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Francis Jammes, poète gascon

Malgré un nom qui fleure bon l’Angleterre, Francis Jammes est un poète gascon né à Tornai / Tournay (Hautes-Pyrénées), le 2 décembre 1868. Il puise son inspiration en Bigorre, en Béarn et au Pays Basque.

Les débuts de poète de Francis Jammes

Maison natale de Francis Jammes à Tournay
Maison natale de Francis Jammes à Tournay

Francis Jammes (prononcer [ʒam] et non [dʒɛms]) fait de médiocres études à Pau et à Bordeaux. Il rate son baccalauréat avec un zéro en Français ! Qui aurait dit que l’un de ses poèmes, L’âne, serait appris par tous les écoliers ?

J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
il bouge ses oreilles ;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.
Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.
Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète. [….].

Tout d’abord, Francis Jammes écrit des poèmes que sa mère publie à compte d’auteur à Orthez où elle s’est installée après la mort de son mari. André Gide et Stéphane Mallarmé remarquent sa poésie.

Son premier recueil De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir parait en 1898, suivi de Le deuil des primevères. Son style plait. André Beaunier dit de lui : « Très loin de Paris, dans une petite ville pyrénéenne, un poète se cache dont l’œuvre est la plus sincère, la plus touchante, et la plus singulière peut-être de ce temps. Il a son esthétique à lui. La voici : faire simple, absolument simple ; – c’est tout. » (La poésie nouvelle, Société du Mercure de France-1902).

Francis Jammes fonde le « Jammisme »

Alors que foisonnent les écoles poétiques (le romantisme, le symbolisme, le naturalisme, ….), Francis Jammes compose son « Manifeste Jammiste » à Orthez en 1897. Il prône le retour aux valeurs simples et défend l’idée que « la vérité est la louange de Dieu » et que « toutes choses sont bonnes à décrire lorsqu’elles sont naturelles ».

Le Manifeste Jammiste (1897)
Le Manifeste Jammiste (1897)

Il termine sa profession de foi par cette invitation : « Et comme tout est vanité et que cette parole est encore vanité, mais qu’il est opportun, en ce siècle, que chaque individu fonde une école littéraire, je demande à ceux qui voudraient se joindre à moi pour n’en point former, d’envoyer leur adhésion à Orthez, Basses-Pyrénées, rue Saint-Pierre ».

Contre toute attente, le manifeste de Francis Jammes est un triomphe. Il lui attire la sympathie du public et favorise le succès de ses œuvres.

Dans Grotesques de 1925, il décrit ainsi la foule de snobs sur la plage de Biarritz :

Par tout cet océan qui n’a pour Néréïdes
qu’un grouillement de chair vautrée au sable humide,
Et dont les demi-dieux, aux caleçons rayés,
Sont des zèbres humains dont les poils sont noyés [….]

La grande plage de Biarritz (1923) par Jacqueline MARVAL
La grande plage de Biarritz (1923) par Jacqueline MARVAL

Francis Jammes redécouvre sa foi

Anna de Noailles
Anna de Noailles : « La rosée de Francis Jammes est mon eau bénite ».

Vers 1905, Francis Jammes redécouvre la foi et écrit une poésie plus religieuse. Déjà, dans son recueil De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir, il écrit : « Mon Dieu, vous m’avez appelé parmi les hommes. Me voici. Je souffre et j’aime. J’ai parlé avec la voix que vous m’avez donnée. J’ai écrit avec les mots que vous avez enseignés à ma mère et à mon père qui me les ont transmis. Je passe sur la route comme un âne chargé dont rient les enfants et qui baisse la tête. Je m’en irai où vous voudrez, quand vous voudrez ».

Anna de Noailles dira que la rosée de Francis Jammes est (son) eau bénite.

Francis Jammes publie Tristesses en 1905, Pensées des jardins, L’Eglise habillée de feuilles et Clairières dans le Ciel en 1906.

Il écrit des prières dont Je Vous salue Marie : « Par le petit garçon qui meurt près de sa mère tandis que des enfants s’amusent au parterre et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment son aile tout à coup s’ensanglante et descend, par la soif et la faim et le délire ardent, je Vous salue, Marie [……] ».

Georges Brassens mettra ce texte en chanson et aura un grand succès : La prière.

Un poète qui rayonne à l’international

Les premières traductions s’éditent en Tchéquie en 1906, en Angleterre en 1912, en Allemagne en 1919…  l’Anversois Jan van Nijlen lui consacre une monographie en 1912. Et Alfred Schilla réalise la première analyse universitaire sur son œuvre : Francis Jammes unter besonderer Berücksichtigung seiner Naturdichtung (1929).

Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke

Le grand poète Rainer Maria Rilke lui écrit le 11 aout 1904 une lettre qui commence ainsi :
« Monsieur,
Un homme qui tous les matins lit dans vos livres sent le besoin de vous remercier. (…) »

C’est dans 25 langues différentes que l’on peut lire du Francis Jammes ! Cependant, il n’a pas écrit en langue régionale. Un de ses livres, magnifique, Le roman du lièvre, déjà traduit en allemand sous le titre Der Hasenroman, est maintenant traduit en occitan : Lo roman de lebraud. Il débute ainsi :

Demest la frigola e l’aigatge de Joan de la Font, Lebraud escotèt la caça (…)
Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse (…)

Et cela nous rappelle une phrase de sa correspondance : Il y a dans le regard des bêtes, une lumière profonde et doucement triste qui m’inspire une telle sympathie que mon âme s’ouvre comme un hospice à toutes les douleurs animales. 

Francis Jammes reste fidèle à la Gascogne

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Il reste un provincial malgré de fréquents séjours à Paris et une intense correspondance avec Arthur Fontaine et André Gide.

De Tournay à Pau, à Saint-Palais et à Bordeaux, le jeune Francis Jammes suit son père employé aux contributions indirectes. À la mort de ce dernier en 1888, il part chez une tante à Orthez. Il reste 33 ans dans cette ville.

Geneviève (dite Ginette) GOEDORP (1882-1963)
Geneviève GOEDORP (1882-1963)

En 1907, il se fiance à Lourdes avec Geneviève Goedorp, une admiratrice avec qui il correspond. Il l’épouse à Bucy-le-long, près de Soissons, et ils auront sept enfants. Ils louent une maison à Orthez que son propriétaire décide de vendre en 1919. Finalement, il hérite d’une maison à Hasparren où il meurt le 1er novembre 1938.

La place de Hasparren

Les deux frontons se font face dans la chaleur.
Les gradins sont remplis par trois mille amateurs.
Il semble que, béant et bleu, le ciel respire
Comme une mer où nul nuage ne se mire.
La palpitation de quelques éventails
Au parfum d’origan mêle celui de l’ail.
La place nette est un rectangle de lumière
Que l’ombre ronge un peu sur les bancs des premières.
Les joueurs sont en blanc, vêtus comme les murs
Qu’on croit voir se gonfler par moments dans l’azur.
Indifférent et sûr de lui, la taille haute,
Attirant, repoussant chacune des pelotes,
Mondragonès bientôt n’est plus qu’un balancier
Qui trace un quart de cercle autour d’un pied d’acier.

Francis Jammes ne sera jamais élu à l’Académie française. Toutefois, il obtient le Grand prix de littérature de l’Académie en 1912.

Les artistes reprennent les textes de Francis Jammes

La maison Chrestia à Orthez
La maison Chrestia à Orthez

Les textes de Francis Jammes sont repris par des artistes.

Ainsi, Lili Boulanger (1893-1918) compose Clairières dans le ciel, une série de treize mélodies dédiées à Gabriel Fauré, sur des poèmes de Francis Jammes tirés du recueil Tristesses de 1905.

En 1953, Georges Brassens met en musique le poème Rosaire de Francis Jammes. Dans son album Les sabots d’Hélène, il chante La Prière. Elle sera enregistrée par les Compagnons de la chanson, par Frida Boccara et par Hugues Aufray.

En 1982, l’association Francis Jammes perpétue son souvenir dans la Maison Chrestia à Orthez.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

 Références

Francis Jammes poète (1868-1938) – Jacques Le Gall
Maison d’écrivains, maison Chrestia à Orthez et maison Eyhartzea à Hasparren
Wikipoèmes de Francis Jammes
Wikisource de Francis Jammes




De Lugdunum Convenarum à Saint-Bertrand

Saint-Bertrand de Comminges est une bourgade de 244 habitants. À y regarder de plus près, des remparts l’entourent, son église est une cathédrale et, à ses pieds, s’étendent des ruines romaines. Poussons un peu plus loin…

Une ville romaine peuplée d’Aquitains ?

Pompée le Grand (106 av. JC- 48av. JC) fondateur de Lugdunum Convenarum
Pompée le Grand (106 av. JC – 48 av. JC)

Plusieurs peuples Aquitains habitent la région : les Convenae (Comminges), les Consoranii (Couserans), les Garumni (vallée de Saint-Béat et val d’Aran), les Onesii (vallée de Luchon).

Sertorius, général romain, soulève l’Hispanie contre la dictature de l’empereur Scylla. Pompée part le combattre et le bat en 72 avant J.-C. Pompée, victorieux, passe les Pyrénées et rentre en Narbonnaise. Aux confins pyrénéens de la province, et pour mieux surveiller la frontière, il regroupe les peuples Aquitains et fonde Lugdunum Convenarum.

On trouve la première mention de la ville chez le géographe grec Strabon (~60 avant J.-C. – ~20 après J.C.) dans sa Géographie.

Les ruines du théâtre de Lugdunum Convenarum
Les ruines du théâtre de Lugdunum Convenarum

Très vite, la ville se développe et aurait compté jusqu’à 10 000 habitants. Le poste frontière devient une ville opulente avec son forum, son théâtre, ses thermes et ses riches demeures. Au IIe siècle, elle fait partie de la province d’Aquitaine, puis de celle de Novempopulanie. On y utilise le droit latin.

Elle est si vaste que l’on dit « qu’un chat aurait pu aller de toit en toit depuis Lugdunum jusqu’à Valentine » (17 km).

Plus tard, au début du Ve siècle, les Vandales, les Alains et les Suèves, des peuples germaniques poussés par les Huns, envahissent la Gaule qu’ils traversent pour se rendre en Espagne. Mais la frontière des Pyrénées est bien gardée et ils restent deux ans en Gascogne avant de pouvoir la franchir. La ville romaine se replie sur l’oppidum fortifié et perd de son importance. Elle prend le nom de Convenae.

Les ruines romaines et la Cathédrale de Saint-Bertrand
Les ruines romaines et la Cathédrale de Saint-Bertrand

Les guerres de succession au trône des Mérovingiens

L'assassinat de Chilpéric 1er
L’assassinat de Chilpéric 1er

Sous les rois Francs Mérovingiens, les conflits de succession au trône sont nombreux. Francie, Neustrie et Austrasie s’affrontent. D’ailleurs, un complot se forme autour de Gondovald qui serait un fils naturel de Clothaire Ier.

