Gaston Planté, la passion de l’électricité

Gaston Planté est un physicien béarnais, passionné par l’électricité, modeste et largement reconnu dans le monde entier.

Les études de Gaston Planté

Gaston Planté. Portrait extrait de À Travers l’Électricité par Georges Dary (1900)

Gaston Planté (1834-1889). Portrait extrait de À Travers l’Électricité par Georges Dary (1900)

Gaston Planté nait le 22 avril 1834 à Ortès (Orthez). Sa famille est bien connue dans le Béarn : son oncle est Raymond Planté (1797-1855), un homme politique important et son cousin est Adrien Planté, maire d’Orthez, défenseur de la langue gasconne et premier président de l’Escòla Gaston Febus.

Gaston a deux frères : Léopold l’ainé, brillant avocat et Francis le dernier, un pianiste d’un tel talent qu’on le surnomme le dieu du piano.

En fait, leur père veut offrir un avenir à ses trois fils et monte à Paris. Gaston a 7 ans lorsqu’ils déménagent à la capitale. Là, il entre au Lycée Charlemagne, obtient en 1850 le baccalauréat ès lettres. Puis il décide de se lancer dans les sciences et réussit en 1853 le baccalauréat ès sciences. Il poursuit à la Sorbonne et passe en 1855 une licence ès sciences physiques.

Francis Planté (1839-1934)
Francis Planté, le frère musicien (1839-1934) © Wikipedia

Disons-le, Gaston est brillant et remarqué. Alors, en parallèle de ses études, il se voit proposer le poste de préparateur en physique au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). Il a 20 ans et il y restera six ans. Là, il assiste Edmond Becquerel (1820-1891), l’homme qui découvrit l’effet photovoltaïque et réalisa la première photographie couleur.

Grâce à son talent de préparateur, c’est le jeune Gaston qui est désigné pour présenter les principales expériences de l’électricité devant l’Empereur et l’Impératrice, le 28 mars 1858, au Palais des Tuileries.

Première découverte de Gaston Planté

Gastornis Smithsonian © Wikipedia
Gastornis ou oiseau de Gaston © Wikipedia

De façon inattendue, la première découverte de notre Béarnais n’est pas en physique mais en paléontologie ! En effet, moins d’un an après son arrivée à Paris, Gaston Planté découvre des fossiles près de Meudon en région parisienne. Il s’agit d’un oiseau, alors inconnu, de presque 2 m et pesant entre 50 et 100 kg. Après étude, on le situe fin du Paléocène et durant l’Éocène, soit il y a 58 à 41 millions d’années.

Le jeune chercheur présente sa découverte à l’Académie des Sciences qui, sur le conseil du géologue Constant Prévost, lui donne le nom de Gastornis, ou oiseau de Gaston. Plus tard, d’autres spécimens seront trouvées en particulier en Gascogne et aux États-Unis.

Gaston Planté, une passion, l’électricité

«Etude des courants secondaires, produit par différents voltmètres » Extrait de Recherches sur l'électricité par Gaston Planté
«Etude des courants secondaires, produit par différents voltmètres » Extrait de Recherches sur l’électricité par Gaston Planté © Gallica

Gaston Planté a des yeux noirs intenses et une barbe en éventail. Il est un homme modeste, sympathique, désintéressé. Cependant, il parle latin, grec et les langues de tous les pays d’Europe. Amateur de littérature européenne, il a une mémoire prodigieuse. Ajoutons qu’il aime la musique et est lui-même musicien. Pourtant, sa passion, c’est les sciences dures.

Notre physicien s’installe rue des Tournelles, puis place des Vosges et, enfin, rue de la Cerisaie dans le quartier du Marais, à Paris. Un quartier empli du souvenir du Noste Enric, le roi Henri IV cher au cœur des Béarnais.

Son appartement lui sert de laboratoire. On peut à peine y circuler tant il y a de batteries, d’électrodes et autres machines. Car le jeune homme est fanatique d’électricité.

Après ses premières découvertes, l’Académie des Sciences l’encourage à présenter sa candidature. Mais Gaston Planté ne cherche ni les honneurs ni un poste. Il ne dépose même pas de brevet pour protéger ses découvertes. Alors il répond : Vous me faites beaucoup d’honneur et je vous en remercie infiniment, mais je perdrais bien du temps à solliciter les voix des membres de l’Institut ; je rentre plutôt dans mon laboratoire.

L’accumulateur électrique ou batterie au plomb

Batterie au plomb de Gaston Planté (1859)
Batterie au plomb de Gaston Planté (1859)

Gaston Planté va rester célèbre dans l’histoire de la physique pour cette invention. En effet, la pile inventée par Volta a un inconvénient : elle se décharge vite. Notre physicien va polariser des plaques à base de plomb puis les unir, créant ainsi la première batterie électrique rechargeable.

Il la présente à l’Académie des Sciences en 1860.

La Jamais Contente, première automobile électrique à dépasser le 100 km/h © Wikipédia
La Jamais Contente, première automobile électrique à dépasser le 100 km/h © Wikipédia

La batterie, perfectionnée par le chimiste Camille Alphonse Faure, sera utilisée pour les premières voitures électriques. Entre autres, elle permettra à Camille Jenatzy de dépasser la vitesse de 100 km/h avec la « Jamais contente » le 29 avril 1899 à Achères lors de la course organisée par la revue La France automobile.

La machine rhéostatique de Gaston Planté

Machine Rhéostatique de Gaston Planté
Machine Rhéostatique de Gaston Planté

En 1877, Gaston Planté présente sa machine rhéostatique, un assemblage ingénieux de condensateurs au mica reliés à une batterie. Ces condensateurs multiplient la tension de la batterie qui atteint 100 000 Volts.

Ainsi, il va reproduire des aurores boréales, créer de la foudre globulaire (phénomène encore mal connu aujourd’hui), développer l’éclairage électrique par arc, proposer des applications pour produire des signaux lumineux en mer, alimenter des freins électriques pour les chemins de fer, etc.

Gaston Planté travaille sur la galvanoplastie (technique électrolytique d’orfèvrerie),  la thérapeutique (laryngoscopie, éclairage des cavités obscures du corps humain…), la production électrolytique de l’ozone, etc.

L'électricien, affiche © Wikipedia
L’électricien, affiche © Wikipedia

Il écrit dans des revues spécialisées comme L’Électricien, et des revues de vulgarisation comme La Nature. et publie différentes notes sur ses recherches comme :

  • Mémoire sur la polarisation voltaïque, 1859
  • Note sur un phénomène observé dans un voltamètre à fils de cuivre et à eau acidulée, 1860
  • Note sur la substitution d’électrodes en plomb aux électrodes en platine, proposées par M. Jacobi, pour la télégraphie électrique, 1860
  • Note sur une nouvelle pile secondaire d’une grande puissance, 1860
  • Cahiers d’expériences de la Maison Christofle, 1863 à 1866
  • Note sur la production de l’ozone, 1866.

La fin et le souvenir

Gaston Planté à Orthez
Gaston Planté à Orthez

À 55 ans, en 1889, la santé de Gaston Planté se détériore. Il a de terribles maux d’yeux et des affections nerveuses qui l’empêchent de travailler. Le 21 mai, une congestion cérébrale le frappe alors qu’il travaille dans son laboratoire dans sa maison de Bellevue.

Le cratère Planté sur la face cachée de la Lune © Wikipedia
Le cratère Planté sur la face cachée de la Lune © Wikipedia

Gaston Planté meurt le 21 mai 1889 à Meudon. Il est enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise. Il a un monument face à sa maison natale à Orthez. Et de nombreuses villes lui ont dédié une rue : Orthez, Cugnaux, Rivesaltes, Brest, Le Mans, etc.

De façon plus inattendue, un cratère de la Lune porte son nom et il a inspiré quelques auteurs. En 1959, Edgar P. Jacobs le cite dans S.O.S. Météores, une BD de Blake et Mortimer, en parlant de l’utilisation d’un « éclair en boule » comme accumulateur.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

CNAM, Gaston Planté, Mathieu Huvelin
21 mai 1889 : mort de Gaston Planté, inventeur de l’accumulateur électrique, 2023 Célébration du centenaire de Gaston Planté, 1834-1934, Lucien Jumau, 1934
L’histoire de l’électricité : Gaston Planté, HE+, Patrick Champion, 2022
Machine rhéostatique,  Gaston Planté, E. Bouty, 1878
Notice sur les travaux scientifiques de M. Gaston Planté
Phénomènes électriques de l’atmosphère, Gaston Planté, 1888
Recherches sur l’électricité, Gaston Planté, 1859 à 1879




La guerre de Gascogne 4- la fidélité des Gascons

Les gascons sont fidèles à leur duchesse Aliénor. Après sa mort, cette fidélité n’est plus personnelle. Elle s’adapte selon leurs intérêts. Faisons un rapide panorama de la Gascogne au XIIe siècle.

Les Gascons sont divisés

Si les trois grandes villes de Gascogne sont fidèles aux Anglais, c’est que le commerce leur rapporte beaucoup. Bordeaux s’enrichit grâce au commerce du vin vers l’Angleterre et les pays du nord. Bayonne est la plaque tournante du commerce entre l’Angleterre et l’Espagne. Dax est située sur la route entre Bordeaux et Bayonne.

Armes du Béarn
Armes du Béarn

Les grandes familles de féodaux sont partagées. Le Béarn et la Bigorre ont clairement choisi de s’allier avec l’Aragon à qui elles font hommage en 1154 car le mariage dAlienor avec Henri III les inquiète. Plus tard, Gaston VI de Bearn est à la tête de la révolte des Gascons. Gaston VII participe à la révolte de La Réole et soutient les entreprises des rois de Castille pour conquérir la Gascogne. Finalement, même si c’est du bout des lèvres, le Béarn doit faire hommage au roi d’Angleterre.

Clément V sur le trône pontifical Bibliothèque palatine © Wikipedia
Clément V sur le trône pontifical Bibliothèque palatine © Wikipedia

L’union de Foix et du Béarn pose un nouveau problème. Le comté de Foix fait hommage au roi de France alors que Béarn, Marsan et Gabardan relèvent du roi d’Angleterre. Cette situation compliquée conduit Gaston dit Febus à refuser l’hommage du Béarn au roi d’Angleterre, puis au roi de France. Cette décision équilibrée est une déclaration d’indépendance du Béarn.

Le comte d’Armagnac, ennemi juré de la maison de Béarn, a choisi le camp du roi de France jusqu’à s’allier avec lui par mariages.

Une autre famille inconnue s’allie aux Anglais et leur reste fidèle : les Albret. Ils combattent en Gascogne mais aussi en Écosse et au Pays de Galles. Grâce aux dons des rois d’Angleterre en remerciement de services rendus, les Albret se constituent un vaste ensemble territorial. Le Pape gascon Clément V favorise aussi les Albret par l’obtention de lucratifs bénéfices.

L’essor des bastides

la fidélité des Gascons leur vaudra la construction de nombreuses bastides
Carte des bastides du Sud-Ouest

La Gascogne compte peu de grandes villes : Bordeaux, Bazas, Bayonne et Dax. En quelques années, elle se couvre de bastides.

En 1280, Edouard Ier donne pouvoir à son Sénéchal Jean de Grailly de construire des bastides. Il s’agit de faire pièce à la politique de construction de bastides du roi de France. C’est pour cela que, dans bien des cas, bastides anglaises et françaises se font face à face le long de la frontière entre les deux états.

