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Les Le Bondidier, la passion des Pyrénées

Marguerite et Louis Le Bondidier sont indissociables du pyrénéisme. Pris de passion pour les Pyrénées, ils sont à l’origine de nombreuses initiatives qui perdurent encore de nos jours.

Les Le Bondidier découvrent les Pyrénées

Margalide et Louis Le Bondidier (F. Bellanger, 1919 - Photothèque Musée pyrénéen)
Louis et Margalida Le Bondidier (F. Bellanger, 1919 – © Photothèque Musée pyrénéen)

Marguerite Liouville (1879-1960) est ardennaise. Louis Le Bondidier (1878-1945) est meusien. Il est receveur de l’enregistrement à Verdun. À cette époque, les receveurs de l’enregistrement s’occupent des droits liés aux domaines. Louis épouse en 1898 Marguerite, qui a suivi des études aux Beaux-Arts de Nancy. Ils ont un fils, Yves, qui ne survit pas.

En 1901, Louis Le Bondidier est muté à Campan. C’est l’exil !

Louis Le Bondidier Inaugure le buste de Ramond le 3 août 1902 dans le jardin de la Villa Théas à l'occasion du congrès du Club Alpin Français-V2
Inauguration du buste de Ramond le 3 aout 1902 dans le jardin de la Villa Théas à l’occasion du congrès du Club Alpin Français (© Musée Pyrénéen)

Pourtant, il découvre les Pyrénées et se prend d’une véritable passion pour la montagne. Ainsi, le 3 aout 1902, il organise le congrès du Club Alpin Français (fondé en 1874). En l’honneur de Ramond de Carbonnières (1755-1827), ils inaugurent son buste dans le jardin de la villa Théas à Bagnères de Bigorre. Et, l’année suivante, il fonde la Fédération Franco- espagnole des Sociétés Pyrénéistes dont le Bulletin Pyrénéen devient l’organe officiel.

 

Le couple Le Bondidier attaque les 3000

Après quelques randonnées autour de Bagnères, le couple Le Bondidier se lance à l’assaut des sommets. Du 19 juillet au 17 août 1905, Marguerite et Louis parcourent la montagne. Et ils réalisent cinq premières avec l’ascension de deux pics à côté de l’Aneto (le pic de la Margalida, 3241 m, et le pic Maudit, 3354 m), du pic de Las Espadas (3328 m), du pic Beraldi (3025 m) et du pic de Las Tourets (3007 m).

Marguerite Le Bondidier fait l'ascension du Pic Margalide (vue du versant sud depuis l'embalse de Llauset)
Pic de la Margalida (3241 m), versant sud depuis l’embalse de Llauset (© Wikimedia)

Louis Le Bondidier est aussi écrivain. Il relate cette expédition dans un livre : Un mois sous la tente, réimprimé en 2013 aux éditions MonHélios. Il écrit aussi beaucoup dans des revues de l’époque consacrées à la montagne.

Puis, en 1908, il organise le premier concours de ski aux Pyrénées à Payolle. Pour l’occasion, Marguerite devient la première femme à skier dans les Pyrénées. Il est aussi l’initiateur du téléphérique au Pic du Midi et du premier téléski de la station de La Mongie.

Louis Le Bondidier lance la course de ski de Payolle le 1er février 1908 - Le départ
Course de ski de Payolle le 1er février 1908 – Le départ (© Collection Labouche)

Le choix des Pyrénées

Hélas, en 1909, le bureau de l’enregistrement de Campan ferme. Peu importe, Louis Le Bondidier ne veut plus partir et démissionne. Il reprend l’hospice de Payolle et ouvre l’hostellerie du Pic du Midi. Il consacre désormais toute sa vie aux Pyrénées et à la culture de ses habitants. Marguerite, tout aussi passionnée, adopte le prénom local Margalida.

Pourtant, en 1913, atteint de maladie, Louis Le Bondidier doit abandonner ses activités de montagnard. Et le couple s’installe à Pouzac, près de Bagnères de Bigorre. Le climat y et moins rude.

La deuxième vie de Marguerite et Louis Le Bondidier

La maladie n’empêche pas une intense activité. En effet, Margalida et Louis Le Bondidier se lancent dans une nouvelle aventure : la fondation du Musée Pyrénéen de Lourdes.

Le château de Lourdes est inutilisé. Louis Le Bondidier obtient de la ville un bail de 99 ans. Avec son épouse, il aménage un Musée Pyrénéen pour y regrouper leur importante collection d’objets achetés chez des paysans ou dans des ventes aux enchères. Ainsi, le château devient un Musée d’arts et traditions populaires qui ouvre en 1921.

Pour compléter le musée, il aménage aussi une bibliothèque avec le fonds qu’il possède et qu’il enrichit par de nouvelles acquisitions. D’ailleurs, c’est aujourd’hui un centre de documentation sur le pyrénéisme d’une incroyable richesse.

Louis Le Bondidier reprend le Bulletin pyrénéen publié avec le concours de la Section du Club Alpin de Pau (mai-juin 1923)
Bulletin pyrénéen publié avec le concours de la Section du Club Alpin de Pau (mai-juin 1923) – Collection complète sur Gallica

Louis Le Bondidier prend en charge la rédaction du Bulletin Pyrénéen. Cela ne lui suffit pas. Il devient éditeur et fonde les Éditions de l’Échauguette, basées au château de Lourdes. Il y publie Il neige aux Eaux-Bonnes en 1939. On lui doit déjà En Corse : carnets de route de 1904, ou encore Les vieux costumes pyrénéens de 1918. Margalida publie Le numéro 30 aux mêmes Éditions de l’Échauguette, Les cires de deuil aux Pyrénées en 1959 aux éditions Marrimpouey. Pus récemment, en octobre 2012, les Éditions Monhélios re-publient le livre savoureux de Louis Le Bondidier, Gastronomie pyrénéiste, La cuisine à 2000 m. L’occasion de passer en revue avec bonne humeur ce qui peut être dégusté lors de courses en montagne.

La défense de la montagne

Louis Bon Didier, conservateur du Musée Pyrénéen de LOurdes, fondateur de l'Association du Réveil pour la rénovation des cosntumes et des coutumes des Pyrénées
« Louis Le Bondidier, conservateur du Musée Pyrénéen de Lourdes, fondateur de l’Association du Réveil pour la rénovation des costumes et des coutumes des Pyrénées » (carte postale non datée)

En 1935, Louis Le Bondidier est membre du Conseil supérieur du Tourisme qui dépend du Ministère des travaux publics. Il y défend la montagne contre les appétits des promoteurs. Ainsi, il obtient la protection et le classement de plusieurs édifices pyrénéens. D’ailleurs, c’est une période pendant laquelle il écrit beaucoup sur la protection de la montagne.

Finalement, Louis Le Bondidier meurt le 9 janvier 1945. Margalida devient Conservatrice du Musée Pyrénéen jusqu’à sa mort en mai 1960. Selon leurs souhaits, ils reposent tous deux à Gavarnie, au turon de la Courade, à côté d’un autre grand pyrénéiste, Franz Schrader.

Le Musée Pyrénéen de Lourdes

Château de Lourdes
Château de Lourdes (carte postale non datée)

Le Musée Pyrénéen est installé au château de Lourdes, situé sur un promontoire au centre de la ville. La légende veut que Charlemagne ait assiégé le château en 778. Alors qu’il était sur le point de tomber, un aigle se saisit d’une truite dans le Gave et la fit tomber aux pieds de Charlemagne qui, croyant que les occupants du château avaient suffisamment de nourriture, leva le siège. L’aigle pêcheur et son poisson figurent aujourd’hui sur le blason de Lourdes.

Blason de Lourdes
Blason de Lourdes

Le château de Lourdes est la résidence des comtes de Bigorre. Il devient une prison au XVIIe siècle puis est abandonné au début du XXe siècle.

Devenu musée grâce au couple Le Bondidier, on y trouve des objets liés aux activités pastorales, à l’agriculture et à la vie quotidienne des Pyrénées. Le musée présente aussi du mobilier baroque pyrénéen et une collection de faïences de Samadet.

Le fonds d’archives du musée pyrénéen

 

Charles de Nansouty un des fondateurs de l'Observaztoire du Pic du Midi
Charles de Nansouty (© Wikimedia)

Le fonds d’archives regroupe les fonds de pyrénéistes connus comme Ramond de Carbonnières, le général de Nansouty ou Henry Russell. Il comprend plus de 6200 estampes sur les Pyrénées, 130 peintures, 127 dessins et aquarelles, des photographies dont celles réalisées par Louis et Marguerite Le Bondidier entre 1921 et 1960, des cartes depuis le XVIe siècle. Il comprend enfin les bibliothèques de Ramond de Carbonnières, le fonds en occitan qui rassemble presque tout ce qui a été rédigé en gascon de la Renaissance à 1854, ainsi que plusieurs ouvrages de Félibres de 1854 à 1938. Enfin, il présente une impressionnante collection de revues consacrées à la montagne.

Henry Russell
Henry Russell (© Wikimedia)

La richesse du musée et celle de la bibliothèque méritent une visite, d’autant que le château de Lourdes travaille sur la mise en place d’une signalisation en plusieurs langues régionales, dont, bien sûr, l’occitan.

L’Association des Amis du Musée Pyrénéen publie la revue Pyrénées qui est l’organe officiel du Mont Perdu patrimoine Mondial, des Amis du parc National des Pyrénées et de la Fédération des accompagnateurs en montagne pyrénéenne.

Revue Pyrénées été 2022
Revue Pyrénées été 2022

La revue Pyrénées est l’héritière de la Revue des excursionnistes du Béarn créée à Pau en 1896. En 1897, elle devient Le Bulletin Pyrénéen. Louis Le Bondidier prend en charge la revue et l’installe au château de Lourdes. En 1950, elle prend le nom de Pyrénées.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia,
Biographie Louis Le Bondidier, Revue des Pyrénées
Bulletin Pyrénées
Musée pyrénéen de Lourdes
Collection de photos Labouche du concours de ski de Payolle (2 février 1908)




Queste et questaus

On a gardé l’image d’Épinal des serfs du Moyen-âge, corvéables en toute occasion et à la merci de leur seigneur. Pourtant, la réalité est bien différente, tout du moins en Gascogne avec les questaus et les casaus. Suivons Benoit Cursente, d’Orthez, chercheur au CNRS et spécialiste des sociétés rurales gasconnes au Moyen-âge.

Une société hiérarchisée par des liens personnels

Benoit Cursente spécialiste des questaus - Une histoire de la questalité, Serfs et libres dans le Béarn médiéval
Benoit Cursente – Une histoire de la questalité, Serfs et libres dans le Béarn médiéval

Nous sortons de l’époque romaine où des colons libres côtoient des esclaves, servus, attachés à leurs maitres. Ainsi, le statut d’esclave disparait progressivement et est remplacé par des liens personnels. Ce sont les Wisigoths qui emmènent cette nouvelle pratique.

Tel homme se « donne » par serment à un autre et devient en quelque sorte un membre de sa famille ou de sa companhia [littéralement, ceux qui partagent son pain]. En échange de ce serment et des services qu’il s’engage à fournir, il reçoit une terre ou des revenus qui lui permettent de vivre.

On voit ainsi tout un réseau de liens personnels qui se tissent du sommet de la hiérarchie (le roi) jusqu’à la base de la société. C’est l’origine de la féodalité.

Notons que le rituel de l’hommage tel qu’on le connait à partir du XIIIe siècle n’est pas encore généralisé. En particulier, en Gascogne, on retrouve cette pratique dans le bordelais et en toulousain seulement.