Le roi Chilpéric Ier meurt assassiné en 584. Gontran lui succède. Alors, Gondovald et Didier, duc de Toulouse, prennent la tête d’une armée pour conquérir l’Aquitaine. À Brive, Gondovald est proclamé roi. Bordeaux et Toulouse se rallient. Mais à l’approche de l’armée des Francs, les défections commencent. Gondevald est obligé de se réfugier dans les Pyrénées, à Convenae.

Jean Fouquet (ca 1455) - Entretien entre saint Gontran et Childebert II. Devant les dignitaires de sa cour, Gontran, sans héritier, s'adresse à son neveu Childebert qu'il vient de nommer son successeur. Lors du siège de Saint-Bertrand-de-Comminges par le roi Gontran, Mummol (en arrière-plan) trahit et livre le prince franc Gondevald.
Jean Fouquet (ca 1455) – Devant les dignitaires de sa cour, Gontran, sans héritier, s’adresse à son neveu Childebert qu’il vient de nommer son successeur. Lors du siège de Saint-Bertrand-de-Comminges par le roi Gontran, Mummol (en arrière-plan) trahit et livre le prince franc Gondevald.

Ainsi, le siège commence le 11 février 585. Et Gondovald est trahi, assassiné par ses pairs. Grégoire de Tours raconte que « la nuit suivante, les principaux chefs gondovaldiens enlevèrent secrètement tous les trésors que la ville renfermait et tous les ornements de l’église. Le lendemain, les portes furent ouvertes. L’armée des assiégeants entra et égorgea tous les assiégés, massacrant au pied même des autels de l’église les pontifes et les prêtres. Après avoir tué tous les habitants, sans en excepter un seul, les Bourguignons mirent le feu à la ville, aux églises et aux édifices, si bien qu’il ne resta plus que le sol ».

La ville est détruite et il n’y reste plus personne « pour pisser sur les murs ». Convenae tombe dans l’oubli.

Saint-Bertrand de Comminges, l’évêché du Comminges

En 1083, Bertrand de l’Isle, petit-fils du Comte de Toulouse, est élu évêque de Comminges, il occupe le siège jusqu’en 1123. Il entreprend la construction de l’église Saint-Just de Valcabrère et de la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges.

Basilique de Saint-Just de Valcabrère et cathédrale de Saint-Bertrand
Basilique de Saint-Just de Valcabrère (Bertrand de l’Isle) et Cathédrale de Saint-Bertrand (Bertrand de Got)

De même, il manifeste une énergie remarquable au service des pauvres, rétablit la sécurité, protège les routes et les marchands. Il est canonisé en 1218 et Convenae prend le nom de Saint-Bertrand de Comminges en 1222.

Bertrand de Got est nommé évêque de Comminges en 1295 et lance la construction d’une nouvelle église gothique qui ne sera achevée qu’en 1350. En 1305, il devient Pape, sous le nom de Clément V, mais revient à Saint-Bertrand pour transporter les reliques de Saint-Bertrand.

Pendant les guerres de religion, les Huguenots pillent Saint-Bertrand de Comminges. En 1586, le capitaine Sus massacre les religieux, vole l’argenterie, brule les archives et rançonne le chapitre de 10 000 livres. Les Huguenots partent après sept semaines d’occupation. En 1593, le vicomte de Larboust pille à nouveau la ville.

Heureusement, un soldat cache les reliques de Saint-Bertrand et les rend en 1591.

Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges
Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges

L’évêché de Comminges comprend le val d’Aran. Les rapports sont conflictuels, si bien que l’évêque doit demander la permission aux Aranais d’entrer sur leur territoire. L’évêché est dissout en 1790 et partagé entre ceux de Toulouse, de Tarbes et de la Seu de Urgell pour le val d’Aran.

Saint-Bertrand-de-Comminges est un important lieu de pèlerinage. Il reprend en 1805 et est toujours très populaire.

Les fouilles archéologiques

Les fouilles archéologiques ont lieu de 1913 à 1970. Ensuite, elles reprennent de 1985 à 2006. Les principales découvertes couvrent une période de quatre siècles. On les retrouve exposées au Musée départemental de Saint-Bertrand de Comminges.

Le chantier de fouilles de Saint-Bertrand
Le chantier de fouilles de Saint-Bertrand

Les fouilles mettent à jour des édifices publics : un théâtre, un temple consacré au culte impérial, un marché, des thermes, une basilique chrétienne et un camp militaire. Depuis 2016, le Professeur William Van Andringa, directeur d’études de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, conduit des fouilles sur les nécropoles qui entourent la ville romaine.

En 1926, on découvre un trophée augustéen à Saint-Bertrand de Comminges. C’est un monument célébrant une grande victoire militaire. Datant du Ier siècle, en marbre blanc de Saint-Béat, il est l’un des plus complets découverts en France et fait la renommée de Saint-Bertrand.

Bertrand Sapène (1890-1976) est instituteur. Nommé à Saint-Bertrand en 1919, il conduit les fouilles pendant près de 50 ans et écrit de nombreux articles scientifiques pour présenter ses trouvailles. Il fonde le musée archéologique qui devient musée départemental.

Le festival de Saint-Bertrand de Comminges

André Malraux, ministre des Affaires culturelles du Général de Gaulle, vient à Saint-Bertrand pour les obsèques du père de son épouse, Madeleine. Il visite la cathédrale et son orgue, accompagné de Pierre Lacroix, musicien et ami de la famille. André Malraux lui promet la création d’un festival.

Festival 2021 de Saint-Bertrand de Comminges
Festival 2021 de Saint-Bertrand de Comminges (02/10/2021)

Paul Guilloux est alors titulaire du grand orgue de la cathédrale de Bourges. Il fonde L’Association des Amis de l’orgue de Saint-Bertrand de Comminges en 1964. Paul Guilloux possède une maison à Saint-Bertrand et veut restaurer l’orgue. Il meurt en 1966.

On y organise des concerts d’orgue chaque été avec des organistes et des chanteurs réputés. En 1973, Jean-Pierre Brosse, musicien de renommée internationale, vient jouer à Saint-Bertrand de Comminges et décide de développer le festival avec l’association.

Les travaux de restauration de l’orgue s’achèvent en 1974. Jean-Pierre Brosse lance le festival en faisant appel à ses amis pour animer les concerts. Des deux concerts annuels de ses débuts, il passe rapidement à une vingtaine. La Fondation France Télécom lui permet d’engager des artistes de renommée internationale.

Le festival se dote d’une Académie de musique baroque qui reçoit des étudiants venus de tous les pays pour se perfectionner à l’orgue, à la musicologie, au chant baroque et au chant grégorien. On y enregistre des concerts. Le festival se décentralise pour des soirées dans d’autres villes du Comminges.

A la recherche d’un développement touristique

Saint-Bertrand - les Olivetains
Saint-Bertrand – les Olivetains

Saint-Bertrand de Comminges a perdu de sa splendeur antique et n’est plus qu’un petit village qui semble endormi. Pourtant, ses remparts, sa cathédrale, son site gallo-romain et la basilique de Saint-Just de Valcabrère, attirent de nombreux visiteurs.

La renommée de son festival d’orgues mérite un projet de développement.

Le site des Olivétains, sur la place de la cathédrale, accueille et renseigne le public, organise des expositions.

Le Fournil Résistance de Tulip et Magali
Le Fournil Résistance de Tulip et Magali

Le Syndicat mixte pour la valorisation et la promotion du site travaille sur un centre d’interprétation du patrimoine. Il prévoie d’investir 12 millions €, d’ici à 2030, pour développer l’attractivité touristique et améliorer l’accueil des visiteurs.

Une boulangerie vient d’ouvrir pour le plus grand bonheur des habitants et des visiteurs. Transgarona, piste cyclable reliant Toulouse au val d’Aran, passe par Saint-Bertrand.

Références

Le diocèse de Comminges
La cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges




Les Béarnais en Argentine

Des Béarnais, plus de 120 000, ont émigré en Argentine. Se souviennent-ils du pays ? En ont-ils envie ? Benoit Larradet ravive notre mémoire dans son livre Jamei aiga non cor capsús.

Des Béarnais vont en Argentine

Les Béarnais en Argentine - Alexis Peyret
Alexis Peyret (1826-1902)

 

C’est surtout dans la deuxième moitié du XIXe siècle que des Béarnais vont partir en Uruguay puis en Argentine. Ils partent pour fuir la pauvreté, parce qu’ils refusent le service militaire, parce qu’ils sont cadets… ou, parfois, pour faire fortune.

Nous avons déjà évoqué le destin extraordinaire d’Alexis Peyret, un des bâtisseurs du Nouveau Monde. En fait, ils sont des milliers et des milliers. Ils viennent d’Auloron (Oloron), de Navarrencs (Navarrenx), de Sauvatèrra (Sauveterre), dera vath d’Aspa (de la vallée d’Aspe).

Un Béarnais en Argentine , Pierre Castagné
Pierre Castagné (1867-1928)

Leur intégration est facilitée par la langue régionale, proche de l’espagnol. La promotion peut être rapide, comme celle des trois frères Lavignolle, arrivés peones et achetant bientôt chacun une ferme de 500 ha.

De même, Pierre Castagné commence à travailler dans les chantiers navals de Pedro Luro à Dársena Norte (Buenos Aires), puis achète de terres et développe le coton, ce qui garantira son renom au niveau international.

Et tant d’autres.

L’émigré est-il béarnais en Argentine ?

Se souvient-il de ses origines ? A-t-il envie de garder contact ? En tous cas, la plupart des familles s’échangent des lettres. Ce qui a permis à des ethnologues comme Ariane Bruneton d’étudier leur intégration ou leur résistance.

Ainsi, il semblerait qu’entre eux ou dans le cercle familial, les Béarnais conservent la culture du pays. Par exemple, la culture alimentaire est plutôt entretenue. On mange du  fromage et du miel qu’on fait venir du pays. On perpétue les habitudes culinaires. On lit dans une lettre : « Il n’y a pas longtemps que nous avons achevé de tuer les cochons qui ont été cuisinés par une béarnaise » (J.B., Argentine, 1889)

En revanche, les Béarnais ne montrent pas leurs origines à l’extérieur. Ils ne se différencient pas. Apparemment ils s’intègrent. Par exemple, on laisse le berret au pays ou dans l’armoire car on s’habille selon la mode du pays d’arrivée. On ne fait pas les fêtes traditionnelles, comme le précise cette lettre.  « La  semaine Sainte vient de passer ; aujourd’hui Pâques. Combien d’omelettes aurez vous fait chere mere? je me souviens encore des coutumes de ce pays là. Ici [Argentine] c’est tout different, on ne fait rien de remarquable. » (J. M., 1898).

Les Béarnais en Argentine - La famille Abadie
La famille Abadie

Lo que me contó abuelito

Agnès Lanusse, descendante de Béarnais et le cinéaste Dominique Gautier ont produit un magnifique documentaire en 2010. Les émigrées et les émigrés témoignent, nous confrontant à leur réalité, au-delà des aventures imaginées souvent à leur sujet. L’extrait qui suit est poignant. Bulletin de commande du film ici.

