Les commissions syndicales dans les Pyrénées

Les commissions syndicales ont été créés par la Loi du 5 avril 1884 pour permettre la gestion des biens indivis des communes, alors qu’elles les gèrent en commun depuis le Moyen Âge. Étonnant, non ?

Vous avez dit commission syndicale ?

Loi Municipale du 5 avril 1884 (extrait sur les Commissions Syndicales)
Loi Municipale du 5 avril 1884 (extrait sur les Commissions Syndicales)

Les commissions syndicales sont des collectivités territoriales gérant un territoire qui est la propriété indivise de plusieurs communes. Elles peuvent regrouper quelques communes ou concerner toute une vallée.

Les décisions sont prises par une assemblée composée de délégués de chaque commune. La règle de l’unanimité prévaut dans les décisions concernant la propriété commune (achats, ventes, etc.). Le retrait d’une commune nécessite l’accord unanime des autres. Depuis la « Loi Montagne » de 1985, une commune peut désormais s’en retirer librement.

Le rôle de la commission syndicale est de règlementer l’usage des pacages et des estives, de construire des équipements pastoraux. Elle réalise des coupes de bois, et crée des pistes forestières.

La commission syndicale autorise l’utilisation de la propriété indivise par des exploitants privés ou publics. Elle permet la construction d’équipements touristiques (domaines skiables, par exemple).

Le refuge du Marcadau à Cauterets

Les plus grandes commissions syndicales possèdent des thermes, des casinos, des refuges, des zones industrielles. Elles ont des domaines skiables qu’elles afferment. Ainsi, elles se procurent des revenus confortables. Si la montagne pyrénéenne a été épargnée par le bétonnage touristique que l’on voit dans d’autres massifs, c’est grâce à la propriété collective et à la gestion des commissions syndicales.

Le Refuge du Marcadau à Cauterets et la gestionpar des commissions syndicales
Le Refuge du Marcadau à Cauterets – commission syndicale de la vallée de Saint-Savin

 Les commissions syndicales, une spécificité pyrénéenne

La gestion collective des pâturages n’est pas propre aux Pyrénées. Elle existe aussi dans le Massif-Central, les Alpes, les Vosges et la Corse et prend des formes variées. Les commissions syndicales sont plus spécifiques aux Pyrénées et sont majoritairement réparties en Gascogne.

Moutons dans la forêt d'Iraty
Moutons dans la forêt d’Iraty

Elles regroupent deux communes pour les plus petites, jusqu’à 43 communes pour la plus grande (commission syndicale de la Soule). La plupart gèrent un vaste domaine comprenant des pacages et des forêts, d’autres quelques hectares de forêt seulement. La commission syndicale des communes de Cuqueron et de Parbayse en Béarn ne gère que l’entretien des églises et de cimetières des deux communes.

Les commissions syndicales les plus grandes sont celles de la Vallée de Barèges (40 000 ha), de la Vallée de Saint-Savin (15 000 ha), de la Soule (14 000 ha) et de la Vallée de Baïgorry (8 500 ha).

La commission syndicale du Haut-Ossau en Béarn possède 2 573 ha de pacages. Elle possède aussi des terrains au Pont-Long (au nord de Pau) et la moitié de la place de Verdun à Pau.

Un cadre légal pour une gestion commune

La nécessité de préserver la ressource pastorale dans les montagnes conduit à une gestion commune des pacages et des points d’eau, dès le haut Moyen Âge. L’élevage est la seule ressource et moyen de subsistance des populations.

Cette gestion commune se heurte à la puissance des comtes et des seigneurs. Lorsque le comte de Bigorre entre dans la vallée de Barèges, celle-ci doit fournir des otages pour sa sécurité. Les Fors de Bigorre prévoient un serment séparé au nouveau comte (nobles et autres séparément) sauf pour la vallée de Barèges qui jure en un seul corps. C’est aussi le cas en Béarn lors de l’avènement de chaque nouveau vicomte.

La nécessité de régler les inévitables conflits pour l’usage des estives et des forêts indivises se traduit par des accords de compascuité entre vallées voisines, appelés ligas e patzerias (venant de alliance –liga– et paix –patz– selon l’historien Patrice Poujade). Ces lies et passeries définissent les règles d’utilisation des pacages et des points d’eau et la manière de régler les éventuels conflits en instituant, notamment le droit de pignore. Cela n’évitera pas les conflits violents, parfois armés, entre vallées voisines, mais on sait comment les régler !

Les rois des deux pays ne cessent de lutter contre les lies et passeries mais sont obligés de les respecter. La Révolution française abolit les droits seigneuriaux et favorise la distribution des communaux. Les vallées résistent et des commissions syndicales sont reconnues par des ordonnances de Louis-Philippe (Haut-Ossau en 1836, Vallée de Barèges en 1839, Vallée de Saint-Savin en 1841, etc.). La loi du 5 avril 1884 leur donne un nouveau cadre légal.

Les lies et passeries avant les commissions syndicales
Lies et passeries – tiré de Le voisin et le migrant, hommes et circulations dans les Pyrénées modernes (XVIe-XIXe siècle)

Les relations transfrontalières

Les lies et passeries existent aussi entre vallées des deux versants des Pyrénées. Ils prévoient même qu’en cas de guerre entre la France et l’Espagne, les bergers se préviennent de l’arrivée des troupes.

Arrivée des troupeaux aragonais à la Bernatoire
Arrivée des troupeaux aragonais à la Bernatoire

Pendant les guerres entre la France et l’Espagne au XVIe siècle, et pour contrer les empiètements des fonctionnaires français sur les droits locaux, le traité du Plan d’Arrem est signé, près de la source de la Garonne, le 22 avril 1513. Rédigé en gascon, il réunit 13 vallées gasconnes et 12 vallées espagnoles pour rétablir la paix et les échanges économiques entre les vallées.

Les rapports entre vallées des deux versants existent toujours. Le Marcadau, au-dessus de Cauterets, comprend un territoire de 1 260 ha indivis entre la France et l’Espagne. Chaque année, les troupeaux espagnols du Val de Broto passent le col de la Bernatoire pour venir les faire pacager au Marcadau. Tous les quatre ans, a lieu l’adjudication des pacages. La commission syndicale de la Vallée de Saint-Savin et le Quiñon de Panticosa se partagent le produit en parts égales.

Chaque 13 juillet, les habitants de la Vallée de Barétous donnent trois génisses à ceux du Val de Roncal. La cérémonie se passe au col de la Pierre Saint-Martin et prend son origine dans un conflit opposant les deux vallées en 1373. Le pays Quint appartient à l’Espagne mais c’est la commission syndicale de la vallée de Baïgorry qui les gère.

 

les maires béarnais de la vallée de Barétous remettent à leurs homologues de la vallée de Roncal trois vaches en vertu d’un traité vieux de plus de six siècles
Les maires béarnais de la vallée de Barétous remettent trois vaches à leurs homologues de la vallée de Roncal  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Junte_de_Roncal_(traité))

La gestion des estives par les commissions syndicales

Si les amateurs de montagne peuvent randonner dans des paysages entretenus, sur des chemins balisés, rencontrer des troupeaux et faire halte dans un refuge, c’est grâce à la gestion des commissions syndicales.

Leur vocation principale est la gestion des ressources forestières (coupes de bois de chauffage ou de bois d’œuvre, création de pistes forestières, etc.) et des estives. Elles y reçoivent  les troupeaux de plusieurs milliers d’exploitants agricoles qui payent une vacada par tête ou groupe de bêtes qui transhument.

Abri pastoral de la Commission Syndicale de Saint-Savin
Abri pastoral de la Commission Syndicale de Saint-Savin

Cela nécessite des aménagements particuliers. Les commissions syndicales restaurent les cabanes et abris de bergers. Elles installent des équipements de traite et des fromageries. De même, elles créent des parcs pour contenir les animaux, installent des abreuvoirs et des baignoires à moutons. Elles équipent les bâtiments d’installations photométriques et de liaisons téléphoniques par radio, entretiennent les pistes, réalisent des adductions d’eau, etc.

Le rôle des commissions syndicales est essentiel pour préserver la montagne. Elles permettent de conserver une activité économique autour de l’élevage, d’entretenir les espaces et de permettre aux promeneurs de la découvrir.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La loi municipale du 5 avril 1884 : texte complet… annoté, commenté et expliqué par les circulaires et documents officiels,… (7e édition) / par Albert Faivre,… ; précédée d’une préface par Charles Floquet,…Faivre, Albert (1845-1887).
Fédération des Commissions syndicales du Massif pyrénéen
Le voisin et le migrant, hommes et circulations dans les Pyrénées modernes (XVI°-XIX° siècle)
de Patrice Poujade, OpenEdition Books 2019.




La tête dans les étoiles

Deux observatoires, deux aventures d’amateurs qui avaient la tête dans les étoiles. Quel Gascon ne connait pas l’observatoire Pic du Midi de Bigorre ? Un élément du paysage local d’aujourd’hui. Un autre va attirer l’attention, surtout des Américains, celui du Houga, fondé par Julien Péridier.

Avant l’observatoire, un site d’observation

François de Plantade monte au Pic du Midi pour des observations scientifiques
Discours prononcé par François de Plantade devant la Société Royale des Sciences de Montpellier le 27 février 1732

En 1706, l’avocat languedocien François de Plantade (1670-1741), épris d’astronomie, gravit le Pic du Midi (2877 m) pour observer les taches solaires lors d’une belle éclipse de Soleil (12 mai). Un travail remarqué. Il fera ensuite d’autres ascensions de d’autres pics pour d’autres buts.  Puis le roi, à travers le comte de Maurepas (1701-1781), lui demandera de réunir des observations sur les hautes montagnes.

Il reviendra donc, à 71 ans, faire des mesures de pression sur le Pic du Midi.  Le 25 août, il est au col de Sencours (2378 m). Il continua de monter jusqu’à onze heures du matin ; mais se trouvant alors à la hauteur perpendiculaire de 400 toises, il eut besoin de se faire aider par deux hommes de sa suite. Il expire dans leurs bras, selon ce que nous rapporte le médecin et botaniste d’Alès, François Boissier de Sauvages (1706-1767), dans son éloge à M. de Plantade.

Un observatoire météo au col de Sencours

La tête dans les étoiles - Dr Costallat installe le premier observatoire au dessous du Pic du Midi
Dr Costallat

Le pic du Midi est bien dégagé et d’accès facile (pour un haut pic). Dès 1770, le mathématicien Gaspard Monge (1746-1818) ou le chimiste Jean Darcet (1724-1801) émettent l’intérêt d’y construire un observatoire.

