La révolte de 1848 en Barousse

En 1848, les gens de la Barousse se révoltent face aux changements qui leur sont imposés. Des changements qui entraineront la dégradation de leur mode de vie et, finalement, les obligeront à s’exiler.

1848, le drapeau noir flotte sur Sost, en Barousse

Sòst, un petit village du fond de la Varossa (Barousse). Qui aurait pu croire qu’au XIXe siècle, une révolte paysanne partirait de ce village qui compte aujourd’hui moins de 100 habitants à l’année ? C’est pourtant ce qui est arrivé. En 1848, Sòst est un village de près de 600 habitants, les terres sont morcelées à l’extrême pour les pâturages et la vie y est rude. Arrivent les journées de février. Louis-Philippe 1er, fils de Philippe d’Orléans qui avait voté la mort de son cousin, Louis XVI, est renversé. Et le poète Lamartine proclame la république.

Les faits

La Barousse - plan de situation
La Barousse, plan de situation d’après Wikipedia

En Varossa et dans le Comenges (Comminges), la nouvelle de la chute du roi ne parvient que quelques jours plus tard, le 27 et le 28 février. C’est alors que le drapeau noir est hissé à Sòst ; une bande d’émeutiers part de ce village et de celui d’Esbarèish (Esbareich). Ils sont une cinquantaine à se rassembler à Maulion de Varossa (Mauléon-Barousse). Armés de piques, de fourches et de fusils, ils s’emparent des registres forestiers et les brulent. D’autres hommes rejoignent le groupe. Le mardi 29 février au soir, ils sont plus de 200. Pendant quatre jours, les émeutiers vont rançonner divers notables et curés. Mais le temps est exécrable, les autorités ne peuvent intervenir. On parle de 2 000 insurgés qui auraient pour projet d’incendier Àrreu (Arreau), Banhèras (Bagnères) et de ravager le canton de Nestièr. D’ailleurs, les révoltés pillent et incendient le château de Luscan.

Sost en Barousse (Hautes-Pyrénées)
Sost, Hautes-Pyrénées © Wikipedia

La répression s’organise

Gendarme (1842)
Gendarme (1842)

Le 3 mars à 4 heures du matin, la répression s’organise et se rassemble. Les gardes nationaux de Montrejau, Sent-Gaudenç (Saint-Gaudens), Loras (Loures-Brarousse) et Valentina (Valentine), des gendarmes et une section du 65e de ligne jusqu’alors cantonnée à Sent Beath (Saint-Béat) se rassemblent au pont de Era Broquèra (Labroquère). Le contingent se divise en deux colonnes, la première remonte la rivière de l’Ourse sur la droite tandis que l’autre fait de même sur la rive gauche. Le temps est toujours affreux, il neige et il pleut, l’horizon disparait à dix pas.

C’est alors que le ciel s’éclaircit, et dans cette lumière nouvelle apparait la troupe des insurgés battant tambour et marchant depuis Gembria (Gembrie). À midi la bataille s’engage, les rebelles ouvrent le feu les premiers. Les gendarmes chargent les Baroussais suivis par les soldats de ligne. Le corps à corps est violent.

Garde national mobile (1848) © Wikipedia
Garde national mobile, 1848 © Wikipedia

Le chef des gendarmes, le maréchal-des-logis (grade équivalent à celui de sergent) Coupat, renverse le tambour des insurgés, nommé Bajon. Il l’envoie rouler dans la rivière d’un coup de sabre. Un gendarme nommé Méric est désarçonné, son cheval ayant reçu un violent coup de hache dans la tête. Mais, désorganisés, les insurgés se replient, les troupes de la nouvelle République vont les pourchasser jusque dans leurs logis où ils les désarmeront par la force. 98 d’entre eux sont emmenés à Montrejau pour être jugés. La bataille ne fait pas de morts mais plusieurs blessés.

Une exposition des forces

Le lendemain, samedi 4 mars, on décrète un jour de fête civique. Cependant, on craint que les insurgés ne se regroupent et ne repartent à l’attaque, des troupes affluent donc. Deux compagnies de soldats stationnent à Maulion de Varossa, 100 hommes à Loras, 100 autres à Era Barta (Labarthe), probablement Era Barta d’Inard (Labarthe-Inard). Les 5 et 6 mars, arrivent de Tolosa (Toulouse) 350 fantassins et 50 cavaliers. Cela sera en vain, les insurgés ne se regrouperont pas.

L’affaire remonte jusqu’à Paris

L’affaire aura un certain retentissement, jusqu’à Paris on lira dans les journaux que cinq châteaux ont été pillés. Les faits sont évidemment grossis et cela provoque le mécontentement de la cour d’appel de Tolosa, chargée de l’instruction de cet évènement.

Victor Cazes (1778-1861), ancien hussard et poète gascon, compose de son côté un poème en hommage aux insurgés, qui décrit avec une certaine exagération l’insurrection baroussaise :

(extrait)

"Pasionaria" pyrénéenne © EGF
Les insurgés de la Barousse © EGF

ERA REBOLTO DES BAROUSSENS

Hardix! genx de Maoulioun, d’Esbarech, de Troubach!
Ech moument ei benguch, Paris s’ei reboultach;
Qu’an accassach ech Rei dab touto sa famillo,
E qu’an metuch ech houce laguens era Bastillo.
Ech palai de Nully, que l’an tout rabatjach,
Pillages è trezors, toutis n’an proufitach.
Anem, goujax, hillem, Bibo ra Republico!!!…
Saoutem toux as fusils, è gahem era pico,
De noste recebur coupem es countrobents;

(…)

Hardis! Gents de Maulion, d’Esbarèish de Trobat!
Eth moment ei vengut, París s’ei revoltat;
Qu’an acaçat eh Rei dab tota sa familla.
E qu’an metut eth hoç laguens era Bastilla.
Eth palais de Neully, que l’an tot ravatjat.
Pillages e tresòrs, totis n’an profitat.
Anem, gojats, hilhem Viva ‘ra Republica!!!…
Sautem tots aths fusilhs, e gahem era pica,
De nòste recebur copem eths contravents;

(…)

LA RÉVOLTE DES BAROUSSAIS

Hardis ! gens de Mauléon, d’Esbareich, de Troubat !
Le moment est venu, Paris s’est révolté ;
On a chassé le roi avec toute sa famille
Et on a mis le feu à la Bastille.
Le palais de Neuilly, on l’a tout ravagé,
Pillages et trésors, tous en ont profité.
Allons, jeunes gens, crions, vive la République !!!
Sautons tous aux fusils et prenons la hache,
De notre receveur coupons les contrevents ;

(…)

Le texte de Victor Cazes nous permet également de prendre connaissance du gascon des Baroussais qui a pu probablement traverser les âges sans être altéré. Notez les ch finaux, caractéristiques des parlers des vallées pyrénéennes.

Les causes de cette révolte en Barousse

Château de Bramevaque (65) © Wikipedia
Château de Bramevaque, Hautes-Pyrénées © Wikipedia

Mais alors, pourquoi une révolte aussi violente ? Si les Baroussais ne sont pas les seuls paysans à se révolter en 1848 dans l’Hexagone, leur révolte et significative d’un malaise dans le monde agricole : le Progrès face aux anciennes lois. En effet, en 1848, les petits propriétaires ne subsistaient que grâce aux droits de pâturage et de coupe de bois dans les terrains dits « communs ». Seulement, la Révolution française et ses conséquences (Empire, Restauration…) amènent une modification d’importance : la disparition de la propriété commune. En effet, avant la Révolution, il y avait entre la propriété privée et la propriété publique un espace pour ceux qui ne possédaient pas de terres pour eux-mêmes ou du moins pas pour leur seule maison. La propriété commune assurait aux apprentis artisans un lieu de travail, aux petits paysans une terre à travailler ou un lieu de pâturage et également un endroit pour couper son bois.

C’est ce dernier point qui va entrainer la colère, juste, des Baroussais. Car la révolte de la Barousse n’est pas politique, elle est « forestière » (agraire dans un certain sens). En effet, par une charte datant de 1300, le baron de Bramevaque et le baron de Mauléon assurent aux Baroussais le droit de jouissance des forêts. En 1608, une sentence d’arbitrage assure à nouveau le droit d’usage des forêts aux Baroussais. La Barousse est alors une « petite république pyrénéenne » c’est à dire que les propriétaires terriens assurent à travers différentes assemblées la gestion du territoire baroussais.

Le changement des codes en Barousse

Château de Mauléon-Barousse (65)
Château de Mauléon-Barousse @ Wikipedia

En 1771, Monsieur de Luscan devient le nouveau seigneur de Mauléon, il reprend son droit sur l’usage des forêts. En 1793, il se voit obligé de vendre ses biens et d’émigrer. Mais à la Restauration, M. de Luscan revient, le jugement de la cour de Pau lui donne raison. C’est pour ces raisons qu’en 1848 les insurgés vont incendier son château.

Les nouveaux codes forestiers remettent en cause la propriété commune qui est le seul bien de véritable subsistance des petits paysans. D’ailleurs, quelques mois après l’insurrection, au mois de juin, les maires des villages de Seleishan (Saléchan), Siradan et Tève (Thèbe) font rassembler 400 hommes. Ils demandent la restitution de leurs droits d’usage sur les forêts appartenant à l’État ou à la famille Luscan. Ils iront y abattre les haies et les clôtures et des champs y seront dévastés.

Conclusion

Cette révolte traduit un profond malaise au sein des petits paysans baroussais. En effet, le droit d’usage des forêts permettait à ces paysans de pouvoir travailler et de vivre mieux. La suppression de ce droit entraine un appauvrissement d’une frange déjà peu aisée de la société pyrénéenne. Cette « jacquerie » est le dernier cri d’un monde qui disparait en 1848, celui de la propriété et des libertés communales face aux grands propriétaires et industriels et à l’État. C’est après ces évènements que la population baroussaise commença à décliner, ceux qui ne pouvaient travailler partaient à la ville pour être ouvrier.

Loís Martèth

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le code de 1827 et les troubles dans les Pyrénées centrales au milieu du XIXe siècle, Louis Clarenc,  Annales du Midi Année 1965 77-73 pp. 293-317.
Les troubles de la Barousse en 1848 (article), Annales du Midi, Louis Clarenc, 1951.
Les troubles agraires de 1848 (article), Revue d’histoire du XIXe siècle, Albert Soboul, 1948.
Le rapport officiel dans le journal de Saint Gaudens, numéro du 6 mars 1848, sous la signature des principaux chefs de l’expédition.




Barrages et hydroélectricité dans les Pyrénées

La construction des barrages est un savoir-faire ancestral. D’abord pour alimenter les moulins, puis pour amener de l’énergie aux premières industries (foulons, martinets…), enfin pour la production d’électricité.

Les balbutiements de l’hydroélectricité

Aristide Bergès (1833-1904)
Aristide Bergès (1833-1904)

On doit le développement de l’hydroélectricité à Aristide Bergès (1833-1904), un Gascon de Lòrp (aujourd’hui Lorp-Sentaraille) en Coserans (Couserans.) Son père est papetier.

En 1867, il s’installe en Isère et fonde une râperie de bois qu’il fait fonctionner à l’énergie hydraulique. Il crée une conduite forcée qui alimente une turbine. En 1882, il a l’idée d’ajouter une dynamo sur ses turbines. Il produit de l’électricité pour son usine. Cette énergie électrique, il l’appelle la houille blanche. Le succès est tel que le Service des Forces Hydrauliques, dépendant des Ponts et Chaussées, est créé en 1894.

Aristide Bergès fournit de l’électricité à toute la vallée et alimente le tramway de Grenoble dès 1896. Son fils Maurice crée, en 1909, la 1ère ligne à haute tension pour transporter l’électricité de Grenoble à Saint-Chamond.