Jamei aiga non cor capsús

Benoît Larradet
Benoit Larradet

 

Benoit Larradet appartient à une de ces familles qui enjambent l’océan, une de ces familles qui n’oublient pas leurs origines. Lui pourtant nait à Friburg en Allemagne mais il reviendra s’installer sur les terres de ses ancêtres béarnais.

Il est secrétaire de l’association Béarn-Argentina. Accordéoniste de talent, c’est d’ailleurs lui qui s’est occupé de la musique et de la traduction (béarnais vers français) du film Lo que me contó abuelito.

Logo Béarn - Argentina

 

Pour la rentrée littéraire, Benoit Larradet nous propose, aux Edicions Reclams, un roman, un conte, quasiment une histoire magique qui lie ces deux pays : Jamei aiga non cor capús (Jamais l’eau ne remonte vers l’amont). Sa connaissance précise de l’Argentine nous transporte dans ce pays.

Le sujet du livre

Ce livre raconte, avec profondeur et sensibilité, trois destinées. Et il nous fait entrer dans les pensées intimes de chaque personnage.

Larradet - Jamei Aiga non cor Capsús
Benoît Larradet – Jamei Aiga non cor Capsús (Edicions Reclams)

La première c’est l’histoire d’un sapin des montagnes béarnaises qui est abattu pour faire un mat de bateau. Pas n’importe quel bateau, un négrier qui transporte des esclaves. Ce tronc d’arbre va se couper à l’entrée dans le Río de la Plata, flotter, dériver, s’échouer sur une rive. Là, il va échanger ses souvenirs avec un Indien, Talcaolpen, mémoire d’une Argentine qui n’est plus. Le livre débute par la rencontre entre les deux protagonistes.

« Mes qui ètz, vos qui parlatz atau dab aquera votz qui n’ei pas d’ací? »
« Qu’entenes la lenga mea, òmi roi!
– De qui ei la votz qui’m parla? E seré la mea pròpia? Ei la d
un mort o la dun viu? Nei pas aisit de har la part de l’un o de l’aute per aquera escurida. »

« Mais qui êtes-vous, vous qui parlez ainsi avec cette voix qui n’est pas d’ici ? »
« Tu comprends ma langue, homme rouge !
– De qui vient la voix qui me parle ? Serait-ce la mienne ? Est-elle celle d’un mort ou celle d’un vivant ? Ce n’est pas facile de faire la part des choses dans cette obscurité. »

L’arrivée du Béarnais

El Hotel de inmigrantes (ca. 1850) à Buenos Aires - Construit sur le bord du Rio de la Plata - Des carrioles assuraient le transfert des personnes et des marchandises entre les bateaux ancrés dans le Rio et le quai.
El Hotel de inmigrantes (ca. 1850) à Buenos Aires – Construit sur le bord du Río de la Plata – Des carrioles assuraient le transfert des personnes et des marchandises entre les bateaux ancrés dans le Río et le quai.

Dans la dernière partie du livre, un Béarnais, José Lostalet, émigre en Argentine. Cela se passe bien après la rencontre du sapin et de l’Indien. Ce nouveau personnage ne saura jamais que le sapin vient de la même vallée que lui. Il ne fait pas non plus partie de ces émigrés qui connaissent une ascension rapide. Mais il attend des nouvelles du pays, de la famille restée là-bas, en France.

Ath cap d’annadas shens nada letra, er’atenta que’m semblava mei dolorosa enqüèra qu’era manca de novèlas. A’m demandar cada dia si eths de casa e m’anavan respóner, que tornavi avitar eth mau escosent qui m’arroganhava.
E totun, tant qui’m demorava un espèr d’arrecéber era letra esperada, per tan petit qui estosse, non me podèvi pas empachar d’aténer e d’entretiéner atau eth men in·hèrn. 

Au bout de ces années sans aucune lettre, l’attente me paraissait plus douloureuse encore que le manque de nouvelles. À me demander chaque jour si ceux de chez moi allaient me répondre, je ravivais le mal brulant qui me rongeait.
Et pourtant, tant qu’il restait un espoir de recevoir la lettre attendue, pour si petit qu’il fût, je ne pouvais m’empêcher d’attendre et d’entretenir ainsi mon enfer.

Le Río de la Plata aux débouchés des Ríos Uruguay et Paraná

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Benoît Larradet – Jamei aiga non cor capús  – Jamais l’eau ne remonte vers l’amont – (disponible aux Edicions Reclams)
Béarnais émigrés en Amérique : des marges qui résistent?, Ariane Bruneton, 2008
Emigration 64, Émigration depuis le Pays Basque et le Béarn vers l’Amérique du Sud
L’image de tête de l’article est une des fresques murales sur le thème de l’immigration du peintre argentin Rodolfo Campodónico , cédées à la Municipalidad de Trenque Lauquen (Provincia de Buenos Aires).




Dominique Larrey, le père de la chirurgie d’urgence

Dominique-Jean Larrey nait le 8 décembre 1766 à Beaudéan dans les Hautes-Pyrénées. Les Gascons trufandèrs disent qu’à Beaudéan, il y a « six clochers et cinq-cents cloches ».  Six clochers : allusion aux cinq anciennes paroisses rattachées à Beaudéan…

Dominique Larrey étudie la médecine

Dominique Larrey par Girodet

Plusieurs membres de la famille Larrey sont dans la médecine. Un cousin, Jean-François Larrey, de Larroque en Nebouzan, devient chef de la corporation de chirurgiens de Tarbes. Son fils Dominique y exercera également et sera le parrain de notre Dominique Larrey de Baudéan (Hautes-Pyrénées). Quant à l’oncle Alexis, il est chirurgien en chef à l’hôpital Saint-Joseph à Toulouse.

Son père, Jean, est cordonnier. Il meurt en 1780 et Dominique, qui n’a que 13 ans, rejoint son oncle Alexis. Celui-ci lui enseigne la médecine qui lui valent d’être nommé professeur-élève en 1785 puis aide-major de l’hôpital (l’équivalent d’un chef de clinique) en 1786. Il a vingt ans ! Sa thèse porte sur la carie des os et Il obtient le meilleur résultat de sa promotion.

Maison natale de Dominique Larrey à Beaudéan
Maison natale de D. Larrey à Beaudéan

Deux ans plus tard, il part pour Paris continuer ses études de chirurgie à l’Hôtel-Dieu. Reçu au concours de Chirurgien-Major des vaisseaux, il va à Brest et s’embarque à bord de la Vigilante pour Terre-Neuve. Il y apprend à travailler dans des conditions difficiles. Au retour, Dominique Larrey passe le concours d’aide-major de l’hôpital des Invalides. Il termine premier. Cette même année, avec ses camarades étudiants, il participe à la prise de la Bastille.

En 1794, Dominique Larrey épouse Marie Elisabeth Laville-Leroult, peintre et élève de David. Il a un fils, Hyppolite, qui sera lui aussi chirurgien militaire.

Larrey devient chirurgien militaire

Ambulance volante de Dominique Larrey
Ambulance volante de Dominique Larrey

En 1792, Dominique Larrey  part dans le service de santé des armées à Strasbourg. Là, il comprend qu’il est important pour le moral des troupes de savoir qu’un service de santé est capable de prendre en charge rapidement les blessés et de les soigner.

Aussi, il se distingue en parcourant le champ de bataille pour opérer les soldats blessés, contrairement à l’usage qui voulait que les hôpitaux se tiennent en arrière.

Il met au point des ambulances volantes pour ramasser les blessés qu’il soigne sans tenir compte de leur grade ou de leur nationalité, ce qui lui vaut l’estime des généraux des armées ennemies. En revanche, cela lui crée des ennuis en France. Convoqué par Robespierre pour avoir soigné et libéré un prince autrichien, il évite de justesse la guillotine.

En 1797, Bonaparte invite Dominique Larrey à venir en Italie expérimenter ses ambulances volantes. Bonaparte est enthousiaste et ne se séparera plus jamais de Dominique Larrey qui participe à toutes les guerres de l’Empire en tant que chirurgien en chef de la Garde et des Armées.

Dominique Larrey, organisateur du Service de santé des armées

Dominique Larrey - Mémoire de chirurgie militaire (1812)-2Dominique Larrey se bat pour l’organisation des ambulances militaires qui doivent être au plus près des combats et assurer leur propre défense. Son idée est de donner les premiers soins aux blessés et de les opérer dans les vingt-quatre heures.

Le service est organisé en trois divisions comprenant chacune 12 ambulances légères à deux roues, 4 ambulances lourdes à quatre roues et 2 fourgons chargés de matériels et de pansements. Ces groupes mobiles sont complétés par une ambulance sédentaire et deux hôpitaux temporaires. Chaque ambulance est servie par 7 chirurgiens, 2 pharmaciens et 8 infirmiers.

Avant chaque campagne, Dominique Larrey organise les hôpitaux d’évacuation. Le service de santé doit récupérer les blessés, les ramener vers l’arrière dans un centre de triage et les diriger vers un centre de soins équipé en fonction des blessures constatées. Cette idée nouvelle pour l’époque lui vaut l’inimitié de l’administration des guerres.

Sur le terrain, des équipes mobiles de santé sont équipées de pansements et du nécessaire pour les premiers secours avant l’évacuation.

Il invente le secours d’urgence

Amputation du bras selon Dominique Larrey
Amputation du bras selon Larrey

Les campagnes de l’Empire permettent à Dominique Larrey de mettre au point des techniques chirurgicales d’urgence : amputations et désarticulation de membres, traitement des fractures, traitement des gelures, des brulures et des plaies gangréneuses. Les antibiotiques n’existent pas et l’amputation qu’il sait pratiquer en moins d’une minute est le seul moyen d’éviter l’infection.

Dominique Larrey développe « l’asticothérapie » qui consiste à déposer des asticots sur les plaies infectées pour les assainir. Il s’intéresse aussi aux appareils pour extraire les balles, aux aiguilles pour les sutures, aux trépanations, aux effets de l’effet de souffle, etc.

Dominique Larrey fait évacuer les blessés le plus vite possible pour qu’ils ne restent pas dans les hôpitaux où la surinfection entraine une mortalité effrayante.

Malgré les difficultés de la chirurgie de campagne et les conditions sanitaires de l’époque, on estime que 60 % des blessés traités par Dominique Larrey sont guéris ou n’ont gardé que des séquelles partielles.

Dominique Larrey sauve ses blessés

Dominique Larrey pense que le rôle d’un chirurgien est aussi de défendre les blessés, les armes à la main s’il le faut. Cela lui vaut l’estime des soldats et de ses ennemis.

Sir Arthur Wellesley, 1st Duke of Wellington
Sir Arthur Wellesley, 1st Duke of Wellington à Waterloo : « Je salue l’honneur et la loyauté qui passent »

Après la défaite d’Alexandrie contre les Anglais, il obtient l’évacuation des malades et des blessés qui partent avant les soldats valides. Larrey devient « La Providence » pour les soldats. Il prend la défense des jeunes conscrits blessés à la main et accusés de mutilation volontaire. Il prouve à l’Empereur que c’est le tir trop bas de la 3ème ligne qui provoque ces blessures. L’Empereur le remercie et ordonne le tir des régiments sur deux lignes seulement.