L’histoire attendra le docteur Costallat qui installe en 1852, à ses frais, une hôtellerie-station météo (station Plantade) au col de Sencours. Au premier hiver, une tempête de neige l’emporte et des amoureux de la montagne la reconstruisent aussitôt.

Une société d’exploration pyrénéenne, la Société Ramond, vient de se créer. Costallat en est membre. La société va défendre la création d’un observatoire, argüant que la qualité d’observation est meilleure en altitude. Ils ont du mal à convaincre. Peut-on résider là-haut ?

La construction de l’observatoire au Pic du Midi

La tête dans les étoiles - Charles de Nansouty un des fondateurs de l'Observatoire du Pic du Midi
Charles de Nansouty (1815-1895)

Finalement, son président, le général Charles-Marie-Étienne Champion Dubois de Nansouty (1815-1895), décide d’aller lui-même hiverner à Sencours en 1877.

Il fait -30°C, les grilles du poêle fondent, les aliments gèlent. 1,80 m de neige a tout recouvert, même l’édifice. Il faut redescendre dans la vallée. Avec ses deux aides et sa chienne Mira, ils se mettent en route. Il leur faudra 16 heures pour rejoindre Gripp.

Malgré cette mésaventure, le général en conclut qu’il faut construire une construction solide et plutôt au sommet du pic. C’est en 1878 que sont lancés les travaux de construction de l’observatoire. Ils sont réalisés par l’entreprise Abadie par campagnes durant deux à trois mois chaque année. Le budget explose. Prévu à 30 000 F, il en coutera 248 000. Ils arrivent à en récolter 200 000. Cela ne suffit pas.

La tête dans les étoiles - Célestin Vaussenat travaille avec Charles de Nasouty à la création d'un observatoire au Pic du Midi
Célestin-Xavier Vaussenat (1831-1891)

Le 7 août 1882, la société Ramond cède les installations à L’État, qui paie le solde, met en place un budget de fonctionnement et nomme Célestin-Xavier Vaussenat (1831-1891), membre de la société Ramond) directeur. Ils y feront surtout des travaux de météorologie.

Le premier télescope

La tête dans les étoiles- Benjamin Baillaud installe un télescope au Pic du Midi
Benjamin Baillaud (1848-1934)

En 1901, le directeur de l’observatoire de Toulouse, Benjamin Baillaud (1848-1934) propose d’implanter une station astronomique au Pic du Midi. Et en 1904, il décide d’y construire un télescope. Deux ans plus tard, la coupole est en place.

Le télescope a été fabriqué à Paris. Il arrive en 22 caisses de 350 à 700 kg d’abord en train, puis par chars à bœufs jusqu’au col du Tourmalet. Ce sont ensuite des soldats de Tarbes qui transportent les caisses jusqu’au sommet du Pic du Midi. Le télescope est monté sur place. Il s’agit d’un télescope équatorial (ayant un axe de rotation parallèle à l’axe de rotation terrestre afin de suivre un astre pendant son parcours) de 6 mètres de foyer.

Peu utilisé par les astronomes français (il fallait quand même y aller), l’observatoire du Pic du Midi n’attire pas. Il sera même proposé à la fermeture en 1922. Sans effet.

Marcel Gentili offre un T60

Le T60 vers 1950 lreplus gros télescope du Pic du Midi
Le T60 vers 1950

L’astronome genevois Emile Schaër (1862-1931) construit le télescope T60, de type dit Cassegrain (dispositif optique particulier à deux miroirs), vers 1910. L’équipement est installé à côté de Genève. Il est quelques années après acheté par Giuseppe de Gentili, astronome amateur de Buc (Seine et Oise).

Or, lors de la seconde guerre mondiale, la famille Gentili, d’origine israélite, fuit Paris. Le fils, Marcel (1930-2016), se réfugie dès 1942 à l’observatoire du Pic du Midi. En remerciement, il offre le télescope T60 et sa coupole à l’Observatoire. Ce sera le plus gros télescope du Pic.

L’observatoire du Pic du Midi aide à la mission Apollo

En 1951, un téléphérique est construit. Enfin, tout se déclenche, l’observatoire est fréquenté. Les travaux de Bernard Lyot attirent l’attention de l’astronome tchèque Zdenek Kopal (1914-1993). Celui-ci, chef du département astronomie de l’université de Manchester, est conseiller externe de la NASA pour la préparation des missions Apollo.

Il décide de réaliser une cartographie de la Lune. 50 personnes sont mobilisées pendant une dizaine d’années. Ils font des milliers de photos et les redescendent tous les soirs pour les livrer à l’armée américaine. Elles sont ensuite transportées par avion à Saint-Louis (Etats-Unis).

70 ans après, l’aventure continue toujours au Pic du Midi même si d’autres observatoires, comme ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili, ont des dimensions plus gigantesques et deviennent la coqueluche des scientifiques.

ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili
ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili

Julien Péridier, l’astronome amateur

Julien Péridier (1882-1967), astronome amateur avec la tête dans les étoiles
Julien Péridier (1882-1967)

En Gascogne, on connait moins l’histoire de cet homme et de son observatoire que celle du Pic du Midi. Pourtant, on salue Julien Péridier (1882-1967) dans le monde entier.

Fils du Gers, Julien Péridier suit des études d’ingénieur électricien de haut niveau (Centrale Paris et École Supérieure d’Électricité). Il en fera carrière. Mais l’homme a une passion, l’astronomie et il passera son temps libre la tête dans les étoiles. En 1905, il va en Espagne étudier une éclipse du soleil. Les coopérations internationales sont fortes dans le domaine scientifique et il contribue à des associations françaises et britanniques. Par exemple, il est membre de la Royal Astronomical Society (R.A.S.) dès 1909. Il y croisera un membre célèbre – on dit F.R.A.S (Fellow of the Royal Astronomical Society) : Albert Einstein.

L’observatoire du Houga

L'Observatoire du Houga - L'Astronomie, 1940 )
L’Observatoire du Houga –
L’Astronomie, 1940

Julien Péridier va construire un observatoire privé chez lui, à Las Arosetas [les Arousettes], commune Lo Hogar, en 1933. Il s’équipe d’instruments de valeur, dont un télescope de 8 pouces très remarqué, et il rassemble une bibliothèque importante. Son installation, sur une simple butte, comprend deux coupoles, l’une abritant un réfracteur double, l’autre est la coupole d’un réflecteur de Calver.

Pendant plus de trente ans, de jeunes astronomes français vont y faire des observations, publier, échanger avec les observatoires du monde entier. Il vont développer en particulier la photométrie stellaire (unique façon d’appréhender l’univers au delà du système solaire).

L’observatoire travaille sur la Lune

En juillet 1959, Harvard sélectionne l’observatoire pour participer à l’étude de l’occultation de l’étoile Régulus par Vénus. Les Américains saluent la qualité des installations de Julien Péridier qui a grandement favorisé la réussite de la mission. Donald Howard Menzel (1901-1976), directeur de Harvard, prolonge sa collaboration avec le Gascon pendant cinq ans autour de travaux sur la Lune. Il faut dire que c’est l’époque où tous sont focalisés sur les missions Apollo.

À sa mort, et avec son accord,  l’université du Texas achète sa bibliothèque et ses instruments pour enseigner l’astronomie. Le télescope de 8 pouces du Hogar permet d’étudier les planètes et de former les jeunes astronomes.

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

La Terre vue de la Lune

Références :

Eloge à M. de Plantade, François Boissier de Sauvages, Assemblée publique de la Société Royale des Sciences, 21 novembre 1743
La création de l’observatoire du pic du Midi par la société Ramond
L’observatoire du pic du midi, Marcel Gentili, 1948 (disponible à la bibliothèque Escòla Gaston Febus)
Le télescope T60, Philippe Garcelon,,
Julien Péridier, G. de Vaucouleurs, Univeristy of Texas, Austin, department of astronomy

 




Saint Georges et Sent Jòrge

Fêté le 23 avril ou le 3 novembre, Saint-Georges est le patron de la chevalerie chrétienne et du royaume d’Angleterre. Il terrasse en général un dragon, montrant la victoire de la foi sur le démon. On l’honore aussi en Gascogne et Sent Jòrge sera un cri de guerre des Gascons.

Georges de Lydda

Icône de Saint Georges, 13e siècle
Icône de Saint Georges, 13e siècle

Né entre 275 et 280 dans une famille de noblesse grecque à Mazaca en Capadocce, il va très vite occuper de hautes fonctions : tribun commandant de régions difficiles comme la Palestine, la Syrie, l’Égypte, la Libye, puis préfet.

Parallèlement, en 303, l’empereur romain Dioclétien décide d’anéantir la chrétienté. Il ordonne de détruire les églises et de s’attaquer à leurs évêques. Georges, chrétien, ne réussissant pas à faire changer d’avis l’empereur, rend son glaive et quitte son poste de Nicomédie. Il rentre chez lui à temps pour accompagner sa mère mourante et distribue son argent aux pauvres.

Puis il retourne en Nicomédie en passant par Lydda terrorisée par des pillards perses. Il tue leur chef Nahfr d’un coup d’épée ou d’un coup de lance, capture les brigands. En échange, il a obtenu la conversion de la population locale à la foi chrétienne. Or Nahfr signifie dragon, serpent. Georges a abattu le dragon.

Arrivé en Nicomédie, l’empereur lui intime l’ordre d’arrêter ses actions pro-chrétiennes. Il refuse et détruit une tablette exigeant le culte d’Apollon. Il est arrêté, supplicié et… survit ! Alors il est décapité le , à l’âge de 22 ans. Des fidèles apporteront sa dépouille à Lydda le 3 novembre.

La légende dorée de Saint Georges

Jacques de Voragine racontera l'histoire de Saint Georges dans la Légende dorée, vers 1480.
Jacques de Voragine prêchant, détail d’une miniature du Maître de Jacques de Besançon tirée d’un manuscrit de la Légende dorée, vers 1480.

C’est au XIIIe siècle que Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, écrit un livre intitulé La légende dorée. Là, Georges de Lydda délivre la ville de Silène (Lybie) d’un dragon qui dévore animaux et deux jeunes gens par jour, tirés au sort.  Le jour où Georges arrive, c’est la fille du roi qui a été désignée. Les habitants ayant accepté le baptême, Georges tue le dragon et sauve la belle. Il s’agit maintenant de la victoire de la foi sur le démon.

