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L’art roman en Gascogne

La Gascogne compte de nombreux édifices, souvent religieux, de l’époque préromane ou romane. Éparpillés dans les villages, on n’y prête guère attention. Pourtant, ils sont la marque d’une époque lointaine et méconnue. Nous vous en livrons quelques clés.

Qu’est-ce que l’art roman ?

Charles de Gerville (1769-1853) "inventeur" de l'art roman
Charles de Gerville (1769-1853) « inventeur » de l’art roman

Le terme d’art roman a été inventé en 1818 par Charles de Gerville (1769-1853) qui s’intéresse à l’architecture (il fera l’inventaire de près de 500 églises de la Manche). Il choisit le terme de « roman » car cet art coïncide avec la période où les langues romanes commencent à se dégager du latin.

L’art roman nait en Italie. Il se répand dans toute l’Europe entre le IXe et le XIIe siècle.

L’art roman se caractérise par des innovations techniques apportées aux constructions. Les piles (ou piliers) remplacent les colonnes romaines et peuvent supporter plus de poids. De ce fait, les voutes en plein cintre (demi-arc de cercle) se généralisent. Pour supporter leur poids, les édifices romans ont des murs épais, de petites ouvertures et parfois des contreforts.

Arthous - abside et absidiole
Arthous – abside et absidiole

Des absidioles apparaissent pour compléter l’abside (parte située derrière l’autel). Ce sont des petites chapelles donnant sur le déambulatoire (circulation entre le chœur et les absidioles). L’abside, le déambulatoire et les absidioles constituent le chevet d’une église.

Les chapiteaux des colonnes s’agrandissent et sont décorés de motifs géométriques ou historiés. Les baies de petite dimension s’ornent de vitraux de verre clair ou sans couleur, bordés de motifs floraux.

Crypte de Madiran
Crypte de Madiran

Les cryptes aménagées sous le chœur pour recevoir la sépulture d’un saint, deviennent plus grandes et comportent plusieurs nefs ouvertes les unes sur les autres. On parle de crypte-halle.

En Gascogne, l’art roman ne fait son apparition qu’à partir du XIe siècle. Pourquoi si tard ?

Un éveil tardif à l’art roman

Saint-Just de Valcabrère
Saint-Just de Valcabrère (31)

Entre le VIe et le Xe siècle, on ne sait pratiquement rien sur la Gascogne. Les Vascons règnent en maitres. Les seuls textes connus sont écrits par des chroniqueurs du nord de la France qui racontent les difficultés rencontrées par les Mérovingiens ou les Carolingiens pour soumettre le pays. Les Vascons nous sont présentés comme des sauvages.

On ne connait pas de constructions monumentales réalisées par les Vascons. Il semble même que les monuments laissés par les Romains ne soient pas entretenus et tombent en ruines.

L’ouverture

Eglise de Saint-Aventin - réemplois
Eglise de Saint-Aventin (31)- réemplois

La Gascogne s’ouvre aux influences extérieures avec la dynastie des Sanche. Sanche-Mitarra d’abord, puis son fils Garsie-Sanche (vers 893 à 920), inaugure une politique de mariages avec les états voisins : ses filles Acibella épouse le comte d’Aragon et Andregeto celui de Bordeaux. Plus tard, Guillaume-Sanche épouse Urraca, fille du roi de Navarre.

À partir du XIe siècle, l’Eglise se restructure, crée les paroisses et bâtit églises et monastères. De cette époque, Michel Gaborit de l’Université de Bordeaux a recensé 70 édifices dans le Gers, 80 en Gironde, 25 dans les Landes, 12 en Lot et Garonne, 20 dans les Pyrénées-Atlantiques.

Les bâtiments sont construits en moellons taillés à l’antique ou prélevés sur des villas romaines en ruines. On y retrouve beaucoup de pierres de réemploi (cippes, bas-reliefs, stèles, etc.), notamment dans les environs de Luchon.

Eglise en terre de Saint Jayme en Astarac
Eglise en terre de Saint Jaymes en Astarac (32)

On compte aussi quelques bâtiments en terre dont il reste trois exemples en Astarac, à Magnan ou à Saint-Michel. Les briques de terre sont couramment utilisées dans la construction de bâtiments en Astarac.

Les églises de cette époque, que l’on qualifie de préromane, sont presque toutes à nef unique charpentée et dépourvue de décors.

C’est dans ce contexte d’ouverture politique et culturelle que l’art roman se diffuse en Gascogne.

L’art roman en Gascogne

L’essor des constructions de monastères et d’églises est, pour l’essentiel, l’œuvre des grands féodaux de Gascogne : duc de Gascogne, comte de Bigorre, vicomtes d’Armagnac, d’Astarac ou de Fezensac, etc. Monastères et églises restent sous l’influence de la famille des fondateurs qui nomme les abbés et perçoit les bénéfices.

À l’exception de trois abbayes de la région bordelaise, monastères et églises ne dépendent d’aucune influence extérieure (Fleury, Morimond, Clugny, etc.). Ce n’est qu’à la fin du XIe siècle que Saint-Victor de Marseille et Cluny parviennent à s’implanter en Gascogne.

St-Aventin
St-Aventin (31)

Le XIe siècle est aussi la période de développement du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.

Dans ces conditions, malgré une ouverture politique initiée par les ducs de Gascogne, ce n’est qu’avec retard que la Gascogne s’ouvre aux influences extérieures et à l’art roman.

On ne connait pas d’ateliers d’artistes gascons. La plupart des bâtisseurs et des artistes viennent d’autres régions. Ils importent des éléments d’architecture ou de décor. Des éléments de l’art roman de la région toulousaine (Saint-Sernin) se retrouvent dans les églises de l’Agenais. Des éléments de l’art roman d’Aragon et de Navarre se retrouvent dans les églises du piémont des Pyrénées.

Les églises de la vallée du Larboust, au-dessus de Bagnères de Luchon, sont un témoignage de l’art roman de la première époque.

Caractéristiques des chapiteaux en Gascogne

On rencontre trois grandes écoles d’art roman en Gascogne. Elles diffèrent par le décor employé sur les chapiteaux.

Villenave-d'Ornon - Eglise Saint-Martin - Chapiteau de la nef nord
Villenave-d’Ornon (33) – Eglise Saint-Martin – Chapiteau de la nef nord

 

Dans la région de Bordeaux, les décors de l’art roman se caractérisent par des éléments simplifiés et par leur répétition de formes identiques. Ce sont des motifs géométriques (lignes parallèles horizontales ou opposées en chevron), des damiers ou des billettes. On rencontre parfois des torsades, un décor végétal (pommes de pin) ou d’animaux stylisés.

 

Les entrelacs de Saint-Lizier
Les entrelacs de Saint-Lizier (09)

 

 

 

Dans la Gascogne centrale et orientale, les décors romans de figures simplifiées sont rares. On rencontre plutôt des entrelacs (un ou deux anneaux entrelacés), des tresses (trois rubans enlacés) et des rinceaux de feuillage. On y retrouve aussi des décors végétaux, comme des arbres ou des grappes de raisin, et des palombettes (petites colombes). Les chapiteaux sont plus volumineux et peuvent donc supporter des décors plus riches.

Daniel et les lions de St Sever
Daniel et les lions de St Sever (40)

Dans le reste de la Gascogne, les décors romans sont plus riches et couvrent la totalité du chapiteau. On y trouve beaucoup de feuilles labiées. On y rencontre des oiseaux groupés par deux avec leurs têtes accolées en angle. Enfin, les décors historiés sont très nombreux. Autour d’Agen, les thèmes évoquent le péché et sa punition par les lions. Autour de Dax, les thèmes racontent l’histoire de Daniel, de Saint-Jean-Baptiste, etc.

Les chrismes, tympans et autres formes d’art roman

Comme en Espagne, les Gascons hésitent à représenter le Christ dans son humanité.

Saint-Béat - Chrisme au dessus du portail
Saint-Béat (31) – Chrisme au dessus du portail

On préfère utiliser des symboles comme le monogramme du Christ (XP en grec), l’alpha α et l’oméga ω (le commencement et la fin de toute chose). Ces symboles forment un chrisme.

Au début du XIIe siècle, apparait la sculpture sur les portails qui marquent la frontière entre le profane et le sacré. Le premier tympan est celui de Saint-Sernin de Toulouse qui illustre l’ascension du Christ.

L’art roman en Gascogne ne se limite pas aux monastères et aux églises. Les châteaux construits à cette époque présentent des voutes romanes ou des éléments de décors romans : donjon primitif du château de Mauvezin, donjon de Bramevaque, etc.

Beatus - La vision de Daniel
Saint-Sever (40) – Beatus – La vision de Daniel

 

L’art roman, c’est aussi les magnifiques manuscrits enluminés. Le Béatus de Saint-Sever est le seul manuscrit connu en Gascogne.

 

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Les débuts de la sculpture romane dans le sud-ouest de la France, abbé Jean Cabanot, Editions PICARD, 1987.
Gascogne romane, abbé Jean Cabanot, édition du Zodiaque, 1978
La sculpture romane aux XIe et XIIe siècles en Gascogne centrale : un état de la question, Christophe Balagna, 2018




Les jeux gascons du XXIe siècle

Faut-il parler d’arreviscolada (résurrection) pour les jeux traditionnels de Gascogne ? Cela semble bien timide, pourtant certains Gascons se passionnent pour le trad’athlon.

Les jeux d’habileté

La Gascogne, comme bien d’autres pays, aime les jeux d’habileté. Ils sont nombreux même s’ils sont plus ou moins connus de nos jours.

La pétanque
La pétanque

La petanca (pétanque) par exemple nous serait arrivée de Provence. Ce jeu est une évolution du jòc de bola (jeu provençal, appelé aussi les trois pas ou la longue) due à Jules Hugues en 1907.  À cause de ses rhumatismes, il en changea les règles pour pouvoir continuer à y jouer. Désormais, il jouera los pès tancats (les pieds serrés, posés sur le sol).