Larrey devient une légende vivante. À Waterloo, Wellington le reconnait et ordonne de ne plus tirer de son côté pour lui laisser le temps de ramasser les blessés : « Je salue l’honneur et la loyauté qui passent ». Dominique Larrey est blessé. Les Prussiens le font prisonnier. Reconnu au moment où on allait le fusiller, on l’amène à Blücher dont il a soigné le fils grièvement blessé sur le champ de bataille.

Lors de la Révolution de 1830, les émeutiers lui réclament les blessés de la Garde royale. Dominique Larrey s’y oppose fermement et sauve ses blessés.

Larrey effectuant une amputation de Rebsomen à Hanau
Larrey effectuant une amputation de Rebsomen à Hanau

La retraite de Dominique Larrey

Après 28 ans de services, 25 campagnes, 60 batailles, 400 combats et plusieurs sièges de places fortes, Dominique Larrey prend sa retraite à l’âge de 49 ans.

Larrey se consacre à la rédaction des cinq volumes de ses Mémoires de chirurgie militaire et campagnes et participe à la rédaction du Dictionnaire des Sciences Médicales en 60 volumes entre 1812 et 1822. Il devient membre de l’Académie royale de Médecine en 1820. Il devient membre de l’Institut de France en 1829, chirurgien en chef des Invalides en 1831. De 1826 à 1836, il enseigne l’anatomie et la chirurgie militaire au Val de Grâce .

Napoléon Ier sur son lit de mort à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821 (CA Steuben)
Napoléon Ier sur son lit de mort à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821 : « C’est l’homme le plus vertueux que j’aie connu »

Il meurt le 25 juillet 1842, au retour d’une mission d’inspection des hôpitaux de l’armée en Algérie. C’était le lendemain du décès de sa femme.

Dans son testament du 15 avril 1821, Napoléon consacre Dominique Larrey : « Je lègue au chirurgien en chef Larrey 100 000 francs ; c’est l’homme le plus vertueux que j’aie connu ».

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le Baron Larrey Chirurgien de Napoléon de André Soubiran, Editions Fayard, 1966.
Dominique Larrey, chirurgien militaire, Françoise Deherly, 29 avril 2021, Gallica blog
Dominique-Jean Larrey (1766-1842), Histoire de la médecine, Xavier Riaud
Mémoires de chirurgie militaire et campagnes, Dominique-Jean Larrey, 1812

 




Le droit d’arromèga ou de sèga dans les Pyrénées

Les anciennes communautés bénéficiaient de droits établis par leurs Coutumes. Parmi eux, le droit d’arromèga [prononcer arroumègue ou arroumègo] ou le droit de sèga qu’a étudié Monsieur Lafforgue dans deux communautés de haute-Bigorre : Ordizan et Trébons.

Qu’est-ce que le droit d’arroumèga ?

Noce à Laruns - Musée des Beaux-Arts de Pau - Le droit d'arromèga lors des mariages
Noce à Laruns – Musée des Beaux-Arts de Pau

Dans son Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes, Simin Palay nous donne les définitions suivantes de arroumèga  ou de sèga :

Arroumegà,-gàlh ; sm. – Terre couverte de ronces ; ronceraie ; buisson ; (fig.) tas de choses.
Arroumegà-s ; v. – Se déchirer aux ronces.
Arroumegàt,-ade ; s. – Egratignure produite par les ronces ; tas de ronces.

En gascon, l’arromèc ou l’arromèga ou encore la romèga est la ronce, l’arromegar le roncier. Le droit d’arromèga serait donc un droit de ronces ? N’en doutons pas, c’est une bien grande curiosité, fort ancienne en Gascogne.

L’arromèga est un droit d’entrée exigé par les jeunes du village lorsque l’un des deux mariés, se rendant à l’église pour leurs noces, n’est pas du village. Il se concrétise par un arromèc ou un ruban qui barre le chemin. L’étranger au village doit verser son obole, généralement en vin, pour pouvoir passer. Si elle est jugée insuffisante, les nouveaux mariés ont droit à un calhavari (voir l’article correspondant).

 Le droit d’arromèga, un ancien droit municipal

Droit de sèga - Lou Disna - tiré de Caddetou que s'y tourne (Ernest Gabard)
Lou Disna – tiré de Caddetou que s’y tourne (Ernest Gabard)

L’arromèga est souvent officialisée dans les statuts municipaux. À Ordizan, les statuts de 1689 prévoient que « chacun homme estranger n’estant né ny baptisé audit lieu qui voudra y estre voisin, marié et habitant payera d’entrée ou rouméguère une barrique, un pipot et une tasse vin bon et marchand à la communauté suivant l’uzage du lieu et autres circonvoisins. Et chacune des femmes estrangères qui viendront estre mariées audit lieu payeront d’entrée un pipot et une tasse vin ».

À Trébons, le droit d’arromèga est aussi d’une barrique, un pipot et une tasse de vin. Les femmes paient seulement un pipot de vin et 32 sols.

Les mariages soumis à l’arroumèga

Danse des rubans en Bigorre - après avoir payé la sèga, on peut danser
Danse des rubans en Bigorre

On voit que la coutume de faire payer les époux qui ne sont pas du village, est devenu un droit appliqué à tous ceux qui viennent s’y installer. Même le curé doit payer l’arromèga avant d’entrer en possession de sa cure.

En s’acquittant de l’arromèga, l’étranger acquiert « un droit d’usage sur les biens communs et autres émoluments comme les anciens habitants ». Le sacrifice en vaut la peine !

Le droit d’entrée est une institution généralisée. Dans nombre de communautés, celui qui est reçu comme vesiau (communauté des voisins) doit payer un droit d’entrée en argent ou planter des arbres dans les bois communs pour bénéficier des droits et franchises des habitants. Dans ce cas, la qualité de vesiau n’est pas liée à un mariage car il faut résider pendant longtemps dans la communauté et se montrer bon citoyen avant de devenir vesin (voisin, membre à part entière de la communauté).

On poursuit les mauvais payeurs du droit de sègua

Il arrive que les intéressés refusent de payer l’arromèga. Les communautés qui sont sourcilleuses de leurs droits, les poursuivent en justice.

Les tribunaux de première instance donnent souvent raison aux plaignants. Les communautés portent alors l’affaire devant le Parlement de Toulouse qui, lui, leur donne toujours raison.

Tribunal villageois (ca. 1910)
Tribunal villageois (ca. 1910)

Ce droit est entré dans les mœurs, à tel point que le contrat de mariage de Bacquerie d’Orizan qui épouse en secondes noces une femme de Hiis, prévoit que ce sont les parents de la mariée qui paieront l’arromèga. À Barlest, une famille fait l’objet de tracasseries pendant plus de trente ans parce que le chef de famille, venu d’un autre village, a refusé de payer l’arromèga.

À Anclades et à Sarsan, près de Lourdes, les revenus de l’arromèga permettent de payer à tous les habitants, un banquet après la messe de la Toussaint.

La Révolution abolit tous les anciens droits. Les communautés ne perçoivent plus le droit d’arromèga qui contribuait largement à leurs finances. Les traditions ont la vie longue. Ce sont désormais les jeunes des villages qui organisent des arromècs.

Le droit d’arromèga, de sèga ou de barrèra

Ailleurs, le droit d’arromèga prend le nom de sèga ou de barrèra. En Ariège, c’est la romiguèra.

Dans son Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes, Simin Palay nous donne la définition suivante :

Barrère ; sf. – barrière mobile à claire voie.
Sègue ; sf. – Ronce frutescente (Rubus fruticosus, plante). V. arrouméc…

Malgré un nom différent, on voit bien la similitude de la pratique. Palay nous donne ensuite une description de cette tradition.

La sèga selon Simin Palay

 Simin Palay définit le droit d' arromèga ou de la sèga
Simin Palay

« La sèga est un très ancien usage qui se pratique à l’occasion d’un mariage ; malgré quelques différences locales, il consiste généralement en ceci : un ruban est tendu en travers du chemin que le cortège nuptial doit suivre, soit à l’entrée du village si l’un des époux vient du dehors, soit à l’entrée de l’église, soit parfois devant les maisons dont les habitants désirent faire honneur aux époux.

Droit de sèga - Caddetou que s'y tourne (Ernest Gabard)
Caddetou que s’y tourne (Ernest Gabard)

Des jeunes gens habituellement, tiennent un des bouts du ruban tandis que d’autres portent une bouteille de vin du cru et des verres ; ils ont parfois aussi des bouquets destinés aux invités ; le cortège doit s’arrêter devant la sègue, la barrière ; les époux sont invités à trinquer et à boire un coup ; il y a parfois échange de compliments et de souhaits, puis après avoir remis une offrande en argent, la noce est autorisée à poursuivre son chemin. Le ruban, autrefois, était remplacé par des ronces naturelles.

Cet usage ayant donné lieu à des abus, en 1488, Catherine de Navarre le frappa d’interdiction, mais il n’en persiste pas moins, les abus seuls sont abolis ».

 

 

La fin d’une longue tradition

Au XIXe siècle, les autorités luttent contre cette pratique qui leur parait contraire aux libertés individuelles. La tradition de l’arromèga, de la sèga ou de la barrèra s’est définitivement perdue au XXe siècle.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Revue de Gascogne, 1924
Dictionnaire du Béarnais et du gascon modernes, Simin Palay, Edicions Reclams, 2020.




L’eau et Bordeaux, vingt siècles d’histoire

Si on associe Bordeaux au vin, son histoire d’eau mérite aussi de s’y intéresser. Entre les marais et les eaux salées, la ville a dû faire preuve d’ingéniosité pour trouver de l’eau douce.

L’eau aux temps anciens de Bordeaux

Ausonius
Ausonius

Nos ancêtres s’installent dans un méandre de la Garonne, permettant l’accès à l’océan. Pourtant la zone est un marais, mais la Garonne est une voie de communication et le lieu devient une place commerciale. C’est une des routes de l’étain qui permet d’acheminer le métal depuis les mines de Cornouailles. Ce métal est très prisé car il permet de fabriquer le bronze.

En 56 av J.-C., Crassus vainc les Aquitains et Burdigala grandit. On estime la population à 20 000 habitants. Il faut de l’eau douce à consommer, ils utilisent principalement cinq sources.

Ausone, au IVe siècle, écrit un quatrain sur la source Divona :
Salve, fons ignote ortu, sacer, alme, perennis,
Vitree, glauce, profunde, sonore, inlimis, opace!
Salve, urbis genius, medico potabilis haustu,
Divona, Celtarum lingua, fons addite divis!

Salut, source d’origine mystérieuse, sacrée, nourricière, éternelle,
transparente, verte, profonde, chantante, limpide, ombreuse!
Salut, génie de la ville, breuvage curatif,
Divona, en langue celte, source d’ordre divin!