Une organisation de la société en casaus

Le battage du grain
Le battage du grain

Les terres données à travailler constituent des unités fiscales. Leur chef, noble ou paysan, est « seigneur » de sa terre et de ceux qui y vivent. C’est le casal ou casau en gascon, c’est à dire une maison, un enclos, des champs et des droits sur des espaces pastoraux. Leur chef est le casalèr.

Bien sûr, le casau peut être soumis à une redevance, le casau ceissau [en français le cens] ou au  casau serviciau c’est-à-dire à un service particulier.

Lorsque le casau est éloigné, on préfère un prélèvement en espèce ou en nature (grains, volailles, fromages, etc.) ou des services comme l’aubergada [l’hébergement du prince et de sa suite]. Lorsque le casau est proche d’une forteresse, il est soumis à des services militaires ou d’entretien.

Par exemple, près du château de Lourdes, nous trouvons des casaus soumis à des obligations de service armé (ost) et de cavalcada [chevauchée], d’autres à des prestations de transport ou de guet, d’autres enfin à des services particuliers comme nourrir les chiens du comte, fournir de l’avoine à son cheval ou encore faire taire les grenouilles pour ne pas gêner le sommeil du comte…

Certains casaus doivent fournir une aide à d’autres casaus. On voit ainsi se mettre en place une société organisée autour des casaus qui sont des unités fiscales et de production, dont certains sont dits « francs » et qui doivent un service armé (le début des chevaliers), d’autres rendent des services dits « nobles », d’autres enfin des services dits « serviles ».

L’apparition des questaus

Nous sommes au XIIIe siècle. L’État moderne se met en place et les dépenses seigneuriales et d’administration se font de plus en plus lourdes. Il faut trouver de nouvelles ressources. Cela implique de mieux contrôler le territoire, ses ressources et sa population.

Les seigneurs revendiquent la possession des pâturages, des landes, des forêts et des eaux. Ils imposent alors des redevances pour leur utilisation. La vie sociale étant largement réglée par des pactes et des compromis écrits, on voit apparaitre progressivement dans les textes une nouvelle catégorie sociale : les questaus.

Pour garantir la pérennité des casaus, le droit d’ainesse apparait. Les cadets ou esterlos qui n’ont aucun droit, cherchent à se voir concéder des terres à exploiter pour lesquelles ils paient un cens. Ils se voient également attribuer la jouissance de pacages, des eaux ou des forêts seigneuriales en échange du nouveau statut de questau.

À noter, Benoit Cursente propose comme origine du mot esterlo (estèrle en gascon actuel) le mot latin sterilis, car le cadet n’a pas le droit d’avoir une descendance dans la maison natale. D’ailleurs, estèrle en gascon veut dire stérile.

Questaus et casaus

Le questau paie la queste

Questaus et casaus - travaux des champs
Travaux des champs

En plus du cens, le questau paie la queste, impôt sur l’utilisation des pacages ou des forêts. Il peut être astreint au paiement de redevances en nature. Il s’agit de mesures de grains ou de vin, fourniture de volailles, hébergement de soldats, corvées au château, etc.

La communauté des questaus peut payer collectivement la queste. En fait, c’est un moyen de surveillance car, s’ils venaient à déguerpir, la queste qui ne varie pas augmente la charge de chacun.

Le questau renonce également par écrit à certains de ses droits. Par exemple, il s’engage à ne pas quitter la seigneurie dans laquelle il réside sous peine d’amende. Et/ou il doit fournir une caution par avance,  renoncer à ses droits qui lui garantissent que ses bœufs et ses outils ne soient pas saisis. Ou encore il s’engage à payer une redevance lors de la naissance de chacun de ses enfants. Autre exemple : il s’oblige à faire moudre au moulin seigneurial, etc.

Même les possesseurs de casaus qui doivent des services dits « non nobles » peuvent devenir questaus. Cela ne se fait pas sans résistance. On voit des déguerpissements collectifs (abandon des terres pour s’établir ailleurs) et les seigneurs doivent transiger et trouver des compromis.

Les questaus apparaissent dans toute la Gascogne, sauf en Armagnac et dans les Landes. En montagne, on voit moins de questaus du fait du mode de gestion des terres. Ils représentent environ 30 % de la population.

Echapper à l’état de questau

Questaus et casaus - La tonte des moutons
La tonte des moutons

Echapper à l’état de questau est possible.

On peut bénéficier d’une franchise individuelle moyennant le payement annuel du francau ou droit de franchise. Parfois, la liberté peut s’accompagner de réserves comme celle de continuer à habiter sur le casau et de le transmettre à ses héritiers qui devront payer une redevance annuelle ou s’astreindre à des services pour le seigneur. Mais, lo franquatge [La franchise] coûte cher car il s’accompagne du paiement d’un droit pouvant représenter le prix d’une maison.

De même, la liberté peut être accordée à des communautés entières moyennant un droit d’entrée assez élevé, quelques concessions définies dans une charte et le paiement collectif d’un francau annuel. Dans certains endroits, on paie encore le francau au XVIIIe siècle.

La création de nouveaux lieux de peuplements est aussi un moyen d’échapper à la condition de questau par le biais des franchises accordées aux nouveaux habitants. Comme il n’est pas question de voir tous les questaus échapper à leur condition en venant s’y installer, on le leur interdit ou on n’en autorise qu’un petit nombre à y venir.

Enfin, les esterlos peuvent s’y établir sans limite. C’est un moyen de bénéficier d’une nouvelle population tout en vidant l’excédent d’esterlos dans les casaus. C’est aussi le moyen d’affaiblir les casaus au profit d’autres systèmes plus lucratifs.

En résumé, la société paysanne gasconne du Moyen-âge s’articule autour de paysans propriétaires qui travaillent un alleu (franc de tous droits), de casalèrs soumis au cens ou à des services, de questaus et d’affranchis.

Chaque catégorie peut être soumise à des restrictions ou à des engagements particuliers.  Il en est de même des particuliers, ce qui rend la société de cette époque extrêmement complexe.

Serge Clos-Versailles

écrit en orthographe nouvelle

Références

Une histoire de la questalité, Serfs et libres dans le Béarn médiéval, Benoit Cursente, Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau et du Béarn, 2011.
Puissance, liberté, servitude les Casalers gascons au Moyen Âge, Benoit Cursente, Histoire et Société rurales, 1996,  pp. 31-50




La Vath d’Aran

La vath d’Aran (val d’Aran) est une vallée des Pyrénées, ouverte sur la vallée de la Garonne. D’ailleurs le fleuve y prend sa source. On y parle le gascon qui y est langue officielle. Pourtant, la vath d’Aran est espagnole. Essayons de comprendre cette curiosité.

Lugdunum comprend la Vath d’Aran

La Vath d'Aran aujourd'hui
La Vath d’Aran aujourd’hui

La vath d’Aran est peuplée depuis longtemps lorsque Crassus conquiert la Gascogne en 56 avant J.-C. Les habitants de la vath d’Aran sont les Airenosi et leur capitale est Vetula [Vielha]. Les Romains fondent des bains à Les [Lés] et à Arties où ils exploitent du marbre. Et ils créent une voie partant de Lugdunum Convenarum [Saint-Bertrand-de-Comminges], passant dans la Passus lupi [Le Pas du Loup, vallée de Saint-Béat] et se dirigeant vers Urgell et Esterri d’Anèu. Cet itinéraire s’appelle aujourd’hui le camin reiau [chemin royal].

De plus, la vath d’Aran est intégrée au pagus [territoire] de Lugdunum qui deviendra le comté de Comminges.

Un destin qui balance entre Comminges, Aragon et Catalogne

En 1036, Ramire Ier d’Aragon épouse Gilberte de Foix, héritière de la maison de Comminges. Puis, le 26 juin 1070, les droits de la famille sont vendus à Raymond-Béranger Ier, roi d’Aragon et de Barcelone. La vath d’Aran se met sous sa protection contre le paiement du Galin reiau, tribut d’une mesure de blé par foyer.

De 1175 à 1192, par mariage, la vath d’Aran devient bigourdane, puis, de 1201 à 1213, commingeoise. Après la bataille de Muret (1213), elle ne sera plus séparée du royaume d’Aragon-Barcelone.

Le village de Vilamos dans la Vath d'Aran
Le village de Vilamos

Mais, Pierre III d’Aragon s’empare du royaume de Sicile. Alors, le Pape l’excommunie en 1282. Aussitôt, Eustache de Beaumarchés, Sénéchal de Toulouse, envahit la vath d’Aran et construit le château de Castèth-Léon. Il ne sera rendu qu’en 1313 car la menace anglaise en Aquitaine se fait toujours plus pressante.

En conséquence, le roi d’Aragon accorde des privilèges à la vath d’Aran le 30 septembre 1313. C’est la Querimonia.

Pourtant, la vallée ne connaitra pas la paix bien longtemps. Ainsi, le duc Louis d’Anjou et le comte de Comminges attaquent la vath d’Aran en 1390. Le comte de Foix en fait de même en 1396. Puis, les rois de France essaient de nouveau en 1410 et 1473. À chaque fois, les Français sont repoussés. Ce n’est qu’en 1515 que la France accepte définitivement le retour de la vath d’Aran au royaume d’Aragon.

La Quérimonia

Jacques II d'Arafon (Enluminure (détail) issue des Usatici et Constitutiones Cataloniae vers 1315-1325 (BnF)
Jacques II d’Aragon (Enluminure issue des Usatici et Constitutiones Cataloniae vers 1315-1325 (BnF)

Donc, Jacques II d’Aragon accorde à la vath d’Aran en 1313 un ensemble de privilèges appelé la Querimonia. En fait, c’est la confirmation des anciens usages et privilèges.

La vath d’Aran est organisé en six terçons, chacun regroupant un même nombre de communautés. Chaque terçon élit un conseiller et un prudhomme qui siègent au Conselh generau d’Aran que dirige le Sindic generau.

Le Conselh generau d’Aran nomme des officiers publics : le Procureur des pauvres en charge de porter assistance aux pauvres emprisonnés, un Maitre de grammaire en charge d’éduquer les enfants de la vallée, un Médecin, un Apothicaire et un Notaire.

Le roi est seul seigneur en Aran, à l’exception de la seigneurie de Les, érigée en baronnie en 1478, en récompense de la résistance du seigneur de Les contre la tentative d’invasion des Français en 1473. Et le roi nomme un gouverneur, un juge pour les causes civiles et criminelles, un notaire royal et trois bailes chargés de poursuivre les délinquants.

Une économie difficile

Conselh Generau d'Aran (Vath d'Aran)
Conselh Generau d’Aran

Cependant, la vath d’Aran est pauvre. Elle vit de l’élevage et surtout du commerce. Alors, les Aranais sont nombreux aux foires de Saint-Béat, de Luchon, de Castillon et de Seix. Dès 1387, le roi d’Aragon exempte les Aranais de tous droits et péages sur les marchandises. Et la France leur accorde des droits réduits. De plus, en 1552, les Aranais obtiennent la permission de commercer en temps de guerre et de signer des lies et paxeries [lies et passeries] avec leurs voisins.

En raison de leur pauvreté, les Aranais obtiennent du pape Clément VII que l’évêque de Comminges dont dépend la vath d’Aran, ne visite la vallée qu’une fois tous les sept ans. De même, les curés ne peuvent être qu’Aranais. Et les communautés ont le droit de patronage, c’est-à-dire qu’elles proposent à l’évêque une liste de deux ou trois personnes parmi lesquelles il choisit le curé. La dime perçue reste en Aran.

La Querimonia organise les institutions et reste en vigueur jusqu’en 1830, date du rattachement de la vath d’Aran a la province de Lérida. Plus tard, une loi de 1990 recrée le Conselh generau d’Aran. Il est composé de douze conseillers élus. Puis, en 1995, ses compétences sont étendues.

