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Les chansons historiques de Gascogne

Les troubadours écrivaient des chansons historiques, racontant des faits d’histoire. Au cours des siècles, les Gascons garderont ce gout et en feront des chansons populaires.

Les chansons historiques des troubadours

Evidemment, les troubadours ont écrit beaucoup de chansons racontant des faits historiques. Parmi les plus connues et les plus anciennes, citons la complainte sur la mort du roi Richard Cœur de Lion (1157-1199) de Gaucelm Faidit (1150?-1205?).

Extrait de 2’40 de la complainte sur la mort du roi Richard Cœur de Lion (complainte entière 11′ Troubadour Gaucelm FAIDIT, Lament for Richard I, king of England, La douleur – G.Le Vot – YouTube)

Fortz chausa es que tot lo major dan
e-l major dol, las ! q’ieu anc mais agues,
e so don dei totztemps plaigner ploran,
m’aven a dir en chantan, e retraire —
Car cel q’era de valor caps e paire, 
lo rics valens Richartz, reis dels Engles,
es mortz — Ai Dieus ! cals perd’ e cals dans es !
cant estrains motz, e cant greus ad auzir !
Ben a dur cor totz hom q’o pot sofrir…

C’est une chose fort cruelle, la plus grande douleur
et le plus grand deuil, hélas ! que j’ai jamais éprouvés
et que je dois désormais toujours déplorer en pleurant,
ce que j’ai à dire et retracer en un chant.
Car celui qui de Valeur était le chef et le père,
le puissant et vaillant Richard, roi des Anglais,
est mort. Hélas ! Dieu ! quelle perte et dommage !
quel mot étrange et qu’il est cruel à entendre !
Bien dur est le cœur de celui qui peut le supporter…

Les chansons historiques souvenirs

Chansons et danses de Gascogne de Gaston Guillaumie
Chansons et danses de Gascogne de Gaston Guillaumie

Gaston Guillaumie (1883-1961) a rassemblé certaines de ces chansons historiques de la Gascogne, ou très célèbres en Gascogne, dans son Anthologie de la littérature et du folk-lore gascons. Il n’a malheureusement consigné que leur version française. Parmi les thèmes les plus fréquents, il y a les guerres. Par exemple, la chanson de Renaud de Montauban, un des Quatre fils Aymon, était très chantée dans le nord de la Gascogne. Renaud rentre chez lui pour mourir et la chanson commence ainsi :

Quand Renaud de la guerre vint
Il tenait son ventre dans ses mains,
— Mon fils Renaud, réjouis-toi,
Ta femme est accouchée d’un roi.

Ou encore celle, conservée en vallée d’Ossau, qui parle d’un connétable envoyé en 1550 en Guyenne pour combattre les Anglais. Elle débute par :

Près des tours de Marmande,
Il y a un gentil guerrier,
Landéridette,
Il y a un gentil guerrier,
Landéridé.

Les satires et autres trufandisas

Tout aussi descriptives mais plus moqueuses sont les chansons historiques sur les guerres de religion. Par exemple, Justin Cénac-Moncaut (1814-1871) recueille Mon ami Pierre, où la belle Jeanneton attend vainement son ami Pierre, mort et enterré sous un romarin.  Toutefois, en l’examinant de plus près, les paroles sont chargées de sens. Voici le début : En revenant de Nantes, / Passant par Avignon. Nantes fait référence à l’édit de Nantes et Avignon au schisme d’Avignon. En fait, la chanson est une satire contre le catholicisme !

Plus tard, la chanson qui raconte la captivité de François 1er en Espagne après sa défaite à Pavie en 1526 connait un énorme succès. Elle peut être lue comme une simple description ou comme une moquerie.

Quand le roi partit de France / Conquérir d’autres pays / Vive la rose /
Conquérir d’autres pays, / Vive la fleur de lys. / Arrivé devant Pavie, / Les Espagnols l’ont pris.

La bataille de Pavie (1523)
La bataille de Pavie (1523)

Henri III de Navarre, futur Henri IV de France
Henri III de Navarre, futur Henri IV de France

Bien sûr, de nombreuses chansons parlent d’Henri IV, dont la savoureuse Le meunier des tours de Barbastre. Henri IV le séducteur se déguise en meunier, ramasse une rose tombée du corsage d’une paysanne et demande un baiser en salaire. La belle, ne reconnaissant pas le roi, l’éconduit.

La protestation politique

Charles de Gontaud, duc de Biron (1562-1602) - chanson historique pour son exécution
Charles de Gontaud, duc de Biron (1562-1602)

Le maréchal Charles de Gontaut, duc de Biron (1562-1602) est originaire de Saint-Blancard dans l’Astarac. Il porte une grande amitié et un fort dévouement à Henri IV. Il se montre un soldat remarquable, se couvre de gloire et, même, sauve la vie du roi. Lo noste Enric le remerciera en le nommant amiral, maréchal, gouverneur de la Bourgogne puis duc. Pourtant, en 1599, Biron complote avec le duc de Savoie contre le roi.

Il est arrêté, jugé, condamné à mort. Ces évènements déclenchent les passions et une chanson historique La mort de Biron restera populaire. Aussitôt, il est défendu de la chanter, sous les peines les plus sévères… ce qui n’impressionnera pas les Gascons.

La chanson parle de Biron sur l’échafaud qui demande à un page de dire au roi de venir voir l’exécution. Le roi vient et Biron lui rappelle qu’il lui a sauvé la vie par trois fois.

Premièrement, devant Lyon,
Secondement, dans la Lorraine,
Troisièmement, devant Paris,
Trois fois je t’ai sauvé la vie.

– Biron, tu as trop tard parlé,
J’en ai perdu la souvenance,
Si tu avais parlé plus tôt,
Moi, la vie, je t’aurais sauvée.

Nos ancêtres ne semblaient pas avoir d’illusion sur les promesses des grands de ce monde…

La dernières chansons historiques

A faut espérer q'eu jeu la finira ben tot (1789)
A faut espérer q’eu jeu la finira ben tot (1789)

Après Henri IV, les Gascons abandonnent la chanson historique. Elle renaitra à la Révolution. Elles sont souvent écrites dans un patois qui mélange le gascon et le français. Celles de la Révolution exaltent le paysan et le berger. La chanson des paysans par exemple liste dans les six premières strophes les souffrances de leur condition, puis se termine par :

De ton faix de misère,
Tu te déchargeras pourtant,
Et bientôt tous crieront :
Vive le paysan !

L’Empire

Puis, le ton change avec l’Empire. La chanson populaire n’exalte pas les guerres napoléoniennes mais exprime plutôt la lassitude des levées d’hommes, les départs, les absences, les souffrances, les deuils,  les déceptions des retours.  On retrouve ces thèmes dans Où sont-ils ?

Où sont-ils ces gentils garçons, / Qui, l’an dernier, veillaient avec nous, / Faisant cuire des marrons / Et mangeant avec nous des galettes ?
Hélas ceux qui vont en Russie / Souffleront sur leurs pauvres doigts, / Mais ceux qui vont en Italie / Cuiront leur peau au soleil.
C’est bien beau que la jeunesse / Aille ramasser son faix de lauriers ! / Ils viendront un jour à la messe, / Avec leur pompon de grenadiers.
[…]
Pierre me voulait en mariage, / L’empereur rompit le marché. / Par mon âme ce serait dommage / Qu’on me le rendit endommagé.
[…]
voyez-le ce grand Bonaparte, / Celui-ci n’a pas peur pour sa peau. / Sur le cheval du roi de Prusse, / Son bel habit de drap anglais, / Garni d’une pelisse russe, / Et doublé d’un cœur de Français, / C’est le plus grand homme de guerre / Que ‘on ait jamais couronné, / Mais il sera plus beau encore, / Quand mon Pierre sera revenu.

Les campagnes de Napoléon susciteront des chanson politiques à la gloire des soldat - Napoléon à la bataille de la Moscova
Napoléon à la bataille de la Moscova

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Corpus des troubadours, Union Académique Internationale, Institut d’Estudis Catalans
Chansons et danses de la Gascogne, Anthologie de la littérature, n°7, Gaston Guillaumie, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus




Les feux pastoraux dans les montagnes

Au printemps et à l’automne, la montagne semble bruler. C’est la saison des feux pastoraux, cremadas ou uscladas en gascon, pour l’entretien des pâturages. Cette pratique ancestrale oppose le monde rural et les défenseurs de la nature. Peut-être abus et ignorance ne favorisent pas le dialogue…

Une pratique ancestrale d’entretien de la montagne

L’écobuage se définit comme le défrichement avec brulis de la végétation en vue d’une mise en culture temporaire.

Cette pratique est aujourd’hui abandonnée en plaine. En fait, jusque dans les années 1960, on a l’habitude de bruler les chaumes pour fertiliser le sol. Puis, la généralisation de la mécanisation de l’agriculture et l’apport des engrais contribuent à sa disparition.

Cependant, elle est toujours employée en montagne : l’écobuage reste la méthode d’entretien des pâturages en terrain difficilement accessible aux engins agricoles. Tout en fertilisant le sol, il permet d’éliminer les résidus végétaux et les broussailles qui gênent la pousse des plantes herbacées au printemps. Et il permet de fournir des pâturages aux troupeaux.

Ainsi, en haute montagne, la croissance de la végétation étant lente, le brulage se fait tous les 7 à 10 ans sur une même parcelle. En basse montagne, la croissance des ajoncs, genévriers et genêts est plus rapide, il se fait tous les 2 ou 3 ans.

L’évolution de la pratique des feux pastoraux

Un robot-broyeur pour lutter contre les friches
Un robot-broyeur pour lutter contre les friches

L’exode rural, l’abandon des terres et la diminution des troupeaux ont favorisé la pousse des friches. Alors, les feux pastoraux se sont espacés et couvrent de plus grandes surfaces concentrées dans les endroits les plus facilement accessibles. Mais le manque de main d’œuvre provoque la baisse du savoir-faire ancestral.

De plus, les pâturages sont descendus sur des zones anciennement cultivées, plus proches des zones habitées où la végétation est plus dense. Ainsi, les feux sont plus importants et concernent parfois des versants entiers de montagne. Par conséquent, les dégâts peuvent être importants sur la faune, les lignes électriques ou les habitations.

De plus, ces mêmes espaces concentrent les projets de développement économiques et touristiques, ce qui provoque inévitablement des conflits d’usage et la remise en cause des faux pastoraux.

Que reproche-t-on aux feux pastoraux ?

Ecobuage sous surveillance
Ecobuage sous surveillance

Ses détracteurs reprochent aux feux pastoraux de gêner la protection du gibier en gardant des espaces ouverts, de détruire la faune incapable de fuir, comme les mollusques ou les larves, d’entrainer une diminution de la diversité florale, d’être une source de pollution de l’air dans certaines conditions par l’émission de fines particules.

Toutefois, les recherches semblent montrer que les feux pastoraux n’ont pratiquement aucun effet de dégradation sur la composition végétale. Les mêmes espèces se retrouvent avant et après, seules les proportions changent au bénéfice des plantes herbacées.

De plus, le brulage ne concerne que la partie aérienne des plantes. Il a peu d’impact sur les racines et sur les graines enfouies. En revanche, il permet la réouverture de milieux qui contribuent à la biodiversité de nos montagnes.

Détracteurs et défenseurs s’acharnent. Tout comme l’ours, le feu est un révélateur des problèmes d’aménagement de l’espace en montagne : enfrichement des milieux, entretien des espaces pastoraux ou paysagers, choix touristiques, écologiques ou forestiers, etc.

Des catastrophes qui provoquent une prise de conscience

La sécheresse de l’hiver 1988-1989 provoque d’innombrables incendies et des dégâts importants. C’est le point de départ d’une prise de conscience qui conduit à la création des commissions locales d’écobuage dont le canton d’Argelès-Gazost sera le précurseur.

