Les calhavaris ou charivaris

Les calhavaris ou charivaris sont des manifestations bruyantes que les jeunes organisent pour donner une sérénade nocturne aux couples remariés ou aux amics de coishinèra (amants). On porte ainsi à la connaissance de tous les écarts à la morale. Ils donnent lieu parfois à des débordements et à des troubles à l’ordre public.

Quand donne-t-on un calhavari ?

Les motifs d’un calhavari sont nombreux : un remariage sur le tard, une grande différence d’âge entre les époux, un remariage hâtif, un mari battu par sa femme, un mari cocu, un couple sans enfants, une jeune fille qui est enceinte ou qui a éconduit un prétendant, un couple avaricieux qui évite d’inviter ses voisins, etc.

Charivari - Lithographie de Granville
Charivari – Lithographie de Granville

Le calhavari sert à dénoncer ceux qui ont enfreint les valeurs morales ou les coutumes de la communauté.

La nuit, ou plusieurs nuits en suivant, les « contrevenants » ont droit à un effroyable concert de tambours, de sifflets, de bruits de casseroles, d’injures, de cris et de chansons. On lance des cailloux sur la maison et parfois, on tire des coups de feu.

Ainsi les personnes qui entretiennent des relations adultères ont droit à un calhavari et parfois à une flocada. Elle consiste à semer des cailloux ou des feuilles entre les deux maisons pour faire un chemin, de préférence le samedi soir, pour que tous ceux qui se rendent à la messe du dimanche en soient les témoins.

Comment éviter le calhavari ?

Pour éviter le calhavari, le meilleur moyen est d’ouvrir sa porte et de s’acquitter d’une somme d‘argent, de bonnes bouteilles ou de victuailles selon les exigences des tapageurs.

Charivari - Asouade dans les Landes - L'Illustration 1847
Asouade dans les Landes – L’Illustration 1847

La fixation du montant à verser provoque parfois des désaccords entre les organisateurs du calhavari. Le partage engendre des bagarres.

On peut aussi éviter le calhavari en acceptant l’asoada. Les conjoints montés sur un âne, la femme dans le bon sens et l’homme à l’envers tenant la queue de l’âne, se promènent dans le village sous les huées.

Lorsqu’ils refusent l’asoada, on les remplace par un voisin revêtu d’habits de femme, et installé à l’envers sur l’âne. Le cortège se promène dans tout le village et fait souvent halte devant la maison du mari.

Les autorités interdisent les calhavaris

Lo calhaouari par Ernest Gabard (1879 - 1957)
Lo calhavari par Ernest Gabard (1879 – 1957)

Les autorités n’approuvent pas les calhavaris. Elles les jugent contraires aux bonnes mœurs et entrainant des extorsions de fonds. Des conciles frappent d’anathème ceux qui y participent.

Le Parlement de Toulouse rend des arrêts interdisant les calhavaris en 1537, en 1542, en 1551, en 1645, et en 1649. En 1762, il prend un nouvel arrêt ordonnant que ses précédents arrêts concernant les charivaris seront exécutés. Rien n’y fait.

Lo seguissi
Lo seguissi par Ernest Gabard (1879 – 1957)

Les autorités locales chargées de la police sont plus complaisantes. On arrête les coupables et on les condamne à des amendes et au remboursement des sommes demandées lors du calhavari.

En 1762, un calhavari a lieu à Saint-Gaudens, suite à une dispute entre un mari et sa femme. Le Procureur général ordonne aux consuls de l’empêcher. Ceux-ci font publier un règlement interdisant les attroupements mais suspendent pendant deux jours les patrouilles de police dans la ville !

Il devient une arme politique

Le charivari, sous des rites plus ou moins différents, existe dans d’autres régions de France. Au début du XIXe siècle, il devient une arme politique redoutable.

Charivari - Caricature de Casimir Perrier
Caricature de Casimir-Pierre Perier

En 1830, une campagne de charivari est organisée contre les notables et les députés libéraux  ralliés à la politique d’ordre de Casimir-Pierre Perier (1777-1832).

Ils ont lieu pour des récompenses honorifiques jugées imméritées, en cas de faveur faite à un proche, en cas de corruption d’électeurs ou tout simplement parce qu’un vote à l’Assemblée Nationale déplait.

En 1833, d’Argout alors ministre de l’intérieur dit que c’est une atteinte à l’indépendance des Chambres et à la liberté des votes. On interdit le charivari, cet outil de l’expression populaire directe et on pourchasse les participants.

La pratique décline dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Le Charivari, le journal satirique

Le Charivari, N° zéro (novembre 1832)
Le Charivari, journal satirique n° zéro (novembre 1832)

C’est à ce moment que nait Le Charivari, le premier quotidien illustré satirique du monde, qui parait de fin 1832 à 1937. Son fondateur, le Lyonnais Charles Philipon (1800-1862) en fait un journal d’opposition républicaine à la Monarchie de Juillet.

Serge Clos-Versaille

Article en orthographe nouvelle (1990)

Références

Articles des Bulletins de la société de Borda, de l’Agenais et de la société historique et archéologique du Gers
Charivaris en Gascogne. La morale de peuple du XVIe au XIXe siècles, Christian Desplat, Bibliothèque Berger Levrault.
Le charivari politique : un rite de surveillance civique dans les années 1830, Emmanuel Fureix




Ils aiment la ville de Pau et le disent

L’Escòla Gaston Febus, qui fut fondée à Pau en 1896, rend hommage à la capitale du Béarn dans sa dernière revue Reclams. Pau a attiré l’attention bien des fois. La cour de Navarre a protégé les lettrés au XVIe siècle. Le thermalisme l’a mis à la mode. Les Anglais lui ont trouvé du charme…

Pau, capitale intellectuelle

Marguerite de Navarre par Jean Clouet
Marguerite de Navarre (1492-1549) par Jean Clouet

Au Moyen-Âge, Pau est peu importante. Il faudra attendre 1464 pour qu’elle devienne capitale du Béarn. Henri II d’Albret (1503-1555), roi de Navarre, né à Sangüesa, du côté de Pampelune, épouse la Marguerite des Marguerites, sœur de François 1er, née à Angoulême. Une aubaine pour le royaume car la dame, outre son influence politique, est une protectrice des lettres. Pourtant, plus que Pau, elle aimait surtout Mont-de-Marsan où elle composera l’Heptaméron, un recueil de nouvelles réparties sur sept jours.

Guillaume Saluste du Bartas
Guillaume Saluste du Bartas

Leur fille, Jeanne d’Albret, va faire de la cour de Navarre un lieu prisé des lettrés.

Tout le XVIe siècle, les lettrés, les poètes de Gascogne, en particulier de l’Armagnac, les Pey ou Joan de Garros, le Saluste du Bartas… vont fréquenter la Cour de Navarre où ils pourront publier et être lus dans leur langue.

Les Anglais sont sous le charme de Pau

Le Marquis de Wellington, par Francisco Goya
Le Marquis de Wellington, par Francisco Goya

Le 27 février 1814, le maréchal Soult commande l’armée française qui affronte, près d’Orthez, les soldats anglais et portugais dirigés par le marquis de Wellington (1769-1852). Bataille de la guerre d’indépendance espagnole repoussant la France napoléonienne. L’une des brigades, avec ses 700 cavaliers et 4 000 hommes, entre dans Pau. Ils sont accueillis comme des libérateurs et les Palois installent à l’entrée de la ville, route de Bayonne, de beaux arcs de triomphe garnis de fleurs.

Grammar & Vocubulary of the Language of Bearn
Roger Gordon Molyneux – Grammar & Vocubulary of the Language of Bearn (Editions des régionalismes – 2003)

 

Les Anglais découvrent la capitale béarnaise et s’en entichent. Ils y laisseront une marque profonde. La ville leur construit un funiculaire pour aller de la gare au boulevard des Pyrénées. Pour que les Gentlemen et les Ladies discutent avec les autochtones, un Grammar & Vocabulary of the language of Bearn, traduction des travaux de Vastin Lespy, voit le jour. On apprend ainsi qu’une Lady (dame) est une dauna, a foolish fellow (idiot) est un guirolh et a camomile (camomille) ua matronièra. Des précisions encore plus intéressantes sont citées. Par exemple gahar : to seize, take, from Celtic root same as our word gaff for salmon (gahar : saisir, prendre, de racine celtique comme notre mot gaffe pour le saumon).

La gazette béarnaise, journal littéraire et mondain de Pau hivernal dirigé par Jules Le Teurtrois, publie la liste complète des étrangers entre 1889-1915.

La plus belle vue du monde

Anne Lister réalise la première ascension officielle du Vignemale (3 298 m)
Anne Lister réalise la première ascension officielle du Vignemale en 1838 (3 298 m)

Au XIXe siècle, ce sont les écrivains français, les fortunés qui viennent prendre les eaux, ou les aventuriers de la montagne qui viennent explorer les Pyrénées. Parmi eux, le géologue alsacien Ramond de Carbonnières, le botaniste suisse Augustin Pyramus de Candolle, le topographe du Lot-et-Garonne Vincent Chaussenque ou la téméraire anglaise Anne Lister.

En 1824, le capitaine Alfred de Vigny (1797-1863) est envoyé à Pau. Il est séduit et déclarera : Les Pyrénées sont les plus belles montagnes de la terre. Il y écrit Le Cor : J’aime le son du Cor, le soir, au fond des bois… ainsi que les plus belles pages de son roman Cinq-Mars. Et surtout, il y rencontre Miss Lydia de Bunbury. Son père ne voit pas d’un bon œil un si modeste parti. Mais lors d’un repas organisé par un ami du poète, Sir Bunbury, ayant abusé du Jurançon, accorde devant les invités la main de sa fille.

En 1840, Alphonse de Lamartine (1790-1869) vient, comme bien d’autres, soigner ses rhumatismes. On lui attribue cette phrase : Pau est la plus belle vue de terre comme Naples est la plus belle vue de mer.

Francis Jammes (1868-1938), né à Tournay, aime particulièrement contempler les montagnes depuis le Boulevard des Pyrénées. Lui aussi rencontre à Pau le 18 août 1907 celle qui deviendra son épouse, Ginette Goedorp.  Il la rencontre chez sa grand’tante Aménaïde Lajusan, 6 rue Marca.

La ville de Pau, Francis Jammes

Françis Jammes, poète des Pyrénées

Elle ouvre l’éventail d’azur des Pyrénées
Sur les coteaux du gave aux villas fortunées.
Son boulevard, balcon ou s’attarde l’été,
Où l’hiver ne connaît que la sérénité,
Ne cesse de fleurir d’Anglaises élégantes
Que suivent les grands chiens et de lords qui se gantent.
Sur la place, un naïf orchestre est endormi
Que la cigale en vain rappelle de son cri.

L’attachement à Pau

Le poète agenois Jacques Boé dit Jasmin écrit en 1840 alors qu’il quitte Pau :

Adiou… Parti douma, zou cal, mais podes creyre,
Qué quand te quitteray me coustaras de plous;
Adiou… Per may lou ten té beyre,
M’en anerey de recouous.
Adieu… je pars demain, je dois, mais tu peux croire,
Que te quitter me coutera des pleurs;
Adieu… Pour mieux te garder en mémoire,
Je m’en irai à reculons.

Beth Ceu de Pau

À la fin du siècle, Charles Darrichon, l’obscur employé de Pierre Louis Tourasse (1816-1882), se sentant mourant, écrit Lo bèth cèu de Pau, qui deviendra la chanson de Pau :

Moun Diü, moun Diü, déchat me béde encouère
Lou ceü de Paü, lou ceü de Paü.

Mon Diu, mon Diu, deishatz me véder enqüèra
Lo cèu de Pau, lo cèu de Pau.

Mon Dieu, mon Dieu, laissez-moi voir encore
Le ciel de Pau, le ciel de Pau.