 

Vestiges de l'aqueduc gallo-romain à Sarcignan
Vestiges de l’aqueduc gallo-romain à Sarcignan

Il faut aussi se laver, alors les Romains construisent des aqueducs pour leurs thermes. Encore une fois, Ausone nous renseigne en évoquant un aqueduc qui part de Léognan vers Bordeaux. On peut encore en voir des vestiges à Sarcignan.

Ces constructions seront détruites par les invasions barbares un peu plus tard. Il faudra attendre dix siècles pour recommencer à mettre en place un réseau d’eau.

Enfin, les Romains, comme leurs successeurs, ne dédaignaient pas de se baigner dans la Garonne.

L’alimentation en eau de Bordeaux devient difficile

Au Moyen Age, les eaux des rivières où on s’abreuve sont appelées esteys / estèirs ; elles vont être contenues grâce aux constructions des remparts. La situation reste fragile. La Devèze s’envase ; l’influence des marées entraine une salinité élevée de l’eau. Des puits sont creusés, privés et publics, dans la nappe phréatique.

Bordeaux - les bains publics
Bordeaux – les bains publics

À la fin de XVe siècle, le développement de Bordeaux entraine une dégradation de la ressource. Au XVIIIe siècle, la population double. La qualité de l’eau est affreuse, les pénuries fréquentes. On fait venir l’eau de Mérignac grâce à de grands travaux.

À cette même époque, on interdit la baignade dans la Garonne. Des bains publics sont alors construits. D’abord, en 1763, deux bateaux-bains flottants installés le long du cours du Chapeau rouge et de la place des Quinconces. Puis, en 1799, des bains orientaux, et enfin, en 1826 les bains des Quinconces.

Les bains-douches du Bouscat
Les bains-douches du Bouscat

Deux pavillons furent construits à l’extrémité des allées d’Orléans et de Chartres, les hommes et les femmes avaient des thermes séparés. Des conduites en fonte amenaient l’eau de la Garonne jusqu’à un réservoir au sommet des deux édifices, puis elle s’écoulait dans un bassin de décantation avant d’être distribuée dans les baignoires. Des pompes aspirantes et refoulantes alimentées par des machines à vapeur assuraient le bon fonctionnement de l’ensemble.

De l’eau à domicile au service public

L'eau à Bordeaux - L'aqueduc du Thil franchissant sur un pont la jalle d'Eysines au Taillan-Médoc
L’aqueduc du Thil franchissant sur un pont la jalle d’Eysines au Taillan-Médoc

En 1850, 130 000 personnes vivent à Bordeaux et n’ont que 5 l d’eau par jour et par personne (à comparer aux 250 l/j/pers d’aujourd’hui !). Des marchands à domicile colportent l’eau depuis les fontaines.

Alors, on lance un grand projet en 1835, sur la suggestion de Joseph Louis, directeur de l’établissement hydraulique de la Font de l’Or. Les ingénieurs Mary et Devanne captent les eaux d’une source située du côté du Thil, au Taillan, et construisent un aqueduc jusqu’à Bordeaux.  On utilise des moellons, et il est long de 12 km. Dès 1857, il permet d’acheminer 250 m³ d’eau par heure et alimente 400 bornes fontaines, cinq fontaines monumentales et cinq fontaines Wallace. On l’exploite encore aujourd’hui.

En 1880, la ville achète les terrains contenant les sources de Fontbanne à Budos et construit un aqueduc de 41 km qui apportent par gravité les eaux captées à l’usine du Béquet à Villenave d’Ornon. Avec seulement 4,50 m de différence d’altitude entre le début et la fin de l’aqueduc, sa construction est un exploit. Il est opérationnel en 1887. On utilise l’eau pour alimenter la population et aussi pour nettoyer les rues. Les anciennes fontaines sont peu à peu reléguées au simple agrément. Cet aqueduc fournit encore 15% des besoins de la métropole.

Tracé de l'aqueduc de Budos et Usine du Béquet qui alimente Bordeaux
Tracé de l’aqueduc de Budos et Usine du Béquet

Les fontaines monuments de Bordeaux

Bordeaux - Place de la Bourse - Fontaine des Trois Grâces
Fontaine des Trois Grâces

Il existe déjà des fontaines comme la fontaine de la Grave, dans le quartier St Michel, construite par l’architecte bordelais Richard-François Bonfin en 1784. Mais c’est surtout à partir de 1850 que la ville engage plusieurs constructions de fontaines.

En 1865, l’architecte Louis-Michel Garros et le sculpteur bordelais Edmond Prévot construisent la fontaine du Parlement. Quatre visages de femmes la surmontent alors que, plus bas, L’eau sort de la bouche de quatre barbus. L’aqueduc du Thil l’alimente.

Léon Visconti, en 1869, lance le projet de la fontaine des Trois Grâces, place de la Bourse. Lors de son inauguration, le pauvre curé de la paroisse s’exclame : j’aurai préféré bénir des statues de Saints que des seins de statues.

Enfin citons la fontaine du monument aux Girondins. En 1857, la ville lance un concours pour réaliser une fontaine monumentale place des Quinquonces. C’est Frédéric Bartholdi (le sculpteur de la statue de la Liberté) qui le remporte. En 1887, il propose sa fontaine, Char triomphal de la Garonne. Trop cher. Bordeaux abandonne et c’est Lyon qui la fera construire. Parallèlement, les Bordelais veulent faire construire un monument à la mémoire des députés girondins exécutés pendant la Révolution. Ils rapprochent les deux projets et édifient en 1902 une grande colonne montrant le génie de la Liberté tenant une chaine brisée, flanquée de deux fontaines de part et d’autre. Ironie de l’histoire, les statues représentant huit des principaux députés exécutés ne seront jamais réalisées et leurs emplacements en arrière de chacune des deux fontaines, sur le socle de la colonne, demeurent toujours vides.

Bordeaux - Place des Quinconces - La fontaine des Girondins
La fontaine des Girondins

Les grands travaux du XXe siècle à Bordeaux

On exploite toutes les sources à 40 km à la ronde. De plus, on creuse des forages en nappe profonde à la fin du XIXe siècle pour l’agriculture et l’industrie. La nappe phréatique est de mauvaise qualité et vulnérable. À partir de 1940, Bordeaux cherche de nouveaux approvisionnements et s’intéresse aux nappes profondes dans l’oligocène (100 à 150 m de profondeur) et dans l’éocène (plus de 300 m de profondeur).

Dix ans plus tard, Bordeaux et les communes environnantes mettent en place une gestion commune de l’eau. 120 forages prennent de l’eau dans la nappe de l’Éocène et apportent 35 millions de m3 par an.

En 1992, le prélèvement des eaux profondes de l’Éocène entraine des entrées d’eau salée dans la nappe. Un schéma directeur rééquilibre l’utilisation des ressources.

Schéma de circulation des eaux souterraines en Aquitaine
Schéma de circulation des eaux souterraines en Aquitaine

Quelle eau boivent les Bordelais ?

Les résurgences utilisés dans les houns / honts / fontaines provenaient principalement de la nappe de l’Éocène. Une partie des forages actuels prennent aussi dans cette nappe.

Sous Bordeaux, on trouve des roches datant de l’Eocène, soit de 33 à 65 millions d’années. L’eau qui y circule provient des contreforts du Massif Central et s’écoule vers l’océan. Lors des dernières glaciations, l’eau de pluie et surtout de la fonte des glaces s’est infiltrée dans ces roches et a commencé son cheminement vers l’océan. Mais le chemin est long et l’eau sous Bordeaux a 20 000 ans, c’est-à-dire qu’elle était à l’air libre dans le Massif Central il y a 20 000 ans. Une eau de belle qualité !

Aujourd’hui, l’eau circule moins vite car il n’y a plus que l’eau de pluie qui s’infiltre dans le Massif Central (plus de fonte de glace) et le niveau de l’océan est plus haut, freinant son écoulement.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

SMEGREG, nappes profondes de Gironde
aqueduc gallo-romain de Villenave d’Ornon à Bordeaux
Champs captants du Thil
SAGE diagnostic

 




Le réseau ferré en Gascogne

Le réseau ferré français compte à son apogée, près de 70 000 kilomètres de lignes. Il n’en compte plus qu’environ 24 000. Fortement concurrencé par l’automobile et soumis à des questions de rentabilité, le train connait cependant un certain renouveau si l’on en juge par les nombreux projets de réouverture ou de création de lignes.

La lente construction du réseau ferré

La France prend du retard par rapport à ses voisins anglais ou allemands. Elle dispose d’un réseau routier et d’un réseau de canaux développés. La reconstruction après les guerres napoléoniennes engloutit d’énormes moyens financiers.

Pourtant, le rail constitue une véritable révolution. En 1828, Alexandre Dumas note qu’il faut 3 h 30 pour aller de Paris à Rouen, contre 14 h par la diligence.

La construction des lignes de chemin de fer, c’est l’affaire de compagnies privées. Avec le développement du réseau, on fixe l’heure de Paris, moins 5 minutes pour tenir compte des voyageurs retardataires, comme base horaire du service des trains sur tout le territoire national.

Le réseau ferré, une volonté d’Etat

Alexis Legrand (1791-1848)
Alexis Legrand (1791-1848)

Dès 1814, Pierre Michel Moisson-Desroches adresse un mémoire à l’empereur « Sur la possibilité d’abréger les distances en sillonnant l’empire de sept grandes voies ferrées ». Il préconise les lignes de Paris-Lyon-Marseille-Gênes, de Paris-Bordeaux, ou encore de Paris-Lille-Gand. Alexis Legrand reprend ses travaux et il fait voter la loi du 11 juin 1842 « relative à l’établissement des grandes lignes de chemin de fer ». La France ne compte alors que 319 km de voies ferrées.  Elle établit le réseau ferroviaire français à partir de Paris. On l’appelle « l’étoile de Legrand ».

Les trains du plaisir, caricature de Daumier 1864
Les trains du plaisir, caricature de Daumier 1864

La loi prévoit déjà les lignes Paris-Bordeaux-Bayonne et Bordeaux-Toulouse-Marseille. Les communes cèdent les terrains à l’Etat. L’Etat finance les ouvrages d’art et les bâtiments. Il en concède l’usage à des compagnies qui construisent et exploitent la ligne. C’est en quelque sorte le début du Partenariat Public-Privé (instauré par une loi de 2008).

 

 

 

Le réseau de l’Etat nait en 1878 par la nationalisation de la Compagnie des Chemins de fer de la Charente. Le plan Freycinet du 17 juillet 1879 (Charles de Freycinet est ministre des travaux publics) prévoie de porter le réseau de 29 600 km à 38 300 km afin de desservir toutes les sous-préfectures. Il est achevé en 1914.

Premier logo de la SNCF (1937)
Premier logo de la SNCF (1937)

L’Etat nationalise les chemins de fer en 1937 et crée la SNCF le 1er janvier 1938. On ferme alors aux voyageurs près de 10 000 km de lignes. En 1969, on ferme de nouvelles lignes aux voyageurs. À l’expiration de la convention de 1937, la SNCF se transforme en Etablissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) le 1er janvier 1983. En 2009, c’est l’ouverture progressive à la concurrence.