La pelote basque
La pelote basque

De façon générale, los jòcs de bala (les jeux de balle) sont courants. Les plus connus sont sûrement ceux de nos voisins :  le tambornet (tambourin) languedocien et la pelote basque. À ce propos, un joueur légendaire, Jean Erratchun (1817-1859) était surnommé Gaskoïna (le Gascon) car sa famille était originaire du village navarrais La Bastide Clairence (64). Refileur au rebot, il gagna un défi célèbre à Irun le 9 août 1846. Christian d’Elbée, un autre joueur, raconte : « Après une égalisation entre les deux camps, Gaskoïna finit la partie par un coup admirable après avoir pris la pelote à la volée ou vite après le bond. Comme Gaskoïna marchait pieds nus, des témoins affirmaient que les Espagnols lançaient sur la place des petits clous de sabot, sans arriver à le décourager. »

Karl Witkowsi (1860 - 1910) - Las canicas
Karl Witkowsi (1860 – 1910) – Las canicas

Plus tranquille, les canicas (billes) occupaient les enfants et pouvaient être couplées au cibòt (à la toupie). On met des billes dans un cercle et chacun à tour de rôle lance la toupie qui devra faire sortir le maximum de billes du cercle.

Les jeux d’adresse ou de force

La craba, ou jeu de la chèvre est un jeu pratiqué en Bigorre. On trouve le même jeu sous le nom de Vira Bartolh dans les Landes. Il s’agit d’un jeu d’adresse. Un bâton est posé perpendiculairement sur un autre. Avec un troisième bâton, on le fait décoller et on le frappe pour l’envoyer le plus loin possible.

Divers jeux permettaient de monter sa force. Le plus sauvage est peut-être le jeu de trucassèrs, un sport aimable où l’on se bat à coup de trique ! Les habitants de Panjas dans le Gers étaient réputés pour y être très forts.

Les jeux de quilles

Les Gascons ont plusieurs jeux de quilles dont trois particuliers.

Les quilles au maillet / Las quilhas au malhet

Ce serait un vieux sport datant de l’Antiquité. En tous cas, lo noste Enric (Henri IV) et son fils, Louis XIII, aimaient bien y jouer. Plus tard, en 1816, un maire du Gers, excédé, interdit aux aubergistes et cabaretiers d’organiser les jeux de quilles en soirée, car cela entrainait des bagarres peu goutées par les habitants. Aujourd’hui, ce jeu reste présent en Bas Armagnac, dans une partie des Landes, en Haute-Garonne et en Ariège.

Le quilhaire (joueur de jeu de quilles) doit faire tomber des quilles avec un malhet (maillet). Les quilles sont des cylindres en bois,  trois font 50 cm de haut et les trois autres, 55cm. Le maillet, lui, en forme de bouteille, mesure 30 cm de long et 7 cm de diamètre. L’objectif est d’abattre les quilles sauf une qui doit rester debout, n’importe laquelle, ce qui permet de gagner 1 point. Attention, la chute des six quilles annule le jet !

En 1992, les quilles au maillet rejoignent la Fédération Française de Bowling et de Sport de Quilles.

Un jeu gascon : le jeu de quilles au maillet
Jeu de quilles au maillet

Lo rampèu ou le rampeau d’Astarac

Un jeu de l'Astarac : le rampeau
Le rampeau

Le joueur, situé dans une zone de tir, doit faire tomber le plus de quilles possible avec un maillet. Six quilles sont disposées en T. S’il fait tomber les six quilles, il a fait rampèu ! Le maillet fait 30 cm et pèse dans les 800 g. Le joueur a droit à 3 parties de 10 lancers.  Le gagnant est celui qui marque le plus de points (1 point par quille tombée).

En fait, ce jeu est ancien. L’archevêque d’Auch, François de Serret de Gaujac, écrit en 1756 : le maître d’école d’Audignon est violent, pas assidu à ses cours alors qu’il n’hésite point à jouer au jeu public du rampeau.

Plus proches de nous, les lundis de Pâques, les allées de Mirande grouillaient de joueurs de rampèu. Et le Landais Félix Arnaudin (1844-1921) raconte :  Il n’était pas rare autrefois, dit-on, de voir d’enragés joueurs s’y acharner, l’excitation du vin aidant (c’est du vin que l’on jouait toujours), deux, trois, quatre jours durant, sinon même de pinte en pinte et de revanche en revanche, la semaine tout du long.

Le palet gascon

François Rabelais (1483?-1553) faisait déjà jouer le jeune Gargantua à des palets géants, car ce jeu se joue un peu partout. Plusieurs mégalithes en France seront d’ailleurs appelées le palet de Gargantua.

Le jeu du palet gascon
Le palet gascon

Le palet gascon serait né dans le Gers actuel. Il était très en vogue au XVIe siècle. En 1956, le préfet du Gers l’interdit parce qu’on y misait de l’argent. En 1985, il revient, et le comptage des points remplace l’argent.

Avec deux palets en acier de 10 cm de diamètre et 400 g de poids, le paletaire (joueur de palet) fait tomber le quilhon (quille légèrement conique) sur laquelle sont placées 3 pièces de monnaie. Le nombre de points dépend des positions des pièces. Elles doivent être plus près d’un palet que du quilhon.

Le premier championnat du monde de palet gascon s’est déroulé le 15 août 1990 à Vicnau-Lialorès (commune de Condom). Depuis, tous les ans, le 15 août, plus de cent-cinquante joueurs participent au championnat du monde. Les participants viennent de Gascogne, d’autres régions de France comme la Bretagne, la Picardie ou la Vendée, et aussi de pays comme l’Espagne, l’Italie, ou la Belgique.

Le dernier concours a eu lieu à Vic-Fezensac (Gers). Continuera-t-il ? Hélas, ce n’est pas sûr !

Le Trad’athlon Gascon

Henri Denot, champion 2021 du Tradithlon
Henri Denot, champion 2021 du trad’athlon

Quoi de plus naturel que de réunir les trois jeux traditionnels de Gascogne dans un concours, le trad’athlon.

En 2021, les champions sont l’indétrônable Henri Denot d’Aire-sur- l’Adour et Anne Marie Pinto.

Pour tester ces jeux, les jeunes peuvent désormais utiliser la carte passerelle sport scolaire-sport en club. En particulier, des clubs permettent de faire des essais gratuits sans même prendre de licence.

Vivent les quilles !

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Quilles, boules, bâtons, Go to the future
Sports traditionnels occitans : le Tambornet [Pratique sportive]
« La Pétanque », Historia,‎ , Charles Giol, p. 83
Las canicas e lo cibòt, Miquèu Baris
Le rampeau de l’Astarac
Jeux traditionnels
Choses de l’Ancienne Grande-Lande, Félix Arnaudin, 1921
Sports dans les Hautes-Pyrénées – Les quilles de neuf

 




Le lin en Gascogne

De tous temps, le lin se cultive pour ses fibres qui permettent de tisser du linge ou des vêtements. Chaque famille en semait pour ses besoins domestiques. Supplanté par les fibres synthétiques, le lin connait un timide renouveau.

La fabrication du linge et des vêtements

Linum_usitatissimum ou Lin cultivé
Linum_usitatissimum

Culture particulièrement adaptée au sol et au climat du piémont pyrénéen, le lin se plante pour satisfaire les besoins familiaux en linge et en vêtements. Quelques artisans manufacturiers confectionnent des articles pour le compte des familles.

Toute la famille participe aux longs travaux de semis, d’arrachage et de préparation de la fibre de lin. Vieillards et enfants sont mis à contribution pour préparer le fil que les femmes tissent en hiver, saison morte pour les travaux des champs.

Sur la Glèbe, Joseph de Pesquidoux

Jean-François Millet (1814-1875). Le brisage du lin
Jean-François Millet (1814-1875). Le broyage du lin

Dans Sur la Glèbe, Joseph de Pesquidoux écrit :

« Je regrette de n’avoir pas à parler du lin. On n’en fait plus. Chaque métairie autrefois possédait ses planches de lin, et, partant, ses draps et ses torchons, son linge. Rude d’abord, il devenait souple à l’usage, moelleux au toucher, doux au corps. Au printemps, alors que presque toutes les fleurs naissantes sont jaunes, il frémissait en petites vagues bleues, annonciatrices du premier azur. C’était vers Pâques. Il frissonnait au vent des grandes cloches revenues de Rome qui s’ébranlaient pour la Résurrection.

Plus tard, séché, lavé, il passait aux mains des vieilles femmes. Elles filaient à la fin du jour, assises devant leur porte, en parcourant de leurs yeux fanés l’horizon de toute leur vie, en chantonnant des airs anciens, mélancoliques et profonds comme le soir tombant. Le soleil, en s’en allant, ami de leur déclin, baignait de flammes apaisées leur dernier travail, et la quenouille rayonnait entre leurs doigts lents… ».

Le lin dans les trousseaux des mariées

Aspetti di vita quotidiana: Abbigliamento di lino (Italia - 14e siècle)
Aspetti di vita quotidiana: Abbigliamento di lino (Italia – 14e siècle)

Les tissus de lin figurent dans tous les contrats de mariage pour constituer le trousseau de la mariée, par exemple : « huit linsuls dont quatre de lin et quatre d’estoupe, huit serviettes d’aussÿ quatre de lin et quatre autre d’estoupe, six chemises a usage de femme le haut de lin le bas d’estoupe ». Le linge est si solide qu’il se transmet de mère à fille par testament. Il fait aussi l’objet de procès dans les partages au sein de la famille.

 

 

Boeufs recouverts de la manta
Boeufs recouverts de la manta

Le Béarn est renommé pour ses toiles et ses mouchoirs de lin. C’est le plus gros producteur des Pyrénées. En 1782, on y compte 2 000 métiers qui le travaillent. La matière première locale devient vite insuffisante pour satisfaire la demande. Le lin est importé du Maine.