Edouard Ier est un grand bâtisseur : Pimbo en 1268, Liborna (Libourne) en 1269, Vilafranca de Cairan (Villefranche du Queyran) en 1271, Pelagrua (Pellegrue) en 1272, Miramont Sensac (Miramont-Sensacq) en 1274, Castethnau de Gupia (Castelnau sur Gupie) en 1276, Miramont de Guiana (Miramont de Guyenne) en 1278, Cadilhac (Cadillac), Arroi (Arouille) et Mauvesin d’Armanhac (Mauvezin d’Armagnac) en 1280, Sauvatèrra de Guiana (Sauveterre de Guyenne) en 1281, Ròcapina (Roquepine), Bona Guarda (Bonnegarde) et Valença (Valence d’Agen) en 1283, Viana (Vianne) et Talmont en 1284, Francescàs (Francescas) en 1286, Forcés (Fourcès), Sent Clar (Saint-Clar), Hastings (Hastingues), L’Agruèra (Lagruère) et Sent Genh (Saint-Gein) en 1289, Nicòla (Nicole) en 1291 et Sevinhac (Sévignac de Guyenne) en 1305,

Son successeur, Edouard II construit Sopròssa (Souprosse) en 1314, Gèuna (Geaune), Saron et Sent Sauvador de Milhan (Saint-Sauveur de Meilhan) en 1318, Blasimont (Blasimon) et Bèthvéser (Betbezer) en 1320,  Toloseta (Toulouzette) en 1321 et La Bastida de Shalòssa (Labastide-Chalosse) en 1327.

Enfin, Edouard III construit Dur Hòrt-Baishen (Duhort-Bachen) en 1327 et Lanas (Port de Lanne) en 1331.

Remparts de Vianne
Remparts de la bastide de Vianne

La prospérité de Bordeaux

Bordeaux doit sa prospérité au commerce des vins et à ses relations étroites avec l’Angleterre et les pays du nord.

Chaque année, à l’automne, des convois de bateaux amènent le vin claret (clairet) qui supplante les vins du nord de la Loire. Les bateaux emportent aussi du sel du Médoc, de la résine des Landes et du pastel de Lauraguais. Il ne faut que 10 jours de navigation pour rejoindre Londres. En retour, Bordeaux reçoit de la viande salée et des objets de mercerie.

La vigne gagne partout. Dès 1224, le vin de Bordeaux fournit les ¾ de la consommation anglaise, supplantant celui de La Rochelle qui n’a d’autre solution que de le distiller pour en faire du Cognac.

La fidélité des gascons facilitera le développemet des vignobles bordelais
Le vignoble bordelais

Bordeaux prospère

Bordeaux profitera de sa fidélité aux Anglais
À Bordeaux, la porte Saint-James ou de la Grosse Cloche

Bordeaux reçoit de nombreux privilèges comme celui de règlementer elle-même la production de vin et son commerce dans les limites de la Sénéchaussée. C’est ainsi que les bourgeois de Bordeaux ont le monopole de la vente des vins à la foire d’automne. Ce n’est qu’une fois tout leur vin vendu que les courtiers des autres pays pouvaient entrer en contact avec les marchands bordelais pour vendre leur vin. Ce contrôle strict empêche le développement des vignobles en amont de la Garonne. Le vin de Gaillac ne sert plus qu’à la consommation locale, Agen se lance dans la production de pruneaux, Moissac vers celle des raisins de table, l’Armagnac vers la distillation et la production d’Armagnac.

Bordeaux est gouvernée par une jurada (jurade) qui choisit un maire depuis 1172. Elle a des pouvoirs judiciaires et financiers. Jean sans terre exempte la ville de maltòuta (maltôte : impôt sur les produits de consommation courante). En 1235, Henri III octroie des costumas (charte de coutumes).

De nombreux métiers prospèrent autour du vin et du port. De nouveaux quartiers voient le jour. Une nouvelle enceinte de 3 Km et percée de 10 portes est construite en 1251 (seule subsiste encore la porte Saint-James), une nouvelle en 1302. En 1242, les Bordelais sont exempts du service militaire en dehors de leur sénéchaussée.

Tous ces avantages et privilèges maintiennent Bordeaux dans la plus grande fidélité aux rois d’Angleterre.

Les autres villes de Gascogne

Bayonne est un grand port du sud de la Gascogne. Ses bateaux font le commerce avec l’Angleterre, le nord de l’Europe et l’Espagne. L’activité de la pêche y est importante. Ses chantiers navals sont réputés pour des navires de haute mer et la ville abrite une importante garnison. Le port est le débouché naturel de ceux de Dax et de Mont de Marsan qui trouvent un accord en 1293 pour régler leurs différends commerciaux. Le commerce par voie maritime ou fluviale génère de beaux bénéfices.

De par sa position stratégique, la ville retient l’attention des rois anglais. En 1177, Richard cœur de Lion la détache du Labourd qui prend désormais Ustaritz comme capitale. Bayonne reçoit une charte communale en 1215. Elle se gouverne en élisant un maire depuis 1189.

L’Adour se jette dans l’océan à Capbreton, avant-port de Bayonne. Vers 1410, l’embouchure de déplace plus au nord. C’est une catastrophe pour Bayonne qui décline. Elle doit attendre 1578 pour que l’embouchure de l’Adour se fasse à Bayonne.

Dax est une ville commerciale avec un port fluvial. Les pèlerins sur la route de Saint-Jacques y sont nombreux. Deux foires annuelles s’y tiennent.

Bayonne
Bayonne

Les rolls gascons

Les rolls gascons © Wikipedia
Les rolls gascons © Wikipedia

Chaque année entre 1273 et 1453, l’administration anglaise établit des rolls (rouleaux ou registres), rédigés en latin, sur lesquels elle retranscrit tous ses actes administratifs rédigés en Gascogne. Les parchemins sont cousus ensemble sur une longueur de plusieurs mètres et enroulés pour leur archivage.

C’est une source inépuisable de renseignements sur les personnages et les évènements de l’époque. On y trouve notamment les ordres donnés aux sénéchaux et autres officiers, ainsi que des ordonnances relatives aux impositions adressées aux communautés ou aux seigneurs locaux. Les rolls permettent aussi de suivre l’itinéraire des rois d’Angleterre lorsqu’ils sont présents en Gascogne.

Un exemple : l’autorisation donnée en 1342 à Hélias de Lescours de fortifier une maison près de Sent Milion (Saint-Emilion) : « Le roi à tous etc. salut. Sachez que, de notre grâce spéciale, nous avons concédé à notre cher et fidèle Hélias de Lescours, que lui et ses héritiers puissent édifier de pierre et de chaux une maison forte sur leur terre dite de Villeneuve d’Entre-Dordogne près de Saint-Émilion, l’enclore et la créneler et la tenir pour eux sans empêchement de nous, de nos héritiers ou d’aucun de nos officiers, ni de ceux de nos héritiers, en étant toutefois tenus de la rendre à notre commandement ou à celui de nos héritiers ou de nos sénéchaux ou de ceux de nos héritiers pour le duché d’Aquitaine, en temps de guerre ou en paix. En témoignage etc.

De par le roi et son conseil ».

Charles Bémont (1848-1939) publie la première partie des rolls. Il publie aussi en 1884 : « Simon de Mont fort, comte de Leicester, sa vie (120 ?-1265), son rôle politique en France et en Angleterre ».

L’Université de Bordeaux et des universités anglaises étudient les autres rolls afin de les publier ultérieurement.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

The Gascon Rolls project 1317-1468 
Bordeaux du XIIe au XVe siècle




Paul Sabathé le romantique

Paul Sabathé (1864-1937) est un Lomanhòu enraciné dans sa terre. Agriculteur et poète, il émerveille par la qualité et la richesse de sa langue. André Dupuy et Jacques Taupiac, dans le livre L’òme sol, édité aux Cahiers de la Lomagne en 2011, nous permettent d’en savoir plus sur cet homme discret, malmené par la vie.

Paul Sabathé nait à Tornacopa

Paul Sabathé © Les Cahiers de la Lomagne
Paul Sabathé (1864-1937) © Les Cahiers de la Lomagne

Dans la région vallonnée de Lomanha [Lomagne], est un village nommé Tornacopa [Tournecoupe] non loin de Florença [Fleurance]. Celui-ci se forme au XIIIe siècle autour d’un château et d’une église dont subsiste la chapelle, aujourd’hui église de la paroisse. Ce village, entouré de murs d’enceinte, est le siège de la famille d’Estignac.

Justement, Paul Sabathé nait à Tornacopa en 1864, plus exactement à la ferme de Sempé. Ses parents ont en effet une belle propriété de 17 ha de bonne terre.

Il va à l’école jusqu’à 12 ans. Mais, Paul est un enfant de petite santé et il passe beaucoup de temps à lire et à écrire que ce soit en français ou en gascon. Au décès de ses parents – il est encore jeune – il reprend la ferme. Peut-être par timidité, par sentiment d’être différent, il s’enferme vite dans la solitude, au milieu de ses terres.

Oeuvre de Lacaze
Œuvre de Joseph Vital-Lacaze (1874-1945) , le village de Tournecoupe ? © Ader-paris.fr

Toutefois, il gardera une grande amitié avec plusieurs camarades dont Joseph Vital-Lacaze (1874-1945) qui deviendra peintre et professeur à l’École des arts décoratifs de Paris.

En revanche, sa santé restera toujours fragile. D’ailleurs, il écrit qu’il a failli mourir à 18 ans, à 28 ans, et à 36 ans.

Paul Sabathé entre en politique

Très tôt, le jeune Paul s’engage à gauche, il est d’ailleurs candidat républicain et écrit dans La Fraternité, journal d’Auch. Il avoue aimer se bagarrer en politique et tenir ses opinions sans faillir ni faire des concessions. Il deviendra adjoint au maire au début du siècle.

Pourtant, il se rendra vite compte que la politique a ses exigences, comme le rappellent les deux auteurs de sa biographie : çaquelà, vesi qu’aquò es devengut uia industria […] cau trobar ardits, còste que còste, e véngan d’on véngan [néanmoins, je vois que c’est devenu une industrie […] il faut trouver de l’argent, coute que coute, et d’où qu’il vienne]. Extrait de la lettre de Paul Sabathé à Michel Camélat du 9 mai 1929.

Paul Sabathé a des penchants littéraires

Andrèu Dupuy et Jacm
Andrèu Dupuy et Jacme Taupiac, éditeurs de L’ome sol © Wikipedia

Les livres accompagnent Paul depuis son enfance. Il écrit des chroniques politiques en gascon qui dévoilent déjà sa rigueur littéraire. En effet, il choisit ses mots avec soin.

Parallèlement, Paul s’essaie à la poésie le plus souvent dans sa langue de Lomanha. André Dupuy, et Jacques Taupiac, dans le livre L’òme sol, signale ce poème, Démence, écrit en 1889, alors qu’il avait 25 ans et qui s’achève par ces vers :

Pour ton immense amour, pour ton baiser de flamme
J’aurais renié Dieu, j’aurais vendu mon âme
J’aurais donné la vie et les rêves si chers.

La période féconde

Miqueu de Camelat
Miqueu de Camelat (1871-1962) © Wikipedia

Dès 1913, Paul Sabathé se rapproche de l’Escole Gastou Fébus et de quelques uns de ses membres ; il échangera pendant plusieurs années avec son secrétaire Miquèu de Camelat. Il écrit de plus en plus de poèmes, de lettres, et il est reconnu.

Entre autres, il écrit dans Reclams de Biarn e Gascougne de 1913 à 1937, ou La Garbure, le journal de l’association amicale et philanthropique des Gascons du Gers à Paris qui parait entre 1921 et 1929.

Dès 1913, il obtient une médaille de bronze aux jeux floraux de l‘escole Gastou Fébus pour son poème Tot drét. À noter, son riche parler de Lomagne exige que 13 mots fassent l’objet d’explication (pour 14 vers).