Vue de Vilamos

La Vath d’Aran dans les guerres Franco-Espagnoles

L’Espagne soutient les catholiques pendant les guerres de Religion. La vath d’Aran est attaquée en 1579 et en 1598. Mais les Français sont repoussés.

Plus tard, la Catalogne se révolte contre Philippe IV d’Espagne. C’est la guerre des Segadors (1640-1659). Louis XIII soutient les Catalans et envahit la vath d’Aran. Vielha est incendiée. Près de 15 % des Aranais partent en Catalogne. Et l’affaire se termine en 1659 par le Traité des Pyrénées.

La guerra dels segadors
La guerra dels segadors (1640-1659)

Peu après, survient la guerre de succession d’Espagne (1701-1713). En 1711, des troupes venues d’Aran par le col du Portillon incendient six villages de la vallée de Luchon et emmènent 1 200 têtes de bétail. Alors, les Français prennent le château de Casteth-Léon et soumettent les habitants aux frais d’entretien du château et de la garnison. Mais les Aranais refusent et se voient confisquer 22 mules, 100 vaches, 11 veaux et 350 brebis. De plus, le village de Garos doit loger 500 fusiliers pendant 9 jours. Quand ils repartent, le village est en ruines. Enfin, en 1712, la vallée de Lustou en Couserans est attaquée et le château brulé.

Heureusement, le traité d’Utrecht de 1713 met un terme au conflit. Toutefois, le roi d’Espagne met fin à l’indépendance de la Catalogne et de l’Aragon mais confirme les usages de la vath d’Aran. La paix ne dure pas et la vath d’Aran connait encore des invasions jusqu’en 1720.

Pendant la Révolution française, le général de Sahuquet envahit la vath d’Aran et la rattache à la France en 1793. Deux ans après, la France la rend à l’Espagne en échange d’avantages sur l’ile de Saint-Domingue.

Puis, pendant la guerre d’Espagne, les Français occupent la vath d’Aran de 1808 à 1815. Même, le décret du 26 janvier 1812 la rattache au département de la Haute-Garonne.

La Vath d’Aran aujourd’hui

Sortie Nord du Tunnel de Vielha
Sortie Nord du Tunnel de Vielha

Ensuite, vient l’époque de la révolution industrielle. Alors, un tramway achemine en France le minerai extrait des mines de Liat. De même, on ouvre une mine de zinc près de Bossòst, qui fermera en 1953.

Enfin, on creuse en 1948 le tunnel de Vielha qui sera ouvert à la circulation en 1965. À noter, on inaugure le nouveau tunnel en 2007.

Le gascon, langue officielle de la vath d’Aran

Mossen Jusèp Condò Sambeat (1867 - 1919)
Mossen Jusèp Condò Sambeat (1867 – 1919)

Après la suppression de la Querimonia en 1830, des écrivains aranais proches du Félibrige commingeois comme R. Nart, J. Sandaran et surtout Jusep Condó Sambeat, se font les chantres des valeurs traditionnelles de la vath d’Aran.

En 1977, Es terçons est une association d’Aranais qui veut préserver l’identité de la vallée face au développement touristique. Elle joue un rôle revendicatif en matière linguistique. Puis, elle se transforme en parti politique Unitat d’Aran – Partit Nacionaliste Aranés, qui remporte les élections municipales de 1979.

Le parti recrée le Conselh generau d’Aran qui n’est pas reconnu par la généralité de Catalogne. Cependant, le statut d’autonomie de la Catalogne stipule que « Dans le cadre de la Constitution espagnole et du présent Statut, les particularités historiques de l’organisation administrative interne du Val d’Aran seront reconnues et actualisées« . Enfin, en 1990, la vath d’Aran retrouve son Conselh generau et reconnait le gascon comme langue officielle dans la vallée.

Depuis, le nouveau statut d’autonomie de la Catalogne de 2005 reconnait un statut spécifique à la vath d’Aran et précise que « la langue occitane, qui porte le nom d’aranais en Aran, est la langue propre de ce territoire et c’est une langue officielle en Catalogne… ».

Enfin, en 2015, une loi statue sur le régime spécifique d’Aran reconnu comme une « réalité nationale occitane, dotée d’une identité culturelle, historique, géographique et linguistique » et prévoit un droit à l’autodétermination des Aranais.

Terminons en chanson

Terminons par la chanson de Nadau « Adius a la vath d’Aran » :

Vielha e Port de Vielha (Vath d'Aran)
Vielha e Port de Vielha

Enten, enten, l’accordeon,
Dus pas de dança, ua cançon,
Eth haro que s’a alugat,
Sant Joan, Sant Joan, se n’ei tornat.

Val d’Aran, cap de Gasconha,
Luenh de tu, que’m cau partir,
Val d’Aran, cap de Garona,
Luenh de tu, que’m vau morir.

Entend, entend l’accordéon,
Deux pas de danse, une chanson,
Le feu est allumé,
Saint Jean, Saint Jean est revenu.

Val d’Aran, bout de Gascogne,
Loin de toi, je dois partir,
Val d’Aran, bout de Garonne,
Loin de toi, je vais mourir.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia
« Les Pyrénées centrales du IXe au XIXe siècles, la formation progressive d’une frontière », Christian BOURRET, Editions PyréGraph, 1995.
« Une vallée frontière dans le Grand siècle. Le val d’Aran entre deux monarchies », Patrice POUJADE, Editions PyréGraph, 1988.




Les légendes autour de la Grande Ourse

Nous connaissons tous la Grande Ourse. Pourtant nous n’avons pas toujours employé ce nom. Comment nos aïeux en parlaient-ils ? Et qu’est-ce que cela leur inspirait ?

La Grande Ourse, lo car ou lo carriòt

Grande Ourse - Constellation Ursa Major du Johannis Hevelii prodromus astronomiae (également connu sous le nom d'Uranographia) par Johannes Hevelius - 1690
Constellation Ursa Major du Johannis Hevelii prodromus astronomiae (également connu sous le nom d’Uranographia) par Johannes Hevelius – 1690

La Grande Ourse est une des constellations les plus connues et les plus faciles à reconnaitre. À vrai dire, il n’est pas si simple d’y voir une ourse, car, de toutes ses étoiles, seules 6 sont vraiment brillantes. On en retient souvent ce que l’on appelle en français la Casserole ou le Chariot, c’est-à-dire les sept étoiles qui évoquent clairement cette forme.

En outre, elle reste dans notre ciel toute l’année et durant toute la nuit. Pas étonnant qu’elle ait été un repère dans nos pays.

Cependant, en Gascogne, elle s’appelle lo Carriòt de David [le Chariot de David], lo Car deu cèu [le Chariot du ciel], lo Car triomfau [Le char triomphal], lo Carriòt deus sèt estèus [Le chariot des sept étoiles] ou simplement los Sèt estèus [les Sept étoiles].

Ainsi, on peut l’identifier dans ce poème du Bigourdan Jean-Pierre Pecondom, écrit en 1860, et intitulé Estreos d’et permé d’et an :

Le chariot de David, autre nom de la Grand Ourse
Le chariot de David

Gardatz eras set crabèras
Un lugran escarrabelhat,
Tres hustets e huserèras
Qui van decap ath Vedat;
Sus nos eth car de renversa,
De Noë era senta crotz;
Cèu estelat qui versa
Sus nosauts mila favors

[Regardez les sept chevrières / Une étoile brillante / Les trois coins et les filandières / Qui vont vers le Bedat ; / Sur nous le char retourné / De Noë la sainte croix / Ciel pur étoilé qui verse / Sur nous mille faveurs]. Traduction de Francis Beigbeder.

Vous noterez les constellations Set crabèras, Tres hustets, Huserèras, Eth car, Noë era senta crotz.

Quel est l’origine de la Grande Ourse ?

Joan Amades i Gelats (1890 - 1959
Joan Amades i Gelats (1890 – 1959)

Si nous n’avons pas d’information sur la Gascogne, nos voisins Catalans en ont une. Et l’ethnologue catalan Joan Amades (1890-1959) nous raconte, dans Costumari Català : La constel·lació de l’Óssa major és coneguda en molts pobles pel Carro. La veu popular diu que el carro del cel va ésser el primer que hi va haver i que, com que va representar un gran avenç per al transport, puix que abans tot s’havia de portar a coll d’homes o a bast d’animals, Nostre Senyor, desitjós que no es perdé- la mena d’aquell nou invent que representava un tan gran descans per a l’home, va fer posar el primer carro dall del cel, perquè sempre més se sabés com era i se’n pogués tornar a fer un altre.

[La constellation de la Grande Ourse est connue dans plusieurs villes sous le nom de Char. La légende raconte que le Char du Ciel était le premier qui exista et que, compte tenu du grand progrès qu’il représentait pour le transport, puisque, auparavant, il fallait tout transporter à dos d’homme ou a dos d’animal, Notre Seigneur, voulant que cette invention qui évitait à l’homme tant de fatigue ne se perde pas, a mis le premier char dans le ciel pour l’on sache toujours comment s’y prendre pour en faire un autre.]

Lo Car deu rei David

Jean-François Bladé
Jean-François Bladé (1827-1900)

Quant à Jean-François Bladé (1827-1900), il rapporte dans ses Contes de Gascogne, cette légende intitulée « Le Char du roi David », donc une légende de la Grande Ourse, et dictée par Pauline Lacaze, originaire de Panassac (Gers) : La nuit, quand il fait beau temps, vous voyez, du côté de la bise [nord], sept grandes étoiles et une petite, assemblées en forme de char. C’est le Char du roi David, qui commandait, il y a bien longtemps, dans le pays où devait naitre le Bon Dieu. Le roi David était un homme juste comme l’or, terrible comme l’orage. Voilà pourquoi le Bon Dieu le prit au ciel, quand il fut mort, et plaça son char où vous le voyez.

Lo car e los bueus [Le char et les bœufs]

Félix Arnaudin - Autoportrait
Félix Arnaudin – Autoportrait (1844-1921)

De son côté, Félix Arnaudin (1844-1921) publie dans les Condes de la Lana Gran, un conte qu’il a collecté. Il est intitulé Le Char et les Bœufs. Il parle donc de la Grande Ourse :
Le Char et les Bœufs sont sept grosses étoiles que l’on distingue  fort bien dans le ciel. Il y en a quatre qui sont les quatre roues du Char une autre le Timon, et les deux dernières représentent le Bouvier et le Bœuf. Il y a aussi une autre petite étoile que l’on peut voir au-dessus du Bœuf ; celle-ci est le Loup. Une fois, le loup avait mangé un des bœufs du bouvier. Et, naturellement, l’homme ne pouvait plus faire tirer son char par un seul bœuf. Alors, pour refaire la paire, il attrapa le loup et l’attela avec le bœuf, à la place de celui qu’il avait mangé. Et depuis, le loup et le bœuf tirent ensemble.

La punition de l’avare

Toujours Joan Amades rapporte cette légende d’une région catalane du nord, fort différente des précédentes :
La gent vella de l’Empordà deia que era la carreta de bous d’un hisendat molt ric, qui, un any de molta fam, tenia els graners abarrotats, mentre tothom es moria de gana. Perquè no volia vendre el blat per esperar que pugés més, el poble es va amotinar i anava a cremar-li els graners. L’avar, espantat, va carregar la carreta tant com pogué, i anava a fugir amb el seu blat, però Nostre Senyor el va castigar i se’l va emportar al cel. perquè els avars en prenguessin exemple.

[Les anciens de l’Empordà disaient que c’était le char à bœufs d’un propriétaire très riche qui, une année de grande faim, avait les granges bondées tandis que tout le monde mourrait de faim. Parce qu’il ne voulait pas vendre le blé afin d’attendre qu’il monte davantage,  les gens se sont révoltés et allaient bruler ses granges. L’avare, effrayé, allait charger le chariot et allait s’enfuir, mais Notre Seigneur le punit et l’emmena au ciel pour que les avares s’en souviennent.]