Que ce soit par les croisés ou par Jacques de Voragine, la légende de Saint Georges est populaire au moyen-âge. Les rois aragonais par exemple vont adopter Saint Georges pour la Reconquista. Il faut dire que l’église catalane ne voulait pas reconnaitre les prédications de Saint Jacques mises en avant par le royaume de León.

Cris de guerre

Saint Georges sera le cri e guerre à la bataille de Nájera
Bataille de Nájera, enluminure tirée des chroniques de Jean Froissart, BNF

Guilhem Pépin propose une étude approfondie du sujet. Il note que le cri de guerre des ducs d’Aquitaine, au XIIe siècle était probablement Aguiana ! Ce mot est confirmé par le poète normand Wace (né vers 1100) qui écrit : Peitou e Gascuinne [ount nunAquitaine (Le Poitou et la Gascogne [avaient pour nom] Aquitaine). Cri qui évoluera en Guiana !

En se rapprochant des Anglais, le cri deviendra Guiana! Sent Jòrge! ou, parfois, Sent Jòrge! Guiana! Cri confirmé dans plusieurs récits de guerre dont, par exemple, celui où le Prince Noir et ses troupes anglo-aquitaines vont battre les Franco-Castillans à la bataille de Najéra le 3 avril 1367.

Le culte de Sent Jòrge 

Retablo del Centenar de la Ploma en la Capilla de Valencia dónde tradicionalmente se realizó la primera Misa cristina
Retablo del Centenar de la Ploma

Saint Georges, tueur des pillards de Lydda, deviendra le champion de la Reconquista, à laquelle les Gascons participent. Il est le mata-moros en Espagne, ou mata-mòros en gascon, le tue-maures (matamore) en français.

Le premier tableau qui met en scène saint Georges matamore est issu d’un retable appelé Centenar de la Ploma, du nom d’une confrérie d’arbalétriers qui en passe commande (début XIVe siècle).

 

le roi Édouard III (1312-1377) développe le culte de Saint Georges
Edouard III d’Angleterre (1312-1377)

Le leader irlandais Michael Collins affirme que “Georges a été adopté comme saint patron des soldats après qu’il a été rapporté qu’il avait été vu par l’armée des Croisés à la bataille d’Antioche en 1098”. En tous cas, le roi Édouard III (1312-1377) développe le culte de Saint Georges auprès de ses sujets anglais et gascons. Ainsi, Guilhem Pépin rappelle qu’un grand nombre de Gascons vinrent pour participer au grand tournoi ouvert à tous organisé à Windsor en 1358 le jour de la fête de saint Georges (23 avril).

L’anglo-Gascogne choisit Sent Jòrge

Les Gascons du parti anglais crieront Guiana! Sent Jòrge! pendant tout la guerre de Cent Ans (1337-1453). Une guerre pendant laquelle l’enjeu entre Anglais et Français est principalement la Gascogne.

Charles VII
Charles VII

En 1442 le roi de France, Charles VII (1403-1461) mène campagne en Guyenne. Mi-octobre,  4000 Français et Gascons de Gascogne orientale, s’installent aux alentours de Saint-Loubès. Le vendredi 26 octobre 1442, Edward Hull, connétable de Bordeaux, passe en revue 400 Anglais venus en bateau avec lui et 1000 Gascons. Ils chargent par surprise le camp des Français en poussant leur cri de guerre, Guiana! Sent Jòrge! En deux heures, 800 hommes et 1000 chevaux sont tués, les autres s’enfuient, rapporte un témoin anglais alors à Bordeaux. Les chiffres sont toujours à considérer avec prudence, les vainqueurs et les vaincus comptant différemment…

L’étendard de Sent Jòrge flotte sur les châteaux qui tournaient anglais. Bordeaux remplace sa bannière par celle de Sent Jòrge au début du XVe siècle.

Les exemples dépassent les situations de combat militaire. Les Gascons anti-Français et pro union anglo-gasconne utilisent Sent Jorge! pour exprimer leurs opinions. Ainsi, les Archives départementales des Pyrénées Atlantiques gardent un document qui déclare que Pèire Gaillard, Limousin,  fut accusé en 1408 d’avoir insulté les troupes du vicomte de Limoges en criant à leur passage Guiana! Sent Jòrge!

L’alliance Duché de Gascogne – Angleterre 

Saint Georges est le cri des Bordelais pendant la guerre de la gabelle
Bordeaux au 16ème siècle

En 1548, les habitants de Bordeaux se révoltent contre la gabelle (taxe royale sur le sel) en criant Guienne! Ils prennent alors le drapeau à croix rouge sur fond blanc de Saint Georges.
En fait, on peut penser que l’Aquitaine n’a guère envie de s’allier aux Français. Peut-être trouve-t-elle à la fois plus d’autonomie et plus de richesse dans son alliance avec une Angleterre moins prédatrice ?

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

Références

Les cris de guerre Guyenne! et Saint Georges!, Guilhem Pépin, 2006, tome CXII, pages 263 – 281
Saint-Georges contre les Maures, Lidwine Linares, 2011, p17-32
Le combat de Saint-Loubès (26 octobre 1442),  Vincent Haure,  2016

 




Les fées gentilles de Gascogne

Les fées sont tellement nombreuses en Gascogne qu’on se demande comment on a pu les oublier ainsi ! Et comme lire des contes de fées est une activité agréable et créatrice, répétons après Césaire Daugé : va petit conte, va courir la Gascogne

Lisons des contes de fées, Einstein le conseille !

Le conseil d'Einstein : raconter des histoires de fées aux enfants
Le conseil d’Einstein

En janvier 1958, Elizabeth Marulis raconte dans le New Mexico Library Bulletin (p.3):

« In Denver I heard a story about a woman who was friendly with the late Dr. Einstein, surely acknowledged as an outstanding ‘pure’ scientist. She wanted her child to become a scientist, too, and asked Dr. Einstein for his suggestions for the kind of reading the child might do in his school years to prepare him for this career. To her surprise Dr. Einstein recommended ‘fairy tales and more fairy tales.’ The mother protested this frivolity and asked for a serious answer, but Dr. Einstein persisted, adding that creative imagination is the essential element in the intellectual equipment of the true scientist, and that fairy tales are the childhood stimulus of this quality!« 

Dans cette histoire (annoncée véridique) une mère s’inquiète de la façon de préparer son enfant par la lecture à devenir un scientifique. Einstein lui conseille de lui faire lire des contes de fée pour développer son esprit scientifique, argüant que l’imagination créative en est l’élément essentiel.

Les fées de Gascogne

Une fée ou dame blanche
Une dame blanche

Quelle chance ! La Gascogne possède un grand nombre d’histoires de fées ! « Les fées, Hados, nommées aussi quelquefois las Blanquettes, occupent une place distinguée dans les Mythes populaires. Des fleurs naissent sous leurs pas. » rapporte Alexandre du Mège dans sa Statistique générale des départements pyrénéens, en 1830. Plus souvent, on entendra le nom de dames blanches pour les fées qui vivent près des grottes. 

C’est vrai qu’elles sont bien gentilles les fées gasconnes (du moins certaines). Dans les Hautes-Pyrénées ou le Haut Comminges, on laisse un repas pour elles, le 31 décembre, dans une chambre à l’écart, en laissant portes et fenêtres ouvertes. Le lendemain, 1er janvier, on récupère le pain de ce repas, on le trempe dans le vin qui leur était destiné et on le partage dans la famille. On peut alors se souhaiter une bonne année en toute quiétude ! Simin Palay précise même dans le Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes, que la fée tient le bonheur dans la main droite et le malheur dans la main gauche.

Les demeures des fées

Félix Arnaudin - Les fées de la dune
Félix Arnaudin – Les fées de la dune

On connait d’ailleurs très bien leurs demeures que l’on ne peut toutes citées tellement elles sont nombreuses. En voici quelques unes. Dans les Landes, outre la dune qui reçoit les fées selon Félix Arnaudin, Césaire Daugé nous enseigne la grotte des Maynes à Lucbardez, ou celle de Miramont à Sensacq.

Du côté de Lourdes et Saint-Pé, les grottes sont très nombreuses. Celle du Roy, au bas du vallon de l’Arboucau, avec son lac intérieur et ses ruissèlements d’eau était appelée lou hourat de las hadesLo horat de las hadas [le trou des fées].

 

 

La grotte des fées de Louey sur les bords de l'Echez
La grotte des fées de Louey (65) sur les bords de l’Echez

Non loin de là, à Agos Vidalos, la grotte de Bours abrite trois belles fées. Lou horat deras encantades / Lo horat deras encantadas [le trou des fées] rivalise avec lou caillaou d’era encantado / Lo calhau d’era encantada [le caillou de la fée], ou avec les pierres de Balandrau vers Argelès-Gazost. La fée qui habitait lo calhau d’era encantada s’appelait simplement Dauna [Dame]. Margalide / Margalida [Marguerite], elle, était une très belle fée que l’on pouvait rencontrer dans les anciennes chaumières d’Arcizans-Avant.

On pourrait encore citer la grotte de Montmour, près d’Anla en Barousse, etc.

Les fontaines aux fées

Les fées sont souvent liées à l’eau. En fréquentant les hounts / honts [fontaines], elles leur procurent des vertus curatives. À Lau-Balagnas, la fée Margalide résidait à la hount dera Encantado, mais elle se déplaçait à la source Catibère ou à la hount det Barderou, cette dernière redonnait la virilité aux hommes. La hount dets Couloums, quant à elle, permettait aux femmes stériles d’avoir des enfants. Enfin, la hount dets Espugnauous était un lieu fréquenté des fées de la région.

De même, en vallée d’Ossau la source des fées,  résurgence des sources de Jaüt, dispense se bienfaits au pied de la Pene de Castet.

https://escolagastonfebus.com/wp-content/uploads/2020/10/nadau-la-hont-hadeta-nadau-cadena-oficiau.mp4

Au bòsc que i a ua hont, / Qu’ aperan hont hadeta… chante Nadau

Et d’où vient la tradition des fées ?

Las hadas ou encantadas constituent un peuple à part. Ce sont des femmes libres qui ont parfois des enfants, los hadets ou hadalhons, las hadetas ou hadòtas ou hadalhòtas. On les dit déchues de leur statut de divinités ou de femmes des dieux. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles sont souvent associées à l’eau des fontaines, des sources, des grottes. Alors que les eaux des torrents et des rivières sont les refuges des daunas d’aiga (femmes d’eau, sirènes).