Des « étrangers » renommés

Pierre Tucoo-Chala - Gaston Febus, Prince des Pyrénées
Pierre Tucoo-Chala – Gaston Febus, Prince des Pyrénées

Le Bordelais Pierre Tucoo-Chala (1924-2015) sera président de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau et de l’Académie du Béarn. Il est surtout un des plus grands spécialistes de l’histoire du Béarn. Il reste la référence absolue de Gaston de Foix, dit Febus.

Certes Geneviève Immè (1929-2012) est une Parisienne. Elle s’installe à Pau comme enseignante, s’y plait et y restera jusqu’à sa mort. Passionnée de latin, elle écrit une bonne vingtaine de livres dans cette langue sous le nom de Geneviève Métais (nom de son premier mari).  Elle reçoit la médaille d’argent du prix Théophile Gautier, pour son voyage d’amour, Amatoria periegesis.

Le loup en slip
Paul Cauuet et Wilfrid Lupano – Le loup en slip

Wilfrid Lupano, né en 1971 à Nantes, revient s’installer à Pau où il a passé son enfance. L’auteur de Le Loup en slip est primé au festival d’Angoulême. Il fonde avec deux amis The Ink Link, association de professionnels de la BD qui accompagne d’autres associations ou institutions humanitaires, sociales ou environnementales.

La revue Reclams Spécial Pau

Bilingue gascon-français, cette revue explore des aspects moins connus de Pau, comme la triste origine de la célèbre chanson Lo bèth cèu de Pau. Connaissez-vous le quartier T comme Triangle ? Joan Breç Brana vous en rappelle sa vie bouillonnante. Très différent, Maurice Romieu vous entraine sur les pas de Jean-Baptiste Bernadotte d’Örebro en Suède à Pau.

Et, pour la partie littéraire, vous lirez des extraits de textes sur Pau ou vous découvrirez des nouvelles inédites. Jean-Luc Landi, par exemple, propose le premier chapitre d’une nouvelle enlevée comme il en a le secret, 1987-Carnavaladas a Pau-2027 / 1987-Mascarades à Pau-2027 (texte en lecture libre sur le site de l’éditeur). Enfin Domenja Lekuona a dégoté une bonne quarantaine d’associations paloises autour de la langue régionale qu’elle livre dans son Planète web paloise.

Enfin, côté illustration, le photographe Manuel Baena vous propose son regard sur les rues de la ville.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Mémoires et poésies de Jeanne d’Albret
Francis Jammes,
Villas anglaise à Pau,
Roger Grenier, 1991
Grammar & Vocabulary of the language of Bearn,
Roger Gordon Molyneux, 2002
1987-Carnavaladas a Pau-2027 (Mascarades à Pau), Jean-Luc Landi, 2019
Reclams Spécial Pau, décembre 2019




Langues romanes de France

À part l’irréductible Pays Basque, de nombreuses régions vont être latinisées. Ce latin plus ou moins commun donne naissance à des langues romanes différentes. Regardons rapidement quelques exemples d’évolution des langues d’oïl et d’oc du premier millénaire à nos jours.

La langue du vainqueur, le latin, s’impose

Les Romains envahissent nos territoires et organisent leur administration en latin. Les élites vont adopter la langue puis, petit à petit, le peuple. Avec au moins deux bémols. Il n’y avait pas plus un latin qu’il n’y a un gascon. Le peuple et les légionnaires (pas tous romains) parlaient des latins populaires plus ou moins semblables ou différents. Lisez l’excellent article de Christian Andreu sur Sapiénça. Ces latins s’implantant sur des parlers déjà existants, des substrats différents, les gens vont jargonner des latins différents.

Achille Luchaire
Achille Luchaire

Selon le philologue Achille Luchaire (1848-1908), en Novempopulanie (sud-ouest de la France) le latin s’implante sur des dialectes qui s’apparenteraient au basque, idiome ibérique.

Au cours du temps, le parler va être influencé par les différentes invasions. Par exemple, le nord de la France connaitra les invasions barbares, celtes, germaines, des peuples d’Europe centrale… le sud de la France connaitra surtout l’influence des Ibères et des Ligures, et le sud-ouest sera influencé par les Wisigoths.

Bref, pour cela et d’autres raisons, petit à petit, les différences s’accentuent. En particulier, les peuples vont privilégier l’emploi de certains mots comme celui qui permet d’exprimer son accord :
hoc (cela – c’est cela) deviendra òc dans le sud
hoc ille (cela renforcé – c’est cela même) deviendra oïl (prononcer o-il) puis oui
sic (c’est ainsi) deviendra si en Espagne ou en Italie.

Les langues romanes émergent peu à peu

Charles le Chauve reçoit le serment de son frère en langue "française"
Enluminure représentant Charles le Chauve avant 869, Psautier de Charles le Chauve, BnF

Le 14 février 842, Louis le Germanique, petit-fils de Charlemagne, prononce en langue romane son serment d’assistance à son frère Charles le Chauve (contre leur frère ainé Lothaire Ier) : Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit.

(Pour l’amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d’aujourd’hui, autant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l’équité, à condition qu’il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles.)

Dans ce texte, le plus ancien que l’on connait en français, on perçoit bien le latin et on voit qu’on est encore assez proche des parlers d’oc. Un exemple simple : Salut se dit toujours salvament en languedocien.

Les différences des langues romanes s’affirment

Centolh III, comte de Bigorre, écrit le 4 mai 1171, les fors de Bigorre : En nom de nostre senhor Dieu Iehu Crist. Coneguda causa sia a totz homes e femnes presentz e habieders, que nos, Centod, per la grace de Dieu, comter de Begorre… (Au nom de Notre Seigneur Dieu Jésus Christ. Soit chose connue à tous les hommes et femmes, présents et à venir, que nous, Centod, par la grâce de Dieu comte de Bigorre…)

À peine un peu plus tard (début XIIIe), les coutumes et péages de Sens (Bourgogne) annoncent : Ce sont les costumes et li paages de Saanz, le roi et au vilconte. Qui achate à Sanz file, et il an fait à Sanz le drap, an quel que leu que il lou vande…

Le français a bien évolué depuis Louis le Germanique ! Et les différences entre les deux familles de langue sont plus nettes. Bien sûr, on reste dans un continuum sur l’ensemble roman. On parle presque pareil que le village d’à-côté, qui parle presque pareil que le village suivant. De temps en temps, les différences sont plus fortes. Et, ainsi, en s’éloignant, la compréhension diminue. Si pour les échanges locaux, cela ne pose pas problème, cette tour de Babel complique les échanges des élites et du pouvoir.

Le continuum dialectal

Dans la vidéo ci-dessous, Romain Filstroff, un linguiste peu conventionnel vous explique ce qu’est le continuum dialectal à l’échelle européenne.

https://escolagastonfebus.com/wp-content/uploads/2020/05/continuum-dialectal-ma-langue-dans-ta-poche-3.mp4

 

Le français prend le dessus en pays d’oïl

Les trouvères utilisent et créent la langue française
Trouvères du XIIè siècle

Le grand linguiste roman Klaus Krübl apporte un éclairage essentiel. Selon son étude, la langue, au XIIe siècle, va se dé-régionaliser à l’écrit, donc chez des lettrés. Influence des scribes, des trouvères et de la Prévôté de Paris dans la rédaction des actes. Mais l’écrit n’est pas le reflet du parler. Rappelons-nous que chez nous, on écrira en français et on parlera gascon pendant longtemps.

Puis dans les grandes villes comme Paris, la présence de personnes aux dialectes différents entraine un nivèlement de la langue orale du peuple. Faut bien se faire comprendre !

Deux phénomènes qui vont contribuer à la standardisation du français. Très vite, le roi encourage cette langue plus normalisée.

Conon de Béthune (1150?-1220)

Par exemple, le trouvère de l’Artois, Conon de Béthune (1150?-1220) se fit reprendre par le couple royal pour parler picard et non français.

La roine n’a pas fait ke cortoise,
Ki me reprist, ele et ses fieux, lis rois,
Encor ne soit ma parole françoise;
Ne child ne sont bien apris ne cortois,
Si la puet on bien entendre en françois,
S’il m’ont repris se j’ai dit mot d’Artois,
Car je ne fui pas norris à Pontoise.
La reine n’a pas été courtoise,
Quand ils m’ont repris, elle et ses fils, le roi,
Certes, mon langage n’est pas le français ;
Ils ne sont pas bien appris ni courtois,
Ceux qui peuvent l’entendre en français.
Ceux qui ont blâmé mes mots d’Artois,
Car je ne fus pas élevé à Pontoise.

Le français de la cour s’étend. Il devient celui des gens socialement élevés, de l’administration et finalement de toute personne ayant une charge publique. À tel point que le chanoine Evrat, de la collégiale Saint-Étienne de Troyes, la justifie en 1192 :

Tuit li languages sunt et divers et estrange
Fors que li languages franchois:
C’est cil que deus entent anchois,
K’il le fist et bel et legier,
Sel puet l’en croistre et abregier
Mielz que toz les altres languages.
Tous les langages sont différents et étrangers
Sauf la langue française :
C’est celle que Dieu comprend le mieux,
Car il l’a faite belle et légère,
Si bien que l’on peut l’amplifier ou l’abréger
Mieux que tous les autres langages.

Le français langue des élites puis langue de tous 

Le français se propage comme langue administrative. Il va aussi dominer la littérature avec le déclin de celle d’oc. Ainsi les parlers d’oïl ne seront conservés que par le peuple pendant quelques siècles.

Pierre de Ronsard chantre de la langue française (portrait posthume ca. 1620)
Pierre de Ronsard (portrait posthume ca. 1620)

Petit à petit, le français se stabilise. On peut mesurer son évolution par exemple avec ce célèbre Sonnet à Hélène de Ronsard (1524-1585) :
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant & filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant,
Ronsard me celebroit du temps que j’estois belle.

Cependant, le français, comme toute langue vivante, évolue, s’enrichit de mots empruntés à d’autres langues, se simplifie. Quel sera le français de demain ? Entre les emprunts à l’anglais et la créativité des parlers populaires, il pourrait peut-être ressembler à cela : Bien ouéj, elle défonce grave ta creepypasta ! 

La langue écrite évolue en pays d’oc

Dans le sud de la France, l’évolution et la convergence commencent aussi par l’écrit. En effet, au moyen-âge, si le français s’impose dans l’élite des pays d’oïl sous la pression de la cour, aux mêmes moments, les régions du sud continuent à utiliser leurs langues pour l’administration. L’administration royale du Moyen-Âge parle d’ailleurs de lingua occitana par opposition à lingua gallica. Charles VI dira en 1381 qu’il règne sur les pays de linguae Occitanae quam Ouytanae (langue occitane autant que ouytane – ouytane, langue d’oïl). Bien sûr il ne s’agit pas d’une langue unique, dans le sud aussi les parlers sont divers. Et, dans cet écrit, il ne parle pas de tout le sud.

Guillaume IX d'Aquitaine
Guillaume IX d’Aquitaine

Pourtant, dans ce sud, va commencer très tôt une standardisation grâce aux troubadours qui convergeront sur une koïné, une scripta. Grâce à cette unité, la littérature du sud dépasse ses frontières.

Exemple d’un poème de Guilhem IX, comte de Poitou:
Companho, faray un vers… covinen
Et aura·i mais de foudatz no·y a de sen
Et er totz mesclatz d’alor e de joy e de joven.
Compagnons je vais composer un vers convenable / j’y mettrai plus de folie que de sagesse / et on y trouvera pêlemêle amour, joie et jeunesse (trad. Alfred Jeanroy).

Exemple d’un poème du troubadour gascon, Marcabrun :
Bel m’es quan son li fruich madur
E reverdejon li gaim,
E l’auzeill, per lo temps escur,
Baisson de lor votz lo refrim,
Tant redopton la tenebror!
J ’aime bien quand les fruits sont mûrs / Et que verdissent les regains / Quand l’oiseau, par les temps obscurs / De sa voix baisse les refrains / Il a peur de l’obscurité!