Bernard Sarrieu
Bernard Sarrieu (1875-1935) © Wikipedia

La même année, il obtient aussi une médaille de bronze aux Jeux Floraux dera ‘Scolo deras pirenéos pour son poème Las campanos. Bernard Sarrieu, son président très exigeant, note que si tròbe iou seriouso counechénço dera léngo, dap mòts que soun en bèrtat det terradou. / s’i tròba ua seriosa coneishença dera lenga; dab mòts que son en vertat deth terrador [on y trouve une sérieuse connaissance de la langue ; avec des mots qui sont vraiment du terroir.]

Las mignos rosas

Joseph Vital-Lacaze Portail fleuri © ader-paris.fr
Joseph Vital-Lacaze Portail fleuri © ader-paris.fr

Observateur de la Nature, ses descriptions du soleil, de la pluie, des roses qu’il affectionne particulièrement… sont de toute beauté. il commence son poème Las mignos rosos par ces vers :

Perque suy soul, èts mas maynados,
Rèynôtos que m’espelissèts
Un paradis de saunejados. 

Per que soi sol, ètz mas mainadas,
Reinòtas que m’espelissètz
Un paradís de saunejadas.

Je suis seul, vous êtes mes enfants,
Petites reines, vous m’entrouvrez
Un paradis de rêveries.

Sabathé aime inventer des mots, lisser des vers et publie, en 1929, son recueil de poésie Las miôs Buscalhos qu’il dédie à Camelat. Ses problèmes de santé ne lui permettront pas d’en faire beaucoup plus. D’ailleurs, à cause de sa santé, il met sa ferme en métayage en 1914, puis la vend en 1923 pour vivre modestement de ses intérêts.

Sabathé, une âme romantique

Jeune, Paul Sabathé tombe amoureux d’une jeune fille que l’on retrouve dans son poème la Hilha deu Campèst [la fille des champs] paru dans son recueil Las miôs buscalhos. Un amour malheureux. La jeune fille n’est pas sensible à son discours ou bien, ce paysan au parler de moussu [monsieur] l’impressionne et l’inquiète. Dans le poème, la jeune fille dit, moqueuse :

Joseph VITAL-LACAZE (1874-1946) - Femme assise - Dessin au fusain et aquarelle
Joseph Vital-Lacaze (1874-1946) – Femme assise, dessin au fusain et aquarelle © ader-paris.fr

L’aygueto de la hount oun me bau miralha,
Milhou que bous m’ac dits, praubot, que suy poulido
Que moun peu es lusent è ma gauto lourido,
E que mous oèlhs pountchuts an deque encarelha

L’aigueta de la hont on me vau miralhar
Milhor que vos m’c ditz, praubòt, que soi polida
Que mon peu es lusent e ma gauta hlorida,
E que mons uelhs ponchuts an de qué encarelhar

L’eau de la fontaine où je vais me regarder,
Mieux que vous me dit, pauvret, que je suis jolie
Que mes cheveux sont brillants et ma joue fleurie
Et que mes yeux vifs ont de quoi ensorceler

Puis, vers la fin du poème, son verdict tombe :

So que bous cau a bous, es la menudo flou
Que dins un bèt saloun embaumo, temeruco,

Çò que vos cau a vos, es la menuda flor
Que dins un bèth salon embauma, temeruca

Ce qu’il vous faut à vous, c’est une fleur délicate
Qui embaume dans un beau salon, tremblotante

Le poème exprime clairement que l’homme distingué est repoussé. Plus tard, Paul Sabathé écrit :

Estèi lo vaganaut que passèc dins ta vita;
Me hascós caritat d’un rajòl, e ren mei.

Je fus le désœuvré qui passa dans ta vie ;
Tu me fis la charité d’un rayon [de soleil], ce fut tout.

Et Paul restera seul, avec le souvenir de cet amour perdu.

La douleur

On est dans des époques où on ne dit pas sa douleur. Mais, notre Lomagnol exprime de façon sensible, émouvante et pourtant retenue les sentiments profonds de l’âme.  Certains de ses poèmes exaltent la terre, plusieurs expriment une profonde tristesse. Peut-être est-il un des plus grands poètes de la tristesse. L’abbé Saint Bézard écrira après sa mort dans la revue Reclams d’avril 1938, que son cœur apparait comme un désert cramât ount colon quaucos douts d’aygo amaro, lous soubenis per toustems escrusius / un desèrt cramat ont còlan quauquas dotz d’aiga amara, los sovenirs per tostemps escrusius. [un désert brulé où coulent quelques sources d’eau amère, les souvenirs pour toujours indigestes].

Une mort affreuse

Un poteau du télégraphe se coupe et tombe sur Paul Sabathé, lui brisant la jambe. On l’ampute. Mais il souffre beaucoup ; il se plaint peu sauf à de rares moments où il n’en peut plus.  Ac digatz pas a digun: plorai coma un mainatge. Plorai de dolor. [Ne le dites à personne : je pleurais comme un enfant. Je pleurais de douleur] écrit-il à son ami d’enfance.

Cela dure plusieurs années. Les chirurgiens y reviennent six fois. Six fois, ils recoupent la jambe mais l’amputation ne réussit jamais.  Il en meurt chez lui le 15 juin 1937.  A. Lafont, le curé de Tornacopa lui rend hommage (fin du discours) :

Me sembla que dins l’auta vita on acabatz d’entrar, lus Pèir de Garròs, Lus Dastròs, lus Cassanhau, lus Laclavèra, lus Sarran, lus Talès vos hèn las aunors en vos arcuelhent ser la pòrta deu Paradís, dementre qu’en aqueste cementèri vòstes amics de Tornacopa, vòstes mics de l’Escòla Gaston Febus, enqüèra estabornits de vòsta mòrt subita, tots tristes de se caler desseparar atau, vos cridan, mon praube Paul Sabatèr, o còr henut, mes l’ama lusenta d’esperança: Drometz dins la patz! Mos torneram véser… au Cèu!

[Il me semble que dans l’autre vie où vous venez d’entrer, les Pierre de Garros, Les D’Astros, les Cassaignau, les Laclavère, les Sarran, les Talès vous reçoivent avec les honneurs sur la porte du paradis, tandis que que vos amis de Tournecoupe, vos amis de l’Escòla Gaston Febus, encore étourdis de votre mort subite, tristes de devoir se séparer ainsi, vous crient, mon pauvre Paul Sabathé, ô cœur déchiré, mais l’âme riche d’espoir : Dormez dans la paix ! Nous nous reverrons… au Ciel !]

Le souvenir

La renommée de Paul Sabathé le solitaire, le romantique, reste discrète. Pourtant il est un authentique écrivain et un poète gascon raffiné, un grand poète. Son œuvre est à découvrir et à redécouvrir tant par la richesse de la langue que par la finesse de l’écriture.

L'église de Tournecoupe (Gers)
L’église de Tournecoupe (Gers)

Ey saunejat qu’ou men calam
Ero lou calam d’un pouèto.
En rimos d’or cantay l’aujam,
Lou sourelh cla, la bito enquièto.

Èi saunejat que’u men calam
Èra lo calam d’un poèta.
En rimas d’òr cantai l’aujam,
Lo sorelh clar, la vita enquièta.

J’ai rêvé que ma plume
Était la plume d’un poète.
En rimes d’or je chantais la vie sauvage,
Le soleil clair, la vie inquiète.

(extrait de Ey saunejat)

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Paul Sabatèr, L’òme sol, à la Tuta d’òc
L’òme sol, Les cahiers de la Lomagne n°30
Las miôs Buscalhos, Paul Sabathé, 1927
Un écrivain occitan méconnu, Paul Sabathé (1864-1937), André Dupuy, 2000




Jean Lamon, dit Pelòt

Bandit de grands chemins pour les uns, nouveau Robin des bois ou Zorro pour les autres, qui est vraiment Jean Lamon, dit Pelòt ?

Le bandit Jean Lamon (1779-1816)

Pelòt ou la vie d'un chef de brigands par Dordins (1866) © Gallica
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands par Dordins (1866) © Gallica

Jean Lamon, dit Pelòt, nait le 24 novembre 1779, à Soriac (Soréac), près de Poiastruc (Pouyastruc). Il est l’ai d’une famille nombreuse au destin peu commun. Son père meurt en prison et sa mère est incarcérée à l’âge de 85 ans. Et les enfants suivent le chemin. Son frère Bernaton meurt au bagne de Rochefort, et son autre frère Janton est condamné aux travaux forcés, mais il réussit à s’évader et s’enfuit en Espagne. Enfin, son dernier frère, Guilhaumet, meurt dans la misère.

Bref, une famille qui n’inspire pas la compassion de H. Dordins, commis greffier au Tribunal civil de Tarba (Tarbes), qui écrit en 1866, Pélot ou la vie d’un chef de brigands.

Il indique à ses lecteurs que c’est pour : mettre un terme aux versions inexactes qui, depuis fort longtemps et journellement, bourdonnaient à mes oreilles, je me suis, […] hasardé à tracer, tant bien que mal, les quelques lignes qui suivent, pour vous raconter, avec exactitude et impartialité, le passé, […] de celui dont le nom est encore dans toutes les bouches, je veux parler de Pélot.

Par cette simple phrase, on comprend que la version officielle ne fait pas l’unanimité.

L’histoire de Pelòt vue par les Autorités

De Tarbas à Rabastens (Carte Cassini), le territoire de Pelòt
De Tarbas à Rabastens, le territoire des exploits de Pelòt (Carte Cassini)

Refusant la conscription militaire (comme d’autres de ses concitoyens), Pelòt se cache dans le bois de Shins (Chis), situé le long de la route de Tarba à Rabastens. Là, il attaque les voyageurs et les rançonne, si bien que cette voie qui était l’une des plus commerçantes du département, devint complètement déserte.

La Gendarmerie se mobilise mais Pelòt déjoue toutes les tentatives faites pour l’arrêter. Visiblement, il sait s’informer. De plus, il constitue une petite bande de voleurs. Et oui, ses mauvaises actions sont légion. Une nuit, il déleste le curé de Peirun (Peyrun) de ses deniers, et même la servante de ses économies. Une autre nuit, il visite la demeure d’une personne aisée d’Artanhan (Artagnan)…

Alors, le préfet établit un poste de Gendarmerie à Shins. Et il fait surveiller la maison de Pelòt ; d’ailleurs, celui-ci manque de peu d’être arrêté. Plus tard, lors de la visite nocturne de la maison du curé de Senac, l’affaire tourne mal, l’un de ses lieutenants est tué et ses complices arrêtés.

Mais, Pelòt est lui-même blessé et arrêté. On le juge à Tarbes : La Cour a condamné et condamne le nommé Jean LAMON Pélot, ai, à la peine de mort ; ordonne en conséquence que, sur une des places publiques de la ville de Tarbes, il sera dressé un échafaud sur lequel il sera mis à mort par l’exécuteur des jugements criminels ; condamne ledit LAMON Pélot, aux frais du procès envers l’Etat.

Cela ne se fera pas, Pelòt, qui n’a pas été soigné, meurt en prison le 10 avril 1816 des suites de ses blessures. H. Dordins, notre commis greffier, s’en réjouit : Ainsi périt la terreur du pays.

Bandit ou héros ?

Jean-Louis Lavit, auteur de Pelòt, pastorala gascona
Joan-Lois Lavit, l’auteur de Pelòt, pastorala gascona

Si H. Dordins présente Pelòt comme un bandit sanguinaire, ennemi de l’État, ses exploits sont populaires et il devient pour tous un héros.

Peu importe s’il détroussait les pauvres comme les riches, peu importe s’il tuait ceux qu’il soupçonnait de l’avoir dénoncé, il faut bien se défendre ! En fait, sa résistance aux gendarmes et à l’autorité ont suffi pour en faire un héros à un moment où l’autorité de l’État est contestée car elle empiète sur les anciennes libertés. Et à un moment où la conscription, très impopulaire, fait fuir les jeunes du pays.

