Les Ligues campanèras en Comminges
La Sainte-Ligue plonge le Comminges dans les guerres de Religion : fidélités catholiques, ambitions espagnoles et résistance des communautés s’y entremêlent.
La Sainte-Ligue
Le roi de France Henri III, qui règne de 1578 à 1589, n’a pas d’enfants et il n’y a pas d’héritier au trône des Valois en dehors d’Henri III de Navarre. Mais il est protestant, ce qui est inacceptable pour bon nombre de princes qui se prennent à rêver au trône de France pour leur propre compte.
Un parti de catholiques décide de protéger la religion catholique contre les protestants. C’est la Sainte-Ligue, commandée par le duc Henri de Guise (1550-1588). Il obtient le soutien financier du roi Philippe II d’Espagne.
L’assassinat d’Henri de Guise, commandé par le roi de France, provoque un tollé général. C’est le début d’une guerre civile (1585 à 1598) qui s’atténue progressivement et prend fin avec l’abjuration d’Henri IV de France de sa foi protestante en 1593 et son sacre en 1594.

Les troubles touchent la Gascogne

Urbain de Saint-Gelais, évêque de Comminges de 1580 à 1613, anime la Sainte-Ligue. Ainsi, il participe au soulèvement de la Guyenne pour Henri de Guise. Il est même l’ambassadeur de la Ligue de Guyenne auprès de Philippe II d’Espagne.
Toutefois, il attend vainement, pendant 10 ans, le secours d’une armée espagnole qui doit passer par le val d’Aran et le Comminges pour soutenir les catholiques. Philippe II d’Espagne se contente d’un soutien financier aux Ligueurs.

Cependant, Urbain de Saint-Gelais s’attire la fidélité des Commingeois en défendant les traités d’assistance et de défense des « lies et passeries » entre vallées espagnoles et françaises. À la suite d’une délégation du val d’Aran (qui fait partie de l’évêché de Comminges), l’évêque prend soin de faire confirmer ces traités par Henri III.
En 1589, alors que Henri de Navarre devient roi de France sous le nom d’Henri IV, les États de Comminges réunis à Salies se rallient à la Sainte Ligue. Cette décision traduit l’engagement d’une partie des élites et des communautés commingeoises dans la défense du catholicisme.
L’espoir d’une intervention espagnole
La Ligue de Guyenne et l’Espagne concluent un traité d’assistance à Borg (Bourg-sur-Gironde).
Pour faire face à l’armée que commande le frère d’Henri IV, les Ligueurs demandent un renfort de fantassins et de cavaliers à l’Espagne. Urbain de Saint-Gelais propose de les faire passer par le val d’Aran, puis par le Comminges, et arrivés sur la Garonne, de se tourner vers Bordèu puish Tolosa (Bordeaux puis Toulouse). Il propose de lever 12 000 hommes en renfort. Et des vivres sont disposés sur les étapes. Ce sont naturellement les États du Comminges qui paient le tout !
Or, Philippe II envoie déjà des soldats en Bretagne et en Languedoc. Pour la Gascogne, il reste prudent et demande la réunion d’États généraux de la Ligue pour cautionner l’affaire. Ils se réunissent à Gimont le 25 mai 1590.

Finalement, il réunit une armée en Aragon tandis qu’Urbain de Saint-Gelais s’assure des châteaux de Saint-Béat et de Cier-de-Luchon pour faciliter son passage. Mais, une révolte en Aragon laisse l’armée sur place. Les opérations en Comminges n’ont pas lieu.
Philippe II envoie tout de même deux escadres de sa flotte faire le siège de Blaye de 1592 et 1593. Et il continue à financer la Ligue.
Les protestants prennent l’évêque pour cible. De retour d’une nouvelle ambassade à Madrid et d’une visite pastorale dans le val d’Aran, des troupes béarnaises manquent de le prendre dans le défilé de Sent Beath (Saint-Béat). Lors d’un voyage à Agen, une autre troupe l’attaque. Le combat est rude et l’évêque en réchappe de justesse. Décidément, la Gascogne n’est pas sûre pour lui.
C’est à ce moment-là qu’en France, La Sainte-Ligue se divise en deux partis : celui des Ultras et celui qui attend la conversion d’Henri IV pour se rallier à lui.
Une situation complexe en Gascogne
Si le Comminges reste catholique, il est menacé par les Huguenots du comté de L’Isla de Baish, deu país de Foish, de Bigòrra e de Nebosan (l’Isle-Jourdain, du Pays de Foix, de la Bigorre et du Nebouzan).
Des villes comme Mauvesin, Toget, Leitora e Poicasquèr (Mauvezin, Touget, Lectoure et Puycasquier) sont aux mains des protestants. Des combats ont lieu pour les prendre ou les reprendre.

