet apport est bien plus large. En biologie, les langues arabes nous apporteront de nombreux mots comme ambre, talc… en commerce, des mots comme douane, magasin, coton, gilet, mousseline, nacre, sorbet, etc. D’autres mots arabes viennent avec des espèces végétales ou animales comme l’abricot, l’estragon ou le bardot. Ou encore, le français intègrera les mots assassin (au départ dans le sens de tueur à gages), cador, cafard (au départ dans le sens d’incroyant), fanfaron ou toubib. Et ne parlons pas de l’almanach, l’avanie, la gabelle, la jarre et autres matelas et divan.

Après une pause, le Magreb influencera la langue française des XIXe et XXe siècles. Et les curieux pourront regarder les emprunts aux cités grâce au livre du professeur de linguistique de la Sorbonne, Jean-Pierre Goudailler, Comment tu tchatches !

Bref, tout confondu, nous parlons de plusieurs milliers de mots ainsi empruntés à diverses langues. Pourtant, certains vont chercher à repousser ces mots étrangers.

Les bons esprits

Au XVIe et XVIIe siècles, des bons esprits, comme les appelle Michel Bréal, vont s’intéresser aux questions et difficultés de la langue française. Ils cherchaient la « pureté » de la langue. Il s’agissait d’en favoriser la clarté et la décence. Élaguer les expressions impropres ou mal venues, faire la guerre aux doubles emplois, écarter tout ce qui est obscur, inutile, bas, trivial, telle est l’entreprise à laquelle ils se vouèrent avec beaucoup d’abnégation et de persévérance. (Michel Bréal)

Claude Favre de Vaugelas (1585-1650)
Claude Favre de Vaugelas (1585-1650)

Ces Du Perron, Coeffeteau, Malherbe, La Mothe Le Vayer, Vaugelas, Chapelain, Bouhours n’étaient pas des linguistes ni des spécialistes. Ils cherchaient des règles et s’inspiraient les uns des autres. Michel Bréal rapporte encore :
Vaugelas déclare qu’il a trouvé « mille belles règles » dans les écrits de La Mothe Le Vayer. « Je tiens cette règle, dit-il ailleurs, d’un de mes amis qui l’a apprise de M. de Malherbe, à qui il faut en donner l’honneur. » Et plus loin encore : « Cette règle est fort belle et très conforme à la pureté et à la netteté du langage… Certes, en parlant, on ne l’observe point, mais le style doit être plus exact… Les Grecs ni les Latins ne faisaient point ce scrupule. Mais nous sommes plus exacts, en notre langue et en notre style, que les Latins ou que toutes les nations dont nous lisons les écrits. »

Ces choix, pertinents ou non, vont orienter la langue française et la rigidifier, comme dit encore Michel Bréal. Même si les influences continuent.

Existe-t-il des mots français ?

Henriette Walter

Oui, bien sûr.  On estime que, sur les 60 à 100 000 mots français, 10% seulement seraient d’origine étrangère. Pourtant, parmi les 1000 mots les plus utilisés en français 50% sont d’origine française, c’est-à-dire issus du latin parlé dans les régions gauloises, et 50% sont d’origine étrangère.

Le phénomène n’est pas unique. Toutes les langues ont emprunté à leurs voisins et relations. La linguiste réputée Henriette Walter (1929-) précise même que deux tiers environ du vocabulaire anglais est d’origine française alors que les emprunts de notre langue à l’anglais ne sont que de l’ordre de 4%.

Finalement, la langue reflète à la fois le regard d’un peuple sur le monde et ses contacts avec les autres. Et tous ces mots, une fois intégrés et acceptés, deviennent son patrimoine…

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

Références

Qu’appelle-t-on pureté de la langue ? essai de sémantique, Michel Bréal,
1-mots en français d’origine gauloise
2-mots en français d’origine allemande
3-mots en français d’origine hollandaise
4-mots en français d’origine russe
5-mots en français d’origine espagnole
Les emprunts et la langue française, Lionel Jean, linguiste grammairien, 25 juin 2020
Emprunts arabes en français, Jana Řehořová, 2007




Les Gascons insoumis se battent pour leurs libertés

Dans son ouvrage Les français peints par eux-mêmes, publié en 1841, Edouard Ourliac disait du Gascon : Il a le sang chaud, l’imagination prompte, les passions fortes, les organes souples. Et c’est vrai qu’il est réputé pour ses qualités guerrières et sa passion pour la liberté. Ainsi, les Gascons insoumis sont réfractaires aux impôts, à la conscription et à tout ce qui menace leurs privilèges.

Le 19e siècle, le temps des Gascons insoumis

Dans l’histoire, les révoltes des Gascons Insoumis sont nombreuses. Le 19e siècle est à cet égard une période importante en raison des difficultés économiques entrainées par les guerres, les mauvaises récoltes et la cherté des prix.

Les guerres de l’Empire, les réquisitions supérieures aux disponibilités et les intempéries provoquent des disettes et la hausse des prix. Des émeutes éclatent à Toulouse en 1816. De 1817 à 1839, une série de mauvaises récoltes entraine la rareté des grains et des pommes de terre. Des révoltes contre la cherté des prix éclatent sur les marchés. Des maisons sont pillées. La baisse consécutive des revenus entraine la chute de la production artisanale et industrielle locale qui profite aux ateliers du nord de la France.

Travaux ferroviaires
Travaux ferroviaires

De 1845 à 1847, les trois quarts de la récolte de pommes de terre sont perdus. La famine et la maladie font de nombreuses victimes dans les campagnes et sont à l’origine d’une importante vague d’émigration. Les années qui suivent voient une grande dépression économique due au manque de numéraire. De 1856 à 1857, les mauvaises récoltes entrainent une intensification des travaux ferroviaires pour procurer des ressources aux familles indigentes. Dans le seul département des Hautes-Pyrénées, ces travaux emploient plus de 2 000 personnes.

Cette période difficile est propice aux révoltes des Gascons insoumis.

Les Gascons refusent la tutelle de l’État

Les gascon insoumis n'acceptent pas les décisions des préfets nommés par les gouvernements
Préfet vers 1850

La tutelle des préfets est étroite sur les communes qui perdent leur ancienne autonomie de gestion. La résistance des Gascons Insoumis s’organise.

Les maires ne répondent pas aux lettres et aux enquêtes des préfets ou fournissent de faux éléments. Ils gardent une gestion parallèle de leur commune en faisant payer les actes d’état-civil, en vendant du bois sans autorisation, en levant des péages clandestins, en organisant de fausses consultations et des adjudications à faible prix pour les travaux. Lors de la revente, la différence de prix est versée dans la caisse du maire qui répartit les gains entre tous les habitants ou organise des banquets dans le village.

