Le maïs ou lo milhòc, céréale de Gascogne ?

Qu’on l’appelle milh, milh gròs, milhòc, blat mòro, turquet, blat d’Espanha…, le maïs est indissociable de la Gascogne et de sa culture. Connu depuis les voyages de Christophe Colomb en Amérique, le maïs prend son essor en Gascogne au cours du XVIIIe siècle.

Le maïs, une graine venue du Mexique

Ensilage du maïs par les aztèques, Codex de Florence, fin XVIe siècle Wikipédia
Ensilage du maïs par les Aztèques, Codex de Florence, fin XVIe siècle (Wikipédia)

Le maïs est originaire du Mexique où il constitue l’aliment de base des populations. Cultivé dans la Sierra Madre del Sur, au sud de Mexico, il gagne progressivement le pays des Incas et l’Amérique du Nord. On le retrouve de l’actuel Canada à l’Argentine.

Il fait l’objet d’une sélection rigoureuse pour l’adapter aux conditions de culture et au climat de chaque territoire. Il est si important pour les populations qu’un dieu Aztèque lui est dédié : Centeolt.

Dans la milpa améCulture associée des trois sœurs : courge-haricot-maïs
Culture des trois sœurs : courge-haricot-maïs

Le maïs est cultivé avec le haricot et la courge. Ce sont les « trois sœurs ».

Christophe Colomb découvre le maïs lors de ses voyages en Amérique et le rapporte en Espagne.

Le maïs conquiert lentement l’Europe

Du sud de l’Espagne, le maïs gagne le Portugal, le pays basque, la Galice et la Gascogne où il est signalé en 1612. On le trouve également en Franche-Comté qui est alors une province espagnole. Le reste de la France est réticent à sa culture.

Milhas du Comminges
Milhàs du Comminges

Il entre rapidement dans l’alimentation des populations sous forme de bouillies (bròja, pastèth, mica…), de soupes (bròja, burguet…), de pain (mestura, mesturet, milhàs, armòtas...) ou de gâteaux (milhasson, mica, trusa...). Il épargnera bien des disettes.

Tout comme en Amérique, le maïs fait l’objet d’une sélection pour l’adapter au mieux aux conditions climatiques et de culture. Rien que dans les Pyrénées, on en recense 74 avec des grains jaunes, blancs, rouges ou noirs. Chaque vallée ou village a sa variété : Aleu, Couserans, Massat, Moustajon, Seix, val d’Aran, Saint-Laurent de Neste, Etsaut, Sainte-Engrâce, Saint-Jean Pied de Port, etc. On peut s’en procurer auprès de l’association Kokopelli située au Mas d’Azil en Ariège.

Le maïs devient un marqueur culturel de la Gascogne

Soirée de "despeloquèra" au Cuing (31) - La Dépêche
Soirée de despeloquèra au Cuing (31) – photo La Dépêche

Le maïs devient une des principales cultures en Gascogne, à la fois pour les hommes et pour les animaux. Les travaux mobilisent la famille et le voisinage.

Le semis se fait en ligne ou au carré, le trou est creusé à la bêche ou avec un bâton et le grain, semé un à un ou en poquets, est recouvert avec le pied. En cas de mauvaise levée, il faut repasser pour semer les grains manquants : arrehar lo milhòc.

Il faut ensuite éclaircir le maïs pour ne garder que les pieds les plus vigoureux. On sarcle la terre pour désherber et chausser les pieds de maïs (cauçar, passar lo milhòc). On passe l’arrasclet qui est une herse pour le maïs.

On écime le maïs (esbelar, descabelhar) pour faciliter la maturité des épis et nourrir les animaux. On ramasse les épis secs (milhocar, gabolhar) pour les effeuiller (despelocar) lors des soirées d’hiver (despoloquèra). Les plus beaux épis sont mis à sécher en cordes dans les granges, sous les toits ou sous les balcons pour la prochaine semence.

Atlas Linguistique et ethnographique de la Gascogne (Séguy) - le maïs et ses mutilples noms en gascon
Atlas Linguistique et ethnographique de la Gascogne (Séguy) – le maïs et ses multiples noms en gascon

L’arrivée des variétés hybrides modifie le paysage agricole

Coopérative Maïs-Adour
La coopérative MaïsAdour

On sélectionne les premiers hybrides en France dans les années 1930. Ils connaissent un véritable essor dans les années 1950.

Le premier congrès international consacré au maïs se tient à Pau en octobre 1930. L’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs) se crée la même année à Orthez. La première station de génétique s’installe à Saint-Martin de Hinx en 1931. L’installation de séchage de Billère est créée en 1954. Elle reçoit la visite de Charles de Gaulle en 1959 et de Nikita Kroutchev en 1960. Les silos de Bayonne sont installés en 1963 pour l’exportation du maïs.

La résistance au maïs hybride est forte : il épuise les sols, les poules cessent de pondre, les foies des canards sont blancs… Sa culture est freinée par la petite taille des exploitations.

Séchoir à maïs
Un crib

Dès lors, on arase les fossés, enlève les haies, remembre les parcelles, et on met en culture les landes de tojas qui servaient de litière pour le bétail. Le crib (séchoir à maïs) fait son apparition en 1954 dans toutes les fermes.

Le développement du maïs hybride a entrainé la forte mécanisation de l’agriculture, la disparition des petites surfaces de cultures diversifiées pour arriver à une quasi monoculture du maïs dans d’immenses champs de maïs (milhocars). En même temps, les agriculteurs sont devenus dépendants des fournisseurs de semences.

Champs de maïs dans le Gers
Champs de maïs dans le Gers

De multiples usages

Le maïs entre en grains ou en farines dans la nourriture des animaux. Il a permis la création de filières d’excellence : foie gras, jambon de Bayonne, volailles label rouge, etc.

Nataïs Premier producteur européen de popcorn
Nataïs, 1er producteur européen de popcorn à Bézeril (32)

Il sert à la fabrication de semoules ou de maïs soufflé. La plus grande usine européenne de fabrication de pop-corn se situe à Bézeril dans le Gers.

Le maïs blanc sert pour le gavage des oies et des canards pour le foie gras, pour l’alimentation des volailles à peau blanche (volailles de Bresse) ou pour la fabrication d’amidons pour la pharmacie.

Certaines variétés servent à fabriquer de l’huile pour l’alimentation humaine, d’autres servent à la fabrication de films plastiques, de papiers ou de colles, d’autres encore permettent de fabriquer l’éthanol. On consomme le maïs doux en grains secs. Les grains servent à fabriquer des alcools (Gin, Bourbon, etc.). Il sert même pour le tourisme par la création de labyrinthes dans les milhocars...

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

« Le maïs et le Béarn de 1930 à 1960 », Revue de Pau et du Béarn, 2017
Les maïs anciens des Pyrénées, de Jean Beigbeder et Maryse Carraretto, éditions Marrimpouey, 2018




Henri d’Albret et Marguerite d’Angoulême

Les vicomtes de Béarn sont rois de Navarre depuis 1479. La partie sud de ce petit royaume est annexé par la Castille en 1512 et son roi Henri d’Albret (Henri II de Navarre) ne pourra jamais le reconquérir. Il modernise le Béarn tandis que sa femme, Marguerite de Navarre, la « Marguerite des Marguerites », protège écrivains et poètes, et écrit de nombreuses pièces.

Le royaume de Navarre, fondé en 824, est constitué de la Haute Navarre au sud des Pyrénées (partie la plus importante) et de la Basse Navarre au nord des Pyrénées.

Henri d’Albret hérite du royaume de Navarre

François-Febus (1463-1483), roi de Navarre (1479-1483)
François-Febus (1463-1483), roi de Navarre (1479-1483)

François-Febus est roi de Navarre de 1479 à 1483. Sa sœur Catherine lui succède et épouse Jean d’Albret en 1484.

Le royaume de Navarre est envahi par la Castille en 1512 et ses souverains se réfugient à Pau. Le roi Louis XII de France envoie une armée conduite par Jean d’Albret et le futur François 1er. Elle assiège Pampelune mais rebrousse chemin à l’arrivée des Castillans.

Catherine de Navarre, (1468-1517) reine de Navarre de 1483 à 1517
Catherine de Navarre (1468-1517), reine de Navarre (1483-1517) sœur de François-Febus et mère d’Henri d’Albret

En 1516, Jean d’Albret obtient l’accord des États de Béarn pour lever 3 000 hommes qui attaquent Saint Jean Pied de Port sans pouvoir jamais prendre d’assaut la citadelle gardée par les Espagnols. Une troupe se dirige vers Pampelune mais est prise à revers et faite prisonnière. Jean d’Albret doit évacuer Saint Jean Pied de Port. C’est le second échec.

Jean d’Albret meurt en 1516 et Catherine en 1517. Leur fils Henri d’Albret devient roi de Navarre à 14 ans. Il reprend le dessein de son père de reconquérir son royaume.

Henri d’Albret échoue à reconquérir la Navarre

François 1er ca. 1515
François 1er (ca 1515) tente de reconquérir la Navarre

Pour se venger de son échec à l’élection au Saint Empire romain germanique, François 1er envoie 12 000 hommes reconquérir la Navarre sous les ordres du sire de Lesparre. Henri d’Albret est à Pau à la tête d’une armée béarnaise et attend le signal pour intervenir. Les Français entrent dans Pampelune le 19 mai 1521. C’est au cours de l’attaque que sera blessé Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. Lesparre renvoie 6 000 Gascons, pour faire des économies, et attaque Logroño en Castille. Il est battu à Noain le 30 juin. Henri d’Albret est toujours en Béarn et n’est pas intervenu. C’est le troisième échec.