Ecoutons Sèrgi Mauhourat nous parler de Las hadas (en gascon sous-titré en français)

Le conte s’est transmis jusqu’à il y a peu

Jamshid Tehrani, de l’université de Durham (UK) et Sara Graça da Silva, de l’université de Lisbonne, ont réalisé en 2016 une étude sur l’origine des contes parmi 50 peuples de langue indo-européenne. Ils montrent que ceux-ci sont probablement très anciens, du temps de la préhistoire. Ils pensent même que le conte où un homme conclut un pacte avec un être malfaisant en échange de son âme pourrait avoir 6 000 ans !

Césaire Daugé (1858-1945) a relaté justement un magnifique conte de vente d’âme au diable intitulé la tour de Pouyalé / La tor de Polayèr, un conte que l’auteur nous dit encore très vivace. En introduction de cette légende, l’auteur nous offre ces quelques vers :

Bey-ne, counde, bey-ne courre per la Gascougne
Qui, lou cap hens lou cèu, a lous pès hens la ma.
Debise à tout oustau coum la bielhe mama
Ne-t copis pas lou cot en nade baricougne.
Vèi-ne conde, vèi-ne córrer per la Gasconha
Qui, lo cap hens lo cèu, a los pès hens la mar.
Devisa a tot ostau com la vielha mamà
Ne’t còpis pas lo còth en nada bariconha.

Césaire Daugé

Va, petit conte, va courir la Gascogne
Qui a le front dans le ciel et les pieds dons la mer.
Parle à chaque foyer le langage de la vieille mère
Garde de te briser dans quelque foudrière. [traduction de l’auteur]

Las hadas de la Tor de Polayèr

Césaire Daugé nous raconte la légende du seigneur de Bénac qui habitait la tour de Pouyalèr. Un seigneur qui vend son âme au Diable. Vous pouvez le lire ici en graphie originale et en français ou en graphie classique. Le seigneur de Bénac habite une tour construite par les fées en une nuit, la même nuit que le moulin de la Gouaugue, comme le rapporte l’auteur.

Au cla de lue, las hades que-s passèben, d’un biret de man cabbat lous érs, de la tour au moulin e dou moulin à la tour, pales, truèles, tos e martets.
A l’esguit de l’aube, lous arrays dou sou que trebucaben à la tour, e lou moulin que hasè : clic-clac, clic-clac, clic-clac, coum nat moulin bastit de man d’omi.
Au clar de la lua, las hadas que’s passavan, d’un viret de man capvath los èrs, de la tor au molin e deu molin a la tor, palas, truèlas, tòs e martèths.
A l’esguit de l’auba, los arrais deu só que trebucavan a la tor, e lo molin que hasè : clic-clac, clic-clac, clic-clac, com nat molin bastit de man d’òmi.

Au clair de lune, les fées se passaient en l’air et d’un tour de main, du moulin au château et du château au moulin, pelles, truelles, auges et marteaux.
Dès le point du jour, les rayons du soleil rencontraient la tour, et le moulin faisait : clic-clac, clic-clac, clic-clac, aussi bien que n’importe quel moulin bâti de main d’homme.

C. Daugé - La Tour de Pouyalè - Escole Gastou-Fébus
C. Daugé – La Tour de Pouyalè – Escole Gastou-Fébus éditeur

Un destin méconnu

Bernard Duhourcau (1911-1993) nous conte une bien belle histoire de fée. Dans le lac d’Estaing dormait une fée. Un jeune berger lavedanais, de la famille Abadie-de-Siriex, séduit par la belle, la tire de son enchantement et l’épouse. Cette famille est liée à la mère de Jean-Baptiste Bernadotte (véridique).  De là à imaginer que la destinée fabuleuse du jeune homme est un bienfait de la fée…

Les fées du lac d'Estaing
Le lac d’Estaing

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

Références

Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes, Simin Palay, 2020
Statistique générale des départements pyrénéens, Alexandre du Mège, 1830, tome 2, page 372
Une étude fait remonter l’origine des contes de fées à la préhistoire, Camille Cornu, 2016
Pays des Vallées des Gaves, Patrimoine oral, les légendes
Petit dictionnaire des mythologies basque et pyrénéenne, Olivier de Marliave, 1997
Guide des Pyrénées mystérieuses, Bernard Duhourcau, 1985 




Saint-Domingue, eldorado des Gascons

Saint-Domingue, partie ouest de l’ile d’Hispaniola est française depuis 1697. Elle donnera naissance à la République d’Haïti en 1804. Les Gascons émigrent si nombreux dans le centre de la colonie qu’on appelle cette région la Petite Gascogne.

Les boucaniers de Saint-Domingue

Deux cartes non datées de l'Île de Santo Domingo donnant la répartition de l'île entre la colonie française et la colonie espagnole
Deux cartes non datées de l’Île de Santo Domingo donnant deux répartitions assez différentes de l’île entre la colonie française de Saint-Domingue et la colonie espagnole. La carte de droite montre une frontière assez proche de la frontière actuelle entre Haïti et la République Dominicaine (voir carte ci-dessous).

Saint-Domingue, eldorado des Gascons - Michel le Basque - image d'une collection de Allen & Ginter Cigarettes (1888)
Michel le Basque – collection d’images pour Allen & Ginter Cigarettes (vers 1888)

En 1630, les Français s’établissent sur la partie ouest de l’ile Hispaniola, appelée aussi Santo Domingo, alors sous domination espagnole. Ce sont surtout des boucaniers. Ils tiennent leur nom du fait qu’ils boucanent leur viande à la manière indigène (séchée et fumée). Le terme est resté dans la langue française dans le sens de tapage, vacarme. De même, il donne en languedocien et en provençal bocan.

L’ile de la Tortue et l’ile de la Vache situées près des côtes de Saint-Domingue sont des repaires de boucaniers. Un des plus célèbres est Michel Etchegorria, dit Le Basque, de Saint Jean de Luz. Ils s’approvisionnent sur l’ile de Saint-Domingue et fondent des établissements côtiers, dont Cap Français en 1670 qui devient Port au Prince.

Haïti et la République Dominicaine aujourd'hui
Haïti et la République Dominicaine aujourd’hui

En 1664, le territoire occupé par les boucaniers devient une colonie française. Le traité de Ryswick de 1697 reconnait à la France la possession du tiers occidental de l’ile (le futur Haïti).

 

Premier gouverneur de Saint-Domingue, Jean-Baptiste du Casse,

Saint-Domingue, eldorado des Gascons - Jean-Baptiste du Casse, (vers 1700), d'après Hyacinthe Rigaud
Jean-Baptiste du Casse (vers 1700), d’après Hyacinthe Rigaud

Jean-Baptiste Ducasse (1650-1715) est un Gascon né à Pau vers 1650. Après de brillants états de service dans la marine royale, il finit sa carrière comme Lieutenant-général des armées navales, c’est-à-dire au plus haut grade de la marine.

Il est gouverneur de Saint-Domingue de 1691 à 1703 et développe la colonie. Il établit les boucaniers de l’ile de la Tortue sur des terres agricoles, ramène l’ordre et renforce ses défenses face aux appétits des Espagnols, des Anglais et des Hollandais qu’il combat dans les Caraïbes.

En 1694, il organise une expédition sur la Jamaïque et en ramène les installations de 50 sucreries qui seront le départ de l’industrie sucrière de Saint-Domingue.

Jean-Baptiste Ducasse encourage l’émigration des Gascons à Saint-Domingue à partir du port de Bordeaux.

Les Gascons à Saint-Domingue

Les Gascons arrivent nombreux à Saint-Domingue à partir de 1763. Ils se regroupent par origine. A La Marmelade, on retrouve des Barbé, Baradat, Cappé, Carrère, Peyrigué-Lalanne, tous originaires de Labatut Rivière Basse en Bigorre. Dans la partie centrale de Saint-Domingue, un canton s’appelle la Petite Gascogne.

Moulin à sucre
Moulin à sucre

Pierre Davezac de Castéra (1721-1781) est Tarbais. Il acquiert l’indigoterie de Macaya à Aquin, au sud de Saint-Domingue. Il y amène l’eau, fertilise toute la plaine et crée des moulins. Son petit-fils Armand Davezac de Castéra-Macaya de Bagnères de Bigorre entre en 1886 à l’Académie des Inscriptions et Belles lettres. Les Bigourdans Laurent Soulé et Bernard Lassus fondent le collège royal de Saint-Domingue.

Saint-Domingue - Coupe d'une sucrerie à Bas-Limbé
Saint-Domingue – Coupe d’une sucrerie

Les Gascons possèdent 70 % des habitations (plantations) et développent l’économie de Saint-Domingue. En 1789, Saint-Domingue assure 40% de la production mondiale de sucre et 60% de celle du café. Près de 1 500 navires y accostent chaque année. Elle compte 8 000 habitations, dont 793 sucreries, 3 150 indigoteries, 789 cotonneries, 3 117 caféières et 50 cacaoyères.

La révolte de 1791 à Saint-Domingue

La Révolution française de 1789 amène de nouvelles idées d’égalité et de liberté. Une révolte éclate en aout 1791 à Saint-Domingue. Près de 1 000 colons sont massacrés et leurs habitations incendiées. En 1793, la liberté des esclaves est proclamée et la Convention l’étend à toutes les colonies le 4 février 1794.

Toussaint Louverture
Toussaint Louverture (wikimedia commons)

Toussaint de Bréda ou Toussaint Louverture réunit 20 000 hommes et s’oppose aux Anglais et aux Espagnols qui tentent de prendre Saint-Domingue. Il était né dans l’habitation de Bréda qui appartenait au comte Louis Pantaléon de Noé.

Nommé général en 1796, il étend son autorité à toute l’ile et remet l’économie en marche en rappelant les anciens colons.

Il fait adopter la 1ère constitution de Saint-Domingue en 1801. Bonaparte envoie le général Leclerc avec 30 000 hommes. Toussaint Louverture est fait prisonnier et envoyé dans le Jura où il meurt en 1803.

En 1802, une nouvelle révolte conduit à un nouveau massacre de colons, à la défaite des Français à la bataille de Vertières et à leur évacuation de l’ile. Saint-Domingue devient Haïti et la république est proclamée le 1er janvier 1804.

Saint-Domingue est marquée par les Gascons

Les Gascons rescapés de Saint-Domingue émigrent dans les Antilles ou aux États-Unis. Ceux qui n’ont pas de biens rentrent en France et espèrent une indemnisation qui est dérisoire. Elle correspond à 1/10e de la valeur des habitations.