La production familiale décline à partir du XVIIIe siècle, concurrencée par les manufactures et l’arrivée des cotonnades. Les manufactures disparaissent elles aussi, concurrencées par les fibres textiles synthétiques. Les champs de lin disparaissent au début du XXe siècle.

Le vocabulaire gascon du lin

Emile Claus (1849 - 1924) - récolte du lin
Emile Claus (1849 – 1924) – récolte du lin

L’important vocabulaire gascon lié au lin montre bien son importance dans la vie des campagnes. En voici quelques exemples.

Il se cultive au printemps dans un liar (champ de lin). La liada est la récolte. Dans son dictionnaire, l’abbé Vincent Foix nous énumère les opérations nécessaires pour en extraire le fil : lo lin que cau semià’u (le semer).

Bigourdanes_et_leur_quenouille
Bigourdanes_et_leur_quenouille

On dit aussi enliosar), darrigà’u (l’arracher pour ne pas perdre les fibres de la partie basse de la tige), esbruserà’u (le battre, c’est-à-dire l’écraser), tene’u (l’étendre), virà’u (le retourner), malhà’u (le briser), amassà’u un còp aliat (le ramasser quand il est roui), bargà’u (le broyer), arrebargà’u (le broyer une deuxième fois), pietà’u (le peigner), arrepietà’u (le repeigner), hialà’u (le filer), cossejà’u (le dévider), eishalivà’u (le laver), dapà’u (le démêler), teishe’u (le tisser).

….

Outillage pyrénéen de préparation du lin
Outillage pyrénéen de préparation du lin : Broyeur, peignes, banc  – Source : Le site des Patrimoines du Pays des Vallées des Gaves

La tiges est trempée dans l’eau (eishalmivar) pour obtenir une fibre plus fine pour l’habillement ou le linge de maison. La filature « au sec » donne un fil plus épais.

Métier à tisser le lin en 1935
Métier à tisser le lin en 1935

Les qualités de tissus de obtenus sont lo capit, l’estopa moins grossière, l’arcola un peu plus fine et lo lin. On dit qu’un tissu est estopelhat quand la fibre est mélangée avec de l’étoupe.

De nombreux dictons ont rapport au lin : Annada de lin, annada de vin (année de lin, année de vin), Se plau en abriu, lo lin qu’ei corriu (s’il pleut en avril, le lin pousse vite). L’abbé Césaire Daugé nous en donne une autre version : Au mes d’abriu, lo lin que hè lo hiu (au mois d’avril, le lin fait le fil).

Simin Palay, dont le père était tailleur et tissait du lin, nous rapporte diverses expressions liées au lin : Un sordat d’estopa (pour dire une fileuse), Ua lenga d’estopa (une langue peu déliée), Grossièr com l’estopa (grossier, rude, peu civilisé), Un pèu de lin (cheveux lisses et blonds), Estar com un escargòlh dens l’estopa (être comme un escargot dans l’étoupe, c’est-à-dire, embarrassé, gêné).

La culture du lin aujourd’hui

L'arrachage du lin
L’arrachage du lin

Le lin ne représente que 2,4 % des fibres naturelles textiles utilisées dans le monde. Les 2/3 sont produites en Europe.

Avec 95 000 tonnes de fibres de lin textile, la France est le 1er producteur mondial. 75 % de la production mondiale se concentre en Normandie. Cocorico !

L’habillement représente 60 % de la consommation de lin, la maison 30 % (linge de lit ou de table), les textiles techniques 10 %.

Tout est bon dans le lin. L’étoupe est utilisée dans le bâtiment comme isolant. Il sert à la fabrication de matériaux composites pour les sports de loisirs (vélos, tennis skis ….), les papiers fins (cigarettes) ou de haut de gamme pour l’édition, les panneaux de particules, les litières et pailles horticoles.

Un renouveau récent

Production mondiale et production française de lin en 2012
Production mondiale et production française de lin en 2012

La production connait un renouveau spectaculaire en France. Entre 2002 et 2007, les surfaces de production de lin textile sont passées de 30 000 à 75 000 hectares ; celles de production de graines de lin sont passées de 5 000 à 15 000 hectares.

L’huile extraite des graines (liòsa : graine de lin ; bruset : graine de lin non décortiquée) est utilisée dans les peintures, les vernis ou mastics. Depuis 2008, elle n’est plus interdite pour la consommation humaine. Riche en Oméga 3, sa consommation a des effets positifs pour la prévention des risques cardio-vasculaires et de certains cancers. Cette propriété fait utiliser la graine de lin dans l’élevage des poules pour augmenter la teneur des œufs en Oméga 3.

Le Gers est un des principaux producteurs de graines. Quiquiriqui !

Le lin / capsules, graines et fibres
Le lin :  capsules, graines et fibres

Une production qui a de l’avenir

Huile de l'Atelier des Huiles_
Huile de l’Atelier des Huiles à Jegun (32)

Dans une rotation de cultures, le lin présente l’avantage de limiter les maladies et ravageurs qui se conservent dans le sol, de rompre le cycle de certaines mauvaises herbes. Son action sur la structure du sol permet une augmentation de 5 % des rendements de la culture suivante.

Peu gourmand en eau, sa production ne nécessite pas de pesticides. La plante retient les gaz à effets de serre (l’équivalent annuel de 250 000 T de CO2 en Europe). Toutes les parties de la plante sont utilisées.

Le matériau revient à la mode. À Jegun (Gers), l’Atelier des huiles propose une gamme d’huiles biologiques de consommation cultivées et transformées sur place. L’huile servait autrefois à l’éclairage des maisons dans les carelhs ou calelhs.

L’association « Lin des Pyrénées »

Catherine et Benjamin Mouttet
Catherine et Benjamin Moutet

Benjamin Moutet est à l’origine de l’association « Lin des Pyrénées » qui veut créer une filière de production de lin oléagineux et de fibres. Elle bénéfice des aides de l’appel à projet « Pyrénées, Territoire d’innovation » porté par les conseils départementaux des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques.

À Orthez, la filature Moutet produit du « linge basque » en lin. Créée en 1874, elle produit la manta des bœufs, ou lo ciarrèr, toile à fond blanc qui les protège de la chaleur et des mouches.  L’usine qui emploie 250 personnes ne résiste pas à la concurrence internationale. Elle fait faillite en 1998. Catherine Moutet la reprend aussitôt et lui redonne un second souffle.

Filature Moutet à Orthez
Tissage Moutet à Orthez

Le syndicat des tisseurs de linge basque d’origine, présidé par Benjamin Moutet obtient l’indication géographique « Linge basque » en novembre 2020. Le syndicat regroupe les Tissages Moutet et les Tissages Lartigue et Lartigue de Bidos et d’Ascain.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes,  Simin Palay
Le site des Patrimoines du Pays des Vallées des Gaves – 6- Le pèle-porc, l’echépélouquèro, le lin, les lessives, la fenaison et l’épandage
Dictionnaire gascon-français, (Landes), abbé Vincent Foix
Une ancienne culture à Thil : Le lin
La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise  [article] – O. Perez
Lin cultivé — Wikipédia (fr)
Lin (textile) — Wikipédia (fr)
Flax (en) – Wikipedia

 




Francis Jammes, poète gascon

Malgré un nom qui fleure bon l’Angleterre, Francis Jammes est un poète gascon né à Tornai / Tournay (Hautes-Pyrénées), le 2 décembre 1868. Il puise son inspiration en Bigorre, en Béarn et au Pays Basque.

Les débuts de poète de Francis Jammes

Maison natale de Francis Jammes à Tournay
Maison natale de Francis Jammes à Tournay

Francis Jammes (prononcer [ʒam] et non [dʒɛms]) fait de médiocres études à Pau et à Bordeaux. Il rate son baccalauréat avec un zéro en Français ! Qui aurait dit que l’un de ses poèmes, L’âne, serait appris par tous les écoliers ?

J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
il bouge ses oreilles ;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.
Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.
Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète. [….].

Tout d’abord, Francis Jammes écrit des poèmes que sa mère publie à compte d’auteur à Orthez où elle s’est installée après la mort de son mari. André Gide et Stéphane Mallarmé remarquent sa poésie.

Son premier recueil De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir parait en 1898, suivi de Le deuil des primevères. Son style plait. André Beaunier dit de lui : « Très loin de Paris, dans une petite ville pyrénéenne, un poète se cache dont l’œuvre est la plus sincère, la plus touchante, et la plus singulière peut-être de ce temps. Il a son esthétique à lui. La voici : faire simple, absolument simple ; – c’est tout. » (La poésie nouvelle, Société du Mercure de France-1902).

Francis Jammes fonde le « Jammisme »

Alors que foisonnent les écoles poétiques (le romantisme, le symbolisme, le naturalisme, ….), Francis Jammes compose son « Manifeste Jammiste » à Orthez en 1897. Il prône le retour aux valeurs simples et défend l’idée que « la vérité est la louange de Dieu » et que « toutes choses sont bonnes à décrire lorsqu’elles sont naturelles ».

Le Manifeste Jammiste (1897)
Le Manifeste Jammiste (1897)

Il termine sa profession de foi par cette invitation : « Et comme tout est vanité et que cette parole est encore vanité, mais qu’il est opportun, en ce siècle, que chaque individu fonde une école littéraire, je demande à ceux qui voudraient se joindre à moi pour n’en point former, d’envoyer leur adhésion à Orthez, Basses-Pyrénées, rue Saint-Pierre ».

Contre toute attente, le manifeste de Francis Jammes est un triomphe. Il lui attire la sympathie du public et favorise le succès de ses œuvres.

Dans Grotesques de 1925, il décrit ainsi la foule de snobs sur la plage de Biarritz :

Par tout cet océan qui n’a pour Néréïdes
qu’un grouillement de chair vautrée au sable humide,
Et dont les demi-dieux, aux caleçons rayés,
Sont des zèbres humains dont les poils sont noyés [….]