En septembre, François 1er envoie une autre armée qui se contente de prendre Fontarabie. C’est le quatrième échec. Henri d’Albret transforme la Basse Navarre en royaume en 1522 et convoque les États généraux. En 1523, il crée une chancellerie et une cour souveraine de justice qu’il installe à Saint-Palais.

En représailles, les Espagnols dirigés par le duc d’Albe reprennent Fontarabie en septembre 1523, assiègent Bayonne sans succès, occupent la Basse Navarre, brulent le château de Bidache, ravagent la Soule et Mauléon, prennent Sauveterre et Navarrenx et repartent après avoir pillé Saint Jean de Luz et Hendaye. Charles V évacue la Basse Navarre en 1530 qui lui coute trop cher.

Henri et Marguerite

Henri II de Navarre
Henri d’Albret, roi de Navarre

La Haute Navarre est définitivement perdue. Henri d’Albret est fait prisonnier à la bataille de Pavie en 1523, s’évade en 1525 et épouse en janvier 1527 Marguerite d’Angoulême, la sœur de François 1er, celle qui deviendra Marguerite de Navarre.

Marguerite de Navarre
Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre

Les noces ont lieu à Saint Germain en Laye, le 24 janvier 1527. En octobre, les deux époux font un séjour de trois mois à Pau et à Nérac. Le 16 janvier 1528 nait Jeanne d’Albret. La mère de Henri III de Navarre (Henri IV de France).

Henri d’Albret fait transformer le château de Pau pour l’agrément de Marguerite de Navarre. L’influence de Fontainebleau n’est pas absente dans la décoration, ce qui lui valut le surnom de François 1er du Béarn.

Jeanne d'Albret
Jeanne d’Albret, fille de Marguerite d’Angoulême et mère d’Henri IV (de France)

De 1529 à 1535 il aménage la terrasse sud, ouvre de larges fenêtres et construit l’escalier monumental. Mais Marguerite préfère Nérac où elle séjourne deux ans. Elle revient à Pau en 1547, à l’aller et au retour des bains de Cauterets.

Henri de Navarre modernise le Béarn

Los fors, et costumas de Bearn. Édition de 1625
Los fors, et costumas de Bearn. Édition de 1625

Henri d’Albret remplace la Cort Major par un conseil souverain ou Conselh ordinary qui juge les affaires en dernière instance. Il sépare la justice criminelle de la justice civile et publie en 1547 le Styl de justicy. En 1551, il publie le Fors et costumes de Bearn qui est l’aboutissement de l’unification des Fors de Morlaàs et de ceux d’Aspe, d’Ossau et de Barétous.

En matière financière, il crée les chambres des comptes de Pau et de Nérac. Il améliore le titre de la monnaie béarnaise pour obtenir la parité avec la monnaie française favorisant ainsi le commerce. Il crée un atelier monétaire dans la tour de la monnaie de Pau en 1554.

En matière militaire, il fait fortifier Navarrenx par un ingénieur italien à partir de 1542 et crée six parsans militaires qui lui permettent de mobiliser 6 000 hommes en 24 heures.

 

Maison carrée de Nay
Maison carrée de Nay

L’époque d’Henri d’Albret est prospère en Béarn. La population augmente. L’agriculture et le commerce sont florissants. On construit de nombreuses églises et des bâtiments civils comme la Maison carrée de Nay. L’exploitation des mines et la création de fonderies sont encouragées. Des manufactures textiles sont installées à Nay et à Oloron.

La Marguerite des Marguerites

Jacques Lefevre d'Etaples (1450-1537)
Jacques Lefevre d’Etaples (1450-1537)

Marguerite de Navarre se passionne pour les arts et la poésie, mais aussi pour les idées nouvelles en matière de religion. Elle connait le latin, l’hébreu et l’italien. On la surnomme « la dixième muse de son pays ». À Nérac, elle donne refuge à Jacques Lefevre d’Etaples, évêque de Meaux, et à d’autres personnages qui feront de la ville un important foyer d’humanisme.

Manuscript des comptes de la royne de Navarre soeur du roy Francois premier que lon appeloit en ce temps la a la cour La Marguerite des marguerites (p. de gauche)
« Manuscript des comptes de la royne de Navarre soeur du roy Francois premier que lon appeloit en ce temps la a la cour La Marguerite des marguerites » (note de la p. de gauche du manuscrit – Gallica)

Elle rédige son oeuvre la plus connue l’Heptaméron en 1559, recueil inachevé de 72 contes galants, la plupart écrits à Cauterets. Ils mettent en scène dix personnages qui, tour à tour, racontent une histoire. On y trouve, Hircan (son mari), Parlamente (Marguerite), Dagoucin (l’évêque de Sées), etc. Après chaque histoire, une discussion s’engage entre les dix personnages.

Le Château d'Odos (65)
Le Château d’Odos (65)

En 1547, elle écrit un recueil de poèmes sous le nom de Marguerites de la Marguerite des princesses publié à Lyon en 1547. Albert le Franc, historien de la littérature, publiera d’autres poèmes sous le titre Les dernières poésies de Marguerite de Navarre. Elle s’intéresse aussi au théâtre et écrit des pastorales.

Après la mort de François 1er, elle se retire au château d’Odos en Bigorre et y meurt le 21 décembre 1549. Henri d’Albret meurt à Hagetmau le 25 mai 1555.

Serge Clos-Versailles

écrit en nouvelle orthographe

Références

Lorsque les seigneurs de Béarn régnaient sur la Navarre, Denis LABAU, éditions COVEDI, Pau, 1994
Histoire des d’Albret et des rois de Navarre, Michel Levasseur, éditions Atlantica, 2006
Poésies de Marguerite de Navarre




Les Gascons insoumis se battent pour leurs libertés

Dans son ouvrage Les français peints par eux-mêmes, publié en 1841, Edouard Ourliac disait du Gascon : Il a le sang chaud, l’imagination prompte, les passions fortes, les organes souples. Et c’est vrai qu’il est réputé pour ses qualités guerrières et sa passion pour la liberté. Ainsi, les Gascons insoumis sont réfractaires aux impôts, à la conscription et à tout ce qui menace leurs privilèges.

Le 19e siècle, le temps des Gascons insoumis

Dans l’histoire, les révoltes des Gascons Insoumis sont nombreuses. Le 19e siècle est à cet égard une période importante en raison des difficultés économiques entrainées par les guerres, les mauvaises récoltes et la cherté des prix.

Les guerres de l’Empire, les réquisitions supérieures aux disponibilités et les intempéries provoquent des disettes et la hausse des prix. Des émeutes éclatent à Toulouse en 1816. De 1817 à 1839, une série de mauvaises récoltes entraine la rareté des grains et des pommes de terre. Des révoltes contre la cherté des prix éclatent sur les marchés. Des maisons sont pillées. La baisse consécutive des revenus entraine la chute de la production artisanale et industrielle locale qui profite aux ateliers du nord de la France.

Travaux ferroviaires
Travaux ferroviaires

De 1845 à 1847, les trois quarts de la récolte de pommes de terre sont perdus. La famine et la maladie font de nombreuses victimes dans les campagnes et sont à l’origine d’une importante vague d’émigration. Les années qui suivent voient une grande dépression économique due au manque de numéraire. De 1856 à 1857, les mauvaises récoltes entrainent une intensification des travaux ferroviaires pour procurer des ressources aux familles indigentes. Dans le seul département des Hautes-Pyrénées, ces travaux emploient plus de 2 000 personnes.

Cette période difficile est propice aux révoltes des Gascons insoumis.

Les Gascons refusent la tutelle de l’État

Les gascon insoumis n'acceptent pas les décisions des préfets nommés par les gouvernements
Préfet vers 1850

La tutelle des préfets est étroite sur les communes qui perdent leur ancienne autonomie de gestion. La résistance des Gascons Insoumis s’organise.

Les maires ne répondent pas aux lettres et aux enquêtes des préfets ou fournissent de faux éléments. Ils gardent une gestion parallèle de leur commune en faisant payer les actes d’état-civil, en vendant du bois sans autorisation, en levant des péages clandestins, en organisant de fausses consultations et des adjudications à faible prix pour les travaux. Lors de la revente, la différence de prix est versée dans la caisse du maire qui répartit les gains entre tous les habitants ou organise des banquets dans le village.

Les Gascons Insoumis s’opposent aux fusions forcées des communes. Celles qui réussissent sont une minorité et concernent de très petites communes comme Agos-Vidalos en 1845.

Les curés nommés par l’évêque, sans l’accord de la population, ne sont pas acceptés. En 1864, le maire d’Oursbelille refuse d’installer le nouveau curé. Les instituteurs nommés sans le consentement des Gascons Insoumis ne sont pas mieux accueillis. En 1844, le nouvel instituteur de Vier a eu sa maison forcée, le mobilier de l’école a disparu, etc.

Les Gascons refusent la conscription

En fait, les Gascons Insoumis le sont à la milice, déjà au XVIIIe siècle. Par exemple, trois mois avant les tirages au sort, les jeunes partent en masse vers l’Espagne pour ne rentrer que quelques mois plus tard.

Comme le montre la carte ci-dessous, le recrutement des volontaires n’est pas en 1791 et 1792 ni des plus rapides ni des plus efficaces dans les provinces du Sud et en Gascogne en particulier. Mais de plus les bataillons de « volontaires » fondent à vue d’œil au fur et à mesure de leur engagement.

En 1791 et 1792, le Gascon insoumis refusent la conscription
Les volontaires de 1791 et 1792

La loi Jourdan du 5 septembre 1798 crée le service militaire obligatoire. Pour les levées de l’époque napoléonienne, l’insoumission est de 98 % en Ariège, de 42 % dans les Hautes-Pyrénées, de 48 % en Haute-Garonne, de 86 % dans Pyrénées-Atlantiques. La moyenne en France est de 28 %.