Les Gascons Insoumis s’opposent aux fusions forcées des communes. Celles qui réussissent sont une minorité et concernent de très petites communes comme Agos-Vidalos en 1845.

Les curés nommés par l’évêque, sans l’accord de la population, ne sont pas acceptés. En 1864, le maire d’Oursbelille refuse d’installer le nouveau curé. Les instituteurs nommés sans le consentement des Gascons Insoumis ne sont pas mieux accueillis. En 1844, le nouvel instituteur de Vier a eu sa maison forcée, le mobilier de l’école a disparu, etc.

Les Gascons refusent la conscription

En fait, les Gascons Insoumis le sont à la milice, déjà au XVIIIe siècle. Par exemple, trois mois avant les tirages au sort, les jeunes partent en masse vers l’Espagne pour ne rentrer que quelques mois plus tard.

Comme le montre la carte ci-dessous, le recrutement des volontaires n’est pas en 1791 et 1792 ni des plus rapides ni des plus efficaces dans les provinces du Sud et en Gascogne en particulier. Mais de plus les bataillons de « volontaires » fondent à vue d’œil au fur et à mesure de leur engagement.

En 1791 et 1792, le Gascon insoumis refusent la conscription
Les volontaires de 1791 et 1792

La loi Jourdan du 5 septembre 1798 crée le service militaire obligatoire. Pour les levées de l’époque napoléonienne, l’insoumission est de 98 % en Ariège, de 42 % dans les Hautes-Pyrénées, de 48 % en Haute-Garonne, de 86 % dans Pyrénées-Atlantiques. La moyenne en France est de 28 %.

De 1842 à 1868, plus du tiers des insoumis sont gascons. En 1870, le quart des insoumis sont originaires des Pyrénées-Atlantiques.

Les Gascons refusent de perdre leurs libertés

gardes forestiers
Gardes forestiers (1831)

Si on remonte le temps, les Gascons sont déjà insoumis. La réforme forestière de 1699 qui prive les Gascons de leur liberté d’exploiter leurs forêts est un échec. Les réformes de l’Empire et de la Restauration ne réussissent pas mieux.

La répression des délits forestiers provoque des rebellions collectives. En 1814, deux bœufs sont saisis dans la forêt de Castillon en Couserans. Une troupe armée de 400 personnes se rend à Castillon pour réclamer les bœufs et tente d’enfoncer la porte de la maison du garde forestier. La gendarmerie intervient et arrête un homme muni d’un couteau. Le lendemain, 150 personnes se rendent à Castillon pour le délivrer et le ramener en triomphe chez lui.

Les habitants des 14 villages de la vallée du Castelloubon ont depuis longtemps accès aux estives et aux forêts appartenant à la famille de Rohan. En 1802, le nouveau propriétaire en interdit l’accès aux habitants qui intentent un procès qui dure 15 ans. De 1818 à 1824, les Gascons Insoumis livrent une véritable guérilla contre le propriétaire : refus de lui payer les fermages, fermeture d’une route d’accès à une source qu’il veut exploiter, incendie de sa scierie, attaque des ouvriers qui travaillent pour lui et incendie de leur maison.

Comme pour le Castelloubon, une révolte éclate dans les vallées du sud de Saint-Girons, s’étend à la vallée de Massat avant de gagner toute l’Ariège en 1830. C’est la révolte des « Demoiselles ».

En cliquant sur l’image, accédez au film que Jean Mailhes et Nadau ont consacré à la Guerre des Demoiselles de l’Ariège.

 

 

 

Les Gascons sont aussi insoumis à l’impôt

La résistance à l'impôt de 45 centimes
La résistance à l’impôt de 45 centimes dans le Sud

Les Gascons Insoumis n’aiment pas l’impôt, surtout les nouveaux impôts. La création de l’impôt du « vingtième » en 1749 crée des troubles en Nebouzan, Navarre et Béarn. Les États du Labourd mènent une véritable guerre contre l’impôt. La fin des privilèges sur le sel conduit à la révolte d’Audijos.

En 1848, le gouvernement républicain crée un nouvel impôt de 45 centimes (soit une augmentation de 45% de l’impôt de 1847 !). Les Gascons insoumis se révoltent dans les pays situés entre Oloron et Saint-Gaudens. Lorsque les percepteurs et les porteurs de contraintes arrivent dans un village, le tocsin sonne et ameute toute la population.

À Arros de Nay dans les Pyrénées-Atlantiques, une foule énorme accueille le porteur de contraintes. Le préfet, le Procureur et une troupe armée de 350 hommes se trouvent face à une foule armée. Pour éviter des incidents, le préfet rebrousse chemin avec sa troupe. Quelques jours plus tard, la colère est retombée.

À Saint-Médard en Haute-Garonne, les Gascons Insoumis de Castillon, Landorthe, Savarthès, Labarthe-Inard et d’autres villages se révoltent. L’affaire dure tout l’été. On arrête et on condamne les meneurs à de fortes peines de prison.

Dans le Gers

Gendarmes (vers 1850)
Gendarmes (vers 1850)

À Malabat dans le Gers, un porteur de contraintes doit rebrousser chemin devant une foule réunissant les habitants de 14 communes voisines. Le 4 juin, les habitants de Malabat et de Betplan se rendent au marché de Miélan, drapeau en tête et chantant une chanson contre l’impôt des 45 centimes. Le préfet et 3 compagnies de gendarmes vont à Malabat. Au son du tocsin, une foule de 3 000 personnes se rassemble et les reconduit jusqu’à Miélan. Le refus de payer l’impôt touche rapidement une centaine de communes dont les maires démissionnent. Des négociations sont menées. Le 7 septembre, le préfet envoie 8 brigades de gendarmerie, 2 escadrons de chasseurs et 450 hommes du train des équipages mais le calme est revenu.

Les Gascons sont-ils toujours insoumis ?

Gascon et gasconne vus par les "Les Français peints par eux-mêmes - Encyclopédie morale du 19è s.)(1841)
Gascon et gasconne vus par « Les Français peints par eux-mêmes – Encyclopédie morale du 19è s. » (1841)

Le 19e siècle a connu beaucoup d’autres révoltes de Gascons insoumis : troubles du sel à Salies de Béarn en 1830, révolte forestière de 1848 en Barousse, « Guerre des limites » de 1827 à 1856 en pays Quint, émeutes contre les droits de place sur les marchés haut-pyrénéens, …

Depuis, les Gascons insoumis se sont-ils rangés ou n’ont-ils plus de libertés à défendre ?