Samedi 20 février 2021 – violent incendie entre la Rhune et Ibardin

De plus, le 10 février 2000, huit randonneurs sont piégés par un incendie sur le GR 10 dans les montagnes d’Estérançuby : cinq sont morts, deux gravement brulés, un seul rescapé. Ce drame accélère le processus de concertation entre les parties prenantes à la montagne.

Pourtant, des agriculteurs continuent leur pratique plus ou moins maitrisée. En février 2002, dans un contexte de déficit pluviométrique, de sécheresse hivernale, de températures élevées et d’un fort vent du sud, une vague d’incendie touche les montagnes. Excepté dans les Hautes-Pyrénées où les commissions locales d’écobuage fonctionnent, les feux dégénèrent presque partout : des forêts brulent, plus de 5 000 hectares dans le seul pays basque, les canadairs interviennent.

Cet épisode douloureux accentue la gestion des feux pastoraux au niveau départemental. Cela n’empêche pas de nouveaux feux incontrôlés comme celui qui a ravagé la montagne de la Rhune en février 2021.

La réhabilitation des feux pastoraux

Contrôle de feux pastorauxLongtemps accusés de dégrader les pâturages, les feux pastoraux sont désormais au cœur des enjeux de l’aménagement de l’espace pastoral et forestier. Après avoir cherché à les interdire, on les reconnait comme outil d’aménagement de l’espace et la loi d’orientation sur la forêt du 9 juillet 2001 le réhabilite en tant que technique de prévention des incendies de forêt.

La loi sur la mise en valeur pastorale de la montagne de 1972 crée les Associations Foncières Pastorales et les Groupements pastoraux, qui réorganisent l’élevage. La loi pour le développement de la montagne de 1985 conduit à l’engagement des collectivités locales avec la création des Commissariats de Massif. L’Union Européenne met en place des aides pour la gestion de l’espace et de l’environnement. Chaque département met en place des organismes de développement pastoral.

S’appuyant sur les dispositions du Code forestier, des arrêtés préfectoraux réglementent la pratique des feux pastoraux.

Les commissions locales d’écobuage, instances de concertation et de régulation

Chantier pédagogique, démonstration d_usage des outils (65)
Chantier pédagogique, démonstration d_usage des outils (65)

Le code de l’environnement interdit le brulage des végétaux en plein air. Ils doivent être apportés en déchetterie. Les feux pastoraux constituent une exception notable à la réglementation.

Pour faciliter les feux pastoraux dans des conditions de sécurité améliorées, chaque département crée des commissions locales d’écobuage. Elles réunissent les collectivités, les services d’incendie et de secours, les éleveurs, les chasseurs, les forestiers, les gestionnaires d’espaces naturels, les naturalistes, les forces de l’ordre, etc. Ce sont des instances de concertation qui donnent un avis sur les chantiers déclarés et permettent leur organisation.

Les feux pastoraux sont autorisés seulement du 1er novembre au 30 avril de l’année suivante. Des arrêtés préfectoraux peuvent réduire cette période en cas d’épisodes de pollution de l’air.

Préalablement à tout chantier, le propriétaire doit en faire la déclaration à la mairie qui prévient les pompiers, les gendarmes, les communes environnantes et les riverains situés à moins de 200 mètres du brûlage. Une signalisation particulière doit être installée sur les sentiers de randonnée passant à proximité pour avertir les promeneurs éventuels.

Le propriétaire doit rester sur place et surveiller le feu jusqu’à sa complète extinction. En cas de manquement, les sanctions peuvent aller jusqu’à 1 an d’emprisonnement et une lourde amende.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Brûlage pastoral dans la vallée de Beaudéan (Wikipedia)
Brûlage pastoral dans la vallée de Beaudéan (Wikipedia)

Références

« Quinze années de gestion des feux pastoraux dans les Pyrénées : du blocage à la concertation », Jean-Paul Métalié et Johana Faerber, Sud-Ouest Européen, n° 16, p 37-51, Toulouse, 2003.
« Le feu pastoral en pays basque », Les cahiers techniques de Euskal Herriko Laborantza Ganbara, 5 mai 2019




Théophile de Bordeu le précurseur

Théophile de Bordeu (XVIIIe siècle), originaire de la vallée d’Ossau, est un médecin novateur et un précurseur. Persévérant, grand travailleur, il impose ses idées dans un milieu hostile.

Théophile de Bordeu choisit médecine

Théophile Bordeu
Théophile Bordeu (1722-1776)

Bordeu nait le  à Izeste (vallée d’Ossau). Son père, est Antoine de Bordeu, médecin, sa mère Anne de Touya de Jurques. Pour fêter sa naissance, Antoine plante un hêtre.

Théophile fait ses études à Lescar, chez les Barnabites, puis part à Montpellier apprendre la médecine. Montpellier est alors le centre le plus réputé sur cette discipline.  On y avait effectué la première transfusion de sang, créé la chimiothérapie, etc.

Théophile est un jeune homme sérieux et travailleur. Il écrit : « Je ne sors que pour dîner, aller à l’anatomie, à l’université, point de mail, point de vin, point de filles. » Une image à modérer car il fait de nombreuses dettes et se moque des remontrances de son père.

Montpellier - La Faculté de Médecine
Montpellier – La Faculté de Médecine

En tous cas, il est extrêmement doué. Il écrit avec son cousin un ouvrage d’anatomie descriptive novateur, Chylificationis historia. En 1743, il présente une thèse de baccalauréat tellement brillante qu’il est dispensé des épreuves préliminaires de la licence et est nommé docteur quatre mois plus tard. Il a 21 ans.

Théophile peine à trouver un premier emploi

Théophile de Bordeu aimerait s’installer à Pau, mais il faut soit être docteur de la faculté de Paris, soit se faire agréger au corps de médecins. Tentant la deuxième solution, il déchante vite et écrit : Pau est une ville exigeante; elle exige autant de soins, autant de courbettes que toute autre grande place et le tout sans profit; on n’y peut ni penser, ni faire, ni dire ce qu’on veut.

Alors, il repart à Montpellier faire un stage (aujourd’hui on parlerait d’internat), ouvre un cours d’anatomie avec travaux pratiques. Mais il veut plus. Il publie alors Lettres sur les Eaux minérales du Béarn, adressées à Madame de Sorbério. C’est un ouvrage sur la médecine thermale qui lui vaudra un grand succès. Peut-être pas tout à fait mérité car les spécialistes détecteront que l’œuvre a été écrite majoritairement par son père, Antoine !

Guillaume-François Rouelle
Guillaume-François Rouelle (1703-1770)

En tous cas, cela lui permet de viser Paris. Là, il suit les cours du chimiste réputé, Guillaume-François Rouelle et de l’anatomiste Jean-Louis Petit. Son parent, Daniel Médalon, médecin de l’infirmerie royale, lui fait faire un stage d’observation à l’Infirmerie royale de Versailles, entre mai 1748 et juillet 1749. Notre jeune homme se fait remarquer en soignant le duc et la duchesse de Biron et en les envoyant à son père pour une cure.

 

Bordeu, protégé du Roi

Louis XV, par Louis-Michel van Loo
Louis XV, par Louis-Michel van Loo

Aussi, jouant de sa récente influence, Bordeu fait nommer son père, dès 1748, inspecteur des eaux de Barèges. Puis, le 5 avril 1749, Louis XV le nomme régent d’anatomie pour la ville de Pau « pour y faire des leçons et expériences publiques, et lui permet de prendre à l’Hôtel-Dieu de ladite ville tous les cadavres dont il aura besoin pour ses démonstrations et préparations, aussi bien que ceux des criminels exécutés. »

Enfin, deux mois plus tard, le roi le nomme intendant des eaux minérales d’Aquitaine.

Théophile de Bordeu perturbe ses collègues

À Pau, les démonstrations du nouveau régent d’anatomie font salle pleine. Mais ce succès ne convient pas aux collègues locaux qui obtiennent qu’on limite ses cours. Alors, Bordeu se détourne de la ville et part en 1751, visiter les stations pyrénéennes. C’est à cette occasion, à Bagnères-de-Bigorre, qu’il rencontre celle qui sera sa maitresse toute sa vie, Louise d’Estrées, demoiselle d’honneur de la comtesse de Mailly, l’ancienne favorite du roi.

Recherches anatomiques
Recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action (1751)

Bordeu décide une bonne fois de s’installer à Paris. En 1752, il publie le livre qu’il a préparé à Pau : Recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action. C’est un énorme succès. Dans la foulée, Il publie deux thèses pour obtenir le grade de Docteur-Régent de la Faculté de Paris. Encore une fois, son succès lui attire des difficultés avec ses confrères de la Faculté. Il déclare que c’est une pétaudière où je ne mettrai jamais les pieds si je puis.

Cependant, afin de remercier son père, il lui offre le nouveau titre qu’il vient d’obtenir : médecin de l’hôpital militaire de Barèges. La clientèle du jeune Bordeu s’élargit et il envoie à son père ceux qui ont besoin de prendre les eaux – très à la mode en ce temps-là. Il ne manque pas d’ajouter quelques phrases personnelles ou humoristiques à la recommandation. Par exemple en qualifiant Madame de Pompignan de caillette que cette femme. Ou, dans un esprit trufandèr bien gascon, en écrivant à son père : J’ai vu la princesse de Turenne […] son fils aussi gras que lorsqu’il partit de chez vous, aussi bête que lorsqu’il partit de chez nous.
En 1755, Bordeu est nommé médecin de l’hôpital de la Charité à Paris avec le titre, créé exprès pour lui, d’inspecteur.

La disgrâce

Bordeu pense que la santé n’est pas une simple question de mécanique et de chimie. Il parle de sensibilité des organes. Il définit la fibre nerveuse qui établit la connexion entres les organes : Le filament nerveux pris à part n’est qu’un filament solide, sujet à des allongements et à des raccourcissements alternatifs; les oscillations vont et viennent pour ainsi dire comme un flux et un reflux.

L'usage des eaux de Barèges et du mercure pour les écrouelles ou dissertation sur les tumeurs scrophuleuses
L’usage des eaux de Barèges et du mercure pour les écrouelles ou dissertation sur les tumeurs scrophuleuses (1767)

Si les idées de Bordeu seront confirmées dans le futur, elles sont trop novatrices pour l’époque et heurtent ses collègues. En particulier, en 1756, Bordeu publie un ouvrage qui provoquera de violents débats : Recherches sur le pouls. De plus, il est le médecin le plus couru de Paris, ce qui éveille des jalousies.

Finalement, le 4 avril 1761, à l’assemblée de la Faculté, un collègue parisien, Bouvart, l’accuse d’avoir volé une montre et une boite à un malade, le Marquis de Poudenas. Bordeu demande à se défendre et le 28 avril, explique les faits réels. La Faculté nomme une commission de six membres pour examiner la conduite de Bordeu. Le 23 juillet, la Faculté raye Bordeu de la liste des médecins de Paris, et défend tout confrère de le consulter.
Mais Bordeu ne plie pas, il continue ses recherches et ses publications. Son frère, resté au pays est lui-même attaqué. Théophile lui répond : Et vous allez ainsi fléchissant devant nos grandelets de province ; un homme comme vous qui devriez, mordieu, traiter ces gens-là avec sa lame ; parce que vous êtes pauvre vous les craignez ; vivez de miche et parlez ferme… Je poursuis mes coquins; ils se sauvent dans les broussailles de la chicane, j’irai les poursuivre partout. 

Effectivement, trois ans plus tard, il est enfin lavé de cette accusation mensongère.