De 1842 à 1868, plus du tiers des insoumis sont gascons. En 1870, le quart des insoumis sont originaires des Pyrénées-Atlantiques.

Les Gascons refusent de perdre leurs libertés

gardes forestiers
Gardes forestiers (1831)

Si on remonte le temps, les Gascons sont déjà insoumis. La réforme forestière de 1699 qui prive les Gascons de leur liberté d’exploiter leurs forêts est un échec. Les réformes de l’Empire et de la Restauration ne réussissent pas mieux.

La répression des délits forestiers provoque des rebellions collectives. En 1814, deux bœufs sont saisis dans la forêt de Castillon en Couserans. Une troupe armée de 400 personnes se rend à Castillon pour réclamer les bœufs et tente d’enfoncer la porte de la maison du garde forestier. La gendarmerie intervient et arrête un homme muni d’un couteau. Le lendemain, 150 personnes se rendent à Castillon pour le délivrer et le ramener en triomphe chez lui.

Les habitants des 14 villages de la vallée du Castelloubon ont depuis longtemps accès aux estives et aux forêts appartenant à la famille de Rohan. En 1802, le nouveau propriétaire en interdit l’accès aux habitants qui intentent un procès qui dure 15 ans. De 1818 à 1824, les Gascons Insoumis livrent une véritable guérilla contre le propriétaire : refus de lui payer les fermages, fermeture d’une route d’accès à une source qu’il veut exploiter, incendie de sa scierie, attaque des ouvriers qui travaillent pour lui et incendie de leur maison.

Comme pour le Castelloubon, une révolte éclate dans les vallées du sud de Saint-Girons, s’étend à la vallée de Massat avant de gagner toute l’Ariège en 1830. C’est la révolte des « Demoiselles ».

En cliquant sur l’image, accédez au film que Jean Mailhes et Nadau ont consacré à la Guerre des Demoiselles de l’Ariège.

 

 

 

Les Gascons sont aussi insoumis à l’impôt

La résistance à l'impôt de 45 centimes
La résistance à l’impôt de 45 centimes dans le Sud

Les Gascons Insoumis n’aiment pas l’impôt, surtout les nouveaux impôts. La création de l’impôt du « vingtième » en 1749 crée des troubles en Nebouzan, Navarre et Béarn. Les États du Labourd mènent une véritable guerre contre l’impôt. La fin des privilèges sur le sel conduit à la révolte d’Audijos.

En 1848, le gouvernement républicain crée un nouvel impôt de 45 centimes (soit une augmentation de 45% de l’impôt de 1847 !). Les Gascons insoumis se révoltent dans les pays situés entre Oloron et Saint-Gaudens. Lorsque les percepteurs et les porteurs de contraintes arrivent dans un village, le tocsin sonne et ameute toute la population.

À Arros de Nay dans les Pyrénées-Atlantiques, une foule énorme accueille le porteur de contraintes. Le préfet, le Procureur et une troupe armée de 350 hommes se trouvent face à une foule armée. Pour éviter des incidents, le préfet rebrousse chemin avec sa troupe. Quelques jours plus tard, la colère est retombée.

À Saint-Médard en Haute-Garonne, les Gascons Insoumis de Castillon, Landorthe, Savarthès, Labarthe-Inard et d’autres villages se révoltent. L’affaire dure tout l’été. On arrête et on condamne les meneurs à de fortes peines de prison.

Dans le Gers

Gendarmes (vers 1850)
Gendarmes (vers 1850)

À Malabat dans le Gers, un porteur de contraintes doit rebrousser chemin devant une foule réunissant les habitants de 14 communes voisines. Le 4 juin, les habitants de Malabat et de Betplan se rendent au marché de Miélan, drapeau en tête et chantant une chanson contre l’impôt des 45 centimes. Le préfet et 3 compagnies de gendarmes vont à Malabat. Au son du tocsin, une foule de 3 000 personnes se rassemble et les reconduit jusqu’à Miélan. Le refus de payer l’impôt touche rapidement une centaine de communes dont les maires démissionnent. Des négociations sont menées. Le 7 septembre, le préfet envoie 8 brigades de gendarmerie, 2 escadrons de chasseurs et 450 hommes du train des équipages mais le calme est revenu.

Les Gascons sont-ils toujours insoumis ?

Gascon et gasconne vus par les "Les Français peints par eux-mêmes - Encyclopédie morale du 19è s.)(1841)
Gascon et gasconne vus par « Les Français peints par eux-mêmes – Encyclopédie morale du 19è s. » (1841)

Le 19e siècle a connu beaucoup d’autres révoltes de Gascons insoumis : troubles du sel à Salies de Béarn en 1830, révolte forestière de 1848 en Barousse, « Guerre des limites » de 1827 à 1856 en pays Quint, émeutes contre les droits de place sur les marchés haut-pyrénéens, …

Depuis, les Gascons insoumis se sont-ils rangés ou n’ont-ils plus de libertés à défendre ?

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les français peints par eux-mêmes, Edouard Ourliac, 1841
Les Pyrénées au XIXème siècle – L’éveil d’une société civile, Jean-François Soulet, éditions Sud-Ouest, 2004




Traverser les Pyrénées en train

Les Pyrénées n’ont jamais été une frontière tant le commerce entre Gascons et Espagnols était vital pour les communautés des deux pays et les itinéraires nombreux et fréquentés. Aujourd’hui, on ne parle plus de franchir les ports mais de creuser des tunnels pour traverser les Pyrénées.

Traverser les Pyrénées pour relier Paris à Madrid

L'Intendant Mégret d'Étigny imagine le pemier projet pour traverser les Pyrénées
L’Intendant Mégret d’Étigny

Pour traverser les Pyrénées, l’intendant d’Auch Mégret d’Etigny conçoit le projet d’une route transpyrénéenne pour relier directement Paris à Madrid. MM Picot et Germinaud ingénieurs à Auch élaborent un projet en 1766. Il prévoit un tunnel dont le départ se situe à Génos dans le Louron.

Le marquis d’Ossun, baron de Hèches, alors ministre plénipotentiaire de France à Madrid obtient la coopération des Espagnols.

Les travaux débutent en plusieurs endroits entre Génos et Gistaín dans le Sobrarbe.  mais Charles III d’Espagne les stoppe en 1772. Il cède ainsi aux sollicitations des Biscayens et des Navarrais qui n’approuvent pas ce projet.

Ramond de Carbonnières
Ramond de Carbonnières

Ramond de Carbonnières relate en 1790 : On a fait dans le port de Lopez une étrange tentative. Des entrepreneurs avaient conçu l’idée de percer la montagne dans sa hauteur moyenne, d’un long couloir qui déboucherait au milieu des forêts de la vallée espagnole de Gistain. [ ….. ]. J’ai vu ce qu’il y a de fait, cela se borne à une galerie horizontale de deux cents pieds de longueur sur une trentaine de largeur et un peu moins de hauteur.

Traverser les Pyrénées, une nécessité qui ne réjouit pas les Espagnols

Si traverser les Pyrénées est une nécessité, les Espagnols s’y opposent longtemps et retardent tous les projets.

Par un décret du 21 décembre 1811, Napoléon 1er prévoit la création de routes impériales par Argelès et Gavarnie, par Auch et la vallée d’Aure, par Oloron et le Somport. Il veut favoriser les échanges commerciaux et la circulation des troupes avec l’Espagne, alors partie intégrante de l’Empire.

Mais les Espagnols alliés aux Anglais en décideront autrement. Après 1815, les Espagnols ne veulent plus voir de troupes françaises sur leur sol. Ils s’opposent à tous les projets de création de nouvelles liaisons.

La bataille d’Orthez le 27 février 1814, une des dernières batailles de la guerre d’indépendance espagnole

En 1842, on commence à parler de liaison par chemin de fer. Aucune des routes n’est encore construite. Celle du Somport n’ouvre qu’en 1863. Il faut attendre 1884-1885, les aménagements côté espagnol .

Traverser les Pyrénées en train

Le projet de traverser les Pyrénées en train est déjà ancien. En 1865, une commission mixte franco-espagnole est créée pour étudier 12 projets pour traverser les Pyrénées en train. Une convention est signée en 1904 et n’en retient que trois, dont un par le Somport.

La ligne de chemin de fer de Lannemezan à Arreau dans la vallée d’Aure est mise en service en 1897. Un prolongement d’Arreau à Saint-Lary est concédé à la Compagnie des chemins de fer du Midi en 1908. Bien que déclaré d’utilité publique l’année suivante, le prolongement est abandonné et le projet est déclassé le 30 novembre 1941.

Traverser les Pyrénées par la voie Auch - Lannemezan n'aboutira pas
Prisonniers allemands sur la ligne Auch – Lannemezan

Le gouvernement déclare d’utilité publique la ligne d’Auch à Lannemezan en 1908. Les travaux commencent en 1920. On réalise l’infrastructure (3 tunnels, 1 viaduc et 8 gares), mais on ne posera jamais les rails. On abandonne le projet en 1941.

  

Traverser les Pyrénées entre Oloron et Canfranc

Louis Barthou porte le projet de traverser les Pyrénées par le train
Louis Barthou

Envisagé dès 1853 par l’ingénieur Bourra, le projet de traverser les Pyrénées nécessite une intense activité diplomatique et de nombreuses études pour en arriver à la conclusion qu’il n’est pas rentable pour le trafic à grande distance. Il a un intérêt strictement local et les collectivités locales trop engagées financièrement s’engagent pour limiter l’exode rural.