Le souvenir de ce Robin des Bois parvient jusqu’à nos jours. Ainsi, l’écrivain gascon Jean-Louis Lavit écrit une Pastorale en trois actes, consacrée à Pelòt. Elle est jouée lors de la Hestejada d’Ibòs en 1995. C’est un succès !

Il s’agit d’une pièce de théâtre, dansée et chantée, une forme théâtrale très populaire, notamment aux XVIIIe et XIXe siècles. Et le thème principal des pastorales est la lutte du bien contre le mal.

La pastorale Pelòt

Pastorale gascona Pelot LavitDans une auberge, la pauvre Marièta fait le ménage. Elle est la Cendrillon (Brasoquèta en gascon) de la pastorale. Et elle aime en secret Pelòt ;

Ò Pelòt, doç amic, on ès donc dat adara?
Perqué e cau que sias tostemps tan luenh de jo?
Ò Pelòt, doç amic, que volerí totara
Enténer lo tué pas en noste corredor.

Ô Pelot, doux ami, où es-tu maintenant ?
Pourquoi faut-il que tu sois toujours loin de moi ?
Ô Pelot, doux ami, je voudrais à l’instant
Entendre ton pas retentir dans le couloir.

Des bergers de la montagne passent à l’auberge. Alors, une discussion s’installe et les montagnards demandent des nouvelles du pays :

De qu’anen quin voletz? L’Empèri qu’ei en guèrra.
L’Agla hè arrepè sus mar com sus tèrra.
Qu’ei escanat lo poble e que lhèvan impaus,
Mes moneda qu’avem a dar, e mes chivaus
Tà la cavaleria. E pelats qu’èm. Totun,
Qui a tostemps passa-drets. Que’n sabem plan mes d’un,
En aqueste país, qui an lo pan, lo cotèth,
Quan, de castanhas, non shucam sonque la pèth!

Comment voulez-vous qu’elles aillent ? L’Empire est en guerre.
L’Aigle recule sur la mer comme sur terre.
Le peuple est étranglé, on lève des impôts,
Nous devons donner plus d’argent et des chevaux
Pour la cavalerie. Nous sommes tondus. Pourtant
Il y a toujours des passe-droits : nous en voyons tant,
Dans ce pays qui ont le pain, et le couteau,
Quand, des châtaignes, nous ne suçons que la peau !

Pelòt, Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica

Le décor est planté. En montagne, la situation est la même. Les anciens privilèges de commerce avec l’Espagne sont remis en cause. D’ailleurs, un berger est arrêté au Pont Long. Mais il demande à jouer de la flute et des dizaines de bergers accourent aussitôt pour le délivrer. Les gendarmes de Lorda (Lourdes) arrêtent Grangé, un berger qui réussit à désarmer un gendarme et à s’enfuir…La discussion en arrive à Pelòt :

Pelòt, parlem-ne drin! Se dab jo i vòs hèr
Qu’arriscas de’t trobar dab un bèth clau en pè!
Pelòt be s’ei dressat contra las injusticias.
De véger lo praubèr que’u te fot en malícias.
Plan sovent a potzar moneda s’ei trobat
Enas pòthas d’aqueths qui an, per poder, panat.
E hosse gran bandit, avosse tant raubat
Bèth titol de Marqués que s’averé crompat!

Pelòt, parlons-en un peu ! Si tu veux y faire
Tu risques de te trouver une épine au pied.
Pelòt s’est bien dressé contre les injustices.
Voir toute la misère le met en supplice.
Bien souvent, de l’argent il s’est mis à puiser
Dans les poches de ceux qui, puissants, ont volé.
Et si grand bandit, il avait tant dérobé,
Un titre de Marquis, il aurait acheté !

Pelot
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica

Enfin, Pelòt arrive à l’auberge. À son tour, il tombe amoureux de Marièta et veut l’épouser. Mais, une compagnie de gendarmes à cheval arrive. Et arrête Pelòt.

Adishatz mics! Mès sapiatz

Tà ganhà’s la libertat
Nat òmi providenciau,
Esperar james non cau.
Çò qu’un òmi no’vs pòt balhar,
Tots amassa s’ac cau ganhar!

Au revoir, amis ! Mais sachez
Que pour gagner la liberté,
Un homme providentiel
Jamais il ne faut l’attendre.
Ce qu’un seul homme ne peut donner,
Ensemble, il faut le gagner !

Pelòt est toujours présent

Pelòt - Présentation du projet par les auteurs (Éva & Julien)
Pelòt – Présentation du projet par les auteurs Julien Cabarry & Eva Cassagnet ©YouTube

Pelòt inspire toujours les auteurs. Eva Cassagnet et Julien Cabarry écrivent une série de 13 épisodes en occitan sur ce personnage. ÒC-tele réalise.

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pelot ou la vie d’un chef de brigands, H. Dordins, 1866.
Pelòt, pastorale gasconne, Jean-Louis Lavit, 1994, Prèmi « Pau Froment ». Éditions « Pastorala de Bigòrra ».




La guerre de Gascogne 2– le règne d’Henri II

Nous avons vu (épisode 1) comment s’est formé le duché d’Aquitaine. Par son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, Henri II Plantagenêt, maintenant roi d’Angleterre, gouverne un vaste ensemble territorial, trop puissant pour que le roi de France ne reste sans rien faire.

Des rapports tendus avec Aliénor

Henri II et Aliénor. Extrait d'une miniature d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France, vers 1332-1350, British Library.
Henri II (1133-1189) et Aliénor (1122-1204). Extrait d’une miniature d’un manuscrit des Grandes Chroniques de France, vers 1332-1350, © British Library.

Le règne de Henri II est marqué par une lutte avec les rois capétiens. Il passe les deux tiers de son règne en France, dont sept ans en Aquitaine. La tentative de prendre Toulouse est un échec, Louis VII ayant mis des troupes dans la ville.

Aliénor ne participe pas aux décisions. D’abord, elle a sept enfants qui lui laissent peu de temps pour les affaires publiques. Même si elle remplace son mari à certaines occasions, ses décisions doivent ensuite être confirmées par le roi.

Le roi la prie de résider à Poitiers pour tenir ses vassaux turbulents dans l’obéissance. Là, elle tient une cour brillante de lettrés, d’artistes ; elle fait construire une nouvelle cathédrale. On est bien loin des cours austères de Paris et surtout de Londres.

Et c’est là qu’elle élève son fils préféré, Richard dit le poitevin puis cœur de lion en raison de son courage. Bertrand de Born l’appelle Richard oui ou non en raison de son incapacité notoire à transiger.

Comme sa mère, Richard aime les lettres et la musique. On lui attribue une complainte en occitan : Ja nuls hom pres dont voici un extrait.

Ja nuls hom pres non dira sa razon,
Adrechament, si com hom dolens non;
Mas per conort deu hom faire canson.
Pro n’ay d’amis, mas paure son li don;
Ancta lur es si, per ma rezenson,
Soi sai dos ivers pres.

Nul prisonnier ne dira sa raison
Adroitement, sinon à cœur dolent,
Mais par espoir on doit faire chanson.
J’ai beaucoup d’amis, mais pauvres sont leurs dons ;
Honte soit sur eux si pour ma rançon
Je suis ici deux hivers prisonnier.

Aliénor résidera au Palais des Comtes de Poitiers - Wikimedia Commons
Palais des Comtes de Poitiers – © Wikimedia Commons

La révolte des fils de 1173-1174

En 1154, le Royaume de France est petit comparé à celui d'Henri II roi d'Angleterre
Royaumes de France et d’Angleterre en 1154 – © Wikimedia Commons

En lutte avec le roi de France, Henri II prend conscience de la trop grande étendue de ses territoires et de la fragilité de sa dynastie. Alors, il donne des domaines à ses quatre fils pour préparer sa succession. C’est ainsi que Richard est nommé duc d’Aquitaine, simple titre puisqu’en droit, puisque c’est Aliénor qui est la duchesse d’Aquitaine. Dans les faits, Henri II est autoritaire et continue à gouverner en personne, malgré les récriminations de ses quatre fils.

De plus, Henri II est plus qu’infidèle et il a de nombreux enfants illégitimes. Aliénor finit par se sentir menacée et craint d’être écartée du trône par une rivale. Aussi, elle suscite la révolte de ses quatre fils contre Henri II et même, cherche l’alliance de Louis VII. En pratique, elle pousse ses fils à se rendre à la cour de France.

Henri II n’est pas populaire et « haï par presque tout le monde ».  Les féodaux se soulèvent dans tout le pays, le territoire des Plantagenêts menace de voler en éclats. Mais en quelques mois de combats, Henri II rétablit la situation. Le 30 septembre 1174, les quatre fils font la paix avec leur père.

Henri II entend la leçon

Il fait arrêter et enfermer Aliénor ; sa captivité durera quinze ans. Elle n’est libérée qu’à la mort d’Henri II en 1189. Et elle meurt peu après, à Poitiers en 1204.

Gisant d'Aliénor d'Aquitaine à l'abbaye de Fontevraud
Gisant d’Aliénor d’Aquitaine à l’abbaye de Fontevraud – © Wikimedia Commons

Toutefois, l’alerte est sérieuse. Alors, Henri II se résout à la décentralisation et donne le pouvoir effectif à ses fils sur leurs territoires. Aussitôt, Richard se charge de réprimer la révolte des Gascons qui l’ont pourtant soutenu contre son père ! Changeant d’avis, il se révolte encore contre son père en 1183 et en 1189.

Pendant ce temps, Henri le jeune (1155-1183), successeur désigné d’Henri II est la risée des barons. Il est indécis et n’a aucune autorité. D’ailleurs, le troubadour Bertrand de Born dit de lui :

Le fils d'Henri II, Henri le Jeune, extrait d'une miniature de La vie de Seint Thomas de Cantorbéry, vers 1220-1240.
Henri le Jeune (1155-1183), extrait d’une miniature de La vie de Saint Thomas de Cantorbéry, vers 1220-1240. – © Wikimedia Commons

Ja per dormir non er de Coberlanda
Reis dels Engles ni conqerra Yrlanda,
Ni tenra Angieus ni Monsaurel ni Canda,
Ni de Peiteus non aura la Miranda,
Ni sera ducs de la terra normanda
Ni com platz,
Ni de Bordels ni dels Gascos part Landa
Seigner, ni de Bazats.

Ce n’est pas en dormant qu’il sera de Cumberland
Le roi des Anglais ni qu’il conquerra l’Irlande,
Qu’il tiendra Angers, Montsoreau et Candes,
Ni qu’il aura le tour de guet de Poitiers,
Ni sera duc de la terre normande
Ni comte palatin,
Ni de Bordeaux ni des Gascons au-delà des Landes
Seigneur, ni de Basas.

Deux des fils d'Henri II, Richard Coeur de Lion (1157-1199) & Jean sans Terre (1166-1216)
Richard Cœur de Lion (1157-1199) & Jean sans Terre (1166-1216) – © Wikimedia Commons

L’administration d’Henri II

Bordeaux_en_1229
Bordeaux_en_1229, Henry III étant roi d’Angleterre, et Louis VIII, roi de France, Richard Comte de Cornouailles gouverneur de la Province de Guienne, Savary de Mauléon Commandant en Chef, Mélot Sénéchal de Guienne … (doc. de la Bibliothèque de la Ville de Bordeaux)

Henri II met en place une administration pour encadrer étroitement ses possessions. Il crée un Sénéchal d’Aquitaine qui deviendra Sénéchal de Gascogne quand il ne restera plus que la Gascogne aux Plantagenêts. Représentant le roi, le Sénéchal réside à Bordeaux et est chargé de toutes les affaires intérieures (administration, justice, finances). Muni de pouvoirs militaires, il doit assurer la défense de la Gascogne.