Le devant de la scène

Denis Diderot fait de Bordeu un des deux personnages du "Rêve de d'Alembert"
Denis Diderot fait de Théophile de Bordeu, le médecin de d’Alembert dialoguant avec Mme de Lespinasse dans le  « Rêve de d’Alembert » (1769)

La notoriété de Bordeu est, finalement, grandie. Diderot le consulte, comme tous les Encyclopédistes. et il en fait un personnage littéraire. Bourdeu accouche la duchesse de Bourbon du futur duc d’Enghien. Il est appelé au chevet du roi Louis XV à cause de sa grande expérience sur la variole. Mais il ne pourra qu’écrire les bulletins de santé de ses derniers jours.

II se rend chez ses malades en carrosse gris à quatre chevaux. Rejetant les vêtements noirs traditionnels des médecins, il porte un habit de cannelé gris le matin ou noisette galonné d’or le soir, musqué et testonné comme M. de Buffon qu’il imitait par l’élégance de ses manchettes et de son jabot.
Parlant couramment le béarnais, il s’amuse aussi à écrire quelques poèmes dont une sera reprise  par Etienne Vignancour dans son recueil Poésies béarnaises.  Elle s’intitule Houmatye aüs d’Aüssaü, sus lous Truquetaülés de la Ballée.
En 1774, il a une première hémiplégie.

orate ne intetris intentationem
« Orate ne intretis intentationem », planche tirée du « Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie dessiné d’après nature par Jacques Gamelin de Carcassonne » (1779)

Paris lui pue au nez, écrit-il. L’été suivant, il prend les eaux à Bagnères sans résultat notable. Il meurt dans la nuit du 23 au 24 décembre 1776. Il a 54 ans. Son domestique le trouve couché sur le côté gauche, appuyant la tête avec la main gauche ; il avait la main droite placée sur son cœur.

Sur sa tombe, Madame de Bussy, prononce ces quelques mots rapportés par le Journal de Paris : La mort craignait si fort M. de Bordeu, qu’elle l’avait pris en dormant.
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe nouvelle

Références

Théophile de Bordeu, Docteur Lucien Cornet, 1922, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus
Theophile de Bordeu, un homme d’esprit, de connaissances éclectiques et sachant séduire, Histoire des sciences médicales, tome LXI n°3, Jean-Jacques Ferrandis et Jean-Louis Plessis, 2007.
Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie dessiné d’après nature par Jacques Gamelin de Carcassonne… divisé en deux parties (1779)
Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées, par M. Théophile de Bordeu
Recherches sur le pouls par rapport aux crises. Tome 2 / , par M. Théophile de Bordeu
Poésies Béarnaises, Etienne Vignancour, 1860, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus




Les grandes sècheresses en Gascogne

Une sècheresse sévit en 2022. La sècheresse la plus grave jamais enregistrée dans notre pays selon la Première Ministre, Élisabeth Borne. Que savons-nous de ce fléau au cours des siècles en Gascogne ? Et a-t-il toujours les mêmes conséquences?

Des sècheresses nombreuses et des sècheresses sévères

Emmanuel Garnier, chercheur au CNRS
Emmanuel Garnier, chercheur au CNRS

On dispose de relevés de température depuis les années 1750. Pour compléter, les spécialistes du climat reconstruisent les situations en s’appuyant sur des données indirectes comme les dates des vendanges ou des récoltes des fruits. Ils s’appuient aussi sur des évènements sociaux comme les exvoto, les tableaux datés au dos de l’œuvre, les processions religieuses ou rogations pro pluvia. Toutefois, à l’échelle de notre histoire, notre connaissance reste sur une période courte  (cinq siècles environ).

Emmanuel GARNIER, chercheur au CNRS de Caen, montre dans son document Sécheresses et canicules avant le Global Warming 1500-1950 que, si les sècheresses sont plus nombreuses sur les deux derniers siècles, les plus sévères ont lieu pendant les XVIIe et XVIIIe siècles.

Et les conséquences en étaient plus graves car les populations étaient plus dépendantes du climat. Des inondations, des gelées, des grêles, des orages ou une sècheresse avaient des conséquences dramatiques sur les récoltes et sur la santé. Par exemple, l’eau des rivières tiédie par une canicule se charge de virus et de bactéries pouvant provoquer toutes sortes d’épidémies.

Les sècheresses généralisées

L’année 1540 reste dans les mémoires car la sècheresse en Europe dure 11 mois. Après un hiver de fortes gelées dans le sud, le printemps, l’été et l’automne sont très chauds et très secs. Des puits sont taris, les rivières basses. Le Rhin se traverse par endroits à cheval. Le vin est très sucré et des moulins à eau ne sont plus alimentés, ce qui rend le pain rare. Ainsi, des animaux et des personnes meurent de soif.

Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.

Hélas, le XVIIIe siècle comptabilise en France une mortalité effroyable due aux sècheresses (Lachiver, 1991). Celles de 1705, 1706, 1707 entrainent des épidémies et la mort de 200 000 personnes. En 1718 et 1719, la canicule frappe durement Paris. Le prix du blé s’envole engendrant de grandes émeutes de population. Afin de limiter la disette, Paris importe des grains depuis la Gascogne et l’Angleterre. Mais le bilan est lourd : 400 000 morts. On pourrait encore citer l’été 1747 (200 000 morts) ou 1779 (200 000 morts).

Heureusement, les canicules sont moins meurtrières de nos jours, même si on a compté 17 500 morts en 2003.

D’autres fléaux frappent les populations

Bien sûr, il existe d’autres fléaux climatiques. D’ailleurs, le plus meurtrier de l’histoire française est lié à la pluie. A l’été et à l’automne 1692, les très fortes pluies gâchent les récoltes des grains et surtout les semailles. Les charrues ne peuvent pas entrer dans les champs. Le printemps 1693 reste pluvieux et tout cela se termine par un échaudage (problème de circulation des substances nutritives dans les plantes, engendrant une malformation des grains, qui restent de petite taille). Alors, la récolte de grains de 1693 est si faible que certains meurent de faim, d’autres, sous-alimentés, de maladies comme le typhus, la dysenterie ou les fièvres. Enfin, les mendiants propagent les épidémies.

Cette calamité occasionnera 1 300 000 morts (sur 22 250 000 habitants), ce qui est bien plus que n’importe quelle guerre, et du même ordre de celle de 1914-1918. Mais les baisses de population varient selon la pauvreté des régions. Elles atteignent 26 % dans le Massif Central et 5 % dans le Sud-Ouest.

Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.

Les sècheresses signalées dans le Midi pyrénéen

Météorologie ancienne du Midi Pyrénées –Francois Marsan (1906–1907)
Météorologie ancienne du Midi Pyrénées Francois – Abbé F. Marsan (1906–1907)

François Marsan (1861-1944), curé de Saint-Lary-Soulan, épluche les Livres de Raison, les Registres paroissiaux ou notariés, les Journaux du Temps de la région. Il publie toutes les informations recueillies dans un grand article de 18 pages de la Société Ramond, Météorologie ancienne du Midi Pyrénéen.

Notons par exemple :

1630. — En réponse à une supplique adressée à Mgr Barthélemy de Donadieu de Griet, évêque de Comminges, par les consuls et marguilliers de Guchan et Bazus (vallée d’Aure), ceux-ci sont autorisés à distribuer aux habitans les plus nécessiteux desdits lieux veu l’estérilité de ceste année, misère et pauvreté, quatre muids d’orge, seigle et millet payables à la récolte prochaine. (Verbal et Ordonnance de Me Etienne de Layo, commissaire député par Mgr de Consenge, du 25 février 1631).

1645. — Grandes chaleurs aux mois de mai et de juin ; on a coupé les blés et autres grains avant la St-Jean-Baptiste ; il y a eu quantité d’orbère [maladie du blé appelée aussi ergot] aux blés dans toute la région. Il n’a plu que le 8 septembre.

1646. – Grande orbère aux blés partout et grandes chaleurs en juillet.

1653. – En beaucoup d’endroits les blés se sont séchés ainsi que les orges, grande famine et peste.

L’intendant d’Étigny combat le climat

Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767)
Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767)

La liste de ces catastrophes est longue. Pourtant, on ne remet pas en question les méthodes agricoles. Il faut attendre l’intendant d’Auch, Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767) pour les revoir et les rendre moins vulnérables au climat.

En effet, il note qu’en 1745, l’été est marqué par des grandes chaleurs. La sécheresse était si forte que les habitants d’Auch furent obligés d’aller moudre leur grain à Toulouse et de congédier les écoliers, même les séminaristes, faute de pain dans la ville. (Chroniques ecclésiastiques du diocèse d’Auch, p. 175).

En 1751 et 1752, ce n’est pas la sècheresse mais les grêles qui ravagent les cultures. D’Étigny, dans sa correspondance, écrit : Lors de la seule grêle du 20 juin 1751, 79 communautés furent ravagées dans la seule élection d’Astarac. La misère qui suit est telle qu’on trouve des gens morts sur les chemins.

L’année suivante, d’Étigny note une sècheresse inouïe qui atteint particulièrement les fèves et le millet, aliments majeurs des paysans. Suivront deux années de pluies et d’orages tout aussi dévastatrices.

Les améliorations apportées par l’intendant apporteront une prospérité pendant 12 ans. Mais, en 1774, une terrible épizootie décimera les troupeaux.

Les grandes sècheresses suivantes

Elles sont si nombreuses qu’on ne peut toutes les citer. Celle de 1785 est particulière. En effet, une grande sècheresse, liée à l’éruption du volcan Laki (Islande), s’abat sur l’Espagne, la Sicile, la France. Dès le mois de janvier, les sources et torrents des Pyrénées faiblissent dramatiquement. La sècheresse s’installe vraiment en avril et des bêtes meurent dans les prés par manque d’herbe. Aussi, le 15 juin, les élus toulousains demandent une rogation pro pluvia. Cela ne suffira pas. En octobre et novembre, la Garonne est très au-dessous de son étiage normal (d’environ 50 cm).

En fait, cette éruption est extraordinaire, car ses impacts atteignent des régions bien au-delà des frontières de l’Islande. Le gaz se répand sur l’Europe du sud sous la forme d’un brouillard sec à l’odeur sulfureuse. Mais les contemporains, constatant la sècheresse, ignorent qu’une éruption volcanique s’est produite en Islande. De plus, le soleil prend une coloration « rouge sang » à son coucher et à son lever, renforçant le côté inquiétant de l’évènement.

Quarante sècheresses sont répertoriées au XIXe siècle. En particulier, les Pyrénées sont marquées par une grande sécheresse qui débute en mai 1847 : perte des deux tiers du foin, de l’herbe, du blé. Une demande de secours est adressée le 4 juillet. Même chose en 1860.

Le XXe siècle connait aussi son lot de sècheresses dont 1921 la plus importante connue à ce jour. Le nombre de victimes est de 11 300 personnes. Pourtant, la mortalité infantile par temps de canicule est alors pratiquement vaincue.

La gestion de l’eau en Gascogne

Les rivières réalimentées par le canal de la Neste pour lutter contre la sécheresse en Gascogne
Les rivières réalimentées par le canal de la Neste

Le XXe siècle voit la mise en place des plans de gestion de l’eau et d’irrigation qui vont améliorer la situation. Par exemple, la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne nait en 1927.  On modifie et on diversifie les cultures. On aménage les calendriers. En 1990, l’État lui confie par concession, la gestion du canal de la Neste mais aussi de la distribution des eaux en aval.

Le canal de la Neste a été créé entre 1848 et 1862 et mis en service en 1863. Il permet d’alimenter artificiellement les cours d’eau gascons prenant naissance sur le plateau de Lannemezan (Gers, Baïse, Save, Gimone, Arrats, Bouès, Louge, Gesse…). Il est tout particulièrement important pour le département du Gers.

Les Agences de l’Eau

En 1964, l’État crée six agences de l’eau pour une gestion coordonnée des bassins fluviaux : gestion de la ressource, protection des pollutions, préservation des milieux aquatiques. Une redevance sur la consommation d’eau les finance. Pour la Gascogne, il s’agit de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne.