Cliquez ci-dessous pour en entendre une interprétation (chanteur non identifié)

      1. Marcabrun

Une évolution différente pour les pays d’oc

Puis vint la prise de pouvoir des Français et de l’Eglise sur les régions du sud, La littérature d’oc est étouffée avec sa scripta. Il n’y aura pas de pouvoir central jouant le rôle de Paris ou de la cour de France.

Les poésie dee Pey de Garros en langue gasconne(1567)
Poesias gasconas de Pey de Garros (1567)

En Gascogne, le béarnais de la plaine essaie une conquête. Puis, au XVIe siècle, le français administratif fait son entrée. En Gascogne, les lettrés, comme Montaigne (1533-1592) écrivent en français. Certains, comme Pey de Garros, défendent leur langue, faisant du XVIe le siècle d’or de la poésie gasconne, comme l’écrit Pierre Bec.

Jusqu’au XXe siècle, les Gascons conservent leur parler et la littérature reste vivante même si elle ne fixe pas son écriture. Qu’en sera-t-il du futur ?  Existera-t-il encore des lieux où on parle gascon ? La littérature vivra-t-elle encore ?

Anne-Pierre Darrées

NB : écrit en nouvelle orthographe

Références

Les Origines linguistiques de l’Aquitaine, Achille Luchaire, 1877
Linguisticae, Ma langue dans Ta poche #3, Romain Filstroff
Poésies de Guillaume IX, comte de Poitiers, Alfred Jeanroy, Annales du Midi 1905, p. 161-217
Coutumes et péages de Sens,
Annales de la ville de Toulouse, 1771
Histoire du français, l’ancien français IXe-XIIIe siècle,
La standardisation du français au moyen-âge, Klaus Krübl, 2013, p. 153-157




Le Duc d’Épernon, un Gascon redouté

Le duc d’Épernon connait une vie riche et longue aux côtés de trois rois de France, Henri III, Henri IV qui meurt dans ses bras, et enfin Louis XIII. Il est surtout un des représentants les plus remarquables et les plus typiques des Gascons. Allons à sa rencontre.

Dans la série des Gascons de renom avec Max Linder, Pierre Latécoère,  Jean BourdetteJean-Baptiste Sénac,  Guillaume Saluste du BartasAntoine de NervèzeSans MitarraJacques LacommeAlexis PeyretMarcel AmontIgnace-Gaston PardiesAndré DaguinJean LabordeJoseph du Chesne.

Le duc d’Épernon 

Jean Louis de Nogaret de la Vlette, futur duc d'Epernon
Jean Louis de Nogaret de la Valette, futur duc d’Épernon

Jean-Louis de Nogaret de la Valette nait au château de Caumont, dans le Savès (Gers), en 1554. Il est le deuxième de six enfants. Son père Jean est seigneur de La Vallette, seigneur de Casaux et seigneur de Caumont. Sa mère est Jeanne de Saint-Lary de Bellegarde (Saint-Lary-Boujean dans la Haute-Garonne, Bellegarde dans le Gers)

Capdèth de la famille, il devient… cadet de Gascogne. Jean-Louis participe aux batailles des guerres de religion.

C’est d’ailleurs au siège de la Rochelle en 1573 qu’il rencontre Henri, duc d’Anjou, le futur Henri III.

Henri, duc d'Anjou. Portrait au crayon par Jean Decourt, Paris, BnF, département des estampes, vers 1570.
Henri, duc d’Anjou. Portrait au crayon par Jean Decourt, BnF, vers 1570.

Cinq ans plus tard, il est son conseiller et favori, avec le duc de Joyeuse. Le magistrat Jacques Auguste de Thou rapporte qu’Henri III est éperdument amoureux de notre Gascon. Surtout, il devient son bras droit de par son énergie, sa bonne santé, sa capacité d’action.

L’ascension du duc d’Épernon  

Portrait de Jean-Louis de Nogaret de la Valette, duc d’Épernon, gouverneur des Trois-Évêchés (1554-1642) Début du XVIIe siècle Musée de la Cour d’Or - Metz
Portrait du duc d’Épernon, gouverneur des Trois-Évêchés (Metz, Toul et Verdun) Début du XVIIe siècle
Musée de la Cour d’Or – Metz

Son ascension va commencer, il accumule charges et honneurs. Pair de France, chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit, amiral de France, gouverneur de Normandie… Henri III crée même un duché et le fait duc d’Épernon en 1581.

En 1587, il épouse une femme de rang social plus élevé, Marguerite de Foix-Candale, fille d’Henri de Foix, comte de Candale, de Benauges et d’Astarac, dont il aura trois fils.

Le duc d’Épernon a la passion forte, une intelligence hors du commun, la franchise du terroir, le verbe vif. Et il gardera son accent gascon. D’ailleurs le poète Philippe Desportes, chargé de le « dégasconner », ne réussit pas à lui transmettre la préciosité de langage attendue à la Cour.

Terriblement ambitieux, il en est morose. Alors il se paie les services d’un bouffon à gages – l’humour est nécessaire au Gascon ! C’est un homme de (sale) caractère et, comme dira le prédicateur Michel Ponceton a guère ri à ses dépens que du bout des lèvres, et surtout à distance.

On l’aime ou on le déteste

Leader charismatique, le futur duc d’Épernon devient tout de suite le champion de la noblesse gasconne. Alors qu’il est de plus basse extraction, les Montesquiou, les Castelbajac, les Pardaillan, les Cominges… le soutiendront toujours. Son secrétaire, Guillaume Girard, raconte que lorsqu’il se rendait au Louvre, une escorte de plusieurs centaines d’hommes l’accompagnait, les premiers arrivant au palais alors que les derniers quittaient le palais du duc, rue Plâtrière (environ 500 m).

Nicolas de Villeroy, objet des railleries de d'Épernon portrait par Pierre Dumonstier, musée national de Varsovie, vers 1590.
Nicolas de Villeroy, portrait par Pierre Dumonstier, musée national de Varsovie, vers 1590.

Très entier, il se fait aussi de solides ennemis ! Comme Sully,  d’Aubigné ou Richelieu qui n’hésiteront pas à transmettre à l’opinion et la postérité une image horrible et fausse de l’homme. Il faut dire que le Gascon a la dent dure. Il n’hésite pas à traiter de petit coquin Nicolas de Villeroy,  ministre sous Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII. Ou il fait fuir le duc d’Epinac, archevêque de Lyon en l’attaquant sur ses mœurs.

Pourtant, il obtient très largement déférence et respect car il est sincère, fidèle à sa parole, et possède un grand sens de l’honneur. Qualités pas si répandues à la cour !

Le duc d’Épernon et la Ligue

François de France meurt en 1584, ouvrant la possibilité pour Henri III de Navarre de monter sur le trône de France au décès du roi actuel. Le duc d’Épernon perçoit immédiatement le danger d’une guerre de succession. Il va essayer de convaincre le Béarnais de passer à la religion catholique. Mais celui-ci ne s’y résoudra que plus tard. Et les protestants s’indigneront de la démarche.

Accord de Henri III avec Henri de Navarre (1588) à l'instigation du duc d'Épernon
Accord de Henri III avec Henri de Navarre à Plessis-les-Tours (1588)

De 1584 à 1589, il essaie de fédérer les protestants et les catholiques modérés autour d’Henri III, contre la Ligue catholique. Dans un but d’apaisement, il sera écarté. Du tiers du royaume dans ses mains, il ne restera que gouverneur de l’Angoumois.

Henri IV le laissera à distance, ce qui n’empêchera pas notre Gascon de continuer à influer, obtenant par exemple le retour des Jésuites.

Il assiéra aussi son prestige en faisant construire, dès 1598, le château de Cadillac, dont les immenses cheminées recouvertes de marbres sont considérées comme des plus belles de France. Les domestiques surnomment le cabinet de travail du duc, irascible et au sang vif, la moutarde...

L’assassinat d’Henri IV

En fait, les deux hommes se connaissent de longtemps quand le futur roi était retenu en cour de France et le futur duc un simple cadet. Alors leurs relations étaient bonnes. Puis elles furent plus hostiles. Le duc d’Épernon, toujours d’avis tranché, n’a pas une haute opinion d’Henri IV. Un jour, feignant un lapsus, il traitera Louis XIII de petit-fils d’un grand roi, oubliant ainsi le père…

Henri IV reproche au duc son hostilité, et celui-ci répond avec sa franchise habituelle : Sire, votre majesté n’a pas de plus fidèle serviteur que moi ; mais, pour ce qui est de l’amitié, votre majesté sait bien qu’elle ne s’acquiert que par l’amitié. Pourtant Henri IV, dans ses lettres, utilise le mot ami, ce qu’il ne fait que pour d’Épernon et Sully. Il lui écrit même des lettres aimables, évoquant des souvenirs, sans même parler affaires… En même temps, il le fait surveiller !

Le duc d’Épernon est dans le carrosse le 14 mai 1610 lorsque Henri IV se fait assassiner par François Ravaillac.  Ravaillac est d’Angoulême. Il n’en faut pas plus aux huguenots Sully, du Plessy-Mornay ou Bourbon-Soissons pour l’accuser d’avoir commandité ce meurtre.  Le procès montrera l’inexactitude de la chose.

Le duc d'Epernon est présent lors de l'assassinat d' Henri IV
L’assassinat d’Henri IV par Ravaillac (14 mai 1610)

D’Épernon et la Régence

Le duc d'Épernon impose la Régence de Marie de Médicis à la mort d'Henri IV
La Régente Marie de Médicis en 1616

La mort d’Henri IV ne fait pas pleurer le duc. D’Épernon va même prendre de vitesse tout le monde. Et, moins de deux heures après, obtient du Parlement la transmission du pouvoir à Marie de Médicis, sans tenir compte des dispositions d’Henri IV (qui voulait un conseil de régence). Ce sera malgré tout un retour limité car de nouveaux hommes, comme Concino Concini, vont avoir prise sur la reine. L’opposition ouverte du Gascon l’éloignera du pouvoir.

Le Louis XIII renverse sa mère et remercie les meurtriers de Concini : Grand merci à vous, à cette heure, je suis roi ! 

Le duc d’Épernon et Richelieu

Voulant des hommes énergiques et d’envergure, en 1622, Louis XIII nomme D’Épernon gouverneur d’Aquitaine. Le duc a 67 ans. Le roi renforce aussi sa garde en la dotant de mousquets (ce sera les mousquetaires). Sa Majesté demanda à Mr d’Épernon six de ses Gardes, pour mettre dans ladite Compagnie.

Le duc d'Epernon adversaire politique du Cardinal de Richelieu
Richelieu par Philippe de Champaigne

Le ministre principal Richelieu veut faire table rase de toute force en France et, en particulier des protestants, pour centraliser le pouvoir sur le roi. D’Épernon, défenseur de la féodalité, est son plus redoutable adversaire, critiquant ses choix politiques pour leurs conséquences au niveau local.

Richelieu va chercher à amadouer le duc. S’offrant à lui comme quatrième fils, d’Épernon répond qu’il attend les preuves. Alors Richelieu va chercher à le faire tomber, compliquant son gouvernement en donnant systématiquement raison à ses ennemis, lui tendant des pièges, irritant son humeur déjà exécrable.

Il va surtout chercher à le discréditer dans les opérations difficiles, lors des guerres contre les protestants menées par le prince de Condé. Il va par exemple encourager Condé à charger le duc du désastre de Fontarabie.

Les dernières luttes

Écoutant Richelieu, Louis XIII rattache le Béarn à la France en 1620. Il lance diverses opérations dont les degasts pour anéantir les protestants. Le duc d’Épernon est chargé de les exécuter dans son territoire.