La grande plage de Biarritz (1923) par Jacqueline MARVAL
La grande plage de Biarritz (1923) par Jacqueline MARVAL

Francis Jammes redécouvre sa foi

Anna de Noailles
Anna de Noailles : « La rosée de Francis Jammes est mon eau bénite ».

Vers 1905, Francis Jammes redécouvre la foi et écrit une poésie plus religieuse. Déjà, dans son recueil De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir, il écrit : « Mon Dieu, vous m’avez appelé parmi les hommes. Me voici. Je souffre et j’aime. J’ai parlé avec la voix que vous m’avez donnée. J’ai écrit avec les mots que vous avez enseignés à ma mère et à mon père qui me les ont transmis. Je passe sur la route comme un âne chargé dont rient les enfants et qui baisse la tête. Je m’en irai où vous voudrez, quand vous voudrez ».

Anna de Noailles dira que la rosée de Francis Jammes est (son) eau bénite.

Francis Jammes publie Tristesses en 1905, Pensées des jardins, L’Eglise habillée de feuilles et Clairières dans le Ciel en 1906.

Il écrit des prières dont Je Vous salue Marie : « Par le petit garçon qui meurt près de sa mère tandis que des enfants s’amusent au parterre et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment son aile tout à coup s’ensanglante et descend, par la soif et la faim et le délire ardent, je Vous salue, Marie [……] ».

Georges Brassens mettra ce texte en chanson et aura un grand succès : La prière.

Un poète qui rayonne à l’international

Les premières traductions s’éditent en Tchéquie en 1906, en Angleterre en 1912, en Allemagne en 1919…  l’Anversois Jan van Nijlen lui consacre une monographie en 1912. Et Alfred Schilla réalise la première analyse universitaire sur son œuvre : Francis Jammes unter besonderer Berücksichtigung seiner Naturdichtung (1929).

Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke

Le grand poète Rainer Maria Rilke lui écrit le 11 aout 1904 une lettre qui commence ainsi :
« Monsieur,
Un homme qui tous les matins lit dans vos livres sent le besoin de vous remercier. (…) »

C’est dans 25 langues différentes que l’on peut lire du Francis Jammes ! Cependant, il n’a pas écrit en langue régionale. Un de ses livres, magnifique, Le roman du lièvre, déjà traduit en allemand sous le titre Der Hasenroman, est maintenant traduit en occitan : Lo roman de lebraud. Il débute ainsi :

Demest la frigola e l’aigatge de Joan de la Font, Lebraud escotèt la caça (…)
Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse (…)

Et cela nous rappelle une phrase de sa correspondance : Il y a dans le regard des bêtes, une lumière profonde et doucement triste qui m’inspire une telle sympathie que mon âme s’ouvre comme un hospice à toutes les douleurs animales. 

Francis Jammes reste fidèle à la Gascogne

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Il reste un provincial malgré de fréquents séjours à Paris et une intense correspondance avec Arthur Fontaine et André Gide.

De Tournay à Pau, à Saint-Palais et à Bordeaux, le jeune Francis Jammes suit son père employé aux contributions indirectes. À la mort de ce dernier en 1888, il part chez une tante à Orthez. Il reste 33 ans dans cette ville.

Geneviève (dite Ginette) GOEDORP (1882-1963)
Geneviève GOEDORP (1882-1963)

En 1907, il se fiance à Lourdes avec Geneviève Goedorp, une admiratrice avec qui il correspond. Il l’épouse à Bucy-le-long, près de Soissons, et ils auront sept enfants. Ils louent une maison à Orthez que son propriétaire décide de vendre en 1919. Finalement, il hérite d’une maison à Hasparren où il meurt le 1er novembre 1938.

La place de Hasparren

Les deux frontons se font face dans la chaleur.
Les gradins sont remplis par trois mille amateurs.
Il semble que, béant et bleu, le ciel respire
Comme une mer où nul nuage ne se mire.
La palpitation de quelques éventails
Au parfum d’origan mêle celui de l’ail.
La place nette est un rectangle de lumière
Que l’ombre ronge un peu sur les bancs des premières.
Les joueurs sont en blanc, vêtus comme les murs
Qu’on croit voir se gonfler par moments dans l’azur.
Indifférent et sûr de lui, la taille haute,
Attirant, repoussant chacune des pelotes,
Mondragonès bientôt n’est plus qu’un balancier
Qui trace un quart de cercle autour d’un pied d’acier.

Francis Jammes ne sera jamais élu à l’Académie française. Toutefois, il obtient le Grand prix de littérature de l’Académie en 1912.

Les artistes reprennent les textes de Francis Jammes

La maison Chrestia à Orthez
La maison Chrestia à Orthez

Les textes de Francis Jammes sont repris par des artistes.

Ainsi, Lili Boulanger (1893-1918) compose Clairières dans le ciel, une série de treize mélodies dédiées à Gabriel Fauré, sur des poèmes de Francis Jammes tirés du recueil Tristesses de 1905.

En 1953, Georges Brassens met en musique le poème Rosaire de Francis Jammes. Dans son album Les sabots d’Hélène, il chante La Prière. Elle sera enregistrée par les Compagnons de la chanson, par Frida Boccara et par Hugues Aufray.

En 1982, l’association Francis Jammes perpétue son souvenir dans la Maison Chrestia à Orthez.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

 Références

Francis Jammes poète (1868-1938) – Jacques Le Gall
Maison d’écrivains, maison Chrestia à Orthez et maison Eyhartzea à Hasparren
Wikipoèmes de Francis Jammes
Wikisource de Francis Jammes




De Lugdunum Convenarum à Saint-Bertrand

Saint-Bertrand de Comminges est une bourgade de 244 habitants. À y regarder de plus près, des remparts l’entourent, son église est une cathédrale et, à ses pieds, s’étendent des ruines romaines. Poussons un peu plus loin…

Une ville romaine peuplée d’Aquitains ?

Pompée le Grand (106 av. JC- 48av. JC) fondateur de Lugdunum Convenarum
Pompée le Grand (106 av. JC – 48 av. JC)

Plusieurs peuples Aquitains habitent la région : les Convenae (Comminges), les Consoranii (Couserans), les Garumni (vallée de Saint-Béat et val d’Aran), les Onesii (vallée de Luchon).

Sertorius, général romain, soulève l’Hispanie contre la dictature de l’empereur Scylla. Pompée part le combattre et le bat en 72 avant J.-C. Pompée, victorieux, passe les Pyrénées et rentre en Narbonnaise. Aux confins pyrénéens de la province, et pour mieux surveiller la frontière, il regroupe les peuples Aquitains et fonde Lugdunum Convenarum.

On trouve la première mention de la ville chez le géographe grec Strabon (~60 avant J.-C. – ~20 après J.C.) dans sa Géographie.

Les ruines du théâtre de Lugdunum Convenarum
Les ruines du théâtre de Lugdunum Convenarum

Très vite, la ville se développe et aurait compté jusqu’à 10 000 habitants. Le poste frontière devient une ville opulente avec son forum, son théâtre, ses thermes et ses riches demeures. Au IIe siècle, elle fait partie de la province d’Aquitaine, puis de celle de Novempopulanie. On y utilise le droit latin.

Elle est si vaste que l’on dit « qu’un chat aurait pu aller de toit en toit depuis Lugdunum jusqu’à Valentine » (17 km).

Plus tard, au début du Ve siècle, les Vandales, les Alains et les Suèves, des peuples germaniques poussés par les Huns, envahissent la Gaule qu’ils traversent pour se rendre en Espagne. Mais la frontière des Pyrénées est bien gardée et ils restent deux ans en Gascogne avant de pouvoir la franchir. La ville romaine se replie sur l’oppidum fortifié et perd de son importance. Elle prend le nom de Convenae.

Les ruines romaines et la Cathédrale de Saint-Bertrand
Les ruines romaines et la Cathédrale de Saint-Bertrand

Les guerres de succession au trône des Mérovingiens

L'assassinat de Chilpéric 1er
L’assassinat de Chilpéric 1er

Sous les rois Francs Mérovingiens, les conflits de succession au trône sont nombreux. Francie, Neustrie et Austrasie s’affrontent. D’ailleurs, un complot se forme autour de Gondovald qui serait un fils naturel de Clothaire Ier.

Le roi Chilpéric Ier meurt assassiné en 584. Gontran lui succède. Alors, Gondovald et Didier, duc de Toulouse, prennent la tête d’une armée pour conquérir l’Aquitaine. À Brive, Gondovald est proclamé roi. Bordeaux et Toulouse se rallient. Mais à l’approche de l’armée des Francs, les défections commencent. Gondevald est obligé de se réfugier dans les Pyrénées, à Convenae.

Jean Fouquet (ca 1455) - Entretien entre saint Gontran et Childebert II. Devant les dignitaires de sa cour, Gontran, sans héritier, s'adresse à son neveu Childebert qu'il vient de nommer son successeur. Lors du siège de Saint-Bertrand-de-Comminges par le roi Gontran, Mummol (en arrière-plan) trahit et livre le prince franc Gondevald.
Jean Fouquet (ca 1455) – Devant les dignitaires de sa cour, Gontran, sans héritier, s’adresse à son neveu Childebert qu’il vient de nommer son successeur. Lors du siège de Saint-Bertrand-de-Comminges par le roi Gontran, Mummol (en arrière-plan) trahit et livre le prince franc Gondevald.

Ainsi, le siège commence le 11 février 585. Et Gondovald est trahi, assassiné par ses pairs. Grégoire de Tours raconte que « la nuit suivante, les principaux chefs gondovaldiens enlevèrent secrètement tous les trésors que la ville renfermait et tous les ornements de l’église. Le lendemain, les portes furent ouvertes. L’armée des assiégeants entra et égorgea tous les assiégés, massacrant au pied même des autels de l’église les pontifes et les prêtres. Après avoir tué tous les habitants, sans en excepter un seul, les Bourguignons mirent le feu à la ville, aux églises et aux édifices, si bien qu’il ne resta plus que le sol ».