Lors de la grande sécheresse de l'été 1976, les habitants de Lesparre Médoc (Gironde) prient pour que la pluie arrive
Lors de la grande sècheresse de l’été 1976, les habitants de Lesparre Médoc (Gironde) prient pour que la pluie arrive

Si cette gestion amoindrit les impacts des sècheresses, les conséquences restent encore fortes. En 1976 par exemple, une grande sècheresse touche le Sud-Ouest. L’automne et l’hiver n’ont pas rechargé les nappes et la température atteint 30°C dès début mai. La moitié des céréales sont perdues. Des dizaines de tonnes de truites arc-en-ciel meurent dans les élevages piscicoles de la Dordogne. Il faut apporter de l’eau potable par camions-citernes dans les villages du canton de Miradoux (Gers). De plus, le 4 juillet, des orages provoquent des inondations à Bordeaux et dans le Pays Basque. Les chutes de grêle finissent d’abimer les cultures. Le président Valery Giscard d’Estaing annonce un impôt sècheresse qui permettra pour la première fois d’indemniser les agriculteurs.

Enfin, la Loi n° 92-3 du 3 janvier 1992 sur la régulation des prélèvements d’eau sera adoptée. La diminution des prélèvements, et le recyclage des eaux usées ou non restent toujours des enjeux forts.

Le Canal de la Neste (Hautes-Pyrénées) pour lutter contre la sécheresse en Gascogne
Le Canal de la Neste (Hautes-Pyrénées)

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Sécheresses et canicules avant le Global Warming 1500-1950, Emmanuel Garnier, p 297-325.
Sur l’histoire du climat en France depuis le XIVe siècle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, Jean-Pierre Javelle, 2017.
Aquitaine, du climat passé au climat futur, Francis Grousset, 2013, p. 41-60.
Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise, O. Pérez, 1944, p. 56-105.
Météorologie ancienne du Midi Pyrénéen, Bulletin de la Société Ramond, François Marsan, 1907, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus.
L’éruption de la fissure Laki, 1783-1784




Le Musée des Amériques d’Auch

La Gascogne fourmille de musées, tous aussi surprenants les uns que les autres. Le Musée des Amériques d’Auch mérite une mention particulière par la richesse de sa collection d’art précolombien.

L’origine de la collection précolombienne du Musée des Amériques d’Auch

Guillaume Pujos (1852-1921), premier donateur du Musée des Amériques d'Auch
Guillaume Pujos (1852-1921)

Guillaume Pujos (1852-1921) nait à Auch. En 1871, il part pour Santiago du Chili. C’est un amateur d’art. Il se passionne pour les civilisations précolombiennes et rassemble en trente ans une importante collection d’objets.

Puis, il revient à Auch en 1906. Il devient conservateur du musée d’Auch en 1911 (c’est un des plus anciens musées de France, créé en 1793). Alors, naturellement, Guillaume Pujos y expose les objets de sa collection, qu’il lègue à la ville d’Auch à sa mort, en 1921.

Henri Polge enrichit la collection d’art précolombien

Le Cévénol Henri Polge (1921-1978) est nommé Archiviste Départemental du Gers et Conservateur du musée en 1948. Il persuade l’État d’effectuer des dépôts complémentaires. Ainsi, en 1954, on transfère à Auch les collections précolombiennes du Musée des Eyzies-de-Tayac (Dordogne) et celles du Musée d’Annecy. Au total, il rassemble 1 200 pièces d’art précolombien.

Micheline Lions, donatrice du Musée des Amériques d'Auch
Micheline Lions, donatrice du Musée des Amériques

Dans un article du 4 octobre 1954, Henri Polge explique : […] Le regroupement à Auch de l’art précolombien en France ne répond pas à une vaine manie de collectionneur. Il correspond à une politique voulue de mise en valeur des musées de province, sous la direction et l’impulsion active de l’Inspection Générale. […] À cet égard le Gers est de mieux en mieux placé : le Musée d’Auch est sans doute le premier de France après le Musée de l’Homme à Paris pour l’art précolombien […].

Ensuite, plusieurs dons, legs ou achats enrichissent les collections. Par exemple, en 2006, Madame Micheline Lions de Saint-Tropez fait une importante donation de pièces issues d’une collection qu’elle a réunie avec son mari lors de leurs voyages au Pérou et au Brésil.

La Messe de Saint-Grégoire, chef d’œuvre du Musée des Amériques d’Auch

La Messe de saint Grégoire, mosaïque de plumes sur bois 68 x 56 cm, Mexique 1539. Un chef d'aouvre du Musée des Amériques d'Auch
La Messe de Saint Grégoire, mosaïque de plumes sur bois 68 x 56 cm, Mexique 1539

Le Messe de Saint-Grégoire est un tableau en plumes réalisé en 1539 à Mexico. C’est une œuvre d’autant plus importante que c’est l’un des tout premiers tableaux chrétiens créé avec l’art traditionnel aztèque. Le musée d’Auch l’acquiert en 1986. C’est le plus ancien tableau de plumes connu.

Le Musée des Amériques possède 4 des 6 tableaux de plumes conservés en France. À noter, on en connait 180 dans le monde.

 

 

La plume et les dieux dans l’Art précolombien

Devant d’une tunique (unku) décoré de plumes - Culture chimú (900-1450 apr. J.-C.), Pérou, côte nord
Devant d’une tunique, unku, décoré de plumes – Culture chimú (900-1450 apr. J.-C.), Pérou, côte nord

Dans les sociétés précolombiennes, la plume est associée aux dieux. D’ailleurs, la déesse Coatlicue est fécondée par des plumes tombées du ciel. Et elle donne naissance à Huitzilopochtli, le Dieu tutélaire des Aztèques qui signifie le « colibri de gauche » ou le « guerrier ressuscité ». Quetzalcoatl, le Dieu serpent à plumes, se cache sous un masque de plumes.

Les peuples précolombiens vénèrent la plume. Ils en parent les dieux et les victimes des sacrifices. La plume est aussi un présent diplomatique, et elle constitue une grande part des tributs versés aux vainqueurs. De même, les guerriers au combat se parent de plumes car, après leur mort, ils accompagnent le soleil pendant quatre ans avant de revenir sous forme de colibris.

Après la conquête espagnole, les religieux se sont servis de la valeur symbolique de la plume pour faciliter l’adhésion des Indiens au christianisme.

Pour la réalisation d’objets, on lie les plumes entre elles, en les tissant ou en les collant. Ainsi, les amantecas, plumassiers aztèques, collent des plumes pour réaliser la Messe de Saint-Grégoire.

Le Musée des Amériques d’Auch possède trois autres pièces en plumes, dont un tissu ordinaire en plumes.

Voir le film du Musée des Amériques d’Auch sur l’art des tableaux de plumes au temps de Cortés au Mexique

Les civilisations précolombiennes

Les civilisations précolombiennes
Les civilisations précolombiennes

Le public connait les plus grands peuples précolombiens : les Aztèques, les Mayas, les Incas. Pourtant, il existe de nombreux autres peuples précolombiens qui furent de grandes civilisations et dont on peut voir des objets au Musée des Amériques d’Auch.

Avant les Incas qui ont conquis la plus grande partie des Andes au XVe siècle, plusieurs peuples ont vécu dans une zone englobant le Pérou, la Bolivie, le nord du Chili et l’ouest de l’Argentine.

Le plus ancien peuple connu est le peuple Caral qui a vécu au nord du Pérou, il y a 4 000 ans. Il construisit des pyramides et maitrisa l’irrigation des cultures.

Les Nascas vivent au sud du Pérou (- 200 à 600 après J.C.). Ils sont connus pour leurs immenses figures tracées dans le désert. Ils ont construit des aqueducs et produit une céramique polychrome à motifs d’animaux.

Les Chimus vivaient au nord du Pérou entre 1000 et 1470. Ils adoraient la lune et considéraient le soleil comme destructeur. Les Incas, qui ont conquis le territoire des Chimus, eux, adoraient le soleil. Les Chimus sont connus pour leur céramique.

Bien sûr, les Incas sont les plus connus. Originaires de la région de Cuzco en Bolivie, ils agrandirent leur territoire à partir de 1430. Les Espagnols arrivèrent en 1532 et conquirent rapidement le vaste empire inca. Pourtant, il y aura plusieurs rebellions des Incas depuis celle de 1536 jusqu’à celle de 1780.

Le Musée des Amériques d’Auch, Pôle national de référence d’art précolombien

Statuette féminine assise Culture remojadas, el-tajín, totonaque (600-1500 apr. J.-C.), Mexique, côte du golfe. Statuette représentant un personnage assis ceint d’une haute coiffure zoomorphe (cerf ?) Culture maya (1000 av. J.-C – 900 apr. J.-C.), Mexique, Campeche ou Jaïna
G : Statuette féminine assise Culture remojadas, el-tajín, totonaque (600-1500), Mexique, côte du golfe. / D : Statuette représentant un personnage assis ceint d’une haute coiffure zoomorphe (cerf ?) Culture maya (1000 av. J.-C-900 apr. J.-C.), Mexique, Campeche ou Jaïna.

Vase à anse en étrier représentant un animal hybride crapaud-félin - Culture mochica (150-850 apr. J.-C.), Pérou, côte nord Vase à libation - Culture mochica (150-850 apr. J.-C.), Pérou, côte nord
G : Vase à anse en étrier représentant un animal hybride crapaud-félin – Culture mochica (150-850), Pérou, côte nord. / D : Vase à libation – Culture mochica (150-850), Pérou, côte nord

On compte 172 musées français qui possèdent 32 000 objets précolombiens. À lui seul le Musée du Quai Branly à Paris en possède 61,5 %. Suit le Musée des Amériques d’Auch avec 25 %, le restant des objets étant dispersé dans les 170 autres musées. Souvent, on les expose dans quelques vitrines ou ils sont isolés. L’idée de les regrouper dans une structure unique permettrait de mieux les présenter aux publics.

Aussi, Franck Montaugé, maire d’Auch de 2008 à 2017, député et sénateur, veut créer des Pôles nationaux de référence au sein des Musées de France pour regrouper et mettre en valeur les collections. Alors, il dépose un amendement qui est voté dans la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine. Son article 69 prévoit la création de Pôles nationaux de référence […] pour rassembler, conserver et valoriser des collections publiques non présentées […] selon des thématiques précises définies préalablement dans un projet scientifique et culturel […].

Le Musée des Jacobins d’Auch (son ancien nom) est le premier musée de France à obtenir le label Pôle national de référence spécialisé en art précolombien et art sacré latino-américain. D’importants travaux ont lieu en 2018 et 2019 pour transformer le Musée des Jacobins en Musée des Amériques.

Le Musée des Amériques
Le Musée des Amériques

Les autres collections du Musée d’Auch

Au Musée des Amériques d'Auch, la Statue monumentale de l'Empereur Trajan
Statue monumentale de l’Empereur Trajan

Le musée des Amériques contient plusieurs autres collections.

La collection des Antiquités regroupe des objets depuis l’Egypte jusqu’à la période romaine. On peut y voir des objets gallo-romains issus des fouilles d’Augusta Auscorum [Auch] et des fresques découvertes dans une villa à Roquelaure.

Celle du Moyen-âge présente des sculptures polychromes provenant de la Cathédrale Sainte-Marie d’Auch, ainsi que l’olifant et le peigne de Saint-Orens. La collection de mobiliers et d’art décoratif présente des céramiques de la faïencerie d’Auch qui a produit seulement de 1757 à 1772. Les objets d’art et le mobilier proviennent de saisies révolutionnaires, dont certaines le furent dans l’ancien hôtel de l’Intendance d’Auch.

Au Musée des Amériques d'Auch, l'Olifan de Saint-Orens
Olifant de Saint-Orens

La collection contient des œuvres de peintres ou de sculpteurs gersois du XVIIIe au XIXe siècles.