Le duc d'Épernon participe aux campagnes de Louis XIII pour écraser les guerres huguenotes (1620-1621)
Les campagnes de Louis XIII contre les « guerres huguenotes » de 1620-1621

On recrute des gastadors payés à la tâche pour détruire les murailles, faire le degast autour des villes rebelles. Il s’agit de mettre à sac les alentours de ces villes pour éviter tout ravitaillement. Louis XIII écrit de ne pas perdre loccasion de faire le degast des bleds vins et autres fruits es environs et proche des autres villes rebelles… (lettre à l’évêque de Rieux, 21 juin 1629).

D’Épernon cherche une position plus modérée mais n’aura ni la confiance du roi, ni celle des Huguenots. Il n’est plus l’homme de la situation.

À Bordeaux, il se querelle avec l’archevêque Henri de Sourdis et le frappe en public en 1634. Le roi oblige d’Épernon à lui demander publiquement pardon en se mettant aux genoux de l’offensé. Quatre ans plus tard, il est démis de sa charge et meurt en disgrâce en 1642. Il a 87 ans. En plus de ses trois fils légitimes, il laisse quatre enfants, Louise, Louis, Bernard et Jean-Louis. Ce dernier sera légitimé par son mariage avec la mère, Anne de Monier, en 1596, sur son lit de mort.

Le souvenir

Le Gentilhomme gascon de Guillaume Ader dédié au duc d'Épernon (sur la couverture le blason du duc)
« Lou Gentilome Gascoun de Guillem Ader, Gascoun », dédié au duc d’Épernon (sur la couverture le blason du duc) – 1610

Le grand poète gersois Guilhèm Ader lui dédie Lou gentilome gascoun en 1610 : Lou Gentilome gascoun, é lous heits de gouerre deu gran é pouderous Henric Gascoun, Rey de France é de Nauarre. Boudat a Mounseignou lou duc d’Espernoun. / Lo gentilòme gascon, e los hèits de guèrra deu gran e poderós Enric Gascon, rei de França e de Navarra. Bodat a Monsenhor lo duc d’Espernon. / Le gentilhomme gascon, et les faits de guerre du grand et puissant Henri Gascon, roi de France et de Navarre. Dédié à Monseigneur le duc d’Épernon.

Dans le jardin de la cathédrale d’Angoulême,  le duc fait dresser la colonne d’Épernon qui rend hommage à son épouse, morte à 26 ans.  Ayant légué son cœur à Angoulême, une messe était célébrée à la cathédrale jusqu’à la Révolution.

Ainsi tous les matins, les cloches sonnaient les pleurs d’Épernon pour son épouse, selon la légende.

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

Références

La clientèle du duc d’Epernon dans le sud-ouest du royaume, Véronique Larcade, 1996
Un Gascon du XVIe siècle, le premier duc d’Epernon, George de Monbrison, Revue des deux mondes, p.142-185
Le foudre de guerre et les fanfarons aux parchemins : le duc d’Epernon bourreau des villes protestantes (1616-1629), Valérie Larcade, 2002
La destinée exceptionnelle d’un « demi-roi » : Epernon, le mignon favori d’Henri III, Yves-Marie Bercé




Le pinhadar ou la forêt des Landes

La forêt des Landes, lo pinhadar en gascon, que nous connaissons aujourd’hui a été plantée au XIXe siècle sous l’impulsion de Napoléon III. Mais le pinhadar existe depuis bien plus longtemps et fait vivre de nombreuses familles qui exercent tous les métiers de la forêt.

Le pinhadar, une ancienne forêt des Landes

Première exploitation du pinhadar : Gravure de Gustave de Galard, illustrant le gemmage au crot en 1818 à la Teste de Buch (Gironde, Aquitaine, France)
Gravure de Gustave de Galard, illustrant le gemmage au crot en 1818 à la Teste de Buch (Gironde,)

La forêt des Landes est millénaire et d’origine naturelle. Elle occupe surtout le Marensin et des espaces à proximité de Lacanau, Arcachon, La Teste et Biscarrosse. On estime qu’elle couvre 200 000 hectares de pins, de chênes pédonculés et de chênes liège.

Le pin maritime domine déjà dans cette forêt primitive. On exploite le pinhadar  pour son bois et sa résine. Avec le corsièr (chêne liège), on fait des bouchons. Les pegolièrs fabriquent la poix. Colbert fait venir des Suédois en 1670 pour apprendre à faire le goudron pour la marine. Les carboèrs fabriquent du charbon. Ils sont d’ailleurs à l’origine du grand incendie de 1755 qui ravage le pinhadar du Marensin.

Le reste des Landes est une zone humide où domine l’agriculture de subsistance et l’élevage ovin favorisé par le libre parcours sur les terres incultes.

Avant le pinhadar une agriculture de subsistance - Félix Arnaudin - Labours et Semailles 1893
Félix Arnaudin – Labours et Semailles 1893

Plantation du pinhadar pour fixer les dunes

Les dunes littorales sont très instables et menacent régulièrement les habitations. En 1662, Le Porge est abandonné au sable et on le reconstruit quelques kilomètres plus loin. En 1741, c’est le tour de Soulac. Les plantations de pins permettent de fixer les dunes du littoral.

Le Captal de Buch réalise les premiers travaux importants de plantation, en 1713 et 1727 à La Teste. [Les Captaux de Buch sont les seigneurs qui règnent depuis le Moyen Âge sur ce que sont aujourd’hui les communes d’Arcachon, La Teste de Buch et Gujan-Mestas]. Mais en 1733, le pinhadar est brulé* par un berger ne pouvait plus faire paitre* librement ses bêtes.

Guillaume Desbiey et ses successeurs

Guillaume Desbiey (1725-1785), un bourgeois landais, receveur des fermes du roi à la Teste, écrit en 1776 un Mémoire sur la meilleure manière de tirer parti des Landes de Bordeaux, quant à la culture et à la population. Il pense nécessaire de construire de bonnes routes et des canaux dans les Landes pour permettre aux productions locales, et surtout au bois, d’être vendues. Il propose aussi la création de fermes modèles. Le projet sera repris 80 ans plus tard par un de ses parents, Henri Crouzet, pour la création du domaine impérial de Solférino.

Les essais de semis de Brémontier à la Teste (1787-1791)
Les essais de semis de Brémontier à la Teste (1787-1791)

Nicolas Brémontier (1738-1809) Ingénieur des Ponts et Chaussées nommé par le Roi en Guyenne en 1784, s’intéresse à la construction d’un canal entre l’Adour et la Garonne. Il reprend les travaux menés par Desbieys pour fixer les dunes. Il  obtient l’accord du Captal de Buch pour une première expérience en 1787 entre le Pilat et Arcachon. Grâce à son impulsion, la Révolution poursuivra le projet. Il réussira à convaincre les gouvernements successifs de la Révolution, du Consulat et de l’Empire jusqu’à sa mort en 1809.

Jules Chambrelent un des promoteurs du pinhalar
Jules Chambrelent

Jules François Hilaire Chambrelent (1817-1893) acquiert une propriété à Cestas et expérimente des techniques d’assainissement et de mise en valeur agricole en s’inspirant des travaux de Guillaume Desbiey. La réussite est telle qu’il est fait chevalier de la Légion d’Honneur par Napoléon III. Il est l’instigateur de la loi relative à l’assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne de 1857.

La loi du 19 juin 1857 crée le grand pinhadar

Pinhadar - loi de 1857Napoléon III décide de mettre en valeur les Landes. En 1857, il installe un domaine expérimental de 7 000 hectares qui deviendra la commune de Solferino en 1863.

La loi relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne est votée le 19 juin 1857. Les communes doivent assainir leurs communaux en creusant des fossés de drainage, les vendre aux enchères à des propriétaires privés qui doivent mettre en valeur les sols par le boisement. Ils choisissent bien évidemment le pin maritime.

Les surfaces plantées sont supérieures aux prévisions car il y a une demande nouvelle de bois dans les mines et les chemins de fer.

Félix Arnaudin - Sarcleuses Sabres-Le-Nan (1913) - Bordeaux Musée dAquitaine
Félix Arnaudin – Sarcleuses à Sabres-Le-Nan (1913) – Bordeaux Musée d’Aquitaine

Si la loi favorise l’extension du pinhadar, elle entraine* une profonde crise du modèle agricole qui dure 30 ans. La disparition des terrains libres d’usage entraine* le recul de l’élevage qui passe de 1 million de têtes en 1850 à 250 000 en 1914.

Le désarroi des paysans provoque des émeutes et des parcelles sont incendiées. Il faudra attendre près de 30 ans pour voir l’industrie du gemmage se développer et fournir des emplois de remplacement.

Un siècle de développement du pinhadar
Un siècle de développement du pinhadar landais

Le pinhadar et le gemmage

Le gemmage est une technique ancienne de recueil de la résine des pins pour en faire de la poix pour le calfatage des bateaux. On s’en sert pour fabriquer des torches et éclairer les maisons.

Eploitation de la résine dans le pinhadar - Care sur un pin gemmé
Cara sur un pin gemmé

Le gemèr (gemmier) utilise un pitèr (échelle à un seul montant) pour peler le tronc avec l’esporguit et faire une cara (incision) avec un hapchòt (hache à l’extrémité recourbée). Pour faire l’amasse (récolte), il récupère le barrasc (gemme durci) qui coule. A partir de 1840, on utilise un pot en terre cuite pour le recueillir.

Quand les pots sont pleins, la palinete (spatule) permet de les vider dans les escouartes (récipients en bois de 16 litres) puis dans des barriques qui sont acheminées vers le distillateur.

On en extraie de l’essence de térébenthine pour l’industrie pharmaceutique, les parfums, les peintures  et vernis ou les produits d’entretien. On en extrait aussi de la colophane pour l’encre d’imprimerie, les savons, les colles ou les graisses industrielles.

L’exploitation de la résine du pinhadar fournit du travail à de nombreux métiers : potiers, forgerons, gemmiers, charretiers, distillateurs. À noter, l’écrivain landais et membre de l’Escòla Gaston Febus, Césaire Daugé (1858-1945) intervint en 1915 pour expliquer que le mot gascon gemèr doit se traduire par gemmier et non gemmeur. Il en profite pour offrir un lexique de 54 mots sur les métiers liés au pin (voir On dit gemmier).

Il y a 18 000 gemmiers en 1946 et seulement 150 en 1985. L’ouverture des marchés fait baisser les prix et le gemmage à l’acide sulfurique nécessite moins de main d’œuvre.

L’atout économique du pinhadar

Le pinhadar couvre 67 % du département des Landes, soit 632 300 ha essentiellement en pin maritime. La propriété est privée à 90 %.

Il fait travailler plus de 10 000 personnes avec l’industrie de transformation.

Maison de la réserve du Courant d'Huchet par les scieries Lesbats (40550 - Léon)
Réalisation en pin maritime par les Scieries Lesbats pour la Maison de la Réserve du Courant d’Huchet (40550 – Léon)

Dans les années 1950, le pinhadar se tourne entièrement vers la production de bois avec l’introduction de la ligniculture. On laboure les sols avant plantation. On draine et on fertilise les parcelles. La génétique améliore les plants. La densité des peuplements augmente et l’âge de coupe diminue.

On utilise le pin dans la charpente classique ou en lamellé-collé, dans la menuiserie du bâtiment, les parquets, les bois de mine, les poteaux télégraphiques, les bois d’emballage et la papeterie. Il se prête au déroulage en panneaux de contreplaqué.

Il fournit de la résine pour l’industrie chimique. Si le gemmage a décliné dans les années 1960 et pratiquement disparu en 1990, il connaît un certain renouveau.