Joachim Estrade (1857-1936)
Joachim Estrade (1857-1936)

Un autre Gascon, Joachim Estrade (1857-1936) de Beireda e Jumet (Beyrède-Jumet) en vath d’Aura (vallée d’Aure), amène l’électricité dans la vallée de l’Aude. Il crée une usine d’ampoules électriques et installe, en 1900, la ligne haute tension qui relie Axat et Perpignan. De 1925 à 1932, Joachim Estrade construit le barrage de Puyvalador, toujours dans l’Aude.

C’est le développement du chemin de fer qui entraine la construction des barrages hydroélectriques dans les Pyrénées. La Compagnie des Chemins de fer du Midi construit le barrage de l’Oule en vallée d’Aure qui est mis en service en 1922. En 1929, elle crée la SHEM (Société Hydro-Electrique du Midi) qui exploite encore 12 barrages dans les Pyrénées.

La construction des barrages

Barrage poids du Lac de Caillaouas (Vallée du Louron)
Barrage poids du Lac de Caillaouas (Vallée du Louron)

La France s’industrialise et les besoins en énergie sont grands. La loi du 16 octobre 1919 prévoit que : Nul ne peut disposer de l’énergie des marées des lacs et des cours d’eau, quelque soit leur classement, sans une concession ou une autorisation de l’État.

C’est la première loi sur l’eau qui définit le système des concessions. Dès lors, les constructions de barrages se multiplient, notamment après la deuxième guerre mondiale. On peut voir trois grands types de barrage : les barrages-poids où la masse du barrage s’oppose à la masse d’eau, les barrages-voute avec une forme en courbe qui reporte une partie de la pression sur les rives, et les barrages à contreforts qui reportent une partie de la pression sur le sol. La technique des barrages en voute apparait après 1952 et permet de construire des barrages dans des vallées plus larges.

Barrage à contreforts du Lac de Miguélou (Arrens-Marsous)
Barrage à contreforts du Lac de Miguélou (Arrens-Marsous)

Les principaux barrages des Pyrénées gasconnes sont : les barrages d’Oô (mis en service en 1920), d’Artouste (1929), de Caillaouas (1940), d’Araing (1942), de Fabrègues (1947), du Tech, de Gréziolles et du Portillon (1951), des Gloriettes (1952), d’Escoubous et de Cap de Long (1953), de Bious-Artigues (1957), Miguélou (1958).

Ces barrages alimentent des usines de production d’électricité. Plusieurs barrages reliés par des conduites forcées, parfois creusées dans la montagne, peuvent être nécessaires pour fournir la quantité d’eau voulue. La centrale de Pragnères (Hautes-Pyrénées) est alimentée par trois barrages (Oussoué, Cap de Long et Escoubous) et 40 Km de galeries de conduites forcées.

Le chantier du barrage de Migouélou à l'arrêt pendant l'hiver (1958)
Le chantier du barrage de Miguélou à l’arrêt pendant l’hiver 1958

Si la grande époque de la construction des barrages est révolue, la nécessité de produire des énergies renouvelables implique la construction de nouveaux barrages dans les Pyrénées : Pla de Soulcem en 1983, Garrabet en 1984, Laparan en 1985 et Olhadoko en 1996.

 

De véritables prouesses techniques

Le système du Néouvielle
Le système du Néouvielle (lacs, étangs, barrages, conduites et centrales)

Approvisionnement du chantier de Pragnères avec des mulets
Approvisionnement du chantier de Pragnères avec des mulets

Toutes les montagnes sont équipées de barrages et de centrales hydroélectriques, comme l’immense barrage de Serre-Ponçon dans les Hautes-Alpes construit en 1960. Mais, c’est dans les Pyrénées que l’on trouve les aménagements les plus complexes d’un point de vue technique. Leur construction relève d’une véritable épopée.

La construction de barrages commence dès 1870 par l’aménagement du lac d’Orédon pour alimenter le canal de la Neste et envoyer de l’eau pour alimenter les cours d’eau du Gers. L’approvisionnement étant insuffisant, on aménage le lac de Caillaouas puis le lac d’Aumar et celui de Cap-de-Long. L’eau du lac d’Aumar se déverse dans celui d’Aubert, celle des lacs d’Aubert et de Cap-de-Long dans ceux d’Orédon et de Caillaouas avant de se jeter dans la Neste. Le tout est opérationnel dès 1906.

Transport de matériel avec des boeufs (non localisé)
Transport de matériel avec des bœufs (image non localisée)

De véritables prouesses techniques et humaines permettent leur construction. Le lac du Caillaouas, situé au-dessus de Loudenvielle, nécessite 2 ans de travaux rien que pour aménager la piste permettant de transporter les matériaux de construction.

Le lac de Cap-de-Long emploie 28 paires de bœufs pour approvisionner chaque jour le chantier en chaux et en ciment. Il faut aussi organiser le ravitaillement et l’hébergement des ouvriers. Et encore, les travaux ne durent que de juin à novembre en raison du froid et de la neige.

Les ouvriers sont essentiellement des Espagnols, des Nord-Africains, des prisonniers de guerre allemands. En 1951, sur les 3 250 personnes travaillant sur les ouvrages de Pragnères, on compte 41 % d’Espagnols, 22 % de Nord-Africains, 30 % de Français… Ces travaux gigantesques ont provoqué la mort de 24 ouvriers.

L’hydroélectricité a-t-elle un avenir ?

La production hydroélectrique ne couvre que 12 % de la consommation française. Elle varie chaque année suivant les conditions climatiques. Elle tient une bonne place dans le total des énergies renouvelables qui ne comptent que pour 25 % de la production totale d’électricité.

L’hydroélectricité est une énergie très efficace puisqu’elle transforme 70 à 90% de l’énergie de l’eau en électricité. C’est le meilleur rendement de toutes les formes d’énergie (par exemple, les panneaux solaires permettent de transformer entre 8 et 22% de l’énergie solaire en électricité).

Schéma de principe d'une micro-centrale électrique
Schéma de principe d’une micro-centrale électrique

Cependant, le potentiel de production hydroélectrique par des barrages de montagne atteint son maximum (95 %). De petits aménagements sur les centrales existantes permettent encore un gain de production.

On se tourne vers ce que l’on appelle la petite hydraulique, c’est-à-dire des turbines de petites dimensions. C’est dans ce cadre que l’on voit revivre des moulins dont on exploite les droits d’eau pour les transformer en petites centrales de production hydroélectrique. On utilise aussi l’énergie des conduites d’eau potable.

Les barrages d’Occitanie couvrent 26 % de la consommation d’énergie électrique de la région, ceux de Nouvelle Aquitaine, 7,5 %.

Le régime des concessions de 1919 arrive à son terme. Pour leur renouvèlement, la France a choisi de les regrouper par vallées. Devant les protestations des élus de montagne, un système de partenariat public-privé a été retenu, associant les élus locaux sous la forme de SEM (sociétés d’économie mixte).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

L’hydroélectricité et la loi du 16 octobre 1919 relative à l’utilisation de l’énergie hydraulique, Claire-Cécile Garnier
Les différentes formes de barrage, EDF
Lacs de barrage, Lacs des Pyrénées
L’histoire de l’énergie hydraulique, SirEnergies, 2023
L’aventure de l’hydroélectricité (1924-1949), Un constructeur de la France du XXe siècle, Pierre Jambard
SHEM histoire
L’ABC del Saber: energia, Edicions Reclams, 2024




L’agriculture gasconne, de nouvelles pistes

Si l’agriculture a très peu évolué pendant des siècles, elle vit depuis quelques décennies des bouleversements incroyables. Quelques expériences.

L’agriculture aux temps anciens

À l’arrivée des Romains, la Gascogne cultivait le blé, la vigne, les fèves et élevait des porcs. Les fundi aquitano-romains puis les abbayes contribuèrent à déboiser et augmenter les espaces cultivés.

Calendrier de Pietro Crescenzi, XIII° siècle, Travaux des douze mois de l'année, Calendrier extrait du Rustican, de Pietro Crescenzi vers 1300
Calendrier de Pietro Crescenzi, XIIIe siècle, Travaux des douze mois de l’année, Calendrier extrait du Rustican, de Pietro Crescenzi vers 1300 © Wikipedia

Jusqu’au XVIIIe siècle, l’agriculture varie peu même si elle intègre quelques fruits exotiques apportés par les croisés. Les familles pratiquent la polyculture, cultivent des céréales, les milhs, élèvent des volailles, du porc, des ovins dans certaines contrées et quelques bovins.

Ce sont les sols et le climat qui imposent cette polyculture. Elle rend les bòrdas (fermes) autosuffisantes.

Puis, au XVIIIe siècle, d’Etigny révolutionne l’agriculture gasconne. C’est qu’il faut lutter contre les sécheresses, les disettes et apporter de la nourriture à une population qui augmente. Ainsi il favorise la construction de routes, la création de sociétés agricoles, les défrichements, l’ajout de marne pour engraisser les champs, l’introduction de nouvelles plantes, d’arbres fruitiers, du maïs, de la pomme de terre

Les temps modernes

Au milieu du XIXe siècle, 75% de la population (20 millions de personnes) est agricole. Les superficies de pâturages sont plus importantes, avec l’abandon deus vacants (des jachères) pour les prairies artificielles, c’est-à-dire ensemencées de légumineuses (lusèrna, esparcet – sainfoin, trèule – trèfle…). Arrivent les engrais, les premières machines. Toutefois, les propriétés restent petites, les progrès techniques sont lents, les crédits quasi inexistants à part ceux des usuriers.

Une crise entraine une terrible baisse des prix en 1875 : ils sont divisés par 2 entre 1875 et 1895 !  Le phylloxera tue les vignes. Globalement, l’agriculture perd la maitrise de ses terres et dépend de plus en plus de l’industrie et de la distribution. Parallèlement, l’industrie se développe et a besoin d’ouvriers.

La première guerre mondiale va décimer les paysans : 550 000 sont tués, 500 000 reviennent blessés, ils représentent 20% des agriculteurs.

Battage à l'aide d'une batteuse manuelle en 1932. Le gerbier est au premier plan, le pailler au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l'aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite).
Battage à l’aide d’une batadera (batteuse) manuelle en 1932. Le garbèr (gerbier) est au premier plan, le palhèr (pailler) au second. La paille et le grain sont triés au sol sur l’aire à la sortie de la batteuse (en bas à droite) © Wikipedia

En 1945, les actifs français ne sont plus qu’un tiers à travailler dans l’agriculture, pour un tiers dans l’industrie ou le bâtiment et un tiers dans les services. Ce n’est pas fini. Aujourd’hui 75% des Français travaillent dans les services et les agriculteurs ne sont plus que 1,5% de la population active, selon l’INSEE.

La situation actuelle

La France reste la première puissance agricole européenne, le cinquième exportateur au niveau mondial, grâce aux exportations de vin. Mais depuis 1974, les prix des volailles, des porcs ou des céréales ont été divisé par 4.

Élevage de volailles en batterie © Fred TANNEAU/AFP
Élevage de volailles en batterie © Fred TANNEAU/AFP

De plus, les importations ont augmenté :

  • un poulet sur deux consommés en France est importé ;
  • 56% de la viande ovine consommée en France est importée ;
  • 28% des légumes et 71% des fruits consommés en France sont importés.

Les agriculteurs gascons innovent

Puisqu’il y a un salon de l’agriculture à Paris, pourquoi pas un salon dans nos terres, un salon a la bòrda ? Il existe depuis quatre ans (cette année du 15 au 25 février). L’occasion de voir par soi-même les grands défis de l’agriculture et les solutions proposées par nos agriculteurs gascons. Ils montrent à la fois comment ils souhaitent regagner notre souveraineté alimentaire et comment ils prennent en compte les grandes questions d’actualité : énergie, environnement.