Saint-Domingue, aujourd’hui Haïti, conserve de nombreux toponymes gascons : Courjoles, Labarrère, Labadie, Carrère, Dupoey, Darrac, Gaye, Duplaa, Garat, Laborde, Marsan, Navarre, etc. Une rivière haïtienne porte encore le nom de Gascogne.

Deux présidents haïtiens d'origine gasconne
Deux présidents haïtiens d’origine gasconne : Sylvain Salnave (1826-1870) et Philippe Sudré-Dartiguenave 1862-1926)

Des présidents haïtiens sont d’origine gasconne : Sylvain Salnave (de 1867 à 1870), Philippe Sudré-Dartiguenave (de 1915 à 1922), etc.

Les deux premiers maires de Port-au-Prince sont Michel-Joseph Leremboure né à Saint Jean de Luz et Bernard Borgella de Pensié d’origine béarnaise qui est l’auteur de la constitution de Toussaint Louverture.

Projet financé par les Nations Unies pour l'Organisation des Paysans de Gascogne (Haïti)
Projet de pisciculture financé par les Nations Unies pour l’Organisation des Paysans de Gascogne (Haïti)

Il existe même une Organisation des Paysans de Gascogne (section de la commune de Mirebalais) financée par les Nations Unies pour la réhabilitation de canaux d’irrigation et la création de piscicultures pour augmenter le revenu des paysans.

 

Serge Clos-Versaille

Références

Un grand seigneur et ses esclaves – Le comte de Noé entre Antilles et Gascogne, Jean-Louis Donnadieu, Presses universitaires du Mirail, 2009
L’Eldorado des Aquitains. Gascons, basques et Béarnais aux Iles d’Amérique (XVIIe-XVIIIe siècles), Jacques de Cauna. Atlantica, Biarritz, 1998
Les Bigourdans à Saint-Domingue au XVIII° siècle, R. Massio, Les Annales du Midi, Tome 64, N°18, 1952. pp. 151-158
 » Bigourdans et gens de Rivière-Basse et de Magnoac à Saint-Domingue au XVIIIème siècle « , Bulletin de la société académique des Hautes-Pyrénées
Notes supplémentaires sur le comte de Noé dans Bulletin de la société archéologique du Gers
, 4e trimestre 1978.




Le maïs ou lo milhòc, céréale de Gascogne ?

Qu’on l’appelle milh, milh gròs, milhòc, blat mòro, turquet, blat d’Espanha…, le maïs est indissociable de la Gascogne et de sa culture. Connu depuis les voyages de Christophe Colomb en Amérique, le maïs prend son essor en Gascogne au cours du XVIIIe siècle.

Le maïs, une graine venue du Mexique

Ensilage du maïs par les aztèques, Codex de Florence, fin XVIe siècle Wikipédia
Ensilage du maïs par les Aztèques, Codex de Florence, fin XVIe siècle (Wikipédia)

Le maïs est originaire du Mexique où il constitue l’aliment de base des populations. Cultivé dans la Sierra Madre del Sur, au sud de Mexico, il gagne progressivement le pays des Incas et l’Amérique du Nord. On le retrouve de l’actuel Canada à l’Argentine.

Il fait l’objet d’une sélection rigoureuse pour l’adapter aux conditions de culture et au climat de chaque territoire. Il est si important pour les populations qu’un dieu Aztèque lui est dédié : Centeolt.

Dans la milpa améCulture associée des trois sœurs : courge-haricot-maïs
Culture des trois sœurs : courge-haricot-maïs

Le maïs est cultivé avec le haricot et la courge. Ce sont les « trois sœurs ».

Christophe Colomb découvre le maïs lors de ses voyages en Amérique et le rapporte en Espagne.

Le maïs conquiert lentement l’Europe

Du sud de l’Espagne, le maïs gagne le Portugal, le pays basque, la Galice et la Gascogne où il est signalé en 1612. On le trouve également en Franche-Comté qui est alors une province espagnole. Le reste de la France est réticent à sa culture.

Milhas du Comminges
Milhàs du Comminges

Il entre rapidement dans l’alimentation des populations sous forme de bouillies (bròja, pastèth, mica…), de soupes (bròja, burguet…), de pain (mestura, mesturet, milhàs, armòtas...) ou de gâteaux (milhasson, mica, trusa...). Il épargnera bien des disettes.

Tout comme en Amérique, le maïs fait l’objet d’une sélection pour l’adapter au mieux aux conditions climatiques et de culture. Rien que dans les Pyrénées, on en recense 74 avec des grains jaunes, blancs, rouges ou noirs. Chaque vallée ou village a sa variété : Aleu, Couserans, Massat, Moustajon, Seix, val d’Aran, Saint-Laurent de Neste, Etsaut, Sainte-Engrâce, Saint-Jean Pied de Port, etc. On peut s’en procurer auprès de l’association Kokopelli située au Mas d’Azil en Ariège.

Le maïs devient un marqueur culturel de la Gascogne

Soirée de "despeloquèra" au Cuing (31) - La Dépêche
Soirée de despeloquèra au Cuing (31) – photo La Dépêche

Le maïs devient une des principales cultures en Gascogne, à la fois pour les hommes et pour les animaux. Les travaux mobilisent la famille et le voisinage.

Le semis se fait en ligne ou au carré, le trou est creusé à la bêche ou avec un bâton et le grain, semé un à un ou en poquets, est recouvert avec le pied. En cas de mauvaise levée, il faut repasser pour semer les grains manquants : arrehar lo milhòc.

Il faut ensuite éclaircir le maïs pour ne garder que les pieds les plus vigoureux. On sarcle la terre pour désherber et chausser les pieds de maïs (cauçar, passar lo milhòc). On passe l’arrasclet qui est une herse pour le maïs.

On écime le maïs (esbelar, descabelhar) pour faciliter la maturité des épis et nourrir les animaux. On ramasse les épis secs (milhocar, gabolhar) pour les effeuiller (despelocar) lors des soirées d’hiver (despoloquèra). Les plus beaux épis sont mis à sécher en cordes dans les granges, sous les toits ou sous les balcons pour la prochaine semence.

Atlas Linguistique et ethnographique de la Gascogne (Séguy) - le maïs et ses mutilples noms en gascon
Atlas Linguistique et ethnographique de la Gascogne (Séguy) – le maïs et ses multiples noms en gascon

L’arrivée des variétés hybrides modifie le paysage agricole

Coopérative Maïs-Adour
La coopérative MaïsAdour

On sélectionne les premiers hybrides en France dans les années 1930. Ils connaissent un véritable essor dans les années 1950.

Le premier congrès international consacré au maïs se tient à Pau en octobre 1930. L’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs) se crée la même année à Orthez. La première station de génétique s’installe à Saint-Martin de Hinx en 1931. L’installation de séchage de Billère est créée en 1954. Elle reçoit la visite de Charles de Gaulle en 1959 et de Nikita Kroutchev en 1960. Les silos de Bayonne sont installés en 1963 pour l’exportation du maïs.

La résistance au maïs hybride est forte : il épuise les sols, les poules cessent de pondre, les foies des canards sont blancs… Sa culture est freinée par la petite taille des exploitations.

Séchoir à maïs
Un crib

Dès lors, on arase les fossés, enlève les haies, remembre les parcelles, et on met en culture les landes de tojas qui servaient de litière pour le bétail. Le crib (séchoir à maïs) fait son apparition en 1954 dans toutes les fermes.

Le développement du maïs hybride a entrainé la forte mécanisation de l’agriculture, la disparition des petites surfaces de cultures diversifiées pour arriver à une quasi monoculture du maïs dans d’immenses champs de maïs (milhocars). En même temps, les agriculteurs sont devenus dépendants des fournisseurs de semences.

Champs de maïs dans le Gers
Champs de maïs dans le Gers

De multiples usages

Le maïs entre en grains ou en farines dans la nourriture des animaux. Il a permis la création de filières d’excellence : foie gras, jambon de Bayonne, volailles label rouge, etc.

Nataïs Premier producteur européen de popcorn
Nataïs, 1er producteur européen de popcorn à Bézeril (32)

Il sert à la fabrication de semoules ou de maïs soufflé. La plus grande usine européenne de fabrication de pop-corn se situe à Bézeril dans le Gers.

Le maïs blanc sert pour le gavage des oies et des canards pour le foie gras, pour l’alimentation des volailles à peau blanche (volailles de Bresse) ou pour la fabrication d’amidons pour la pharmacie.

Certaines variétés servent à fabriquer de l’huile pour l’alimentation humaine, d’autres servent à la fabrication de films plastiques, de papiers ou de colles, d’autres encore permettent de fabriquer l’éthanol. On consomme le maïs doux en grains secs. Les grains servent à fabriquer des alcools (Gin, Bourbon, etc.). Il sert même pour le tourisme par la création de labyrinthes dans les milhocars...

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

« Le maïs et le Béarn de 1930 à 1960 », Revue de Pau et du Béarn, Francis Théau, 2017
Les maïs anciens des Pyrénées, Jean Beigbeder et Maryse Carraretto, éditions Marrimpouey, 2018




Henri d’Albret et Marguerite d’Angoulême

Les vicomtes de Béarn sont rois de Navarre depuis 1479. La partie sud de ce petit royaume est annexé par la Castille en 1512 et son roi Henri d’Albret (Henri II de Navarre) ne pourra jamais le reconquérir. Il modernise le Béarn tandis que sa femme, Marguerite de Navarre, la « Marguerite des Marguerites », protège écrivains et poètes, et écrit de nombreuses pièces.

Le royaume de Navarre, fondé en 824, est constitué de la Haute Navarre au sud des Pyrénées (partie la plus importante) et de la Basse Navarre au nord des Pyrénées.

Henri d’Albret hérite du royaume de Navarre

François-Febus (1463-1483), roi de Navarre (1479-1483)
François-Febus (1463-1483), roi de Navarre (1479-1483)

François-Febus est roi de Navarre de 1479 à 1483. Sa sœur Catherine lui succède et épouse Jean d’Albret en 1484.

Le royaume de Navarre est envahi par la Castille en 1512 et ses souverains se réfugient à Pau. Le roi Louis XII de France envoie une armée conduite par Jean d’Albret et le futur François 1er. Elle assiège Pampelune mais rebrousse chemin à l’arrivée des Castillans.