En 1889, lors de sa première campagne électorale, Louis Barthou prend l’engagement de faire aboutir le projet. En 1897, celui-ci est déclaré d’utilité publique mais les fonds ne sont pas débloqués.

Tunnel ferroviaire du Somport
Tunnel ferroviaire du Somport

Louis Barthou est ministre des travaux publics de 1906 à 1909 et fait aboutir le projet pour traverser les Pyrénées. Les travaux commencent en 1908 et on inaugure le tronçon Oloron-Bedous en 1914. Les travaux se poursuivent après la guerre et l’inauguration de la ligne a lieu à Canfranc le 18 juillet 1928.

La ligne s’arrête en 1970 mais le gouvernement d’Aragon et la région Aquitaine relancent le projet de réouverture. Désormais, on va en train jusqu’à Bedous.

Traverser les Pyrénées par une voie centrale

Autoroutes ferroviaires existantes ou projetées
Autoroutes ferroviaires existantes ou projetées

La ligne de Narbonne à Port Bou s’ouvre en 1878 et celle de Hendaye à Irun en 1864. Elles absorbent la majorité du trafic transpyrénéen mais ne représentent que 5 % du volume des marchandises. La route en absorbe plus de 70 %.

La Commission européenne a pour objectif de détourner 35 % du trafic des marchandises vers un nouvel itinéraire central qui enlèverait beaucoup de camions sur les routes.

Quatre variantes sont à l’étude pour traverser les Pyrénées par Arudy et la vallée d’Ossau, par Pierrefitte et la vallée des Gaves, par Lannemezan et la vallée d’Aure et par Luchon et la vallée de la Garonne.

Le projet suscite la crainte et l’opposition d’associations locales et environnementales. Les autorités administratives françaises et espagnoles semblent moins enthousiastes qu’au début, préférant peut-être une combinaison de moyens de transport, ferroviaire, routier et maritime. Les tunnels routiers de Saint-Béat, d’Aragnouet-Bielsa et du Somport permettent de traverser les Pyrénées plus facilement.

Ferroroutage
Ferroroutage

Conclusion

Dans les Alpes, on a imaginé le projet de liaison par rail Lyon Turin dans les années 1970 et il se concrétisera en 2030. L’idée de traverser les Pyrénées par une voie centrale débute dans les années 1990, alors…

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle 

Références

Revue du Comminges, 1901, page 45
Site du projet Pau-Canfranc-Saragosse
Le passage international du Somport : le grand rêve des transpyrénéens, Philippe Delas, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, Tome 45, fasc 3, p 243-270, Toulouse, 1974
Projet de nouvelle traversée centrale des Pyrénées




Henri III d’Albret ou Henri IV de France

L’Enricou, ou lo noste Enric comme l’appellent les Béarnais est né le 13 décembre 1553 à Pau. Henri III d’Albret est le fils de Jeanne d’Albret et d’Antoine de Bourbon. Son grand père Henri d’Albret lui frotte les lèvres avec de l’ail et lui fait boire une goutte de Jurançon pour le fortifier. Cela lui réussit puisqu’il est roi de France de 1589 à 1610 sous le nom de Henri IV.

La jeunesse

Henri d'Albret grandit au château de Coarraze
Le château de Coarraze

Ses parents étant rappelés à la Cour, confient Henri III d’Albret à une parente, Suzanne de Bourbon-Busset, qui l’élève au château de Coarraze. Jeanne d’Albret veille à son éducation calviniste.

En 1561, son père le fait venir à la Cour où il sera élevé comme un prince de France. Il y sera étroitement surveillé en tant qu’héritier de la Navarre.

Jeanne d'Albret, la mère d'Henri III de Navarre
Jeanne d’Albret, la mère d’Henri III de Navarre

En décembre 1566, Jeanne d’Albret demande la permission de se rendre à Vendôme avec ses enfants et en profite pour les ramener en Béarn où elle arrive en janvier 1567. Une tentative d’enlèvement d’Henri III d’Albret échoue en 1568. Jeanne d’Albret décide de se rendre à La Rochelle où elle prend en main la défense de la ville. Elle fait acclamer Henri III d’Albret comme commandant en chef de l’armée à 15 ans tout juste.

 

Henri III de Navarre et Marguerite de Valois
Henri III de Navarre et Marguerite de Valois

 

En juin 1572, à 19 ans, il devient roi de Navarre. Le 18 août, il épouse Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX qui le protège pendant le massacre de la Saint-Barthélemy du 24 août.

Le 5 février 1576, Henri III d’Albret s’enfuit de la Cour et rentre à Nérac. Pour ramener le calme et la prospérité dans le sud-ouest ravagé par les guerres, il promulgue les Ordonnances d’Agen, le 1er avril 1577.

 

Henri d’Albret, chef de guerre du parti protestant

Ayant dû abjurer sa foi pour calmer les oppositions catholiques-protestants, tous se méfient de lui. Bordeaux restée catholique refuse de lui ouvrir ses portes. En décembre 1576, il se rend à Éauze où les magistrats municipaux font fermer les portes juste après son entrée pour le faire prisonnier. Il réagit vivement et rétablit la situation.

Catherine de Médicis vers 1585
Catherine de Médicis vers 1585

D’octobre 1578 à mai 1579, Catherine de Médicis rend visite à Henri III d’Albret à Nérac. Ils sont à Auch pour des négociations lorsque, pendant le bal, Henri III d’Albret apprend que les catholiques ont pris La Réole. Pendant la nuit, il va prendre Fleurance et propose un échange entre ces deux villes. Les discussions aboutiront à la paix de Nérac signée le 5 février 1579.

Pendant le séjour de Nérac, les fêtes se succèdent. On y rencontre de nombreux lettrés comme Montaigne, du Bartas, Pibrac, d’Aubigné, du Plessis-Mornay.

La guerre reprend en 1585. Henri III d’Albret regagne le Béarn où la Ligue progresse, envoie des troupes à Mauléon qui s’est soulevée, fortifie Pau et Sauveterre, met une garnison à Navarrenx et repart vers le nord.

La bataille de Coutras
La bataille de Coutras le 5 octobre 1587

Malgré la surveillance des catholiques, Henri III d’Albret franchit la Garonne de nuit et rentre à La Rochelle le 2 juin 1586.

Après la victoire de Coutras, il regagne le Béarn et séjourne entre Navarrenx, Pau et Hagetmau où il retrouve la belle Corisande, surnom de sa maitresse, Diane d’Andoins.

Le 1er aout 1589, le moine Jacques Clément assassine le roi.  Ainsi, Henri III d’Albret devient l’héritier du trône.

Corisande et Gabrielle d‘Estrées

Henri III d’Albret a eu de nombreuses maitresses qui lui donnent douze enfants. Parmi elles, deux comptent particulièrement.

Diane d'Andouins la maitresse d'Henri III
Diane d’Andouins dite Corisande (1554-1621)

Diane d’Andoins (1554-1621) épouse en 1567 Philibert de Gramont, comte de Guiche qui meurt en 1580 au siège de La Fère. Réputée d’une grande beauté et d’une grande culture, elle correspond avec Montaigne. Éprise de littérature courtoise, elle prend le nom de Corisande, comme l’héroïne du roman Amadis de Gaule.

Elle rencontre Henri III d’Albret en 1582 et a une grande influence sur lui jusqu’en 1591. Il lui écrit assidument et l’associe à ses affaires. Pendant les guerres de la Ligue, elle vend tous ses bijoux et hypothèque ses biens pour lui envoyer 20 000 Gascons qu’elle enrôle à ses frais.

Gabrielle d’Estrées (1573-1599) rencontre Henri III d’Albret lors du siège de Paris en 1590. Il la comble de cadeaux, la fait marquise puis duchesse. Follement épris, il envisage de l’épouser mais le Pape s’y oppose. Elle meurt subitement en 1599. Elle est haïe par le peuple qui l’appelle la duchesse d’ordures à cause de ses nombreuses dépenses.

 

Le médiatique Henri III d’Albret

Echarpe et panache blancs
Écharpe et panache blancs

Henri III d’Albret se sert d’une intense propagande qu’il organise savamment pour accompagner tous les épisodes de sa conquête du pouvoir et de son règne.

Des pamphlets, des affiches, des livres illustrés, des dessins et des estampes sont réalisés et aussitôt envoyés dans tout le pays pour expliquer ses actions et dénigrer ses adversaires. Il réussit à se fabriquer une image contraire à celle que donnent de lui les Ligueurs.

Il utilise les symboles comme son panache blanc ou l’écharpe blanche qui deviennent la « marque » du roi. Dans les villes nouvellement conquises, les habitants organisent des fêtes de l’écharpe blanche.

Son portrait est largement diffusé afin que tout le monde reconnaisse le roi, ce qui tranche avec le passé quand peu de gens connaissaient le roi.

Henri III d’Albret à la conquête du trône de France

Henri III à la bataille d'Arques le 21 septembre 1589
Henri III à la bataille d’Arques en septembre 1589

Devant l’opposition de la Ligue et de plusieurs Parlements, Henri III d’Albret doit conquérir le trône et sa capitale. Les Espagnols envahissent la Provence et la Bretagne. Le duc de Savoie attaque en Provence.

Henri III d’Albret est victorieux à Arques en septembre 1589, à Ivry en mars 1590 et met le siège devant Paris. L’arrivée de renforts espagnols l’oblige à lever le siège.

Le 25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis. Ce n’est pas la première fois qu’il change de religion. Dès l’âge de 6 ans, il suit une formation calviniste pendant deux ans et demi, renoue avec le catholicisme sous les injonctions de son père pour 7 mois, revient au calvinisme pour dix ans à sa mort, puis catholique pour 4 ans le jour de la Saint-Barthélemy, calviniste pour 17 ans lors de son retour en Béarn.