En fait, beaucoup de personnes ont conseillé les agriculteurs et pas toujours à raison. Par exemple, un champ de maïs arrosé selon les conseils donne 13,4 tonnes à l’hectare, pas arrosé du tout, 12 t/ha !

L’exemple de la ferme des Mawagits

Guillaume Touzet et Grégoire Servan de la Ferme des Mawagits à Saint-Elix d'Astarac (32)
Guillaume Touzet et Grégoire Servan de la Ferme des Mawagits à Saint-Elix d’Astarac (32) © La Dépêche Photo DDM, Nédir Debbiche.

De nombreux agriculteurs locaux optent pour l’agroforesterie, permettant d’assurer le renouvellement des ressources naturelles comme l’eau ou les sols, de favoriser la biodiversité tout en assurant une production correcte.

C’est l’expérience de Guillaume Touzet, employé chez Arbres &, Paysages 32, et son ami Grégoire Servan, ingénieur agronome au sein de l’association française d’agroforesterie. Ils créent en 2018 la Ferme des Mawagits à Sent Helitz d’Astarac [Saint-Elix]. Mais les deux compères ne sont pas des agriculteurs de souche et ils tâtonnent. Les gens du cru les surnomment gentiment les mauagits [maladroits], nom qu’ils adoptent pour leur ferme.

Carine Fitte et Hélène Archidec du Domaine de Herrebouc
Carine Fitte et Hélène Archidec du Domaine de Herrebouc à Saint-Jean-Poutge (32) © www.tourisme-gers.com

Ils s’intéressent à l’agroécologie et réalisent des ateliers, des conférences et des visites guidées pour sensibiliser le public.  Et ils développent la gemmothérapie avec l’aide d’une naturopathe. Cette expérience est un succès.

De façon similaire, des producteurs comme Carine Fitte et Hélène Archidec assurent leurs cultures en régénérant les sols  par l’utilisation de préparations naturelles. Ainsi, elles produisent depuis 2004, des vins biodynamiques au domaine de Herrebouc, à Sent Joan Potge [Saint-Jean-Poutge].

L’exemple de la ferme des trois grains

Jean-Jacques Garbay
Jean-Jacques Garbay à Saint-Médard (32) © YouTube

À Sent Mesard [Saint-Médard], près de Miranda [Mirande], Jean-Jacques Garbay et son neveu Bastien Garbay développent une chaine respectueuse de la culture des grains à la vente de pain. Il procèdent à des cultures d’été et des cultures d’hiver.
L’engrais utilisé est de l’engrais vert, c’est-à-dire un mélange de luzerne, féverole, avèze, navette ou moutarde blanche, facélie. Toutes ces plantes apportent quelque chose au sol. Par exemple, lo favarilh [la féverole] fixe l’azote de l’air et en laisse une partie dans la terre. Tout d’abord, nos agriculteurs labourent les champs pour mélanger ces plantes à la terre, puis ils les brossent en surface et les binent pour supprimer lo percàs, lo virèish bref les mauvaise herbes. Enfin, ils sèment les plantes selon les souhaits : soja, tournesol, sorgo, colza ou blés, le tout sans amendement ni engrais.

Bastien Garbay DR
Bastien Garbay DR

Toute l’astuce est de laisser les vers de terre (3 tonnes à l’hectare) faire leur boulot :  ils percent le sol dans tous les sens, permettant le passage de l’eau et de l’air ; aucun besoin d’intervenir ni de travailler la terre en profondeur, donc pas de consommation d’énergie fossile.

En particulier, Bastien Garbay, paysan boulanger du blé au pain, a planté 24 ha de blés anciens et modernes, de blés de population (variétés anciennes semées mélangées). C’est tout récent puisque sa première récolte date de l’an dernier.

La fabrication du pain

Moulin Astrié © Les Graines de l'Ami Luron
Moulin Astrié © Les Graines de l’Ami Luron

Un meunier a moulu le grain de Bastien mais il aura bientôt son moulin à farine à meules de pierre, appelé moulin Astrié du nom de son fabricant français, Astréïa. Ce moulin écrase le grain de façon progressive, lentement, sans le chauffer ni lui faire perdre ses qualités ; il produit ainsi une farine excellente.

De plus, comme le faisaient les anciens, Jean-Jacques a construit lui-même un four. Une partie est maçonnée, l’autre métallique avec deux niveaux et des plans rotatifs qui permettent de surveiller le pain qui cuit. Le feu atteint 1000°C et le four 250°C avec un excellent rendement de 90%.

Vous voulez gouter le pain au levain de Bastien ? Un petit épeautre, un seigle ou un méteil comme l’aimait Jean-Géraud d’Astros (mélange seigle et blé) ? Dans un poème de 1636, Beray e naturau Gascon, le poète dit en parlant du paysan :

J-G d’Astros (1594 – 1648) © Wikipedia

Que se sap perbesioun tabenc
De pan é bin ou mitadenc

Il sait qu’il a aussi en réserve
Du pain et du vin ou du méteil

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, O. Perez, 1944.
L’histoire des paysans français, Éric Alary, 2019.
La France, un champion agricole mondial : pour combien de temps encore ? Rapport d’information n° 528 (2018-2019), déposé le 28 mai 2019.
Les cinquante ans qui ont changé l’agriculture française, Économie rurale, Lucien Bourgeois, Magali Demotes-Mainard, 2000.




Auch, aujourd’hui et demain

Après la Révolution Française, Auch s’était assoupie. L’ancienne capitale de la grande Généralité d’Auch n’était plus qu’un chef-lieu de département, mal desservi. Même les autoroutes l’ont évitée ! Heureusement, la ville ne manque pas d’atouts. Et depuis plusieurs décennies, elle prend son destin en main.

Auch se protège des débordements du Gers

Auch, inondations du Gers en 1977
Auch, inondations du Gers en 1977

Le Gers qui traverse Auch est une rivière capricieuse. Ses débordements étaient fréquents.  D’ailleurs, le maire Jean Laborde précise en 1977, première année de son premier mandat : Le Gers débordait presque tous les ans, on installait alors de petits ponts de bois. Et différents projets, plus gigantesques les uns que les autres, envisageaient de canaliser le Gers dans un tunnel et de construire une route par-dessus.

La grande crue de 1977

En fait, en juillet 1977, toute la Gascogne connait des crues exceptionnelles. Des orages et des pluies abondantes s’abattent au pied des Pyrénées, parfois pendant 17 heures d’affilée. Et en quelques heures, l’eau déborde : la Baïse, le Gers, la Gimone, la Save et leurs affluents atteignent rapidement leur niveau d’alerte.

Dans la nuit du 8 juillet, la Save transformée en torrent déborde et fait 5 morts dans le centre de vacances de l’Isle-en-Dodon. À 9 heures, la ville basse d’Auch est submergée. Le débit est si fort que deux ponts sont emportés, 5 personnes périssent et 5 000 autres sont sinistrées. Enfin, la décrue s’amorce vers 16 heures.

Au total, dans le département du Gers, cette crue fait 16 morts et plus de 6 000 sinistrés. Plus de 50 000 hectares sont submergés et 18 ponts sont emportés.

La rivière et ses abords sont aménagés

Auch , Promenade Claude- Desbons
Auch, Promenade Claude-Desbons © Grand Auch Cœur de Gascogne

Auch a déjà été touchée par de grandes inondations en 1835, 1855, 1875, 1897 et en 1952. pour ne parler que des derniers siècles. Cette fois-ci,  des études hydrauliques permettent de bien mesurer les risques. Ainsi, Jean Laborde, en plus des travaux de reconstruction, lance de grands chantiers de canalisation du Gers et de réaménagement des berges dans sa traversée de la ville. Le lit est creusé, les berges rehaussées.  Il lui faudra deux mandats pour faire aboutir ces travaux.

Puis, Claude Desbons, qui lui succède en 1995, fait transformer les berges du Gers en une grande promenade de 4 km qui, depuis son décès, portent son nom.

Un nœud de communication à consolider

ransport du plan horizontal de l'Airbus A380 sur l'Itinéraire Grand Gabarit
Transport du plan horizontal de l’Airbus A380 sur l’Itinéraire Grand Gabarit © Wikimedia Commons

Auch est située au centre de la Gascogne. Autrefois isolée des grands centres urbains, ses communications s’améliorent.

La Route nationale 124 qui la relie à Toulouse devient une route à deux fois 2 voies. La déviation de Gimont est ouverte en 2022. Et les 13 km restants doivent passer en deux fois deux voies en 2027. Cette liaison directe avec Toulouse permet de bénéficier de la proximité de la capitale régionale tout comme Gimont en a profité par l’implantation d’entreprises. Les travaux d’élargissement de la RN124 ont été réalisés dans le cadre du projet de l’Itinéraire Grand Gabarit. Il  permet d’acheminer des tronçons d’Airbus du port de Langon jusqu’à Toulouse. Ainsi, les routes du Gers (et des départements limitrophes) ont bénéficié d’importants aménagements pour permettre la circulation des convois exceptionnels.

Auch, Parc Commercial du Grand Chêne
Auch, Parc Commercial du Grand Chêne © Le Journal du Gers

De même, la RN 21 entre Agen et Auch doit faire l’objet de grands travaux d’amélioration de la sécurité et de mise ponctuelle en deux fois deux voies. Bien sûr, cela prendra un peu de temps.

L’amélioration des voies de circulation favorise l’implantation de grandes zones d’activités, à l’Est vers Toulouse et au sud vers Tarbes. Entreprises et emplois s’y concentrent même si ce peut être au détriment de l’activité du centre-ville.

Les connexion ferroviaires d’Auch s’améliorent

La gare SNCFd'Auch
La gare SNCF d’Auch © Le Journal du Gers

La gare d’Auch est le terminus de la seule ligne de chemin de fer qui la relie à Toulouse en 1 h 30. Point intéressant : la Région a retenu cette ligne pour mettre la signalisation des gares en occitan. Ainsi, depuis 2020, les annonces d’accueil et d’arrivée à bord des trains sont en occitan. Pour cela, une professeure d’occitan de Samatan prête sa voix.

Les voies ferrées du Gers existantes ou ayant existé
Les voies ferrées du Gers existantes ou ayant existé

Élus et associations se battent pour rouvrir la ligne entre Auch et Agen, d’abord aux marchandises, ensuite aux voyageurs pour connecter Auch à la future LGV. Ainsi, les deux régions Aquitaine et Occitanie créent une société d’économie mixte. Mais celle-ci attend que l’État lui transfère la voie pour commencer les travaux. Avant sa fermeture en 2014, la ligne transportait 160 000 tonnes de marchandises. Le pari est audacieux mais réalisable.

La voie de chemin de fer ne remplacera peut-être pas la ligne de bus entre Auch et Agen. Il y a encore 5 autres lignes qui relient Auch à Mont de Marsan, à Tarbes, à Montauban, à Condom et à Toulouse. Aussi, on parle de réseau en étoile, apanage des capitales.

Citons encore l’aéroport d’Auch avec une piste de 1 900 mètres de long. Hélas, le trafic est en diminution constante comme sur beaucoup d’aéroports secondaires.

On ne s’ennuie pas à Auch

Auch, la rue Dessoles
Auch, la rue Dessoles © Wikipedia

Comme dans beaucoup de petites villes de province, l’on pense qu’on s’y ennuie. Pourtant la vie culturelle à Auch y est riche et diversifiée.

Auch a un vrai parfum de ville historique, elle abrite des monuments de toutes les époques. Dans sa séance du 1er avril 1879, le Conseil général qui délibère sur la mise en place de conférences pédagogiques pour les élèves du primaire, écrit au préfet : Malheureusement Auch n’a pas de Musées, pas de monuments publics dignes d’intérêt, sauf la cathédrale, pas d’autre établissement industriel que l’usine à gaz. Enfin, je ne vois non plus autour de la ville aucun château historique qui mérite d’être visité.