Comme le roi est souvent absent, le Sénéchal a un rôle très important. Aussi, pour éviter qu’il ne prenne trop de pouvoir, il est en principe changé tous les ans. Lors de sa prise de fonction, le Sénéchal fait la tournée des villes pour prêter serment, comme à Saint-Sever :

Que ed lor sera bon senhor et leyau et lor gardera fors et coustumas: eus gardera de tort et de forssa de ssiiu et d’aultruy a son leyau poder

Qu’il leur sera bon seigneur et loyal, et gardera leurs fors et coutumes : qu’il les gardera de tort et de violence de sa part et d’autrui, selon son loyal pouvoir.

Les jurats promettent à leur tour :

Que edz seran audit senescaut bons, fideus, leyaus et obediens; bita et membres lo garderan; bon et fideu conseilh lo deran et secret lo tendran tant com sera audit offici.

Qu’ils seront audit Sénéchal bons, fidèles, loyaux et obéissants ; vie et membres lui garderont ; bon et fidèle conseil lui donneront et le garderont secret tant qu’il sera au dit office .

L’organisation complémentaire

Le Duché d'Aquitaine et ses territoires voisins avant 1337
Le Duché d’Aquitaine et ses territoires voisins avant 1337 © The Gascon Rolls Project (1317-1468)

En temps de crise ou de menace, le roi nomme un Lieutenant dont les fonctions sont purement militaires. Parfois, les fonctions de Lieutenant et de Sénéchal sont occupées par la même personne. L’un deux est Simon de Montfort, comte de Leicester, petit-fils de Simon du chef de la croisade contre Toulouse. Son gouvernement est si mauvais que nous en reparlerons plus loin.

En 1255, la Sénéchaussée des Lannes (Landes) est séparée de celle de Bordeaux et a son siège à Dax. Elle est ensuite divisée en deux petites Sénéchaussées : celle de Bayonne et celle de Saint-Sever.

Le Connétable de Bordeaux est chargé des finances. Tandis que des officiers subalternes tiennent les forteresses (Connétables), d’autres représentent le roi dans les villes (Prévôts).

À tous les postes, Henri II remplace les barons locaux par des Anglais qui lui sont fidèles et plus faciles à surveiller. Mais, cela crée un profond mécontentement parmi les Gascons.

Heureusement, il reste la Cour de Gascogne, cour de justice qui traite des affaires féodales. Henri II n’a de cesse de vouloir diminuer son rôle car elle est une atteinte à l’autorité du roi. Ainsi, il nomme son Sénéchal de Bordeaux à la tête de la Cour de Gascogne. Mais, rien n’y fait, les institutions féodales résistent.

La lutte pour Toulouse

le Royaume d'Angleterre en 1180, à la mort de Henri II
Royaumes de France et d’Angleterre en 1180 © La Classe d’Histoire

Henri II n’abandonne pas son projet de conquérir le comté de Toulouse. Aussi, il cherche des alliés. C’est pourquoi il marie Richard cœur de lion à Bérangère, fille du comte de Barcelone, éternel rival du comte de Toulouse.

En 1159, il attaque Toulouse avec l’aide de Raymond Béranger.  Mais, Louis VII qui est le beau-frère du comte de Toulouse se jette dans la ville avec son armée. Après quelques assauts infructueux, Henri II s’en va. De nouveau, il fait une tentative entre 1162 et 1164. Sans grand résultat. Cependant, ce sont les villes situées le long de la Garonne qui souffrent du passage des armées.

Il recommence encore en 1167, cette fois-ci avec l’aide du roi d’Aragon. Raymond V, pris entre deux feux et ne pouvant plus compter sur l’aide de Louis VII, se soumet et fait hommage à Richard cœur de lion, désormais duc d’Aquitaine.

Remparts de Toulouse
Remparts de Toulouse © https://toulouseetlabrique.wordpress.com/

En 1188, Richard cœur de Lion entre en campagne contre Toulouse. Il prend Moissac et le Quercy, fait des dégâts sur la Garonne et arrive à Toulouse. Philippe Auguste envoie une armée et Richard cœur de lion doit se retirer.

Henri II meurt en 1189, Richard devient roi et part pour la croisade. Toulouse est sauvée.

 

 Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les Plantagenêts – Origine et destin d’un empire,  Jean Favier – Editions Fayard, 2004.
Les comtes de Toulouse,  Jean-Luc Déjean, Editions Fayard, 1988.
Revue de Gascogne,




L’histoire de Carnaval en Béarn

Carnaval est synonyme de fête dans la rue. Il semblerait d’ailleurs que ce soit une fête ancienne. À quoi ressemblait-elle ? Comment a-t-elle évolué ? L’exemple du Béarn.

De quand date la fête de Carnaval ?

Impossible de répondre évidemment. Certains évoquent comme origine ou prémisse les Lupercalia (Lupercales), fêtes qui avaient lieu dans la Rome antique du 13 au 15 février. Il s’agit d’une fête de purification avant de débuter la nouvelle année (alors le 1er mars).

Andrea Camassei, Les Lupercales (vers 1635), Madrid, musée du Prado.
Andrea Camassei, Les Lupercales (vers 1635), Madrid, musée du Prado © Wikipedia

Cette fête était ritualisée. Des prêtres sacrifiaient un bouc dans la grotte du Lupercal où la louve avait allaité Rémus et Romulus. Puis, avec le couteau du sacrifice, le prêtre touchait le front de deux jeunes hommes, vêtus d’un pagne en peau de bouc. Les jeunes hommes couraient ensuite dans la ville de Rome, munis de lanières taillées dans la peau du bouc. Ils en fouettaient les femmes qui se mettaient sur leur passage afin d’avoir un enfant dans l’année. On est quand même assez loin de la fête débridée de Carnaval.

En tous cas, des premiers siècles de notre ère, on n’a pas gardé de trace des fêtes de Carnaval. Mais il faut dire qu’on n’écrivait pas sur les traditions populaires. Cependant, il est probable qu’elles aient existé un peu partout en Europe, que ce soit pour fêter le retour du printemps ou pour précéder le long carême quand l’Église s’appropria et encadra les fêtes païennes. Finalement, il s’agit d’un moment de respiration pour le peuple après la saison hivernale.

Cependant, le plus ancien édit, que nous avons conservé, parlant d’un carnaval, date de 1094 et concerne la République de Venise.

La fête de tous les excès

Des traces que l’on a par chez nous, dès le Moyen-âge, Carnaval est une fête débridée. On rit, on danse, on saute, on court, on mange, on boit, on porte armes et bâtons, on est violent, on déborde, parfois on perturbe les offices ou on pille des maisons. Probablement peu ritualisée, on improvise la fête chaque année.

Dominique Bidot-Germa © Editions Cairn
Dominique Bidot-Germa, historien © Editions Cairn

Dominique Bidot-Germa, maître de conférence en histoire médiévale à l’université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), nous donne des pistes pour comprendre cette fête dans le Béarn. Par exemple, il évoque les pantalonadas et les mascaradas de dimars gras. Car il est à peu près sûr que l’on se masquait, qu’on se déguisait. 

De plus, on pratiquait l’inversion. Une habitude festive fort ancienne, puisqu’on la pratiquait déjà pendant les Sacées à Babylone, 2000 ans avant notre ère. À cette occasion, les esclaves ordonnaient aux maitres. Même chose pendant les Saturnales de la Rome antique.

En Béarn, les hommes mettaient des habits de femmes et les femmes des habits d’homme. On ridiculisait les savants, on opposait l’homme et la bête, le sauvage et le civilisé, etc.

L’Église, puis la Réforme y voyaient des restes de paganisme et des offenses aux bonnes mœurs. Pourtant, ce n’était pas la seule fête ainsi. L’Église elle-même participait activement entre le XIIe et le XVe siècle à la fête des Fous de fin décembre. Les enfants de chœur s’installaient à la place des chanoines, les prêtres faisaient des sermons bouffons, l’on chantait des cantiques à double sens voire franchement obscènes, on honorait l’âne (qui porta la Sainte Famille), on se gavait de saucisses, on se travestissait, etc.

La fête des fous, Pieter van der Heyden (1530?-1576?). Graveur d'après P. Bruegel inventorVan Der Heyden
La fête des fous, Pieter van der Heyden (1530?-1576?),  d’après P. Bruegel © BNF

Stop au carnaval !

Henri d'Albret, roi de Navarre (1503-1555) © Wikipedia
Henri d’Albret, roi de Navarre (1503-1555) © Wikipedia

Dominique Bidot-Germa nous rappelle que les excès de cette fête créait des perturbations qui finissaient parfois en procès. Les gouvernants demandèrent puis exigèrent de la modération. Par exemple, en 1520, Henri II d’Albret, roi de Navarre, émit une ordonnance pour faire cesser les débordements de Carnaval en Béarn.

Nous es estat remonstrat que… en la capere de Noustre Dame de Sarrance a laquau confluexen plusiours personages…  vagamons et autres gens dissoluts… se son trobats et trobades haber cometut auguns actes deshonestes […] et la nueit fen dance dens lous ceptis de la dite capere ab tambourins, arrebics et cansons deshonestes […] dedens la gleise devant la dite image de la bonne Dame.

Il nous a été rapporté que… dans la chapelle de Notre Dame de Sarrance vers laquelle affluent un certain nombre de personnes… vagabonds et autres gens dissolus… ont commis des actes déshonnêtes […] et ont dansé la nuit dans l’enceinte de ladite chapelle avec des tambourins, des sonnailles et des chansons déshonnêtes […] à l’intérieur de l’église devant ladite image de la bonne Dame.

Cela ne suffit pas. Aussi, Jeanne d’Albret y revint et interdit le masque, le chant et la danse dans la rue. Enfin, une autre ordonnance de 1565 condamna las danses publiques, las insolences et autres desbauchamentz.

Mais tout ceci était diversement écouté. Le professeur palois signale par exemple que le corps de la ville de Bruges versait de l’argent aus companhous qui fen lo solas, donc à ceux qui animaient le divertissement.

J. Bosch (v. 1450-1516)- Le combat entre Carnaval et Carême - Museum Catharijneconvent, Utrech© Wikipedia
J. Bosch (v. 1450-1516)- Le combat entre Carnaval et Carême – Museum Catharijneconvent, Utrech© Wikipedia

La canalisation de Carnaval

À partir du XVIe siècle, cette fête populaire attira l’attention des élites. François Rabelais écrivit : Car aulcuns enfloyent par le ventre, et le ventre leur devenoit bossu comme une grosse tonne : desquelz est escript : Ventrem omni-potentem : lesquelz furent tous gens de bien et bons raillars. Et de ceste race nasquit sainct Pansart et Mardygras.

Saint Pançard du Carnaval Biarnés
Saint Pançard du Carnaval Biarnés

Des calendriers, des gravures circulèrent et il est probable, nous dit Dominique Bidot-Germa, que les modèles de carnaval d’autres régions, d’autres pays étaient présentés. En tous cas, petit à petit, apparurent des nouvelles façons de fêter cette période. Et au XVIIIe siècle, la forme se stabilisa : défilé, personnages, mises en scène, jugement de Carnaval firent désormais partie des pratiques.

Le Béarn et Pau en particulier se sont réappropriés carnaval. Un site lui est dédié. Et, pour ne pas oublier qu’il est la suite d’une longue histoire, il vous donne les expressions principales à connaitre en béarnais. Par exemple, ce n’est pas parce que vous batetz la bringa (faites la bringue) que vous devez boire jusqu’à tocar las aucas (tituber).