Poème pour le gemmier 

En 1911, Césaire Daugé publie un long poème, Le gemmier, dont voici la première strophe :

Saigne le PIN rugueux, le PIN landais, ô roi
De la forêt gasconne écumante de gemme !
Je te suis d’un regard jaloux, bourreau que j’aime,
Dont l’arbre patient subit la dure loi.

Césaire Daugé

Gemmier, que ta vie est belle I
Sur le flanc, qui saigne encor,
Taille la mince gemmelle I
Arrache au pin son trésor :
Fais couler ses larmes d’or
Dans ton escarcelle.

Où il utilise des mots de son lexique, comme gemmelle : copeau très mince et fortement imprégné de gemme, qui est détaché de l’arbre par le hapchot, lorsque le gemmier pique le pin. À Paris, par corruption, le commerce l’appelle semelle.

Serge Clos-Versaille

* Selon la nouvelle orthographe française. Comme nous l’expliquons ici, nous avons choisi de suivre dorénavant les 10 règles de la nouvelle orthographe.

Références

Articles du Bulletin de la société de Borda.
La querelle des vacants en Aquitaine, Jean-Gilbert Bourras, éditions J&D, 1996
La forêt des Landes de Gascogne comme patrimoine naturel ?, thèse de doctorat, Aude Pottier, 2012
Tempêtes sur la forêt landaise – histoires, mémoires, Société de Borda, 2011
On dit gemmier, Césaire Daugé, 1915




Passe-temps ou passatemps pour confinement

Jours de confinement ou jours de pluie, l’Escòla Gaston Febus vous propose quelques passe-temps. L’occasion de se divertir et mettre à jour (ou tester) certaines connaissances ?

 

Passe-temps léger, la nouvelle orthographe

Le Gascon est progressiste, embrasse volontiers les idées révolutionnaires et est de toutes les batailles. Il lui faudra un rien de temps pour se mettre à la nouvelle orthographe française, qui date quand même de 1990. Voici donc un passe-temps facile et peut-être auquel vous n’aviez pas songé.

Si nous nous souvenons, nos ancêtres écrivaient li cuens fiert la beste [le comte frappe la bête]. Cet ancien français est devenu difficile à lire tant ils ont modifié la langue et l’orthographe. Sans aller si loin, aujourd’hui, nous n’écrivons plus fantôme comme Ronsard :
Je serai sous la terre, et fantosme sans os,
Parles ombres myrteux je prendrai mon repos.
Alors pourquoi ne pas continuer ?

Passe-temps et orthographe
Épreuve d’orthographe au temps du certificat d’études

Avant d’apprendre la nouvelle, que diriez-vous de vérifier avec quelques questions que vous possédez bien l’ancienne orthographe ?
– faut-il un trait d’union aux mots suivants trente deux ou trente-deux ? Cent sept ou cent-sept ?
– devons-nous écrire un cure-dent, un cure-dents, des cure-dent ou des cure-dents ?
– écrivez-vous événement ou évènement ?
– pourquoi faut-il écrire j’harcèle et j’appelle ? Euh, ou bien c’est j’harcelle et j’appèle ?

La nouvelle orthographe nous simplifie la vie puisqu’elle enlève quelques irrégularités dont on ne connait pas toujours l’origine ou quelques accents superflus. Il n’y a que dix règles, c’est donc facile à apprendre et le site recto-verso nous transcrit même nos textes pour apprendre par la pratique.  Aucune raison de ne pas nous y mettre. D’ailleurs, c’est décidé, nous adoptons désormais la nouvelle orthographe dans le site escolagastonfebus.com

Passe-temps pour ceux qui ont le dictionnaire de Palay

Un passe-temps pour le confinement ? Faites des mots-croisés en gascon !Dans certaines revues Reclams, l’Escòla Gaston Febus s’était amusé à proposer des petits mots croisés ou croutzets / mots crotzats.

Voici ceux que Reclams proposa en janvier 1968. Pour les faire, vous pouvez télécharger le fichier ici. Attention, les mots à trouver sont en graphie du Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes et le numéro entre parenthèses vous indique la page du dictionnaire de Palay (version 2020) où se trouve la réponse…

Curieux de la réponse ? Téléchargez-la !

Passe-temps découverte du Gascon

Et si, tout simplement, vous profitiez de ce temps de confinement pour apprendre le gascon. On engage souvent la conversation avec des formules de politesse. Donc cliquez ici pour apprendre les formules de politesse gasconnes avec Ric dou Piau. En parlar negue.

Vous pouvez aussi vous familiariser avec l’accent, ou vous divertir, en écoutant le gascon oriental de Michel Saint-Raymond, La caisha de la bèra-mair.

 

Décidés ? On ne peut que vous conseiller A hum de calhau, les deux tomes de P. Guilhemjoan qui permettent de se lancer et d’acquérir des bases sérieuses.

Passe-temps du Gascon aguerri

Apprenez la grammaire gasconne, un passe-temps en ces temps de confinement

Si vous avez des doutes sur certains mots, aguerrissez-vous. Faut-il dire / écrire
ua amassada generau ou ua assemblada generau ?
– un anjo
ou un ànjol ?
– chucar
ou shucar ?
La réponse est dans wikigram, le wiki de grammaire du Congrès Permanent de la Lenga Occitana.

Faut-il dire / écrire
Qu’èra, en vertat, chic gloriós per un ainat ou Qu’èra, en vertat, chic gloriós tà un ainat ?
Qu’ac èi hèit per arren ou Qu’ac èi hèit entad arren ?
E i a hèra qui m’avetz vista? ou E i a hèra que m’avetz vista?
Voir les réponses, toujours dans wikigram.

Quel gascon connaissez-vous ? Savez-vous dans quel coin on utilise les verbes suivants ?

1.Que legishem / 2.Que bastit / 3.Qu’aimèc / 4.Que batot / 5.Que seguís / 6.Que dromiam
A. Bazadais / B. Armagnac / C. Landes / D. Astarac / E. Bas Couserans / F. Béarn

Réponse : 1B (petite grammaire de F. Sarran, présent indicatif ou subjonctif) 2A (Claudi Bellòc, prétérit) 3E (J. Deledar, prétérit) 4C (Felix Arnaudin, prétérit) 5D (J. Tujague, présent indicatif) 6F (Simin Palay, présent du subjonctif)

Passe-temps pratique pour Gascon gourmand

Au moment de Pâques, un tourteau à tremper dans de la crème anglaise régale le Gersois. L’association Parlem nous a dégoté une recette que l’on reconnaitra. Attention ces ingrédients sont pour un énorme tourteau.

Lhevader :
20 g de lhevami fresca o 7 g de lhevami instantanèa,
140 g de leit,
100 g de haria

Pasta :
140 g de lèit,
4 bèths ueus sancèrs,
1 culhèra de perhum tà las còcas,
220 g de sucre,
7 g de sau,
1 kg de haria,
125 g de burre moth, copat en petits tròç.

Le tourteau gersois, passe-temps pour jours de confinement
Le tourteau gersois

Ici suite de la recette en français

Seulement voilà, si la texture du tourteau est assez facile à réussir, le parfum joue un rôle important. A noste, le parfum était acheté en pharmacie. Et chaque pharmacien avait son mélange savant dont il ne divulguait pas la recette. Si tout le monde s’accorde sur la présence de vanille et de fleur d’oranger, les avis divergent rapidement. Un peu d’armagnac ? Sûrement, c’est la base en Gascogne. Et même si vous allez à la fête du tourteau à Mirande, le secret du parfum ne vous sera pas révélé… Alors, il vous reste à essayer !

Pour les Gascons téméraires, les potingas de bona fama

Que diriez-vous de vous replonger dans un savoir ancestral ? Miquèu Baris, conteur et poète landais, cherche pour nous dans tous les vieux grimoires et les têtes des anciens pour nous proposer Las potingas deu posoèr de Gasconha. Tome 1 à télécharger ici gratuitement, tome 2 à télécharger  ici gratuitement. Ou Tome 2 à lire en ligne.

Lo posoèr emposoera mes n’emposoa pas

En deux livres, vous découvrirez plus de cinquante remèdes qu’on utilisait et qu’il ne faut pas rejeter à la légère. Car l’expérimentation et l’observation les ont affinés. Les naturalistes les redécouvrent aujourd’hui comme lo citron ou los clavets (clous de girofle) pour soigner la tehequèra (le rhume).

On apprend aussi que lo posoèr emposoera mes n’emposoa pas. / le sorcier ensorcelle mais n’empoisonne pas. Que Lo mendràs qu’èra l’èrba de las posoèras, ce disèn / La menthe sauvage était l’herbe des sorcières, disait-on. Ou que rien ne vaut Per la nueit, un onhon au vòste capcèr. / Pour la nuit, gardez un oignon à votre chevet. Pourquoi ? Pour déboucher le nez bien sûr !

Et, en même temps, vous enrichirez votre vocabulaire avec, par exemple La planta deus cent noms e de las mila vertuts : l’abranon, lo pimbo, la gerbeta, la friseta, la peberina, o la faribola / La plante aux cent noms et aux mille vertus : le thym.

La grande énigme 

Si vous avez tout fait ou que vous n’êtes pas tentés par les petits passe-temps, en voici un de plus grande envergure. Si on ne veut pas passer pour des dinosaures, ne faut-il pas avoir quelques notions de physique-chimie quantique ? La Gravité, on voit ce que c’est, la Relativité, Einstein nous a bien expliqué. Reste le monde quantique, un monde étrange et aussi peu intuitif que, pour nos ancêtres, la terre qui tourne autour du soleil. Pourtant, à l’aube de l’ordinateur quantique, on ne peut plus l’ignorer.

Le chat de Schroedinger
Le chat de Schroedinger : mort ou vivant ?

Internet est plein de cours ou vidéos pour nous initier, on vous laisse faire. Voici un bon copa-cap pour terminer.

Le Covid 19 est bien petit et constitué (comme tout) d’éléments encore plus petits qui suivent les lois quantiques. Si je ne l’observe pas, le virus peut-il être simultanément, dans mon espace de confinement et à l’extérieur ? Est-il à la fois matière et non matière ? Ou encore peut-il être à la fois mort et vivant ?

Farfelu ? Ben revoyez l’expérience du chat de Schrödinger par exemple !

Et, au fait ?

Avez-vous repéré ? Tout cet article a été écrit en nouvelle orthographe. Combien de mots sont changés par rapport à l’ancienne ?

Réponse : deux (connait et reconnaitra)

Anne-Pierre Darrées




Le béret ou berret, trait distinctif du sud-ouest

Plusieurs objets, traditions ou croyances unissent les Basques et les Gascons. Les stèles discoïdales par exemple. Lo berret reste peut-être le meilleur symbole commun, symbole qui a gagné la France avec la baguette ou la 2CV. L’historien René Cuzacq fait le point.

Le Landais René Cuzacq (1901-1977) a réalisé deux études sur le béret, en 1941 et 1951. Appelé d’abord capèth (du latin cappellum ou cappa, ce qui couvre la tête) puis bonet (à rapprocher de boina comme en Soule ou en Espagne) il devient enfin berret, du gaulois birros, court (le birros était un manteau court avec capuche).

Le territoire traditionnel du berret

Renè Cuzacq est clair, le berret est d’origine pyrénéenne. D’abord des vallées béarnaises, puis basques et enfin, dans les plaines gasconnes. Le berret est présent du Médoc aux Pyrénées, de l’Océan à l’est de la Gascogne à l’exception du Comminges et du Couserans. Là, lo barret catalan (la barretina en français) prend le dessus.

Si l’on se fie à une légende béarnaise, l’histoire est ancienne. Noé, une fois le déluge passé, inspecte ses cales, et trouve une substance étrange, souple et imperméable là où étaient les moutons. Il comprend que c’est leur toison piétinée et humidifiée qui a donné cela. Le feutre est né. Car la caractéristique du noste berret, c’est qu’il est tricoté puis feutré, contrairement à d’autres uniquement tricotés comme le béret écossais.

