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Quand les Gascons émigraient en Espagne

Les Pyrénées n’ont jamais constitué une frontière pour les habitants des deux versants. Bien sûr les échanges commerciaux sont nombreux. Moins connus, les échanges de population le sont tout autant. En particulier, les Gascons émigrent en Espagne à l’occasion des guerres ou pour fuir la misère.

L’émigration vers l’Aragon

L'uniob des royaumes de Pampelune et d'Aragon et la Reconquista de la Vallée de l'Ebre (1076-1134)
L’union des royaumes de Pampelune et d’Aragon et la Reconquista de la Vallée de l’Ebre (1076-1134)

L’émigration vers l’Aragon remonte au début de la Reconquista.

Déjà, au XIe siècle, les souverains d’Aragon tissent des liens matrimoniaux avec des familles de Gascogne. En 1036, Ramire I d’Aragon épouse Ermesinde, fille de Roger-Bernard, comte de Foix et de Couserans et de Guarsinde, comtesse de Bigorre. En 1086, Pierre I d’Aragon épouse Agnès, fille du Duc d’Aquitaine.

Ce réseau d’alliance entraine l’intervention de chevaliers gascons dans les guerres contre les musulmans.

Alfonso 1er d'Aragon - portrait imaginaire par Pradilla (1879) - Quand les Gascons émigraient en Espagne
Alfonso 1er d’Aragon – portrait imaginaire par Pradilla (1879)

En échange de leurs services, ils reçoivent des terres.  Ainsi, Alphonse I d’Aragon donne Saragosse, Huesca et Uncastillo à Gaston IV de Béarn. De même, il donne Tarazona à Centulle de Bigorre, Belorado à Gassion de Soule. Puis les autres seigneurs reçoivent des terres dans les régions reconquises.

Pour repeupler les zones acquises, les rois d’Aragon s’efforcent d’attirer de nouvelles populations par l’octroi de fors qui donnent des privilèges. En conséquence, en 1063, Jaca est peuplée de Gascons.

Les autres royaumes cherchent aussi à attirer une nouvelle population. L’évêque de Pampelune favorise l’arrivée des Gascons. D’ailleurs, en 1129, les Gascons fondent le faubourg Saint-Sernin de Pampelune.

Une nouvelle vague d’émigration au XVIe et XVIIe siècles

L’occupation de la Cerdagne et du Roussillon par les troupes du Roi de France (1463-1493) attire de nombreux Gascons qui s’installent en Catalogne. Vite, en 1542, ils y sont près de 7 000.

En suivant, la période de 1590 à 1620 est une grande période d’émigration vers l’Espagne. Elle est provoquée par les guerres de religion. L’essor démographique en France et les disettes y contribuent aussi largement.

En 1667, Louis de Froidour voit en haut-Couserans « une quantité si considérable de monde en un si petit pays » qui, dans certaines zones « ne recueille pas la douze ou la quinzième partie du blé qu’il faut pour la nourriture des habitants ». L’évêché de Rieux est victime de quatre années consécutives de grêle entre 1689 et 1693. Alors, les habitants s’en vont.

Lors du recensement des Français résidant en Catalogne de 1637, 53,4 % viennent des évêchés pyrénéens. Plus précisément, 95 viennent de celui de Tarbes, 454 de celui du Comminges, 186 de celui de Rieux, 98 de celui de Pamiers, 194 de celui de Mirepoix et 59 de celui d’Alet. On le voit, c’est surtout la zone du piémont qui est concernée. Par exemple, dans la plaine de Rivière, 16 habitants viennent de Saint-Gaudens, 16 d’Arnaud-Guilhem, 21 de Labarthe-Inard, 15 de Beauchalot, 24 de Landorthe, etc.

Le mouvement est aussi important en Navarre et en Aragon. En 1577, on compte que les Français représentent 20 % de la population.

De même, sur les 757 immigrants français de Barbastro, on connait l’origine de 362 d’entre eux. Ils sont essentiellement des diocèses de Comminges, Tarbes, Oloron et Auch.

La bataille de Montjuic (1641) - Les Catalans unis à la France contre l'Epagne
La bataille de Montjuic (1641)

Pourtant, à partir de 1620, le climat des relations franco-espagnoles conduit à un ralentissement des migrations définitives. Le 7le Pacte de Céret signe une alliance entre le Royaume de France et la Catalogne. La France s’engage à défendre le Principat de Catalogne. Le 23 janvier 1641, Louis XIII de France devient comte de Barcelone. La bataille de Montjuïc, le , voit la victoire des Franco-Catalans sur les Espagnols. La Catalogne restera française jusqu’en 1652.

Précarité de la condition d’étranger en Espagne

L’intégration est une réussite et les émigrants se marient sur place. Les registres paroissiaux de Barbastro montrent qu’entre 1611 et 1620, 10,6 % des mariages sont français ; 13,4 % entre 1631 et 1644 ; 7,7 % entre 1651 et 1660 ; 9,3 % entre 1661 et 1670 ; 10,2 % entre 1691 et 1700.

Quand les gascons émigraient en Espagne pour les travaux des champs
Quand les gascons émigraient en Espagne pour les travaux des champs

En Catalogne, ils sont agriculteurs et bergers en majorité. 29 % sont artisans, fabricants de peignes, forgerons… À Barbastro, 30 % sont dans le textile, 20 % dans les métiers de la terre. On trouve des forgerons, des verriers, des fabricants de peignes, ainsi que deux bourreaux !

Pourtant, la condition d’étranger n’est pas facile. Par exemple, en 1568, l’Aragon interdit aux Gascons d’enseigner ou d’exercer des fonctions cléricales. En 1626, l’évêque d’Urgell expulse de son diocèse tous les clercs français. De même, en 1678, les Cortès d’Aragon interdisent aux Français de tenir boutique sans être mariés et domiciliés dans le royaume.