La Compagnie des Chemins de Fer du Midi

Gare de Ségur à Bordeaux
La gare de Ségur à Bordeaux

La première ligne de train construite en Gascogne est celle de Bordeaux à La Teste par la Compagnie du Chemin de Fer de Bordeaux à La Teste, créée en 1838. La ligne ouverte en 1841 est à l’origine de la création d’Arcachon en 1857. La compagnie connait des difficultés financières et est absorbée par la Compagnie des Chemins de Fer du Midi et du canal latéral de la Garonne, en 1853.

Un long développement

Les frères Émile et Isaac Pereire (Le Monde illustré, 1863)-2
Les frères Émile et Isaac Pereire (Le Monde illustré, 1863)

La Compagnie du Midi, créée en 1852 par Isaac et Emile Pereire de Bordeaux, construit les 4 300 km du réseau ferré gascon. Elle reçoit la concession des lignes de Bordeaux-Bayonne et de Bordeaux-Sète. La ligne de Tarbes est couverte en 1859 pour la visite de Napoléon III et d’Eugénie aux bains de Luz Saint-Sauveur, celle de Toulouse à Bayonne en 1867.

Elle construit les lignes du plan Freycinet : Bordeaux à la pointe du Médoc, Saint-Girons à Seix, Castelsarrasin à Lombez, Auch à Lannemezan, Auch à Bazas, Saint-Sever à Pau, Nérac à Mont de Marsan, Oloron à Saint-Palais, Saint-Martin d’Autevielle à Mauléon ou encore Bayonne Saint Jean Pied de Port.

 

L’électrification des lignes

La centrale hydroélectrique d'Éget, Aragnouet, Hautes-Pyrénées
La centrale hydroélectrique d’Éget, Aragnouet, Hautes-Pyrénées

En 1909, la Compagnie lance l’électrification de ses lignes. Les mines de charbon du nord sont trop éloignées et la guerre de 1914 entraine une pénurie. La Compagnie exploite l’hydroélectricité dans les Pyrénées et construit des barrages et des usines électriques : Soulom en 1913, Licq-Atherey en 1917, L’Oule en 1919, Artouste en 1920, ….. La Société Hydro-électrique du Midi (SHEM) se crée en 1929. Elle devient une filiale de la SNCF en 1946 et une société indépendante en 2000.

En 1933, la Compagnie fusionne avec celle des chemins de Fer de Paris-Orléans. Lors de la nationalisation du réseau ferré de 1937, la nouvelle Compagnie se transforme en société financière et d’assurances et détient des actions dans la nouvelle SNCF jusqu’en 1988, date d’une Opération Publique d’Achat (OPA) lancée par la société AXA.

Des lignes métriques complètent le réseau ferré gascon

Le train de la Rhune

Des lignes à faible écartement des voies (1 mètre) complètent le réseau ferré gascon. Ce sont des tramways qui permettent d’accéder aux vallées reculées de montagne. Le train de la Rhune est le seul qui circule encore.

En Ariège, on maintient en service la ligne de Saint-Girons à Sentein de 1911 à 1937. Elle se connecte à la ligne de Saint-Girons à Boussens ouverte en 1866 et à celle de Saint-Girons à Foix ouverte en 1902.

La Compagnie des Chemins de Fer du Sud-Ouest (CFSO) créée en 1909 exploite 8 lignes métriques dans la région toulousaine, dont : Toulouse-Boulogne sur Gesse ouverte en 1900, Saint-Gaudens – Aspet en 1906, Carbonne-Le Mas d’Azil en 1907.

La ligne de Marignac au pont du roi, à l’entrée du val d’Aran, est inaugurée en 1914. La ligne Pierrefitte – Cauterets, Luz Saint-Sauveur est ouverte en 1897.

Très vite désaffectées, les lignes secondaires de la Gascogne sont déconstruites ou transformées en vélorail (ancienne ligne de Nogaro à Sorbets) ou en voies cyclables. Parfois, des ouvrages d’art isolés dans la campagne permettent de retrouver leur tracé.

Le renouveau du rail

Le projet de lignes TGV du sud-ouest
Le projet de lignes TGV du sud-ouest

Fermeture des gares, puis des lignes aux voyageurs, avant une fermeture définitive. Ce triptyque ne semble plus d’actualité car de nombreux projets de modernisation, de réouverture ou de création de lignes se font jour. La revanche du rail ?

Le gouvernement vient d’adopter le financement de la nouvelle ligne de TGV entre Bordeaux et Toulouse. Si l’essentiel du tracé se fait en Gascogne, n’oublions pas qu’un embranchement est prévu vers l’Espagne, jusqu’à Dax, via Mont de Marsan, sans toutefois que le financement en soit arrêté.

Ligne Montréjeau-Luchon
Ligne Montréjeau-Luchon

La vallée d’Aspe a aussi son TGV (Train Généralement Vide, comme le surnomment ses détracteurs). Le président de la région Nouvelle Aquitaine veut rouvrir la ligne d’Oloron à Canfranc par le tunnel hélicoïdal du Somport. Si la région est seule à financer ce projet, les Espagnols ont modernisé leur ligne jusqu’à Canfranc et attendent avec impatience la fin des travaux du côté français. Nul doute qu’une ligne Pau-Saragosse attirera de nombreux passagers.

On prévoit pour 2023, la réouverture de la ligne de Montréjeau à Bagnères de Luchon, voulue par la région Occitanie. Celle de Tarbes à Bagnères permettra à l’entreprise ferroviaire CAF d’expédier les rames de train ou de métro qu’elle re-conditionne pour de grands opérateurs, plutôt que de les mettre sur des camions. L’Etat apporte 8 M€.

Des réouvertures programmées

Retour des trains de nuit
Retour des trains de nuit

La ligne d’Auch à Agen, fermée au trafic de marchandises en 2015, fait l’objet de la création d’un syndicat mixte. Il est composé des régions Aquitaine et Occitanie, des départements du Gers et du Lot et Garonne, des communautés d’agglomération d’Agen et d’Auch et de la communauté de communes de la Lomagne gersoise). Une société d’économie mixte lancera, en 2021, un appel d’offres pour sa remise en état et l’exploitation de la ligne. L’ouverture à la concurrence a finalement du bon …

Et pour terminer, cerise sur le gâteau ! Le train de nuit La palombe bleue qui relie Tarbes à Paris circulera de nouveau à partir de 2022. Amis gascons, reprenez le gout du train. À vos billets !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

www.sncf-reseau.com
www.gpso.




Édouard Lartet, Gascon fondateur de la préhistoire

Édouard Lartet (1801-1871) nait à Castelnau-Barbarens, dans le Gers. Il fait des études de droit et s’intéresse aux sciences naturelles. Avocat à Ornezan, il consacre ses loisirs à la géologie et à la paléontologie. Il devient un des premiers préhistoriens.

Édouard Lartet découvre le gisement de Sansan

Edouard Lartet
Edouard Lartet

Pour le remercier de ses conseils d’avocat, un paysan de Sansan offre à Édouard Lartet une dent de mastodonte en 1833. En effet, à chaque labour, il remonte des os. D’ailleurs le lieu s’appelle lo camp de las òssas [le champ des squelettes ou le champ des os].

Dans ce gisement qu’il fouille pendant 10 ans, Édouard Lartet identifie 90 espèces de mammifères et de reptiles fossiles. Dès 1834, il publie ses découvertes et reçoit des crédits du ministre de l’instruction publique (François Guizot) pour poursuivre les fouilles. Grâce à Édouard Lartet, l’État rachète le site en 1848. Enfin, il devient la propriété du Museum d’histoire naturelle de Paris et les fouilles durent jusque dans les années 1990.

Macrotherium sansaniense découvert à Sansan – Muséum d’histoire naturelle

Plus tard, en 1836, Édouard Lartet découvre la mâchoire d’un singe fossile. Sa découverte « fait le buzz » comme on dirait aujourd’hui car, à l’époque, on pensait impossible l’existence de singes fossiles.

Immédiatement, une commission d’enquête du Muséum d’Histoire naturelle de Paris vient faire une enquête et confirme la découverte. C’est une preuve de la théorie de l’évolution qui s’oppose au créationnisme, en vogue à l’époque (croyance qu’une création divine est responsable de la vie et de l’univers).

Édouard Lartet entreprend des fouilles en Gascogne

Dents du singe des chênes (Dryopithecus fontani)

En 1856, Édouard Lartet découvre le «singe des chênes» (Dryopithecus Fontani), fossile découvert près de Saint-Gaudens. On le considère longtemps comme un ancêtre de l’homme.

En 1857, il décrit un oiseau à dents (Pelargonis miocaenus) à partir d’un humérus fossile trouvé en Armagnac par l’abbé Dupuy. À Simorre, il découvre un rhinocéros fossile (Brachypothérioum brachypus). À Sansan et Villefranche d’Astarac, des ossements permettent de reconstituer l’Archeobelodon. D’ailleurs, une réplique du squelette grandeur nature vient d’être installée sur l’Archéosite de Sansan.

Archaeobelodon filholi – Musée d’Histoire Naturelle de Paris

Édouard Lartet entreprend des fouilles à Massat en Ariège et à Aurignac en Haute-Garonne. Il trouve des silex taillés, des restes d’animaux et un foyer.  Ainsi, ses découvertes confortent la théorie de Jean-François Noulens (1802-1890), un autre Gascon géologue et paléontologue né à Venerque en Haute-Garonne, qui pense que l’homme est contemporain des espèces animales disparues.

L’abbé Breuil reprend les travaux d’Édouard Lartet à Aurignac en 1906. Et le site donnera son nom à la première culture du Paléolithique supérieur : l’Aurignacien.

Crâne de panthère découvert à Montmaurin – Haute-Garonne

En 1861, Édouard Lartet propose une première chronologie de l’ère quaternaire qui tient compte des squelettes fossiles et des outils qu’il découvre dans les mêmes couches géologiques : l’âge de l’ours des cavernes, l’âge du mammouth et du rhinocéros laineux, l’âge du renne et l’âge de l’auroch.

Édouard Lartet à l’origine des fouilles en Périgord

Henry Christy fouille avec Edouard Lartet dans le Périgord
Henry Christy

Édouard Lartet fait des fouilles en Périgord en 1863. En compagnie de Henry Christy, paléontologue anglais qui parcourt le monde pour réunir une collection d’objets préhistoriques qui sont aujourd’hui au British Museum, il fouille les sites du Moustier, du Pech de l’Azé et de La Madeleine.

Dans la grotte de la Madeleine, Édouard Lartet découvre une gravure de mammouth sur une défense de cet animal, preuve de l’existence de l’art préhistorique. La publication de ses découvertes lui vaut une belle notoriété. Puis on l’appelle à La Roche-Solutré, site préhistorique qu’on vient de découvrir près de Mâcon, pour valider les hypothèses des découvertes.

Baton percé – La Madeleine – Museum de Toulouse

En 1869, Édouard Lartet est nommé professeur au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Malade, il meurt à Seissan sans avoir pu enseigner.