25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis
25 juillet 1593, Henri III d’Albret se convertit au catholicisme à Saint-Denis

Maris de Médicis et Louis XIII en 1603
Maris de Médicis et Louis XIII en 1603

Le 27 février 1594, il est couronné roi sous le nom de Henri IV et entre dans Paris le 22 mars. Son mariage avec Marguerite de Valois est annulé en 1599 et il épouse Marie de Médicis le 17 décembre 1600. Le futur Louis XIII nait de cette union le 27 septembre 1601.

Après avoir échappé à plusieurs attentats, le roi est assassiné rue de la Ferronnerie à Paris le 4 mai 1610. Il meurt dans les bras du duc d’Épernon.

Le duc d'Epernon est présent alors de l'assassinat d' Henri IV
L’assassinat d’Henri IV

 Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle (1990)

Références

Henri IV, Jean-Pierre BABELON, éditions Fayard, 1982.




Lâchez les taureaux ! Une tradition ancienne

Les courses de taureaux sont anciennes en Gascogne et font partie de son patrimoine culturel. Très populaires et source de désordres et d’excès, le pouvoir royal et ses représentants tentèrent vainement de les interdire.

Les courses de taureaux, une tradition populaire ancienne

Les courses de taureaux (ou de vaches) se pratiquaient dans la rue. Il s’agissait d’animaux destinés aux boucheries que l’on faisait courir. Les plus téméraires essayaient de piquer l’animal avec un aiguillon. Ils sautaient par dessus avec une perche. Ils tentaient d’esquiver la charge ou de la détourner en prenant les cornes et en s’écartant sur le côté.

Taureaux- bergers landais et vaches marinas
Bergers landais et leurs vaches marines

Le marquage des marines, vaches sauvages qui paissaient dans les dunes, donnait lieu chaque année à des courses. Elles attiraient un public nombreux. Là aussi, les plus téméraires défiaient les cornes pour attraper les vaches et les marquer.

 

Course de taureaux à Bazas
Course de taureaux sur la grand place de Bazas (33)

Très populaires, les courses de taureaux donnaient lieu à des accidents et à des débordements. Aussi, les autorités voulurent les interdire comme à Bayonne en 1289. Mais sans succès, tant la résistance du peuple fut grande.

A partir du XVIe siècle, nous avons de nombreux témoignages de courses de taureaux. Elles étaient organisées pour les fêtes patronales ou ou elle étaient improvisées le jour de l’envoi des bêtes à l’abattoir. Parfois on volait une bête à un boucher pour la faire courir, comme à Nogaro en 1751.

Le 29 août 1561, des courses de taureaux furent même données à Saint-Germain en Laye, dans une enceinte fermée, en l’honneur de Jeanne d’Albret et de son fils.

Les courses de taureaux dans la littérature

Pierre de Saint-Gemme – le Grand Roy amoureux (1603)

Pierre de Sainte-Gemme a publié à Lyon en 1603 Le grand roy amoureux, ouvrage dans lequel il fait raconter en gascon une course de taureaux à Saint-Sever par un des personnages :

Desia lou deputat Cosse abé aberte l’estable au furious Tau, louquau lous hills de la bile dab mille auts estrangés (que benguts à la heste s’eren dab’ets mesclats) comencaoüen a boulé dab las aguillades enhissa. Desia lou aben estonnat lous grits, la buts e lous chiulemens d’au pople. Qui lou costat l’i piqui, qui lou hé abansa, qui l’i hé sentit à la piquade d’au fron qu’un aguillonet a au cap de la late, qui huitch audaüan d’et, qui ba darré, qui lou deche courre à un aut & puch li da de l’aguillou, qui hé dab et à la barre panade.

A qui cou lou pople, aquet gaigne un aubre, l’aut dab lou capet pausat a bout de l’aguillade li hé la magaigne per l’amusa, assi courren touts per hè scapa à un que l’animau a estenut dab la corne, a la risen per bezé lou roumatge & lou pan d’au pabre d’auquau la besti a romput las causses chets l’offensa, & qu’est aut abandonade la late huithc.

Mont de Marsan - Place Saint Roch (début 19è)
Mont de Marsan – Place Saint Roch (début 19è) (1 sur 1)

Dejà, lo deputat Còsse avè aubèrt l’establa au furiós taur, lo quau los hilhs de la vila dab mila autes estrangèrs (que venguts a la hèsta s’èran dab eths mesclats) comencavan a voler dab las agulhadas hissar. Dejà lo avèn estonat los crits, la votz [los esclaquerats de votz], los shiulets deu pòple. Qui lo costat lo pica qui lo hè avançar, qui lo hè sentir a la picada deu front qu’un agulhonet a au cap de la lata, qui hug au davant d’eth, qui va darrèr, qui lo dèisha córrer [de cap] a un aute e puish li da de l’agulhon, qui hè dab eth a la barra panada. 

A qui cort lo pòple. Aqueth ganha un aubre, l’aute dab lo capèth pausat au bout de l’agulhada li hè minganas per l’amusar. Assi córren tots per hè escapar a un que l’animau a estenut dab la còrnaE. E la rísen per véser lo hormatge e lo pan deu praube deu quau la bèsti a romput las caussas chens lo herrir, e ‘queste aute abandonat la lata hug.

Déjà, le député Cosse avait ouvert l’étable au taureau furieux que les jeunes gens de la ville. Mille étrangers (qui, venus à la fête, s’étaient mêlés à eux) commencèrent à vouloir piquer avec des aiguillades. Déjà, les cris, les éclats de voix, les sifflements du public avaient effrayé l’animal. Qui lui pique le côté, qui le fait avancer, qui lui fait sentir en le piquant au front le petit aiguillon au bout de la gaule. Qui fuit devant lui, qui va derrière, qui le laisse courir vers un autre puis lui donne de l’aiguillon, qui joue avec lui au furet.

On court vers le taureau. Celui-ci gagne un arbre, cet autre avec son chapeau au bout de l’aiguillon fait des grimaces pour l’amuser. Tous se précipitent pour délivrer celui-là que l’animal a étendu d’un coup de corne. Et l’on rit pour voir le fromage et le pain du pauvre à qui la bête a déchiré les chausses sans le blesser. Et cet autre qui fuit en abandonnant sa gaule.

Les autorités tentent d’interdire les courses de taureaux

Chapelle Notre-Dame de la Course Landaise à Bascons
Chapelle Notre-Dame de la Course Landaise à Bascons

L’Église était fermement opposée aux courses de taureaux. À la suite d’une Bulle papale de Pie V, l’évêque d’Aire voulut interdire les courses dans son diocèse en 1634 et 1641 ; Il est vrai qu’une bête était entrée dans l’église de Saint-Sever pendant un office religieux !

À Aire, en 1773, il fallut recourir à la force armée pour protéger le chanoine et le jurat qui voulaient interdire les courses de taureaux dans la ville.

Toutes les tentatives de suppression se heurtaient à l’opposition du peuple. Malgré les interdictions répétées, les courses de taureaux se tenaient dans toute la Gascogne.

Arènes de Gabarret
Arènes de Gabarret (40)

Finalement, une ordonnance royale du 16 février 1757 autorisa les courses de taureaux en dehors des villes et dans des lieux clos de barrières. La condition était que les consuls et jurats en donnent l’autorisation.

Malgré cette ordonnance, les gouverneurs de Guyenne tentèrent vainement de les interdire.  Le Maréchal de Richelieu en 1766, le duc de Mouchy en 1782.

Le préfet des Landes interdit les courses de taureaux par deux arrêtés de l’an IX. Sans succès, car il dut les rapporter quelques mois plus tard. En 1808, le préfet du Gers prit un arrêté d’interdiction d’une course de taureaux à Plaisance. La raison: les désordres provoqués par son organisation. Elle eut quand même lieu.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle.

Références

Articles dans le Bulletin de la Société des lettres et sciences des Landes, le Bulletin de la société de Borda et la Revue de Gascogne.
Le grand roy amoureux, Pierre de Sainte-Gemme




Les colères de la Garonne, ce long fleuve tranquille

La Garonne, Era Garona, fleuve mystérieux, à la source longtemps inconnue, et dont les crues sont aussi bouillonnantes que les Gascons qui vivent sur ses rives !

Moi mon Océan
C’est une Garonne
Qui s’écoule comme
Un tapis roulant

Les paroles de la chanson de Claude Nougaro (1929-2004) s’appliquent bien à l’amour des Gascons pour ce fleuve tranquille qui connait parfois des accès de colère.

La Garonne est un fleuve gascon

La Garonne à Bosost (Val d'Aran)
La Garonne à Bosost (Val d’Aran)

Longue de 647 km, la Garonne prend sa source au val d’Aran, s’étire à travers la Haute-Garonne, le Tarn-et-Garonne et le Lot-et-Garonne, avant de se mélanger avec la Dordogne au Bec d’Ambès pour devenir la Gironde et se jeter dans l’Océan.

Elle traverse des plaines et des coteaux fertiles riches en fruits et légumes qu’elle nourrit de ses alluvions déposées par ses crues régulières.

La Garonne et l’Hôpital de la Grave à Toulouse

La Garonne a un régime torrentiel jusqu’à Toulouse qui s’atténue après l’embouchure du Tarn. En hiver, les crues sont provoquées par des pluies intenses sur tout le bassin. Au printemps, ce sont les pluies et la fonte des neiges. En automne, ce sont les orages sur la Gascogne.

le Pont de Pierre à Bordeaux
La Garonne et le Pont de Pierre à Bordeaux

 

Les crues de la Garonne

Inondations et crues de la Garonne (doc. SMEAG)
Caractéristiques des crues de la Garonne (doc. SMEAG)

Les crues de la Garonne sont régulières et parfois dévastatrices. Après la crue de 1196, le duc d’Aquitaine Henri II Plantagenêt (1133-1189) fait construire des digues de protection et exempte de tous droits ceux qui s’y emploient.