Les étrangers sont appelés Gavachos. On leur applique le « droit de marque » qui donne à un particulier l’autorisation de se faire justice lui-même en saisissant les biens d’un étranger venant d’une région avec laquelle il a un différend (saisie de bétail ou autres biens). Le « droit d’aubaine » est l’interdiction faite aux étrangers de disposer de leurs biens par testament. Ainsi leur héritage revient au seigneur ou au roi, s’ils n’ont pas d’enfants français. À chaque guerre, les biens des étrangers sont confisqués et les plus suspects expulsés.

Des émigrations définitives aux migrations saisonnières

Les autorités espagnoles acceptent l’émigration définitive et luttent contre les migrations temporaires qui provoquent l’évasion monétaire.

De leur côté, les autorités françaises luttent contre l’émigration définitive qui appauvrit le royaume et favorisent l’émigration temporaire qui ramène des devises. En 1699, Richelieu prend un édit contre les expatriés qui ne reviendraient pas en France au bout de 6 mois et qui seraient alors réputés étrangers.

En tous cas, à partir de 1620, l’émigration définitive ralentit au profit de l’émigration saisonnière.

Ces migrations saisonnières rythment la vie des villages qui se vident parfois entièrement pour quelques mois. L’activité repose alors sur les femmes, les vieillards et les enfants. Pierre Sanquez de Boussan, près d’Aurignac, fait le voyage saisonnier pendant 30 ans !

Mémoire du Pays et des Etats de Bigorre de Louis de Froidour - son opinion sur les Gascons émigrant en Espagne
Mémoire du Pays et des Etats de Bigorre de Louis de Froidour

Les départs massifs dans certains villages se fondent sur des solidarités. Les migrants vont dans des lieux ou des « Pays » sont déjà installés. Ils partent en groupe pour se protéger des bandits et des pillards sur le chemin.

Les saisonniers s’emploient surtout dans l’agriculture et l’élevage. En 1667, Froidour dit « Tous les habitants de touttes nos vallées ne subsistent pas seullemnt par le commerce dont je vous ai tant parlé, mais ils profitent de la paresse et de la fetardise des Espagnols dont ils vont faire les moissons, les vendanges et les huilles ; passent en Espagne du temps de la récolte des grains ; retournent en France pour y faire la moisson qui est plus tardive ; repassent en Espagne pour les vendanges et retournent ensuite les faire en France. Mesme il y en a qui passent les hivers en Espagne et c’est cela particulièrement qui fait subsister ces pauvres gens de ces frontières ».

L’émigration des Gascons des vallées de montagne

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les migrations ne concernent plus la plaine mais les vallées de montagne. Elles sont fortes dans les cantons montagnards de l’arrondissement de Saint-Gaudens.

Chaque année, de 600 à 800 habitants des vallées d’Aure, de Barousse et de Campan passent en Aragon au début de l’hiver pour travailler aux huiles et ne reviennent qu’au printemps. Dans le haut Comminges, surtout dans le canton d’Aspet, ils sont charbonniers et rémouleurs. Ils vont jusqu’à Madrid et dans le sud de l’Espagne.

Contrebandier passant le port d'Oo - Fonds_Ancely - une activité pour les Gascons travaillant en Espagne
Contrebandier passant le port d’Oo – Fonds_Ancely

Les hommes partent. Parfois, ce sont des femmes mais leur salaire est inférieur.

Le change des monnaies entraine souvent la perte de la moitié des gains. Il vaut mieux faire des achats en Espagne, notamment de chevaux, et les passer en France au risque de se faire prendre et de tout perdre. C’est le début de la contrebande.

Les migrations s’entrecroisent. Des terrassiers du val d’Aran, de Venasque, de Ribagorza, du haut Pallars viennent travailler dans la plaine toulousaine et en Aquitaine pour les défrichements et le creusement des fossés.

Vers 1835, 2 000 Aranais viennent en France pour travailler la terre (la population est de 11 272 hab). Des femmes viennent ramasser le maïs et le chanvre.

Serge Clos-Versaille

Références

Les Pyrénées centrales du IX° au XIX° siècle. La formation progressive d’une frontière, Christian BONNET, Pyrégraph éditions, 1995.
Mémoire du pays et des Etats de Bigorre par Louis de Froidour, Jean Bourdette 1892, bibliothèque Escòla Gason Febus




Barère de Vieuzac, révolutionnaire et proscrit

Bertrand Barère de Vieuzac, plus connu sous le nom de Bertrand Barère, est un Gascon de Bigorre qui a joué un rôle majeur au cours de la Révolution française de 1789.

Un orateur et un rédacteur de talent

Bertrand Barère (1755 - 1841)
Bertrand Barère (1755-1841)

Bertrand Barère nait à Tarbes, le 10 septembre 1755. Son père était premier consul à Tarbes et président du Tiers aux Etats de Bigorre.

En 1770, il entame des études de droit et devient avocat au Parlement de Toulouse. Il se distingue par son éloquence qui lui vaut d’entrer à l’Académie de Montauban, à l’Académie des Jeux Floraux et à l’Académie des Sciences, des Inscriptions et des Belles Lettres de Toulouse. De même, il se distingue par des talents de rédaction.

Bertrand Barrère en est fier. En effet, il écrit dans ses Mémoires : « Que les modestes habitants de Paris qui n’estiment que les savants qui habitent leur ville et leur banlieue et qui croient qu’il n’y a pas d’autres Académies dans le monde que celles qui sont au bord de la Seine, me pardonnent d’avoir été membre de plusieurs Académies savantes dans les premières années de ma jeunesse ».

Barère devient Barère de Vieuzac

Son père veut accéder à la noblesse.  Aussi, il achète la seigneurie de Vieuzac, près d’Argelès-Gazost. Certes, elle est minuscule, n’a pas de château mais un moulin et quelques terres attachées à des droits seigneuriaux. Le voilà Bertrand Barère de Vieuzac.

En 1785, à Vic en Bigorre, il épouse Elisabeth de Monde. Elle a 13 ans et lui 30. Peu importe, la famille de Monde a une parenté prestigieuse. Le prince de Rohan-Rochefort, Lieutenant général des armées du roi, assiste à la cérémonie.