La ville est détruite et il n’y reste plus personne « pour pisser sur les murs ». Convenae tombe dans l’oubli.

Saint-Bertrand de Comminges, l’évêché du Comminges

En 1083, Bertrand de l’Isle, petit-fils du Comte de Toulouse, est élu évêque de Comminges, il occupe le siège jusqu’en 1123. Il entreprend la construction de l’église Saint-Just de Valcabrère et de la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges.

Basilique de Saint-Just de Valcabrère et cathédrale de Saint-Bertrand
Basilique de Saint-Just de Valcabrère (Bertrand de l’Isle) et Cathédrale de Saint-Bertrand (Bertrand de Got)

De même, il manifeste une énergie remarquable au service des pauvres, rétablit la sécurité, protège les routes et les marchands. Il est canonisé en 1218 et Convenae prend le nom de Saint-Bertrand de Comminges en 1222.

Bertrand de Got est nommé évêque de Comminges en 1295 et lance la construction d’une nouvelle église gothique qui ne sera achevée qu’en 1350. En 1305, il devient Pape, sous le nom de Clément V, mais revient à Saint-Bertrand pour transporter les reliques de Saint-Bertrand.

Pendant les guerres de religion, les Huguenots pillent Saint-Bertrand de Comminges. En 1586, le capitaine Sus massacre les religieux, vole l’argenterie, brule les archives et rançonne le chapitre de 10 000 livres. Les Huguenots partent après sept semaines d’occupation. En 1593, le vicomte de Larboust pille à nouveau la ville.

Heureusement, un soldat cache les reliques de Saint-Bertrand et les rend en 1591.

Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges
Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges

L’évêché de Comminges comprend le val d’Aran. Les rapports sont conflictuels, si bien que l’évêque doit demander la permission aux Aranais d’entrer sur leur territoire. L’évêché est dissout en 1790 et partagé entre ceux de Toulouse, de Tarbes et de la Seu de Urgell pour le val d’Aran.

Saint-Bertrand-de-Comminges est un important lieu de pèlerinage. Il reprend en 1805 et est toujours très populaire.

Les fouilles archéologiques

Les fouilles archéologiques ont lieu de 1913 à 1970. Ensuite, elles reprennent de 1985 à 2006. Les principales découvertes couvrent une période de quatre siècles. On les retrouve exposées au Musée départemental de Saint-Bertrand de Comminges.

Le chantier de fouilles de Saint-Bertrand
Le chantier de fouilles de Saint-Bertrand

Les fouilles mettent à jour des édifices publics : un théâtre, un temple consacré au culte impérial, un marché, des thermes, une basilique chrétienne et un camp militaire. Depuis 2016, le Professeur William Van Andringa, directeur d’études de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, conduit des fouilles sur les nécropoles qui entourent la ville romaine.

En 1926, on découvre un trophée augustéen à Saint-Bertrand de Comminges. C’est un monument célébrant une grande victoire militaire. Datant du Ier siècle, en marbre blanc de Saint-Béat, il est l’un des plus complets découverts en France et fait la renommée de Saint-Bertrand.

Bertrand Sapène (1890-1976) est instituteur. Nommé à Saint-Bertrand en 1919, il conduit les fouilles pendant près de 50 ans et écrit de nombreux articles scientifiques pour présenter ses trouvailles. Il fonde le musée archéologique qui devient musée départemental.

Le festival de Saint-Bertrand de Comminges

André Malraux, ministre des Affaires culturelles du Général de Gaulle, vient à Saint-Bertrand pour les obsèques du père de son épouse, Madeleine. Il visite la cathédrale et son orgue, accompagné de Pierre Lacroix, musicien et ami de la famille. André Malraux lui promet la création d’un festival.

Festival 2021 de Saint-Bertrand de Comminges
Festival 2021 de Saint-Bertrand de Comminges (02/10/2021)

Paul Guilloux est alors titulaire du grand orgue de la cathédrale de Bourges. Il fonde L’Association des Amis de l’orgue de Saint-Bertrand de Comminges en 1964. Paul Guilloux possède une maison à Saint-Bertrand et veut restaurer l’orgue. Il meurt en 1966.

On y organise des concerts d’orgue chaque été avec des organistes et des chanteurs réputés. En 1973, Jean-Pierre Brosse, musicien de renommée internationale, vient jouer à Saint-Bertrand de Comminges et décide de développer le festival avec l’association.

Les travaux de restauration de l’orgue s’achèvent en 1974. Jean-Pierre Brosse lance le festival en faisant appel à ses amis pour animer les concerts. Des deux concerts annuels de ses débuts, il passe rapidement à une vingtaine. La Fondation France Télécom lui permet d’engager des artistes de renommée internationale.

Le festival se dote d’une Académie de musique baroque qui reçoit des étudiants venus de tous les pays pour se perfectionner à l’orgue, à la musicologie, au chant baroque et au chant grégorien. On y enregistre des concerts. Le festival se décentralise pour des soirées dans d’autres villes du Comminges.

A la recherche d’un développement touristique

Saint-Bertrand - les Olivetains
Saint-Bertrand – les Olivetains

Saint-Bertrand de Comminges a perdu de sa splendeur antique et n’est plus qu’un petit village qui semble endormi. Pourtant, ses remparts, sa cathédrale, son site gallo-romain et la basilique de Saint-Just de Valcabrère, attirent de nombreux visiteurs.

La renommée de son festival d’orgues mérite un projet de développement.

Le site des Olivétains, sur la place de la cathédrale, accueille et renseigne le public, organise des expositions.

Le Fournil Résistance de Tulip et Magali
Le Fournil Résistance de Tulip et Magali

Le Syndicat mixte pour la valorisation et la promotion du site travaille sur un centre d’interprétation du patrimoine. Il prévoie d’investir 12 millions €, d’ici à 2030, pour développer l’attractivité touristique et améliorer l’accueil des visiteurs.

Une boulangerie vient d’ouvrir pour le plus grand bonheur des habitants et des visiteurs. Transgarona, piste cyclable reliant Toulouse au val d’Aran, passe par Saint-Bertrand.

Références

Le diocèse de Comminges
La cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges




Le droit d’arromèga ou de sèga dans les Pyrénées

Les anciennes communautés bénéficiaient de droits établis par leurs Coutumes. Parmi eux, le droit d’arromèga [prononcer arroumègue ou arroumègo] ou le droit de sèga qu’a étudié Monsieur Lafforgue dans deux communautés de haute-Bigorre : Ordizan et Trébons.

Qu’est-ce que le droit d’arroumèga ?

Noce à Laruns - Musée des Beaux-Arts de Pau - Le droit d'arromèga lors des mariages
Noce à Laruns – Musée des Beaux-Arts de Pau

Dans son Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes, Simin Palay nous donne les définitions suivantes de arroumèga  ou de sèga :

Arroumegà,-gàlh ; sm. – Terre couverte de ronces ; ronceraie ; buisson ; (fig.) tas de choses.
Arroumegà-s ; v. – Se déchirer aux ronces.
Arroumegàt,-ade ; s. – Egratignure produite par les ronces ; tas de ronces.

En gascon, l’arromèc ou l’arromèga ou encore la romèga est la ronce, l’arromegar le roncier. Le droit d’arromèga serait donc un droit de ronces ? N’en doutons pas, c’est une bien grande curiosité, fort ancienne en Gascogne.

L’arromèga est un droit d’entrée exigé par les jeunes du village lorsque l’un des deux mariés, se rendant à l’église pour leurs noces, n’est pas du village. Il se concrétise par un arromèc ou un ruban qui barre le chemin. L’étranger au village doit verser son obole, généralement en vin, pour pouvoir passer. Si elle est jugée insuffisante, les nouveaux mariés ont droit à un calhavari (voir l’article correspondant).

 Le droit d’arromèga, un ancien droit municipal

Droit de sèga - Lou Disna - tiré de Caddetou que s'y tourne (Ernest Gabard)
Lou Disna – tiré de Caddetou que s’y tourne (Ernest Gabard)

L’arromèga est souvent officialisée dans les statuts municipaux. À Ordizan, les statuts de 1689 prévoient que « chacun homme estranger n’estant né ny baptisé audit lieu qui voudra y estre voisin, marié et habitant payera d’entrée ou rouméguère une barrique, un pipot et une tasse vin bon et marchand à la communauté suivant l’uzage du lieu et autres circonvoisins. Et chacune des femmes estrangères qui viendront estre mariées audit lieu payeront d’entrée un pipot et une tasse vin ».

À Trébons, le droit d’arromèga est aussi d’une barrique, un pipot et une tasse de vin. Les femmes paient seulement un pipot de vin et 32 sols.

Les mariages soumis à l’arroumèga

Danse des rubans en Bigorre - après avoir payé la sèga, on peut danser
Danse des rubans en Bigorre

On voit que la coutume de faire payer les époux qui ne sont pas du village, est devenu un droit appliqué à tous ceux qui viennent s’y installer. Même le curé doit payer l’arromèga avant d’entrer en possession de sa cure.

En s’acquittant de l’arromèga, l’étranger acquiert « un droit d’usage sur les biens communs et autres émoluments comme les anciens habitants ». Le sacrifice en vaut la peine !

Le droit d’entrée est une institution généralisée. Dans nombre de communautés, celui qui est reçu comme vesiau (communauté des voisins) doit payer un droit d’entrée en argent ou planter des arbres dans les bois communs pour bénéficier des droits et franchises des habitants. Dans ce cas, la qualité de vesiau n’est pas liée à un mariage car il faut résider pendant longtemps dans la communauté et se montrer bon citoyen avant de devenir vesin (voisin, membre à part entière de la communauté).