Enfin, la collection d’art et traditions populaires de la Gasconne regroupe des costumes et des objets de la vie quotidienne au XIXe siècle.

Au-delà des livres d’école qui survolent les civilisations précolombiennes, et ignorent la culture populaire gasconne, une visite en famille permet de faire découvrir aux enfants la réalité de ces peuples au travers des objets de leur vie quotidienne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Musée d’Auch
Musée du Quay Branly




Les moulins du Lavedan

Le moulin à eau est une belle invention qui sera fort prisée un peu partout. En Lavedan, le moulin s’adapte à la montagne et se différencie de celui de la plaine. Jean Wehrlé nous renseigne par son livre : Le moulin de montagne, témoin du passé.

L’invention du moulin à eau et son développement


Meule et broyeur -(Orgnac) - source Wikimedia
Meule et broyeur à main  (Orgnac) – Wikimedia

L’invention du moulin à eau est un soulagement pour le travail des femmes qui jusqu’alors, utilisaient un mortier ou deux pierres.

Ce seraient les Grecs qui l’inventèrent. En 30 av. J.-C., le poète Antipater de Thessalonique écrit : Ne mettez plus la main au moulin, ô femmes qui tournez la meule ! Dormez longuement, quoique le chant du coq annonce l’aurore ; car Cérès a chargé les nymphes des travaux qui occupaient vos bras

Moulin à eau de Barbegal - reconstitution
Moulin à eau de Barbegal – reconstitution

La première mention d’un moulin se trouve dans les écrits de Strabon au 1er siècle av. J.-C. Il signale l’existence d’un moulin à eau, à Cabira, dans le palais de Mithridate, roi du Pont. Mais la plus étonnante de ces constructions hydrauliques romaines se trouve en Provence, à Barbegal, près d’Arle [Arles]. Le plus grand « complexe industriel » connu de l’Empire romain est un ensemble de moulins capable de moudre le grain pour une ville de 80 000 habitants !

En France, on attribue l’introduction des moulins à eau à Clovis (~466-511). Puis, les monastères développent cette technique et les moines de Clairvaux disséminent les moulins en construisant de nouvelles abbayes dans toute l’Europe. En plus des besoins domestiques des abbayes, l’eau courante a des usages industriels : écraser les grains, tamiser les farines, fouler le drap et tanner les peaux, puis, plus tard, fabriquer de la pâte à papier.

Parmi les grandes réalisations du XI-XIIe, citons la Société des Moulins du Basacle [Bazacle] ou Los moulins de Basacle fondée à Toulouse par des citoyens de la ville, avant que ne commence la Croisade des Albigeois, pour exploiter en commun des dizaines de moulins installés sur le site du Basacle, à l’amont  de la ville. Ils constituent  pour cela, la première société française par actions.

Les moulin à eau en Lavedan

Saint Orens
Saint Orens

En Lavedan (ou Vallée des Gaves), c’est à Sent-Orens, le futur évêque d’Auch, que l’on attribue le premier moulin à eau.  La légende nous apprend que vers 370, il aurait construit dans le vallon d’Isaby, un moulin merveilleux qui fonctionna 700 ans sans la moindre réparation. Né à Huesca, très pieux, il serait venu se réfugier dans le Lavedan pour échapper au destin politique que sa riche famille voulait pour lui.

Très vite, les moulins privés vont se multiplier dans le Lavedan, au-delà de ce qu’on voit dans d’autres contrées. Le cartulaire de Sent Savin en 1150 ou le censier de 1429 en témoignent.

En 1708, une taxe est créée qu’on ne paiera pas toujours. En 1735 par exemple, 17 moulins clandestins sont découverts dans la baronia deths Angles

Toutefois, en 1836, le cadastre parle d’une vingtaine de moulins à Arcisans-Dessús pour trente-cinq familles. Et quand le moulin est partagé entre deux familles, chacune s’attribue des jours.

À quoi ressemble un moulin en Lavedan ?


Arcizans-Dessus_(Photo Omnes)
Moulins en chapelet – Arcizans-Dessus (Photo Omnes)

La superficie au sol d’une mola [moulin] fait 20 à 25 m2. En enlevant les murs, le moulin est donc très petit. En Val d’Azun, les murs sont en granit clair, en vallée de Gavarnia, ils sont en schiste sombre. Les toits sont en ardoise.

On construit le moulin généralement dans la pente et une rigole depuis le ruisseau permet l’alimentation en eau directement à l’intérieur. De plain-pied, on a l’espace de travail et dessous la chambre du rouet où l’on tient en général debout.


Beaucens (Photo SPPVG)
Moulin de Beaucens (Photo SPPVG)

 

Quant à la porte, elle ne se distingue pas de celle d’une bergerie. Elle peut être ornée d’une croix, voire fleurie. En revanche, à hauteur d’homme, une dalle horizontale encastrée dans le mur permet de poser les sacs lors des manipulations ou du chargement des bêtes.

Enfin, à l’intérieur, un tira huma, une cheminée dont le conduit traverse le mur et non la toiture, permet de se réchauffer l’hiver. Et le sol est le plus souvent en simple terre battue.

L’alimentation en eau du moulin


Canal de dérivation vers un moulin
Canal de dérivation (photo SPPVG)

Qui dit moulin à eau signifie qu’il faut de l’eau ! Ce qui est plus difficile avec l’altitude.  On trouve des rigoles d’alimentation appelées graus ou agaus parfois assez longues, comme celle d’Ayrues qui alimentait deux moulins mais uniquement l’été. Pourtant, on trouve des moulins même à plus de 1300 m d’altitude.

Et les passages ou ventes de droits d’eau font l’objet de transactions en Lavedan. Jean Wehrlé cite la vente de passage d’eau entre Maria du Faur et Johan de Palu le 8 février 1502.

Vieuzac, canal de l'Arrieulat-1
Vieuzac, canal de l’Arrieulat (photo SPPVG)

 

Ou encore l’établissement d’un canal de moulin en 1651 entre un certain Vergez et le sieur d’Authan.

Le plus souvent, le meunier actionne une simple pelle de bois ou de schiste pour donner passage à l’eau dans la rigole.

Au XXe siècle, lors des travaux en montagne, EDF devra assurer l’alimentation des canaux pour la marche des moulins.

Le fonctionnement du rouet


Schéma de principe du moulin à roue horizontale de Sazos
Schéma de principe du moulin à roue horizontale de Sazos (SPPVG)

Pour entrainer l’arrodet [la roue], on creuse dans un arbre évidé, une pièce appelée coursier.  Calé de 30 à 45° par rapport à l’horizontale, le coursier fait office de déversoir et l’eau fait une chute de 2 à 3 m, ce qui entraine la roue (ou rouet) à 60-80 tours par minute.


Turbine horizontale - Moulin de l’écomusée de Marquèze ( Landes)
Turbine horizontale – Moulin de l’écomusée de Marquèze ( Landes)

Quant au rouet, dans le sud de la France, comme dans le bassin méditerranéen, il est horizontal avec un axe vertical. Il mesure 1,15 m de diamètre est souvent en chêne ou en acacia. Il tourne généralement à droite.

La pèira [la meule], sauf exception, est faite de matériau trouvé sur place : la roche cristalline. Elle mesure de 0,90 à 1,15 m de diamètre, pour une épaisseur de 15 cm. Et elle pèse facilement 120 kg. Elle peut être marquée.

Que moud-on dans les moulins du Lavedan ?


Trémie avec son sabot
Trémie avec son sabot (SPPVG)

On peut moudre tous les grains : millet, orge, seigle, blé, avoine, maïs selon les époques. Pourtant la même meule ne s’adapte pas à tous les grains. Ainsi, René Escafre (1733-1800) nous signale : le moulin du seigneur aux Angles a une meule noire, il faudrait en acheter une blanche pour moudre le froment.

Le grain est versé dans un tremolh ou trémie pyramidale. Son soutirage est réglé par une pièce appelée esclop à cause de sa forme de sabot.

Le grain moulu servira à l’alimentation de l’homme et de l’animal. On pratique une mouture « à la grosse », le blutage étant fait par un cèrne [tamis à main] surmontant la masia [le coffre à bluter]. On peut ainsi séparer le son, séparer la fleur (farine très fine utilisée pour la pâtisserie).

Quauques reproès deth Lavedan

Les Gascons sont les rois des proverbes. Le Lavedanés Jean Bourdette (1818-1911), dans Reprouès det Labeda, signale les suivants :

Eras moulos, de Labéda, quoan an àyga n’an pas grâ.
Eras molas, de Lavedan, quan an aiga n’an pas gran.
Ces moulins, du Lavedan, quand ils ont de l’eau ils n’ont pas de grain.

Cadù q’apèra era ayga tat sué mouli,
E qe la tira at det bezî.
Cadun qu’apèra era aiga tad sué molin,
E que la tira a deth vesin
Chacun appelle l’eau pour son moulin / Et l’enlève à son voisin.

De mouliô cambià poudet, mes de boulur nou cambiarat.
De molièr cambiar podetz, mès de volur non cambiaratz.
Vous pouvez changer de meunier ; mais de voleur, non.
Bourdette précise : C’est que tous les meuniers passaient pour être voleurs ; ils conservent encore cette vieille réputation… en Labédâ du moins.

Mes bàou chaoumà que màou moule.
Mes vau chaumar que mau móler.
Mieux vaut ne rien faire que mal moudre.

Qi a mouli ou caperâ,
Jàmes nou mànca de pâ.
Qui a molièr o caperan,
Jamès non manca de pan.
Qui a curé ou moulin,
Ne manque jamais de pain.


Carte des Pays des Pyrénées - Le Lavedan
Carte des Pays des Pyrénées – Le Lavedan

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Reprouès det Labeda, Jean Bourdette, 1889, Bibliothèque Escòla Gaston Febus.
La Baronnie des Angles et les Roux de Gaubert de Courbons, René Escafre.
Le moulin de montagne, témoin du passé, Jean Wehrlé, 1990, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Patrimoine Volvestre Info, Les moulins du Volp
Le site des patrimoines du Pays de la Vallée des Gaves, Les moulins à eau, les scieries, les carderies, (les photos provenant du site sont référencées SPPVG)
La Société des moulins de Bazacle, Wikipedia
La Révolution industrielle du Moyen Âge,




Le pic du Midi de Bigorre

Surplombant le col du Tourmalet, le Pic du Midi de Bigorre atteint 2 876 mètres. Surmonté d’une antenne de TDF (Télédiffusion De France), il est visible de presque toute la Gascogne et sert de repère aux Gascons expatriés qui rentrent chez eux.

Le col du Tourmalet, la porte du pic du Midi de Bigorre

Haut de 2 115 mètres, il est le deuxième col pyrénéen, juste dépassé par le col de Portet (2 215 m). Il permet de relier la vallée de l’Adour à la vallée de Barèges. En effet, la route des gorges de Luz n’est ouverte qu’en 1744.

La route du col du Tourmalet reste longtemps la route thermale pour se rendre à Barèges. D’ailleurs, Napoléon III modernise le chemin en 1864. Alors, Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées, vante le mérite des routes thermales devant les députés, le 22 juin 1868 : « …. à Tourmalet, ainsi qu’au col de Peyresourde, qui descend par Luchon ; nous passons à 2 000 mètres d’altitude avec des voitures à quatre chevaux, aussi facilement que vous traversez en Daumont la place de la Concorde. Pourquoi donc un chemin de fer ne pénètrerait-il pas là où vont à présent les voitures ? ». Plus tard, une ligne de Tramway, inaugurée en 1914, relie Bagnères de Bigorre à Gripp, au pied du Tourmalet. Mais elle ferme en 1925.