Jugement un peu rapide ! Une promenade dans la haute ville convainc vite du contraire. Par exemple, la rue Dessoles, autrefois camin dret [chemin droit] est un vrai vestige du moyen-âge.

Une animation culturelle tous azimuts

Auch, nocturne au Musée des Amériques
Auch, nocturne au Musée des Amériques © Musée des Amériques

Le Musée des Amériques, héritier du Musée des Jacobins, fondé en 1793, reçoit le label Pôle national de référence en raison de son exceptionnelle collection d’art précolombien. C’est la volonté de son maire, Franck Montaugé.

Ciné 32 est issu d’une association créée en 1967. C’est aujourd’hui un pôle cinématographique reconnu qui programme des films récents à Auch et dans 15 villes du Gers. Son action menée auprès de tout public (adultes, scolaires, etc.) permet de conserver des salles de cinéma que certains distributeurs jugeraient peu rentables. Chaque année, Ciné 32 propose un festival Indépendances et créations qui permet de projeter une cinquantaine de films en avant-première avec la présence de réalisateurs ou d’acteurs.

Auch abrite aussi le Pôle national des arts du cirque, dénommé CIRCA. Le public peut accéder toute l’année aux installations sous un chapiteau baptisé le dôme de Gascogne. Le festival CIRCA reçoit chaque année entre 20 000 et 30 000 spectateurs.

Citons encore Éclats de voix, le festival annuel d’art lyrique qui reçoit les plus grands artistes contemporains. Il est complété de conférences, de classes de maitres, des présentations de chœurs amateurs ou de spectacles réalisés par de jeunes artistes ou des scolaires.

La culture gasconne au présent et au futur

Auch, deux noms pour la même rue
Auch, deux noms pour la même rue

La gastronomie est une évidence pour un Gascon. André Daguin (1935-2019) est né à Auch. Il dirige l’Hôtel de France et obtient deux étoiles au Guide Michelin. Surtout, il revisite la cuisine régionale et devient le promoteur du magret.

Les noms des rues d’Auch sont désormais en français et en gascon. En 1902, le maire d’Auch remplace le nom de rues à consonance religieuse par des noms faisant référence à la période révolutionnaire ou au second Empire. En 1924, certaines rues retrouvent leur ancien nom. Et il faut attendre 2013 pour voir enfin apparaitre le nom gascon des rues du centre-ville : plaça deus Canonges pour la place Salinis, plaça deu mercat deus chivaus pour la place Denfert-Rochereau.

Emilie Castagné, Journaliste Radio et Télévision ©DR
Émilie Castagné, Journaliste de radio et de télévision ©DR

Oui, comme dans toute la Gascogne, à Auch, on parle le gascon. On peut l’y apprendre dans des cours pour adultes ou à l’école. On peut même l’écouter sur Ràdio País qui a un émetteur à Auch sur la fréquence 90,8 FM. Emilie Castagné anime des émissions entièrement en gascon pour donner la parole aux habitants du Gers.

 

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Aush, wikipèdia
Auch, 8 juillet 1977
Plan de prévention des risques, commune d’Auch, Direction départementale des territoires du Gers, 2017
Liste des monuments historiques d’Auch, Wikipedia




Auch, une longue et grande histoire

Auch que certains voudraient capitale de la Gascogne a connu un passé prestigieux avant de s’endormir après la Révolution française. Mais son histoire commence avant les Romains. Puis, archevêques et roi de France en assurent l’embellissement jusqu’à Napoléon III. D’ailleurs, sa devise est Tot solet no pòt Aush [Tout seul, Auch ne peut].

Des Aquitains aux Romains

Elimberri est la capitale du peuple des Ausques, Auscii en latin, qui lui donnent son nom actuel d’Auch, Aush en gascon. Les Romains l’appellent Augusta Auscorum.

Auch - Les fouilles de la villa, © INRAP
Auch, fouilles de la villa, © INRAP

Dans son itinéraire de 333 pour Jérusalem, le pèlerin inconnu la présente dans son document en latin, l’Anonyme de Bordeaux, comme chef-lieu de Civitas Auscius. Située au carrefour des routes de Saint-Bertrand-de-Comminges à Agen et de Toulouse à Bazas, la ville est prospère.

Cependant, c’est Elusa en latin, Eusa en gascon ou Éauze qui est la capitale de la Novempopulanie. Mais elle semble avoir été détruite lors du passage des Vandales en 408. Dès lors, Auch devient le principal centre urbain et administratif de la région.

Auch - Plan de la ville romaine
Auch, plan de la ville romaine

Pourtant on fait assez peu de découvertes gallo-romaines à Auch. L’Institut National de la Recherche Archéologique Préventive (INRAP) réalise des sondages et des fouilles sur la rive droite du Gers. En 2010, de nouvelles fouilles, réalisées avant des travaux sur le réseau du tout à l’égout, permettent de localiser le Forum. Puis, en 2017,  on retrouve les vestiges d’une villa aristocratique du 1er siècle, remaniée au IIIe siècle, avec un ensemble thermal et des mosaïques, le tout dans un état de conservation excellent. Enfin, en 2022, ce sont les vestiges de constructions qui l’on découvre sur la rive gauche du Gers, sans doute en limite de l’ancienne ville romaine.

Les temps troublés font délaisser la basse ville pour la haute ville qui s’entoure de remparts.

Cliquer sur le lien pour accéder à Un reportage de 6 minutes sur les fouilles de la villa romaine menées par l’INRAP  © Office de Tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne

La création de l’Archevêché d’Auch

Nicetius, évêque d’Auch est présent au concile d’Agde en 506. Éauze, ancienne capitale de la Novempopulanie, est détruite une nouvelle fois au IXe siècle, peut-être par les Vikings. En tout état de cause, Auch est érigé en Archevêché en 856.

Au début de la Reconquista (722-1492), les évêchés de Calahorra, de Jaca et de Pampelune sont rattachés à l’archevêché d’Auch. Puis, en 1091, on rétablit l’archevêché de Tarragone. Cependant, l’Archevêque d’Auch gardera une influence politique jusqu’au XIIIe siècle et le titre de Primat de Novempopulanie et du royaume de Navarre jusqu’à la Révolution française de 1789.

Les archevêques et les grands travaux

Auch - la cathérale Saint Marie
Auch, la cathédrale Saint Marie © Wikipedia

François de Savoie (1454-1490) devient archevêque d’Auch en 1483. Il lance les travaux de la cathédrale Sainte-Marie sur les ruines de l’ancienne église romane. Elle ne cesse d’être embellie. C’est encore aujourd’hui, une des plus belles cathédrales du sud-ouest.

Les diocèses d’Aire, de Bayonne, de Bazas, de Comminges, de Couserans, de Dax, de Lectoure, de Lescar, d’Oloron et de Tarbes sont suffragants de l’Archidiocèse d’Auch. Supprimé en 1801 et rétabli en 1817, l’archidiocèse ne comprend plus que les évêchés d’Aire, de Bayonne et de Tarbes. En 1908, l’Archevêque d’Auch ajoute à son titre celui d’évêque de Condom, Lectoure et Lombez. Enfin, en 2002, le diocèse d’Auch n’est plus métropolitain et est inclus dans la province ecclésiastique de Toulouse. Au nom de l’histoire, il garde cependant son titre d’archidiocèse.

L’archidiocèse était le 4ème de France par ses revenus, après ceux de Cambrai, Paris et Strasbourg.

Auch conserve plusieurs témoignages de son passé d’archevêché. Outre la cathédrale Sainte-Marie, le Palais épiscopal occupé par la Préfecture et de nombreuses églises et couvents, il reste le palais de l’Officialité et sa Tour des Archives, haute de 40 mètres, appelée la Tour d’Armagnac, qui est à l’origine une prison épiscopale.

La fin des comtes d’Armagnac

Auch est la capitale des comtes d’Armagnac. Mais les conflits sont nombreux avec l’archevêque. Au XIIe siècle, ils trouvent un compromis : le comte et l’Archevêque se partagent la seigneurie de la ville. C’est ainsi que 16 consuls, 8 venant de la ville comtale et 8 de la ville épiscopale dirigent la ville. Alors les comtes établissent leur capitale à Lectoure.

La Mort de Jean d'Armagnac, lithographie de Delaunois d'après une peinture d'histoire de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia
La Mort de Jean d’Armagnac, lithographie de Delaunois d’après une peinture de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia

La Sénéchaussée d’Armagnac créée en 1473 se trouve peu de temps après installée à Lectoure, sans doute à la suite d’une épidémie qui a régné à Auch. Mais la ville veut récupérer son Sénéchal et le dispute à Lectoure. Plus de cent ans après, en 1639, on divise la Sénéchaussée d’Armagnac en deux : une partie relève d’Auch, une autre de Lectoure !

Les comtes d’Armagnac sont puissants et turbulents. De 1407 à 1435, ils soutiennent le roi de France contre les Bourguignons. Puis, ils se révoltent contre le roi de France. Alors, Louis XI envoie une armée qui assiège Lectoure en 1473. Jean V d’Armagnac est tué et c’est la fin de la maison d’Armagnac.

Que reste-il aujourd’hui de la ville médiévale ?

Auch, une pousterle

La liaison entre la ville haute et la ville base se fait par des ruelles très pentues parfois munies d’escaliers : les pousterles. Elles ont pour la plupart conservé leur nom gascon : la pousterle des colomats, postèrla deus colomats [poterne des pigeons], la pousterle de las oumettes, postèrla de las omètas [poterne des ormeaux], ….

 

 

 

Auch, l'escalier de la Maison d'Henri IV
Auch, l’escalier de la Maison d’Henri IV

Il reste de nombreux témoignages de la ville du Moyen-âge : ruelles étroites, traces des remparts, porte fortifiée d’Arton, restes de portes fortifiées pour isoler chaque quartier de la vielle ville. De la période Renaissance, il reste de magnifiques maisons à colombage comme la maison Fedel. La maison dite de Henri IV dans laquelle il aurait demeuré en 1578 avec Catherine de Médicis et Marguerite de Valois, sa future épouse, présente une cour et un magnifique escalier.

Auch, métropole de la Gascogne

Auch, l'Intendant d'Étigny
Auch, l’Intendant d’Étigny, à l’entrée des allées du même nom

En 1716, on réorganise les trop grandes Généralités de Bordeaux et de Montauban. Et on crée la Généralité d’Auch. Ses limites fluctuent dans le temps : 1751, rattachement de l’Intendance de Pau ; 1767,  création de l’Intendance de Bayonne ; 1774, regroupement des deux Intendances ; 1775, rattachement du Labourd, des Lannes, du Marsan et du Gabardan à la Généralité de Bordeaux ; etc.

L’édit prévoit la création d’un Bureau des finances composé d’un nôtre Conseiller Président, huit nos Conseillers Trésoriers de France Généraux de nos Finances & Grands Voyers dont l’un fera garde-scel, d’un nôtre avocat, un nôtre Procureur, d’un Greffier en Chef, d’un premier huissier Garde-Meubles, de quatre Huissiers & de six Procureurs postulants. Avec tout ce personnel, la prospérité de la ville est assurée.

Les bâtiments de l’Intendance se situent dans des maisons louées. L’intendant réside à Pau, plus commode.

L’intendant d’Étigny

C’est l’Intendant d’Etigny (1719-1767) qui s’installe à Auch qu’il trouve comme un gros village, affreux par sa situation, par ses abords et par mille defectuosités qui en rendent le séjour detestable.

Antoine Mégret d’Etigny transforme la ville d’Auch qui connait un véritable âge d’or. Ainsi, il fait élargir les rues pour faciliter la circulation, construire la place de la Patte d’Oie dans la basse-ville et la place de la Porte-Neuve dans la ville haute qui servent de carrefour aux routes royales qu’il fait construire. Il crée une voie nouvelle reliant les deux parties de la ville et le pont qui traverse le Gers, inauguré en 1715. Puis il fait construire le bâtiment de l’actuel hôtel de ville, l’hôtel de l’Intendance, le théâtre à l’italienne, une promenade (allées d’Etigny).