Les autres noms de la Grande Ourse

Si les Romains y voyaient une ourse, les Egyptiens y voyaient un chien ou un taureau et les Hébreux un sanglier ou une ourse.

Cependant, on retrouve dans plusieurs peuples l’idée d’un chariot souvent tiré par des animaux et parfois même conduit par un homme. Ainsi, les Egyptiens l’appelaient le Chien de Typhon ou le Char d’Osiris, les Suédois le Chariot du dieu Thor et les Wallons le Char-Poucet.

D’ailleurs, le Dictionnaire étymologique de la langue wallonne précise :
Chaur-Pôcè (la Grande-Ourse, verb. : le char-Poucet) : des huit étoiles dont semble formée cette constellation, les quatre en carré représentent, selon les paysans, les quatre roues d’un char, les trois qui sont en ligne sur la gauche sont les trois chevaux, enfin, au-dessus de celle de ces trois qui est au milieu, il s’en trouve une petite qu’ils regardent comme le conducteur du char et qu’ils nomment Pôcè.

D’autres lui donnent un nom simple comme les Perses qui l’appellent les Sept grandes étoiles. Enfin, d’autres encore lui donnent un nom plus original comme les Indiens (d’Inde). Ils l’appelaient la Mer d’or, ou le Pays de Galle, histoire oblige, la Harpe d’Arthur.

On retrouve malgré tout l’idée du car ou des set estelas de la Gascogne.

Le Char d'Osiris, autre nom de la Grande Ourse
Le Char d’Osiris

Le rôle de la Grande Ourse

Trouver l'étoile polaire
Trouver l’étoile polaire

Pour les Egyptiens, la Cuisse du Taureau [la Grande Ourse] ordonnait l’univers. elle indiquait les points cardinaux et signalaient ainsi les saisons.

Il est vrai qu’elle permet de trouver l’étoile polaire. Ainsi, il suffit de prolonger la ligne qui passe par les deux étoiles qui constituent le bord extérieur de la casserole. Puis, de prolonger cinq fois la distance entre les deux étoiles.

 

 

 

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

La Grande Ourse est une table d’orientation très pratique au printemps, Le Monde, 7 avril 2018
Contes de Gascogne, Jean-François Bladé, 1886
Condes de la Lana Gran, Felix Arnaudin, 1912
Le Petit Poucet et la Grande Ourse, Gaston Paris, 1875
Dictionnaire étymologique de la langue wallonne, Charles Grandgagnage, 1837, p. 153
À la découverte du ciel, exposition château de Mauvezin (65)




Les vacants au pays des Lugues

Le canton de Houeillès, situé en Lot et Garonne, fait partie de la grande Lande. C’est l’ancien pays des Lugues. Au XIXe siècle, il est l’objet de procès au sujet de la propriété et de l’utilisation des vacants.

Qu’est-ce qu’un vacant ?

Au Moyen-âge, la propriété féodale repose sur le principe de « nulle terre sans seigneur ». Bien sûr, il y a des terres franches qui ne dépendent d’aucun seigneur : les alleux mais ils sont minoritaires.

Félix Arnaudin - Coupeuses de bruyère
Félix Arnaudin – Coupeuses de brana [bruyère]

En outre, le seigneur propriétaire dispose d’une réserve, c’est à dire une partie de son domaine qu’il exploite ou fait exploiter pour les besoins de sa famille. Et des tenanciers prennent le reste de son domaine en payant un cens annuel pour la maison et les terres cédées.

Cette cession se fait sous la forme d’un bail à fief qui est une sorte d’emphytéose puisque le bénéficiaire, moyennant le paiement annuel du cens, peut transmettre le bien cédé à ses héritiers ou le vendre. Ainsi, le seigneur ne peut récupérer son bien que dans le cas où le bénéficiaire n’a pas d’hérédité, en cas de délaissement (le bénéficiaire abandonne la terre pour s’installer ailleurs) ou en cas de vente. Dans ce cas, le seigneur peut exercer son droit de prélation qui consiste à annuler la vente à son profit, moyennant l’indemnisation des parties (prix de la vente, frais de notaire, frais d’enregistrement).

En fait, seules les terres exploitables sont cédées. Dans le secteur de Houeillès, beaucoup de terres sont inadaptées à la culture : marais et landes. Personne n’en veut. Finalement, elles bénéficient à tout le monde pour faire paitre les troupeaux, couper la toja [ajoncs] ou la brana [bruyère], recueillir l’arrosia [résine]. Ces terres sont les vacants.

Qui est propriétaire des vacants ?

Les possessions des Albret en 1380
Les possessions des Albret en 1380

Même si aucun particulier ne les exploite, les vacants appartiennent au seigneur qui n’en tire qu’un petit bénéfice par le droit de coupe, par exemple.

Et dans le secteur de Houeillès, le seigneur est le sire d’Albret. Profitant de la guerre franco-anglaise en Aquitaine, les sires d’Albret constituent un important domaine, certes éclaté en plusieurs entités, qui devient un duché en 1550.

Par mariage, le domaine des Albret rejoint celui des rois de Navarre. Puis, Henri III de Navarre devient roi sous le nom de Henri IV et, comme le veut la tradition, il réunit ses domaines à la couronne en 1607.

Voilà le roi de France propriétaire du duché d’Albret. Puis, pour des raisons politiques, Louis XIV échange les principautés de Sedan et de Raucourt contre le duché d’Albret en 1651. Ainsi, le nouveau propriétaire est le duc de Bouillon. Mais cet acte concernant les domaines du roi n’est pas enregistré selon les formes.

Plus tard, la Révolution de 1789 met fin aux droits féodaux. Il faut plusieurs décrets entre 1790 et 1793 pour les liquider. Concernant le duché d’Albret, l’échange de 1651 n’ayant pas été enregistré dans les formes, il est tout simplement annulé.

De plus, une contribution foncière (c’est la taxe foncière que nous connaissons encore aujourd’hui) remplace les droits seigneuriaux. Et chaque commune rédige un état des propriétaires et des contributions à payer.

Mais, qu’en est-il des vacants, soumis à la contribution foncière, et que personne ne veut payer parce qu’il n’y a pas de propriétaire avéré comme pour les terres cultivables ? En effet, pourquoi payer pour des terres qui ne rapportent rien ?

Un premier procès concernant les vacants

Félix Arnaudin - Labours et Semailles 1893 - les vacants
Félix Arnaudin – Labours et Semailles 1893

Si les vacants ne sont à personne, tout le monde en profite à bon compte.

Or, l’administration des Domaines récupère les biens confisqués à la Révolution. Et les vacants ne trouvent pas preneurs à la vente. Même si quelques personnes essaient d’en acheter à bon compte, ils doivent faire face aux autres qui s’y opposent car ils perdent le bénéfice de leur utilisation.

Dans ce contexte tendu, la princesse de Rohan, héritière du duc de Bouillon, veut reprendre les domaines non vendus. En 1822, elle intente un procès contre le maire de Pindères au sujet de trois parcelles de vacants en pinhadar [plantés de pins].

La riposte s’organise et les propriétaires du pays des Lugues se réunissent à Houeillès. Alors, ils décident que si un vacant est revendiqué par les héritiers du duc de Bouillon, tous les propriétaires mettraient leur troupeau à pacager sur la parcelle et à y couper la toja pour empêcher la jouissance du vacant. De plus, ils diffusent un mémoire imprimé à toutes les communes, portant les arguments de défense.

Et, en 1824, le tribunal de Nérac donne raison à la commune de Pindères.

Houeillès (Carte Cassini 18e siècle) l- es vacants objets de procès
Houeillès (Carte Cassini 18e siècle)

Les procès se multiplient

Houeillès-église fortifiée
Houeillès-l’église fortifiée

Cependant, la princesse de Rohan revendique deux métairies au sud de Houeillès. Mais elle est déboutée et fait appel. Enfin, le tribunal d’Agen lui donne raison.

La princesse assigne alors les maires des communes de Saint Martin de Curton, Durance, Boussès, Lubans, allons, Sauméjan et Houeillès afin qu’ils délaissent les vacants de leur commune. Et, en 1826, la cour de Nérac donne raison à la princesse de Rohan. L’appel des maires est rejeté.

Alors, la princesse de Rohan continue : en 1827,  elle assigne le maire de Durance pour la possession de deux tours. Mais, cette fois, elle est déboutée. En même temps, elle engage des actions contre Tartas et plusieurs communes voisines, ainsi que contre Labrit et deux autres communes qui faisaient aussi partie du duché d’Albret.

Le dénouement des affaires

Félix Arnaudin
Félix Arnaudin

Si la cour d’appel d’Agen donne raison à la princesse de Rohan contre les communes de Saint Martin de Curton et de Pindères, c’est sous réserve de l’usage des vacants par les habitants.

En effet, l’usage doit être immémorial ou de plus de quarante ans selon le nouveau code civil. Encore faut-il le prouver ! Ainsi, le tribunal de Nérac et la cour d’appel d’Agen demandent aux communes de fournir les preuves. C’est une première victoire pour les communes.

Des procès à rebondissement

Georges-Eugène Haussmann vers 1860 (1809 - 1891) prend parti dans le procès des vacants
Georges-Eugène Haussmann vers 1860 (1809-1891)

Enquêtes et contre-enquêtes se succèdent. Les communes trouvent des témoins parmi leurs habitants. La princesse de Rohan prend soin d’en prendre parmi les « étrangers ». Patatras ! les témoins des deux parties vont dans le même sens. Et les communes gardent leurs droits de jouissance des vacants.

Si les cours d’appel de Pau (affaire de Tartas) et de Mont de Marsan (affaire de Labrit) donnent raison aux communes, celle d’Agen donne raison à la princesse de Rohan. Aucune commune perdante ne se pourvoit en Cassation. On y voit l’influence du sous-préfet de Nérac qui n’est autre que le baron Haussman. Et puis, les communes demandent des secours pour payer les procès mais ne reçoivent rien.

Ainsi, les procès durent depuis 10 ans et la princesse de Rohan vend ses domaines en 1836, soit 10 000 hectares de vacants dont elle a retrouvé la propriété et 8 550 hectares en cours de procédure.

Félix Arnaudin - Attelage de boeufs
Félix Arnaudin – Attelage de boeufs

Toutefois, les nouveaux propriétaires poursuivent les actions mais changent de tactique. Ils n’attaquent plus les communes mais citent à comparaitre des particuliers utilisateurs de vacants et les forcent à les leur restituer par voie de composition. Ainsi, ils obtiennent ainsi plus de 80 hectares. Mais, un comité consultatif de défense contre les envahissements des concessionnaires des héritiers du duc de Bouillon se constitue à Nérac. Comme en 1822, les vacants en litige sont aussitôt envahis par les troupeaux, on y coupe la toja et on met le feu au pinhadar.

Enfin, la cour d’appel d’Agen donne tort aux utilisateurs des vacants. Pour apaiser la situation, les parties cherchent des compromis. Pourtant, c’est bien la fin des vacants.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La querelle des vacants en Aquitaine, Gilbert Bourras, J&D éditions, 1995.
La querelle des vacants en Aquitaine, Annales de démographie historique, Françoise de Noirfontaine, 1996, pp 449-450
La querelle des vacants en Aquitaine, Histoire et Sociétés Rurales, Jean-Baptiste Capit, 1996, pp 291-292




La pomme de terre

Si la pomme de terre est devenue un légume de consommation courante, sa culture ne s‘est développée que tardivement en Gascogne. Bien souvent, elle servait de nourriture aux animaux.