Catherine de Navarre, (1468-1517) reine de Navarre de 1483 à 1517
Catherine de Navarre (1468-1517), reine de Navarre (1483-1517) sœur de François-Febus et mère d’Henri d’Albret

En 1516, Jean d’Albret obtient l’accord des États de Béarn pour lever 3 000 hommes qui attaquent Saint Jean Pied de Port sans pouvoir jamais prendre d’assaut la citadelle gardée par les Espagnols. Une troupe se dirige vers Pampelune mais est prise à revers et faite prisonnière. Jean d’Albret doit évacuer Saint Jean Pied de Port. C’est le second échec.

Jean d’Albret meurt en 1516 et Catherine en 1517. Leur fils Henri d’Albret devient roi de Navarre à 14 ans. Il reprend le dessein de son père de reconquérir son royaume.

Henri d’Albret échoue à reconquérir la Navarre

François 1er ca. 1515
François 1er (ca 1515) tente de reconquérir la Navarre

Pour se venger de son échec à l’élection au Saint Empire romain germanique, François 1er envoie 12 000 hommes reconquérir la Navarre sous les ordres du sire de Lesparre. Henri d’Albret est à Pau à la tête d’une armée béarnaise et attend le signal pour intervenir. Les Français entrent dans Pampelune le 19 mai 1521. C’est au cours de l’attaque que sera blessé Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. Lesparre renvoie 6 000 Gascons, pour faire des économies, et attaque Logroño en Castille. Il est battu à Noain le 30 juin. Henri d’Albret est toujours en Béarn et n’est pas intervenu. C’est le troisième échec.

En septembre, François 1er envoie une autre armée qui se contente de prendre Fontarabie. C’est le quatrième échec. Henri d’Albret transforme la Basse Navarre en royaume en 1522 et convoque les États généraux. En 1523, il crée une chancellerie et une cour souveraine de justice qu’il installe à Saint-Palais.

En représailles, les Espagnols dirigés par le duc d’Albe reprennent Fontarabie en septembre 1523, assiègent Bayonne sans succès, occupent la Basse Navarre, brulent le château de Bidache, ravagent la Soule et Mauléon, prennent Sauveterre et Navarrenx et repartent après avoir pillé Saint Jean de Luz et Hendaye. Charles V évacue la Basse Navarre en 1530 qui lui coute trop cher.

Henri et Marguerite

Henri II de Navarre
Henri d’Albret, roi de Navarre

La Haute Navarre est définitivement perdue. Henri d’Albret est fait prisonnier à la bataille de Pavie en 1523, s’évade en 1525 et épouse en janvier 1527 Marguerite d’Angoulême, la sœur de François 1er, celle qui deviendra Marguerite de Navarre.

Marguerite de Navarre
Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre

Les noces ont lieu à Saint Germain en Laye, le 24 janvier 1527. En octobre, les deux époux font un séjour de trois mois à Pau et à Nérac. Le 16 janvier 1528 nait Jeanne d’Albret. La mère de Henri III de Navarre (Henri IV de France).

Henri d’Albret fait transformer le château de Pau pour l’agrément de Marguerite de Navarre. L’influence de Fontainebleau n’est pas absente dans la décoration, ce qui lui valut le surnom de François 1er du Béarn.

Jeanne d'Albret
Jeanne d’Albret, fille de Marguerite d’Angoulême et mère d’Henri IV (de France)

De 1529 à 1535 il aménage la terrasse sud, ouvre de larges fenêtres et construit l’escalier monumental. Mais Marguerite préfère Nérac où elle séjourne deux ans. Elle revient à Pau en 1547, à l’aller et au retour des bains de Cauterets.

Henri de Navarre modernise le Béarn

Los fors, et costumas de Bearn. Édition de 1625
Los fors, et costumas de Bearn. Édition de 1625

Henri d’Albret remplace la Cort Major par un conseil souverain ou Conselh ordinary qui juge les affaires en dernière instance. Il sépare la justice criminelle de la justice civile et publie en 1547 le Styl de justicy. En 1551, il publie le Fors et costumes de Bearn qui est l’aboutissement de l’unification des Fors de Morlaàs et de ceux d’Aspe, d’Ossau et de Barétous.

En matière financière, il crée les chambres des comptes de Pau et de Nérac. Il améliore le titre de la monnaie béarnaise pour obtenir la parité avec la monnaie française favorisant ainsi le commerce. Il crée un atelier monétaire dans la tour de la monnaie de Pau en 1554.

En matière militaire, il fait fortifier Navarrenx par un ingénieur italien à partir de 1542 et crée six parsans militaires qui lui permettent de mobiliser 6 000 hommes en 24 heures.

 

Maison carrée de Nay
Maison carrée de Nay

L’époque d’Henri d’Albret est prospère en Béarn. La population augmente. L’agriculture et le commerce sont florissants. On construit de nombreuses églises et des bâtiments civils comme la Maison carrée de Nay. L’exploitation des mines et la création de fonderies sont encouragées. Des manufactures textiles sont installées à Nay et à Oloron.

La Marguerite des Marguerites

Jacques Lefevre d'Etaples (1450-1537)
Jacques Lefevre d’Etaples (1450-1537)

Marguerite de Navarre se passionne pour les arts et la poésie, mais aussi pour les idées nouvelles en matière de religion. Elle connait le latin, l’hébreu et l’italien. On la surnomme « la dixième muse de son pays ». À Nérac, elle donne refuge à Jacques Lefevre d’Etaples, évêque de Meaux, et à d’autres personnages qui feront de la ville un important foyer d’humanisme.

Manuscript des comptes de la royne de Navarre soeur du roy Francois premier que lon appeloit en ce temps la a la cour La Marguerite des marguerites (p. de gauche)
« Manuscript des comptes de la royne de Navarre soeur du roy Francois premier que lon appeloit en ce temps la a la cour La Marguerite des marguerites » (note de la p. de gauche du manuscrit – Gallica)

Elle rédige son oeuvre la plus connue l’Heptaméron en 1559, recueil inachevé de 72 contes galants, la plupart écrits à Cauterets. Ils mettent en scène dix personnages qui, tour à tour, racontent une histoire. On y trouve, Hircan (son mari), Parlamente (Marguerite), Dagoucin (l’évêque de Sées), etc. Après chaque histoire, une discussion s’engage entre les dix personnages.

Le Château d'Odos (65)
Le Château d’Odos (65)

En 1547, elle écrit un recueil de poèmes sous le nom de Marguerites de la Marguerite des princesses publié à Lyon en 1547. Albert le Franc, historien de la littérature, publiera d’autres poèmes sous le titre Les dernières poésies de Marguerite de Navarre. Elle s’intéresse aussi au théâtre et écrit des pastorales.

Après la mort de François 1er, elle se retire au château d’Odos en Bigorre et y meurt le 21 décembre 1549. Henri d’Albret meurt à Hagetmau le 25 mai 1555.

Serge Clos-Versailles

écrit en nouvelle orthographe

Références

Lorsque les seigneurs de Béarn régnaient sur la Navarre, Denis LABAU, éditions COVEDI, Pau, 1994
Histoire des d’Albret et des rois de Navarre, Michel Levasseur, éditions Atlantica, 2006
Poésies de Marguerite de Navarre




Les Gascons insoumis se battent pour leurs libertés

Dans son ouvrage Les français peints par eux-mêmes, publié en 1841, Edouard Ourliac disait du Gascon : Il a le sang chaud, l’imagination prompte, les passions fortes, les organes souples. Et c’est vrai qu’il est réputé pour ses qualités guerrières et sa passion pour la liberté. Ainsi, les Gascons insoumis sont réfractaires aux impôts, à la conscription et à tout ce qui menace leurs privilèges.

Le 19e siècle, le temps des Gascons insoumis

Dans l’histoire, les révoltes des Gascons Insoumis sont nombreuses. Le 19e siècle est à cet égard une période importante en raison des difficultés économiques entrainées par les guerres, les mauvaises récoltes et la cherté des prix.

Les guerres de l’Empire, les réquisitions supérieures aux disponibilités et les intempéries provoquent des disettes et la hausse des prix. Des émeutes éclatent à Toulouse en 1816. De 1817 à 1839, une série de mauvaises récoltes entraine la rareté des grains et des pommes de terre. Des révoltes contre la cherté des prix éclatent sur les marchés. Des maisons sont pillées. La baisse consécutive des revenus entraine la chute de la production artisanale et industrielle locale qui profite aux ateliers du nord de la France.

Travaux ferroviaires
Travaux ferroviaires

De 1845 à 1847, les trois quarts de la récolte de pommes de terre sont perdus. La famine et la maladie font de nombreuses victimes dans les campagnes et sont à l’origine d’une importante vague d’émigration. Les années qui suivent voient une grande dépression économique due au manque de numéraire. De 1856 à 1857, les mauvaises récoltes entrainent une intensification des travaux ferroviaires pour procurer des ressources aux familles indigentes. Dans le seul département des Hautes-Pyrénées, ces travaux emploient plus de 2 000 personnes.

Cette période difficile est propice aux révoltes des Gascons insoumis.

Les Gascons refusent la tutelle de l’État

Les gascon insoumis n'acceptent pas les décisions des préfets nommés par les gouvernements
Préfet vers 1850

La tutelle des préfets est étroite sur les communes qui perdent leur ancienne autonomie de gestion. La résistance des Gascons Insoumis s’organise.

Les maires ne répondent pas aux lettres et aux enquêtes des préfets ou fournissent de faux éléments. Ils gardent une gestion parallèle de leur commune en faisant payer les actes d’état-civil, en vendant du bois sans autorisation, en levant des péages clandestins, en organisant de fausses consultations et des adjudications à faible prix pour les travaux. Lors de la revente, la différence de prix est versée dans la caisse du maire qui répartit les gains entre tous les habitants ou organise des banquets dans le village.

Les Gascons Insoumis s’opposent aux fusions forcées des communes. Celles qui réussissent sont une minorité et concernent de très petites communes comme Agos-Vidalos en 1845.

Les curés nommés par l’évêque, sans l’accord de la population, ne sont pas acceptés. En 1864, le maire d’Oursbelille refuse d’installer le nouveau curé. Les instituteurs nommés sans le consentement des Gascons Insoumis ne sont pas mieux accueillis. En 1844, le nouvel instituteur de Vier a eu sa maison forcée, le mobilier de l’école a disparu, etc.

Les Gascons refusent la conscription

En fait, les Gascons Insoumis le sont à la milice, déjà au XVIIIe siècle. Par exemple, trois mois avant les tirages au sort, les jeunes partent en masse vers l’Espagne pour ne rentrer que quelques mois plus tard.