En 1759, on bâtit l’Hôtel de l’Intendance. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un bâtiment classé au titre des Monuments Historiques, occupé par La Poste. Une partie du mobilier et des décors ornent les salons de la Préfecture qui occupe l’ancien palais épiscopal.

Les embellissements du XIXe

À la suite du coup d’Etat de 1851, le préfet Féard initie une deuxième phase d’embellissement d’Auch. En effet, la ville se révolte et on déporte 338 Auscitains en Algérie. Aussi, pour calmer la situation, le préfet lance de grands travaux et donne du travail aux pauvres. Les aménagements reprennent en partie les projets d’Etigny qu’il n’a pu réaliser, faute de finances.

Antoine de Salinis (1798-1861), archevêque d’Auch de 1846 à 1861

De concert avec l’archevêque Antoine de Salinis, le préfet lance la réalisation du grand escalier monumental qui relie la partie haute et la partie basse de la ville. On démolit des bâtiments de l’archevêché pour créer la place Salinis. Au bout des allées d’Etigny, on construit un nouveau tribunal et une prison ; on installe des fontaines dans la ville. L’inauguration de l’escalier a lieu en 1863. Puis, le sculpteur tarbais Firmin Michelet réalise la statue de d’Artagnan en 1931. L’escalier monumental est entièrement rénové entre 2012 et 2015.

En souvenir de d’Etigny, on érige une statue de marbre en 1817 au centre de l’escalier qui mène à la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Auch, l'escalier monumental et la Tour d'Armagnac © Wikipedia
Auch, l’escalier monumental et la Tour d’Armagnac © Wikipedia

Références

Le concile d’Agde et son temps, Sous la direction de J.-C. Rivière, J.-P. Cros et J. Michaud, 2006

From Augusta Auscorum to Besino : investigating a section of the antique road Burdigala- Tolosa, Pallas, Fabien Colleoni, 2010

Influence des métropolitains d’Eauze et des archevêques d’Auch en Navarre et en Aragon, depuis la conquête de l’Espagne par les musulmans jusqu’à la fin du onzième siècle, Annales du Midi, Jean-François Bladé, 1897




Aristide Bergès, un progressiste

Le Coseranés Aristide Bergès est le pionnier de l’hydroélectricité. Brillantissime, il est à l’origine d’une révolution.

La famille Bergès et ses racines couseranaises

Pierre Bergès, le père d'Aristide
Pierre Bergès (1800-1891), le père d’Aristide

La famille Bergès vit dans le Coserans (Couserans) dans la région de Sent Líser (Saint-Lizier). Ce sont des artisans : maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, meuniers… L’un d’eux, Bertrand Bergès suit une formation de compagnon papetier à Sarrancolin (Hautes-Pyrénées).

À la Révolution, les biens des nobles deviennent propriété nationale. Alors, les deux frères Laurent et Bertrand Bergès achètent un des moulins de Lòrp (Lorp) qui appartenait à la baronne de Taurignan Pointis. Ce moulin passera au fils de Bertrand, Pierre Bergès. Puis, le 23 juillet 1827, Pierre épouse Jeanne Marie Victoire Foch, fille d’un fabricant de papier de Sent Líser. Ils auront 8 enfants dont 4 mourront en bas-âge. Mais Pierre est cultivé et veut instruire ses fils : Aristide, Étienne-Bertrand, Achille, Philippe. Aussi il prend un précepteur à domicile.

Pierre Bergès, le père papetier

La famille est ouverte, moderne, progressiste. Elle est à l’écoute de son temps. Ainsi, Pierre Bergès s’équipe d’une machine à papier, une invention de Louis-Nicolas Robert (1761-1828). Cette machine économise de la main d’œuvre et surtout permet non plus de sortir des feuilles une à une mais de faire un large et long ruban de papier. Son principe consiste à verser de la pâte à papier dans une grande cuve, puis une roue à écopes la déverse sur une toile métallique sans fin, en rotation et en vibration permanente, ce qui permet l’égouttage de la pâte. La feuille qui se forme ainsi est pressée entre des cylindres de presse garnis de feutres, puis s’enroule sur des bobines installées au bout de la machine. Plus tard, en 1848, Pierre achète une deuxième machine entrainée par trois turbines hydrauliques de type Fourneyron. C’est novateur et bien plus efficace que les roues à eau.

Maison natale d'Aristide Bergès et ancienne papeterie de Prat du Ritou à Saint-Lizier (09)
Maison familiale d’Aristide Bergès et ancienne papeterie de Prat du Ritou à Saint-Lizier (09)

Aristide Bergès, le fils ingénieur

Premiers locaux de l'Ecole Centrale à l'Hôtel de Juigné (aujourd'hui musée Picasso)
1ers locaux de l’École Centrale à l’Hôtel de Juigné (aujourd’hui musée Picasso)

Revenons au fils, Laurent, Arnaud, Aristide, Marcellin Bergès qui nait le 4 septembre 1833 à Lòrp (Lorp) dans le Coserans (Couserans). Après l’éducation primaire à la maison, Aristide continue sa scolarité au pensionnat Saint-Joseph à Tolosa (Toulouse). Il est très brillant et, avec les encouragements de ses professeurs, il passe l’examen d’entrée à l’École Centrale des Arts et Manufactures (créée en 1829), aujourd’hui l’École Centrale de Paris. Sa plus mauvaise note sera un 18 à un oral de mathématiques.

Aristide est le benjamin de l’école, il a tout juste 16 ans quand il y entre. Il est timide, a l’accent gascon et se sent bien petit à côté de ses camarades de familles aisées. Si ses camarades sortent très souvent, lui ne peut se payer qu’une place de parterre dans un petit théâtre une fois par mois. Dès lors, il restera sensible aux différences sociales. Cependant, Aristide obtient son diplôme en 1853. Seuls 46 des 134 élèves du début du parcours l’obtiennent. Et il sort deuxième. Il a choisi la spécialisation chimie en vue de la reprise de la papeterie familiale.

Des débuts difficiles pour Aristide

Aristide Bergès
Aristide Bergès

Ayant fini ses études, Aristide travaille à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest nouvellement créée. Puis, en 1856, un de ses camarades de Centrale lui propose une association pour reprendre une usine de toiles imperméables à Caudéran, à côté de Bordeaux. Aristide démissionne, mais son père refuse de lui avancer l’argent et rencontre l’industriel vendeur. Par ses propos, il humilie son fils. Toutefois, le vendeur accepte d’aider financièrement les deux jeunes repreneurs.

Cette même année, Aristide rencontre la Toulousaine Jeanne Marie Raymonde Cardailhac, tailleuse de robes. Encore une fois, le père s’interpose et refuse cette union, la jeune femme est pauvre et a 9 ans de plus que son fils. Alors, les jeunes amoureux fuient à Londres pour se marier le 27 septembre 1856.  Pour survivre, Aristide est contraint de trouver un poste. Ce sera à Cordoue, à la Compagnie des chemins de fer de Séville. Mais il a des dettes et n’est toujours pas majeur. Son père envoie une lettre aux dirigeants à Séville pour déclarer que son fils n’est pas marié.

Aristide est contraint de démissionner. Le couple rentre à Toulouse. Enfin majeur (à 25 ans), il obtient du tribunal la mainlevée de l’opposition de ses parents. Il peut signer le contrat de mariage devant notaire le 6 avril 1859 et se marier à la mairie de Toulouse. Le tribunal oblige même ses parents à lui verser une pension alimentaire. Les relations avec son père s’apaiseront peu à peu.

Les débuts de l’ingénieur Aristide Bergès

En 1860, Aristide entre à la Compagnie générale des asphaltes probablement grâce à des camarades de Centrale. L’année suivante, le père consent enfin à aider son fils à la condition expresse qu’il renonce à jamais à l’utilité du jugement rendu par le tribunal civil de Saint-Girons. En effet, ce jugement entache l’honneur de Pierre Bergès et provoque même des rumeurs sur sa solvabilité.

Le défibreur de Bergès installé à Lorp en 1862
Le défibreur de Bergès installé à Lorp en 1862

Aristide s’installe à Maseras de Salat (Mazères-sur-Salat). Là, il construit une râperie de bois qu’il a mise au point. Une fois l’écorce enlevée, la machine râpe les troncs et libère les fibres du bois. Elles feront la pâte à papier.

Or, les papetiers Amable Matussière (1829-1901) et Gabriel Fredet (1829-1904) sont deux camarades centraliens de notre Aristide, à peine plus âgés. Ils veulent mettre en place une râperie dans l’usine d’Amable à Domène dans l’Isère. Et ils font appel à lui en 1867.

La papeterie du Lancey au début du 20e siècle. On voir les canalisations forcées qui descendent de la Cimbe de Lancey
La papeterie du Lancey au début du 20e siècle. On voit les canalisations forcées qui descendent de la Combe de Lancey

Grâce à Amable, Aristide s’installe à Villard-Bonnot dans l’Isère, au bord du ruisseau de La Combe de Lancey. Là, notre ingénieur crée en 1869 la première conduite forcée en captant une chute de 200 mètres. Elle alimente une turbine permettant d’entrainer les défibreurs de sa râperie de bois. C’est un véritable exploit ! Les débits et la pression de l’eau étaient tels qu’il fallut trouver des matériaux aptes à supporter ces pressions et renforcer les soudures des canalisations.

Aristide Bergès, l’inventeur

La conduite forcée de Bergès
La conduite forcée de Bergès

En fait, dès sa sortie de Centrale, Aristide Bergès témoigne de son inventivité et dépose de nombreux brevets. Par exemple, il crée un appareil rotatif à haute pression pour broyer les roches et en extraire le bitume. il invente la pilonneuse mécanique à vapeur employée à l’asphaltage du terre plain de l’Arc de Triomphe.

Pour le métier de papetier, il dépose aussi de nombreux brevets qui seront des perfectionnements majeurs et durables : recyclage sans fin de la pâte à papier, décantation de la pâte, hélice pour les cuves, pompe spirale pour la recirculation,  serrage hydraulique…

Mais, il marquera surtout son temps par son concept de… la houille blanche.

L’inventeur de la houille blanche

À partir de 1880, l’usine d’Aristide s’agrandit de façon spectaculaire. Aussi, il ajoute une autre conduite forcée, cette fois-ci de 500 mètres, pour monter une papeterie à côté de sa râperie. Mais il n’utilise qu’une partie de l’énergie produite. Alors, il installe une dynamo qui fournit de l’électricité avec la force de la chute d’eau.

Le Lac du Crouzet (1974m)
Le Lac du Crouzet (1974m)

En 1889, Aristide Bergès présente son invention de production électrique à partir de l’eau à l’Exposition universelle de Paris en l’appelant la houille blanche (en allusion à la houille noire, le charbon). Aristide Bergès déclare : les glaciers ne sont plus des glaciers ; c’est la mine de la houille blanche à laquelle on puise, et combien préférable à l’autre [houille noire].

Mais l’irrégularité du débit est dangereuse et nuit à l’installation. Aussi, pour soutenir le débit du torrent, il bâtit en 1892 un barrage sur le lac du Crozet et un siphon à 6 m sous la surface de l’eau. C’est un succès considérable, même si cela lui vaut des procès avec les locaux. Il installe un tramway électrique pour le transport du bois. Et l’énergie hydraulique s’étend à toutes les Alpes du Nord.

Rapidement, les pouvoirs publics réagissent et créent le Service des forces hydrauliques au sein de l’administration des Ponts et Chaussées.