En 1777, la Garonne est en crue dans le Bordelais. Le curé de Bourdelle raconte : « Soit pour mémoire que le dix sept May de cette présente année que la Rivière de Garonne étant débordée pendant trois diverses fois a noyé et perdu totalement la Récolte de la parroisse de Bourdelles qui obligea les habitants a faucher les Bleds foins, et qu’il ne ramasser que quatre boisseaux moins deux picotins froment, neuf de Bled d’Espagne, et du tout de vin. »

D’autres crues importantes ont lieu en juin 1875, en mars 1930, en février 1952 et en décembre 1981.

Agen, la ville aux 150 inondations

En 580, l’historien Grégoire de Tours (538 ?-594) enregistre une inondation. Depuis, c’est 150 inondations qui ont été répertoriées ! Un record en France.

Inondation / crue de 1930 à Agen – Prison et rue de Strasbourg
Agen – Inondation de 1930 – Prison et rue de Strasbourg

En 1599, la crue centennale renverse une partie des murs d’Agen du côté l’église Sainte Hilaire. En 1604, une nouvelle crue centennale détruit quatre ponts, les murailles et de nombreuses maisons dans les quartiers exposés de Saint Georges et Saint Antoine.

Lo gran aigat lors des Rameaux de 1770 trouve son apogée après neuf jours de pluies et de vents. Les eaux de la Garonne grossissent et deviennent boueuses. Pendant trois jours, le fleuve déborde et ravage Toulouse, Moissac, Agen, Marmande. À Agen, l’aigat renverse le mur d’enceinte entre les portes Saint Antoine et Saint Georges. Les religieux et divers habitants arrivent à évacuer. Les flots charrient des arbres, des barriques, des charrettes, des animaux et des hommes surpris dans leurs maisons par la montée des eaux. Des radeaux sont construits à la hâte pour leur apporter des vivres et leur porter secours. Les dégâts s’élèvent à 20 millions de livres.

La grande crue de la Garonne de 1875

Toulouse - inondation / crue de la Garonne de 1875
Toulouse – Inondations de la Garonne de 1875  : Rue des Arcs St Cyprien / Pont Suspendu Saint-Michel / Jardin Raymond VI

La grande crue de la Garonne des 22, 23 et 24 juin 1875 reste dans toutes les mémoires comme l’une des plus dramatiques. C’est à Toulouse que les dégâts sont les plus importants.

La hauteur d’eau atteint 8,32 mètres au Pont Neuf. Le débit relevé est supérieur de 36 fois à la normale. Vers 1 heure de l’après-midi du 23 juin, le pont Saint-Pierre s’écroule. Vers 6 heures du soir, c’est celui de Saint-Michel.

Dans la nuit du 23 au 24 juin, la Garonne franchit le cours Dillon et submerge le quartier Saint-Cyprien. L’eau arrive au 1er étage des maisons qui commencent à s’écrouler, emportant avec elles ceux qui s’étaient réfugiés sur les toits.

Le niveau de la Garonne baisse pendant la nuit et les secours s’organisent. Les dons affluent. Les curieux aussi. Le conseil municipal vote en urgence un secours de 400 000 Francs.

On dénombre 209 morts qui sont enterrés au carré des noyés au cimetière de Terre-Cabade. La moitié des maisons sont emportées. Les autres abîmées doivent être détruites à la dynamite.

Que d’eau, que d’eau !

Le Maréchal de Mac Mahon visite Toulouse pour voir les déga^ts causés par les inondations de la Garonne (1875)
Patrice de Mac Mahon: « Que d’eau, que d’eau ! »

Le 26 juin, le Maréchal de Mac Mahon se rend à Toulouse pour voir les dégâts. Ne sachant que dire, il s’écrie « Que d’eau, que d’eau ! ». Le préfet lui répond : « Et encore, Monsieur le Président, vous n’en voyez que le dessus ! ».

La solidarité s’organise. Le conseil municipal vote un secours de 100 000 Francs. L’Assemblée Nationale vote un crédit de 2 Millions de Francs. Des dons affluent de partout. Même le Pape Pie X fait un don. Le journal La Dépêche ouvre une souscription dans ses bureaux.

Le quartier Saint-Cyprien est reconstruit après d’importants travaux de protection. Oui, l’inondation de 1875 reste encore dans toutes les mémoires…

Bordeaux à son tour noyée par la Garonne en 1883

Les inondations / crues de Bordeaux de février 1879
Les inondations de Bordeaux de février 1879

Les crues qui touchent la moyenne et la haute Garonne sont mieux connues que celles qui touchent Bordeaux. Les archives sont plus rares et la marée joue un rôle de vidange des crues qui occasionnent moins de dégâts à Bordeaux.

Pourtant, le 5 juin 1883, l’orage gronde sur Bordeaux. Des averses s’abattent sur Langon et la Réole en fin de matinée. En début d’après-midi, c’est le tour de Bordeaux et de Talence. Il tombe 64 mm d’eau en 1 heure 30.

Inondation de la Garonne à Langon en 1952
Les inondations de la Garonne à Langon en 1952

La rue Sainte-Catherine et les rues avoisinantes deviennent des torrents. Des rigoles de 20 cm se creusent sur les places Dauphine (place Gambetta aujourd’hui), du palais de justice et de Rohan. Les caves sont inondées dans l’enceinte du marché des Grands hommes.

Les rues sont dépavées, des verrières brisées et des bâtiments endommagés. Sur la route de Bayonne, entre le passage Cellier et l’impasse Conti, les plafonds et les cloisons intérieures de plusieurs maisons s’effondrent. Des toitures s’écroulent et des murs menacent de tomber.

La Garonne, sujet d’inspiration artistique ?

André Chénier (1762-1794)
André Chénier (1762-1794)

La Garonne est, finalement, assez peu chantée. André Chénier (1762-1794) cite L’indomptable Garonne aux vagues insensées, dans son poème À la France. Le poète suisse Jacques Herman (1948- ) écrira un poème entier La Garonne qui finit par ces vers :

On est encore loin
D’entendre retentir le nom
Du fleuve comme un cri
La Garonne
La Garonne
Quand elle aura quitté son lit

 

Le chansonnier limougeaud Gustave NADAUD (1820-1893) écrit une chanson Si la Garonne avait voulu qui termine ainsi :

Gustave NADAUD (1820-1893)
Gustave Nadaud (1820-1893)

Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Humilier les autres fleuves.
Seulement, pour faire ses preuves,
Elle arrondit son petit lot :
Ayant pris le Tarn et le Lot,
Elle confisqua la Dordogne.
La Garonne n’a pas voulu,
Lanturlu !
Quitter le pays de Gascogne.

Finalement, la Garonne est peut-être plus présente dans sa première partie, en Val d’Aran et Comminges. Ainsi, la poétesse saint-gaudinoise, Paulette Sarradet (1922-2015) écrit le poème « La Garonne » dans son recueil Dans le jardin des rimes.

Mossen Jusèp Condò i Sambeat (1867-1919)
Mossen Jusèp Condò i Sambeat (1867-1919)

Mossen Jusèp Condò i Sambeat (1867-1919) sera primé aux Jòcs Floraus dera Escòla des Pirenèus pour sa Cançon ara Garona. Longue chanson en aranais car dès 1912, Bernard Sarrieu l’amènera à écrire dans sa langue.

E tot en un còp me torni
fresca, fòrta e arroganta;

Un fleuve apaisé

Philippe Delerm
Philippe Delerm

Philippe Delerm (1950- ), originaire du Tarn-et-Garonne, consacre tout un livre, À Garonne. Il raconte ce fleuve dont la couleur des eaux a changé par les travaux qui ont forcé son apaisement, quand on a traîtreusement jugulé la vie de l’eau. Il se souvient d’aller à Garonne, c’est-à-dire Pas sur la rive, mais dans tout le royaume voué au fleuve.

Références

L’étymologie de la Garonne J-U Hubschmied, A. Dauzat, 1955
Agen la ville la plus inondée de France, 2015
La grande inondation de 1875,
E. Bresson. Fascicule vendu au profit des sinistrés.
Crue de la Garonne en 1875
La photo de tête est tirée d’une série de photos de Thierry Breton parue dans un article de Sud-Ouest du 12 décembre 2019 et intitulé « Lot-et-Garonne : la crue et les inondations vues du ciel »




François Lay, la cigale gasconne

On sait que pour faire carrière, les gascons doivent « monter à Paris ». On les retrouve dans l’administration, dans les sciences et les arts, dans l’armée et dans les affaires ; François Lay (1758-1831), la cigale gasconne, lui, connait un destin exceptionnel de chanteur lyrique.

Dans la série Les Gascons de renom avec Le duc d’Epernon, Max LinderPierre Latécoère,  Jean BourdetteJean-Baptiste Sénac,  Guillaume Saluste du BartasAntoine de NervèzeSans MitarraJacques LacommeAlexis PeyretMarcel AmontIgnace-Gaston PardiesAndré DaguinJean LabordeJoseph du Chesne.

L’enfance gasconne de François Lay

La chapelle de N-D de Garaison (65) où François Lai apprit la musique
La chapelle de N-D de Garaison (65) où François Lai apprit la musique

François Lay nait , le 14 février 1758, à La Barthe de Neste dans ce qui est aujourd’hui les Hautes-Pyrénées. Son père, Jacques, et sa mère, Jeannette Birabent, sont fermiers. Il est destiné à prendre la succession de son père mais il possède une voix qui le fait tout de suite remarquer par le curé du village.