On poursuit les mauvais payeurs du droit de sègua

Il arrive que les intéressés refusent de payer l’arromèga. Les communautés qui sont sourcilleuses de leurs droits, les poursuivent en justice.

Les tribunaux de première instance donnent souvent raison aux plaignants. Les communautés portent alors l’affaire devant le Parlement de Toulouse qui, lui, leur donne toujours raison.

Tribunal villageois (ca. 1910)
Tribunal villageois (ca. 1910)

Ce droit est entré dans les mœurs, à tel point que le contrat de mariage de Bacquerie d’Orizan qui épouse en secondes noces une femme de Hiis, prévoit que ce sont les parents de la mariée qui paieront l’arromèga. À Barlest, une famille fait l’objet de tracasseries pendant plus de trente ans parce que le chef de famille, venu d’un autre village, a refusé de payer l’arromèga.

À Anclades et à Sarsan, près de Lourdes, les revenus de l’arromèga permettent de payer à tous les habitants, un banquet après la messe de la Toussaint.

La Révolution abolit tous les anciens droits. Les communautés ne perçoivent plus le droit d’arromèga qui contribuait largement à leurs finances. Les traditions ont la vie longue. Ce sont désormais les jeunes des villages qui organisent des arromècs.

Le droit d’arromèga, de sèga ou de barrèra

Ailleurs, le droit d’arromèga prend le nom de sèga ou de barrèra. En Ariège, c’est la romiguèra.

Dans son Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes, Simin Palay nous donne la définition suivante :

Barrère ; sf. – barrière mobile à claire voie.
Sègue ; sf. – Ronce frutescente (Rubus fruticosus, plante). V. arrouméc…

Malgré un nom différent, on voit bien la similitude de la pratique. Palay nous donne ensuite une description de cette tradition.

La sèga selon Simin Palay

 Simin Palay définit le droit d' arromèga ou de la sèga
Simin Palay

« La sèga est un très ancien usage qui se pratique à l’occasion d’un mariage ; malgré quelques différences locales, il consiste généralement en ceci : un ruban est tendu en travers du chemin que le cortège nuptial doit suivre, soit à l’entrée du village si l’un des époux vient du dehors, soit à l’entrée de l’église, soit parfois devant les maisons dont les habitants désirent faire honneur aux époux.

Droit de sèga - Caddetou que s'y tourne (Ernest Gabard)
Caddetou que s’y tourne (Ernest Gabard)

Des jeunes gens habituellement, tiennent un des bouts du ruban tandis que d’autres portent une bouteille de vin du cru et des verres ; ils ont parfois aussi des bouquets destinés aux invités ; le cortège doit s’arrêter devant la sègue, la barrière ; les époux sont invités à trinquer et à boire un coup ; il y a parfois échange de compliments et de souhaits, puis après avoir remis une offrande en argent, la noce est autorisée à poursuivre son chemin. Le ruban, autrefois, était remplacé par des ronces naturelles.

Cet usage ayant donné lieu à des abus, en 1488, Catherine de Navarre le frappa d’interdiction, mais il n’en persiste pas moins, les abus seuls sont abolis ».

 

 

La fin d’une longue tradition

Au XIXe siècle, les autorités luttent contre cette pratique qui leur parait contraire aux libertés individuelles. La tradition de l’arromèga, de la sèga ou de la barrèra s’est définitivement perdue au XXe siècle.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Revue de Gascogne, 1924
Dictionnaire du Béarnais et du gascon modernes, Simin Palay, Edicions Reclams, 2020.




Les plus petites communes des Pyrénées

La France compte 36 697 communes. C’est le chiffre le plus important de tous les pays d’Europe. Certaines sont toutes toutes petites.  Allons respirer le bon air à la découverte de ces lieux en Gascogne.

Caubous, commune de 4 habitants

Commune de Caubós (31) - Eglise Saint Félix
Caubós (31) – Eglise Saint Félix

Caubós en gascon, Caubous est tout près de Bagnères de Luchon (Banhèras de Luishon en gascon), à 9 km dans la vallée d’Oueil (vath de Guelh). C’est la commune la moins peuplée de la Haute-Garonne avec ses 4 habitants. Depuis deux siècles, sa population n’a que rarement dépassé les 80 habitants. Pourtant, en regardant son église gothique, Sent Feliç de Caubós, avec son clocher-mur à deux baies et sa porte du XVIe, on imagine que le village a dû être plus important.

Pourquoi cette église est-elle dédiée à Sent-Feliç ? Dans le « Dictionnaire des communes » de Jean-Baptiste Gindre de Mancy (1797-1872), dix-sept communes françaises portent ce nom, dont treize en pays d’oc. Peut-être s’agit-il de ce Sent Feliç, évêque martyr de Girona, en Catalogne, au IIIe siècle, dont l’aura s’est étendue dans nos régions. L’empereur romain Diocletianus (244-311?) parle de lui : Parva Felicis decus exhibebit artubus sanctis locuples Gerunda [La petite Gérone, riche en saintes reliques montrera la gloire de Félix].

Une promenade pour les curistes de Luishon

Ernest Lambron - Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon
Ernest Lambron – Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon

Le docteur Ernest Lambron (1815-1882) s’intéresse à la santé des baigneurs des thermes de Luishon et aussi à leurs loisirs. Ainsi, il décrit tous les lieux de promenade à l’entour dans un de ses livres, Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon. La commune de Caubós y est citée. En particulier, il y signale un sarcophage roman qui sert d’auge pour faire boire les chevaux.

Il faut, selon le docteur Lambron, 3 h à pied pour y aller et 2h 10 pour en revenir. Et c’est l’occasion d’admirer la vath de Guelh, relativement étroite, ses 700 ha de forêts et ses pelouses d’estives. Caubós s’y étage de 1900 à 1200 m d’altitude. Les amoureux de la nature y verront quelques jolies fleurs comme le « tabouret des montagnes » ou l’odorante « aspérule des Pyrénées ».

La Vallée d'Oueil
La vath de Guelh – la vallée d’Oueil

L’eau à Caubós

Presque toutes les communes de France proposent un réseau et des compteurs individuels pour délivrer l’eau potable. Caubós, elle, a gardé son ancien système : une source et un astucieux dispositif de vases communicants.

En revanche, il y a environ dix ans, le ministère de l’environnement a décidé de démanteler la centrale hydroélectrique de Caubous qui datait de 1904. Certes, l’échelle à poissons était à refaire mais certains se sont désolés de détruire un outil de production d’énergie renouvelable et une ressource économique pour les collectivités.

Baren, commune de 12 habitants

Eglise Saint-Pierre aux Liens de la commune de Baren (31)
Baren (31) – Eglise Saint-Pierre aux Liens

Si Baren n’a eu que 5 habitants, le village en compte aujourd’hui 12. Lui aussi se situe peu loin de Luishon. Avec ses 880 m d’altitude, il bénéficie du soleil quand la vallée est déjà dans l’ombre.

Le nom, Baren, pourrait venir du gascon barén, ravin, précipice, sol d’un marais desséché, que l’on peut rapprocher de barranca, selon le Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW).

Barén a beaucoup de charme, surtout grâce à la réhabilitation des granges, effectuée en très grosse partie par les particuliers eux-mêmes. Le village a une petite église, Sent Pèir deus ligams (Saint Pierre aux liens), munie d’un clocher-mur à deux baies. Le nom rappelle la basilique de Rome, San Pietro in Vincoli, construite au Ve siècle pour conserver les chaines qui avaient enchainé saint Pierre à Jérusalem.

Ce nom a bien séduit nos ancêtres car, sur les dix-huit églises qui portent ce nom en France, on en compte quinze dans la Gascogne et le Languedoc. En Gascogne, elles sont situées à Aragnouet (65), Aragnouet-Fabian (65), Aurignac (31), Baren (31), Betbezer-d’Armagnac (40), Courties (32), Mondonville (31).

Se promener autour de la commune de Baren

Royo et Perdiguère
Royo et Perdiguère

Baren peut être un point de départ de promenade. Et, si vous cherchez un endroit tranquille pour loger, pourquoi ne pas essayer son gite, la Boulotte, très confortable ?

Tout ce coin est sous protection environnementale et les randonnées sont agréables. Par exemple, vous pouvez rejoindre le pic Burat (2154 m). Ou encore, depuis le lavoir, en direction de l’église, entamer une jolie randonnée d’environ 5 h qui vous hissera jusqu’au malh de la Pica (1747 m). Si ce n’est pas très haut, attendez-vous à une superbe vue sur les grands pics du Luchonnais et de la Maladeta. En particulier, vous pourrez admirer le Perdiguèra [Perdiguère], en fredonnant la chanson de Nadau, lo Saussat.

Tota era calhavèra,
Deth som deth Perdiguèra,
Devara ath Portilhon,
Qu’enteni sa cançon,
Jo sus era montanha,
Non n’ei cap de companha,
Eth còr tot enclavat,
Que uèiti eth Saussat.
Tous les cailloux,
Depuis le sommet du Perdiguère
Descendent au Portillon,
J’entends leur chanson,
Et moi sur la montagne,
Je n’ai pas de compagne,
Le coeur tout serré,
Je regarde le Saussat.

Ourdon 9 habitants

Les Hautes-Pyrénées ont aussi une jolie petite commune, Ourdon. Entre Gazost et Agos-Vidalos, elle s’étend entre 560 et 1400 m d’altitude. La moitié des logements sont des habitations secondaires.

Si vous consultez le Dictionnaire toponymique des communes des Hautes-Pyrénées de Michel Grosclaude et Jean-François Le Nail, vous découvrirez l’évolution de la dénomination du village. Appelé d’Ordo en 1313 dans le Debita regi Navarre (livre des droits de Navarre), il prend aussi le nom d’Ordonum, dans ce même Debita regi. Ou encore, en 1342, De Ordano dans le pouillé (dénombrement des bénéfices ecclésiastiques d’un domaine géographique) de Tarbes.