Le mariage n’est pas heureux et les époux se verront par intermittence, avant de se fâcher définitivement après l’exécution du roi.

Pour suivre un procès qu’a sa famille au Conseil d’Etat, il va à Paris en 1788 et rencontre Mirabeau, Condorcet, La Fayette et Brisseau. Mais son père meurt au début de 1789 et Bertrand Barère rentre à Tarbes.

Le Roi convoque les Etats Généraux. Bertrand Barère est élu député du Tiers par les Etats de Bigorre. Il « monte » à Paris.

Place Louis XV, aujourd'hui Place de la Concorde vers 1780
Place Louis XV, aujourd’hui Place de la Concorde vers 1780

Barère, député à l’assemblée Constituante

Bertrand Barère crée le journal Le Point du jour, dans lequel il rend compte des débats de la veille à l’Assemblée Constituante et des décrets qu’on y prend. Il fréquente les salons où son esprit séduit Madame de Genlis qui écrit : « C’est le seul homme que j’aie vu arriver du fond de sa province avec un ton et des manières qui n’auraient jamais été déplacées dans le grand monde et à la cour ».

Après la nuit du 4 aout, il écrit à ses électeurs bigourdans pour leur annoncer qu’il abandonne ses droits seigneuriaux et fait don à la Nation de sa charge de Conseiller à la Sénéchaussée de Bigorre.

À l’Assemblée Constituante, il se fait remarquer par ses propositions de réforme des institutions. En particulier, il fait adopter la restitution des biens confisqués aux protestants depuis la révocation de l’édit de Nantes, se bat pour l’égalité des hommes de couleur et des blancs dans les colonies.

Barère et le puzzle du département des Hautes-Pyrénées
Barère, les Provinces et le puzzle du département des Hautes-Pyrénées

Il se bat aussi pour la création du département des Hautes-Pyrénées avec Tarbes comme chef-lieu. « Si ce pays, la Bigorre, est trop petit pour former un département, il convient de l’agrandir. Mais il serait très inique de n’en faire que des districts dépendant d’une ville étrangère ; ce serait un meurtre politique que de faire de Tarbes le misérable chef-lieu d’un district ».

Et il n’oublie pas ses compatriotes. Il obtient un crédit de 300 000 livres pour la réparation des routes endommagées par la crue des Gaves, et 30 000 livres pour les pauvres du département.

Barère s’éloigne des modérés

Robespierre
Robespierre

Après la fuite et l’arrestation du Roi à Varennes, Bertrand Barère se détache des modérés qui veulent une monarchie constitutionnelle. Entre autres il disait que « La République ne convient pas mieux aux Français que le gouvernement anglais aux Ottomans ». Finalement, il rejoint Robespierre.

Le 2 septembre 1792, les Hauts-Pyrénéens l’élisent député à la Convention. Partagé entre la Plaine (modérés) et la Montagne (radicaux), Bertrand Barère hésite. Marat dit de lui : « Barère est l’un des hommes les plus dangereux, un politique fin et rusé, habitué à nager entre deux eaux et à faire échouer toutes les mesures révolutionnaires par l’opium du modérantisme ».

Il est élu au Comité chargé de rédiger la nouvelle constitution et préside la Convention lors du procès du Roi. Devant le danger d’invasion, on crée le Comité de salut public. Barère en devient membre et le rapporteur. Robespierre dit : « Barère sait tout, connait tout, est propre à tout ».

Jacques-Louis David - Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789
Jacques-Louis David – Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789  (Barère est assis, à gauche du groupe central, une feuille sur les genoux)

Barère  et le Comité de salut public

Joseph Barra - Il nourrissoit sa mère et il mourut pour la Patrie
Joseph Barra. « Il nourrissoit sa mère et il mourut pour la Patrie« .

Les discours et les comptes-rendus de Bertrand Barère sont attendus. Michelet dit que « C’est un incomparable menteur pour atténuer les défaites, créer des armées possibles, prophétiser des victoires ».

Bertrand Barère obtient un prodigieux succès avec ses discours sur la mort du petit tambour Barra, tué à 14 ans par les Vendéens et mort en criant « Vive la République ! » et sur le Vengeur du Peuple, ce navire coulé par les Anglais au large de Brest alors qu’il protégeait des navires ramenant du blé d’Amérique. La IIIe République en fera des héros et fera entrer l’orateur dans les manuels d’histoire.

Bertrand Barère est l’inspirateur de la Terreur. Il fait décréter qu’on devra exécuter les prisonniers anglais. Le décret ne sera pas appliqué. Il est à l’origine de la mort de Marie-Antoinette, de la profanation des tombes des rois à Saint-Denis, du massacre des Lyonnais révoltés. Le Général de Rochambeau dit qu’avec « son penchant pour la cruauté, Barrère signa plus de vingt mille arrêts de mort ».

La fin de l’Anacréon de la guillotine

Barère - Départ pour la Guyane
Le départ pour la Guyane

Robespierre tombe le 9 thermidor. Barère est mis en accusation et condamné à la déportation en Guyane avec Collot et Billaud-Varenne. Emprisonnés à l’ile d’Oléron, ses deux compagnons partent pour la Guyane mais le bateau de Barère n‘est pas encore prêt. Le député Boursault dit que « c’est la première fois que Barère néglige le vent ».

On enferme Bertrand Barère à Saintes dans l’attente d’un second procès. La déportation se voit confirmée mais il s’évade avec la complicité de son secrétaire Demerville, natif de Séméac en Bigorre.

Pendant plus de deux ans, il se cache à Bordeaux chez des amis et chez son cousin, Hector Barère, qui est commissaire de la Marine à Bordeaux. Sur le point d’être découvert, il s’enfuit à Paris, toujours avec la complicité de Demerville, et se cache à Saint-Ouen.