L’histoire du berret

Eglise de Bellocq - pélerin au béret
Eglise de Bellocq – pèlerin au béret

Difficile de savoir à quand il remonte, sans confondre avec d’autres coiffes comme la toque du Moyen-Âge par exemple. On trouve un berret en 1280 sur le portail de l’église de Bellocq, et, dans des écrits des archives de Bayonne, entre 1531 et 1538.

Les suzerains de Navarre reçoivent à Pau en 1549, leur fille Jeanne et leur nouveau gendre Antoine de Bourbon, accompagnés de 2 000 vassaux en bérets.

Guide et chasseur aux Eaux-Bonnes
Guide et chasseur aux Eaux-Bonnes

En 1644, Léon Godefroy, chanoine dans le Quercy, visite l’Armagnac en plein été et décrit : Le peuple est aussi humble qu’il se puisse. Il porte des berrets et capes ; il y est extrêmement basanné, pour ne pas dire tout à fait noir, de plus qu’il semble affecter la laideur et la difformité en se faisant raser entièrement comme il fait si bien que ny à la teste ny aux menton et lèvres vous ne voyez aucun poil. Les hommes se couvrent la teste de calottes grandes qu’ils appellent berets. Les femmes se la couvrent de coiffure simple de la façon et manières qu’ils appellent sacotte.

En visite dans le Béarn il écrit : les hommes y portent des capes (mandils) ou hocquetons et de grands bonnets plats sur la teste, avec des petites fraisettes au col : usans d’ailleurs en leurs autres habits quasi de la seule couleur blanche.

En 1660 les matelots qui accueillirent Louis XIV à Bayonne avaient des bonnets rouges. Car au début ce berret est de couleur vive, bleu, rouge ou brun, voire blanc. Pour des occasions, il est orné de rubans ou de glands. Il est grand ou petit selon les époques et les modes.

Un accessoire de mode

Pendant très longtemps, le berret est un couvre-chef pour les hommes. Les femmes du sud-ouest vont commencer à s’en emparer pour la tenue du dimanche. Leur béret est alors blanc.

Michelle Morgan porte le béret
Michelle Morgan

Avec la mode des thermes dans les Pyrénées, puis des vacances en pays basque (Napoléon et Eugénie), le béret va retenir l’attention. L’armée s’en empare au XIXe siècle. Il se répand dans la population après 1914, dans toutes les couches de la société à partir des années 1920, et conquiert les dames dans les années 30.

Quelques célébrités comme Michèle Morgan ou Greta Garbo porteront le béret jusqu’à Hollywood. Faye Dunaway porte le béret dans le film Bonnie and Clyde. Bref, le béret devient bon chic, bon genre et est magnifié par Coco Chanel.

L’image sociale du béret

Le béret reste un accessoire du peuple dans l’imagerie française. On se souvient de Bourvil, béret enfoncé, jouant des personnages populaires, naïfs, voire simplets.

Pourtant, le chansonnier Lucien Boyer écrit en 1924 Le Béret, chanson de Gascogne.
…Notre béret, c’est toute la Gascogne,
E per cantar nòste bèth cèu de Pau
Nos montagnards aux jambes de cigogne,
Avec orgueil le portent com’atau !…

Cette chanson connaît un succès considérable en 1931 grâce au chanteur bayonnais, André Perchicot, ancien cycliste champion de France et ingénieur des Arts et Métiers. Elle sera reprise, en particulier par le Biarrot André Dassary.

https://escolagastonfebus.com/wp-content/uploads/2020/04/Perchicot-le-béret-1935.mp4

Des expressions gasconnes avec lo berret

Da sus lou berret / Dar suu berret / Donner sur le béret, se dit d’un vin qui porte à la tête.
Un berret de boeu / un berret de bueu / une paire de cornes, avec le même sous-entendu qu’en français.
Pensar-s’ac devath lo berret (o lo bonet) / se méfier, garder pour soi (litt. se le penser sous le béret)
Que n’a de remplegat devath lo berret (o lo bonet)
/ il ne dit pas ce qu’il pense, il mûrit sa vengeance (litt. il en a de replié sous le béret)
Que s’a perdut lo berret (ou lo bonet)
/ il a perdu son honneur
Un viraberret
/ une chose très facile à faire (litt. un tourne-béret)

Vastin Lespy
Vastin Lespy

Des auteurs y font référence comme le rappelle Vastin Lespy dans son dictionnaire :
Lou berret suoü coustat, a la maa lou bastou. (Navarrot) / Lo berret suu costat, a la man lo baston / Le béret sur le côté [sur l’oreille], le bâton à la main.
Qu’aymi mey moun berret Tout espelat, Que nou pas lou plus bèt Chapèu bourdat. (Despourrins) / Qu’aimi mei mon berret tot espelat, que non pas lo plus bèth chapèu bordat / J’aime mieux mon béret tout pelé que le plus beau chapeau galonné.

Le béret symbole

Le béret de Superdupont (Gotlib)
Superdupont (Gotlib)

Clairement symbole du sud-ouest, Basques ou Gascons, il devient au XIXe et XXe siècles un emblème de la France. Le Français est alors représenté la bouteille de vin et la baguette de pain à la main, le béret sur la tête et tenant sa bicyclette.

Les Anglais s’amuseront ainsi des Onion Johnnies, ces producteurs et vendeurs d’oignons, vêtus d’une marinière rayée et d’un béret, faisant du porte à porte avec leur bicyclette. Gotlib coiffera son personnage Superdupont d’un béret.

Che Guevara porte le béret
Che Guevara

 

Il sera aussi un symbole de résistance, lors des guerres carlistes en Espagne, même si les deux partis portaient le béret. Ou encore pendant la seconde guerre mondiale en France, même si les milices aussi portaient le béret. Enfin Che Guevara porte le béret.

La fabrication

Béret Laulhère (Oloron)
Béret Laulhère (Oloron)

On fabrique surtout le béret en Béarn. À Nay, on note sa production dès 1830 dans l’atelier de Prosper Blancq. Depuis 1840, les tissages Laulhère fabriquent à Oloron toutes sortes de bérets, en particulier des bérets  stylisés pour une population aisée.  Ainsi, dès 1918, le Béarn (Nay,  Oloron, et Mirepeix) produit pratiquement un million de bérets par an !

Plus récemment, Rosabelle Forzy, présidente de Laulhère (58 salariés) précisait que la production, représentant 3,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018, était vendue pour un tiers au grand public, un tiers pour la haute couture et un tiers pour les armées.

La méthode de fabrication n’a pas changé : tricotage, remaillage, feutrage, teinture, enformage, ennoblissement, confection, bichonnage (sic). On le termine en cousant le cabilhòt, ou codeta ou codic. Aujourd’hui, une bordure intérieure en cuir permet de l’ajuster sur la tête. Et on ne met plus de liguèta pour en régler le tour de tête. « Un savoir-faire traditionnel, transmis de génération en génération, appuyé sur les progrès de la technologie puisque nous avons aussi beaucoup investi pour remettre à neuf la machine industrielle », précise la présidente.

Chaque béret passe ainsi, en deux jours, entre les mains de 15 à 18 employés. Le béret est vendu de 50 à 2000 euros, selon le modèle.

La fabrication du béret
La fabrication du béret

Les utilisations insolites du berret

Le berret peut être utilisé comme panier pour transporter les châtaignes ou les champignons, son contenu est alors appelé lo berretat.

Lo jòc deu berret
Lo jòc deu berret

La berretada a amusé nos prédécesseurs. Les écoliers empilaient les bérets et tournaient autour. Celui qui faisait tomber la pile reçoit une volée de coups… de bérets.

Lo jòc deu berret oppose deux adversaires, une main dans le dos, pour prendre un berret posé au sol.

Le berret se lance.  Un championnat de lancer de béret est organisé tous les ans à Biert (Ariège) depuis 2007. Et le championnat du monde (excusez du peu) a lieu  durant les fêtes de Dax depuis 2011.

Références

Histoire du béret basque à propos d’une étude récente, H. Gavel
Voyages de Léon Godefroy en Gascogne, Bigorre et Béarn, 1644-1646, Louis Batcave, 1899
Petite histoire du Béret basque, René Cuzaq, 2016




Max Linder, un Gascon vedette du cinéma muet

Max Linder, de son vrai nom Gabriel Leuvielle était Gascon. Il est né à Saint-Loubès en Gironde et fut l’une des plus grandes vedettes françaises du cinéma muet. Charlie Chaplin qui l’admirait s’en inspira pour créer son personnage de Charlot.

Dans la série des Gascons de renom avec Pierre Latécoère,  Jean BourdetteJean-Baptiste Sénac,  Guillaume Saluste du BartasAntoine de NervèzeSans MitarraJacques LacommeAlexis PeyretMarcel AmontIgnace-Gaston PardiesAndré DaguinJean LabordeJoseph du Chesne.

Une enfance gasconne

Extrait de l'acte de naissance de Gabriel Leuvielle le 16 décembre 1883 à Saint-Loubes (Gironde)
Extrait de l’acte de naissance de Gabriel Leuvielle (source : AD de la Gironde)

Gabriel Leuvielle est né le 16 décembre 1883 à Saint-Loubès, dans l’Entre-Deux-Mers. Ses parents étaient vignerons mais suite aux ravages du phylloxéra, ils confièrent Gabriel et son frère à leurs grands-parents et s’exilèrent en Amérique.

Max Linder n’est pas le seul grand personnage de Saint-Loubès. L’écrivain béarnais Paul-Jean Toulet vécut chez sa sœur, à Saint-Loubès, de 1912 jusqu’à son mariage à Guétary. Et Saint-Loubès, c’est aussi la patrie de René Labat (1904-1974), spécialiste français de l’Assyrie, et de Sophie Davant, née en 1963, journaliste et comédienne.

Le futur acteur étudia au lycée de Talence puis suivit les cours du conservatoire de Bordeaux. Forte tête, il se fit renvoyer. Il joua sous le nom de Max Lacerda. En 1904, il changea Lacerda en  Linder, nom d’une boutique de chaussures qu’il vit dans les rues bordelaises. Et il monta à Paris.

Grâce à un de ses anciens professeurs, il put jouer au théâtre de l’Ambigu et au théâtre des Variétés. Là, il fut remarqué par Charles Pathé. Il entra dans sa maison en 1905 pour faire du cinématographe.

Max Linder rencontre le succès 

Max Virtuose (1913)
Max Virtuose (1913)

Il fit carrière dans la comédie, et tourna plusieurs courts métrages. En 1910, il créa le personnage de Max, dandy élégant, hâbleur, séducteur et toujours mêlé à des aventures loufoques.

Max adopta un physique reconnaissable qu’il garda toute au long de sa carrière : costumes élégants, chapeau haut-de-forme, canne, gants-beurre et petite moustache.

Il tourna une centaine de courts métrages que, le plus souvent, il écrivait et réalisait lui-même. Parmi lesquels : Comment Max fait le Tour du Monde en 1910, Max victime du quinquina en 1911, Une idylle à la ferme en 1912, Le Duel de Max  en 1913, Max sauveteur en 1914 …

En fait, Max Linder porta haut l’esprit gascon, alliant une observation fine à la légèreté de l’expression, le réalisme au trufandèr ou au burlesque.

Max Linder, première star internationale

Charles Pathé (1863 - 1957) fait connaitre Max Linder
Charles Pathé (1863 – 1957)

Grâce aux encarts publicitaires de Pathé, il devint la première star internationale du cinéma, bien avant la période d’Hollywood. Il alla en Espagne, en Allemagne et en Russie. Ses voyages lui inspirèrent quelques films comme Max toréador.