En 1770, l’enfant a 12 ans. Deux chanoines de Notre-Dame-de-Garaison, en mission à l’église de La barthe de Neste, entendent sa voix particulièrement claire et pure. Ils décident de le prendre en pension. Les pères lui paient les études et le forment au chant.  À l’âge de 17 ans, il part étudier la philosophie et la rhétorique à Auch. La beauté de sa voix attire les curieux à la cathédrale. Il obtient une bourse pour étudier le droit à l’université de Toulouse.

Le dimanche de Pâques 1779, alors qu’il chante dans la cathédrale, l’intendant du Languedoc le remarque et l’envoie à Paris. Il n’a que 21 ans. C’est une aubaine pour la cigale gasconne qui n’est pas intéressée par une carrière religieuse.

François Lay connait la gloire à Paris

François Lay professeur de musique et chanteur lyrique
François Lay

S’il n’a pas un physique de jeune premier, on décrit François Lay comme un homme généreux, curieux, intelligent.  Il aime les plaisirs, l’égalité, est volontiers frondeur ou contestataire, refusant toute discipline.

En bon homme du sud, il accentue les paroles, ce qui lui vaut parfois des critiques ou d’être sifflé. Il compose, enseigne la musique, en particulier à la chanteuse Madame Chéron.

Le critique musical, Monsieur d’Aubers, souligne : Ce n’est donc pas une exagération que le titre de premier chanteur du monde que ses contemporains et, après eux, l’histoire, se sont plu à lui décerner. 

François Lay traverse les vicissitudes de son temps

Bertrand Barère (1755-1841)
Bertrand Barère (1755-1841)

Côté artistique, François Lay côtoie les grands de son époque. Il est par exemple ami du peintre Jean-Jacques David (1748-1825), le leader du mouvement néo-classique. Côté politique, il admire Jean-Jacques Rousseau, et embrasse les idées révolutionnaires. Son ami Bertrand Barère de Vieuzac, favorise son engagement. Il l’a rencontré lors de ses études à Toulouse, avant que celui-ci ne devienne, le 23 avril 1789, le premier député de Tarbes et joue un rôle éminent pendant la Révolution. François Lay chantera d’ailleurs admirablement La Marseillaise devant des sans-culottes. Dans les tourmentes de la Révolution, il est emprisonné pour avoir été chanteur au théâtre de la reine. Barère le fait libérer.

Un soir qu’il devait chanter une mélodie hollandaise, les députés bigourdans assis dans le public lui crient : Anem gojat, un pechic de patoès com s’èram a la lana de Capvèrn. [Allez jeune homme, une pincée de patois comme si on était dans la lande de Capvern]. La cigale gasconne chante immédiatement une mélodie du pays et est rappelé plusieurs fois par le public.

En 1793, François Lay fait un voyage en Gascogne. Bordeaux le reçoit mal car on le juge trop proche des Montagnards à l’Assemblée. Il doit s’enfuir sans même terminer son premier spectacle et en est blessé. L’accueil à La barthe et dans les Hautes-Pyrénées lui est plus favorable.

Sa proximité avec Barère lui vaut d’aller en prison brièvement. Il reconquiert la faveur du public et obtient celle de l’Empereur. Napoléon le juge incomparable et le nomme premier chanteur de la chapelle impériale. Le Gascon chante d’ailleurs lors de son sacre et à son second mariage.

Le sacre de Napoléon 1er
François Lay chante lors du sacre de Napoléon 1er le 18 mai 1804 (tableau de Jacques-Louis David)

La triste fin de François Lay

François Lay tombe dans l’oubli pendant la Restauration de 1814-1815 qui ne lui pardonne pas ses choix politiques antérieurs. Les royalistes lui interdisent l’Opéra de Paris. Alors, il devient professeur de musique au conservatoire de Paris, de 1822 à 1827, parfois sans solde.

Les conflits sur sa pension, des dettes, la mort de son fils, la maladie de sa femme et ses crises de goutte assombrissent la fin de sa vie. Il meurt à Ingrandes, sur les bords de la Loire, en 1831. La cigale gasconne s’est tue à jamais.

La Barthe de Neste lui a attribué une rue.

Serge Clos-Versailles

Le texte est en orthographe française de 1990 (nouvelle orthographe)

Références

François LAY dit Laÿs, La vie tourmentée d’un gascon à l’Opéra de Paris (1758-1831), Anne Quéruel, 2010
Biographie des hommes vivants, LA-OZ, Société de gens de lettres et de savants, tome 4e, 1818
François Lay, premier chanteur du monde, Paul Carrère, Société des études du Comminges, 1958
François Lay…, critique de Luc Daireaux, La cliothèque, 2010




Les calhavaris ou charivaris

Les calhavaris ou charivaris sont des manifestations bruyantes que les jeunes organisent pour donner une sérénade nocturne aux couples remariés ou aux amics de coishinèra (amants). On porte ainsi à la connaissance de tous les écarts à la morale. Ils donnent lieu parfois à des débordements et à des troubles à l’ordre public.

Quand donne-t-on un calhavari ?

Les motifs d’un calhavari sont nombreux : un remariage sur le tard, une grande différence d’âge entre les époux, un remariage hâtif, un mari battu par sa femme, un mari cocu, un couple sans enfants, une jeune fille qui est enceinte ou qui a éconduit un prétendant, un couple avaricieux qui évite d’inviter ses voisins, etc.

Charivari - Lithographie de Granville
Charivari – Lithographie de Granville

Le calhavari sert à dénoncer ceux qui ont enfreint les valeurs morales ou les coutumes de la communauté.

La nuit, ou plusieurs nuits en suivant, les « contrevenants » ont droit à un effroyable concert de tambours, de sifflets, de bruits de casseroles, d’injures, de cris et de chansons. On lance des cailloux sur la maison et parfois, on tire des coups de feu.

Ainsi les personnes qui entretiennent des relations adultères ont droit à un calhavari et parfois à une flocada. Elle consiste à semer des cailloux ou des feuilles entre les deux maisons pour faire un chemin, de préférence le samedi soir, pour que tous ceux qui se rendent à la messe du dimanche en soient les témoins.

Comment éviter le calhavari ?

Pour éviter le calhavari, le meilleur moyen est d’ouvrir sa porte et de s’acquitter d’une somme d‘argent, de bonnes bouteilles ou de victuailles selon les exigences des tapageurs.

Charivari - Asouade dans les Landes - L'Illustration 1847
Asouade dans les Landes – L’Illustration 1847

La fixation du montant à verser provoque parfois des désaccords entre les organisateurs du calhavari. Le partage engendre des bagarres.

On peut aussi éviter le calhavari en acceptant l’asoada. Les conjoints montés sur un âne, la femme dans le bon sens et l’homme à l’envers tenant la queue de l’âne, se promènent dans le village sous les huées.

Lorsqu’ils refusent l’asoada, on les remplace par un voisin revêtu d’habits de femme, et installé à l’envers sur l’âne. Le cortège se promène dans tout le village et fait souvent halte devant la maison du mari.

Les autorités interdisent les calhavaris

Lo calhaouari par Ernest Gabard (1879 - 1957)
Lo calhavari par Ernest Gabard (1879 – 1957)

Les autorités n’approuvent pas les calhavaris. Elles les jugent contraires aux bonnes mœurs et entrainant des extorsions de fonds. Des conciles frappent d’anathème ceux qui y participent.

Le Parlement de Toulouse rend des arrêts interdisant les calhavaris en 1537, en 1542, en 1551, en 1645, et en 1649. En 1762, il prend un nouvel arrêt ordonnant que ses précédents arrêts concernant les charivaris seront exécutés. Rien n’y fait.

Lo seguissi
Lo seguissi par Ernest Gabard (1879 – 1957)

Les autorités locales chargées de la police sont plus complaisantes. On arrête les coupables et on les condamne à des amendes et au remboursement des sommes demandées lors du calhavari.

En 1762, un calhavari a lieu à Saint-Gaudens, suite à une dispute entre un mari et sa femme. Le Procureur général ordonne aux consuls de l’empêcher. Ceux-ci font publier un règlement interdisant les attroupements mais suspendent pendant deux jours les patrouilles de police dans la ville !

Il devient une arme politique

Le charivari, sous des rites plus ou moins différents, existe dans d’autres régions de France. Au début du XIXe siècle, il devient une arme politique redoutable.

Charivari - Caricature de Casimir Perrier
Caricature de Casimir-Pierre Perier

En 1830, une campagne de charivari est organisée contre les notables et les députés libéraux  ralliés à la politique d’ordre de Casimir-Pierre Perier (1777-1832).

Ils ont lieu pour des récompenses honorifiques jugées imméritées, en cas de faveur faite à un proche, en cas de corruption d’électeurs ou tout simplement parce qu’un vote à l’Assemblée Nationale déplait.

En 1833, d’Argout alors ministre de l’intérieur dit que c’est une atteinte à l’indépendance des Chambres et à la liberté des votes. On interdit le charivari, cet outil de l’expression populaire directe et on pourchasse les participants.

La pratique décline dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Le Charivari, le journal satirique

Le Charivari, N° zéro (novembre 1832)
Le Charivari, journal satirique n° zéro (novembre 1832)

C’est à ce moment que nait Le Charivari, le premier quotidien illustré satirique du monde, qui parait de fin 1832 à 1937. Son fondateur, le Lyonnais Charles Philipon (1800-1862) en fait un journal d’opposition républicaine à la Monarchie de Juillet.