Et si vous voulez en savoir plus sur le rituel à Pau, pourquoi ne pas relire notre article de 2023 : Saint Pançard revient au pays,  Mardi gras : Sent Pançard que torna au país.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire : aux origines du carnaval, interview de Gilles Bertrand, National Geographic, Julie Lacaze.
Tout savoir sur l’origine du Carnaval.
Mascarades et pantalonadas : le carnaval en Béarn, de la violence festive au folklore (Moyen Âge-XIXe siècle), Actes du 126e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Terres et hommes du Sud », Dominique Bidot-Germa, Toulouse, 2001.    




Les arts décoratifs et les artistes Gascons

Le XIXe et le début du XXe siècle sont riches en réalisations architecturales, sculpturales ou picturales. Et les Gascons ont pris leur part dans l’essor de ces arts décoratifs. Il n’est pas possible de tous les citer. Intéressons-nous à quelques-uns d’entre eux, issus d’un petit pays montagnard, dont certaines œuvres nous sont familières sans que l’on sache qu’ils en sont les auteurs.

L’architecte & peintre Hector d’Espouy

Hector d’Espouy (1854-1929)
Hector d’Espouy (1854-1929) © Monique et Joël GRANSON

Hector d’Espouy (1854-1929) est né dans la maison maternelle, à Salas d’Ador (Salles-Adour) dans la plaine de Bigorre. Son père est juge de paix à Caseras (Cazères- sur-Garonne) où la famille s’installe.

Il se destine à une carrière de peintre, mais son père l’oblige à faire des études d’architecture. Alors, il entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Tolosa (Toulouse), puis à celle de Paris en 1876. Là, il fréquente l’atelier du célèbre architecte Honoré Daumet.

 

 

Hector Espouy, Esquisse pour la galerie Lobau de l'Hôtel de Ville de Paris (Liberté, Egalité, Fraternité) 1890
Hector d’Espouy, Esquisse pour la galerie Lobau de l’Hôtel de Ville de Paris (Liberté, Egalité, Fraternité) 1890

Lauréat du grand prix de Rome en 1884, il s’installe à la Villa Médicis de Rome de 1885 à 1888. Et il en profite pour voyager en Egypte, en Grèce et en Asie Mineure. Mais la peinture le passionne toujours ; il obtient la médaille du salon de 1890 pour son dessin de la basilique de Constantine de Rome.

Ses réalisations

De retour à Paris, il reçoit de nombreuses commandes publiques et privées. On lui doit la fresque d’entrée du Panthéon à Paris, la décoration de salles du Musée des Beaux-Arts de Nantes, des peintures décoratives en Belgique, au Luxembourg, à New-York…

Hector Espouy - Eglise de Cazères sur Garonne, rénovation de la façade principale (fin 198e)
Hector Espouy (1854-1929), l’architecte – Eglise de Cazères sur Garonne, avant et après rénovation de la façade principale (fin 19e) © Wikimedia

En 1895, il est nommé professeur de peinture ornementale à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il publie des ouvrages remarqués : Fragments d’Architecture antique en 1905, Fragments d’Architecture du Moyen-âge et de la Renaissance en 1925.

Pourtant, il revient souvent à Casèras qui lui doit la construction de la halle du marché en 1884 et son monument aux morts en 1923 ainsi que la rénovation de l’église.

Jean d’Espouy, le fils peintre aquarelliste

Hector travaille aussi avec son fils Jean, un peintre de valeur, plusieurs fois primé, qui a même le mérite d’exposer une belle fresque représentant un paysage pyrénéen,  que l’on peut toujours admirer à Tourcoing, dans le hall du Crédit du Nord.

Pendant la première guerre mondiale, Jean dessine les scènes terribles que vivent les soldats. Il rejoint à la libération un mouvement pour la paix aux côtés de grands auteurs comme Aragon, Gide ou Vaillant-Couturier. Il meurt à 30 ans d’une congestion pulmonaire qui affectera profondément son père, Hector.

Jean d'Espouy, peintre / Portrait d'un officier.jpg
Jean d’Espouy, l’aquarelliste (1891-1921) : portrait d’un officier.  © Monique et Joël GRANSON et Médiathèque de Cazères

Raymond d’Espouy, le neveu pyrénéiste

Raymond d’Espouy (1892-1955) est le neveu d’Hector d’Espouy. Né à Monléon-Magnoac, il fait des études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris où il est l’élève de son oncle Hector. Comme il est aussi passionné de montagne, il est admis à la Société des peintres de montagne et laisse une quantité impressionnante de dessins, aquarelles et huiles consacrées aux Pyrénées. Entre autres, il illustre le fameux guide Soubiron de 1920.

Un article complet est consacré à cet homme aux multiples talents.

Raymond d'Espouy - portrait de Henri Brulle, Pyrénéiste
Raymond d’Espouy (1892-1955) – portrait de Henri Brulle, pyrénéiste © Wikipedia

Le sculpteur Edmond Desca

Edmond Desca (1855-1918), sculpteur
Edmond Desca (1855-1918), sculpteur © Wikipedia

Edmond Desca (1855-1918) nait à Vic de Bigòrra (Vic en Bigorre). Il se destine à la sculpture et étudie lui aussi à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris où il sera l’élève de François Jouffroy. Et lui aussi obtient régulièrement des médailles lors du Salon des Artistes Français et lors des Expositions Universelles de 1899 et de 1900.

En 1897, il épouse Alice Gruié, lithographe, graveuse et peintre célèbre.

Edmond Desca réalise de nombreuses statues qui peuvent être admirées à Nancy (On veille de 1885), au jardin Massey de Tarbes (L’ouragan de 1887) ou devant la mairie (Danton de 1903), à Vic-Bigorre (La Revanche de 1894), au parc Montsouris de Paris (La mort du lion de 1913), à Pau (Salut noble Béarn de 1918), etc.

Edmond Desca - Danton, Pace de la Mairie de Tarbes (1903)
Edmond Desca – Danton, Place de la Mairie de Tarbes (1903)

Ses statues ornent des monuments aux morts, notamment à Oloron, Périgueux et bien sûr Vic en Bigorre.

L’œuvre la plus connue d’Edmond Desca est sans doute la Fontaine Duvigneau dite Fontaine des quatre vallées, située sur la place du Marcadieu à Tarbes. Le sculpteur la réalise en 1896 en collaboration avec Jean Escoula et Louis Mathet.

Les Escoula, Jean et Jacques, sculpteurs

Jean Escoula- (1851-1911), sculpteur de la Souffrance (1897)
Jean Escoula- (1851-1911), sculpteur – Souffrance (1897) © Wikipedia

Jean Escoula (1851-1911) est né à Bagnères de Bigorre. Naturellement, il fait jusqu’en 1871, son apprentissage chez son père qui est marbrier .

Mais Jean a un grand talent, alors il « monte » à Paris pour travailler dans les ateliers de sculpteurs extrêmement célèbres, Jean-Baptiste Carpeaux et Auguste Rodin. D’ailleurs, il exécute pour Auguste Rodin les marbres intitulés Eve, Eternelle Idole ou encore La Danaïde.

Il expose au Salon des artistes français et remporte une médaille d‘or lors des expositions universelles de 1889 et de 1900.

Jacques Escoula - Monumentau Morts d'Ibos (65)
Jacques Escoula (1882-1930), sculpteur – Monument aux Morts d’Ibos (1921) © Wikipedia

Ses œuvres ornent les jardins du château de Rambouillet ou les musées de Châlons, de Nîmes, de Douai, de Valenciennes et le Musée d’Orsay. À Bagnères, il réalise la Muse bagnéraise du parc thermal en 1909 et le Monument à Sophie Cottin en 1910. De même, à Tarbes, il participe à la réalisation de la Fontaine des Quatre-vallées.

Son fils Jacques Escoula (1882-1930) est aussi un sculpteur reconnu. Il réalise le buste de Gustave Flaubert pour le jardin du Luxembourg à Paris. En Bigorre, il réalise le monument aux morts d’Ibos en 1921.

Le sculpteur Firmin Michelet

Firmin Michelet, sculpteur (1875-1951)
Firmin Michelet, sculpteur (1875-1951) © Wikipedia

Firmin Michelet (1875-1951) est un sculpteur tarbais. Il se forme auprès d’artistes toulousains avant de mener une carrière à Paris.

À partir de 1898, il expose au salon des artistes français et reçoit de nombreux prix. Spécialisé dans la sculpture monumentale, il crée des bas-reliefs pour la Chapelle commémorative du Mémorial des batailles de la Marne et réalise, en collaboration avec Paul Belmondo, un bas-relief au Palais du Trocadéro à Paris.

Firmin Michelet, le sculpteur du d'Artagnan (Auch)
Firmin Michelet – La statue de d’Artagnan à Auch (1931) © CD32

 

 

Il réalise de nombreux monuments aux morts dans les Ardennes, l’Aude, le Calvados, les Landes, la Somme, … Il est l’auteur du monument aux maréchaux Foch, Joffre et Galliéni à Saint-Gaudens, de la statue de d’Artagnan qui orne le grand escalier d’Auch et de nombreuses statues de Foch (dont la statue équestre à Tarbes).

Dans les Hautes-Pyrénées, il crée les monuments aux morts d’Andrest, Cauterets, Luz Saint-Sauveur, Mauléon-Barousse, Rabastens de Bigorre, Séméac, Tarbes, Tournay. Il réalise également des bas-reliefs pour la façade du Musée Salies de Bagnères ou Notre-Dame des Neiges à Gèdre-Gavarnie.

Firmin Michelet est exposé au Musée d’Orsay à Paris.

Des artistes méconnus en Gascogne

Ces artistes gascons que nous avons rapidement présentés sont « montés » à Paris pour faire carrière. Pourtant, ils n’ont pas oublié leur Gascogne natale et ont largement contribué à l’embellir par leurs œuvres.

Elles parsèment nos villes et villages mais peu d’entre nous connaissent ces artistes pourtant souvent présents dans les grands musées nationaux.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les chefs-d’œuvre du Cazérien Hector d’Espouy, de son fils Jean et de Raymond d’Espouy, Monique et Joël GRANSON, 2019.
Edmond Desca et « L’Immortelle », La nouvelle République des Pyrénées,  11/07/2020
Les romantiques bigourdans : Jean Escoula, La Dépêche, 23/02/2010
Firmin Michelet sculpteur, photos rares et inédites, Loucrup65




Louis Saudinos et la culture du Luchonnais

Louis Saudinos est né à Mayrègne, en vallée d’Oueil, près de Luchon. Fils de berger, il
s’intéresse à la culture et à la langue de sa vallée à qui il reste fidèle toute sa vie.

Saudinos, un autodidacte discret

Louis Saudinos faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège © Revue du Comminges 01/01/73 Gallica
Louis Saudinos (à gauche), faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège (1870-1956) © Revue du Comminges 01/01/73-Gallica (photo non datée)

Louis Saudinos (1873-1962) est ordinairement appelé Loís de Pehauré, du nom de sa maison. C’est courant en Gascogne de donner aux personnes le nom de leur maison.

Enfant, il aide aux travaux des champs, s’occupe des bêtes et fréquente l’école de Mairenha (Mayrègne). En 1887, il entre chez les Frères à Luchon et obtient le brevet. Puis, il devient fonctionnaire aux Contributions indirectes. Surtout, il dévore tous les livres qu’il peut trouver, notamment de psychologie et de sociologie. Et il lit aussi les œuvres de Saint-Augustin qu’il admire.