La guerre de 1914 interrompit sa carrière. Gravement gazé au front, il fut réformé. Puis, en 1916, se pensant rétabli, il signa un contrat avec les Studios Essaynay de Chicago, créés en 1907, que son grand ami Charlie Chaplin (1889-1977) venait de quitter. Mais sa santé encore fragile le trahit et il ne tourna que trois films sur les douze prévus.

 

Il fit un séjour dans un sanatorium de Los Angeles et rentra en France pour se faire soigner chez lui. Un an plus tard, Raymond Bernard le fit tourner dans Le Petit Café, une comédie française muette en noir et blanc adaptée de la pièce de théâtre de son père, le grand romancier et auteur dramatique, Tristan Bernard (1866-1947).

L’étroit mousquetaire

Max Linder dans l'Etroit Mousquetaire en français ou the Three Must-Get-Theres en anglais
Max Linder dans l’Etroit Mousquetaire (fr) ou the Three Must-Get-Theres (en)

Max Linder repartit aux États-Unis en 1919, à Hollywood qui était devenu depuis quelques années le centre majeur de production cinématographique. Il tourna trois longs métrages en tant que producteur, scénariste, metteur en scène et principal interprète. L’Étroit Mousquetaire dans lequel il joua le personnage de d’Artagnan fut un immense succès, aux États-Unis comme en France.

Il y joua d’anachronismes comme les dames de compagnie de la Reine qui forment un orchestre de jazz ou Richelieu qui téléphone. Les personnages sont étonnants comme Milady de Winter, grosse dame traversant la Manche à la rame. Et, surtout, il montra toute sa technique pour ne faire surgir le gag qu’au dernier moment. Ce film est toujours considéré comme la meilleure parodie des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas. Il fut adapté en 1921 par Fred Niblo (1874-1948) avec Douglas Fairbanks (1883-1939).

Une fin tragique

Mariage de Max Linder et Ninette Peters
Mariage de Max Linder et Ninette Peters

Il menait une vie épuisante et sa gaieté cachait une neurasthénie chronique.  Il quitta les États-Unis  pour aller se reposer dans les Alpes. En 1921, à Chamonix, il rencontra Ninette Peters, âgée de 16 ans. Il l’enleva et l’épousa à Paris le 23 août 1923.

Sept mois plus tard, il fit une tentative de suicide. Tout y concourut : ses ennuis de santé, sa peur du néant, sa jalousie excessive… Et même l’arrivée du cinéma parlant. Il essaya d’entraîner sa femme dans la mort, mais Ninette réussit à sauver Max. Ninette était alors enceinte de cinq mois et leur fille, Maud naquit en juin 1924.

Malgré le succès de ses derniers films – au total, il tourna 500 films – et sa nomination à la présidence de la Société des Auteurs de Films, Max Linder abandonna tous ses projets. Il entra une fois de plus en dépression et demanda même le divorce.

Le 31 octobre 1925, on retrouva Max Linder et sa femme morts, dans un hôtel de la rue Kléber à Paris. Ils avaient pris du Gardénal et s’étaient tailladé les veines. Il avait 42 ans, elle en avait 20. Max avait mis ses affaires en ordre et prévenu ses amis. Il laissa à sa mort une lettre dans laquelle il disait : « Ma femme me demande de mourir ensemble. J’accepte. »

Max Linder reste dans les mémoires grâce à sa fille

Maurice Leuvielle en 1913 capitaine face à l'Angleterre
Maurice Leuvielle en 1913 capitaine face à l’Angleterre

Maud (1924-2017) est confiée à la garde du rugbyman Maurice Leuvielle, frère aîné de Max. Celui-ci dilapida une grande partie de l’héritage et enterra dans son jardin les bobines des films de son frère. Personne ne s’occupa de la mémoire de l’acteur et on l’oublia rapidement dans son propre pays.

Mathilde Peters, belle-mère de Max Linder, intervint et obtint la garde de Maud. Les deux familles se disputèrent, par procès interposé, et la garde de Maud et la fortune de Max Linder.

 

 

Maud Linder
Maud Linder

Maud Linder cherchera à comprendre qui était son père. Elle est l’auteur de deux films qui retracent sa vie et son œuvre à travers des extraits de films et des documents d’époque : En compagnie de Max Linder en 1963, et L’Homme au chapeau de soie en 1983. Elle complétera par un livre émouvant, Max Linder était mon père, en 1992, où elle pardonne enfin ce père et cette mère qui l’ont abandonnée.

Le premier Ciné Max Linder
Le premier Ciné Max Linder

Max Linder fonda en 1916 une salle de cinéma à Paris, le Ciné Max Linder que vous pouvez toujours fréquenter au 24 boulevard Poissonnière, Paris 9e. Vous la reconnaîtrez, elle s’appelle aujourd’hui le Max Linder Panorama et elle perpétue donc le souvenir de l’acteur.

 

 

Serge Clos-Versaille

 

Références

L’article Max Linder (1883-1925), le d’Artagnan du cinématographe, Michel Pujol, revue Vasconia, n° 8, 2007, p. 31.
L’article Max Linder sur Wikipedia
Max Linder était mon père, Maud Linder, Flammarion, 2003.
Max Linder, Maud Linder, Paris, Éditions Atlas, 1992.
La mort de Max Linder, revue de presse, La Belle équipe, 2015
Son père était Max Linder, interview Le soir, 1992




La peste et le vinaigre des quatre voleurs

La peste, ce fléau de l’humanité, a fait de grands ravages. Dès qu’un cas suspect se déclare, tous fuient les pestiférés. Tous ? Quatre voleurs semblent ne pas s’en soucier et pillent les maisons atteintes. Quel est leur secret ? Léo Barbé (1921-2013), fondateur du musée d’Art Sacré et de la Pharmacie de Lectoure, mène l’enquête…

Quatre voleurs pendant l’épidémie de peste

Une des sépultures multiples trouvées Rue des 36 Ponts à Toulouse datant probablement de la grande peste noire (1348)

La peste est un vrai fléau en Europe. Elle sévit un peu partout même si la Gascogne reste à l’écart : 1348 la Grande Peste Noire, 1534 Agen, 1599 Bordeaux, 1607 Toulouse, 1628, Toulouse.

L’épidémie de 1628 ira crescendo pendant trois ans. Une peste terrible qui fera 10.000 morts sur 50.000 habitants. C’est la peur… On se terre ou on essaie de fuir. Et puis, on meurt. … Pourtant quatre voleurs s’introduisent dans les maisons, dépouillent les cadavres sans crainte, vident les économies cachées.

Ces quatre voleurs, en parfaite santé, sont appréhendés et menés devant la justice. Le tribunal les condamne à être roués, châtiment normalement réservé à des assassins. Mais, on s’interroge. Comment ont-ils osé braver le fléau ? Alors les juges négocient. Et les quatre voleurs avouent leur secret contre un allègement de leur peine : ils seront pendus et non roués !

Cette histoire va rester dans la mémoire collective. Et la même histoire sera rapportée un siècle plus tard lors de la terrible peste de Marseille, en 1720.

Le supplice de la roue

Le supplice de la roue
Le supplice de la roue

Un supplice attesté depuis 1127, et précisé dans l’édit de 1534, signé par François 1er.  Les deux bras leur seront brisez et rompus en deux endroits, tant haut que bas, avec les reins, jambes et cuisses et mis sur une rouë haute plantée et élevée, le visage contre le ciel, où ils demeurerons vivants pour y faire pénitence tant et si longuement qu’il plaira à notre Seigneur de les y laisser, et morts jusqu’à ce qu’il soit ordonné par justice afin de donner crainte, terreur et exemple à tous autres.

L’écrivain parisien Louis Sébastien Mercier (1740-1814) décrit : Le bourreau frappe avec une large barre de fer, écrase le malheureux sous 11 coups, le replie sur une roue, non la face tournée vers le ciel , comme le dit l’arrêt, mais horriblement pendante; les os brisés traversent les chairs. Les cheveux hérissés par la douleur, distillent une sueur sanglante. Le patient, dans ce long supplice, demande tour à tour de l’eau et la mort. 

Le vinaigre protège les quatre voleurs de la peste

Le vinaigre des 4 voleurs - encore d'actualité ?
Le vinaigre des 4 voleurs – encore d’actualité ?

Le secret de nos voleurs, c’est un vinaigre qu’ils respirent et dont ils se lavent les mains avant leurs larcins, un vinaigre spécial qui les protège de la peste ! Léo Barbé a analysé sept formules appelées « vinaigre des quatre voleurs » qu’il a retrouvées dans des archives, dont une à Lectoure.

La base est le vinaigre considéré longtemps comme un antiseptique, auquel on ajoute des stimulants comme la rue, le camphre ou le romarin et ce que les Toulousains appellent le « délice des Gascons », c’est-à-dire l’ail. Enfin nos voleurs y ajoutent des toniques comme l’absinthe.

Ont-ils inventé leur vinaigre ? Léo Barbé penche plutôt pour l’utilisation de formules plus anciennes dont il trouve de nombreuses traces.

Les savoirs anciens

Les vinaigres sont connus et utilisés en particulier par les confesseurs, les infirmiers et autres personnes employées au service des pestiférés.

Albertus Magnus (ca 1200 - 1280), fresque de Tommaso da Modena (1332).
Albert le Grand, fresque de Tommaso da Modena (1332)

Léo Barbé évoque le « vinaigre des philosophes » mis au point par l’Allemand Albert le Grand, de son vrai nom Albrecht von Bollstädt (1200?-1280), patron des scientifiques. Il s’agit plutôt d’une « eau de vie », d’une distillation d’une eau tierce mercurique après putréfaction dans le ventre d’un cheval. Ce vinaigre devait être sacrément agressif et nous pouvons douter qu’on en ait bu sauf très mélangé ! En fait il y aurait une petite centaine de formules dont le vinaigre virginal, le vinaigre pontifical, le vinaigre de Vénus… Bref les vinaigres resteront une base extrêmement courante de la chimie médicale.

Paracelse (1493-1541), le grand médecin suisse, considère l’ail comme le meilleur remède pour éviter la peste. Ambroise Paré (1510-1590), père de la chirurgie moderne, le confirme dans son Traicté de la peste, de la petite verolle & rougeolle. Le Toulousain Jean de Queyrats (?-1642) le vante aussi dans Brief recueil  des remèdes les plus expérimentés pour se préserver et guérir de la peste.

Un autre Lectourois, grand chimiste et médecin, Joseph du Chesne (1546-1609), insiste dans La Peste Recognue Et Combatue Avec Les Plus Exquis Et Souverains Remedes Empruntez de L’Une Et de L’Autre Medecine : ie me ferais tort n’estant gascon comme ie suis, ie ne parlais d’une Thériaque commune en Gascogne, a scavoir des seuls aulx que le commun peuple aime, s’en repaist, qui s’en sert en diverses saulces comme d’une bonne nourriture qui le renforce et lui aiguise l’appétit. L’Ail en outre sert d’une médecine en tant qu’il est l’ennemy de toute vemine et corruption et voire servant d’antidotes à plusieurs venins

L’efficacité des traitements contre la peste

Médecin visitant les pestiférés (extrait du Traité de la peste du Sieur Manget (1721)

Il est très difficile de connaitre l’efficacité de ces traitements. Outre le manque d’étude statistique, les formules diffèrent selon le préparateur et les moyens de l’acheteur, certains ingrédients étant rares et chers.

En tous cas, les médecins sont au premières loges dans la lutte contre l’épidémie. Ils se protègent par un habit adapté. Le médecin Genévois, Jean-Jacques Manget (1652-1742) explique ces précautions prises dans son Traité de La Peste recueilli des meilleurs auteurs anciens et modernes. Le médecin porte une jupe, une culotte et des bottes en cuir, ajustées les unes aux autres. Par-dessus une blouse en cuir du Maroc. Enfin la tête est recouverte d’un espèce de masque où le nez se place à l’intérieur d’un bec d’oiseau plus ou moins long, empli de substances aromatiques qui purifiait l’air inhalé.