Serge Clos-Versaille

Article en orthographe nouvelle (1990)

Références

Articles des Bulletins de la société de Borda, de l’Agenais et de la société historique et archéologique du Gers
Charivaris en Gascogne. La morale de peuple du XVIe au XIXe siècles, Christian Desplat, Bibliothèque Berger Levrault.
Le charivari politique : un rite de surveillance civique dans les années 1830, Emmanuel Fureix




Ils aiment la ville de Pau et le disent

L’Escòla Gaston Febus, qui fut fondée à Pau en 1896, rend hommage à la capitale du Béarn dans sa dernière revue Reclams. Pau a attiré l’attention bien des fois. La cour de Navarre a protégé les lettrés au XVIe siècle. Le thermalisme l’a mis à la mode. Les Anglais lui ont trouvé du charme…

Pau, capitale intellectuelle

Marguerite de Navarre par Jean Clouet
Marguerite de Navarre (1492-1549) par Jean Clouet

Au Moyen-Âge, Pau est peu importante. Il faudra attendre 1464 pour qu’elle devienne capitale du Béarn. Henri II d’Albret (1503-1555), roi de Navarre, né à Sangüesa, du côté de Pampelune, épouse la Marguerite des Marguerites, sœur de François 1er, née à Angoulême. Une aubaine pour le royaume car la dame, outre son influence politique, est une protectrice des lettres. Pourtant, plus que Pau, elle aimait surtout Mont-de-Marsan où elle composera l’Heptaméron, un recueil de nouvelles réparties sur sept jours.

Guillaume Saluste du Bartas
Guillaume Saluste du Bartas

Leur fille, Jeanne d’Albret, va faire de la cour de Navarre un lieu prisé des lettrés.

Tout le XVIe siècle, les lettrés, les poètes de Gascogne, en particulier de l’Armagnac, les Pey ou Joan de Garros, le Saluste du Bartas… vont fréquenter la Cour de Navarre où ils pourront publier et être lus dans leur langue.

Les Anglais sont sous le charme de Pau

Le Marquis de Wellington, par Francisco Goya
Le Marquis de Wellington, par Francisco Goya

Le 27 février 1814, le maréchal Soult commande l’armée française qui affronte, près d’Orthez, les soldats anglais et portugais dirigés par le marquis de Wellington (1769-1852). Bataille de la guerre d’indépendance espagnole repoussant la France napoléonienne. L’une des brigades, avec ses 700 cavaliers et 4 000 hommes, entre dans Pau. Ils sont accueillis comme des libérateurs et les Palois installent à l’entrée de la ville, route de Bayonne, de beaux arcs de triomphe garnis de fleurs.

Grammar & Vocubulary of the Language of Bearn
Roger Gordon Molyneux – Grammar & Vocubulary of the Language of Bearn (Editions des régionalismes – 2003)

 

Les Anglais découvrent la capitale béarnaise et s’en entichent. Ils y laisseront une marque profonde. La ville leur construit un funiculaire pour aller de la gare au boulevard des Pyrénées. Pour que les Gentlemen et les Ladies discutent avec les autochtones, un Grammar & Vocabulary of the language of Bearn, traduction des travaux de Vastin Lespy, voit le jour. On apprend ainsi qu’une Lady (dame) est une dauna, a foolish fellow (idiot) est un guirolh et a camomile (camomille) ua matronièra. Des précisions encore plus intéressantes sont citées. Par exemple gahar : to seize, take, from Celtic root same as our word gaff for salmon (gahar : saisir, prendre, de racine celtique comme notre mot gaffe pour le saumon).

La gazette béarnaise, journal littéraire et mondain de Pau hivernal dirigé par Jules Le Teurtrois, publie la liste complète des étrangers entre 1889-1915.

La plus belle vue du monde

Anne Lister réalise la première ascension officielle du Vignemale (3 298 m)
Anne Lister réalise la première ascension officielle du Vignemale en 1838 (3 298 m)

Au XIXe siècle, ce sont les écrivains français, les fortunés qui viennent prendre les eaux, ou les aventuriers de la montagne qui viennent explorer les Pyrénées. Parmi eux, le géologue alsacien Ramond de Carbonnières, le botaniste suisse Augustin Pyramus de Candolle, le topographe du Lot-et-Garonne Vincent Chaussenque ou la téméraire anglaise Anne Lister.

En 1824, le capitaine Alfred de Vigny (1797-1863) est envoyé à Pau. Il est séduit et déclarera : Les Pyrénées sont les plus belles montagnes de la terre. Il y écrit Le Cor : J’aime le son du Cor, le soir, au fond des bois… ainsi que les plus belles pages de son roman Cinq-Mars. Et surtout, il y rencontre Miss Lydia de Bunbury. Son père ne voit pas d’un bon œil un si modeste parti. Mais lors d’un repas organisé par un ami du poète, Sir Bunbury, ayant abusé du Jurançon, accorde devant les invités la main de sa fille.

En 1840, Alphonse de Lamartine (1790-1869) vient, comme bien d’autres, soigner ses rhumatismes. On lui attribue cette phrase : Pau est la plus belle vue de terre comme Naples est la plus belle vue de mer.

Francis Jammes (1868-1938), né à Tournay, aime particulièrement contempler les montagnes depuis le Boulevard des Pyrénées. Lui aussi rencontre à Pau le 18 août 1907 celle qui deviendra son épouse, Ginette Goedorp.  Il la rencontre chez sa grand’tante Aménaïde Lajusan, 6 rue Marca.

La ville de Pau, Francis Jammes

Françis Jammes, poète des Pyrénées

Elle ouvre l’éventail d’azur des Pyrénées
Sur les coteaux du gave aux villas fortunées.
Son boulevard, balcon ou s’attarde l’été,
Où l’hiver ne connaît que la sérénité,
Ne cesse de fleurir d’Anglaises élégantes
Que suivent les grands chiens et de lords qui se gantent.
Sur la place, un naïf orchestre est endormi
Que la cigale en vain rappelle de son cri.

L’attachement à Pau

Le poète agenois Jacques Boé dit Jasmin écrit en 1840 alors qu’il quitte Pau :

Adiou… Parti douma, zou cal, mais podes creyre,
Qué quand te quitteray me coustaras de plous;
Adiou… Per may lou ten té beyre,
M’en anerey de recouous.
Adieu… je pars demain, je dois, mais tu peux croire,
Que te quitter me coutera des pleurs;
Adieu… Pour mieux te garder en mémoire,
Je m’en irai à reculons.

Beth Ceu de Pau

À la fin du siècle, Charles Darrichon, l’obscur employé de Pierre Louis Tourasse (1816-1882), se sentant mourant, écrit Lo bèth cèu de Pau, qui deviendra la chanson de Pau :

Moun Diü, moun Diü, déchat me béde encouère
Lou ceü de Paü, lou ceü de Paü.

Mon Diu, mon Diu, deishatz me véder enqüèra
Lo cèu de Pau, lo cèu de Pau.

Mon Dieu, mon Dieu, laissez-moi voir encore
Le ciel de Pau, le ciel de Pau.

Des « étrangers » renommés

Pierre Tucoo-Chala - Gaston Febus, Prince des Pyrénées
Pierre Tucoo-Chala – Gaston Febus, Prince des Pyrénées

Le Bordelais Pierre Tucoo-Chala (1924-2015) sera président de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau et de l’Académie du Béarn. Il est surtout un des plus grands spécialistes de l’histoire du Béarn. Il reste la référence absolue de Gaston de Foix, dit Febus.

Certes Geneviève Immè (1929-2012) est une Parisienne. Elle s’installe à Pau comme enseignante, s’y plait et y restera jusqu’à sa mort. Passionnée de latin, elle écrit une bonne vingtaine de livres dans cette langue sous le nom de Geneviève Métais (nom de son premier mari).  Elle reçoit la médaille d’argent du prix Théophile Gautier, pour son voyage d’amour, Amatoria periegesis.

Le loup en slip
Paul Cauuet et Wilfrid Lupano – Le loup en slip

Wilfrid Lupano, né en 1971 à Nantes, revient s’installer à Pau où il a passé son enfance. L’auteur de Le Loup en slip est primé au festival d’Angoulême. Il fonde avec deux amis The Ink Link, association de professionnels de la BD qui accompagne d’autres associations ou institutions humanitaires, sociales ou environnementales.

La revue Reclams Spécial Pau

Bilingue gascon-français, cette revue explore des aspects moins connus de Pau, comme la triste origine de la célèbre chanson Lo bèth cèu de Pau. Connaissez-vous le quartier T comme Triangle ? Joan Breç Brana vous en rappelle sa vie bouillonnante. Très différent, Maurice Romieu vous entraine sur les pas de Jean-Baptiste Bernadotte d’Örebro en Suède à Pau.

Et, pour la partie littéraire, vous lirez des extraits de textes sur Pau ou vous découvrirez des nouvelles inédites. Jean-Luc Landi, par exemple, propose le premier chapitre d’une nouvelle enlevée comme il en a le secret, 1987-Carnavaladas a Pau-2027 / 1987-Mascarades à Pau-2027 (texte en lecture libre sur le site de l’éditeur). Enfin Domenja Lekuona a dégoté une bonne quarantaine d’associations paloises autour de la langue régionale qu’elle livre dans son Planète web paloise.

Enfin, côté illustration, le photographe Manuel Baena vous propose son regard sur les rues de la ville.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Mémoires et poésies de Jeanne d’Albret
Francis Jammes,
Villas anglaise à Pau,
Roger Grenier, 1991
Grammar & Vocabulary of the language of Bearn,
Roger Gordon Molyneux, 2002
1987-Carnavaladas a Pau-2027 (Mascarades à Pau), Jean-Luc Landi, 2019
Reclams Spécial Pau, décembre 2019