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les français peints par eux-mêmes, Edouard Ourliac, 1841
Les Pyrénées au XIXème siècle – L’éveil d’une société civile, Jean-François Soulet, éditions Sud-Ouest, 2004




Traverser les Pyrénées en train

Les Pyrénées n’ont jamais été une frontière tant le commerce entre Gascons et Espagnols était vital pour les communautés des deux pays et les itinéraires nombreux et fréquentés. Aujourd’hui, on ne parle plus de franchir les ports mais de creuser des tunnels pour traverser les Pyrénées.

Traverser les Pyrénées pour relier Paris à Madrid

L'Intendant Mégret d'Étigny imagine le pemier projet pour traverser les Pyrénées
L’Intendant Mégret d’Étigny

Pour traverser les Pyrénées, l’intendant d’Auch Mégret d’Etigny conçoit le projet d’une route transpyrénéenne pour relier directement Paris à Madrid. MM Picot et Germinaud ingénieurs à Auch élaborent un projet en 1766. Il prévoit un tunnel dont le départ se situe à Génos dans le Louron.

Le marquis d’Ossun, baron de Hèches, alors ministre plénipotentiaire de France à Madrid obtient la coopération des Espagnols.

Les travaux débutent en plusieurs endroits entre Génos et Gistaín dans le Sobrarbe.  mais Charles III d’Espagne les stoppe en 1772. Il cède ainsi aux sollicitations des Biscayens et des Navarrais qui n’approuvent pas ce projet.

Ramond de Carbonnières
Ramond de Carbonnières

Ramond de Carbonnières relate en 1790 : On a fait dans le port de Lopez une étrange tentative. Des entrepreneurs avaient conçu l’idée de percer la montagne dans sa hauteur moyenne, d’un long couloir qui déboucherait au milieu des forêts de la vallée espagnole de Gistain. [ ….. ]. J’ai vu ce qu’il y a de fait, cela se borne à une galerie horizontale de deux cents pieds de longueur sur une trentaine de largeur et un peu moins de hauteur.

Traverser les Pyrénées, une nécessité qui ne réjouit pas les Espagnols

Si traverser les Pyrénées est une nécessité, les Espagnols s’y opposent longtemps et retardent tous les projets.

Par un décret du 21 décembre 1811, Napoléon 1er prévoit la création de routes impériales par Argelès et Gavarnie, par Auch et la vallée d’Aure, par Oloron et le Somport. Il veut favoriser les échanges commerciaux et la circulation des troupes avec l’Espagne, alors partie intégrante de l’Empire.

Mais les Espagnols alliés aux Anglais en décideront autrement. Après 1815, les Espagnols ne veulent plus voir de troupes françaises sur leur sol. Ils s’opposent à tous les projets de création de nouvelles liaisons.

La bataille d’Orthez le 27 février 1814, une des dernières batailles de la guerre d’indépendance espagnole

En 1842, on commence à parler de liaison par chemin de fer. Aucune des routes n’est encore construite. Celle du Somport n’ouvre qu’en 1863. Il faut attendre 1884-1885, les aménagements côté espagnol .

Traverser les Pyrénées en train

Le projet de traverser les Pyrénées en train est déjà ancien. En 1865, une commission mixte franco-espagnole est créée pour étudier 12 projets pour traverser les Pyrénées en train. Une convention est signée en 1904 et n’en retient que trois, dont un par le Somport.

La ligne de chemin de fer de Lannemezan à Arreau dans la vallée d’Aure est mise en service en 1897. Un prolongement d’Arreau à Saint-Lary est concédé à la Compagnie des chemins de fer du Midi en 1908. Bien que déclaré d’utilité publique l’année suivante, le prolongement est abandonné et le projet est déclassé le 30 novembre 1941.

Traverser les Pyrénées par la voie Auch - Lannemezan n'aboutira pas
Prisonniers allemands sur la ligne Auch – Lannemezan

Le gouvernement déclare d’utilité publique la ligne d’Auch à Lannemezan en 1908. Les travaux commencent en 1920. On réalise l’infrastructure (3 tunnels, 1 viaduc et 8 gares), mais on ne posera jamais les rails. On abandonne le projet en 1941.

  

Traverser les Pyrénées entre Oloron et Canfranc

Louis Barthou porte le projet de traverser les Pyrénées par le train
Louis Barthou

Envisagé dès 1853 par l’ingénieur Bourra, le projet de traverser les Pyrénées nécessite une intense activité diplomatique et de nombreuses études pour en arriver à la conclusion qu’il n’est pas rentable pour le trafic à grande distance. Il a un intérêt strictement local et les collectivités locales trop engagées financièrement s’engagent pour limiter l’exode rural.

En 1889, lors de sa première campagne électorale, Louis Barthou prend l’engagement de faire aboutir le projet. En 1897, celui-ci est déclaré d’utilité publique mais les fonds ne sont pas débloqués.

Tunnel ferroviaire du Somport
Tunnel ferroviaire du Somport

Louis Barthou est ministre des travaux publics de 1906 à 1909 et fait aboutir le projet pour traverser les Pyrénées. Les travaux commencent en 1908 et on inaugure le tronçon Oloron-Bedous en 1914. Les travaux se poursuivent après la guerre et l’inauguration de la ligne a lieu à Canfranc le 18 juillet 1928.

La ligne s’arrête en 1970 mais le gouvernement d’Aragon et la région Aquitaine relancent le projet de réouverture. Désormais, on va en train jusqu’à Bedous.

Traverser les Pyrénées par une voie centrale

Autoroutes ferroviaires existantes ou projetées
Autoroutes ferroviaires existantes ou projetées

La ligne de Narbonne à Port Bou s’ouvre en 1878 et celle de Hendaye à Irun en 1864. Elles absorbent la majorité du trafic transpyrénéen mais ne représentent que 5 % du volume des marchandises. La route en absorbe plus de 70 %.

La Commission européenne a pour objectif de détourner 35 % du trafic des marchandises vers un nouvel itinéraire central qui enlèverait beaucoup de camions sur les routes.

Quatre variantes sont à l’étude pour traverser les Pyrénées par Arudy et la vallée d’Ossau, par Pierrefitte et la vallée des Gaves, par Lannemezan et la vallée d’Aure et par Luchon et la vallée de la Garonne.

Le projet suscite la crainte et l’opposition d’associations locales et environnementales. Les autorités administratives françaises et espagnoles semblent moins enthousiastes qu’au début, préférant peut-être une combinaison de moyens de transport, ferroviaire, routier et maritime. Les tunnels routiers de Saint-Béat, d’Aragnouet-Bielsa et du Somport permettent de traverser les Pyrénées plus facilement.