Progrès technique et social

Pour Aristide Bergès, le progrès technique est au service du progrès social. Le papier moins cher, c’est pour lui le livre bon marché, l’instruction à portée de toutes les bourses. De même, il fait installer l’électricité dans les maisons du hameau de Lancey et pousse la municipalité de Grenoble à mettre en place un éclairage public. D’ailleurs, il crée en 1898 la Société d’Éclairage Électrique de Grésivaudan, pour amener le courant à Grenoble et ses environs. C’est autour de la lampe électrique que le soir commencent le repos et la vie de la famille, pour le pauvre comme pour le riche, écrit-il. De plus, pour lui, l’énergie chez soi permet de créer des petits ateliers à domicile.

Il organise aussi des équipements et des services pour les ouvriers de son usine et leurs familles : cité ouvrière, infirmerie, crèche… Lors de sa création, le syndicat des ouvriers papetiers de Lancey rappellera « la part qu’il a prise dans l’émancipation ouvrière ».

Aristide Bergès meurt le 28 février 1904. Il est enterré à Toulouse, avec sa femme Marie Cardailhac. Après un enfant mort-né en début de mariage, ils ont eu cinq enfants dont trois, Achille, Georges et Maurice reprendront les papeteries de Lancey.

Les retombées de la houille blanche

L'institut électrotechnique de Grenoble 1901) vue extérieure lors de sa fondation Rue Général-Marchand, Annexe du Lycée de Jeunes Filles
L’Institut Électrotechnique de Grenoble, vue extérieure lors de sa fondation en 1901, rue Général-Marchand, annexe du Lycée de Jeunes Filles

La houille blanche va donner un élan à la région grenobloise qui se fera connaitre pour ses inventeurs, ses avancées sociales et ses premières écoles d’ingénieurs (début XXe siècle). En effet, pour répondre à cette industrialisation naissante, il faut spécialiser la formation. Après des premiers cours d’électricité, se crée l’Institut Électrotechnique de Grenoble en 1901.

Aujourd’hui, les 32 barrages des Alpes produisent 15 % de la production française d’électricité.

Un lycée et un bâtiment de l’Ense3 (École nationale supérieure de l’énergie, l’eau et l’environnement) portent son nom. La maison Bergès à Villard-Bonnot devient le musée de la Houille BlancheAristide Bergès avait la faculté de prendre des risques et le sens de la communication, indique Cécile Gouy-Gilbert, conservateur du Musée de la houille blanche.

Le Musée de la Houille Blanche aménagé dans la maison familiale d'A. Bergès à Villard-Bonnot (Isère)
Le Musée de la Houille Blanche aménagé dans la maison familiale d’A. Bergès à Villard-Bonnot (Isère)

Enfin, dans sa ville natale de Lòrp e Senta Aralha (Lorp Sentaraille), l’ancienne papeterie familiale et la maison adjacente sont devenues le musée Aristide Bergès.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire industrielle, Aristide Bergès, une vie d’innovateur, Louis André, 2013.
Histoire des papeteries de Lancey, de Bergès à nos jours, Gilbert Coffano, 1999.
Les papeteries de Lancey.
Les grands Centraux, Aristide Bergès, promotion 1852.
Aristide Bergès, inventeur ariégeois, François Baby, 1987.




Jacques Laffitte, un destin peu commun

Les Mansonniens (habitants de Maisons-Laffitte) doivent le nom de leur commune à Jacques Laffitte, banquier et homme politique français qui a pris une part importante dans la Révolution de 1830. Ce que l’on sait moins, c’est que Jacques Laffitte est un Gascon de Baiona (Bayonne).

A 21 ans, Jacques Laffitte quitte le pays

Jacques Laffitte
Jacques Laffitte (1767-1844) © Wikimedia

Jacques Laffitte (1767-1844) nait à Bayonne. Son père Pierre est maitre charpentier. Sa mère s’appelle Etiennette Rogère. La famille est modeste et nombreuse (10 enfants). Jacques fait peu d’études et devient apprenti charpentier chez son père, puis clerc chez un notaire et enfin commis chez un négociant.

En 1788, il a 21 ans. Le voilà qui « monte à Paris » muni d’une lettre de recommandation de son patron pour solliciter un emploi de commis dans les bureaux de la banque Perregaux. Rapidement, il gravit tous les échelons jusqu’à devenir associé de la banque qui s’appelle désormais Perregaux Laffitte et Cie.

De la charpente à la banque

Cependant, en janvier 1800, Napoléon Bonaparte crée la Banque de France sur la proposition de Jean-Frédéric Perregaux. Celui-ci en est le régent (administrateur) et installe son siège dans l’hôtel de Toulouse, rue de la Vrillière, en plein cœur de Paris. À sa mort, en 1808, c’est Jacques Laffitte qui prend cette fonction. Et il la gardera jusqu’en 1821.

En même temps, il devient juge au Tribunal de commerce de la Seine et Président de la Chambre de commerce. Napoléon lui aurait dit : « Je vous connais Monsieur Laffitte, je sais que vous n’aimez pas mon gouvernement, mais je vous tiens pour un honnête homme ».

En tous cas, à la chute de l’Empire, il est nommé Gouverneur de la Banque de France. Il souscrit sur ses fonds personnels une somme couvrant la contribution de guerre exigée par les Alliés. Après Waterloo, il s’oppose à ce que la Banque de France paie les arriérés de solde des soldats de l’Armée impériale et avance la somme nécessaire sur ses fonds propres. De plus, il avance la nouvelle contribution de guerre exigée par la Prusse. Et il évite une crise financière en achetant sur ses fonds des rentes qu’il paye.

En fait, Jacques Laffitte a une fortune considérable. D’ailleurs, il achète le château de Maisons (futur Maisons-Laffitte), le château de Meudon, le château de Breteuil-sur-Iton et un hôtel particulier à Paris.

De la banque à la politique

L’homme est très actif. Le 8 mai 1815, Jacques Laffitte est élu représentant du commerce à la Chambre. Puis réélu député de la Seine en 1816. Et il se spécialise dans les affaires financières. Sans oublier son pays, en 1827, il devient député de la circonscription de Bayonne.

Il prend une part active aux émeutes de 1830. Il transforme son hôtel particulier en quartier général de l’insurrection. Là, les députés constituent une commission municipale.

Les artisans de la victoire de Louis-Philippe en 1830 de gauche à droite. Jacques LAFITTE, Casimir, Périer, Général de La Fayette, Comte Gérard
Les artisans de la victoire de Louis-Philippe en 1830 de gauche à droite, Jacques Laffitte, Casimir Périer, Général de La Fayette, Comte Gérard © Wikimedia

Gérard - Lecture à l'hôtel de ville de la proclamation des Députés (31 juillet 1830).
Gérard – Lecture à l’hôtel de ville de la proclamation des Députés (31 juillet 1830) © Wikimedia

Ainsi, il est l’un des principaux artisans de la proclamation de Louis-Philippe, surnommé roi des Français (et non roi de France). Le 9 aout, il préside la Chambre devant laquelle Louis-Philippe prête serment. Alors, Jacques Laffitte est nommé Président du Conseil et forme le Gouvernement. Il est en même temps ministre des finances.

Mais, le climat politique est tendu. Le procès des ministres de Charles X provoque une émeute. Plusieurs lois sont décidées sans son accord : loi conférant au roi la nomination des municipalités, loi sur la presse, etc.

Perfidement, le roi lui dit : « Il n’y a qu’une chose impossible entre nous, c’est que nous ne soyons pas toujours ensemble ». Pourtant, en coulisses, il cherche à se débarrasser de Jacques Laffitte. L’intervention de l’Autriche en Italie lui en fournit l’occasion. Le roi interdit d’informer Jacques Laffitte de l’intervention militaire. Et celui-ci l’apprend en lisant le journal ! Jacques Laffitte présente en Conseil des ministres son plan d’intervention pour aider les insurgés italiens mais il est repoussé. Le roi a bien préparé le terrain. Aussi, Jacques Laffitte démissionne le 13 mars 1831.

Déçu, Jacques Laffitte retourne à la Chambre des Députés et devient un farouche opposant à la Monarchie de Juillet et à Louis-Philippe.

De la gloire à la ruine

Louis-Philippe observant la faillite de son ami Jacques Laffitte
Louis-Philippe observant la faillite de son « ami » Jacques Laffitte © Wikimedia

La politique entraine des dépenses importantes. De plus, sa banque prête à des industriels qui font faillite et qui ne remboursent pas. La situation devient critique. Il vend la forêt de Breteuil.

Lorsqu’il quitte le gouvernement, Jacques Laffitte est quasiment ruiné. Il doit liquider sa banque en 1831. Ses adversaires politiques l’appellent « Jacques La Faillite ».

Affiche pour le lotissement du parc du château de Maisons-Laffitte
Affiche pour le lotissement du parc du château de Maisons-Laffitte © Wikimedia

De fait, Jacques Laffitte vend son hôtel particulier de Paris et une partie de son domaine de Maisons. Toutefois, il garde le sens des affaires : sur le modèle des lotissements paysagers anglais, il crée une ville composée de maisons de campagne que les parisiens fortunés s’arrachent. Jacques Laffitte crée aussi les premières courses de chevaux. Et la ville de Maisons-sur-Seine prend le nom de Maisons-Laffitte en 1822.

Sa liquidation est terminée en 1836. Il fonde la Caisse Générale du Commerce et de l’Industrie, banque d’affaires destinée à financer les entreprises industrielles. Il en confie la direction à son frère Martin qui a fait carrière comme armateur à Rouen. La banque disparaitra à la mort de Jacques Laffitte. Plus de 20 000 personnes assistent à ses obsèques. Il repose au cimetière du Père Lachaise.

La famille de Jacques Laffitte

Sépulture de Jacques Laffitte au Père Lachaise
Sépulture de Jacques Laffitte au Cimetière du Père Lachaise © Wikimedia

Jacques Lafitte se marie en 1801 avec Marine Françoise Laeut, fille d’un négociant et capitaine de navire. Il a une fille unique qu’il marie à Joseph-Napoléon Ney, le fils du Maréchal Ney.

Un contemporain parisien, Charles comte de Rémusat dira de Jacques Laffitte : « S’il rappelle Necker par sa formation, son optimisme inébranlable et son ivresse de la popularité, Laffitte n’en a pas le recul et l’intelligence ».

Un long poème de dix pages, publié en 1845 sur la vie de Jacques Laffitte portera ces vers :
Pleurez, pleurez, vous tous, vous qui, dans la misère,
Avez reçu les dons de sa main tutélaire.
Pleure, pauvre peuple, maudis les coups du sort,
Tu as perdu ton père, Jacques Laffitte est mort ! 

Références

Wikipédia.
18 janvier 1800, naissance de la Banque de France, André Larané, 2020.
Napoléon.org, Laffitte Jacques, Marc Allégret, 2002.
Jacques Laffitte, poème de P.M. André, 1845. www.gallica.fr




Le Canal des Pyrénées

Comment poursuivre le Canal du Midi au-delà de Toulouse pour rejoindre l’Océan Atlantique ? Les premières études de Louis Galabert portaient sur un canal qui relierait, depuis Toulouse, le canal du Midi au port de Bayonne. Son cout exorbitant lui fait préférer le canal de Garonne qui relie Toulouse à Bordeaux.

Qui est Louis Galabert ?

Grande Armée - Colonel de l'Infanterie de Ligne
Grande Armée – Colonel de l’Infanterie de Ligne

Louis Galabert (1773-1841) nait à Castelnaudary. Son père est négociant, le voilà destiné aux affaires.

À 16 ans, il s’embarque pour Saint-Domingue et échappe de peu au massacre de la révolte des esclaves. En 1792, on l’arrête et on l’emprisonne à Paris comme « suspect »; il s’évade. Il s’engage à Lille au 13ème chasseur à cheval. Hélas, dénoncé, il s’enfuit en Angleterre puis en Espagne. On le considère comme un émigré.