Après le coup d’état du 18 brumaire, Bonaparte décide d’une amnistie générale. Bertrand Barère peut rentrer à Tarbes. Sa femme le rejette et les Hauts-Pyrénéens l’accueillent fraichement. Trois mois plus tard, il repart à Paris.

Barère sous l’Empire et la Restauration

Barère propose des services à Bonaparte qui ne lui confie qu’une mission de rédaction d’un rapport hebdomadaire sur l’état de l’opinion publique. Le secrétaire de Napoléon écrit dans ses Mémoires : « L’Empereur cherchait de quelle manière il pourrait se servir de cet homme que son nom tristement fameux écartait de toutes les fonctions publiques. Il l’avait autorisé à lui adresser des actes périodiques sur des objets de politique intérieure et sur l’état de l’esprit public. Enfin l’idée lui vint de le charger de la rédaction d’un journal. Il fit les frais d’une feuille qui prit le titre significatif de Mémorial anti-britannique. Cette feuille n’eut pas de succès. L’empereur fut mécontent de la rédaction… Il cesse de s’intéresser à un homme pour lequel il ne pouvait avoir d’estime ».

Portrait et 1ère pages des Mémoires de Barère parues en 1842
Portrait et page de couverture des Mémoires de Barère parues en 1842

En février 1814, Bertrand Barère repart pour Tarbes La Restauration le fait s’exiler en Belgique et ne revient qu’après la révolution de 1830. Alors qu’il est en exil, le Conseil général des Hautes-Pyrénées offre à la cathédrale de la Sède, une plaque de marbre portant le testament de Louis XVI. Un pied de nez à Bertrand Barère !

Bertrand Barère s’établit dans une maison donnant sur la place du Maubourguet (place de Verdun, aujourd’hui). Il se fait élire député en 1834, voit son élection cassée, et meurt en 1841 après avoir rédigé ses Mémoires publiées en 1842.

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Barère de Vieuzac (l’Anacréon de la guillotine), Robert Launay, Editions Jules Taillandier, 1929.
Bertrand Barrère 1755-1841, de Tarbes à Paris … et retour », association Guillaume Mauran, 2005, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Mémoires de B. Barère, membre de la Constituante, de la Convention, du Comite de salut public, et de la Chambre des représentants par Barère de Vieuzac, Bertrand, 1755-1841Carnot, H. (Hippolyte), 1801-1888David d’Angers, Pierre-Jean, 1788-1856




Vœux de diversité de l’expression française

Diversité et liberté vont de pair. Et puisque c’est l’époque des vœux, en ces temps de restrictions de toutes sortes, que diriez-vous de promouvoir la diversité de nos langages ?

La diversité du français et la langue d’oïl

On a parfois l’impression que le français est une langue uniforme sur tout le territoire. Et qu’il faut s’aligner sur un vocabulaire « officiel », seul digne d’être écrit, voire parlé. Heureusement, il n’en est rien. Si l’on regarde les traces qu’ont laissées les dialectes de langue d’oïl, il y a déjà une belle diversité d’expressions et de mots. Par exemple, en s’appuyant sur le franco provençal, on pourrait dire : si nous appondons [mettons bout à bout] quelques mots régionaux, sûr que les autres seront franc [complètement] perdus.

Henriette Walter la diversité des langues
Henriette Walter

Aujourd’hui, en ce 29 décembre, il bruine, il pleuvine, il pleuvasse, il pluviote, il brouillasse, il crachine, bref il pleut un peu. Du moins, ce sont les synonymes de pleuvoir que proposent les dictionnaires comme celui du CNRTL. Et bien, avec quelques régionalismes, la linguiste française Henriette Walter (née en 1929 à Sfax, en Tunisie) nous donne l’occasion d’enrichir nos expressions. Ainsi, nous dit-elle, il bergnasse (Berry), il bérouine (pays Gallo), il brime (Poitou), il broussine (Lorraine), il chagrine (Normandie), il mouzine (Champagne), il rousine (Sarthe), etc.

Certes, c’est moins compréhensible par tout francophone mais c’est tellement plus savoureux ! Et qu’importe si nous, nous mangeons de la doucette alors qu’un Bourguignon mange de la pomâche, un Charentais de la boursette, un Lyonnais de la levrette et un Champenois de la salade de chanoine. Malgré les vingt noms différents recensés sur notre hexagone, nous nous régalons tous de valerianella olitoria, autrement dit de mâche.

Des mots gascons dans le français

Eva Buchi
Eva Buchi

Le gascon, comme d’autres langues ou dialectes, a influencé le français. La linguiste suisse Eva Buchi relève des mots d’origine du sud de la France avec leur définition. Par exemple :
– le floc : boisson de couleur blanche ou rosée, élaborée à partir de moût de raisin (Gers).
– la lagune : étendue d’eau au fond d’une petite dépression naturelle (Landes)
– le gnac : combativité (Hautes-Pyrénées)
– la pignada : pinède (des Pyrénées Atlantiques jusqu’en Gironde)

Et si nous continuions à influencer la langue nationale ? Ainsi, quelques mots gascons, francisés ou pas, abarrégés [égaillés] dans un discours, ne seraient-ils pas de beaux signes de notre identité ?

Mangeons donc de la cèbe [oignon], du cébard [jeune pousse d’oignon] ou de l’aillet [jeune pousse d’ail] en insistant bien sur le t final. De même, préparons nos plats dans une toupie [faitout]. Et quand la petite a le tour de la bouche barbouillé de sauce, osons lui dire : « tu es moustouse« .

Après le repas, il sera temps de s’espatarrer [s’affaler] dans un fauteuil en buvant un armagnac sans s’escaner [s’étouffer] et en gnaquant [mordant] dans les dernières coques à la padène [gâteaux à la poêle].

Alors, nous pourrons traiter le fiston de pébé de drolle, ou de poivre de drolle plutôt que de lui dire « espèce de poison » parce qu’il a empégué [empoissé] tous nos papiers de confiture après avoir pris son quatre heures [gouter] ?

Et surtout, n’hésitons pas à repapier, rapapiéger, papéger, péguéger ou papouléger autrement dit à radoter.