Jean Jaurès
Louis Saudinos, admirateur de Jean Jaurès (1859-1914)

Comme il s’intéresse aux questions sociales, séduit par les discours de Jean Jaurès, Louis Saudinos adhère à la SFIO et devient franc-maçon. La politique semble l’intéresser quelque peu.  Ainsi, dans le journal Le Petit Commingeois du 1er aout 1948, il prône la constitution d’une régie rurale pour l’exploitation des forêts de Luchon.

Un intérêt marqué pour la vallée

L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1041
L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1941

Cet autodidacte discret s’intéresse au gascon parlé dans sa vallée. Il s’intéresse aussi au patrimoine bâti. Et à la vie des gens, jusqu’à devenir le spécialiste de l’histoire, de la langue et de l’ethnographie de la vallée d’Oueil.

Louis Saudinos écrit beaucoup et publie régulièrement des articles dans la presse locale. Dans L’Echo Pyrénéen des 21 décembre 1941, 4 et 11 janvier 1942, il publie La sentence arbitrale entre les coseigneurs de la vallée de la Baroussse et les coseigneurs de la vallée d’Oueil le 11novembre 1344.

De plus, ses recherches permettent de rétablir l’origine du nom de sa vallée. Dans un article publié le 27 août 1950 dans Le Petit Commingeois, il démontre que la vallée d’Oueil n’est pas la « vallée des brebis » (oelhas = brebis en gascon, prononcer oueillos) mais « la vallée des sources » (uelh = source en gascon, prononcer oueill).

Louis Saudinos aétidié toute sa vie les traditions de la Vallée d'Oueil © Balades et Bricolages
La Vallée d’Oueil © Balades et Bricolages

Louis Saudinos, une vie de collecte de mots et d’objets

Son carnet à la main, assis dans une auberge, il écoute ses interlocuteurs et note soigneusement leurs propos. Comme il n’a pas de voiture, il parcourt les vallées du pays de Luchon en car. Tout comme Félix Arnaudin, il rémunère ses interlocuteurs en fonction du temps passé. Tout bonnement, Louis Saudinos leur offre à boire, des sucreries ou des cigarettes.

Le Petit Commingeois du du 2 mai 1954
Le Petit Commingeois du 2 mai 1954

Son recueil fait l’objet de publications. Ainsi, dans Le Petit Commingeois des 3 et 9 avril 1949, il publie un article remarquable : « L’ours guette et attaque les troupeaux » dans lequel il explique les rapports entre les bergers et l’ours. Le chien de montagne est important pour la défense des troupeaux. Et cela se sait depuis longtemps. Par exemple, le 15 Pluviôse an VI, le conseil municipal de Castillon délibère pour acheter chaque année deux chiens de montagne et les affermer aux bergers. De même, il décrit une attaque de chevaux déjouée par l’organisation du troupeau qui fait face. Ou encore, une attaque d’un troupeau de vaches déjoué par la rangée de cornes qui l’affrontent. Et de conclure : En définitive, l’ours n’apaise le lancinant souci de sa pitance qu’auprès d’animaux isolés occasionnellement, ou bien de troupeaux de moutons non gardés.

Louis Saudinos publie aussi un ouvrage sur la culture familiale du lin et du chanvre dans lequel il décrit leur culture, leur récolte, leur préparation et leur tissage en utilisant les mots gascons de sa vallée pour chaque opération.

La collecte d’ethnographie donnée au Musée de Luchon

Louis Saudinos est un des fondateurs du musée de Bagnères-de-Luchon situé à l'Hôtel de Lassus - Nestier (1772),
Bagnères-de-Luchon Hôtel de Lassus – Nestier (1772), siège du Musée de Luchon et de l’Office du Tourisme

Lors de ses tournées, Louis Saudinos visite les granges et les greniers à la recherche des objets de la vie courante devenus inutiles. Les gens disent : Saudinòs que s’ei tornat hòu (Saudinos est devenu fou). D’autres le surnomment le peilharòt (le chiffonnier).

Cependant, il finit par récolter une masse considérable d’objets. Il les lègue au Musée de Luchon qu’il contribue d’ailleurs à créer en 1922.  Et sa collection ethnographique est aujourd’hui la plus riche de tout le sud de la France !

Le Musée de Luchon, aujourd’hui fermé pour des raisons de sécurité, occupe l’hôtel de Lassus-Nestier. Cet hôtel avait été construit en 1772 pour le séjour du duc de Richelieu venu prendre les eaux. Outre la collection d’ethnographie de Louis Saudinos, il abrite la collection archéologique de Julien Sacaze, la collection de lithographes, dessins et estampes de Bertrand de Gorsse, ainsi que d’autres collections sur les sports d’hiver à Superbagnères, le thermalisme, la faune, la flore et la géologie du pays de Luchon.

Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie
Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie

Louis Saudinos est membre de l’Académie Julien Sacaze depuis 1939. Il en est le vice-Président en 1955 et 1956 puis le Président en 1957 et 1958. Il présente de nombreuses communications à l’Académie et publie des articles dans la presse locale.

Outre les notices des collections d’ethnographie du Musée de Luchon, il publie « Le quillier pyrénéen » dans le journal L’Echo Pyrénéen du 20 juin 1941, « Les jeux populaires dans le canton de Luchon » dans ce même journal du 13 avril 1942 et repris dans la Revue de Comminges du 1er trimestre 1975.

Son travail contribue à la connaissance des us et coutumes de la vallée d’Oueil et du pays de Luchon.

Louis Saudinos et le gascon

Louis Saudinos était membre de l'Escolo deras Pirenéos
Armanac dera Mountanho – Escolo deras Pirenéos 1934

Amoureux de la langue et de la culture locale, Louis Saudinos aimait à dire : En patoès, nat mot ne put (En patois, aucun mot ne pue).

Il recueille une liste impressionnante de mots et de toponymes de sa vallée d’Oueil et du pays de Luchon et publie des articles dans Le Petit Commingeois. Par exemple (extrait) : Au lieu de Lichoulan, rien de visible ne permet de comprendre le pourquoi de cette désignation. Mais le dépouillement des délibérations du conseil municipal au XIXe siècle, lève l’énigme. Anciennement, sur les pâturages agrestes de Lichoulan florissait, au cours de l’été, l’industrie familiale du fromage de chèvre. Or, le premier lait des femelles, après mise bas, est appelé Lichoun, soit, le terme français de colastrum. De là le Lichoulan.

Outre les articles publiés dans les journaux de Luchon, Louis Saudinos publie un Essai d’un vocabulaire commingeois local préfacé par le professeur Jean Séguy. Suivra La toponymie du canton de Bagnères de Luchon qu’utiliseront Fritz Krüger, le célèbre dialectologue allemand, et Jean Séguy, auteur du l’Atlas linguistique de la Gascogne.

Armanac de la Gascougno-1951
Louis Saudinos, Armanac de la Gascougno-1951

Louis Saudinos est membre de l’Escolo deras Pireneos depuis sa création par Bernard Sarrieu en 1904. Il écrit aussi des articles en gascon, comme ce petit poème dans l’Armanac de la Gascougno de 1951, p. 18 : Enta-s quequerejaires.

Toute sa vie, Louis Saudinos est resté fidèle à sa vallée d’Oueil. Fils de berger, autodidacte, il a entrepris un travail considérable de collecte de mots et d’objets ethnographiques de sa vallée et du pays de Luchon. Sans lui, nous aurions sans doute perdu une partie de notre patrimoine et de notre mémoire collective.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le Petit Commingeois
Un centenaire : Louis Saudinos (1873–1962), créateur des collections d’art populaire du musée de Luchon. Jean Castex, Revue du Comminges 01/01/1973
L’industrie familiale du lin et du Chanvre, Annales de la Fédération Pyrénéenne d’économie Montagnarde, Tome IX, années 1940 – 1941. Gallica.fr
Idiome du Haut-Comminges par Louis Saudinos, Le Petit Commingeois du 28 février 1954
Préface à une étude linguistique de L. L. Saudinos, Jean Séguy, Revue du Comminges 01/01/1955
Louis Saudinos, bibliographie
Luishon pour les curieux – Guide au éditions Reclams




La guerre de Gascogne 1- Le duché d’Aquitaine

Premier volet – le Duché d’Aquitaine

Ce que nous appelons la « guerre de Gascogne » est plus connue sous le nom de la « guerre de cent ans » qui, dans les faits, a duré plus de 300 ans. L’origine de cette guerre se trouve en Gascogne et une grande part des opérations s’y sont déroulées. Remontons le temps.

Les origines du conflit

Le duché de Gascogne vers 1030 © Wikipedia
Le duché de Gascogne vers 1030 © Wikipedia

Les origines du conflit sont anciennes et résultent de plusieurs crises de succession.

Guilhem Sanç est comte et duc de Gascogne de 961 à 996. Il épouse Urraca, fille du roi de Pampelune, et a cinq enfants. Bernat-Guilhem lui succède mais meut sans postérité en 1009. Son frère Sanç-Guilhem devient à son tour comte et duc de Gascogne, puis comte de Bordeaux jusqu’en 1032. Sa sœur Brisca épouse Guilhem V qui est comte de Poitiers et duc d’Aquitaine. Les acteurs du drame sont en place !

À la mort de Sanç-Guilhem en 1032, son neveu Odon de Poitiers hérite du duché de Gascogne et du comté de Bordeaux. Il disparait en 1039 et Bernat, comte d’Armagnac, surnommé Tumapalhèr en gascon (Tumapaler en français), devient comte de Gascogne. [NB: tuma-palhèr veut dire littéralement heurte-meule ; se dit d’une personne sournoise ou taciturne.]

Mais en 1044, Guilhem VIII de Poitiers devient comte de Bordeaux et conteste la Gascogne au comte d’Armagnac. L’affaire se termine à la bataille de La Castelle (près de Grenade sur Adour) en 1063. Bernat Tumapalhèr doit vendre à Guilhem VIII ses droits sur la Gascogne pour 15 000 sous. Les duchés de Gascogne et d’Aquitaine sont désormais réunis.

Pourtant, même réunis sous une même autorité, les cours de Poitiers et de Gascogne siègent séparément.

Les ducs d’Aquitaine et le comté de Toulouse

Guilhem VIII de Poitiers a réuni les deux duchés et on ne parle plus désormais que du duché d’Aquitaine.

Guillaume IX
Guillaume IX

Son fils est le fameux troubadour Guilhem IX. Il devient comte de Poitiers, duc d’Aquitaine et de Gascogne en 1086. Il n’a que 15 ans, d’où son surnom de Guilhem lo joèn/ Guillaume le jeune.

Guilhem IX épouse Filippa, fille de Guilhem IV comte de Toulouse. Celui-ci meurt en 1094 au cours d’un pèlerinage, sans laisser de descendance. Selon le testament de son grand père, le comté de Toulouse revient à Raimon (dit Raymond de Saint-Gilles), son frère cadet.

Guilhem IX ne l’entend pas ainsi et revendique le comté de Toulouse au nom de sa femme qui passe avant Raimon dans les droits successoraux. Il est vrai que s’il ajoutait le comté de Toulouse à son duché d’Aquitaine, il gouvernerait presque tout le sud de la France et aurait un accès direct à la Méditerranée !

Lorsque Raimon part pour la Terre Sainte en 1098, Guilhem IX en profite pour occuper Toulouse. Ce sont les moines du chapitre de Saint-Sernin qui le font rentrer dans Toulouse car ils sont en conflit avec leur comte. Guilhem IX part à son tour en Terre Sainte en 1101 et les Toulousains en profitent pour chasser ses troupes. Qu’importe, il reprend Toulouse de 1113 à 1123 mais en est de nouveau chassé.