Le grand renfermement

La peste, outre les morts, jette dans les rues de nombreux mendiants. En 1632, à Toulouse, à la sortie de l’épidémie, la ville ne compte plus que 25 000 habitants et plus de 5 000 mendiants. Les excès de la fiscalité royale et les guerres aggravent encore la pauvreté et la délinquance. Une législation répressive se met en place afin de contrôler ces populations. A toute chose malheur est bon, dit-on, cela entraine la fondation de l’Hôpital Général.

Ainsi, à Toulouse, le 6 juillet 1647, les Capitouls ferment l’Hôpital Saint-Sébastien des Pestiférés et le transforment en Hôpital Général Saint-Joseph de la Grave. On y admet ou on y amène de force les mendiants, les voleurs, les filles publiques, les vieillards sans ressource, les enfants abandonnés et les fous de la ville.  C’est ce que Michel Foucault (1926-1984) appellera en 1961, le Grand Renfermement.

L’objectif affiché est généreux : soigner, nourrir, instruire et relever le niveau moral des pauvres.

Anne-Pierre Darrées

Pour lutter contre la peste l'Hôpital de la Grave (Toulouse)
Hôpital de la Grave (Toulouse)

Références

La cigale, la peste et les quatre voleurs, Léo Barbé, Société archéologique, historique, littéraire & scientifique du Gers, avril 1981
Le grand renfermement, Arnaud Fossier, 2002
épidémie à Lectoure
La grande peste de 1628 à Saint-Jean, mars 2016
La peste fléau majeur, Monique Lucenet,
L’image d’entête est une reproduction du Triomphe de la Mort par Pieter Brueghel l’Ancien, 1562 – Museo del Prado




Gaston, que veut dire Febus ?

Gaston, comte de Foix, vicomte de Béarn, choisit de s’appeler Febus. Pourquoi ce surnom ? Beaucoup de légendes l’entourent. Faut-il les croire ? Certains, comme Pierre Tucoo-Chala, historien de référence pour ce seigneur, ont enquêté.

Surnom ou numéro, reconnaitre le seigneur

Charles le cinquième dit le Sage
Charles le Cinquième dit le Sage (1338-1380)

Pas facile aujourd’hui de s’y reconnaitre dans les noms avant Charles (1338-1380) qui décida de s’appeler Charles le V. Car on ne numérotait les prénoms ni des seigneurs, ni des rois. Par exemple, Gaston, comte de Foix était fils de Gaston, comte de Foix. Et Gaston a eu un fils nommé Gaston… À titre d’exemple d’utilisation des seuls prénoms, le traité d’Orthez (1379), est passé entre Monsenhor Johan per la gracia de Diu, comte d’Armagnac, de Fezensac, […] e Mossen Gaston, per la gracia medisssa, comte de Foix, et Gaston son filh leayau et naturau… / entre Monseigneur Jean par la grâce de Dieu, comte d’Armagnac, de Fezensac, […] et Monseigneur Gaston, par la même grâce, comte de Foix, et Gaston son fils loyal et naturel…

Mais peu importe puisque les contemporains savaient de qui il s’agissait. Parfois tout de même, le roi, les courtisans, le peuple leur donnait un surnom de leur vivant ou après leur mort. Charles (839-888) aurait été surnommé Le Gros, trois siècles plus tard !

Gaston (le troisième comte de Foix) a simplifié la chose en choisissant lui-même son surnom, Febus. Il écrit dans son Livre de chasse : je Gaston, par la grace de Dieu, surnommé Febus, comte de Foys, seigneur de Bearn…

Febus et pas Gaston Febus

Febus prologue du Livre de la Chasse
Gaston Febus, Livre de chasse – Prologue – BnF (fin du XIVe siècle)

On ne trouve pas d’écrit d’époque avec les termes « Gaston Febus ». C’est toujours Gaston tout court, Febus tout court, voire « Gaston surnommé Febus ». Par exemple, il écrit : Ci commence le prologue du libre de chasse que fist le comte febus de Foys seigneur de Béarn (en rouge dans le manuscrit).

Ce surnom, il l’utilise aussi pour sa devise Febus aban, ou pour le florin d’or qu’il fait frapper.  La piécette de moins de 4 grammes représente saint Jean-Baptiste. Une fleur de lys florencée, entourée des lettres Febus comes, orne le revers. De même, grand bâtisseur, il fera graver Febus me fe / Febus me fit, sur ses châteaux.

1358, la naissance de Febus ?

Febus est fait chevalier de l'ordre Teutonique au château de Marienbourg en 1358
Febus est fait chevalier de l’Ordre Teutonique au Château de Marienbourg en 1358

On pense que c’est en 1358 qu’il choisit ce surnom. En effet, il se passe cette année-là des choses importantes pour ce seigneur.

En 1357, alors qu’une trêve entre les Anglais et les Français assure un moment de répit, le Grand Maitre de l’Ordre Teutonique fait appel aux nations de l’Occident pour combattre les infidèles. Aussitôt, Gaston part en Prusse avec quelques compagnons. Il est à la tête d’une notabla armada, selon l’archiviste Michel de Verms (XVe siècle). Peut-être un peu trop notabla car le comte devra emprunter 24 000 écus d’or à des marchands de Bruges : Ajam grandament despendut / nous avons grandement dépensé, dit-il lui-même.

Le livre de chasse, folio 85 - - comment le bon veneur doit chasser et prendre le renne
Le livre de chasse, folio 85 – « Comment le bon veneur doit chasser et prendre le renne »

Dans cette croisade, il fec grans armas, assalts et estorns et sa gloire s’étend. Pourtant son appui aux Teutons ne durera qu’à peine quatre mois. Il va profiter de sa présence dans le nord pour s’adonner à sa passion, la chasse. Ainsi, il quitte la croisade pour aller chasser une bête qu’il nomme lo rongier / le renne, en Lituanie et en Poméranie. Un animal qu’il décrit dans Des desduitz de la chasse aux bestes sauvages. Certaines mauvaises langues ont même dit que Gaston était parti dans ces lointaines contrées plus pour chasser que pour combattre les païens…

En tous cas,  Miégeville, dans sa Chronique des comtes de Foix, rapporte ces vers :

Quand fi en Prucia lo passatge
Contra cels de Sarasine
Per mantenir dels Crestias lo droit usatge.
Febus me fi nommar
Quand je fis en Prusse le passage
Contre les Sarrasins
Pour maintenir aux Chrétiens le droit d’usage
Febus je me fis nommer

Il aurait donc alors choisi son surnom.

Le retour de Prusse, Febus aban!

Chroniques sire JEHAN FROISSART - Le massacre des Jacques à Meaux, en 1358 BnF – département des manuscrits
Chroniques de sire Jehan FROISSART – Le massacre des Jacques à Meaux, en 1358 – BnF

En rentrant chez lui, à Chalons sur Marne, Gaston apprend le soulèvement des Jacques (paysans).

Les duchesses de Normandie et d’Orléans sont enfermées à Meaux avec 300 suivantes. Avec son cousin, le captal de Buch, et 40 lances, ils libèrent ces dames, brûlent Meaux et ramènent les belles à Paris.

Un fait qui renforce sa notoriété, d’autant plus que Froissart précise dans ses Chroniques que n’eussent été ces deux chevaliers, les dames eussent été violées, efforcées et perdues, comme grandes qu’elles fussent.

La signature de Febus du 16 avril 1360
La signature de Febus du 16 avril 1360

Febus est auréolé de gloire. Le surnom lui convient. Parmi les textes qui nous sont parvenus, la signature Febus apparait pour la première fois le 16 avril 1360, lors de la nomination d’un garde-forestier. Ça y est. Gaston est bien devenu Febus.

Quelle est la signification du surnom ? Pourquoi l’a-t-il choisi ? Aucun écrit d’époque ne nous le révèle.

Febus le brillant ?

Au XVIIIe siècle, l’historien Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye fait un lien entre le surnom de Louis XIV, le roi soleil, qui se référait à Apollon et au soleil, et celui de Gaston comte de Foix. En effet Febus c’est, en grec ancien, le nom d’Apollon et il veut dire le brillant. D’ailleurs, le dictionnaire de la langue des troubadours de 1840 précise : Febus, s.m., lat. phoebus, Phébus. Apelavo’l Febus que vol dire bel. […]  L’appelaient Phebus qui veut dire beau.

Gaston Febus
Gaston Febus (extrait du livre de chasse, folio 51v)

Certains ont écrit que le surnom Febus était lié à sa chevelure de flamme qu’il laissait libre puisqu’il ne portait de chaperon, comme l’écrit Froissart, confirmé par les illustrations du Livre de chasse. En 1864, J-M Madaune se demande dans son livre, Gaston Phébus, comte de Foix et souverain de Béarn, si Gaston Phebus doit se traduire par Gaston le brillant ou si ce n’est qu’une trouvaille de troubadour.

Portés par le romantisme, G. Bellanger écrit en 1895 ans la revue de la société des études historiques (tome XIV) : le jeune Gaston III avait reçu dès l’enfance ce surnom de Phébus; il le devait selon les uns à sa beauté, suivant les autres à la beauté de sa chevelure.

Cette appellation de comte soleil pourrait donc bien être un effet de mode !

Febus le chasseur

Peyre de Rius, le troubadour de Febus a écrit un poème sur le comte Febus où il précise clairement les passions du seigneur : Armas, amors e cassa. Trois offices que se reconnait le comte. Mes du tiers office, de que je ne doubte que j’aye nul mestre, combien que ce soit vantance, de celuy vouldray je parler : c’est de chasse… [C’est du troisième office, dont je doute d’avoir eu nul maître, si vaniteux que cela semble, que je voudrais parler, c’est-à-dire de la chasse].

Le livre de chasse, folio 47v - du chien courant et de toute sa nature
Le livre de chasse, folio 47v – du chien courant et de toute sa nature

Gaston a une passion pour la chasse qu’il considère comme une philosophie de vie où l’homme est face à lui-même, ses capacités, ses limites, ses peurs… en-dehors de toutes les tricheries humaines.  Et le comte est reconnu par ses pairs comme un grand chasseur.  Il a 1400 à 1600 chiens de plusieurs races et plusieurs pays. On lui offre des chiens. Froissart vient avec, pour présent, quatre lévriers d’Angleterre que Gaston va nommer Tristan, Hector, Brun et Rolland. Ce qui démontre d’ailleurs sa culture.

La maîtresse avec qui Gaston entretiendra une longue liaison, est  Catherine de Rabat, en Ariège, dont il a quatre fils naturels : Garcia de Béarn, vicomte d’Ossau, Peranudet de Béarn, mort jeune, Bernard de Béarn, et Jean de Béarn appelé aussi Yvain de Foix. Gaston et Catherine partagent le goût de la chasse et des chiens.

Ainsi, il est fort probable que c’est sa grande partie de chasse en Scandinavie qui inspire à Gaston son surnom Febus. Et rêvons un peu. Gaston avait peut-être comme Febus/Apollon la beauté, le goût des arts (le dieu est le conducteur des neuf muses) et de la chasse.

Anne-Pierre Darrées

Références

Louis I, II, III… XIV… L’étonnante numérotation des rois de France, Michel-André Levy, 2014
Origine et signification du surnom de Gaston III de Foix dit Febus, P. Tucco-Chala
Gaston Phoebus en Prusse 1357-58, F. Pasquier
Chroniques des comtes de Foix composées au XVe siècle, Arnaud Esquerrier et Miégeville
Chroniques, Jean Froissart, pp. 377-378 Comment le comte de Foix, le captal de Buch et le duc d’Orléans déconfirent les Jacques, et puis mirent le feu en la ville de Meaux
Lexique roman ou dictionnaire de la langue des troubadours, tome 3 D-K, M. Raynouard, 1840
Autre bibliographie sur Febus