La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre
La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre

Les troupeaux fréquentent le Tourmalet en estive. Vers 1130, des moines s’installent sur son chemin, au lieu de Cabadur. Mais, la vie y est bien difficile. Alors, en 1142, ils vont dans la plaine de l’Arròs et fondent l’abbaye de l’Escaladieu. Toutefois, Cabadur reste une grange de l’abbaye de l’Escaladieu.

L’Ador, le fleuve gascon, nait sur les pentes du Tourmalet. Il est grossi par l’Ador de Palhòla, l’Ador de Cabadur, l’Ador de Gripp, l’Ador de Lespona, l’Ador de la Sèuva et l’Ador de Baudian.

Le col du Tourmalet et le sport

Eugène Christophe à l'arrivée du Tour de France 1912-1
Eugène Christophe à l’arrivée du Tour de France 1912

En 1902, le Touring club de France organise une course cycliste. Le départ et l’arrivée sont à Tarbes et les coureurs franchissent le col du Tourmalet à deux reprises. Ensuite, en 1910, le Tour de France cycliste passe par le col du Tourmalet lors de l’étape entre Luchon et Bayonne. Depuis, il l’empruntera 79 fois, ce qui en fait le col le plus franchi par les coureurs.

Lors du Tour de France de 1913, Eugène Christophe (1885-1970) brise la fourche de son vélo dans la descente du Tourmalet. Il marche 14 km jusqu’à Sainte-Marie de Campan et la répare dans la forge d’Alexandre Torné.

La MongieDe même, les skieurs dévalent les pentes du Tourmalet à partir de 1920. La construction d’un téléski en 1945 lance la station de sports d’hiver de la Mongie, le plus vaste domaine skiable de France. À noter, son nom vient de mongia, lieu de résidence des moines. De plus, la construction du téléphérique reliant la Mongie au Pic du Midi, permet à la station de s’équiper d’un réseau électrique et d’un réseau d’eau potable.

La station météorologique de La Plantade

Gaspard Monge (vers 1800) fit des mesures de pression au Pic du Midi de Bigorre
Gaspard Monge (vers 1800)

L’astronome montpelliérain, François de Plantade (1670-1741), monte sur le Pic du Midi de Bigorre pour étudier la couronne du soleil lors de l’éclipse de 1706. En 1741, il y fait des mesures barométriques et meurt en s’écriant « Ah ! que tout ceci est beau ! ».

Plus tard, en 1774, le chimiste Jean d’Arcet et le mathématicien Gaspard Monge atteignent le sommet pour étudier la pression atmosphérique. Conquis par le site, Jean d’Arcet propose la construction d’un observatoire dont le projet n’aboutira pas par manque de financement et pour cause de Révolution.

Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)
Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’ascension du Pic du Midi de Bigorre est une excursion à la mode. Louis Ramond de Carbonnières (1755-1827), botaniste et géologue, sert de guide à trente-cinq expéditions. En 1792, il écrit « Voyage et observations faites dans les Pyrénées », puis « Mémoire sur l’état de la végétation au sommet du pic du midi de Bagnères ».

En 1860, la société Ramond, première société pyrénéiste fondée en 1864 à l’Hôtel du Cirque de Gavarnie, reprend l’idée de construire un laboratoire au sommet du Pic du Midi.

Charles de Nansouty installa la première station météo au Pic du Midi de Bigorre
Charles de Nansouty

À partir de 1870, le général Charles du Bois Champion de Nansouty et l’ingénieur Célestin-Xavier Vaussenat reprennent ce projet dans lequel ils investissent leur fortune personnelle. La première pierre est posée le 20 juillet 1878.

Lire aussi l’article La tête dans les étoiles

En 1873, De Nansouty et Vaussenat installent une station météorologique, à la Plantade, au sommet du Tourmalet. Or, les conditions de vie sont précaires. Ainsi, en 1874, une tempête détruit les fenêtres, les volets et la porte de la station.

En 1875, les observations météorologiques et nivologiques permet d’anticiper la grande inondation du bassin de la Garonne. L’alerte est portée à pied dans la vallée. Pour communiquer plus rapidement avec la vallée, une station télégraphique est installée en 1877.

Malgré les contraintes techniques et météorologiques, la plate-forme et les premiers locaux sont opérationnels en 1880. Ainsi, des bulletins météos quotidiens sont envoyés aux villages de la vallée. La station de la Plantade est abandonnée en 1881.

L’observatoire du Pic du Midi de Bigorre devient propriété de l’État

Tout cela coute très cher et l’Etat achète l’observatoire en 1882.

En 1907, Benjamin Baillaud installe le premier grand télescope, un des plus grands du monde. Un jardin alpin et une bibliothèque de 1 300 ouvrages complètent le site.

L'observatoire du Pic du midi vers 1930
L’observatoire du Pic du midi vers 1930

Des groupes électrogènes fournissent le courant dès 1911. Et la TSF est installée en 1922. Plus tard, en 1949, il y aura raccordement au réseau électrique. Puis, un téléphérique pour le transport des personnes et du matériel entre en service en 1952. Notons que le projet de funiculaire de 1905 ne verra pas le jour.

Cependant, le ravitaillement se fait en été par des mulets et, en hiver, par des porteurs qui mettent 8 heures pour atteindre l’observatoire.

L’observatoire étudie les planètes, le rayonnement cosmique, l’électricité atmosphérique, la radioactivité dégagée par les sommets enneigés. Il étudie également la botanique, la biologie végétale et les sols.

L’émetteur du Pic du Midi de Bigorre

L'antenne de radiodiffusion de TDF
L’antenne de radiodiffusion de TDF

On installe des antennes de radiodiffusion en 1927.  Puis, on construit un émetteur de télévision en 1957. Et, en suivant, le centre TDF entre 1959 et 1962. Il dispose d’un émetteur de 104 mètres de haut et dessert le sud-ouest de la France.

L’observatoire vieillit. L’Etat envisage sa fermeture en 1998 mais la région Midi-Pyrénées se mobilise et engage la modernisation des installations techniques. Le nouveau site accessible au public ouvre en mai 2000. Les droits d’entrée assurent une part du fonctionnement du site.

 

La Réserve Internationale de Ciel Etoilé

Grâce à son emplacement exceptionnel, le Pic du Midi reste un des plus grands observatoires mondiaux. Mais la lumière artificielle de l’éclairage public des communes rend les observations du ciel de plus en plus difficiles.

Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre
Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre

En 2009, une association d’astronomes du Pic du Midi lance l’idée d’une Réserve de Ciel Etoilé. Aidée par le Syndicat Mixte pour la Valorisation Touristique du Pic du Midi, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et d’autres partenaires, le projet se concrétise en 2013. La Réserve est gérée par le Pic du Midi, le Parc National des Pyrénées et le Syndicat Départemental de l’Energie des Hautes-Pyrénées.

La Réserve comprend deux zones. Le « cœur » de la réserve qui couvre 600 km² s’appuie sur des espaces protégées inhabités tels que le Parc national des Pyrénées, la réserve du Néouvielle et la réserve d’Aulon. La « zone tampon » comprend 251 communes qui s’engagent à limiter ou supprimer la pollution due à l’éclairage public.

La pollution lumineuse perturbe la biodiversité (cycles de reproduction, migrations, …). Elle représente un gaspillage énergétique considérable. Il représente 94 KWh par habitant en 2007 (43 KWh seulement en Allemagne). Les communes consacrent en moyenne 20 % de leur budget pour l’éclairage public qui nécessite la production de deux réacteurs nucléaires.

Le projet de Loi portant engagement national pour l’environnement prévoie de modifier le Code de l’environnement pour lutter contre la pollution lumineuse et le gaspillage qu’elle engendre.

La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées
La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le site internet de l’observatoire
La Réserve Internationale de Ciel Etoilé




Pey de Garros

Pey de Garros est le premier poète de la Renaissance Gasconne et un poète qui affirme son patriotisme. Il espère des rois de Navarre l’autonomie et la victoire du gascon. Il mourra avant de voir Henri III devenir roi de France.

Pey de Garros, lo lectorés

Pey de Garros nait à Lectoure (Armagnac) entre 1525 et 1530, d’une famille de noblesse de robe depuis deux siècles. Il obtient une licence de droit à Toulouse.

En 1553, de retour à Lectoure, il est élu consul, à la suite de son père. Son destin semble tracé. D’autant plus que, deux ans après, les consuls de Lectoure l’envoient les représenter à l’enterrement d’Henri II.

Jeanne d'Albret nomme Pey de Garros conseiller à la cour
Jeanne d’Albret (1528-1572) nomme Pey de Garros Conseiller à la Cour

Quatre ans plus tard, un doctorat de droit en poche, il devient avocat. Et comme l’Armagnac dépend de la maison d’Albret – donc de Jeanne d’Albret (1528-1572) – celle-ci le nomme Conseiller à la Cour et il siège au présidial d’Armagnac.

Cependant, cette même année, il écrit Chant royal de la Trinité qui lui vaut une violette aux Jeux floraux de Toulouse. Le chant royal était une forme ancienne de poème inventé dans le nord de la France au XIVe siècle.

Notons que depuis plus de quarante ans, le Collège de Rhétorique de Toulouse ne décerne plus de prix pour des poèmes en occitan. En revanche, le premier chant royal couronné aux Jeux Floraux de Toulouse date de 1539.

Pey de Garros est un patriote gascon

Les idées protestantes courent la Gascogne. Afin de tenter de les stopper, en 1551, le Parlement de Toulouse condamne un notaire lectourois pour avoir édité un livret contraire au catholicisme, brule un menuisier pour hérésie… Mais cela n’arrêtera pas la progression de ce mouvement.

Blaise de Monluc (1501 1577)
Blaise de Monluc (1501-1577)

De plus, en Gascogne, les huguenots ne reconnaissent pas le roi de France. D’ailleurs, Blaise de Monluc, rapporte les propos de l’un d’entre eux : Un gentilhomme… m’avoit mandé, que, comme il leur [aux paysans huguenots] avoit remonstré.. qu’ils faisoient mal, et que le roy le trouveroit mauvais, qu’alors ils lui respondirent : Quel roy ? Nous sommes les roys ! Celui-là que vous dites [Charles IX] est une petit reyot de merde…

En tous cas, en 1560, peut-être après un séjour à l’Ecole Protestante de Lausanne, notre poète embrasse ces nouvelles idées. Et il se met au service de la cour de Navarre. Car, pour lui, langue et nation sont liées, et l’indépendance du Béarn lui parait une garantie. En fait, il espère que Jeanne d’Albret sera l’instigatrice de cette nation gasconne.

Pey de Garros incite à l’utilisation du gascon

Poesias Gasconas de Pey de Garros (1567)
Poesias Gasconas de Pey de Garros (1567)

Amy lecteur, Noz deux langages principaux, sont le François celtique et lé Gascon. Ie parleray du nostre. (extrait de Poesias gasconas)

Pey de Garros entame un combat pour le gascon et incite les poètes à employer cette lenga mesprezada [langue méprisée]. Il l’affirme clairement dans une lettre qu’il écrit à un jeune poète (extrait de Poesias gasconas) :

[lenga] Damnada la podetz entene.
Si degun no la vo dehene :
Cadun la leixa e desempara,
Tot lo mon l’apera barbara
E, qu’es causa mas planedera,
Nosauts medix nos truphan d’era.

[langue] Comme perdue vous pouvez la considérer
Si personne ne veut la défendre :
Chacun l’abandonne ou la maltraite.
Tout le monde l’appelle barbare ;
Et, chose bien plus déplorable,
Nous-mêmes nous nous moquons d’elle.

Texte complet ici.

Pey de Garros défend une langue harmonisée

Sa vision de la Gascogne est large, comme il l’écrit dans les Poesias gasconasIl y a quelque diversité de langage, termination de motz, et pronuntiation, entre ceulx d’Agenois, Quercy, autres peuples de deça, et nous : non pas tele que nous n’entendions l’un l’autre : Aussi nostre langage par un mot general est appelé Gascon.