Des régionalismes gascons pour la diversité

Degrouais - Les gasconismes corrigés (p. 137)
Degrouais – Les gasconismes corrigés (p. 137)

Nous pouvons aller plus loin et orner nos discours de quelques régionalismes bien expressifs. D’ailleurs, en cette période des vœux, n’est-ce pas le moment de réveiller nos gasconnismes ?

Mon père me fait venir chèvre : mon père me tourne en bourrique.
Porte moi la veste : apporte-moi ma veste.
Viens donner la main : viens donner un coup de main.
J’en ai un sadoul : j’en ai assez.
Tâche moyen de te libérer : fais en sorte de te libérer.
Il s’en croit : il est prétentieux.
Ça date du rei ceset [en prononçant le t final] : ça date de Mathusalem.
etc.

Pour continuer dans la diversité, on peut aussi prendre des expressions qui ne sont pas tout à fait correctes mais qui nous parlent. Par exemple, disons

Je te défends de toucher mon pot de confiture : je te défends de toucher à mon pot de confiture.
Je ne pardonne personne : je ne pardonne à personne.
J’aime rêver au bord de la rivière même si hier je manquai tomber à l’eau : j’aime à rêver au bord de la rivière même si hier j’ai manqué de tomber à l’eau.
Avec Léo nous sommes allés au marché : Léo et moi nous sommes allés au marché.

Certes les deuxièmes expressions sont plus chic mais pourquoi ne pas revendiquer les premières ? Nous serons aussi bien compris et nous utiliserons des expressions de chez nous. Après tout, c’est bien comme ça que l’on fait évoluer une langue.  Et il n’y a pas de raison que nous ne laissions pas notre empreinte.

Ils ont osé la diversité

À la cour d’Henri IV, on se dispute pour savoir si on dit cuiller (en prononçant le r final comme dans fer) ou cuillère. Le roi est clair le mot est masculin, et c’est bien la première forme. Malherbe (1555-1628), lui, résiste en répondant que tout puissant qu’était le roi, il ne ferait pas qu’on dît ainsi en deçà de la Loire. Le temps a fait son ouvrage et on peut aujourd’hui dire les deux.

 

François Mauriac
François Mauriac

Notons aussi qu’à peine plus tard, le grammairien Gilles Ménage (1613-1692) remarque que le petit peuple de Paris prononce cueillé, la cueillé du pot, et que les honnêtes bourgeois y disent cueillère. Et je crois bien que de nos jours encore, la prononciation de ce mot est diverse : cuillère, cueillère voire culhère pour certains de chez nous.

Enfin, un écrivain reconnu comme François Mauriac (1885-1970) fait dire, dans Nœud de vipères, au père de Robert : pourquoi que je te fixe comme ça ? Et toi, pourquoi que tu ne peux pas soutenir mon regard ?

Et pourquoi que nous n’en ferions pas autant ?

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le français d’ici, de là, de là-bas, Henriette Walter, 1998
Les gasconismes corrigés, Desgrouais, 1746
Nouveaux gasconismes corrigés, Etienne Villa, 1802
Les emprunts dans le Dictionnaire des régionalismes de France, Eva Buchi, 2005
Gasconismes faut-il se soigner ? Escòla Gaston Febus
Mélenchon comprendrait-il Montesquieu ? Escòla Gaston Febus




La veillée de Noël et les contes

Hier, lors de la veillée de Noël, on chantait la naissance de Jésus ; aujourd’hui, la fête est tournée vers les enfants. Pourtant, des textes d’il y a cent ans relatent des veillées plus proches de ce que vivaient les familles au quotidien.

Les premiers noëls

Noël vient des mots latins dies natalis, autrement dit jour de naissance. Et ce serait au IVe siècle qu’on a commencé à célébrer ce jour.  Une célébration modeste qui n’a rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui.

Bien plus tard, les noëls, c’est-à-dire les chants autour de la nativité, vont faire leur apparition. Nous sommes au Moyen-âge. Ce sont surtout des chants populaires – et non liturgiques – et même des chants dansés. Et on les interprète souvent lors de la veillée.

Henri Suso (1296-1366) auteur de chants de noël
Henri Suso (1296-1366) auteur du In dulci jubilo

Certains de ces chants sont écrits par des hommes d’Église comme le célèbre in dulci jubilo du mystique allemand Henri Suso (1296-1366).

In dulci jubilo,
Nun singet und seid froh!
Unsers Herzens Wonne
Leit in praesepio;
Und leuchtet wie die Sonne
Matris in gremio.
Alpha es et O!

Dans une douce jubilation, / Chantez maintenant et soyez joyeux! / La joie de notre cœur / Repose dans la crèche; / Et [elle] luit comme le soleil / Dans le sein de la mère. / Tu es l’alpha et l’Omega!

      1. In dulci jubilo (Arr. R.L. Pearsall for Choir) - John Rutter, The Cambridge Singers

Des chants aux contes

Kinder- und Hausmärchen (Contes de l’enfance et du foyer) édité juste avant noël 1812 des frères Grimm
Kinder- und Hausmärchen (Contes de l’enfance et du foyer) des frères Grimm

À partir du XVIe siècle, à côté des chants, se développent d’autres formes : histoires dialoguées, légendes, contes.  Elles seront racontées à la période de Noël, à la veillée. Au XIXe, les contes pour enfants explosent. Et les aspects humains prennent le pas sur les aspects divins. De la même façon, le père Noël supplante le petit Jésus pour les cadeaux aux enfants.

Ainsi, Kinder- und Hausmärchen [Contes de l’enfance et du foyer] des frères Grimm sort le 20 décembre 1812. Les thèmes ne sont plus la naissance de l’enfant-Dieu, ils sont plutôt éducatifs, mettant en avant des enseignements de morale. Le recueil des frères Grimm contient par exemple le très célèbre Blanche-Neige.