Ferroroutage
Ferroroutage

Conclusion

Dans les Alpes, on a imaginé le projet de liaison par rail Lyon Turin dans les années 1970 et il se concrétisera en 2030. L’idée de traverser les Pyrénées par une voie centrale débute dans les années 1990, alors…

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle 

Références

Revue du Comminges, 1901, page 45
Site du projet Pau-Canfranc-Saragosse
Le passage international du Somport : le grand rêve des transpyrénéens, Philippe Delas, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, Tome 45, fasc 3, p 243-270, Toulouse, 1974
Projet de nouvelle traversée centrale des Pyrénées




Henri III d’Albret ou Henri IV de France

L’Enricou, ou lo noste Enric comme l’appellent les Béarnais est né le 13 décembre 1553 à Pau. Henri III d’Albret est le fils de Jeanne d’Albret et d’Antoine de Bourbon. Son grand père Henri d’Albret lui frotte les lèvres avec de l’ail et lui fait boire une goutte de Jurançon pour le fortifier. Cela lui réussit puisqu’il est roi de France de 1589 à 1610 sous le nom de Henri IV.

La jeunesse

Henri d'Albret grandit au château de Coarraze
Le château de Coarraze

Ses parents étant rappelés à la Cour, confient Henri III d’Albret à une parente, Suzanne de Bourbon-Busset, qui l’élève au château de Coarraze. Jeanne d’Albret veille à son éducation calviniste.

En 1561, son père le fait venir à la Cour où il sera élevé comme un prince de France. Il y sera étroitement surveillé en tant qu’héritier de la Navarre.

Jeanne d'Albret, la mère d'Henri III de Navarre
Jeanne d’Albret, la mère d’Henri III de Navarre

En décembre 1566, Jeanne d’Albret demande la permission de se rendre à Vendôme avec ses enfants et en profite pour les ramener en Béarn où elle arrive en janvier 1567. Une tentative d’enlèvement d’Henri III d’Albret échoue en 1568. Jeanne d’Albret décide de se rendre à La Rochelle où elle prend en main la défense de la ville. Elle fait acclamer Henri III d’Albret comme commandant en chef de l’armée à 15 ans tout juste.

 

Henri III de Navarre et Marguerite de Valois
Henri III de Navarre et Marguerite de Valois

 

En juin 1572, à 19 ans, il devient roi de Navarre. Le 18 août, il épouse Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX qui le protège pendant le massacre de la Saint-Barthélemy du 24 août.

Le 5 février 1576, Henri III d’Albret s’enfuit de la Cour et rentre à Nérac. Pour ramener le calme et la prospérité dans le sud-ouest ravagé par les guerres, il promulgue les Ordonnances d’Agen, le 1er avril 1577.

 

Henri d’Albret, chef de guerre du parti protestant

Ayant dû abjurer sa foi pour calmer les oppositions catholiques-protestants, tous se méfient de lui. Bordeaux restée catholique refuse de lui ouvrir ses portes. En décembre 1576, il se rend à Éauze où les magistrats municipaux font fermer les portes juste après son entrée pour le faire prisonnier. Il réagit vivement et rétablit la situation.

Catherine de Médicis vers 1585
Catherine de Médicis vers 1585

D’octobre 1578 à mai 1579, Catherine de Médicis rend visite à Henri III d’Albret à Nérac. Ils sont à Auch pour des négociations lorsque, pendant le bal, Henri III d’Albret apprend que les catholiques ont pris La Réole. Pendant la nuit, il va prendre Fleurance et propose un échange entre ces deux villes. Les discussions aboutiront à la paix de Nérac signée le 5 février 1579.

Pendant le séjour de Nérac, les fêtes se succèdent. On y rencontre de nombreux lettrés comme Montaigne, du Bartas, Pibrac, d’Aubigné, du Plessis-Mornay.

La guerre reprend en 1585. Henri III d’Albret regagne le Béarn où la Ligue progresse, envoie des troupes à Mauléon qui s’est soulevée, fortifie Pau et Sauveterre, met une garnison à Navarrenx et repart vers le nord.

La bataille de Coutras
La bataille de Coutras le 5 octobre 1587

Malgré la surveillance des catholiques, Henri III d’Albret franchit la Garonne de nuit et rentre à La Rochelle le 2 juin 1586.

Après la victoire de Coutras, il regagne le Béarn et séjourne entre Navarrenx, Pau et Hagetmau où il retrouve la belle Corisande, surnom de sa maitresse, Diane d’Andoins.

Le 1er aout 1589, le moine Jacques Clément assassine le roi.  Ainsi, Henri III d’Albret devient l’héritier du trône.

Corisande et Gabrielle d‘Estrées

Henri III d’Albret a eu de nombreuses maitresses qui lui donnent douze enfants. Parmi elles, deux comptent particulièrement.

Diane d'Andouins la maitresse d'Henri III
Diane d’Andouins dite Corisande (1554-1621)

Diane d’Andoins (1554-1621) épouse en 1567 Philibert de Gramont, comte de Guiche qui meurt en 1580 au siège de La Fère. Réputée d’une grande beauté et d’une grande culture, elle correspond avec Montaigne. Éprise de littérature courtoise, elle prend le nom de Corisande, comme l’héroïne du roman Amadis de Gaule.

Elle rencontre Henri III d’Albret en 1582 et a une grande influence sur lui jusqu’en 1591. Il lui écrit assidument et l’associe à ses affaires. Pendant les guerres de la Ligue, elle vend tous ses bijoux et hypothèque ses biens pour lui envoyer 20 000 Gascons qu’elle enrôle à ses frais.

Gabrielle d’Estrées (1573-1599) rencontre Henri III d’Albret lors du siège de Paris en 1590. Il la comble de cadeaux, la fait marquise puis duchesse. Follement épris, il envisage de l’épouser mais le Pape s’y oppose. Elle meurt subitement en 1599. Elle est haïe par le peuple qui l’appelle la duchesse d’ordures à cause de ses nombreuses dépenses.

 

Le médiatique Henri III d’Albret

Echarpe et panache blancs
Écharpe et panache blancs

Henri III d’Albret se sert d’une intense propagande qu’il organise savamment pour accompagner tous les épisodes de sa conquête du pouvoir et de son règne.

Des pamphlets, des affiches, des livres illustrés, des dessins et des estampes sont réalisés et aussitôt envoyés dans tout le pays pour expliquer ses actions et dénigrer ses adversaires. Il réussit à se fabriquer une image contraire à celle que donnent de lui les Ligueurs.

Il utilise les symboles comme son panache blanc ou l’écharpe blanche qui deviennent la « marque » du roi. Dans les villes nouvellement conquises, les habitants organisent des fêtes de l’écharpe blanche.

Son portrait est largement diffusé afin que tout le monde reconnaisse le roi, ce qui tranche avec le passé quand peu de gens connaissaient le roi.