Comme Pey de Garros souhaite une Gascogne unifiée et indépendante, il se lance dans un travail d’harmonisation des parlers gascons, qu’il appelle « conférence ».

André Berry, poète (1902-1986) consacre sa thèse à Pey de Garros (1948)
André Berry, poète (1902-1986) consacre sa thèse à Pey de Garros (1948)

André Berry montre dans sa thèse, L’œuvre de Pey de Garros (éditée en 1997) que le poète lectourois a élaboré un nouveau système graphique justement à cette époque où une forte rénovation du français est en cours. Ainsi, il va à la fois s’appuyer sur la graphie traditionnelle de l’occitan et utiliser les habitudes de la scripta française.  Pourtant, il ne sera pas suivi par d’autres Gascons et son système graphique sera abandonné.

Affirmer une identité

Les Gascons sont réputés pour leur adresse aux armes. Aussi, Pey de Garros les exhorte à exceller de même dans le domaine de l’esprit, et il va s’attacher à donner l’exemple.  De façon claire, il va favoriser l’émergence d’une littérature gasconne.

Joachim du Bellay, gentilhomme angevin 'vers 1522-1560)
Joachim du Bellay, gentilhomme angevin (vers 1522-1560)

Pey de Garros ne veut pas imiter la Pléiade française, surtout après les propos désobligeants de Joachim du Bellay qui, en 1549, dans son Deffense et Illustration de la langue française, a rejeté les poèmes des Jeuz Floraux de Thoulouze en considérant qu’ils ne servaient qu’à porter temoingnaige de notre ignorance.

Alors, il va soit inventer des formes nouvelles, soit s’inspirer du modèle latin. Ainsi, il écrit en 1565, Les Psaumes de David, viratz en rythme gascoun [les Psaumes de David, traduits en vers gascons], dédiés à Jeanne d’Albret et publiés à Toulouse chez Jacques Colomès. En réalité 58 psaumes seulement.

Psaumes de David viratz en rythme gascon per Pey de Garros (1565)
Psaumes de David viratz en rythme gascon per Pey de Garros (1565)

Robert Lafont (1916-2010), écrira des Psaumes qu’ils sont « le coup d’éclat de la Renaissance gasconne et la première œuvre de la littérature occitane moderne ».

Puis, en 1567, il édite, toujours chez Jacques Colomès, les Poesias gasconas [poésies gasconnes], dédiées à Henri de Navarre (1567). Elles sont composées de quatre parties : Vers eroics (vers héroïques), Eglogas (églogues), Epistolas (épitres), Cant nobiau (chant nuptial). 

Lire en ligne sur Gallica.

Les églogues

Egloga 3 (extrait) de Pey de Garros
Egloga 3 (extrait)

Ces huit églogues, absolument magnifiques, témoignent des malheurs de l’époque, des guerres de religion. Elles rappellent celles de Virgile qui racontaient les guerres civiles de la république romaine.

Pey de Garros met en scène des personnages comme, par exemple, dans la troisième églogue, Menga [celle qui domine] dans laquelle on reconnait la reine de Navarre, Ranquina [celle qui boite] qui représente la ville de Lectoure, Vidau [celui qui a le pouvoir sur la vie] donc Charles IX, et Mairasta [la marâtre] c’est-à-dire Catherine de Médicis.

Ranquina – Lectoure – est la belle endormie agressée par la France et qui rêve d’un temps plus doux.  Menga vient la réveiller :

E sur aqui deixidá m’és venguda.
Que plassia a Diu peu ben deu monde trist,
Que sia vertat çó que domín jo e vist.

Et là-dessus tu es venue me réveiller. / Plaise à Dieu, pour le bien du triste monde, / que ce que j’ai vu en dormant soit la vérité.

Lo cant nobiau, dernier poème

Dans ce poème, Pey de Garros décrit un mariage gascon. C’est, à l’époque, très novateur. Mais ce qui est extraordinaire c’est qu’il ressemble à s’y méprendre au mariage gascon décrit par Jean-François Bladé trois siècles plus tard !

Tout d’abord il invite les dauzeras peu dauradas [donzelles aux cheveux d’or] à aller cueillir la jonchée pour revenir en chantant accueillir l’épousée :

Sus! Anatz , hilhas de Laytora,
La nobia qui ven arculhí,
Tornatz, gojatas, de bon’ora,
Qui la juncada vatz cullí;

Sus ! Allez filles de Lectoure, / Accueillir l’épousée qui vient, / Revenez, filles, de bonne heure, / Qui allez cueillir la jonchée ;

Puis, le poète demande aux donzels d’aller au bois rejoindre les donzelles.

Corretz desbrancá la ramada
Gentius compaños boscasses,
Au torná peu long de la prada
Sautatz, gaujos, e solasses.

Courez ébrancher la ramée / Gentils compagnons bocagers, / Au retour le long de la prée / Sautez joyeux et folâtres.

Au troisième, au moment où la nobia entre dans le bois, on invite les musiciens à saluer le cortège.

Comensatz de galanta aubada
Las amyänsas saludá

Commencez d’une aimable aubade / à saluer les épousailles

Enfin, le nobi est sorti de sa maison et accueille sa nobia. L’arculhensa [accueil] se fait entouré de monde et avec les compliments du poète.

L’espos dam sa longa seguensa
En miles plazes convertit
Per ha la sperada arculhensa
Magniphicament es sortit.

L’époux avec sa longue suite
Incité à mille plaisirs
Pour faire l’accueil espéré
Est sorti magnifiquement.

Pey de Garros et la postérité

En 1572, Blaise de Monluc occupe la ville de Lectoure et Pey de Garros part s’installer à Pau comme avocat de la cour souveraine du Béarn. Il meurt à Pau entre 1581 et 1583.

Léonce Couture (1832-1902) redécouvre Pey de Garros
Léonce Couture (1832-1902) redécouvre Pey de Garros

Il sera redécouvert au XIXe siècle, grâce à Léonce Couture (1832-1902). Aujourd’hui, sa renommée est suffisante pour que des exemplaires soient gardés dans plusieurs villes du monde : le premier à Aix-en-Provence, Paris, Vienne, Genève, Chicago et le deuxième à Albi, Toulouse, Versailles, Paris, Londres.

Pourtant, dans sa ville, seule une petite rue piétonne porte son nom. Et une fontaine, qu’il partage avec son frère Jean.

O praube liatge abusat,
Digne d’èste depaïsat,
Qui lèishas per ingratitud
La lenga de la noiritud,
Per, quan tot seré plan condat,
Aprene un lengatge hardat…

(Ô pauvre génération abusée / Digne d’être chassée du pays, / Qui laisses par ingratitude / la langue de ta nourrice / Pour apprendre, tout compte fait, un langage fardé…)

Références

« Est-ce pas ainsi que je parle ?” : la langue à l’œuvre chez Pey de Garros et Montaigne, Gilles Guilhem Couffignal, 2016
Entre Gascogne et France : l’idéologie de Pey de Garros dans les Poesias gasconas de 1567 et l’ethnotypisme linguistique du Faeneste, Jean-Yves Casanova, 1995
Pey de Garros, poète lectourois, chantre de la langue gasconne, Alinéas, 2021
Pey de Garros, Actes du colloque de Lectoure, 1981
Psaumes de David viratz en rhytme gascon, Pey de Garros, 1565




La philatélie et la Gascogne

Le 11 juillet 2022 paraitra un timbre sur le col du Tourmalet, ce col pyrénéen rendu célèbre par le Tour de France. Une occasion pour se pencher sur la présence de la Gascogne dans les émissions de timbres français et la philatélie.

Des sujets divers, une répartition inéquitable

La Gascogne n’est pas absente des timbres français. Quelques personnages gascons figurent sur les timbres comme Henri IV, d’Artagnan, Larrey ou Foch. On trouve aussi des sports gascons : la pelote basque, le rugby, la course landaise ; et aussi, la gastronomie (foie gras) ou encore les races locales ovines et bovines.

Carnet de timbres de 2014 sur les races locales avec la Béarnaise, la Mirandaise, la Bordelaise, la Casta et la Lourdaise.
Carnet de timbres de 2014 sur les races locales avec la Béarnaise, la Mirandaise, la Bordelaise, la Casta et la Lourdaise.

On célèbre des évènements historiques : le 800e anniversaire de la mort d’Aliénor d’aquitaine, le 600e anniversaire de la mort de Gaston Febus, le 400e anniversaire du rattachement du Béarn à la France (ou le contraire, diront certains ….).

Mais, sans conteste, les sujets les plus fréquents sont les sites touristiques. Jusqu’en 2021, La Poste consacre pas moins de 34 timbres à des sites touristiques gascons. Le palmarès revient au bassin d’Arcachon (4 émissions) et à Lourdes (3 émissions).

La répartition des sites gascons représentés sur les timbres est inégalitaire. La Gironde bénéficie de 13 timbres, les Hautes-Pyrénées de 9 émissions, les Pyrénées-Atlantiques de 5, chacun des autres départements gascons d’une seule. Si l’Ariège voit le château de Foix représenté sur un timbre de 1958, la philatélie ne connait pas le Couserans gascon.

Timbre de 2004, le pont de Bordeaux.
Timbre de 2004, le pont de Bordeaux.

Qui décide du sujet retenu sur un timbre ?

N’importe qui peut proposer un sujet pour un timbre-poste. Pour cela, il suffit simplement d’adresser sa proposition à Philaposte, le service de la Poste chargé de la philatélie (adresse mail: sav-phila.philaposte@laposte.fr ou 3/5 avenue Galliéni, 94257 Gentilly Cedex – au passage, notons que le général Galliéni est né à Saint-Béat).

Le thème proposé doit avoir une importance au moins nationale ou internationale. Inutile de proposer un timbre sur Filadelfa de Gèrda ou sur Felix Arnaudin, Quoique… Si le choix est retenu, l’émission du timbre n’interviendra qu’un ou deux ans après.

Timbre de 2007, La coupe du monde de rugby
Timbre de 2007, La coupe du monde de rugby

La Commission des programmes de philatélie, présidée par le Président directeur général de La Poste, se réunit deux fois par an pour émettre un avis sur les propositions reçues. C’est le ministre de l’Economie qui décide au final.

Un arrêté publié au Journal officiel fixe le programme des émissions de timbres pour l’année à venir.

En tout cas, il semblerait que l’émission prochaine d’un timbre sur le Col du Tourmalet n’ait pas été demandée par qui que ce soit ! Un mystère administratif, mais ne boudons pas notre plaisir…

Comment fabrique-t-on un timbre ?

En France, seule La Poste a l’autorisation d’émettre des timbres.

Jusqu’en 1970, les timbres sont produits à Paris. Yves Guéna, député de la Dordogne, alors ministre des Postes et des Télécommunications, installe la nouvelle imprimerie à Boulazac, près de Périgueux.

Moletage
Moletage

Avec l’ère numérique, la production qui est de 4,5 milliards de timbres en 1995 n’est plus que de 1 milliard aujourd’hui.

On utilise plusieurs techniques. La Typographie consiste à graver le timbre à l’envers dans un bloc d’acier au format du timbre. La gravure se fait en relief, le métal est creusé autour des traits du dessin. La feuille de papier est pressée sur le dessin encré.

La Taille douce consiste à graver le timbre à l’envers dans un bloc d’acier au format du timbre. Le poinçon obtenu est reporté autant de fois qu’il y aura de timbres sur un cylindre en cuivre (la virole). L’impression donne au toucher une impression de relief.

La Lithographie consiste à graver le dessin sur une pierre calcaire que l’on durcit par un procédé chimique. L’impression se fait par pression, comme pour décalquer le motif.