Le 10 février 1587, les Huguenots prennent Poimarin au ras de L’Isla de Haut (Puymaurin près de l’Isle en Dodon). Ils la rendent suite au versement d’une rançon de 6 000 écus. Alors, les États sont autorisés à démanteler la forteresse qui ne peut pas être gardée et qui pourrait servir de refuge aux adversaires. C’est aussi le cas des châteaux de Era Cava, Era Bastide de salat, Aurinhac o de Charlàs (Lacave, de Labastide-du-Salat, d’Aurignac ou de Charlas).
En 1592, on rassemble les milices commingeoises pour une expédition en Bigorre dont Henri IV est le comte. Le but est d’installer la Ligue à Tarba (Tarbes). Les ravages sont terribles.
Les Huguenots se financent par des pillages, des vols, des attaques des trésoriers du roi. Ceux du comté de Foix ravagent le Couserans. Le capitaine Sus prend Sent Bertran de Comenge (Saint-Bertrand de Comminges). Samatan est prise et rançonnée. Une tentative contre Sent Líser (Saint-Lizier) échoue. En résumé, de 1589 à 1591, les armées des deux camps courent de place en place.
L’Espagne est menacée
Les Béarnais font une excursion armée en Espagne par le val de Téna et se dirige sur Jaca. Mais, les destructions iconoclastes auxquelles ils se livrent, mécontentent les populations qui se croyaient protégées par les traités des lies et passeries. C’est un échec.
Enfin, avec la conversion d’Henri IV, la situation se retourne. Pourtant, ce sont maintenant les troupes françaises qui menacent l’Espagne. Et une invasion est même à l’ordre du jour. On réunit une armée en Béarn pour passer par les vallées de Bielsa et de Broto. De même, on réunit une troupe à Sarrancolin. Mais, le plan d’invasion de l’Espagne est éventé. C’est un échec.
Les Ligues campanèras
Les Ligues campanèras sont des syndicats de communautés appelés ainsi car elles ne concernent que les campagnes.
C’est Urbain de Saint-Gelais qui suscite la première Ligue campanèra dans les communautés de montagne, autour de Fronsac (châtellenie des Frontignes) pour veiller au respect des traités de lies et passeries entre les vallées espagnoles et françaises, notamment en s’avertissant mutuellement du passage de troupes.
Très vite, elle évolue et met sur pied des milices armées pour se défendre contre les exactions des troupes de passage. Elle fait tache d’huile et 28 communautés de la plaine autour de Siadors, Era Espuga e Sent lop de Comenge (Ciadoux, Lespugue et de Saint-Loup) créent une Ligue semblable pour « seiendre capables de réduyre les gens volleurs et hommes de maulvayse vye, en grandz nombres. [qui] commettent plusieurs meurtres, sacrilèges, raptz, voleries et aultres crimes exécrables, au grand détriment et ruyne de tout le peuple ».

Au mois d’octobre, le Parlement de Toulouse autorise la Ligue et lui permet même de lever un impôt spécial destiné à se procurer des armes pour équiper les miliciens. Dès lors, d’autres communautés créent des Ligues campanèras en Astarac, en Magnoac et en Rivière-Verdun.
Les délégués, nommés par chaque Ligue, ont même leurs entrées aux États de Comminges pour connaitre leurs décisions.
En 1593, les Ligues campanèras se réunissent à Bolonha (Boulogne) pour créer une « Confédération campanelle » à laquelle les communautés montagnardes sous influence de l’évêque ne participent pas.
Les Ligues se rallient progressivement à Henri IV. Le 15 juin 1594, elles se réunissent pour prendre d’assaut Sent-Gaudenç (Saint-Gaudens) puis Sent Bertran de Comenge. L’évêque faire mine de se soumettre.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
LESTRADE, « Les Huguenots en Comminges », Archives historiques de la Gascogne, 1900.