Le long voyage de la pomme de terre

Pomme de terre (Solanum tuberosum L)
Pomme de terre (Solanum tuberosum L)

La pomme de terre vient du Pérou où elle est cultivée par les Incas. Avec le maïs, elle constitue là-bas la base de l’alimentation.

Les conquistadors ramènent la pomme de terre en Espagne et l’appellent turma [truffe] ou plus tard papa et enfin patata. Petit à petit, elle voyage d’un pays à l’autre. Puis, la trufa (nom dans certaines contrées gasconnes) ou « truffe de terre » arrive en France, par le pays basque, vers 1620 et sert à la nourriture des animaux. Par ailleurs, un moine franciscain la ramène d’Espagne et introduit sa culture dans le Vivarais.

Olivier de Serres (1539 - 1619)
Olivier de Serres (1539-1619)

Dans son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, l’agronome Olivier de Serres (1539-1619) la nomme « Cartoufle ».

Au début, la pomme de terre suscite la méfiance. D’ailleurs, en 1630, le Parlement de Dole l’interdit car elle serait vectrice de la lèpre. Et, en 1748, le Parlement de Paris interdit sa culture car on la soupçonne d’apporter la peste.

 

 

Dumont - Portrait de Antoine Parmentier (1737 - 1813)
Dumont – Portrait de Antoine Parmentier (1737-1813)

Heureusement, Antoine Parmentier (1737-1813) rend la pomme de terre populaire auprès d’une population régulièrement touchée par la famine. Pharmacien militaire, il participe à la guerre de Sept ans. Puis, prisonnier des Prussiens, il découvre les vertus de la pomme qui sert à la nourriture des prisonniers : « Nos soldats ont considérablement mangé de pommes de terre dans la dernière guerre ; ils en ont même fait excès, sans avoir été incommodés ; elles ont été ma seule ressource pendant plus de quinze jours et je n’en fus ni fatigué, ni indisposé ».

La ruse de Parmentier

La France est touchée par la famine en 1769 et 1770. L’Académie des sciences de Besançon lance un concours : « Indiquez les végétaux qui pourraient suppléer en cas de disette à ceux que l’on emploie communément à la nourriture des hommes et quelle en devrait être la préparation ». Et Parmentier reçoit le premier prix pour son mémoire consacré à la pomme de terre !

Duplessis - Portrait de couronnement de Louis XVI
Duplessis – Portrait de couronnement de Louis XVI

Enfin, en 1772, la faculté de médecine de Paris déclare la pomme de terre sans danger et lève l’interdiction de sa culture de 1748.

Selon la légende, le roi Louis XVI aurait mis des terres à la disposition de l’Académie d’Agriculture de Paris pour cultiver la pomme de terre. Les cultures sont gardées le jour, mais pas la nuit. Ainsi, cela suscite la curiosité de la population et les tubercules sont volés pendant la nuit, ce qui contribue à la diffusion de la culture de la pomme de terre.

En tous cas, le roi porte des fleurs de pommes de terre à la boutonnière et félicite Parmentier. « La France vous remerciera un jour d’avoir inventé le pain des pauvres » lui dit-il.

Toutefois, la pomme de terre ne reste qu’une culture d’appoint dans les jardins. Mais les famines de 1816 et 1817 vont généraliser sa culture.

Parmentier présentant une pomme de terre au roi Louis XVI lors de sa visite dans la plaine des Sablons (gravure américaine du XIX e siècle)
Parmentier présentant une fleur de pomme de terre au roi Louis XVI lors de sa visite dans la plaine des Sablons (gravure américaine du XIX e siècle)

Un lent développement de la pomme de terre en Gascogne

Graincourt - Turgot (1727 - 1781)
Graincourt – Turgot (1727-1781)

Turgot (1727-1781) est Intendant du Limousin et y implante la culture de la pomme de terre qui contribue à atténuer la disette de 1770. Alexis-François-Joseph de Gourgues, Intendant de Montauban en fait autant dans sa généralité. De même, elle est signalée en pays de Foix en 1773 et à Pamiers en 1778.

Pourtant, la pomme de terre arrive tardivement en Gascogne. Elle apparait en Comminges en 1780 où elle devient vite la principale ressource alimentaire des habitants. En Couserans, elle couvre 33 % des surfaces agricoles sous le 1er Empire, ce qui fait dire au préfet de l’Ariège qu’elle est devenue « l’unique aliment des gens de la montagne ».

Mais on dédaigne la pomme de terre dans les zones de culture du maïs. Dans certains districts de montagne, comme celui de Bagnères de Bigorre, elle est encore inconnue en 1793. En Béarn, elle sert surtout à l’alimentation des animaux jusqu’en 1817.

D’ailleurs, au début du XIXe, elle couvre 2 685 ha dans les Basses Pyrénées, 5 569 ha dans les Hautes-Pyrénées, 20 000 ha en Ariège.

En gascon, la pomme de terre a plusieurs noms : Trufa, Turra, Mandòrra, Tomata, Patana, Patata, Pataca ou encore Poma de tèrra.

 

J-F Millet - La récolte de pommes de terre (1855)
J-F Millet – La récolte de pommes de terre (1855)

La crise de la pomme de terre en 1845 en Couserans

Hélas, en 1845, une maladie ravage les cultures de pommes de terre en Couserans. La semence pourrit dans le sol et au moment de la récolte, les pommes de terre entassées se gâtent. Les 4/5e de la récolte sont perdus. L’année suivante, la récolte se trouve encore amputée des 3/5e. Or, elle est devenue le principal aliment des populations en zone de montagne.

Dans le canton de Saint-Lizier, « la récolte est nulle ». On estime le déficit à 1 300 000 hl sur le département.

Des risques de révolte

Le déficit de récolte provoque une vague de misère sans précédent. Dès le mois de janvier, il n’y a plus de réserves. Le prix de l’hectolitre de pomme de terre qui est de 2 F passe à 8 F. Le préfet écrit : « Je ne sais pas comment nous arriverons au mois de juin, époque à laquelle on commence à faire quelques récoltes ».

Il écrit encore, le 22 décembre 1845 : « je ne veux pas tromper le Gouvernement par des exagérations, ce que j’ai déjà vérifié m’effraie. Je ne crains point d’assurer que plus de 25 000 personnes touchent au moment de n’avoir plus d‘aliments. […]; mais qu’importe à cette population le prix du blé ? Elle ne mange jamais de pain ; la pomme de terre, le maïs, le sarrasin sont son unique nourriture ; elle est sans ressources, sans argent pour acheter ».

Les autorités redoutent une insurrection comme celle des Demoiselles de 1830. À Camade, près du Mas d’Azil, une troupe armée attaque le château de Salins et emporte l’argent et le pain qu’ils y trouvent. À Labastide de Sérou, on affiche un placard sur la vitrine de la pharmacie : « Chargé par un comité qui est déjà organisé dans d’autres départements de vous prévenir que le gouvernement cherche à vous faire mourir de fin, pour obvier à tout cela, il faut vous entendre et marcher, d’accord, car l’union fait la force …. ». Finalement, la situation reste calme.

Les conséquences de la crise de 1845

La famine a des conséquences terribles. Dans le Couserans, on signale une augmentation des enfants trouvés, une recrudescence des vols et des épidémies de petite vérole, une hausse de la mortalité. Partout, des mendiants frappent aux portes.

Pourtant, le gouvernement n’accorde aucune aide et compte sur de futures bonnes récoltes.

Ouvriers cheminots sur la ligne du Couserans (jamais achevée)
Ouvriers cheminots sur la ligne du Couserans (jamais achevée)

Le manque de pommes de terre, allié aux mauvaises récoltes de céréales de 1847, provoque une émigration massive. Le préfet écrit que « dans l’arrondissement de Saint-Girons, la disette est si absolue que le tiers de la population s’est temporairement résignée à un exil volontaire, à une émigration de plusieurs mois, pour aller chercher dans des contrées plus heureuses du travail et du pain ». La population de l’Ariège baisse à partir de 1847.

À Massat, 404 habitants sont partis sur les 630 que compte le quartier de Liers, 216 sur 425 du quartier de Biert, 286 sur 376 du quartier de Port, 259 sur 400 du quartier de Saraillhé, etc.

Le chômage est à son comble. L’intensification des constructions de chemin de fer occupe plusieurs milliers de chômeurs dans les autres régions de la Gascogne. Elles sont également touchées par les mauvaises récoltes de céréales. En  Ariège, il existe peu de projets de lignes de chemin de fer. Toutefois, le préfet lance un important programme routier qui va atténuer les conséquences de cette crise.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les Pyrénées au XIX° siècle, de Jean-François Soulet – Editions Sud-Ouest, 2004.
La pomme de terre a traversé l’Atlantique au 16e siècle.
Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, Olivier de Serres, 1600.
Wikipédia




Alexandre de Salies, Gascon aux trois vies

Alexandre de Salies ou Alexandre Danouilh n’est pas un chat puisqu’il n’a eu que trois vies. Mais trois vies bien remplies. Suivons le parcours de ce Gascon à qui l’histoire et l’archéologie doivent tant.

Alexandre Danouilh est commingeois

Acte de naissance de Alexandre de Salies à Salies du Salat le 9 décembre 1815
Acte de naissance de Alexandre Danouilh à Salies du Salat le 9 décembre 1815

Comme le dit son acte de naissance, Jean Grégorien Alexandre Danouilh nait à Salies du Salat le 9 décembre 1815 à 4h du matin. Son père, Jean-Paul Alexandre Danouilh (il signe Annouih) est avocat au Parlement de Toulouse. Et son grand-père, Jean-Baptiste, également avocat au Parlement, achète la seigneurie de Salies en 1738.

Ainsi, Alexandre Danouilh fait naturellement des études d’avocat à Toulouse. Cependant, il se passionne d’histoire, plus particulièrement, semble-t-il, pour l’Antiquité romaine. Mais le voilà de retour à Salies du Salat où il est élu Maire en 1848.

Alexandre de Salies (1815 - 1883)
Alexandre Danouilh de Salies (1815 – 1883)

L’année suivante, en 1849, la Cour d’Assises de Toulouse le condamne pour plusieurs délits et « crimes de papier ». On lui reproche « d’avoir commis quinze faux en écriture de commerce par contrefaçons d’écriture et de signature et par fabrication d’obligations … ». Sa peine est de 6 ans de réclusion, 10 000 Francs d’amende et paiement des frais de procédure.

Ainsi, il doit vendre sa propriété de Salies pour payer ses créanciers. Toutefois, Napoléon III lui accorde une remise de peine de 1 an de prison puis le décharge de l’amende de 10 000 Francs. Alexandre Danouilh sort de prison en 1854. Ruiné, divorcé, il quitte Salies pour s’installer à Tours.

La deuxième vie d’Alexandre Danouilh

À tout le moins, elle commence mal. Le voilà seul et sans le sou. Pour survivre, il prend un emploi de commis de bureau et donne des leçons de piano et de chant. Personne ne connait sa première vie et il restera toujours discret sur son passé. On le connait maintenant sous le nom d’Alexandre de Salies.

Bien que résident à Tours, Alexandre de Salies se passionne pour l’Histoire et les monuments du Vendômois. Aussi, il y fait de fréquents séjours, habite ponctuellement à Angers qui est plus près. Il s’intéresse surtout aux châteaux de Vendôme et de Lavardin.

Très vite, il devient membre de la Société archéologique du Vendômois et publie des notices et des ouvrages remarqués. Il publie divers ouvrages comme Notice sur le château de Lavardin (1865), Histoire de Foulque Nerra (1874), Le château de Vendôme, sa position stratégique, ses anciennes fortifications, ses souterrains, et le siège qu’il a subi en 1589, Monographie de Troô (1878), etc.