Henri III d’Albret à la conquête du trône de France

Henri III à la bataille d'Arques le 21 septembre 1589
Henri III à la bataille d’Arques en septembre 1589

Devant l’opposition de la Ligue et de plusieurs Parlements, Henri III d’Albret doit conquérir le trône et sa capitale. Les Espagnols envahissent la Provence et la Bretagne. Le duc de Savoie attaque en Provence.

Henri III d’Albret est victorieux à Arques en septembre 1589, à Ivry en mars 1590 et met le siège devant Paris. L’arrivée de renforts espagnols l’oblige à lever le siège.

Le 25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis. Ce n’est pas la première fois qu’il change de religion. Dès l’âge de 6 ans, il suit une formation calviniste pendant deux ans et demi, renoue avec le catholicisme sous les injonctions de son père pour 7 mois, revient au calvinisme pour dix ans à sa mort, puis catholique pour 4 ans le jour de la Saint-Barthélemy, calviniste pour 17 ans lors de son retour en Béarn.

25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis
25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis

Maris de Médicis et Louis XIII en 1603
Maris de Médicis et Louis XIII en 1603

Le 27 février 1594, il est couronné roi sous le nom de Henri IV et entre dans Paris le 22 mars. Son mariage avec Marguerite de Valois est annulé en 1599 et il épouse Marie de Médicis le 17 décembre 1600. Le futur Louis XIII nait de cette union le 27 septembre 1601.

Après avoir échappé à plusieurs attentats, le roi est assassiné rue de la Ferronnerie à Paris le 4 mai 1610. Il meurt dans les bras du duc d’Épernon.

Le duc d'Epernon est présent alors de l'assassinat d' Henri IV
L’assassinat d’Henri IV

 Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle (1990)

Références

Henri IV, Jean-Pierre BABELON, éditions Fayard, 1982.




Quand planent les vautours


Plusieurs variétés de vautours, petits et grands, planent dans les cieux de nos montagnes. Des oiseaux de mauvaise réputation. Que diriez-vous de mieux les connaitre et de faire une randonnée dans les Pyrénées pour les admirer  ?

Des vautours dans les Pyrénées

S’il nous parait naturel, aujourd’hui, de voir des vautours dans les Pyrénées, ces magnifiques planeurs avaient pourtant pratiquement disparu dans les années 1920 à 1950. Leur allure, leur présence en groupe autour des cadavres et leur mauvaise réputation de charognard les avaient rendu si impopulaires qu’on les empoisonna en masse.

Parmi nos vueitres, le plus commun est surement le vautour fauve. Très présent dans les Pyrénées, il est moins installé sur le sol français. Le plus élégant est probablement le gypaète barbu. Enfin le plus petit est le percnoptère d’Egypte.

La maria bèra ou le vautour fauve

Vautour fauve
Le vautour fauve (Wikipedia)

Appelé généralement en gascon par le mot générique vutre, votre, voire, vueitre , voltre, voter [vautour], il s’appelle arrian, arrianglo, trango dans la vallée de Luchon et le val d’Aran. Dans le Lavedan, le vautour fauve prend le nom sympathique de maria bèra [belle marie, où belle laisse entendre que la bête profite bien, a de belles proportions].

Le gyps fulvus (en latin) est un oiseau lourd de 2,40 m à 2,80 m d’envergure qui se délecte des animaux morts. Champion de la collaboration, Il prospecte le terrain en groupe. Une fois le cadavre localisé, lo voltre descend rapidement en spirales. Ses voisins comprennent le message et le rejoignent bien vite. Cet attroupement de panamòrts [vole-morts litt., croquemorts] peut être assez impressionnant.

On le reconnait à son vol pesant, sa courte queue carrée et sa petite tête blanche rentrée dans sa collerette blanche à rousse. De plus près, on pourra voir son ventre fauve et ses ailes sombres. On le reconnait aussi à sa sociabilité. Il chasse et il dort avec ses copains. Les fientes sur les falaises permettent de localiser les dortoirs. Peut-être aussi, l’entendrez-vous croasser ou même siffler ?

      1. Gyps.fulvus

Lo cap arroi ou le gypaète barbu

Vautour gypaete barbu
Le gypaete barbu (Wikipedia)

Le gypaetus barbatus (en latin) est un magnifique animal de 2,70 à 2, 80 m d’envergure, donc à peu près comme le vautour fauve. À cause de ses ailes étroites, il ne ressemble pas vraiment à un vautour, plutôt à un faucon géant. Sa queue sombre forme un grand losange. Son ventre est d’un orange flamboyant en liberté, alors qu’il reste blanc en captivité ! Cet orange se retrouve aussi autour de son cou alors que son œil est souligné d’un épais sourcil noir qui finit comme une barbe sous le bec. Michel Camélat évoque dans Belina : la sanguinouse courade dou butre / la sanguinosa corada deu vutre [le sanglant collier du vautour]

Ce solitaire se tient éloigné des lieux d’agitation, plutôt à proximité des pierriers, et est plus difficile à voir et même à entendre car c’est un taiseux.

      2. Gypaetus.barbatus

El quebrantahuesos (© Fundación para la Conservación del Quebrantahuesos)

Comme les autres vautours, le cap arroi est un charognard mais c’est lui qui intervient en dernier sur le cadavre, car il mange les tendons, les ligaments, les os et leur moelle. Avec un gosier élastique et un estomac solide, il avale les petits os, jusqu’à 20 cm de long et 3 cm de diamètre. Il casse les gros os avant de les ingérer. Les Espagnols l’appellent d’ailleurs le quebrantahuesos [le casse-os]. Pour les casser, il peut emporter l’os dans les airs et le laisser tomber sur des pierres.

La maria blanca ou le percnoptère d’Egypte

Percnoptère (© https://www.aigles-daure.com/)
Le percnoptère (© https://www.aigles-daure.com/)

Il doit son nom à sa couleur blanche : maria blanca [marie blanche], pora blanca [poule blanche], bota dera bucata [buse de la lessive] selon les vallées.

Le neophron percnopterus  (en latin) se contente d’une envergure de 1,50 m à 1,80 m.  Très facile à reconnaitre par sa couleur blanche et ailes noires, sa queue blanche en forme de losange, il vit comme son gros cousin dans la montagne. Il se joint aux vautours fauves pour manger quelque carcasse mais aime bien aussi finir les restes, les détritus ou se servir dans les dépôts d’ordure.

      3. Neophron.percnopterus

La maria blanca est un migrateur qui passe l’hiver en Afrique où il ne dédaignera pas d’ouvrir un œuf d’autruche avec un caillou pour manger l’intérieur. Il fait partie des animaux qui savent utilise des outils.