Virolle, rouleau gravé pour l'impression des timbres, BoulazacL’Héliogravure et l’Offset sont des procédés mécaniques modernes dans lesquels l’artiste n’intervient plus.

Valoriser la Gascogne par ses timbres

Carte maximum, timbre de 2005 La dune du Pila.
Carte maximum, timbre de 2005 La dune du Pila.

En plus des émissions officielles de timbres, chacun peut émettre son propre timbre. La Poste propose un service qui permet d’éditer un timbre à partir de sa photo ou de celle de ses vacances, par exemple. Soyons francs ! Rien ne remplace l’utilisation d’un beau timbre-poste sur une lettre. Plutôt que d’utiliser d’insipides vignettes d’affranchissement pour son courrier, pourquoi ne pas faire l’effort d’aller à son bureau de poste pour acheter un petit stock de timbres représentant la Gascogne : un personnage, un site ?

Un premier jour d’émission précède l’émission d’un nouveau timbre, généralement le samedi et le dimanche, pour les amateurs de philatélie.

Pour le timbre sur le col du Tourmalet, la Poste ouvrira un bureau spécial à Barèges et un autre à Bagnères de Bigorre les 8 et 9 juillet 2022. C’est le Groupement Philatélique des Pyrénées (gpp65@laposte.net) qui les organise.

 

 

La Poste confectionne des enveloppes dites « Enveloppes premier jour ». Elles portent le timbre oblitéré avec un cachet spécial premier jour d’émission. Un dessin ou une illustration décore l’enveloppe en rapport avec le sujet du timbre. On peut aussi trouver des cartes postales premier jour ou des cartes maximum premier jour (cartes postales affranchies et oblitérées du côté illustré).

L’on peut bien entendu envoyer son courrier à partir de ces bureaux premier jour. Les collectionneurs en seront heureux !

Un timbre pour valoriser les langues régionales ?

La loi dite « Molac » a introduit dans le code du patrimoine un article L1 qui dispose que :
« Le patrimoine s’entend, au sens du présent code, de l’ensemble des biens, immobiliers ou mobiliers, relevant de la propriété publique ou privée, qui présentent un intérêt historique, artistique, archéologique, esthétique, scientifique ou technique.

Il s’entend également des éléments du patrimoine culturel immatériel, au sens de l’article 2 de la convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Cette convention a été adoptée à Paris le 17 octobre 2003 et du patrimoine linguistique, constitué de la langue française et des langues régionales. L’Etat et les collectivités territoriales concourent à l’enseignement, à la diffusion et à la promotion de ces langues ».

Alors, pourquoi pas une série de timbres sur les langues régionales que l’assemblée Nationale reconnait d’intérêt national ? L’occitan, le catalan, le basque, le breton, le flamand, l’alsacien, etc. Voilà de quoi donner une belle série de timbres sur le patrimoine immatériel de la France et satisfaire les amateurs de philatélie.

Pour cela, il faut que chaque association ou chaque personne qui veut des timbres sur les langues régionales se mobilisent. Ils prennent leur plus belle plume et écrivent une lettre (affranchie avec un beau timbre !) pour le proposer à Philaposte. On rappelle l’adresse : 3/5 avenue Galliéni, 94257 Gentilly Cedex.

Alors, quel sujet illustrera les langues régionales ?

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Philaposte




Le château de Pau, 800 ans d’histoire

D’abord, petit château défensif situé près d’un gué sur le Gave de Pau, Gaston Febus en fait une forteresse redoutable. Puis, résidence des rois de Navarre, Henri III de Navarre, le futur Henri IV de France, y voit le jour. Enfin, remanié plusieurs fois, le château de Pau est aujourd’hui un musée national. Les Béarnais en sont si fiers qu’ils disent Qui n’a vist lo castèth de Pau, n’a jamèi vist arren de tau [Qui n’a jamais vu le château de Pau n’a jamais rien vu de tel].

Du château à la forteresse

Un château est construit sur un éperon rocheux dominant un gué emprunté par les bergers ossalois qui font hiverner leurs troupeaux dans la lande du Pont-Long. Un bourg se développe à ses pieds. Il s’appelle Pal dans un texte de 1131 et Pau dans un autre de 1147.

Le château de Pau est un château vicomtal. Aussi, c’est là qu’on donne le nouveau For general de 1188.

Gaston Fébus (Livre de la Chasse)
Gaston Fébus (Livre de la Chasse)

Plus tard, Gaston Febus (1331-1391) établit un réseau de forteresses pour défendre le Béarn dont il affirme la neutralité en 1347 dans le conflit entre le roi de France et le roi d’Angleterre. Il remanie le château de Pau qui est au centre de son dispositif de défense.

Les travaux, sous la conduite de Sicart de Lordat, durent de 1370 à 1380. Il agrandit la plate-forme castrale, garnit de briques ses parois en inclinant le mur à 60 degrés. Puis, il construit une seconde enceinte plus bas, renforce les défenses par des créneaux et des mâchicoulis. Enfin, il bâtit un donjon de briques de 33 mètres qui porte la fameuse inscription : Febus me fe [Febus m’a fait].

Le château de Pau sous Fébus, par Raymond Ritter
Le château de Pau sous Fébus, par Raymond Ritter

Pourtant, les successeurs de Febus continuent d’habiter au château d’Orthez mais viennent faire de fréquents séjours au château de Pau. En particulier, les vicomtes de Béarn y réunissent les Etats de Béarn. Et Gaston IV (1423-1472) y fixera le siège de la Cort Major [Cour Majour].

 

Le Château de Pau : une résidence de plaisance

La cour intérieure du Château de Pau (E. Gluck - 1860)
La cour intérieure du Château de Pau (E. Gluck – 1860)

Gaston IV engage des travaux pour mettre le château de Pau au gout des résidences de l’époque. Il fait coiffer les tours d’un toit, surèlever les bâtiments d’un étage et percer des fenêtres. Les travaux durent 10 ans pour s’achever en 1472. Cependant, Gaston IV n’aura presque pas résidé au château de Pau.

Or, Gaston IV épouse Eléonore de Navarre et devient ainsi roi de Navarre. Alors, les rois de Navarre alternent leur résidence entre Pampelune et le château de Pau. Mais, en 1512, ils perdent la Haute Navarre. Et le château de Pau devient la résidence officielle des rois de Navarre.

Puis, Henri d’Albret (1503-1555) épouse Marguerite de France, la sœur de François Ier. Il lance des travaux d’embellissement du château de Pau. En particulier, on lui doit l’aménagement de la terrasse côté sud, le décor de la cour d’honneur, la réalisation de l’escalier d’honneur et la décoration des appartements.

Naissance d'Henri IV au Château de Pau - 13:12:1553)
Naissance d’Henri IV au Château de Pau – 13/12:/1553 (Deleria)

Après la mort de Marguerite, Henri d’Albret réside au château de Pau. Là, il se consacre à l’administration de ses États : il révise les fors, réorganise la justice, modernise l’agriculture, transforme la tour du moulin construite par Fébus, en atelier monétaire. Elle devient la Tour de la Monnaie.

Le 13 décembre 1553, Henri III de Navarre nait au château de Pau. La légende veut que sa mère, Jeanne d’Albret, chantait le cantique Nosta Dauna deu cap deu pont pendant l’accouchement et que son grand-père lui frotta de l’ail et du Jurançon sur les lèvres.

Les troubles religieux

Jeanne d'Albret (1528 - 1572)
Jeanne d’Albret (1528-1572)

Antoine de Bourbon (1518-1562), père d’Henri III, fait aménager le parc et les jardins du château de Pau. Le faste de la cour de Navarre n’a rien à envier à celui de la cour de France. D’ailleurs, on sert à table de la glace venue des Pyrénées. Pour l’époque, c’est un luxe inouï.

À la mort d’Antoine de Bourbon, Jeanne d’Albret se déclare protestante et impose la nouvelle religion dans ses états. L’armée française occupe brièvement le château de Pau en 1569.

Henri III de Navarre, futur Henri IV de France
Henri III de Navarre, futur Henri IV de France

En 1576, Henri III, jusqu’alors retenu à la Cour de France, s’enfuit et revient en Béarn. Il séjourne rarement au château de Pau et n’y reviendra plus à partir de 1587. Henri de Navarre devient roi de France en 1589.

Le château de Pau n’abrite plus que l’intendant, la chancellerie de Navarre et les prisons. Le marquis de La Force raconte que la veille de l’assassinat d’Henri IV, « il vint dans la ville et faubourgs de Pau une très grande quantité de vaches mugissant et beuglant de manière épouvantable […] et un taureau se jeta du pont en bas où il fut trouvé mort le lendemain ». En conséquence, le père de François Ravaillac est banni et enfermé dans le donjon du château de Pau.

Plus tard, devant le refus des Etats de Béarn de restituer les biens de l’Eglise catholique à son clergé, Louis XIII, fils d’Henri IV, prend la tête d’une armée et entre dans Pau en 1620. Il rétablit le culte catholique, annexe la Navarre et le Béarn à la France puis repart à Paris en emmenant avec lui 95 tableaux du château de Pau.

Le duc d'Epernon est présent alors de l'assassinat d' Henri IV
L’assassinat d’Henri IV (1610)

Le château de Pau s’endort

Le château de Pau abrite le gouverneur, l’intendant, le sénéchal, la cour des comptes de Navarre et sert de prison. On le confie aux ducs de Gramont qui ne réalisent que des travaux d’entretien, sauf la reconstruction des galeries orientales détruites par un incendie.

À la Révolution, Bertrand Barère le sauve de la destruction en réservant « au roi le château de Pau, avec son parc, comme un hommage rendu par la nation à la mémoire d’Henri IV ».

En 1796, le parc du château de Pau est aliéné. Une centaine de citoyens palois déforment une société pour le racheter et le conserver en promenade publique. La route de Bayonne le traverse et coupe en deux le parc. La place de Gramont est construite sur une partie du parc.

Le Château de Pau vu du parc
Le Château vu du parc

Pourtant, Louis XVIII fait rénover les appartements du château pour en faire une résidence royale. En 1848, l’émir algérien Abd el Kader est prisonnier au château de Pau. En partant, il n’a pas chanté le Bèth cèu de Pau mais aurait dit « Je quitte Pau de ma personne, mais j’y laisse mon cœur ». Il est vrai que plusieurs de ses enfants sont enterrés au cimetière de Pau.

Beth ceu de Pau par les Passo Cansoun

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Rénovation de la façade sud
Rénovation de la façade sud (1860)

Napoléon III relance les travaux en 1853 et remplace l’aile Est par un portique à trois arcades qui accueille, aujourd’hui encore, les visiteurs.

Enfin, le château de Pau devient palais national. Des présidents de la République, le roi d’Espagne et le roi d’Angleterre y séjournent. En 1927, le château de Pau devient un musée national, lieu de mémoire d’Henri IV, lo noste Enric, et de son règne.

Le musée du château de Pau

Le berceau d'Henri IV
Le berceau d’Henri IV

Le château de Pau fait l’objet d’une campagne de restaurations.

Les pièces aménagées sont meublées et décorées pour reconstituer un décor d’inspiration Renaissance. En outre, le château de Pau renferme 12 000 pièces et objets, dont une centaine de tapisseries des Gobelins des XVIe et XVIIe siècles et une collection de tableaux à la gloire d’Henri IV.

En particulier, la carapace de tortue qui a servi de berceau à Henri IV en est la pièce maitresse. Elle a failli être brulée à la Révolution.

De plus, le cabinet d’arts graphiques du château de Pau renferme une collection de 500 estampes et 300 dessins. Le médailler comprend 500 pièces (monnaies, médailles, décorations). Toutes ces collections sont présentées lors d’expositions temporaires.

La grande salle basse
La grande salle basse

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le site Wikipédia du Château de Pau
Le Musée National du Château de Pau
La Société des Amis du Château de Pau