Le Château de Vendôme
Le Château de Vendôme (Loir et Cher)

La reconnaissance d’Alexandre de Salies

Alexandre de Salies
Alexandre de Salies

Dans un article du Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, de 1986, l’ethnohistorien Daniel Schweitz écrit : « La personnalité d’Alexandre de Salies (1815-1883) est à tout jamais associée à l’étude archéologique du château de Lavardin, depuis la remarquable Notice qu’il lui a consacrée en 1865. Il peut même être regardé comme le véritable « inventeur » du château, et sa publication de 1865 comme l’acte de naissance de ce monument, tout au moins dans le champ du patrimoine et de la connaissance archéologique ».

Avec ses travaux, Alexandre de Salies fait partie de ces érudits locaux du XIXe siècle qui ont contribué à fonder l’identité culturelle de la France par l’invention de l’identité historique et patrimoniale des provinces.

D’ailleurs, on le reconnait aujourd’hui comme l’un des fondateurs de l’Archéologie du bâti et de la Castellologie (étude des châteaux), deux disciplines qui prendront leur essor dans les années 1970.

La troisième vie d’Alexandre de Salies

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Vue de l’abbaye de Marmoutier lez Tours de l’ordre de St Benoit, Congrégation de Saint-Maur – 17e –  (Gallica)

En 1876, Alexandre de Salies s’installe à Paris. Il vit misérablement mais suit – à 61 ans – les cours de l’Ecole des chartes.

Sa passion est toujours aussi vive. Ainsi, il laisse ses recherches dans le Vendômois et travaille sur le cartulaire de Marmoutier qui sera publié en 1893, près de 10 ans après sa mort.

En 1877, Alexandre de Salies rencontre l’abbé Louis Roussel qui est Directeur de l’œuvre des Orphelins-Apprentis d’Auteuil. Celui-ci lui propose le poste de rédacteur en chef du journal de l’institution, La France Illustrée, journal scientifique, littéraire et religieux. Il collabore en même temps au journal L’Univers.

Bien qu’ayant abandonné ses recherches sur le terrain, il publie des articles historiques qui font sa renommée et étonnent le Gotha parisien, surpris de voir un provincial impécunieux, venu d’on sait où, leur tenir la « dragée haute ».

Alexandre de Salies dit de la science archéologique qu’elle « n’asservit notre intelligence aux plus vulgaires recherches de la matière, que pour nous relever après, s’emparer de notre âme, l’enivrer des plus pures émotions, et se faire le trait d’union entre la poussière des tombeaux et le rayonnement de l’avenir ».

En 1879, il publie un roman historique sur le séjour de Charles VII à Lavardin en 1448.

La générosité discrète d’Alexandre de Salies

La France Illustrée, revue publie par les Orphelins et Apprentis d'Auteuil, dont Alexandre Salies est un des rédacteurs
La France Illustrée, revue publiée par les Orphelins et Apprentis d’Auteuil.  A. Salies est un des rédacteurs

Profondément religieux, Alexandre de Salies se dépouille de tout au profit des Orphelins-Apprentis d’Auteuil, refusant même de faire du feu en hiver dans sa chambre pour leur laisser le plus possible.

Alexandre de Salies meurt de maladie, dans la plus grande misère, le 16 mars 1883, à l’âge de 67 ans. Il repose au cimetière d’Auteuil.

Charles Bouchet, président de la Société archéologique du Vendômois, est présent à ses obsèques. Il publie une rubrique nécrologique dans la revue de la Société archéologique. Il dit :

Mais pour ne parler que des facultés intellectuelles, il est difficile de dire combien s’en rencontraient chez M. de Salies. Il était à la fois littérateur, critique, archéologue, poète, dessinateur, musicien, on pourrait ajouter architecte et ingénieur, s’il suffisait, pour mériter. ces noms, de connaître la théorie de ces nobles arts et d’en raisonner pertinemment avec les maîtres. Il n’était pas jusqu’au talent de causeur qu’il ne possédât à un degré ravissant. Fénelon disait de Cicéron : « Il avait je ne sais combien de sortes d’esprits. » Il s’en pourrait dire autant, dans un autre sens, de M. de Salies. — Il était bien de cette race du Midi si souple, si propre à tout, de cette famille gasconne dont il ne lui manquait que le côté…. gascon, car l’on peut dire qu’il en était absolument dépourvu.
[…]
Sa Foi était sans bornes, sans réserve, sa piété ardente, sa charité inépuisable. On se demande, nous écrit un de ses amis, comment il se trouvait si souvent dans un pareil état de gêne, mais une foule de malheureux accourus pour pleurer sur sa tombe se chargèrent de répondre.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Généalogie de la famille d’Anouilh de Salies – Généanet
Revue du Comminges n° 3, 2007.
Le château de Lavardin–épisode de la vie féodale au XVe siècle (texte complet) – Alexandre de Salies (1879)
Histoire de Foulques Nerra Comte d’Anjou d’après les chartes contemporaine et les anciennes chroniques (pdf) – Alexandre de Salies (1874)
Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois (1883) – Hommage à Alexandre de Salies p. 72 et 73




Les grandes sècheresses en Gascogne

Une sècheresse sévit en 2022. La sècheresse la plus grave jamais enregistrée dans notre pays selon la Première Ministre, Élisabeth Borne. Que savons-nous de ce fléau au cours des siècles en Gascogne ? Et a-t-il toujours les mêmes conséquences?

Des sècheresses nombreuses et des sècheresses sévères

Emmanuel Garnier, chercheur au CNRS
Emmanuel Garnier, chercheur au CNRS

On dispose de relevés de température depuis les années 1750. Pour compléter, les spécialistes du climat reconstruisent les situations en s’appuyant sur des données indirectes comme les dates des vendanges ou des récoltes des fruits. Ils s’appuient aussi sur des évènements sociaux comme les exvoto, les tableaux datés au dos de l’œuvre, les processions religieuses ou rogations pro pluvia. Toutefois, à l’échelle de notre histoire, notre connaissance reste sur une période courte  (cinq siècles environ).

Emmanuel GARNIER, chercheur au CNRS de Caen, montre dans son document Sécheresses et canicules avant le Global Warming 1500-1950 que, si les sècheresses sont plus nombreuses sur les deux derniers siècles, les plus sévères ont lieu pendant les XVIIe et XVIIIe siècles.

Et les conséquences en étaient plus graves car les populations étaient plus dépendantes du climat. Des inondations, des gelées, des grêles, des orages ou une sècheresse avaient des conséquences dramatiques sur les récoltes et sur la santé. Par exemple, l’eau des rivières tiédie par une canicule se charge de virus et de bactéries pouvant provoquer toutes sortes d’épidémies.

Les sècheresses généralisées

L’année 1540 reste dans les mémoires car la sècheresse en Europe dure 11 mois. Après un hiver de fortes gelées dans le sud, le printemps, l’été et l’automne sont très chauds et très secs. Des puits sont taris, les rivières basses. Le Rhin se traverse par endroits à cheval. Le vin est très sucré et des moulins à eau ne sont plus alimentés, ce qui rend le pain rare. Ainsi, des animaux et des personnes meurent de soif.

Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.

Hélas, le XVIIIe siècle comptabilise en France une mortalité effroyable due aux sècheresses (Lachiver, 1991). Celles de 1705, 1706, 1707 entrainent des épidémies et la mort de 200 000 personnes. En 1718 et 1719, la canicule frappe durement Paris. Le prix du blé s’envole engendrant de grandes émeutes de population. Afin de limiter la disette, Paris importe des grains depuis la Gascogne et l’Angleterre. Mais le bilan est lourd : 400 000 morts. On pourrait encore citer l’été 1747 (200 000 morts) ou 1779 (200 000 morts).

Heureusement, les canicules sont moins meurtrières de nos jours, même si on a compté 17 500 morts en 2003.

D’autres fléaux frappent les populations

Bien sûr, il existe d’autres fléaux climatiques. D’ailleurs, le plus meurtrier de l’histoire française est lié à la pluie. A l’été et à l’automne 1692, les très fortes pluies gâchent les récoltes des grains et surtout les semailles. Les charrues ne peuvent pas entrer dans les champs. Le printemps 1693 reste pluvieux et tout cela se termine par un échaudage (problème de circulation des substances nutritives dans les plantes, engendrant une malformation des grains, qui restent de petite taille). Alors, la récolte de grains de 1693 est si faible que certains meurent de faim, d’autres, sous-alimentés, de maladies comme le typhus, la dysenterie ou les fièvres. Enfin, les mendiants propagent les épidémies.

Cette calamité occasionnera 1 300 000 morts (sur 22 250 000 habitants), ce qui est bien plus que n’importe quelle guerre, et du même ordre de celle de 1914-1918. Mais les baisses de population varient selon la pauvreté des régions. Elles atteignent 26 % dans le Massif Central et 5 % dans le Sud-Ouest.

Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.

Les sècheresses signalées dans le Midi pyrénéen

Météorologie ancienne du Midi Pyrénées –Francois Marsan (1906–1907)
Météorologie ancienne du Midi Pyrénées Francois – Abbé F. Marsan (1906–1907)

François Marsan (1861-1944), curé de Saint-Lary-Soulan, épluche les Livres de Raison, les Registres paroissiaux ou notariés, les Journaux du Temps de la région. Il publie toutes les informations recueillies dans un grand article de 18 pages de la Société Ramond, Météorologie ancienne du Midi Pyrénéen.

Notons par exemple :

1630. — En réponse à une supplique adressée à Mgr Barthélemy de Donadieu de Griet, évêque de Comminges, par les consuls et marguilliers de Guchan et Bazus (vallée d’Aure), ceux-ci sont autorisés à distribuer aux habitans les plus nécessiteux desdits lieux veu l’estérilité de ceste année, misère et pauvreté, quatre muids d’orge, seigle et millet payables à la récolte prochaine. (Verbal et Ordonnance de Me Etienne de Layo, commissaire député par Mgr de Consenge, du 25 février 1631).

1645. — Grandes chaleurs aux mois de mai et de juin ; on a coupé les blés et autres grains avant la St-Jean-Baptiste ; il y a eu quantité d’orbère [maladie du blé appelée aussi ergot] aux blés dans toute la région. Il n’a plu que le 8 septembre.

1646. – Grande orbère aux blés partout et grandes chaleurs en juillet.

1653. – En beaucoup d’endroits les blés se sont séchés ainsi que les orges, grande famine et peste.

L’intendant d’Étigny combat le climat

Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767)
Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767)

La liste de ces catastrophes est longue. Pourtant, on ne remet pas en question les méthodes agricoles. Il faut attendre l’intendant d’Auch, Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767) pour les revoir et les rendre moins vulnérables au climat.

En effet, il note qu’en 1745, l’été est marqué par des grandes chaleurs. La sécheresse était si forte que les habitants d’Auch furent obligés d’aller moudre leur grain à Toulouse et de congédier les écoliers, même les séminaristes, faute de pain dans la ville. (Chroniques ecclésiastiques du diocèse d’Auch, p. 175).

En 1751 et 1752, ce n’est pas la sècheresse mais les grêles qui ravagent les cultures. D’Étigny, dans sa correspondance, écrit : Lors de la seule grêle du 20 juin 1751, 79 communautés furent ravagées dans la seule élection d’Astarac. La misère qui suit est telle qu’on trouve des gens morts sur les chemins.

L’année suivante, d’Étigny note une sècheresse inouïe qui atteint particulièrement les fèves et le millet, aliments majeurs des paysans. Suivront deux années de pluies et d’orages tout aussi dévastatrices.

Les améliorations apportées par l’intendant apporteront une prospérité pendant 12 ans. Mais, en 1774, une terrible épizootie décimera les troupeaux.