Les noëls gascons

Lou Douctou A. CATOR de Flourenço de Gauro - traductou Gascoun (1862 - 1918)
« Lou Douctou A. CATOR de Flourenço de Gauro – traductou Gascoun (1862 – 1918) »

La Gascogne, comme d’autres régions et pays, développe les chants, les Nadaus [Noëls] et les contes. Ce peut être des contes originaux ou des contes inspirés (les thèmes se retrouvent souvent) ou encore des traductions de contes connus. Ainsi, au début du XXe siècle,  le Docteur Auguste Cator (1862-1918) de Fleurance dans le Gers, fait paraitre en gascon un recueil de contes choisis de Perrault.

D’ailleurs, les Edicions Reclams offrent cette année un livre numérique à lire ou télécharger sur son site, le conte Lo gat botat [Le chat botté], traduit par Auguste Cator, avec sa version en français.

 

Cador - Contes de Perrault - lo gat bottat (dessin de Clovis Roques)
Auguste Cator – Contes de Perrault – lo gat botat (dessin de Clovis Roques)

Les veillées de Noël

En attendant la messe de minuit, pendant la veillée, on chante, on se dit des contes, on raconte. Ainsi, dans des anciens exemplaires de la revue Reclams de Biarn et Gascougne, on trouve des récits racontant la vie. Des récits qui témoignent à la fois des douleurs vécues et de l’espoir qui animent leurs auteurs.

Par exemple, un Armagnaquais, Bernés-Lasserre, va  écrire un sonnet patriotique en 1916, La Nadau dous nostes.

La Nadau deus Nòstes

Dens lou sé de Nadau, per dessus las tranchados
Passeran lous aynats tout caperats de hèr;
Per lou cèl enlusit, de Belfort à la mer,
Esmalheran de flous las toumbos lèu fermados.

E lous souldats beyran, en loungo troupelado,
Lous guerriès d’autes cops s’abança, recouberts
Per l’alo dous fanious, dens lou malo councert
Que canto per es souls la grano Renoumado.

— O, peluts de Biarn, de Lanes, e Gascougno !
O, sublimes bouès d’uo santo besougno,
Eternelle glori ! campanos souneran.

Quand la Ney de Nadau, en signo de bictouèro,
Lusiran, coum estellos, bostos crouts de guerro
Sur le cô d’Henric, de Fébus e d’Artagnan !

Dens lo ser de Nadau, per dessús las tranchadas / Passeràn los ainats tot caperats de hèr; / Per lo cèl enlusit, de Belfòrt a la mer, / Esmalharàn de flors las tombas lèu fermadas.
E los soldats veiràn, en longa tropelada, / Los guerrièrs d’autes còps s’avançar, recobèrts / Per l’ala deus fanions, dens lo mala concert / Que canta per eths sols la grana Renomada.
– Ò, peluts de Bearn, de Lanas, e Gasconha! / Ò sublimes boès d’ua santa besonha, / Eternelle glòri! campanas soneràn.
Quan la Neit de Nadau, en signa de victoèra, / Lusiràn, com estalas, vòstas crotz de guèrra / Sur lo còr d’Enric, de Febus e d’Artanhan!

Le Noël des Nôtres

Dans le soir de Noël, par-dessus les tranchées / Passeront les ainés tout recouverts de fer ; / Par le ciel éclairé, de Belfort à la mer, / Orneront de fleurs les tombes bientôt fermées.
Et les soldats verront, en longue troupe armée, / Les guerriers d’autrefois s’avancer, recouverts / Par l’aile des fanions dans le mâle concert / Qui chante pour eux seuls la grande Renommée.
– Ô poilus de Béarn, de Landes et de Gascogne ! / ô sublimes âmes d’une sainte besogne, / Éternelle gloire ! Les cloches sonneront.
Quand la Nuit de Noël, en signe de victoire, / Luiront comme des étoiles, vos croix de guerre / Sur le cœur d’Henri, de Fébus et d’Artagnan.

Les récits des veillées : douleur et espoir

D’autres récits, plus tragiques, sont publiés, comme en 1909 Soubeni de Nadau / Sovenir de Nadau [Souvenir de Noël] de Léon Arrix qui gagna la médaille d’argent du concours de Salies.

Là, l’auteur raconte que des histoires s’échangeaient en attendant la messe de minuit. En panne d’inspiration, les personnes se retournent vers l »ancienne. Bam, à bous, mayboune; diset-s’en ûe, qu’en débet sabé d’aquéres hort biélhes qui soun las mielhous. / Vam, a vos, mairbona; disetz-nse’n ua, que’n débetz saber d’aqueras vielhas qui son las mielhors. [Allons, à vous, bonne-maman : dites nous en une, vous devez en savoir de ces vieilles qui sont les meilleures.]

Et la pauvre femme dit qu’elle n’en connait plus, qu’elle est trop vieille. Puis, elle raconte une histoire vraie, une histoire qu’elle a vécue. Il s’agit de la mort de son fils un anyoulou de cinq ans / un anjolon de cinc ans [un petit ange de cinq ans]. Cela se passe pendant la période de Noël. Pour réconforter l’enfant, tout en lui tenant la main, elle lui raconte que s’il meurt il aura, pour aller au ciel, des ailes comme les anges du paradis. L’enfant lui répond : que demandèrey au boun Diu dé-m decha biene-t bédé é qu’arribérèy dab las ales d’û anyou ou d’û béroy ausèt. / que demandarèi au bon Diu de’m dèishar viéne’t véder e qu’arribarèi dab las alas d’un anjo o d’un beròi ausèth. [je demanderai au bon Dieu de me laisser venir te voir et j’arriverai avec les ailes d’un ange ou d’un bel oiseau.]

L'enfant malade
L’enfant malade

L’année suivante, pour Noël, la mère repense à son enfant décédé. Et là, ûe beroye tourterèle blangue que-s biénè de pousa sus la hourque déu ridèu déu brès, é aquiu, que démourè ûe pausote en m’espian. / ua beròia torterela blanca que’s vienè de posar sus la horca deu ridèu deu brèc, e aquiu, que demorè ua pausòta en m’espiant. [une jolie tourterelle blanche vint se poser sur la fourche du rideau du berceau, et là, elle resta un moment en me regardant.]