Comme le montre la carte ci-dessous, le recrutement des volontaires n’est pas en 1791 et 1792 ni des plus rapides ni des plus efficaces dans les provinces du Sud et en Gascogne en particulier. Mais de plus les bataillons de « volontaires » fondent à vue d’œil au fur et à mesure de leur engagement.

En 1791 et 1792, le Gascon insoumis refusent la conscription
Les volontaires de 1791 et 1792

La loi Jourdan du 5 septembre 1798 crée le service militaire obligatoire. Pour les levées de l’époque napoléonienne, l’insoumission est de 98 % en Ariège, de 42 % dans les Hautes-Pyrénées, de 48 % en Haute-Garonne, de 86 % dans Pyrénées-Atlantiques. La moyenne en France est de 28 %.

De 1842 à 1868, plus du tiers des insoumis sont gascons. En 1870, le quart des insoumis sont originaires des Pyrénées-Atlantiques.

Les Gascons refusent de perdre leurs libertés

gardes forestiers
Gardes forestiers (1831)

Si on remonte le temps, les Gascons sont déjà insoumis. La réforme forestière de 1699 qui prive les Gascons de leur liberté d’exploiter leurs forêts est un échec. Les réformes de l’Empire et de la Restauration ne réussissent pas mieux.

La répression des délits forestiers provoque des rebellions collectives. En 1814, deux bœufs sont saisis dans la forêt de Castillon en Couserans. Une troupe armée de 400 personnes se rend à Castillon pour réclamer les bœufs et tente d’enfoncer la porte de la maison du garde forestier. La gendarmerie intervient et arrête un homme muni d’un couteau. Le lendemain, 150 personnes se rendent à Castillon pour le délivrer et le ramener en triomphe chez lui.

Les habitants des 14 villages de la vallée du Castelloubon ont depuis longtemps accès aux estives et aux forêts appartenant à la famille de Rohan. En 1802, le nouveau propriétaire en interdit l’accès aux habitants qui intentent un procès qui dure 15 ans. De 1818 à 1824, les Gascons Insoumis livrent une véritable guérilla contre le propriétaire : refus de lui payer les fermages, fermeture d’une route d’accès à une source qu’il veut exploiter, incendie de sa scierie, attaque des ouvriers qui travaillent pour lui et incendie de leur maison.

Comme pour le Castelloubon, une révolte éclate dans les vallées du sud de Saint-Girons, s’étend à la vallée de Massat avant de gagner toute l’Ariège en 1830. C’est la révolte des « Demoiselles ».

En cliquant sur l’image, accédez au film que Jean Mailhes et Nadau ont consacré à la Guerre des Demoiselles de l’Ariège.

 

 

 

Les Gascons sont aussi insoumis à l’impôt

La résistance à l'impôt de 45 centimes
La résistance à l’impôt de 45 centimes dans le Sud

Les Gascons Insoumis n’aiment pas l’impôt, surtout les nouveaux impôts. La création de l’impôt du « vingtième » en 1749 crée des troubles en Nebouzan, Navarre et Béarn. Les États du Labourd mènent une véritable guerre contre l’impôt. La fin des privilèges sur le sel conduit à la révolte d’Audijos.

En 1848, le gouvernement républicain crée un nouvel impôt de 45 centimes (soit une augmentation de 45% de l’impôt de 1847 !). Les Gascons insoumis se révoltent dans les pays situés entre Oloron et Saint-Gaudens. Lorsque les percepteurs et les porteurs de contraintes arrivent dans un village, le tocsin sonne et ameute toute la population.

À Arros de Nay dans les Pyrénées-Atlantiques, une foule énorme accueille le porteur de contraintes. Le préfet, le Procureur et une troupe armée de 350 hommes se trouvent face à une foule armée. Pour éviter des incidents, le préfet rebrousse chemin avec sa troupe. Quelques jours plus tard, la colère est retombée.

À Saint-Médard en Haute-Garonne, les Gascons Insoumis de Castillon, Landorthe, Savarthès, Labarthe-Inard et d’autres villages se révoltent. L’affaire dure tout l’été. On arrête et on condamne les meneurs à de fortes peines de prison.

Dans le Gers

Gendarmes (vers 1850)
Gendarmes (vers 1850)

À Malabat dans le Gers, un porteur de contraintes doit rebrousser chemin devant une foule réunissant les habitants de 14 communes voisines. Le 4 juin, les habitants de Malabat et de Betplan se rendent au marché de Miélan, drapeau en tête et chantant une chanson contre l’impôt des 45 centimes. Le préfet et 3 compagnies de gendarmes vont à Malabat. Au son du tocsin, une foule de 3 000 personnes se rassemble et les reconduit jusqu’à Miélan. Le refus de payer l’impôt touche rapidement une centaine de communes dont les maires démissionnent. Des négociations sont menées. Le 7 septembre, le préfet envoie 8 brigades de gendarmerie, 2 escadrons de chasseurs et 450 hommes du train des équipages mais le calme est revenu.

Les Gascons sont-ils toujours insoumis ?

Gascon et gasconne vus par les "Les Français peints par eux-mêmes - Encyclopédie morale du 19è s.)(1841)
Gascon et gasconne vus par « Les Français peints par eux-mêmes – Encyclopédie morale du 19è s. » (1841)

Le 19e siècle a connu beaucoup d’autres révoltes de Gascons insoumis : troubles du sel à Salies de Béarn en 1830, révolte forestière de 1848 en Barousse, « Guerre des limites » de 1827 à 1856 en pays Quint, émeutes contre les droits de place sur les marchés haut-pyrénéens, …

Depuis, les Gascons insoumis se sont-ils rangés ou n’ont-ils plus de libertés à défendre ?

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les français peints par eux-mêmes, Edouard Ourliac, 1841
Les Pyrénées au XIXème siècle – L’éveil d’une société civile, Jean-François Soulet, éditions Sud-Ouest, 2004




Traverser les Pyrénées en train

Les Pyrénées n’ont jamais été une frontière tant le commerce entre Gascons et Espagnols était vital pour les communautés des deux pays et les itinéraires nombreux et fréquentés. Aujourd’hui, on ne parle plus de franchir les ports mais de creuser des tunnels pour traverser les Pyrénées.

Traverser les Pyrénées pour relier Paris à Madrid

L'Intendant Mégret d'Étigny imagine le pemier projet pour traverser les Pyrénées
L’Intendant Mégret d’Étigny

Pour traverser les Pyrénées, l’intendant d’Auch Mégret d’Etigny conçoit le projet d’une route transpyrénéenne pour relier directement Paris à Madrid. MM Picot et Germinaud ingénieurs à Auch élaborent un projet en 1766. Il prévoit un tunnel dont le départ se situe à Génos dans le Louron.

Le marquis d’Ossun, baron de Hèches, alors ministre plénipotentiaire de France à Madrid obtient la coopération des Espagnols.

Les travaux débutent en plusieurs endroits entre Génos et Gistaín dans le Sobrarbe.  mais Charles III d’Espagne les stoppe en 1772. Il cède ainsi aux sollicitations des Biscayens et des Navarrais qui n’approuvent pas ce projet.

Ramond de Carbonnières
Ramond de Carbonnières

Ramond de Carbonnières relate en 1790 : On a fait dans le port de Lopez une étrange tentative. Des entrepreneurs avaient conçu l’idée de percer la montagne dans sa hauteur moyenne, d’un long couloir qui déboucherait au milieu des forêts de la vallée espagnole de Gistain. [ ….. ]. J’ai vu ce qu’il y a de fait, cela se borne à une galerie horizontale de deux cents pieds de longueur sur une trentaine de largeur et un peu moins de hauteur.

Traverser les Pyrénées, une nécessité qui ne réjouit pas les Espagnols

Si traverser les Pyrénées est une nécessité, les Espagnols s’y opposent longtemps et retardent tous les projets.

Par un décret du 21 décembre 1811, Napoléon 1er prévoit la création de routes impériales par Argelès et Gavarnie, par Auch et la vallée d’Aure, par Oloron et le Somport. Il veut favoriser les échanges commerciaux et la circulation des troupes avec l’Espagne, alors partie intégrante de l’Empire.

Mais les Espagnols alliés aux Anglais en décideront autrement. Après 1815, les Espagnols ne veulent plus voir de troupes françaises sur leur sol. Ils s’opposent à tous les projets de création de nouvelles liaisons.

La bataille d’Orthez le 27 février 1814, une des dernières batailles de la guerre d’indépendance espagnole

En 1842, on commence à parler de liaison par chemin de fer. Aucune des routes n’est encore construite. Celle du Somport n’ouvre qu’en 1863. Il faut attendre 1884-1885, les aménagements côté espagnol .

Traverser les Pyrénées en train

Le projet de traverser les Pyrénées en train est déjà ancien. En 1865, une commission mixte franco-espagnole est créée pour étudier 12 projets pour traverser les Pyrénées en train. Une convention est signée en 1904 et n’en retient que trois, dont un par le Somport.

La ligne de chemin de fer de Lannemezan à Arreau dans la vallée d’Aure est mise en service en 1897. Un prolongement d’Arreau à Saint-Lary est concédé à la Compagnie des chemins de fer du Midi en 1908. Bien que déclaré d’utilité publique l’année suivante, le prolongement est abandonné et le projet est déclassé le 30 novembre 1941.

Traverser les Pyrénées par la voie Auch - Lannemezan n'aboutira pas
Prisonniers allemands sur la ligne Auch – Lannemezan

Le gouvernement déclare d’utilité publique la ligne d’Auch à Lannemezan en 1908. Les travaux commencent en 1920. On réalise l’infrastructure (3 tunnels, 1 viaduc et 8 gares), mais on ne posera jamais les rails. On abandonne le projet en 1941.

  

Traverser les Pyrénées entre Oloron et Canfranc

Louis Barthou porte le projet de traverser les Pyrénées par le train
Louis Barthou

Envisagé dès 1853 par l’ingénieur Bourra, le projet de traverser les Pyrénées nécessite une intense activité diplomatique et de nombreuses études pour en arriver à la conclusion qu’il n’est pas rentable pour le trafic à grande distance. Il a un intérêt strictement local et les collectivités locales trop engagées financièrement s’engagent pour limiter l’exode rural.

En 1889, lors de sa première campagne électorale, Louis Barthou prend l’engagement de faire aboutir le projet. En 1897, celui-ci est déclaré d’utilité publique mais les fonds ne sont pas débloqués.