Les grandes sècheresses suivantes

Elles sont si nombreuses qu’on ne peut toutes les citer. Celle de 1785 est particulière. En effet, une grande sècheresse, liée à l’éruption du volcan Laki (Islande), s’abat sur l’Espagne, la Sicile, la France. Dès le mois de janvier, les sources et torrents des Pyrénées faiblissent dramatiquement. La sècheresse s’installe vraiment en avril et des bêtes meurent dans les prés par manque d’herbe. Aussi, le 15 juin, les élus toulousains demandent une rogation pro pluvia. Cela ne suffira pas. En octobre et novembre, la Garonne est très au-dessous de son étiage normal (d’environ 50 cm).

En fait, cette éruption est extraordinaire, car ses impacts atteignent des régions bien au-delà des frontières de l’Islande. Le gaz se répand sur l’Europe du sud sous la forme d’un brouillard sec à l’odeur sulfureuse. Mais les contemporains, constatant la sècheresse, ignorent qu’une éruption volcanique s’est produite en Islande. De plus, le soleil prend une coloration « rouge sang » à son coucher et à son lever, renforçant le côté inquiétant de l’évènement.

Quarante sècheresses sont répertoriées au XIXe siècle. En particulier, les Pyrénées sont marquées par une grande sécheresse qui débute en mai 1847 : perte des deux tiers du foin, de l’herbe, du blé. Une demande de secours est adressée le 4 juillet. Même chose en 1860.

Le XXe siècle connait aussi son lot de sècheresses dont 1921 la plus importante connue à ce jour. Le nombre de victimes est de 11 300 personnes. Pourtant, la mortalité infantile par temps de canicule est alors pratiquement vaincue.

La gestion de l’eau en Gascogne

Les rivières réalimentées par le canal de la Neste pour lutter contre la sécheresse en Gascogne
Les rivières réalimentées par le canal de la Neste

Le XXe siècle voit la mise en place des plans de gestion de l’eau et d’irrigation qui vont améliorer la situation. Par exemple, la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne nait en 1927.  On modifie et on diversifie les cultures. On aménage les calendriers. En 1990, l’État lui confie par concession, la gestion du canal de la Neste mais aussi de la distribution des eaux en aval.

Le canal de la Neste a été créé entre 1848 et 1862 et mis en service en 1863. Il permet d’alimenter artificiellement les cours d’eau gascons prenant naissance sur le plateau de Lannemezan (Gers, Baïse, Save, Gimone, Arrats, Bouès, Louge, Gesse…). Il est tout particulièrement important pour le département du Gers.

Les Agences de l’Eau

En 1964, l’État crée six agences de l’eau pour une gestion coordonnée des bassins fluviaux : gestion de la ressource, protection des pollutions, préservation des milieux aquatiques. Une redevance sur la consommation d’eau les finance. Pour la Gascogne, il s’agit de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne.

Lors de la grande sécheresse de l'été 1976, les habitants de Lesparre Médoc (Gironde) prient pour que la pluie arrive
Lors de la grande sècheresse de l’été 1976, les habitants de Lesparre Médoc (Gironde) prient pour que la pluie arrive

Si cette gestion amoindrit les impacts des sècheresses, les conséquences restent encore fortes. En 1976 par exemple, une grande sècheresse touche le Sud-Ouest. L’automne et l’hiver n’ont pas rechargé les nappes et la température atteint 30°C dès début mai. La moitié des céréales sont perdues. Des dizaines de tonnes de truites arc-en-ciel meurent dans les élevages piscicoles de la Dordogne. Il faut apporter de l’eau potable par camions-citernes dans les villages du canton de Miradoux (Gers). De plus, le 4 juillet, des orages provoquent des inondations à Bordeaux et dans le Pays Basque. Les chutes de grêle finissent d’abimer les cultures. Le président Valery Giscard d’Estaing annonce un impôt sècheresse qui permettra pour la première fois d’indemniser les agriculteurs.

Enfin, la Loi n° 92-3 du 3 janvier 1992 sur la régulation des prélèvements d’eau sera adoptée. La diminution des prélèvements, et le recyclage des eaux usées ou non restent toujours des enjeux forts.

Le Canal de la Neste (Hautes-Pyrénées) pour lutter contre la sécheresse en Gascogne
Le Canal de la Neste (Hautes-Pyrénées)

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Sécheresses et canicules avant le Global Warming 1500-1950, Emmanuel Garnier, p 297-325.
Sur l’histoire du climat en France depuis le XIVe siècle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, Jean-Pierre Javelle, 2017.
Aquitaine, du climat passé au climat futur, Francis Grousset, 2013, p. 41-60.
Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise, O. Pérez, 1944, p. 56-105.
Météorologie ancienne du Midi Pyrénéen, Bulletin de la Société Ramond, François Marsan, 1907, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus.
L’éruption de la fissure Laki, 1783-1784




Les moulins du Lavedan

Le moulin à eau est une belle invention qui sera fort prisée un peu partout. En Lavedan, le moulin s’adapte à la montagne et se différencie de celui de la plaine. Jean Wehrlé nous renseigne par son livre : Le moulin de montagne, témoin du passé.

L’invention du moulin à eau et son développement


Meule et broyeur -(Orgnac) - source Wikimedia
Meule et broyeur à main  (Orgnac) – Wikimedia

L’invention du moulin à eau est un soulagement pour le travail des femmes qui jusqu’alors, utilisaient un mortier ou deux pierres.

Ce seraient les Grecs qui l’inventèrent. En 30 av. J.-C., le poète Antipater de Thessalonique écrit : Ne mettez plus la main au moulin, ô femmes qui tournez la meule ! Dormez longuement, quoique le chant du coq annonce l’aurore ; car Cérès a chargé les nymphes des travaux qui occupaient vos bras

Moulin à eau de Barbegal - reconstitution
Moulin à eau de Barbegal – reconstitution

La première mention d’un moulin se trouve dans les écrits de Strabon au 1er siècle av. J.-C. Il signale l’existence d’un moulin à eau, à Cabira, dans le palais de Mithridate, roi du Pont. Mais la plus étonnante de ces constructions hydrauliques romaines se trouve en Provence, à Barbegal, près d’Arle [Arles]. Le plus grand « complexe industriel » connu de l’Empire romain est un ensemble de moulins capable de moudre le grain pour une ville de 80 000 habitants !

En France, on attribue l’introduction des moulins à eau à Clovis (~466-511). Puis, les monastères développent cette technique et les moines de Clairvaux disséminent les moulins en construisant de nouvelles abbayes dans toute l’Europe. En plus des besoins domestiques des abbayes, l’eau courante a des usages industriels : écraser les grains, tamiser les farines, fouler le drap et tanner les peaux, puis, plus tard, fabriquer de la pâte à papier.

Parmi les grandes réalisations du XI-XIIe, citons la Société des Moulins du Basacle [Bazacle] ou Los moulins de Basacle fondée à Toulouse par des citoyens de la ville, avant que ne commence la Croisade des Albigeois, pour exploiter en commun des dizaines de moulins installés sur le site du Basacle, à l’amont  de la ville. Ils constituent  pour cela, la première société française par actions.

Les moulin à eau en Lavedan

Saint Orens
Saint Orens

En Lavedan (ou Vallée des Gaves), c’est à Sent-Orens, le futur évêque d’Auch, que l’on attribue le premier moulin à eau.  La légende nous apprend que vers 370, il aurait construit dans le vallon d’Isaby, un moulin merveilleux qui fonctionna 700 ans sans la moindre réparation. Né à Huesca, très pieux, il serait venu se réfugier dans le Lavedan pour échapper au destin politique que sa riche famille voulait pour lui.

Très vite, les moulins privés vont se multiplier dans le Lavedan, au-delà de ce qu’on voit dans d’autres contrées. Le cartulaire de Sent Savin en 1150 ou le censier de 1429 en témoignent.

En 1708, une taxe est créée qu’on ne paiera pas toujours. En 1735 par exemple, 17 moulins clandestins sont découverts dans la baronia deths Angles

Toutefois, en 1836, le cadastre parle d’une vingtaine de moulins à Arcisans-Dessús pour trente-cinq familles. Et quand le moulin est partagé entre deux familles, chacune s’attribue des jours.

À quoi ressemble un moulin en Lavedan ?


Arcizans-Dessus_(Photo Omnes)
Moulins en chapelet – Arcizans-Dessus (Photo Omnes)

La superficie au sol d’une mola [moulin] fait 20 à 25 m2. En enlevant les murs, le moulin est donc très petit. En Val d’Azun, les murs sont en granit clair, en vallée de Gavarnia, ils sont en schiste sombre. Les toits sont en ardoise.

On construit le moulin généralement dans la pente et une rigole depuis le ruisseau permet l’alimentation en eau directement à l’intérieur. De plain-pied, on a l’espace de travail et dessous la chambre du rouet où l’on tient en général debout.


Beaucens (Photo SPPVG)
Moulin de Beaucens (Photo SPPVG)

 

Quant à la porte, elle ne se distingue pas de celle d’une bergerie. Elle peut être ornée d’une croix, voire fleurie. En revanche, à hauteur d’homme, une dalle horizontale encastrée dans le mur permet de poser les sacs lors des manipulations ou du chargement des bêtes.

Enfin, à l’intérieur, un tira huma, une cheminée dont le conduit traverse le mur et non la toiture, permet de se réchauffer l’hiver. Et le sol est le plus souvent en simple terre battue.

L’alimentation en eau du moulin


Canal de dérivation vers un moulin
Canal de dérivation (photo SPPVG)

Qui dit moulin à eau signifie qu’il faut de l’eau ! Ce qui est plus difficile avec l’altitude.  On trouve des rigoles d’alimentation appelées graus ou agaus parfois assez longues, comme celle d’Ayrues qui alimentait deux moulins mais uniquement l’été. Pourtant, on trouve des moulins même à plus de 1300 m d’altitude.

Et les passages ou ventes de droits d’eau font l’objet de transactions en Lavedan. Jean Wehrlé cite la vente de passage d’eau entre Maria du Faur et Johan de Palu le 8 février 1502.

Vieuzac, canal de l'Arrieulat-1
Vieuzac, canal de l’Arrieulat (photo SPPVG)

 

Ou encore l’établissement d’un canal de moulin en 1651 entre un certain Vergez et le sieur d’Authan.

Le plus souvent, le meunier actionne une simple pelle de bois ou de schiste pour donner passage à l’eau dans la rigole.

Au XXe siècle, lors des travaux en montagne, EDF devra assurer l’alimentation des canaux pour la marche des moulins.

Le fonctionnement du rouet


Schéma de principe du moulin à roue horizontale de Sazos
Schéma de principe du moulin à roue horizontale de Sazos (SPPVG)

Pour entrainer l’arrodet [la roue], on creuse dans un arbre évidé, une pièce appelée coursier.  Calé de 30 à 45° par rapport à l’horizontale, le coursier fait office de déversoir et l’eau fait une chute de 2 à 3 m, ce qui entraine la roue (ou rouet) à 60-80 tours par minute.


Turbine horizontale - Moulin de l’écomusée de Marquèze ( Landes)
Turbine horizontale – Moulin de l’écomusée de Marquèze ( Landes)

Quant au rouet, dans le sud de la France, comme dans le bassin méditerranéen, il est horizontal avec un axe vertical. Il mesure 1,15 m de diamètre est souvent en chêne ou en acacia. Il tourne généralement à droite.

La pèira [la meule], sauf exception, est faite de matériau trouvé sur place : la roche cristalline. Elle mesure de 0,90 à 1,15 m de diamètre, pour une épaisseur de 15 cm. Et elle pèse facilement 120 kg. Elle peut être marquée.

Que moud-on dans les moulins du Lavedan ?


Trémie avec son sabot
Trémie avec son sabot (SPPVG)

On peut moudre tous les grains : millet, orge, seigle, blé, avoine, maïs selon les époques. Pourtant la même meule ne s’adapte pas à tous les grains. Ainsi, René Escafre (1733-1800) nous signale : le moulin du seigneur aux Angles a une meule noire, il faudrait en acheter une blanche pour moudre le froment.