Les travaux d’Edouard Lartet sont poursuivis par son fils

Louis Lartet, fils de Edouard Lartet
Louis Lartet

Édouard Lartet épouse Léonie Barrère en 1840. Son fils Louis (1840-1899) nait le 18 décembre à Castelnau-Magnoac. Il devient assistant au Muséum d’histoire naturelle de Paris et effectue des missions de recherche en Espagne et en Palestine.

En 1868, Louis Lartet fouille le site des Eyzies, récemment découvert en Dordogne. Là, il trouve le squelette de l’homme de Cro-Magnon. D’ailleurs, il doit son nom au lieu de sa découverte : en occitan, Cròs signifie creux ou grotte ; Manhe signifie grand.

La guerre de 1870 ramène la famille d’Édouard Lartet en Gascogne. Louis devient chargé de cours à la Faculté des sciences de Toulouse. En 1879, il est titulaire de la chaire de géologie et de minéralogie.

Silex de Cro-Magnon – Museum de Toulouse

Louis Lartet poursuit les recherches préhistoriques en Gascogne et enrichit le fonds de la Faculté des sciences, aujourd’hui déposé au Museum d’Histoire naturelle de Toulouse.

La section médecine-sciences de la Bibliothèque universitaire de Toulouse acquiert en 1902 les papiers scientifiques d’Édouard Lartet et de son fils Louis.

Les sites de paléontologie en Gascogne

La Gascogne est riche en sites de paléontologie. Depuis les travaux d’Édouard Lartet, de nombreuses découvertes ont été faites.

Pour ceux qui s’intéressent à ces découvertes, plusieurs sites sont ouverts au public.

Musée de l’Aurignacien – Aurignac (Haute-Garonne)

Le paléosite de Sansan, dans le Gers, propose un sentier pédagogique de 3 km avec des panneaux didactique pour découvrir l’histoire du site et les fouilles d’Edouard Lartet.

Le musée de l’Aurignacien à Aurignac, en Haute-Garonne, propose un musée récemment rénové, des ateliers didactiques et un sentier découverte :

Le muséum d’histoire naturelle de Toulouse présente de magnifiques collections dans tous les domaines, scientifiques parmi lesquelles ont peut voir les découvertes d’Édouard Lartet et de Louis Lartet.

Le site de fouilles de Montréal du Gers appartient au Museum d’histoire naturelle de Toulouse. On y fait des fouilles depuis 1997. C’est un des sites majeurs d’Europe dans lequel on a trouvé quatre nouvelles espèces d’animaux fossiles, dont un cerf-girafe. Il est ouvert au public. On y organise des stages de fouilles pour les adolescents.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Rencontre avec Edouard Lartet, Paléosite Sansan
Bulletin de la société préhistorique française, « Edouard Lartet (1801-1871) et la paléontologie humaine », Goulven Laurent, 1993, p.22-30
L‘origine de l’Homme: Édouard Lartet (1801-1871). De la révolution du singe à Cro-Magnon, Nathalie Rouquerol et Jacques Lajoux, 2021, Editions Loubatières




Les plus petites communes des Pyrénées

La France compte 36 697 communes. C’est le chiffre le plus important de tous les pays d’Europe. Certaines sont toutes toutes petites.  Allons respirer le bon air à la découverte de ces lieux en Gascogne.

Caubous, commune de 4 habitants

Commune de Caubós (31) - Eglise Saint Félix
Caubós (31) – Eglise Saint Félix

Caubós en gascon, Caubous est tout près de Bagnères de Luchon (Banhèras de Luishon en gascon), à 9 km dans la vallée d’Oueil (vath de Guelh). C’est la commune la moins peuplée de la Haute-Garonne avec ses 4 habitants. Depuis deux siècles, sa population n’a que rarement dépassé les 80 habitants. Pourtant, en regardant son église gothique, Sent Feliç de Caubós, avec son clocher-mur à deux baies et sa porte du XVIe, on imagine que le village a dû être plus important.

Pourquoi cette église est-elle dédiée à Sent-Feliç ? Dans le « Dictionnaire des communes » de Jean-Baptiste Gindre de Mancy (1797-1872), dix-sept communes françaises portent ce nom, dont treize en pays d’oc. Peut-être s’agit-il de ce Sent Feliç, évêque martyr de Girona, en Catalogne, au IIIe siècle, dont l’aura s’est étendue dans nos régions. L’empereur romain Diocletianus (244-311?) parle de lui : Parva Felicis decus exhibebit artubus sanctis locuples Gerunda [La petite Gérone, riche en saintes reliques montrera la gloire de Félix].

Une promenade pour les curistes de Luishon

Ernest Lambron - Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon
Ernest Lambron – Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon

Le docteur Ernest Lambron (1815-1882) s’intéresse à la santé des baigneurs des thermes de Luishon et aussi à leurs loisirs. Ainsi, il décrit tous les lieux de promenade à l’entour dans un de ses livres, Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon. La commune de Caubós y est citée. En particulier, il y signale un sarcophage roman qui sert d’auge pour faire boire les chevaux.

Il faut, selon le docteur Lambron, 3 h à pied pour y aller et 2h 10 pour en revenir. Et c’est l’occasion d’admirer la vath de Guelh, relativement étroite, ses 700 ha de forêts et ses pelouses d’estives. Caubós s’y étage de 1900 à 1200 m d’altitude. Les amoureux de la nature y verront quelques jolies fleurs comme le « tabouret des montagnes » ou l’odorante « aspérule des Pyrénées ».

La Vallée d'Oueil
La vath de Guelh – la vallée d’Oueil

L’eau à Caubós

Presque toutes les communes de France proposent un réseau et des compteurs individuels pour délivrer l’eau potable. Caubós, elle, a gardé son ancien système : une source et un astucieux dispositif de vases communicants.

En revanche, il y a environ dix ans, le ministère de l’environnement a décidé de démanteler la centrale hydroélectrique de Caubous qui datait de 1904. Certes, l’échelle à poissons était à refaire mais certains se sont désolés de détruire un outil de production d’énergie renouvelable et une ressource économique pour les collectivités.

Baren, commune de 12 habitants

Eglise Saint-Pierre aux Liens de la commune de Baren (31)
Baren (31) – Eglise Saint-Pierre aux Liens

Si Baren n’a eu que 5 habitants, le village en compte aujourd’hui 12. Lui aussi se situe peu loin de Luishon. Avec ses 880 m d’altitude, il bénéficie du soleil quand la vallée est déjà dans l’ombre.

Le nom, Baren, pourrait venir du gascon barén, ravin, précipice, sol d’un marais desséché, que l’on peut rapprocher de barranca, selon le Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW).

Barén a beaucoup de charme, surtout grâce à la réhabilitation des granges, effectuée en très grosse partie par les particuliers eux-mêmes. Le village a une petite église, Sent Pèir deus ligams (Saint Pierre aux liens), munie d’un clocher-mur à deux baies. Le nom rappelle la basilique de Rome, San Pietro in Vincoli, construite au Ve siècle pour conserver les chaines qui avaient enchainé saint Pierre à Jérusalem.

Ce nom a bien séduit nos ancêtres car, sur les dix-huit églises qui portent ce nom en France, on en compte quinze dans la Gascogne et le Languedoc. En Gascogne, elles sont situées à Aragnouet (65), Aragnouet-Fabian (65), Aurignac (31), Baren (31), Betbezer-d’Armagnac (40), Courties (32), Mondonville (31).

Se promener autour de la commune de Baren

Royo et Perdiguère
Royo et Perdiguère

Baren peut être un point de départ de promenade. Et, si vous cherchez un endroit tranquille pour loger, pourquoi ne pas essayer son gite, la Boulotte, très confortable ?

Tout ce coin est sous protection environnementale et les randonnées sont agréables. Par exemple, vous pouvez rejoindre le pic Burat (2154 m). Ou encore, depuis le lavoir, en direction de l’église, entamer une jolie randonnée d’environ 5 h qui vous hissera jusqu’au malh de la Pica (1747 m). Si ce n’est pas très haut, attendez-vous à une superbe vue sur les grands pics du Luchonnais et de la Maladeta. En particulier, vous pourrez admirer le Perdiguèra [Perdiguère], en fredonnant la chanson de Nadau, lo Saussat.

Tota era calhavèra,
Deth som deth Perdiguèra,
Devara ath Portilhon,
Qu’enteni sa cançon,
Jo sus era montanha,
Non n’ei cap de companha,
Eth còr tot enclavat,
Que uèiti eth Saussat.
Tous les cailloux,
Depuis le sommet du Perdiguère
Descendent au Portillon,
J’entends leur chanson,
Et moi sur la montagne,
Je n’ai pas de compagne,
Le coeur tout serré,
Je regarde le Saussat.

Ourdon 9 habitants

Les Hautes-Pyrénées ont aussi une jolie petite commune, Ourdon. Entre Gazost et Agos-Vidalos, elle s’étend entre 560 et 1400 m d’altitude. La moitié des logements sont des habitations secondaires.

Si vous consultez le Dictionnaire toponymique des communes des Hautes-Pyrénées de Michel Grosclaude et Jean-François Le Nail, vous découvrirez l’évolution de la dénomination du village. Appelé d’Ordo en 1313 dans le Debita regi Navarre (livre des droits de Navarre), il prend aussi le nom d’Ordonum, dans ce même Debita regi. Ou encore, en 1342, De Ordano dans le pouillé (dénombrement des bénéfices ecclésiastiques d’un domaine géographique) de Tarbes.

L’écriture du nom va se stabiliser, passant par Ordoo en 1384 dans le livre vert de Bénac, Ordo en 1403 puis devient Ordon au XVIIIe siècle (registres paroissiaux, carte de Cassini). Notez que le o se prononce « ou ».

Et si vous êtes en jambes, pourquoi ne pas monter au soum de Trézères (1610 m) à pied ou en vélo ?

Soum de Trézères
Soum de Trézères

Senconac, commune languedocienne de 13 habitants

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Senconac est la commune la moins peuplée du département de l’Ariège, et située dans la vallée de Haute Ariège, en amont de Tarascon. Elle n’est pas en Gascogne mais cette pyrénéenne a eu, au cours du temps, des liens avec elle : Bernard Roger, premier comte de Foix (981 ?- 1036 ?) possède le Couserans, Foix, le Sabartès, et la Bigorre par mariage avec Garsende.

Lorsque Roger II, comte de Foix, la donne à l’abbaye de Cluny en 1074, elle est appelée Villam Succunacum. Plus tard, un successeur, Roger-Bernard III de Foix, (fin XIIIe), en bisbille avec le roi de France, prétend que Senconaco appartient toujours à son comté…

Le village a parfois été appelé Sent Conac [Saint Conac].  Il est vrai que l’on trouve dans plusieurs endroits le nom de Conac ou Cosnac, du gaulois Condate, mettant en avant la confluence de plusieurs cours d’eau. En tous cas, trois ruisseaux passent par Senconac.