Tunnel ferroviaire du Somport
Tunnel ferroviaire du Somport

Louis Barthou est ministre des travaux publics de 1906 à 1909 et fait aboutir le projet pour traverser les Pyrénées. Les travaux commencent en 1908 et on inaugure le tronçon Oloron-Bedous en 1914. Les travaux se poursuivent après la guerre et l’inauguration de la ligne a lieu à Canfranc le 18 juillet 1928.

La ligne s’arrête en 1970 mais le gouvernement d’Aragon et la région Aquitaine relancent le projet de réouverture. Désormais, on va en train jusqu’à Bedous.

Traverser les Pyrénées par une voie centrale

Autoroutes ferroviaires existantes ou projetées
Autoroutes ferroviaires existantes ou projetées

La ligne de Narbonne à Port Bou s’ouvre en 1878 et celle de Hendaye à Irun en 1864. Elles absorbent la majorité du trafic transpyrénéen mais ne représentent que 5 % du volume des marchandises. La route en absorbe plus de 70 %.

La Commission européenne a pour objectif de détourner 35 % du trafic des marchandises vers un nouvel itinéraire central qui enlèverait beaucoup de camions sur les routes.

Quatre variantes sont à l’étude pour traverser les Pyrénées par Arudy et la vallée d’Ossau, par Pierrefitte et la vallée des Gaves, par Lannemezan et la vallée d’Aure et par Luchon et la vallée de la Garonne.

Le projet suscite la crainte et l’opposition d’associations locales et environnementales. Les autorités administratives françaises et espagnoles semblent moins enthousiastes qu’au début, préférant peut-être une combinaison de moyens de transport, ferroviaire, routier et maritime. Les tunnels routiers de Saint-Béat, d’Aragnouet-Bielsa et du Somport permettent de traverser les Pyrénées plus facilement.

Ferroroutage
Ferroroutage

Conclusion

Dans les Alpes, on a imaginé le projet de liaison par rail Lyon Turin dans les années 1970 et il se concrétisera en 2030. L’idée de traverser les Pyrénées par une voie centrale débute dans les années 1990, alors…

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle 

Références

Revue du Comminges, 1901, page 45
Site du projet Pau-Canfranc-Saragosse
Le passage international du Somport : le grand rêve des transpyrénéens, Philippe Delas, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, Tome 45, fasc 3, p 243-270, Toulouse, 1974
Projet de nouvelle traversée centrale des Pyrénées




Henri III d’Albret ou Henri IV de France

L’Enricou, ou lo noste Enric comme l’appellent les Béarnais est né le 13 décembre 1553 à Pau. Henri III d’Albret est le fils de Jeanne d’Albret et d’Antoine de Bourbon. Son grand père Henri d’Albret lui frotte les lèvres avec de l’ail et lui fait boire une goutte de Jurançon pour le fortifier. Cela lui réussit puisqu’il est roi de France de 1589 à 1610 sous le nom de Henri IV.

La jeunesse

Henri d'Albret grandit au château de Coarraze
Le château de Coarraze

Ses parents étant rappelés à la Cour, confient Henri III d’Albret à une parente, Suzanne de Bourbon-Busset, qui l’élève au château de Coarraze. Jeanne d’Albret veille à son éducation calviniste.

En 1561, son père le fait venir à la Cour où il sera élevé comme un prince de France. Il y sera étroitement surveillé en tant qu’héritier de la Navarre.

Jeanne d'Albret, la mère d'Henri III de Navarre
Jeanne d’Albret, la mère d’Henri III de Navarre

En décembre 1566, Jeanne d’Albret demande la permission de se rendre à Vendôme avec ses enfants et en profite pour les ramener en Béarn où elle arrive en janvier 1567. Une tentative d’enlèvement d’Henri III d’Albret échoue en 1568. Jeanne d’Albret décide de se rendre à La Rochelle où elle prend en main la défense de la ville. Elle fait acclamer Henri III d’Albret comme commandant en chef de l’armée à 15 ans tout juste.

 

Henri III de Navarre et Marguerite de Valois
Henri III de Navarre et Marguerite de Valois

 

En juin 1572, à 19 ans, il devient roi de Navarre. Le 18 août, il épouse Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX qui le protège pendant le massacre de la Saint-Barthélemy du 24 août.

Le 5 février 1576, Henri III d’Albret s’enfuit de la Cour et rentre à Nérac. Pour ramener le calme et la prospérité dans le sud-ouest ravagé par les guerres, il promulgue les Ordonnances d’Agen, le 1er avril 1577.

 

Henri d’Albret, chef de guerre du parti protestant

Ayant dû abjurer sa foi pour calmer les oppositions catholiques-protestants, tous se méfient de lui. Bordeaux restée catholique refuse de lui ouvrir ses portes. En décembre 1576, il se rend à Éauze où les magistrats municipaux font fermer les portes juste après son entrée pour le faire prisonnier. Il réagit vivement et rétablit la situation.

Catherine de Médicis vers 1585
Catherine de Médicis vers 1585

D’octobre 1578 à mai 1579, Catherine de Médicis rend visite à Henri III d’Albret à Nérac. Ils sont à Auch pour des négociations lorsque, pendant le bal, Henri III d’Albret apprend que les catholiques ont pris La Réole. Pendant la nuit, il va prendre Fleurance et propose un échange entre ces deux villes. Les discussions aboutiront à la paix de Nérac signée le 5 février 1579.

Pendant le séjour de Nérac, les fêtes se succèdent. On y rencontre de nombreux lettrés comme Montaigne, du Bartas, Pibrac, d’Aubigné, du Plessis-Mornay.

La guerre reprend en 1585. Henri III d’Albret regagne le Béarn où la Ligue progresse, envoie des troupes à Mauléon qui s’est soulevée, fortifie Pau et Sauveterre, met une garnison à Navarrenx et repart vers le nord.

La bataille de Coutras
La bataille de Coutras le 5 octobre 1587

Malgré la surveillance des catholiques, Henri III d’Albret franchit la Garonne de nuit et rentre à La Rochelle le 2 juin 1586.

Après la victoire de Coutras, il regagne le Béarn et séjourne entre Navarrenx, Pau et Hagetmau où il retrouve la belle Corisande, surnom de sa maitresse, Diane d’Andoins.

Le 1er aout 1589, le moine Jacques Clément assassine le roi.  Ainsi, Henri III d’Albret devient l’héritier du trône.

Corisande et Gabrielle d‘Estrées

Henri III d’Albret a eu de nombreuses maitresses qui lui donnent douze enfants. Parmi elles, deux comptent particulièrement.

Diane d'Andouins la maitresse d'Henri III
Diane d’Andouins dite Corisande (1554-1621)

Diane d’Andoins (1554-1621) épouse en 1567 Philibert de Gramont, comte de Guiche qui meurt en 1580 au siège de La Fère. Réputée d’une grande beauté et d’une grande culture, elle correspond avec Montaigne. Éprise de littérature courtoise, elle prend le nom de Corisande, comme l’héroïne du roman Amadis de Gaule.

Elle rencontre Henri III d’Albret en 1582 et a une grande influence sur lui jusqu’en 1591. Il lui écrit assidument et l’associe à ses affaires. Pendant les guerres de la Ligue, elle vend tous ses bijoux et hypothèque ses biens pour lui envoyer 20 000 Gascons qu’elle enrôle à ses frais.

Gabrielle d’Estrées (1573-1599) rencontre Henri III d’Albret lors du siège de Paris en 1590. Il la comble de cadeaux, la fait marquise puis duchesse. Follement épris, il envisage de l’épouser mais le Pape s’y oppose. Elle meurt subitement en 1599. Elle est haïe par le peuple qui l’appelle la duchesse d’ordures à cause de ses nombreuses dépenses.

 

Le médiatique Henri III d’Albret

Echarpe et panache blancs
Écharpe et panache blancs

Henri III d’Albret se sert d’une intense propagande qu’il organise savamment pour accompagner tous les épisodes de sa conquête du pouvoir et de son règne.

Des pamphlets, des affiches, des livres illustrés, des dessins et des estampes sont réalisés et aussitôt envoyés dans tout le pays pour expliquer ses actions et dénigrer ses adversaires. Il réussit à se fabriquer une image contraire à celle que donnent de lui les Ligueurs.

Il utilise les symboles comme son panache blanc ou l’écharpe blanche qui deviennent la « marque » du roi. Dans les villes nouvellement conquises, les habitants organisent des fêtes de l’écharpe blanche.

Son portrait est largement diffusé afin que tout le monde reconnaisse le roi, ce qui tranche avec le passé quand peu de gens connaissaient le roi.

Henri III d’Albret à la conquête du trône de France

Henri III à la bataille d'Arques le 21 septembre 1589
Henri III à la bataille d’Arques en septembre 1589

Devant l’opposition de la Ligue et de plusieurs Parlements, Henri III d’Albret doit conquérir le trône et sa capitale. Les Espagnols envahissent la Provence et la Bretagne. Le duc de Savoie attaque en Provence.

Henri III d’Albret est victorieux à Arques en septembre 1589, à Ivry en mars 1590 et met le siège devant Paris. L’arrivée de renforts espagnols l’oblige à lever le siège.

Le 25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis. Ce n’est pas la première fois qu’il change de religion. Dès l’âge de 6 ans, il suit une formation calviniste pendant deux ans et demi, renoue avec le catholicisme sous les injonctions de son père pour 7 mois, revient au calvinisme pour dix ans à sa mort, puis catholique pour 4 ans le jour de la Saint-Barthélemy, calviniste pour 17 ans lors de son retour en Béarn.

25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis
25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis

Maris de Médicis et Louis XIII en 1603
Maris de Médicis et Louis XIII en 1603

Le 27 février 1594, il est couronné roi sous le nom de Henri IV et entre dans Paris le 22 mars. Son mariage avec Marguerite de Valois est annulé en 1599 et il épouse Marie de Médicis le 17 décembre 1600. Le futur Louis XIII nait de cette union le 27 septembre 1601.

Après avoir échappé à plusieurs attentats, le roi est assassiné rue de la Ferronnerie à Paris le 4 mai 1610. Il meurt dans les bras du duc d’Épernon.

Le duc d'Epernon est présent alors de l'assassinat d' Henri IV
L’assassinat d’Henri IV

 Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle (1990)

Références

Henri IV, Jean-Pierre BABELON, éditions Fayard, 1982.