La mère caresse la tourterelle qui lui fit entendre rou-crou-ou. Toutes les autres années, la mère attend l’oiseau lors de la veillée de Noël, mais l’oiseau ne viendra plus.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Coundes causits de Perrault, Auguste Cator
Reclams de Biarn et Gascougne, 15 de Decembre 1916, La Nadau dous nostes, p.67
Reclams de Biarn et Gascougne, novembre 1909, Soubeni de Nadau, p. 262
Escòla Gaston Febus : Noël aujourd’hui en Gascogne
Escòla Gaston Febus : La veille de Noël en Gascogne

 




Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées)

Le château de Mauvezin est représentatif de l’histoire et de l’architecture des châteaux pyrénéens. Il est aussi le siège de l’Escòla Gaston Febus.

Un peu d’histoire

Les seigneurs du Château de Mauvezin
Les seigneurs du Château de Mauvezin

Mauvezin vient du latin malus vicinus qui peut se traduire par « mauvais voisin ». Ce toponyme est assez fréquent en Gascogne, puisqu’on compte une quinzaine de Mauvezin, dont la moitié au moins ont un rapport avec un château. Toutefois, le château de Mauvezin dont nous parlerons ici, se situe dans les Hautes-Pyrénées.

Mentionné pour la première fois le 12 mars 1083, il appartient au comte de Bigorre et une paix y est signée entre Sanche de Labarthe, Béatrice de Bigorre et son mari Centulle de Béarn. Il domine la région du sommet d’une motte castrale.

La Tour de Héchettes
La Tour de Héchettes

Au XIIe siècle, le donjon est en maçonnerie. Il a trois étages et son entrée se situe au 1er étage. La salle basse, à laquelle on accède par une trappe, est voutée. D’ailleurs, la voute romane a été reconstituée lors des récents travaux de restaurations. Par exemple, la tour de Héchettes donne une idée de ce qu’il pouvait être.

 

 

 

Le Château de Génos
Le Château de Génos

Plus tard, un mur en quadrilatère remplace les palissades de bois. Le château de Génos nous montre à quoi il devait ressembler.

Le château de Mauvezin est situé sur la route du piémont, à la frontière de la Bigorre, de l’Armagnac, de Labarthe et d’Aure. Evidemment, il fait l’objet de rivalités entre les seigneurs du voisinage.

Le siège de Mauvezin

Viguerie de Mauvezin d'après le censier de 1313
Viguerie de Mauvezin d’après le censier de 1313

Le traité de Brétigny de 1360 donne la Bigorre aux Anglais. Mais les seigneurs bigourdans se soulèvent en 1368 et la Bigorre redevient française, sauf les châteaux de Lourdes et de Mauvezin, toujours occupés par des routiers, dont le fameux Bascot de Mauléon.

Très vite, Charles V (1338-1380) envoie son frère, le duc d’Anjou, reprendre ces deux forteresses. Ainsi, il part de Castelnaudary et arrive devant Mauvezin le 20 juin 1373. Après quinze jours de siège, il négocie la reddition. Devant Lourdes, il essuie un échec et doit lever le siège.

Jean Froissart s’agenouille devant Febus, Wikipédia
Jean Froissart s’agenouille devant Febus, Wikipédia

Dans ses chroniques, Jean Froissart raconte le siège de Mauvezin. Alors qu’il se rend à Orthez pour rencontrer Gaston Febus, Espan du Lion, son compagnon de voyage, lui raconte les évènements passés 15 ans plus tôt. Le récit est adapté aux lecteurs, chevaliers amateurs de hauts faits d’armes : « Environ six semaines se tint le siège devant le château de Mauvoisin ; et presque tous les jours aux barrières y avoit faits d’armes et escarmouches de ceux de dedans à ceux de dehors. Et vous dis que ceux de mauvoisin se fussent  assez tenus, car le chastel n’est pas prenables, si ce n’est pas un long siège ; mais il leur advint que on leur tollit d’une part l’eau d’un puits qui siéd au dehors du chastel, et les citernes que ils avoient là dedans séchèrent ; car onques goutte d’eau du ciel durant six semaine n’y chéy, tant fit chaud et sec….. ».

Mauvezin passe à Gaston Febus

Le duc d’Anjou donne le château de Mauvezin à Jean II d’Armagnac, ennemi juré de Gaston Febus.

Le donjon du chateau construit à la demande Gaston Febus
Le donjon du chateau construit à la demande Gaston Febus

Le traité d’Orthez du 20 mars 1379 met fin à la guerre de succession du Comminges. Ainsi, Gaston Febus obtient le château de Mauvezin dont la viguerie est détachée de la Bigorre pour intégrer le Nebouzan jusqu’à la Révolution de 1789.

Febus fait rehausser les murs et construire le donjon. Il meurt 12 ans plus tard et Archambaut de Grailly devient comte de Foix, vicomte de Béarn et de Nebouzan en 1412. Il hérite donc de Mauvezin qu’il transforme en résidence comtale en ouvrant de larges fenêtres.

Alors, le château sert de prison. D’ailleurs, un texte raconte l’évasion de deux prisonniers enfermés dans la salle basse du premier donjon. Le 2 juin 1552, Guilhamet de Lectoure et Guilhem d’Abadie de Batsère tressent une corde de paille à laquelle ils attachent un bout de bois. Pendant que le garde est allé dans la maison du capitaine, les deux prisonniers s’évadent par la trappe du 1er étage, enfoncent la porte du donjon, traversent la cour, passent par les latrines et s’enfuient dans les bois proches.

Une pierre porte l’inscription : « Dieu seul sera adoré et l’antechrist de Rome sera abismé ». Nul doute que le prisonnier était protestant.