Alors, Louis Galabert part pour les Philippines, la Chine et le Mexique. Puis, il revient à Castelnaudary et s’engage dans l’armée impériale. Chef de bataillon, puis colonel, décoré de la Légion d’honneur, il participe à la bataille de Toulouse en 1814. Démobilisé, demi-solde, il part aux États-Unis en 1817. On le retrouve colonel dans l’armée espagnole en 1820. Enfin, il rentre en France en 1823.

Le projet de Galabert

Le projet du Canal des Pyrénées (édition de 1830)
Le projet du Canal des Pyrénées (édition de 1830) soutenu par la Chambre de Commerce de Toulouse et les maires

Louis Galabert s’engage alors dans le grand projet de réaliser un canal passant par les Pyrénées et reliant l’Atlantique à la Méditerranée.

Le projet n’est pas nouveau puisqu’il apparait la première fois en 1785, revient en 1808, est présenté à l’Empereur puis abandonné. Louis Galabert reprend le projet, il propose de le financer entièrement à ses frais. Il a le soutien de la Chambre de commerce de Toulouse et de 132 maires des communes pyrénéennes qui veulent ce canal.

En 1832, Louis Galabert obtient la concession du Canal Royal des Pyrénées. Malheureusement, il est à court d’argent et les travaux ne peuvent commencer ; alors, la concession est annulée l’année suivante. Pour obtenir de l’argent, Louis Galabert propose à Louis-Philippe la création d’une ville nouvelle située à 20 km de Bayonne au confluent du futur canal des Pyrénées, du Gave de Pau, de l’Adour et de la Midouze. Il l’appelle « Ville de Louis-Philippe ». Mais le projet ne séduit pas.

Il sollicite un emprunt auprès de la Chambre de commerce de Toulouse, fonde une société par actions. C’est un nouvel échec. Louis Galabert est désespéré, il meurt en 1841.

Toutefois, ses plans serviront pour le tracé de la ligne de chemin de fer entre Toulouse et Bayonne.

L’idée de Louis Galabert

Le canal des Pyrénées devait partir de Toulouse, remonter la Garonne par Saint-Gaudens et Montréjeau. Arrivé à Izaux sur la Neste, il devait franchir le point de partage des eaux en souterrain jusqu’à Avezac, descendre ensuite l’Arros en rive droite, puis l’Adour jusqu’au Bec des Gaves où l’Adour devient navigable jusqu’à Bayonne.

Louis Galabert, n’a aucun doute sur la rentabilité du canal des Pyrénées. Les péages, quel qu’en soit le montant, ne dissuaderont pas les armateurs qui doivent faire le tour de l’Espagne par le détroit de Gibraltar avec tous les dangers que cela comporte. L’irrigation permise par le canal augmenterait la production de grains qui seraient ensuite transportés sur le canal. De même, le transport par bateau sur le canal faciliterait l’exploitation du bois, des ardoisières et du marbre de la vallée d’Aure. Bref, un énorme bénéfice à la clé.

Le canal des Pyrénées doit aussi permettre l’envoi des troupes sur la frontière espagnole et leur ravitaillement.

Le Canal Royal des Pyrénées - partie centrale de Saint-Gaudens à Aire sur Adour (projet de 1829)
Le Canal Royal des Pyrénées – partie centrale de Saint-Gaudens à Aire sur Adour (projet de 1829)

Le projet de Louis Galabert

Le canal des Pyrénées doit avoir 22 mètres de large et 3 de profondeur. Il nécessite la construction de 274 écluses pour un trajet de 23 heures de Toulouse à Bayonne. L’ouvrage est alimenté par la Neste. Finalement, une partie de ses eaux sera dérivée dans le canal de la Neste qui alimente les rivières du Gers.

Projet de passage en tunnel sous le plateau de Lannemezan

Le cout de construction du canal des Pyrénées serait de 30 Millions de Francs. Un peu moins que ce qui avait été présenté au roi en 1820.

À raison de 80 centimes du kilomètre, Louis Galabert estime que le péage pour le transport des marchandises se monterait à plus de 5 Millions de Francs chaque année. Avec le transport et l’approvisionnement des troupes en temps de guerre, le revenu grimperait à 7 Millions de Francs.

Avec le projet du canal des Landes entre Lavardac et Mont de Marsan et le projet du canal de la grande Lande qui relie les étangs des Landes entre Bordeaux et Peyrehorade, le projet de canal des Pyrénées doterait la Gascogne d’un réseau de voies navigables.

L’échec du projet de Canal des Pyrénées

S’il est vrai que 132 communes des Pyrénées et les départements de la Haute-Garonne, du Gers, des Hautes-Pyrénées, des Basses-Pyrénées et des Landes soutiennent le projet du canal des Pyrénées, il a aussi beaucoup de détracteurs du côté de la Garonne.

Pourtant, Louis Galabert pense avoir gagné la partie face au projet concurrent du canal de la Garonne. Le concessionnaire connait de graves difficultés financières et les travaux prennent du retard. Mais lorsque l’État reprend à son compte le projet de Canal de Garonne, c’en est fini des espoirs de Louis Galabert.

Le Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute Garonne, dans son numéro du 9 janvier 1840 met en avant les arguments qui s’opposent à la construction du Canal des Pyrénées et les contre-arguments de Louis Galabert.

En premier lieu, le canal a une longueur de 340 km, contre seulement 190 km pour celui de Garonne. La chute d’eau à rattraper par des écluses est de 967 mètres contre à peine 125 mètres pour le canal de Garonne.

En second lieu, les études de Galabert minorent les couts de la construction. Le seul cout du canal souterrain sous le plateau de Lannemezan rend le projet économiquement irréalisable.

Enfin, le temps de trajet est inférieur par le canal de Garonne et on voit mal un bateau payer plus cher un péage pour le transport des marchandises. Enfin, Bordeaux est un grand port de marchandises. Sans le dire, on comprend bien que Bayonne ne tient pas la comparaison…

Bordeaux Sur le quai des Chartrons - Pierre Lacour-1
Vue d’une partie du port et des quais de Bordeaux dits des Chartrons et de Bacalan (1804-1806), Pierre Lacour, musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia
Louis Galabert, Canal royal des Pyrénées, 1827, www.gallica.fr
La vie aventureuse de Louis Galabert, Robert Tauriac et Louis Audebaud, L’Auta, février 2009.
Le projet non réalisé de Louis Galabert, canaldumidi.com
Lettre de la Ligue du Canal Royal des Pyrénées




Faïences de Gascogne

Ordinairement, on mange dans de la vaisselle d’or ou d’argent, n’est-ce pas ? Pourtant, quand Louis XIV fait fondre sa vaisselle d’argent pour payer les frais de ses guerres, toute la noblesse l’imite. Désormais, il faut une nouvelle vaisselle. C’est l’âge d’or de la faïence.

Qu’est-ce que la faïence ?

La faïence est une poterie de terre cuite à 1 050°C pendant 8 heures, que l’on recouvre ensuite d’un émail blanc ou coloré à base d’étain. On l’appelle faïence stannifère. Il en existe plusieurs sortes selon les techniques utilisées.

Ainsi, elle est de « grand feu » lorsque on appose la couleur sur l’émail blanc après une précuisson. Ce sont des oxydes métalliques : cobalt pour le bleu, manganèse pour le brun-violet, cuivre pour le rouge et le vert, antimoine pour le jaune, fer pour le noir. Après la pose de la couleur, la faïence subit une cuisson définitive.

Faïence d’Auvillar au décor de levrette et bordure de l’assiette en douze « loves
Faïence d’Auvillar au décor de levrette et bordure de l’assiette en douze « loves

A contrario, elle est de « petit feu » lorsque la couleur est posée sur l’émail déjà cuit. La gamme de couleur est alors plus délicate. On y trouve du rose, du vert clair ou de l’or. On cuit chaque couleur séparément. Ainsi, certaines faïences très décorées nécessitent jusqu’à 60 cuissons à basse température.

Dans la « faïence fine », on pose le décor sur une pièce précuite et on le recouvre ensuite d’un vernis à base de plomb. Le vernis laisse apparaitre la pâte blanche. Les Faïences Vieillard de Bordeaux utilisent cette technique.

Le décor de la faïence se fait au pinceau ou par impression. On encre le décor sur du papier de soie posé sur la pâte. Lorsqu’elle a bu la couleur, on enlève le papier de soie et on émaille la faïence. Cette technique d’impression favorise leur production industrielle.

La faïence de Bordeaux

En 1714, Jacques Hustin, trésorier de la Marine à Bordeaux, obtient le monopole de la production et de la commercialisation de faïences dans un rayon de 10 Lieues autour de Bordeaux. Ce privilège est reconduit jusqu’en 1762.

Faïence fine - Manufacture J.Vieillard & Cie - Bordeaux, milieuXIXe - Service David_Johnston
Faïence fine – Manufacture J.Vieillard & Cie – Bordeaux, milieu XIXe – Service David_Johnston

La faïence de Bordeaux se caractérise par le décor de la levrette avec des contours et des filets de couleur violette à base de Manganèse. La bordure des assiettes est dite « mouvementée » par opposition aux bordures plates des assiettes.

Puis, à la fin du monopole de Jacques Hustin, huit autres faïenciers s’installent à Bordeaux mais leur qualité est bien moindre. Cependant, une faïencerie ouvre à Auvillar (Tarn et Garonne) qui reprend le décor de levrette déjà très populaire en Gascogne. On reconnait sa production aux douze « loves » sur le bord des assiettes.

Enfin, en 1835, un Anglais, David Johnston, ouvre une faïencerie à Bacalan, au nord de Bordeaux. Elle compte jusqu’à 700 ouvriers. Jules Vieillard lui succède en 1845. Il développe plusieurs décors, dont un d’inspiration orientale dénommé « au chinois » très recherché. Et aussi une gamme d’inspiration régionaliste, en particulier avec les pièces délicates de Marie Gadou.  La faïencerie ferme en 1895.

On peut l’admirer au musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux.

La faïence de Samadet

En 1732, l’abbé du Bouzet de Roquépine, baron de Samadet (Landes) obtient l’autorisation d’ouvrir un atelier avec un monopole reconduit jusqu’en 1782. La manufacture est une manufacture royale.

Plat à la palombe en camaïeu vert de Samadet
Plat à la palombe en camaïeu vert de Samadet

Pour lancer son affaire, il débauche un ouvrier spécialisé de la faïencerie Hustin de Bordeaux. Celui-ci amène son savoir-faire et quelques secrets de fabrication. Peu après, devenu directeur de la faïencerie, il est assassiné en 1758 par ses ouvriers pour des affaires galantes !

Très vite, la faïence de Samadet connait le succès. Aussi, des boutiques ouvrent à Toulouse, Montauban, Bayonne, Auch et Pau. La faïence s’exporte par galupes entières (barques à fond plat) jusqu’au port de Bayonne et vers les Antilles. La faïencerie de Samadet cesse son activité en 1840.

On reconnait la faïence de Samadet par ses décors polychromes qui utilisent le mauve, le bleu, le jaune et le vert. Les motifs floraux (œillets, myosotis) sont les plus fréquents.

Le Musée départemental de la faïence et des arts de la table ouvre à Samadet en 1968. Il devient propriété du département des Landes en 1998. Il présente l’évolution historique de la céramique, les techniques utilisées pour sa fabrication et une collection de 200 pièces issues des fours de Samadet.

La Maison de la céramique expose des créations contemporaines des ateliers qui perpétuent le savoir-faire de la faïencerie de Samadet.