L’écriture du nom va se stabiliser, passant par Ordoo en 1384 dans le livre vert de Bénac, Ordo en 1403 puis devient Ordon au XVIIIe siècle (registres paroissiaux, carte de Cassini). Notez que le o se prononce « ou ».

Et si vous êtes en jambes, pourquoi ne pas monter au soum de Trézères (1610 m) à pied ou en vélo ?

Soum de Trézères
Soum de Trézères

Senconac, commune languedocienne de 13 habitants

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Senconac est la commune la moins peuplée du département de l’Ariège, et située dans la vallée de Haute Ariège, en amont de Tarascon. Elle n’est pas en Gascogne mais cette pyrénéenne a eu, au cours du temps, des liens avec elle : Bernard Roger, premier comte de Foix (981 ?- 1036 ?) possède le Couserans, Foix, le Sabartès, et la Bigorre par mariage avec Garsende.

Lorsque Roger II, comte de Foix, la donne à l’abbaye de Cluny en 1074, elle est appelée Villam Succunacum. Plus tard, un successeur, Roger-Bernard III de Foix, (fin XIIIe), en bisbille avec le roi de France, prétend que Senconaco appartient toujours à son comté…

Le village a parfois été appelé Sent Conac [Saint Conac].  Il est vrai que l’on trouve dans plusieurs endroits le nom de Conac ou Cosnac, du gaulois Condate, mettant en avant la confluence de plusieurs cours d’eau. En tous cas, trois ruisseaux passent par Senconac.

La commune a perdu son église Senta Maria il y a déjà pas mal de temps, mais sa visite reste agréable. En particulier, située à plus de 900 m d’altitude, on peut admirer la vue sur la vallée. Les plus courageux pourront se promener à l’étang d’Appy, au aller en cheminant sur les crêtes, jusqu’au pic de Galinat (2115 m).

L'étang d'Appy
L’étang d’Appy

Comment former une équipe municipale dans de si petits villages ?

Les communes entre 0 et 99 habitants ont droit à sept élus au conseil municipal. Pas si simple pour ces communes ! D’ailleurs, que se passerait-il s’ils ne pouvaient rassembler cette équipe ? Baren, en 2020, a réussi à élire six conseillers (sur six votants) et fait un procès-verbal de carence pour le septième membre. Caubous n’a pu présenter que cinq candidats. Heureusement, car en-dessous de cinq, « On nous rattacherait à une autre commune« , précise le maire de Caubous.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon, Dr Ernest Lambron, 1860
Dictionnaire des communes, Jean-Baptiste Gindre de Mancy, 1897
Vallée d’Oueil et soulane du Larboust, INPN
Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW), Walter von Wartburg, dictionnaire étymologique et historique du gallo-roman (français et dialectes d’oïl, francoprovençal, occitan, gascon), ATILF




La cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges

 La cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges est bâtie au sommet d’un oppidum et domine le paysage. D’où que l’on vienne, sa silhouette caractéristique la fait reconnaitre. Elle fait partie de la première liste des monuments historiques classés de 1840. Et elle est sur le Patrimoine mondial au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, en 1998.

L’œuvre de Bertrand de l’Isle (XIe-XIIe siècles)


Statue de Saint-Bertrand au cloître
Statue de Saint-Bertrand au cloître

Les destructions des Vandales en 409 entrainent le repli de la ville sur l’oppidum enserré de remparts. On construit une première église. Elle sert de base à la cathédrale romane voulue par Bertrand de l’Isle, évêque de Comminges de 1073 à 1123.

Bertrand de L’Isle (L’Isle-Jourdain dans le Gers) est cousin des comtes de Toulouse. Il applique la Réforme grégorienne dans son diocèse et consacre sa vie au soulagement des pauvres, ramenant la sécurité sur les chemins, favorisant l’établissement de marchés et le commerce, rétablissant la justice. Aussi, à sa mort, le peuple réclame sa béatitude.

Cathédrale de Saint-Bertrand - Tympan - Adoration des Mages
Tympan – Adoration des Mages

Bertrand de Goth et la cathédrale gothique (XIIIe – XIVe siècle)


Cathédrale de St-Bertrand - Façade Ouest
Cathédrale de St-Bertrand – Façade Ouest

De la cathédrale romane, il ne subsiste que des bases de murs et la façade de la nef. On a remanié le cloitre roman aux XIIe et XIIIe siècles. L’entrée se situe dans un clocher aménagé en tour de défense avec des hourds. De plus, on restaure le clocher entre 1883 et 1887, et on restitue les hourds selon une peinture du XVIe siècle placée sur le mausolée du saint. Un tympan roman figurant l’Adoration des Mages surplombe la porte. À noter, l’évêque qui se tient debout près de la Vierge serait Saint-Bertrand lui-même.

Bertrand de Goth, évêque de 1295 à 1299, élu Pape en 1305 sous le nom de Clément V, lance la construction d’une cathédrale gothique. Il en confie la surveillance à Adhémar de Saint-Pastou, chanoine, dont l’inscription funéraire indique : « En l’an 1387, le 3 décembre, mourut Adhémar de Saint-Pastou chanoine et sacriste de cette église, qui avait été désigné jadis par le pape Clément V pour y être le maître de l’œuvre nouvelle dont il posa la première pierre en l’an 1307. Que leurs âmes reposent en paix. Amen ».


Le cloitre
Le cloitre

Ses successeurs poursuivent les travaux pour se terminer sous l’épiscopat de Bertrand de Cosnac (évêque de 1352 à 1374). Celui-ci fait construire une chapelle, côté sud, pour abriter les reliques de Saint-Bertrand. Hélas, elle déstabilise l’édifice et oblige à placer des arcs-boutants aux contreforts.

La translation des reliques de Saint-Bertrand (XIVe siècle)

Saint-Bertrand - Translation des reliques, peinture du mausolée)
Translation des reliques, peinture du mausolée

Clément V, un des Papes gascons et évêque de Comminges de 1295 à 1299 revient dans le Comminges en 1309 pour la translation des reliques de Saint-Bertrand. Un tableau représente cet évènement dans la chapelle Saint-Roch de la cathédrale.

Suivi d’un long cortège de cardinaux et d’évêques, il part de Toulouse le 8 janvier 1309. Puis il passe par Muret, Carbonne, l’abbaye de Bonnefont, Saint-Gaudens et arrive à Saint-Bertrand de Comminges, le 15 janvier. La translation des reliques a lieu le 16 janvier.

Les fêtes de la translation des reliques durent deux jours. 

Le mausolée de Saint-Bertrand (XVe siècle)

Pierre de Foix (évêque de 1422 à 1450) et Jean de Foix-Béarn (évêque de 1466 à 1501) construisent le mausolée de Saint-Bertrand sur l’emplacement des reliques du Saint. Le pape Clément V y avait placé les reliques en 1309. On les met dans le mausolée en 1476.


Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges
Mausolée de Saint-Bertrand de Comminges

Le mausolée de Saint-Bertrand contient une châsse d’argent et d’ébène dans laquelle reposent les restes de Saint-Bertrand. Il est couvert de peintures sur pierre relatant sa vie miraculeuse. Le panneau de la queue de la mule et celui du tribut du beurre racontent un épisode de l’évangélisation de la Bigorre par Saint-Bertrand. En val d’Azun, des habitants coupent la queue de sa mule. Pour les punir, le Ciel envoie des fléaux qui durent 5 ans « les arbres ne donnèrent plus de fruits, les champs de culture et les femmes et femelles de progénitures ». Ils demandent pardon et s’engagent à donner à l’évêque leur production de beurre de la semaine précédant la Pentecôte. Ce tribut est payé jusqu’à la Révolution.

Les embellissements de Jean de Mauléon (XVIe siècle)


Saint-Bertrand de CommingesL'Adoration des Mages
L’Adoration des Mages

Jean de Mauléon (évêque de 1523 à 1551) construit la sacristie et la salle capitulaire. Il fait exécuter de nouveaux vitraux, installe le chœur des chanoines, le retable du Maitre-autel et l’orgue. Les éléments des vitraux d’origine sont rassemblés dans les trois verrières centrales.

Il offre aussi une série de neuf tapisseries racontant les principales scènes de la vie de Marie. C’est le maitre de Montmorency, un artiste des Flandres, qui les réalise. Il en reste deux qui sont exposées dans la chapelle Sainte-Marguerite. Elles mesurent 1,80 m de haut et 2,97 m de long et représentent l’Adoration des Mages et la Présentation au Temple. On les restaure en 2010.

Le chœur inauguré en 1535 comprend 66 stalles en bois et le trône épiscopal. Séparées des fidèles par un jubé, les stalles sont occupées par le clergé qui assiste à la messe. Les fidèles disposent d’une chapelle pour la messe paroissiale.


Le crocodile
Le crocodile

La salle capitulaire renferme le trésor de la cathédrale. On y expose des objets liturgiques précieux. Notamment la chape de l’histoire de la Vierge Marie offerte par le pape Clément V, le bâton pastoral, dit de « la licorne », et la mitre ayant appartenu à Saint-Bertrand, ainsi qu’un anneau épiscopal du XIIe siècle.

Parmi les curiosités de la cathédrale, on voit un crocodile fixé sur un des murs. D’après la légende, un monstre habite dans la vallée de Labat d’Enbès. Il imite le cri des enfants pour les attirer et les dévorer. Saint-Bertrand le frappe de sa crosse, l’animal le suit jusque dans la cathédrale où il meurt. En réalité, il s’agit plutôt d’un exvoto dont on ne connait pas l’origine.

Cathédrale de Saint-BertandChoeur, stalles et jubé
Choeur, stalles et jubé

Les Jubilés

Clément V institue un Jubilé, c’est-à-dire une fête marquant la translation des reliques. On le célèbre chaque fois que la fête de l’Intervention de la Sainte-Croix, c’est-à-dire le 3 mai, tombe un vendredi. Le dernier Jubilé date de 2019. Le prochain le sera en 2024. D’abord, l’Archevêque de Toulouse préside la messe, puis il y a une procession des reliques.