Alienòr, petite-fille de Guilhem IX fera une nouvelle tentative en 1141 avec l’appui du roi Louis VII qui met le siège devant Toulouse. C’est un échec, les Toulousains résistent. En 1159, Henri II d’Angleterre attaque Toulouse. Cette fois-ci, Louis VII met des troupes dans la ville pour la défendre. Henri II doit lever le siège au bout de trois mois mais, comme nous le verrons, ce n’est pas sa dernière tentative de prendre Toulouse.

Le duché d'Aquitaine et le comté de Toulouse vers 1180
Le duché d’Aquitaine et le comté de Toulouse vers 1180

Guilhem IX lo Trobador

Homme de guerre redouté, Guilhem IX (1071-1126) est aussi troubadour. Sa cour de Poitiers est brillante, sans doute l’une des plus raffinées d’Europe. Il y accueille les meilleurs artistes de l’époque.

Les poèmes en occitan de Guilhem IX sont les plus anciens connus, du moins qui ne soient pas d’inspiration religieuse. On lui attribue 11 chansons d’inspiration galante. C’est d’ailleurs le précurseur de l’amour courtois.

Voici l’une de ses chansons (extrait) :

Farai chansoneta nueva
ans que vent ni gel ni plueva.
Ma dona m’assaya e·m prueva
quossi de qual guiza l’am;
e ja per plag que m’en mueva,
no·m solvera de son liam.

Deux musiciens des Cantigas de Santa Maria
Deux musiciens des Cantigas de Santa Maria

qu’ans mi rent a lieys e·m liure,
qu’en sa carta·m pot escriure;
e no m’en tenguatz per yure
s’ieu ma bona dompna am,
quar senes lieys non puesc viure,
tan ai pres de s’amor gran fam.

Je ferai chansonnette nouvelle
avant qu’il vente, pleuve ou gèle.
Ma dame me teste, m’éprouve,
pour savoir combien je l’aime ;
et elle a beau me chercher querelle,
jamais je ne renoncerai à elle.

Je me rends à elle, je me livre
Elle peut m’inscrire en sa charte ;
Et ne me tenez pour ivre
Si j’aime ma bonne dame,
Car sans elle je ne puis vivre,
Tant de son amour j’ai grand faim.

Guilhem lo trobador meurt en 1126. Guilhem X (1099-1137) lui succède puis, en 1137, le duché d’Aquitaine revient à Alienòr.

La duchesse Aliénòr d’Aquitaine

Raymond de Poitiers accueille Louis VII à Antioche
Raymond de Poitiers accueille Louis VII à Antioche

Alienòr (1102-1204) est la fille de Guilhem X d’Aquitaine.

Le 25 juillet 1137, elle épouse Louis de France. La cérémonie a lieu à Bordeaux. À Poitiers, Alienòr et Louis sont couronnés duc et duchesse d’Aquitaine. Quelques mois plus tard, Louis devient roi de France sous le nom de Louis VII. Alienòr est couronnée reine de France à Bourges le jour de Noël.

À Paris, Alienòr fait venir des troubadours et introduit les modes vestimentaires de son pays, jugées extravagantes par une cour austère. Alienòr est critiquée. Le couple est mal assorti mais a deux filles. En 1141, Louis VII tente une expédition pour conquérir Toulouse au nom des droits de sa femme, continuant ainsi la politique des ducs d’Aquitaine envers le comté de Toulouse.

Le 25 décembre 1145, Louis VII annonce son départ pour la Terre Sainte. En 1147, il prend l’oriflamme et emmène une armée. Alienòr est du voyage car plusieurs de ses vassaux d’Aquitaine y participent et la contribution financière de son duché est importante.

Henri II et Alienor
Henri II et Alienor

La croisade est un échec. À Antioche, Alienòr retrouve son oncle Raimon de Peitèus (Raymond de Poitiers). Ils ne se quittent plus et parlent en occitan, langue que ne comprend pas Louis. Il veut aller à Jérusalem tandis qu’Alienòr veut rester à Antioche avec ses vassaux aquitains pour aider Raymond de Poitiers. C’est la dispute et ce n’est, semble-t-il, pas la première.

En 1149, Alienòr et Louis rentrent en France. Le mariage est finalement annulé en 1152 pour un motif de consanguinité. C’est bien pratique !

Un an plus tôt, Alienòr rencontre à Paris Henri Plantagenêt (1133-1189), fils du comte d’Anjou et du Maine. C’est le coup de foudre. Huit semaines après l’annulation de son mariage, Alienòr épouse Henri Plantagenêt.

Un an plus tard, Henri Plantagenêt devient roi d’Angleterre sous le nom d’Henri II. Henri et Alienòr sont couronnés à Londres le 19 décembre 1154. Le couple a huit enfants dont Richard (1157-1199) dit Cœur de Lion et Jean (1166-1216) dit Jean sans Terre.

Une situation inédite

France et Angleterre en 1154
Les possessions des Plantagenets et du roi de France

Louis VII de France a laissé échapper la plus belle perle de son royaume, l’Aquitaine.

Henri Plantagenet possède déjà l’Anjou, le Maine et la Normandie. Par son mariage avec Alienòr, il étend ses possessions à l’Aquitaine. Maintenant roi d’Angleterre, Henri II est à la tête d’un vaste domaine, bien plus grand que celui du roi de France qui couvre à peine l’actuelle Ile de France.

Henri II est vassal du roi de France et personne n’y trouve à redire. Mais c’est un vassal dangereux parce que trop puissant. Et puis, un roi d’Angleterre peut-il être le vassal d’un autre roi ? Les complications sont à venir.

Philippe Auguste n’a de cesse de lutter contre Henri II pour récupérer des territoires, Il bat la coalition de Henri II et de l’empereur d’Allemagne à Bouvines. En 1216, il envoie son fils Louis envahir l’Angleterre. En quelques semaines, Londres est prise. Le combat entre les deux rois ne se limite pas à l’Aquitaine.

Références

Les Plantagenêts – Origine et destin d’un empire, Jean Favier – Editions Fayard, 2004.




Te matahiti âpī, le nouvel an en Polynésie

Position géographique oblige, la Polynésie française passe à la nouvelle année bien après nous. Ayant intégré les traditions françaises et chinoises (communauté importante surtout à Tahiti), les îles présentent plusieurs facettes pour fêter le nouvel an.

La Polynésie française

La Polynésie, c’est un ensemble d’îles dont beaucoup ont été colonisées. Parmi cet ensemble, on peut distinguer la Polynésie française constituée de cinq archipels : l’archipel de la Société (avec les îles du Vent et les îles Sous-le-Vent), l’archipel des Tuamotu, l’archipel des Gambier, les îles Australes et l’archipel des Marquises. Au total 118 îles. Les Polynésiens, plus simplement, appellent tout cela le fenua, c’est-à-dire le pays.

Les îles du Vent sont les plus connues parce qu’elles comprennent les plus grandes îles : Tahiti, Moorea, Maiao, Mehetia et l’atoll de Tetiaroa. Elles rassemblent 75% de la population.

Pōmare V, dernier roi de Tahiti (1839-1891)
Pōmare V, dernier roi de Tahiti (1839-1891) © Wikipedia

Les premiers habitants des îles sont arrivés de l’Asie du Sud-Est il y a moins de 2000 ans. À la suite du conflit entre France et Tahiti,  le roi laisse son royaume à la France.

Aujourd’hui, les Polynésiens représentent 78% de la population, les Européens 12% et les Asiatiques 10%. La langue officielle est le français. Toutefois, la langue locale peut être utilisée dans le commerce, même pour rédiger des contrats. De même, elle est enseignée systématiquement à l’école, au lycée et dans l’enseignement supérieur (donc bien plus que chez nous). Pourtant, elle perd du terrain et moins de 30% des personnes de plus de 15 ans le parlent régulièrement à la maison. Dommage ! C’est une belle langue, pleine de voyelles. Souhaitons-leur de la conserver !

Les Polynésiens et les traditions du nouvel an

Pour fêter le nouvel an à Polynésie, le tiare tahiti © Wikipedia
Tiare tahiti © Wikipedia

Encore très présentes il y a quelques décennies, là aussi les traditions du nouvel an ont tendance à s’estomper. Toutefois, on peut apprécier leurs chants (même si ceux d’avant la venue des Européens ont disparu), leurs danses ou la qualité de leurs tatouages.

La Polynésie a une flore extrêmement riche toute l’année. Les deux fleurs les plus connues sont le tiaré (fleur merveilleusement odorante) et l’hibiscus. D’ailleurs, dans les premiers jours de décembre, a lieu la journée du Tiaré.

Pour fêter le nouvel an à Polynésie, l'auti ou Cordyline
Autï ou Cordyline © Wikipedia

Pourtant, pour les fêtes, en particulier du nouvel an, on va utiliser des feuilles d’autï et des feuilles de nï’au (palmiers) pour la décoration. L’autï ou cordyline est un cadeau des dieux. En effet, suite à de longues périodes de sécheresse qui entrainèrent des famines, Taaroa leur fit don de cette plante sacrée. Leurs racines gorgées de sucre redonnèrent aux hommes la force et l’énergie vitale pour tenir jusqu’à une meilleure saison.

Les Polynésiens et le Te matahiti âpī

Po'e à la papaye © Cuisine métisse
Po’e à la papaye © Cuisine métisse

Il ne semble pas qu’il y ait des traditions particulières à cette période, ou alors, elles se sont perdues. Mais le Polynésien est très ouvert à la fête. Il va donc se divertir, ârearea, ou faire la bringue, te ârearearaa.

Ainsi, il pourra manger en famille ou avec ses amis un excellent ia ota (poisson cru avec du citron et des concombres qu’il ne faut pas faire pleurer en les coupant), un poulet Fafa (poulet, lait de coco et feuilles de taro cuites). Notez que le poulet est cuit dans la braise en pleine terre. Et il finira le repas par un délicieux po’e, LE dessert polynésien, entremets à base de farine de tapioca et de lait de coco et parfumé avec un fruit. Bien sûr, il aura largement accompagné le repas de bière locale.

Le 1er janvier, c’est Faaati

Le 1er janvier, c’est l’occasion de saluer sa famille, ses amis, ses connaissances et leur souhaiter Ia ‘oa’oa i te matahiti âpī (la bonne année). Alors, c’est le Faaati, qui veut dire « faire le tour de l’île ». On part donc à plusieurs pour faire ce tour. En général, on dit quelques mots avec les personnes visitées, ou on se contente de donner un cout de klaxon quand on passe devant chez quelqu’un qu’on connait.

Aujourd’hui, il y a des associations qui organisent des Faaati dans des trucks, ça permet de continuer la bringue et c’est aussi plus touristique.

Le Tere Fa’a’ati, le tour festif de Tahiti en truck traditionnel
Le Tere Fa’a’ati, le tour de Tahiti en truck traditionnel © tahitileblog.fr

Le 2 janvier, tere fa’a’ati ia Moorea

Le traditionnel tere fa'a'ati' de Moorea. ©Hubert Liao:Polynésie la 1ère
Le tere fa’a’ati’ de Moorea à moto. ©Hubert Liao, Polynésie la 1ère

Les Polynésiens ont une bonne faculté à embrasser de nouveaux rites ou en en créer. Ainsi, sur l’île de Moorea, le 2 janvier, des centaines de motards et motocyclistes se réunissent pour fêter le passage à la nouvelle année sous la bannière… de la prévention routière !

Meilleurs voeux gascons

Après ce rapide regard sur des Français de l’autre côté de la planète, nous vous souhaitons une excellente année 2024 avec autant de présence de la langue « régionale » à l’école que dans ces îles enchanteresses. Et nous vous souhaitons plein d’imagination et de créativité pour faire vivre notre culture dans notre pays.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle 

Références

Cordyline, Auti de Tahiti, la plante sacrée
Dites-le en tahitien
Tere faaati
Légende de la création du monde par Ta’aroa