La commune a perdu son église Senta Maria il y a déjà pas mal de temps, mais sa visite reste agréable. En particulier, située à plus de 900 m d’altitude, on peut admirer la vue sur la vallée. Les plus courageux pourront se promener à l’étang d’Appy, au aller en cheminant sur les crêtes, jusqu’au pic de Galinat (2115 m).

L'étang d'Appy
L’étang d’Appy

Comment former une équipe municipale dans de si petits villages ?

Les communes entre 0 et 99 habitants ont droit à sept élus au conseil municipal. Pas si simple pour ces communes ! D’ailleurs, que se passerait-il s’ils ne pouvaient rassembler cette équipe ? Baren, en 2020, a réussi à élire six conseillers (sur six votants) et fait un procès-verbal de carence pour le septième membre. Caubous n’a pu présenter que cinq candidats. Heureusement, car en-dessous de cinq, « On nous rattacherait à une autre commune« , précise le maire de Caubous.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon, Dr Ernest Lambron, 1860
Dictionnaire des communes, Jean-Baptiste Gindre de Mancy, 1897
Vallée d’Oueil et soulane du Larboust, INPN
Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW), Walter von Wartburg, dictionnaire étymologique et historique du gallo-roman (français et dialectes d’oïl, francoprovençal, occitan, gascon), ATILF




La cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges

 La cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges est bâtie au sommet d’un oppidum et domine le paysage. D’où que l’on vienne, sa silhouette caractéristique la fait reconnaitre. Elle fait partie de la première liste des monuments historiques classés de 1840. Et elle est sur le Patrimoine mondial au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, en 1998.

L’œuvre de Bertrand de l’Isle (XIe-XIIe siècles)


Statue de Saint-Bertrand au cloître
Statue de Saint-Bertrand au cloître

Les destructions des Vandales en 409 entrainent le repli de la ville sur l’oppidum enserré de remparts. On construit une première église. Elle sert de base à la cathédrale romane voulue par Bertrand de l’Isle, évêque de Comminges de 1073 à 1123.

Bertrand de L’Isle (L’Isle-Jourdain dans le Gers) est cousin des comtes de Toulouse. Il applique la Réforme grégorienne dans son diocèse et consacre sa vie au soulagement des pauvres, ramenant la sécurité sur les chemins, favorisant l’établissement de marchés et le commerce, rétablissant la justice. Aussi, à sa mort, le peuple réclame sa béatitude.

Cathédrale de Saint-Bertrand - Tympan - Adoration des Mages
Tympan – Adoration des Mages

Bertrand de Goth et la cathédrale gothique (XIIIe – XIVe siècle)


Cathédrale de St-Bertrand - Façade Ouest
Cathédrale de St-Bertrand – Façade Ouest

De la cathédrale romane, il ne subsiste que des bases de murs et la façade de la nef. On a remanié le cloitre roman aux XIIe et XIIIe siècles. L’entrée se situe dans un clocher aménagé en tour de défense avec des hourds. De plus, on restaure le clocher entre 1883 et 1887, et on restitue les hourds selon une peinture du XVIe siècle placée sur le mausolée du saint. Un tympan roman figurant l’Adoration des Mages surplombe la porte. À noter, l’évêque qui se tient debout près de la Vierge serait Saint-Bertrand lui-même.

Bertrand de Goth, évêque de 1295 à 1299, élu Pape en 1305 sous le nom de Clément V, lance la construction d’une cathédrale gothique. Il en confie la surveillance à Adhémar de Saint-Pastou, chanoine, dont l’inscription funéraire indique : « En l’an 1387, le 3 décembre, mourut Adhémar de Saint-Pastou chanoine et sacriste de cette église, qui avait été désigné jadis par le pape Clément V pour y être le maître de l’œuvre nouvelle dont il posa la première pierre en l’an 1307. Que leurs âmes reposent en paix. Amen ».


Le cloitre
Le cloitre

Ses successeurs poursuivent les travaux pour se terminer sous l’épiscopat de Bertrand de Cosnac (évêque de 1352 à 1374). Celui-ci fait construire une chapelle, côté sud, pour abriter les reliques de Saint-Bertrand. Hélas, elle déstabilise l’édifice et oblige à placer des arcs-boutants aux contreforts.

La translation des reliques de Saint-Bertrand (XIVe siècle)

Saint-Bertrand - Translation des reliques, peinture du mausolée)
Translation des reliques, peinture du mausolée

Clément V, un des Papes gascons et évêque de Comminges de 1295 à 1299 revient dans le Comminges en 1309 pour la translation des reliques de Saint-Bertrand. Un tableau représente cet évènement dans la chapelle Saint-Roch de la cathédrale.

Suivi d’un long cortège de cardinaux et d’évêques, il part de Toulouse le 8 janvier 1309. Puis il passe par Muret, Carbonne, l’abbaye de Bonnefont, Saint-Gaudens et arrive à Saint-Bertrand de Comminges, le 15 janvier. La translation des reliques a lieu le 16 janvier.

Les fêtes de la translation des reliques durent deux jours. 

Le mausolée de Saint-Bertrand (XVe siècle)

Pierre de Foix (évêque de 1422 à 1450) et Jean de Foix-Béarn (évêque de 1466 à 1501) construisent le mausolée de Saint-Bertrand sur l’emplacement des reliques du Saint. Le pape Clément V y avait placé les reliques en 1309. On les met dans le mausolée en 1476.


Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges
Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges

Le mausolée de Saint-Bertrand contient une châsse d’argent et d’ébène dans laquelle reposent les restes de Saint-Bertrand. Il est couvert de peintures sur pierre relatant sa vie miraculeuse. Le panneau de la queue de la mule et celui du tribut du beurre racontent un épisode de l’évangélisation de la Bigorre par Saint-Bertrand. En val d’Azun, des habitants coupent la queue de sa mule. Pour les punir, le Ciel envoie des fléaux qui durent 5 ans « les arbres ne donnèrent plus de fruits, les champs de culture et les femmes et femelles de progénitures ». Ils demandent pardon et s’engagent à donner à l’évêque leur production de beurre de la semaine précédant la Pentecôte. Ce tribut est payé jusqu’à la Révolution.

Les embellissements de Jean de Mauléon (XVIe siècle)


Saint-Bertrand de CommingesL'Adoration des Mages
L’Adoration des Mages

Jean de Mauléon (évêque de 1523 à 1551) construit la sacristie et la salle capitulaire. Il fait exécuter de nouveaux vitraux, installe le chœur des chanoines, le retable du Maitre-autel et l’orgue. Les éléments des vitraux d’origine sont rassemblés dans les trois verrières centrales.

Il offre aussi une série de neuf tapisseries racontant les principales scènes de la vie de Marie. C’est le maitre de Montmorency, un artiste des Flandres, qui les réalise. Il en reste deux qui sont exposées dans la chapelle Sainte-Marguerite. Elles mesurent 1,80 m de haut et 2,97 m de long et représentent l’Adoration des Mages et la Présentation au Temple. On les restaure en 2010.

Le chœur inauguré en 1535 comprend 66 stalles en bois et le trône épiscopal. Séparées des fidèles par un jubé, les stalles sont occupées par le clergé qui assiste à la messe. Les fidèles disposent d’une chapelle pour la messe paroissiale.


Le crocodile
Le crocodile

La salle capitulaire renferme le trésor de la cathédrale. On y expose des objets liturgiques précieux. Notamment la chape de l’histoire de la Vierge Marie offerte par le pape Clément V, le bâton pastoral, dit de « la licorne », et la mitre ayant appartenu à Saint-Bertrand, ainsi qu’un anneau épiscopal du XIIe siècle.

Parmi les curiosités de la cathédrale, on voit un crocodile fixé sur un des murs. D’après la légende, un monstre habite dans la vallée de Labat d’Enbès. Il imite le cri des enfants pour les attirer et les dévorer. Saint-Bertrand le frappe de sa crosse, l’animal le suit jusque dans la cathédrale où il meurt. En réalité, il s’agit plutôt d’un exvoto dont on ne connait pas l’origine.

Cathédrale de Saint-BertandChoeur, stalles et jubé
Choeur, stalles et jubé

Les Jubilés

Clément V institue un Jubilé, c’est-à-dire une fête marquant la translation des reliques. On le célèbre chaque fois que la fête de l’Intervention de la Sainte-Croix, c’est-à-dire le 3 mai, tombe un vendredi. Le dernier Jubilé date de 2019. Le prochain le sera en 2024. D’abord, l’Archevêque de Toulouse préside la messe, puis il y a une procession des reliques.

Les Jubilés de 1806, de 1816 et de 1822 connaissent un très grand succès. Ils raniment le pèlerinage de Saint-Bertrand.

Le palais des évêques de Comminges à Alan

À l’opposé du cloitre, on voit les restes d’un bâtiment surplombant la ville, appelé le palais des évêques. Mais il semble plutôt qu’il s’agisse d’une partie du couvent dont il reste le bâtiment des Olivetains, du nom de l’ordre des moines qui l’occupent jusqu’en 1881. « Les Olivetains » est aujourd’hui un lieu d’expositions et d’accueil pour les visiteurs de Saint-Bertrand de Comminges.


Palais des évêques de Comminges à Alan (31)
Palais des évêques de Comminges à Alan (31)

D’ailleurs, le palais des évêques de Comminges est situé à Alan, près de Martres-Tolosane.

Jean de Foix transforme la demeure en palais décoré au gout de son époque. Sur le tympan de l’entrée, il fait sculpter une vache portant à son cou les armes des Foix-Béarn. En 1493, il fait réaliser un Missel enluminé par Pierre de Lanouhe.

Puis, à la Révolution, on vend le palais comme bien national, divisé en 11 parcelles. Progressivement abandonné, il menace de tomber en ruines.

Plus tard, en 1912, un antiquaire d’Avignon achète la partie du bâtiment où se trouve la vache et propose d’acheter la vache elle-même. En effet, il travaille pour M. Delmotte, célèbre antiquaire parisien. Mais les habitants d’Alan s’y opposent. M. Delmotte fait une nouvelle tentative en 1920 pour l’offrir au musée du Louvre ou à celui de Cluny.

Sauvez la vache d’Alan !


La vache du Palais des Evêques de Comminges
La vache du Palais des Evêques de Comminges

Le maire fait appel au Duc Edouard de Trévise qui publie, le 28 octobre, un article « Où doit paître la vache d’Alan » dans le journal L’Illustration. Il conclue : « Il (M. Delmotte) se demande où doit paître la vache d’Alan. Répondons-lui : jamais dans un square, même parisien, mais là où elle est attachée, par ses anciens maitres, par ses statuaires, par sa longue vie de loyaux services, par la curiosité si utile des touristes, par l’activité courageuse de ses gardiens actuels ». La vache est sauvée.

Les travaux de restauration du palais des évêques de Comminges commencent en 1969. Les actuels propriétaires refont la décoration intérieure et créent l’Association Arts et rencontres au palais d’Alan qui organise des concerts en été.

Références

Le diocèse de Comminges
Si vous voulez participer à la rénovation de la cathédrale