Différents décors de Samadet
Différents décors de Samadet

La faïence de Martres-Tolosane

Soupière de Martres-Tolosane (31)
Soupière de Martres-Tolosane (31)

La première faïencerie de Martres est fondée en 1737. Vers 1762, Rémy Leclerc, faïencier de Lunéville (Meurthe et Moselle) s’installe et produit des carreaux décorés au pochoir, surtout destinés à décorer les dessus d’éviers. On les trouve aussi posés au sol, sur des murs ou dans les cuisines. La faïencerie ferme en 1899.

Martres connait un fort développement. De plus, contrairement aux faïenciers de Bordeaux et de Samadet qui produisent pour la noblesse et la bourgeoise, Martres se spécialise dans la production pour clients ruraux.

Des ateliers ouvrent à Martres et dans les communes des alentours : Mauran, Marsoulas, Salies du Salat, Montclar de Comminges, Mancioux, Mane, Alan, Sainte-Croix Volvestre, ….

Martres produit des objets au décor peints à la touche. Les ateliers utilisent beaucoup de rouge de Thiviers (rouge vif) obtenu à partir de pierres silico-ferrugineuses. Les décors sont des fleurs seules ou en bouquet, des oiseaux et des scènes romantiques et bucoliques.

Une dizaine de faïenciers sont connus à Martres mais en 1790, il n’en reste que deux. Aujourd’hui, cinq ateliers perpétuent le savoir-faire de Martres.

Depuis 2001, le Salon des Arts et du Feu a lieu chaque année, à la Toussaint, à Martres-Tolosane. Il réunit une centaine d’exposants et reçoit 12 000 visiteurs. Un véritable succès !

Faïences de Martres-Tolosane (31)
Faïences de Martres-Tolosane (31)

Les autres faïenceries et la production de porcelaine

En plus des centres de production de Bordeaux, d’Auvillar, de Samadet et de Martres-Tolosane, d’autres faïenceries existent.

Même si on est mal très renseignés sur leur production, il existe un atelier à Bayonne en 1778, un autre à Saint-Maurice (Landes) en 1782, un autre à Ligardès (Gers) en 1780. Certains documents citent une faïencerie à Oloron mais on ne sait rien sur elle et sur sa production. Une faïencerie ouvre à Dax de 1820 à 1836.

Faïence de Dax (40)
Faïence de Dax (40)

Ces ateliers sont concurrencés par la fabrication industrielle (Vieillard de Bordeaux) et l’arrivée de la porcelaine anglaise, produite en grande quantité et bon marché.

Pourtant, des ateliers de porcelaine existent en Gascogne à Ciboure, à Dax et à Pontenx. Un gisement de kaolin est découvert à Dax en 1708. En 1771, un autre gisement est découvert à Cibourre mais les essais de fabrication de porcelaine ne sont pas concluants. La fabrique de Pontenx fonctionne sans doute de 1770 à 1790.

La tourmente révolutionnaire emporte beaucoup de fabriques. La concurrence anglaise et la découverte du gisement de kaolin de Saint-Yriex qui permet le développement de la porcelaine de Limoges ont raison des ateliers de faïence et de porcelaine de Gascogne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia
Reconnaitre et estimer la faïence de Bordeaux
Musée de la faïence de Samadet




Le canal de Garonne

Le canal du Midi, de Toulouse à Sète, construit par Pierre-Paul Riquet est un ouvrage remarquable inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. Mais on connait mal le canal de Garonne qui relie Bordeaux à Toulouse et, ainsi, à la Méditerranée.

La genèse du projet du canal de Garonne

Pierre-Paul Riquet (1609-1680)
Pierre-Paul Riquet (1609-1680) – © Wikimedia Commons

Relier l’Atlantique (mar grana en gascon) à la Méditerranée nécessite un long détour par le détroit de Gibraltar. L’idée d’une liaison directe par un canal est ancienne. D’ailleurs, l’empereur Auguste, Charlemagne, Charles IX ou Henri IV ont commandé des études. Toutefois, aucune n’a résolu le problème de son approvisionnement en eau. En effet, comment alimenter avec un débit suffisant un canal dont les eaux vont irrémédiablement s’écouler vers les deux mers ? Le Languedocien Pierre-Paul Riquet (1609?-1680) le résout.

Le seuil de Naurouze

On connait les lieux de partage des eaux entre celles qui s’écoulent vers l’Atlantique et celles qui vont vers la Méditerranée depuis l’Antiquité. D’ailleurs le géographe grec Strabon (1er siècle av. J.-C.) l’appelait l’isthme gaulois.

Avec l’aide du fontainier de Revel, Pierre Campmas, Riquet positionne le point de partage des eaux juste au-dessous des pierres de Naurouze et dérive l’eau de la Montagne noire jusqu’à un très grand lac artificiel qu’il fait creuser, le lac de Saint-Ferréol. De là, l’eau rejoint Naurouze (34 km) par un canal nommé rigole de la plaine.

Comme il croit à son projet, c’est Riquet lui-même qui apporte les premiers financements.

12 000 personnes vont creuser à la pelle et à la pioche le canal royal du Languedoc qui relie Toulouse à Sète. Les travaux s’achèvent en 1681, après la mort de Riquet. Pourtant, entre temps, il a l’idée d’un autre canal entre Bordeaux et Toulouse car les bateaux mettent 5 jours pour aller de Toulouse à Bordeaux par la Garonne et 15 jours dans l’autre sens. Une idée qui restera en sommeil pendant deux siècles.

La rigole de la plaine (à gauche) débouche dans le canal du Midi au niveau du seuil de Naurouze. La direction de l'Atlantique est à droite
La rigole de la plaine (à gauche) débouche dans le canal du Midi au niveau du seuil de Naurouze. La direction de l’Atlantique est à droite – © Wikimedia Commons

Pour en savoir plus sur le canal du midi, vous pouvez regarder L’incroyable histoire du Canal du midi : Le projet de Louis XIV – Documentaire complet.

Toulouse-Bordeaux

Carte du Canal de Garonne
Carte du Canal de Garonne © Wikimedia Commons

Au XIXe siècle, la France s’industrialise. Elle a besoin de moyens de communication rapides. Aussi, en 1828, on lance des études pour la réalisation d’un canal entre Bordeaux et Toulouse. La concession est attribuée en 1832 mais l’entrepreneur ne tient pas ses engagements et l’Etat reprend la concession. Les travaux débutent en 1838. Le tronçon de Toulouse à Montech ouvre en 1844, celui entre Montech et Buzet ouvre en 1853 et le canal de Garonne est achevé en 1856.

C’est un véritable succès, les marchandises affluent sur le canal de Garonne. Mais, en 1858, l’Etat confie la gestion du canal de Garonne à la Compagnie des Chemins de Fer du Midi, créée par les Bordelais Emile et Isaac Pereire. Or ceux-ci viennent d’ouvrir la ligne de chemin de fer de Bordeaux à Sète. Le canal est donc un concurrent sérieux. Alors, la Compagnie augmente les tarifs du transport fluvial. Et le trafic est divisé par trois. L’Etat finit par racheter la concession en 1896.

La modernisation du canal de Garonne

Le canal de Garonne est long de 193 km. Depuis Toulouse, il longe la rive droite de la Garonne, passe par-dessus la Garonne à Agen dans un pont appelé pont canal et poursuit sur la rive gauche jusqu’à Castets en Dorthe situé à 54 km de Bordeaux pour rejoindre plus loin la Garonne navigable.

Canal de Garonne à Agen © Wikimedia Commons
Le Canal de Garonne à Agen © Wikimedia Commons

Sur son parcours, il compte 53 écluses, 7 ponts canaux (qui permettent de franchir la Garonne ou ses affluents). Celui d’Agen est le plus grand avec 500 mètres de long.

Entre 1969 et 1973, le canal de Garonne est modernisé pour permettre le passage de bateaux capables de transporter 350 tonnes de marchandises. Les écluses sont allongées et la pente d’eau de Montech (Tarn et Garonne) est construite pour doubler 5 écluses. Mise en service en 1974, elle permet le passage d’un bateau en 10 minutes, au lieu de 70 minutes par les 5 écluses. C’est un gain de temps considérable.

À partir de 1990, on ne réalisera plus de travaux sur le canal de Garonne. Babette, la dernière péniche de marchandises arrête de circuler en 2000. C’est désormais le tourisme fluvial qui anime le canal de Garonne.

Le pont canal d’Agen

Le pont canal d’Agen est le deuxième en France par sa longueur. Ses dimensions sont impressionnantes : 539 mètres de long reposant sur 22 piles, 12,48 mètres de large, une voie d’eau large de 8,82 mètres et profonde de 2,70 mètres.

La navigation se fait à sens unique. Un plan d’eau situé à chaque extrémité sert de zone d’attente pour les bateaux.

 Le duc d’Orléans posant la première pierre du pont-canal d’Agen, 1844
Le duc d’Orléans pose la première pierre du Pont-Canal d’Agen, 1844 © Wikimedia Commons

Le duc d’Orléans (fils ainé de Louis-Philippe 1er) inaugure les travaux de construction du pont canal d’Agen en grande pompe le 25 aout 1839. Mais la ligne de chemin de fer ouverte en 1841 entre Bordeaux et Toulouse interrompt les travaux. En effet, le canal de Garonne a un sérieux concurrent.

Pour ne pas laisser cet ouvrage sans utilité, on décide de le louer aux paysans qui l’empruntent pour éviter de faire le détour par le pont de pierre d’Agen. Mais le péage est trop cher et c’est un demi échec. Les travaux reprennent en 1846 et on met en service le pont canal en 1849.

On doit sa construction à Jean-Baptiste de Baudre (1773-1850) et à Jean-Gratien de Job (1802-1875), deux ingénieurs des Ponts et chaussées. Ces deux ingénieurs ne sont pas inconnus en Gascogne. Jean-Baptiste de Baudre dirige le chantier de correction de l’embouchure de l’Adour à Bayonne, les travaux du port de Bordeaux, les travaux de rectification du cours de la Garonne à Agen, les études du pont canal d’Agen. Jean-Gratien de Job dirige la construction du pont canal d’Agen, du pont canal sur la Baïse, la construction du chemin de fer de Bordeaux à Sète.

Le pont canal d’Agen et les deux bassins d’attente sont inscrits à l’Inventaire des Monuments historiques depuis 2003 et 2012.

Le Pont Canal d'Agen
Le Pont-Canal d’Agen

La pente d’eau de Montech

Pente d'eau de Montech
La pente d’eau de Montech

À Montech (Tarn et Garonne), il faut franchir 5 écluses successives du canal de Garonne. Cela demande plus d’1 heure pour franchir une pente d’eau de 13 mètres.

Le plan de modernisation du canal de Garonne permet de rallonger de 10 mètres les écluses pour accueillir des bateaux transportant 250 Tonnes de marchandises. À Montech, on décide de contourner le problème en créant une pente d’eau.

Jean Aubert (1894-1984), ingénieur spécialisé dans les travaux hydrauliques, à l’idée de déplacer un bateau sur une pente inclinée en poussant, grâce à deux motrices sur rail, un triangle d’eau sur lequel flotte le bateau. L’idée est révolutionnaire.

La pente d’eau est construite à Montech et mise en service en 1974. Deux motrices transportent le bateau le long d’une rigole en béton de 443 mètres de long et 6m de large. Il franchit la pente de 3% en seulement 10 minutes, économisant 45minutes sur le trajet.

La pente d’eau de Montech est un système unique au monde. Le succès est immédiat. On vient du monde entier pour admirer cet exploit technique.

Mais la pente d’eau coute cher en entretien. Le trafic fluvial de marchandises diminue et la pente d‘eau est mise hors service en 2009. Elle devient un site touristique d’importance : promenade le long du canal de Garonne, visite de la pente d’eau, visite de la péniche musée, visite d’une ancienne papeterie.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pierre-Paul Riquet
L’officiel du canal du midi
Canal du Midi
Canal de la Garonne, l’autre canal
Pente d’eau de Montech
L’incroyable histoire du Canal du Midi