La réputation des vautours

Nekhbet, la déesse
Nekhbet, la déesse vautour

Le vautour a été un animal vénéré dans d’anciennes civilisations. En Egypte, la déesse vautour Nekhbet protège le pharaon et l’Egypte. Des vautours vont repérer, pour Rémus et Romulus, l’emplacement de la ville de Rome. Chez les Grecs, le vautour est, à la fois, un messager de Zeus et celui qui mange le foie de Prométhée.

Mais au XVIe siècle vont apparaitre des peintures où des vautours (et des corbeaux) attendent leur proie à côté d’un gibet. Et de bonne augure, le vautour devient un oiseau de mauvaise augure.

Les dessins animés reprendront cette image. Et nos civilisations, plus urbaines et plus industrielles, en s’éloignant de la Nature, le discréditent.

Docteur Vautour

Vautours fauves
Extrait de la vidéo de Laurent Courier

Si l’homme se charge de recycler et traiter ses déchets, la Nature a tout un système de nettoyeurs qui font la même chose.  Les vautours, les corbeaux, les chiens errants, les rats entre autres se chargent d’éliminer les cadavres. Malheureusement, les chiens ou les rats par exemple, étant au contact de l’homme, peuvent aussi lui transmettre des maladies : peste, rage…

Le vautour, lui, est un équarrisseur… bienveillant ! En effet, en nettoyant les cadavres, surtout dans des endroits peu accessibles pour l’homme, il évite la propagation de maladies aux autres animaux et, par conséquence, à l’être humain. Une collaboration gagnante ! Eñaut Harispuru, accompagnateur en montagne, précise : L’avantage du vautour, c’est qu’il a un estomac très acide, qui permet d’aseptiser ou de supprimer tous les virus.  (La Dépêche, 2017)

Une montagne sans vautour ?

Dans Biological Conservation, déjà en 2016, deux chercheurs américains attirent l’attention sur la disparition extrêmement rapide des vautours dans le monde. Ainsi, le percnoptère d’Egypte est menacé d’extinction au niveau mondial. Dans les Pyrénées, on n’en compte plus qu’une vingtaine de couples. Le gypaète barbu ne compterait plus qu’une quarantaine de couples. Et le vautour fauve dans les 500 couples côté nord des Pyrénées.

Vautours fauves au Pays Basque
Vautours fauves au Pays Basque (© jpbphotos)

Les causes en sont la disparition des zones d’équarrissage naturel en Espagne et en France et la diminution du pastoralisme (appauvrissement de leur ressource alimentaire), la destruction de leur habitat, le dérangement par les randonneurs durant la couvaison, et l’empoisonnement en particulier par des cadavres de bêtes domestiques traités par des produits vétérinaires dangereux comme l’anti-inflammatoire, le diclofénac.

La mobilisation pour les vautours

Les deux frères Michel et Jean-François Terrasse font leur thèse en 1973 sur le vautour fauve. Ils comptent environ 60 couples dans les Pyrénées. Ils vont attirer l’attention sur cet oiseau et œuvrer pour lui, créant une association, le Fonds d’Intervention pour les Rapaces.

L’ONU a produit en 2019 un gros rapport montrant que nous débutons la sixième extinction de masse (la cinquième est l’extinction des dinosaures). Un million d’espèces sont menacées d’extinction.  Sa particularité est d’être générée par l’homme. Mais l’homme peut agir et arrêter le phénomène.

Le Vautour fauve, ses œufs, ses nids sont protégés au niveau national depuis juillet 1976 et par l’arrêté du 29 octobre 2009. Aujourd’hui, le rôle essentiel de ce nécrophage est mieux compris et plusieurs associations s’en préoccupent. Leur nombre a déjà augmenté (dix fois plus qu’au début des années 70).

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe, de 1990.

Références

Ausèths, Francis Beigbeder, 1986
vautour percnoptère, Parc National des Pyrénées
oiseaux mal aimés
Vautours en danger : pourquoi l’homme devrait s’en soucier, Félix Gouty, 2016
Vautour fauve et pastoralisme, LPO
Biodiversité, sixième extinction de masse, ONU, 6 mai 2019




Lâchez les taureaux ! Une tradition ancienne

Les courses de taureaux sont anciennes en Gascogne et font partie de son patrimoine culturel. Très populaires et source de désordres et d’excès, le pouvoir royal et ses représentants tentèrent vainement de les interdire.

Les courses de taureaux, une tradition populaire ancienne

Les courses de taureaux (ou de vaches) se pratiquaient dans la rue. Il s’agissait d’animaux destinés aux boucheries que l’on faisait courir. Les plus téméraires essayaient de piquer l’animal avec un aiguillon. Ils sautaient par dessus avec une perche. Ils tentaient d’esquiver la charge ou de la détourner en prenant les cornes et en s’écartant sur le côté.

Taureaux- bergers landais et vaches marinas
Bergers landais et leurs vaches marines

Le marquage des marines, vaches sauvages qui paissaient dans les dunes, donnait lieu chaque année à des courses. Elles attiraient un public nombreux. Là aussi, les plus téméraires défiaient les cornes pour attraper les vaches et les marquer.

 

Course de taureaux à Bazas
Course de taureaux sur la grand place de Bazas (33)

Très populaires, les courses de taureaux donnaient lieu à des accidents et à des débordements. Aussi, les autorités voulurent les interdire comme à Bayonne en 1289. Mais sans succès, tant la résistance du peuple fut grande.

A partir du XVIe siècle, nous avons de nombreux témoignages de courses de taureaux. Elles étaient organisées pour les fêtes patronales ou ou elle étaient improvisées le jour de l’envoi des bêtes à l’abattoir. Parfois on volait une bête à un boucher pour la faire courir, comme à Nogaro en 1751.

Le 29 août 1561, des courses de taureaux furent même données à Saint-Germain en Laye, dans une enceinte fermée, en l’honneur de Jeanne d’Albret et de son fils.

Les courses de taureaux dans la littérature

Pierre de Saint-Gemme – le Grand Roy amoureux (1603)

Pierre de Sainte-Gemme a publié à Lyon en 1603 Le grand roy amoureux, ouvrage dans lequel il fait raconter en gascon une course de taureaux à Saint-Sever par un des personnages :

Desia lou deputat Cosse abé aberte l’estable au furious Tau, louquau lous hills de la bile dab mille auts estrangés (que benguts à la heste s’eren dab’ets mesclats) comencaoüen a boulé dab las aguillades enhissa. Desia lou aben estonnat lous grits, la buts e lous chiulemens d’au pople. Qui lou costat l’i piqui, qui lou hé abansa, qui l’i hé sentit à la piquade d’au fron qu’un aguillonet a au cap de la late, qui huitch audaüan d’et, qui ba darré, qui lou deche courre à un aut & puch li da de l’aguillou, qui hé dab et à la barre panade.