Les Jubilés de 1806, de 1816 et de 1822 connaissent un très grand succès. Ils raniment le pèlerinage de Saint-Bertrand.

Le palais des évêques de Comminges à Alan

À l’opposé du cloitre, on voit les restes d’un bâtiment surplombant la ville, appelé le palais des évêques. Mais il semble plutôt qu’il s’agisse d’une partie du couvent dont il reste le bâtiment des Olivetains, du nom de l’ordre des moines qui l’occupent jusqu’en 1881. « Les Olivetains » est aujourd’hui un lieu d’expositions et d’accueil pour les visiteurs de Saint-Bertrand de Comminges.


Palais des évêques de Comminges à Alan (31)
Palais des évêques de Comminges à Alan (31)

D’ailleurs, le palais des évêques de Comminges est situé à Alan, près de Martres-Tolosane.

Jean de Foix transforme la demeure en palais décoré au gout de son époque. Sur le tympan de l’entrée, il fait sculpter une vache portant à son cou les armes des Foix-Béarn. En 1493, il fait réaliser un Missel enluminé par Pierre de Lanouhe.

Puis, à la Révolution, on vend le palais comme bien national, divisé en 11 parcelles. Progressivement abandonné, il menace de tomber en ruines.

Plus tard, en 1912, un antiquaire d’Avignon achète la partie du bâtiment où se trouve la vache et propose d’acheter la vache elle-même. En effet, il travaille pour M. Delmotte, célèbre antiquaire parisien. Mais les habitants d’Alan s’y opposent. M. Delmotte fait une nouvelle tentative en 1920 pour l’offrir au musée du Louvre ou à celui de Cluny.

Sauvez la vache d’Alan !


La vache du Palais des Evêques de Comminges
La vache du Palais des Evêques de Comminges

Le maire fait appel au Duc Edouard de Trévise qui publie, le 28 octobre, un article « Où doit paître la vache d’Alan » dans le journal L’Illustration. Il conclue : « Il (M. Delmotte) se demande où doit paître la vache d’Alan. Répondons-lui : jamais dans un square, même parisien, mais là où elle est attachée, par ses anciens maitres, par ses statuaires, par sa longue vie de loyaux services, par la curiosité si utile des touristes, par l’activité courageuse de ses gardiens actuels ». La vache est sauvée.

Les travaux de restauration du palais des évêques de Comminges commencent en 1969. Les actuels propriétaires refont la décoration intérieure et créent l’Association Arts et rencontres au palais d’Alan qui organise des concerts en été.

Références

Le diocèse de Comminges
Si vous voulez participer à la rénovation de la cathédrale

 




Des musées gascons à découvrir

La visite de la Gascogne passe aussi par ses musées qui permettent de découvrir des aspects ignorés de sa culture et, parfois, de découvrir quelques joyaux d’art, plus connus à l’étranger que des Gascons eux-mêmes.

La Gascogne pigalhada de musées

Lorsque l’on visite la Gascogne, on n’est jamais loin d’un musée : musée d’art, musée d’art et de traditions populaires, musée d’histoire naturelle, musée des métiers, musée des technologies, musée de pays, écomusée, monument historique, maison natale d’artistes ou de personnages historiques, etc.

Logo des Musées de France
Logo des Musées de France

Certains musées bénéficient de l’appellation « Musée de France » qui se définit comme « toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l’éducation et du plaisir du public ».

L’appellation donnée par l’Etat permet de bénéficier des subventions du Ministère de la culture, des dépôts des musées nationaux pour enrichir les collections ou encore de bénéficier du droit de préemption de l’Etat pour acquérir des œuvres. Il emporte des obligations comme celle d’avoir un personnel scientifique (conservateur agréé).

Tous les musées gascons ne sont pas labellisés. Que les gèrent des collectivités, des associations ou des particuliers, en poussant la porte on fait d’étonnantes découvertes.

Les musées consacrés au patrimoine gascon

Les collections des musées gascons nous font découvrir le mode de vie oublié de nos grands-parents ou arrière-grands-parents . Elles racontent des histoires merveilleuses.

Les montreurs d'ours
Les montreurs d’ours

À Ercé, en Couserans, le Musée des montreurs d’ours raconte l’histoire de ces centaines d’hommes partis au XIXe siècle avec un ours dressé. Ils parcouraient le monde pour gagner leur vie. Ils étaient tous des vallées de l’Alet, du Garbet et du Salat. Certains d’entre eux ont fait souche à New-York où leurs descendants parlent encore le gascon. À Soueix, également en Couserans, le Musée des Colporteurs parle de ces hommes partis, de ville en ville, vendre des marchandises transportées sur leur dos.

Le Musée du Sel - Salies de Béarn
Le Musée du Sel – Salies de Béarn (64)

Les produits de la nature ou de l’élevage font la fortune de certains métiers. Le Musée du sel de Salies de Béarn raconte comment une source souterraine de sel, gérée en commun par les habitants, fait la fortune de la ville. Le sel de Salies est utilisé pour la fabrication du véritable jambon de Bayonne. À Nay, le Musée du béret retrace l’histoire de ce couvre-chef gascon. Il a occupé plusieurs centaines d’ouvriers dans les usines de fabrication.

L’écomusée de la Grande Lande, à Sabres, témoigne de la vie rurale dans les Landes. Agro-pastoralisme, gemmage, exploitation de la forêt, mode de vie, croyances populaires.

Des histoires insolites racontées dans les musées gascons

Pharmacie de Saint-Lizier (09)

Savez-vous que l’Assurance maladie a son musée à Lormont en Gironde ? Il est le seul musée qui présente l’histoire de la solidarité et de la protection sociale, de l’antiquité à nos jours. Le Musée des Douanes de Bordeaux retrace la vie de cette institution. Il présente des saisies douanières insolites comme l’œuf d’un oiseau de Madagascar, de trois mètres de haut, disparu au XVIIIe siècle.

À Saint-Lizier, on trouvera une pharmacie du XVIIIe siècle, avec ses pots vernissés et ses instruments médicaux. C’est une des rares pharmacies complètes qui permet de mesurer les progrès réalisés depuis par la médecine. Le Musée d’art campanaire de l’Isle-Jourdain présente la cloche de la Bastille et tout ce qui concerne cet art.

Musée des Amériques d'Auch
Musée des Amériques d’Auch (32)

Le musée international des Hussards de Tarbes possède une collection inestimable d’objets et d’uniformes liés à l’histoire des Hussards. Plus connue à l’étranger qu’en Gascogne, la collection mérite une visite.

Créée en 1793, le Musée des Amériques à Auch est l’un des plus vieux musées de France. Il abrite une collection de 8 000 objets précolombiens. Certains, très rares, sont prêtés pour des expositions dans le monde entier. Seul le musée du quai Branly à Paris possède une collection plus riche.

Des richesses méconnues

Allégorie deCérès-Musée de Mirande
Allégorie de Cérès-Musée de Mirande (32)

Il existe de grands musées d’art à Toulouse ou Bordeaux. On a des musées des beaux-arts à Agen, Bayonne, Pau ou Tarbes. N’oublions pas les petits musées d’art, peu connus mais d’une étonnante richesse!

La collection de Joseph Delort, un homme de lettres né à Mirande, est le point de départ du Musée d’art de Mirande.  Enrichi de donations et de dépôts, on le considère comme un des meilleurs musées de peinture par sa présentation de portraits réalisés par des peintres du XVIIe au XIXe siècles. Hyacinthe Rigaud, Chardin, Jacques-Louis David, Le Pérugin, Tiepolo, Vélasquez, Murillo, Jacob van Ruisdael

Blanche Odin - Matin Lumineux - Musée Salies de Bagnères-de-Bigorre
Blanche Odin – Matin Lumineux – Musée Salies de Bagnères-de-Bigorre

Le Musée Salies de Bagnères de Bigorre possède une collection d’aquarelles de Blanche Odin, célèbre pour ses bouquets de roses. À Mont de Marsan, les amateurs de sculpture moderne verront les collections de deux artistes locaux, Charles Despiau et Robert Wlérick, ainsi que des œuvres d’artistes reconnus au niveau international comme Henri Lagriffoul ou le portugais Charles Correia.

Une idée folle : un grand musée de la Gascogne

Un grand nombre de pièces archéologiques et d’œuvres d’art dorment dans les réserves. Les musées ou les municipalités n’ont pas les locaux pour les présenter. On les retrouve dans des musées nationaux comme le Musée des antiquités nationales de Saint-Germain en Laye.

Sans doute y aurait-il de quoi constituer un grand musée de la Gascogne. La Gascogne ne manque pas de locaux désaffectés, suffisamment vastes, pour accueillir un tel musée. On y exposerait les pièces montrant toute la richesse archéologique, historique et culturelle de notre région.

Une idée folle qui peut fédérer les collectivités locales (régions, communautés de communes), les sociétés savantes, les musées. Ils ont des pièces qui ne sont pas exposées au public. Des particuliers possèdent parfois des collections exceptionnelles. Il existe sans doute un public nombreux qui ne manquera pas de venir découvrir toutes les richesses de la Gascogne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Quelques suggestions de visites à faire cet été

Ercé (09) – Exposition sur les montreurs d’ours
Salies de Béarn (64) – Musée du Sel
Nay (64) – Musée du Béret
Sabres(40) – Écomusée de Marquèze
Lormont (33) – Musée National de l’Assurance Maladie
Saint-Lizier (09) – Pharmacie du XVIIIe siècle 
Tarbes (65) – Musée international des Hussards 
Auch (32) – Musée des Amériques 
Mirande (32) – Musée des Beaux Arts 
Bagnères de Bigorre (65) –  Musée Salies 

Ministère de la culture : www.culture.gouv.fr/