Le grain est versé dans un tremolh ou trémie pyramidale. Son soutirage est réglé par une pièce appelée esclop à cause de sa forme de sabot.

Le grain moulu servira à l’alimentation de l’homme et de l’animal. On pratique une mouture « à la grosse », le blutage étant fait par un cèrne [tamis à main] surmontant la masia [le coffre à bluter]. On peut ainsi séparer le son, séparer la fleur (farine très fine utilisée pour la pâtisserie).

Quauques reproès deth Lavedan

Les Gascons sont les rois des proverbes. Le Lavedanés Jean Bourdette (1818-1911), dans Reprouès det Labeda, signale les suivants :

Eras moulos, de Labéda, quoan an àyga n’an pas grâ.
Eras molas, de Lavedan, quan an aiga n’an pas gran.
Ces moulins, du Lavedan, quand ils ont de l’eau ils n’ont pas de grain.

Cadù q’apèra era ayga tat sué mouli,
E qe la tira at det bezî.
Cadun qu’apèra era aiga tad sué molin,
E que la tira a deth vesin
Chacun appelle l’eau pour son moulin / Et l’enlève à son voisin.

De mouliô cambià poudet, mes de boulur nou cambiarat.
De molièr cambiar podetz, mès de volur non cambiaratz.
Vous pouvez changer de meunier ; mais de voleur, non.
Bourdette précise : C’est que tous les meuniers passaient pour être voleurs ; ils conservent encore cette vieille réputation… en Labédâ du moins.

Mes bàou chaoumà que màou moule.
Mes vau chaumar que mau móler.
Mieux vaut ne rien faire que mal moudre.

Qi a mouli ou caperâ,
Jàmes nou mànca de pâ.
Qui a molièr o caperan,
Jamès non manca de pan.
Qui a curé ou moulin,
Ne manque jamais de pain.


Carte des Pays des Pyrénées - Le Lavedan
Carte des Pays des Pyrénées – Le Lavedan

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Reprouès det Labeda, Jean Bourdette, 1889, Bibliothèque Escòla Gaston Febus.
La Baronnie des Angles et les Roux de Gaubert de Courbons, René Escafre.
Le moulin de montagne, témoin du passé, Jean Wehrlé, 1990, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Patrimoine Volvestre Info, Les moulins du Volp
Le site des patrimoines du Pays de la Vallée des Gaves, Les moulins à eau, les scieries, les carderies, (les photos provenant du site sont référencées SPPVG)
La Société des moulins de Bazacle, Wikipedia
La Révolution industrielle du Moyen Âge,




Le pic du Midi de Bigorre

Surplombant le col du Tourmalet, le Pic du Midi de Bigorre atteint 2 876 mètres. Surmonté d’une antenne de TDF (Télédiffusion De France), il est visible de presque toute la Gascogne et sert de repère aux Gascons expatriés qui rentrent chez eux.

Le col du Tourmalet, la porte du pic du Midi de Bigorre

Haut de 2 115 mètres, il est le deuxième col pyrénéen, juste dépassé par le col de Portet (2 215 m). Il permet de relier la vallée de l’Adour à la vallée de Barèges. En effet, la route des gorges de Luz n’est ouverte qu’en 1744.

La route du col du Tourmalet reste longtemps la route thermale pour se rendre à Barèges. D’ailleurs, Napoléon III modernise le chemin en 1864. Alors, Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées, vante le mérite des routes thermales devant les députés, le 22 juin 1868 : « …. à Tourmalet, ainsi qu’au col de Peyresourde, qui descend par Luchon ; nous passons à 2 000 mètres d’altitude avec des voitures à quatre chevaux, aussi facilement que vous traversez en Daumont la place de la Concorde. Pourquoi donc un chemin de fer ne pénètrerait-il pas là où vont à présent les voitures ? ». Plus tard, une ligne de Tramway, inaugurée en 1914, relie Bagnères de Bigorre à Gripp, au pied du Tourmalet. Mais elle ferme en 1925.

La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre
La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre

Les troupeaux fréquentent le Tourmalet en estive. Vers 1130, des moines s’installent sur son chemin, au lieu de Cabadur. Mais, la vie y est bien difficile. Alors, en 1142, ils vont dans la plaine de l’Arròs et fondent l’abbaye de l’Escaladieu. Toutefois, Cabadur reste une grange de l’abbaye de l’Escaladieu.

L’Ador, le fleuve gascon, nait sur les pentes du Tourmalet. Il est grossi par l’Ador de Palhòla, l’Ador de Cabadur, l’Ador de Gripp, l’Ador de Lespona, l’Ador de la Sèuva et l’Ador de Baudian.

Le col du Tourmalet et le sport

Eugène Christophe à l'arrivée du Tour de France 1912-1
Eugène Christophe à l’arrivée du Tour de France 1912

En 1902, le Touring club de France organise une course cycliste. Le départ et l’arrivée sont à Tarbes et les coureurs franchissent le col du Tourmalet à deux reprises. Ensuite, en 1910, le Tour de France cycliste passe par le col du Tourmalet lors de l’étape entre Luchon et Bayonne. Depuis, il l’empruntera 79 fois, ce qui en fait le col le plus franchi par les coureurs.

Lors du Tour de France de 1913, Eugène Christophe (1885-1970) brise la fourche de son vélo dans la descente du Tourmalet. Il marche 14 km jusqu’à Sainte-Marie de Campan et la répare dans la forge d’Alexandre Torné.

La MongieDe même, les skieurs dévalent les pentes du Tourmalet à partir de 1920. La construction d’un téléski en 1945 lance la station de sports d’hiver de la Mongie, le plus vaste domaine skiable de France. À noter, son nom vient de mongia, lieu de résidence des moines. De plus, la construction du téléphérique reliant la Mongie au Pic du Midi, permet à la station de s’équiper d’un réseau électrique et d’un réseau d’eau potable.

La station météorologique de La Plantade

Gaspard Monge (vers 1800) fit des mesures de pression au Pic du Midi de Bigorre
Gaspard Monge (vers 1800)

L’astronome montpelliérain, François de Plantade (1670-1741), monte sur le Pic du Midi de Bigorre pour étudier la couronne du soleil lors de l’éclipse de 1706. En 1741, il y fait des mesures barométriques et meurt en s’écriant « Ah ! que tout ceci est beau ! ».

Plus tard, en 1774, le chimiste Jean d’Arcet et le mathématicien Gaspard Monge atteignent le sommet pour étudier la pression atmosphérique. Conquis par le site, Jean d’Arcet propose la construction d’un observatoire dont le projet n’aboutira pas par manque de financement et pour cause de Révolution.

Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)
Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’ascension du Pic du Midi de Bigorre est une excursion à la mode. Louis Ramond de Carbonnières (1755-1827), botaniste et géologue, sert de guide à trente-cinq expéditions. En 1792, il écrit « Voyage et observations faites dans les Pyrénées », puis « Mémoire sur l’état de la végétation au sommet du pic du midi de Bagnères ».

En 1860, la société Ramond, première société pyrénéiste fondée en 1864 à l’Hôtel du Cirque de Gavarnie, reprend l’idée de construire un laboratoire au sommet du Pic du Midi.

Charles de Nansouty installa la première station météo au Pic du Midi de Bigorre
Charles de Nansouty

À partir de 1870, le général Charles du Bois Champion de Nansouty et l’ingénieur Célestin-Xavier Vaussenat reprennent ce projet dans lequel ils investissent leur fortune personnelle. La première pierre est posée le 20 juillet 1878.

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En 1873, De Nansouty et Vaussenat installent une station météorologique, à la Plantade, au sommet du Tourmalet. Or, les conditions de vie sont précaires. Ainsi, en 1874, une tempête détruit les fenêtres, les volets et la porte de la station.

En 1875, les observations météorologiques et nivologiques permet d’anticiper la grande inondation du bassin de la Garonne. L’alerte est portée à pied dans la vallée. Pour communiquer plus rapidement avec la vallée, une station télégraphique est installée en 1877.

Malgré les contraintes techniques et météorologiques, la plate-forme et les premiers locaux sont opérationnels en 1880. Ainsi, des bulletins météos quotidiens sont envoyés aux villages de la vallée. La station de la Plantade est abandonnée en 1881.

L’observatoire du Pic du Midi de Bigorre devient propriété de l’État

Tout cela coute très cher et l’Etat achète l’observatoire en 1882.

En 1907, Benjamin Baillaud installe le premier grand télescope, un des plus grands du monde. Un jardin alpin et une bibliothèque de 1 300 ouvrages complètent le site.

L'observatoire du Pic du midi vers 1930
L’observatoire du Pic du midi vers 1930

Des groupes électrogènes fournissent le courant dès 1911. Et la TSF est installée en 1922. Plus tard, en 1949, il y aura raccordement au réseau électrique. Puis, un téléphérique pour le transport des personnes et du matériel entre en service en 1952. Notons que le projet de funiculaire de 1905 ne verra pas le jour.

Cependant, le ravitaillement se fait en été par des mulets et, en hiver, par des porteurs qui mettent 8 heures pour atteindre l’observatoire.

L’observatoire étudie les planètes, le rayonnement cosmique, l’électricité atmosphérique, la radioactivité dégagée par les sommets enneigés. Il étudie également la botanique, la biologie végétale et les sols.

L’émetteur du Pic du Midi de Bigorre

L'antenne de radiodiffusion de TDF
L’antenne de radiodiffusion de TDF

On installe des antennes de radiodiffusion en 1927.  Puis, on construit un émetteur de télévision en 1957. Et, en suivant, le centre TDF entre 1959 et 1962. Il dispose d’un émetteur de 104 mètres de haut et dessert le sud-ouest de la France.

L’observatoire vieillit. L’Etat envisage sa fermeture en 1998 mais la région Midi-Pyrénées se mobilise et engage la modernisation des installations techniques. Le nouveau site accessible au public ouvre en mai 2000. Les droits d’entrée assurent une part du fonctionnement du site.

 

La Réserve Internationale de Ciel Etoilé

Grâce à son emplacement exceptionnel, le Pic du Midi reste un des plus grands observatoires mondiaux. Mais la lumière artificielle de l’éclairage public des communes rend les observations du ciel de plus en plus difficiles.

Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre
Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre

En 2009, une association d’astronomes du Pic du Midi lance l’idée d’une Réserve de Ciel Etoilé. Aidée par le Syndicat Mixte pour la Valorisation Touristique du Pic du Midi, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et d’autres partenaires, le projet se concrétise en 2013. La Réserve est gérée par le Pic du Midi, le Parc National des Pyrénées et le Syndicat Départemental de l’Energie des Hautes-Pyrénées.

La Réserve comprend deux zones. Le « cœur » de la réserve qui couvre 600 km² s’appuie sur des espaces protégées inhabités tels que le Parc national des Pyrénées, la réserve du Néouvielle et la réserve d’Aulon. La « zone tampon » comprend 251 communes qui s’engagent à limiter ou supprimer la pollution due à l’éclairage public.

La pollution lumineuse perturbe la biodiversité (cycles de reproduction, migrations, …). Elle représente un gaspillage énergétique considérable. Il représente 94 KWh par habitant en 2007 (43 KWh seulement en Allemagne). Les communes consacrent en moyenne 20 % de leur budget pour l’éclairage public qui nécessite la production de deux réacteurs nucléaires.

Le projet de Loi portant engagement national pour l’environnement prévoie de modifier le Code de l’environnement pour lutter contre la pollution lumineuse et le gaspillage qu’elle engendre.

La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées
La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le site internet de l’observatoire
La Réserve Internationale de Ciel Etoilé