A qui cou lou pople, aquet gaigne un aubre, l’aut dab lou capet pausat a bout de l’aguillade li hé la magaigne per l’amusa, assi courren touts per hè scapa à un que l’animau a estenut dab la corne, a la risen per bezé lou roumatge & lou pan d’au pabre d’auquau la besti a romput las causses chets l’offensa, & qu’est aut abandonade la late huithc.

Mont de Marsan - Place Saint Roch (début 19è)
Mont de Marsan – Place Saint Roch (début 19è) (1 sur 1)

Dejà, lo deputat Còsse avè aubèrt l’establa au furiós taur, lo quau los hilhs de la vila dab mila autes estrangèrs (que venguts a la hèsta s’èran dab eths mesclats) comencavan a voler dab las agulhadas hissar. Dejà lo avèn estonat los crits, la votz [los esclaquerats de votz], los shiulets deu pòple. Qui lo costat lo pica qui lo hè avançar, qui lo hè sentir a la picada deu front qu’un agulhonet a au cap de la lata, qui hug au davant d’eth, qui va darrèr, qui lo dèisha córrer [de cap] a un aute e puish li da de l’agulhon, qui hè dab eth a la barra panada. 

A qui cort lo pòple. Aqueth ganha un aubre, l’aute dab lo capèth pausat au bout de l’agulhada li hè minganas per l’amusar. Assi córren tots per hè escapar a un que l’animau a estenut dab la còrnaE. E la rísen per véser lo hormatge e lo pan deu praube deu quau la bèsti a romput las caussas chens lo herrir, e ‘queste aute abandonat la lata hug.

Déjà, le député Cosse avait ouvert l’étable au taureau furieux que les jeunes gens de la ville. Mille étrangers (qui, venus à la fête, s’étaient mêlés à eux) commencèrent à vouloir piquer avec des aiguillades. Déjà, les cris, les éclats de voix, les sifflements du public avaient effrayé l’animal. Qui lui pique le côté, qui le fait avancer, qui lui fait sentir en le piquant au front le petit aiguillon au bout de la gaule. Qui fuit devant lui, qui va derrière, qui le laisse courir vers un autre puis lui donne de l’aiguillon, qui joue avec lui au furet.

On court vers le taureau. Celui-ci gagne un arbre, cet autre avec son chapeau au bout de l’aiguillon fait des grimaces pour l’amuser. Tous se précipitent pour délivrer celui-là que l’animal a étendu d’un coup de corne. Et l’on rit pour voir le fromage et le pain du pauvre à qui la bête a déchiré les chausses sans le blesser. Et cet autre qui fuit en abandonnant sa gaule.

Les autorités tentent d’interdire les courses de taureaux

Chapelle Notre-Dame de la Course Landaise à Bascons
Chapelle Notre-Dame de la Course Landaise à Bascons

L’Église était fermement opposée aux courses de taureaux. À la suite d’une Bulle papale de Pie V, l’évêque d’Aire voulut interdire les courses dans son diocèse en 1634 et 1641 ; Il est vrai qu’une bête était entrée dans l’église de Saint-Sever pendant un office religieux !

À Aire, en 1773, il fallut recourir à la force armée pour protéger le chanoine et le jurat qui voulaient interdire les courses de taureaux dans la ville.

Toutes les tentatives de suppression se heurtaient à l’opposition du peuple. Malgré les interdictions répétées, les courses de taureaux se tenaient dans toute la Gascogne.

Arènes de Gabarret
Arènes de Gabarret (40)

Finalement, une ordonnance royale du 16 février 1757 autorisa les courses de taureaux en dehors des villes et dans des lieux clos de barrières. La condition était que les consuls et jurats en donnent l’autorisation.

Malgré cette ordonnance, les gouverneurs de Guyenne tentèrent vainement de les interdire.  Le Maréchal de Richelieu en 1766, le duc de Mouchy en 1782.

Le préfet des Landes interdit les courses de taureaux par deux arrêtés de l’an IX. Sans succès, car il dut les rapporter quelques mois plus tard. En 1808, le préfet du Gers prit un arrêté d’interdiction d’une course de taureaux à Plaisance. La raison: les désordres provoqués par son organisation. Elle eut quand même lieu.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle.

Références

Articles dans le Bulletin de la Société des lettres et sciences des Landes, le Bulletin de la société de Borda et la Revue de Gascogne.
Le grand roy amoureux, Pierre de Sainte-Gemme




L’humour gascon de Jean Castex

Le Gascon aurait-il un humour spécial ? Oui, selon Jean Castex qui le présente en détail dans son livre, L’humour gascon. Explorons la chose.

Un humour gascon inattendu ! 

de l'humour gascon chez le mari cocu de Madame de Montespan
Françoise de Rochechouart de Mortemart ou Madame de Montespan

Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin est marquis de Montespan (en Comminges) et d’Antin (en Magnoac) ainsi que seigneur d’Épernon (proche de l’Ile de France). En 1663, il se marie avec la belle et raffinée Françoise de Rochechouart de Mortemart. Hélas, Monsieur de Montespan n’a pas de fortune à offrir. Aussi part-il à la guerre pour offrir à sa bien-aimée le confort qu’elle mérite.

Pendant ce temps la jeune épouse obtient une place de dame d’honneur de la Reine à Versailles. Elle change son prénom pour celui d’Athénaïs. Quand Louis-Henri revient, c’est pour trouver sa femme enceinte des œuvres royales. Certes la famille a bénéficié de largesses du roi mais cela ne suffit pas à l’époux. Sa riposte laisse sans voix les courtisans de Louis XIV.

La riposte de bravoure et d’humour

Avec beaucoup d'humour gascon, le marquis de Montespan accepta son cocufiage
Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan

Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C’était mal connaitre Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan…

Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu’il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l’homme qui profanait une union si parfaite. écrit Jean Teulé.

Car un Gascon sait faire preuve de bravoure et d’humour.  M. de Montespan organise les funérailles de son amour, fait ériger une tombe avec une croix en bois et deux dates 1663-1667. Il prend des vêtements de deuil. Il remplace les plumets de son carrosse par des andouillers de cerfs. Et il traite publiquement le roi de canaille. Une audace jamais vue !

L’humour gascon, qu’es aquò ?

Montespan est-il un original ou un Gascon pur souche ? Autrement dit, les Gascons ont-ils un humour particulier, différent de leurs voisins ? Jean Castex, né en 1929, nous aide à nous y retrouver. Le Gascon n’est pas un Provençal nous dit-il. Ce n’est pas un Cyrano comme l’a dépeint le Marseillais Edmond Rostand. Le Gascon n’est pas non plus un Languedocien qui parle par besoin, même pour ne rien dire, selon les propos de René Nelli.  Jean Castex situe le Gascon plus bruyant que le Périgourdin et moins parpalèr [bavard] que le Toulousain.

Selon les besoins de sa cause, le Gascon aurait la réserve aimable, la promesse facile, l’art de parler. Et même, le Gascon peut avoir le verbe impertinent comme l’Aragonais et lancer vers le Ciel autant de blasphèmes, ou à peu près, que de prières.

Il traduit dans son humour des caractéristiques de son esprit : batailleur, osé, direct, au langage illustré. Bruno Roger-Vasselin précise. Il identifie les différentes formes d’humour que Montaigne utilise dans Les essais : drôlerie, plaisanterie, boutade, truculence, bouffonnerie, aplomb et jubilation.

L’humour, un principe de santé

Étienne de Vignolles, dit La Hire,  compagnon de Jeanne d'Arc
Étienne de Vignolles, dit La Hire, compagnon de Jeanne d’Arc

Le Gascon a besoin de rire et de faire rire. Que cau arríser com un pòt de cramba espotringlat [Il faut rire comme un pot de chambre ébréché]. Il aime la légèreté des propos. Il aime raconter. Tout est sujet à rire, même les moments dramatiques. La célèbre tirade du landais Etienne de Vignoles (1390?-1443), dit La Hire est-elle une effronterie, une hâblerie ou de l’humour ? Sire Dieu, à l’heure du péril, faites pour La Hire ce que La Hire ferait pour vous s’il était Dieu et que vous fussiez La Hire. 

Charles-Yves Cousin d’Avallon (1769-1840) conclut. Vivent les Gascons ! Présence d’esprit, hardiesse poussée, s’il le fut, jusqu’à l’effronterie, habileté à trouver des expédients pour se tirer d’un pas délicat, voilà leurs qualités. Cette présence d’esprit, il en donne maints exemples dans son livre, comme Le Gascon maitre d’hotel:

Un Gascon maitre d’hotel d’un prince et le servant à table, répandit la sauce sur la nappe. Le prince lui dit en riant : j’en ferais bien autant. Je le crois bien, mon prince, répondit le maitre d’hotel, je viens de vous l’apprendre.

La boutade et la sentence

Portrait présumé de Michel de Montaigne
Portrait présumé de Michel de Montaigne

Montaigne le défend, le Gascon est un expert de  la boutade, cette pointe dans l’art de dire, cette saillie d’esprit originale, imprévue et souvent proche de la contre-vérité (définition du CNRTL). C’est cette charge qui secoue l’auditeur, l’allégresse qui s’exalte et la politesse qui s’efface, comme écrit élégamment Bruno Roger-Vasselin.

Jean Castex précise que l’humour gascon a quelque chose d’incisif, ce qu’il appelle la senténcia [sentence].
Il s’agit d’un mot ou d’une courte phrase couperet. Là où le français dira faire des étincelles, le gascon, s’il est plus imagé encore, paraîtra plus ambigu. Il dira hèr petar eths herrets : faire « sonner » les fers.

Cette senténcia est reçue comme une drôlerie en Gascogne, et, souvent, comme une agression par des étrangers.

La gasconnade

Gasconiana, ou recueil des hauts faits et jeux d'esprit des enfants la Garonne, sur l'humour gascon
Extrait de « Gasconiana, ou recueil des hauts faits et jeux d’esprit des enfants la Garonne » de Charles-Yves Cousin d’Avallon

On a parfois confondu humour et vantardise. Et le terme de gasconnade porte un côté négatif. Cousin d’Avallon rapporte que des spectateurs du Cid de Corneille répétant la célèbre phrase Rodrigues as-tu du cœur ? un Gascon répondit Demandez seulement s’il est gascon cela suffit ; dès lors, une expression Rodrigues es-tu gascon ? était devenue à la mode.

Pourtant, il s’agit plus souvent d’une moquerie de soi-même que de vanterie. Le livre d’Avallon, La fleur des gasconnades, est recommandé à toute personne qui s’intéresse à sa santé.

Je suis venu si vite disait un habitant de la Gascogne qui avait couru à une œuvre de charité, je suis venu si vite que mon ange gardien avait de la peine à me suivre.

La trufanderia, autre forme d’humour gascon

Souy tan sadout que n’èy pa mèy nat arrouncilh au bénte. Soi tan sadot que n’èi pas mei nat aronchilh au vente. J’ai tant mangé que je n’ai plus aucun pli au ventre (lexique du gascon parlé dans le Bazadais, de Bernard Vigneau)

Ce qui est notable et qui permet d’affirmer qu’on est bien dans l’humour, c’est que le Gascon n’hésite pas à se mettre en scène et à à se moquer de lui-même. Castex rapproche cet humour de celui des Anglais plus que de ceux d’autres Européens.  La comparaison est, avouons-le, plutôt flatteuse.

L’uelh deu gat

Un autre trait caractéristique du Gascon est sa méfiance naturelle. Que cau sauvà’s ua pèra entà la set [il faut se garder une poire pour la soif] nous rappelle le Landais Césaire Daugé (1858-1945). Les Gascons se méfient, ont l’art de la synthèse, l’habileté à croquer, nous dit encore Jean Castex. Et il est vrai que les sobriquets des villages et des personnes en sont de beaux exemples. Rappelons-nous que ceux qui vivent près de l’Adour sont appelés los graolhèrs [les mangeurs de grenouille]. Ou encore, avec Roger Roucolle, que, dans le coin d’Agos Vidalos, Que vau mes estar crabèr a Agò que curè a Viscòs [Il vaut mieux être chevrier à Agos que curé à Viscos]

Finalement, on retiendra avec Jean Castex le mot de Simin Palay : mès, en aqueste garce de bite, lou mès urous et qui s’en crémes en aquesta garça de vita, lo mes urós eth qui se’n cred… [mais, dans cette garce de vie, le plus heureux est celui qui s’en croit…]

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Jean Teulé, Le MontespanJulliard, 352 p. (ISBN 978-2260017233). Grand Prix Palatine du roman historique, prix Maison de la Presse 2008, prix de l’Académie Rabelais.
L’ironie et l’humour chez Montaigne, Bruno Roger-Vasselin, 2000
La fleur des gasconnades, Charles Yves Cousin d’Avallon, 1863
Gasconiana, ou recueil des hauts faits et jeux d’esprit des enfants la Garonne, Charles Yves Cousin d’Avallon, 1801
L’humour gascon, Jean Castex, 1985