Le château est sauvé de la destruction

Le château de Mauvezin (gravure de 1704)
Le château de Mauvezin (gravure de 1704)

Le Nebouzan est réuni à la couronne de France en 1607. Le château n’a plus de fonction militaire et tombe dans l’oubli.

En 1715, Louis XIV veut agrandir son parc de Marly. Il échange une propriété avec Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin (1665-1736), qui reçoit Mauvezin et des seigneuries alentour. Criblé de dettes, son fils les revend en 1777 à Marc-Antoine de Lassus, juge de Rivière et Subdélégué à Montréjeau.

Après l’abolition des droits seigneuriaux en 1793, le château sert de carrière aux habitants de Mauvezin.

Avec la vogue du thermalisme et l’afflux de touristes (Capvern est proche), la municipalité de Mauvezin prend conscience de l’intérêt du château. Un arrêté municipal de 1860 ferme le château et interdit sa démolition.

Achille Jubinal
Achille Jubinal

Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées veut le prendre en ferme pour y établir un jardin, un musée archéologique et peut-être une résidence pour lui et sa famille. La commune tergiverse. Finalement, elle lui vend le château le 21 septembre 1864.

Achille Jubinal meurt l’année suivante. Sa fille vit à Paris et ne s’intéresse pas au château qui reste en l’état pendant 30 ans. En 1906, elle le vend à Alain Bibal, mécène et maire de Masseube dans le Gers.

L’Escòla Gaston Febus devient propriétaire du château

Albin Bibal
Albin Bibal

Albin Bibal réalise des travaux de sauvetage du château. En 1907, il le cède à l’Escòla Gaston Febus dont il est membre.

La remise officielle a lieu le 31 août 1907 au cours d’une Félibrée. « Mes chers collègues, ces vieux murs, cette devise intacte sont à vous pour toujours ». C’est en ces termes que Alain Bibal, vivement applaudi par une assemblée de Félibres, remet le château à l’Escòla Gaston Febus.

On y voit Adrien Planté, Capdau de l’Escòla, Simin Palay, Miquèu de Camelat, Charles du Pouey, le docteur Laccoarret, Bernard Sarrieu (fondateur de l’Escòla deras Pireneos), l’Arté deu Portau, André Baudorre, l’abbé Labaigt-Langlade

Lors d’un tournoi littéraire, on lit des textes et des poésies. Les chorales de Bordes, les Troubadours montagnards et l’Estudiantine tarbaise entonnent des chants. La Félibrée se termine par Aqueras mountines que l’on dit écrite par Gaston Febus.

Remise du Château de Mauvezin à l''Escòla Gaston Febus
Remise du Château de Mauvezin à l’Escòla Gaston Febus le 31 août 1907

En 2006, l’Escòla Gaston Febus lance une importante campagne de restauration du château de Mauvezin, dans laquelle elle investit 1,8 M€, financés en grande partie par les visiteurs.

Chateau de Mauvezin - la bibliothèque
Chateau de Mauvezin – la bibliothèque

Ainsi, le château de Mauvezin reste le siège de l’Escòla Gaston Febus. Le château abrite la bibliothèque de l’Escola, une des plus riches en occitan de Gascogne.

Depuis, l’Escòla Gaston Febus numérise les ouvrages pour en donner l’accès au plus grand nombre. Elle développe et anime des sites internet pour favoriser la connaissance de la langue et de la culture gasconnes :

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Spécial Château de Mauvezin et Escòla Gaston Febus
Gaston Febus construit le château de Mauvezin
Site du château




Félix Arnaudin l’imagier

C’est aujourd’hui, 6 décembre 2021, le centenaire de la mort de Félix Arnaudin. L’occasion de se souvenir de ce grand photographe.

La vocation de Félix Arnaudin

Félix Arnaudin - Autoportrait
Félix Arnaudin – Autoportrait (colorisé)

Félix Arnaudin est né à La Bohèira [Labouheyre] dans les Landes, le 30 mai 1844. Son père est concessionnaire des forges de Pontenx et possède quelques propriétés.  Ils vivent dans la maison du Monge. Le jeune Félix va au collège pendant 3 ans (1858 à 1861), à Mont-de-Marsan, sans grand enthousiasme. Heureusement, au retour chez lui, il fréquente l’abbé Cassiau et continuera à s’instruire avec lui.

Il commence par travailler avec son père mais ne montre ni gout ni aptitude pour ce métier de commerce. En fait, il traine sans trouver sa voie.

La maison Arnaudin
La maison Arnaudin

Pourtant, les choses vont changer. Il publie, en 1873 dans la Revue de Gascogne, un article qui raconte la mort étrange de Bernard de Pic de Blais de la Mirandole (1725-1760). Partant de propos (légende ?) qu’il a recueillis, il creuse les archives pour en découvrir les fondements et les expose dans la revue sous le titre Une branche des Pic de la Mirandole dans les Landes, p 259-267.

Jean-Baptiste Lescarret (1819-1898) l’encourage et le présente à l’Académie de Bordeaux. Lescarret est avocat, professeur d’économie politique et sociale, membre de sociétés savantes et auteur de romans. Il a aussi écrit un essai pour dénoncer la plantation systématique des pins maritimes (1858). Une opinion que les deux hommes partagent.

Le tournant décisif

Marie Darlanne
Marie Darlanne (1856-1911)

Félix Arnaudin s’éprend de Marie Darlanne (1856-1911) qui est au service de sa mère dans la maison familiale. Mais, la liaison est découverte et Marie est chassée en 1874. Félix a 30 ans. Il commence un journal qu’il tiendra pendant 40 ans.

Ne pouvant oublier Marie, il s’installera finalement avec elle à partir de 1881, et restera à ses côtés jusqu’à sa mort. La famille refuse cette mésalliance et Félix ne l’épousera pas.

Félix est un rêveur. Heureusement, il vit des revenus des métairies. Pourtant, en cette année 1874, le destin se précise. Félix achète son premier appareil photographique.

Félix Arnaudin l’ethnologue

Arnaudin - Fontaine Saint-Michel (1903)
Arnaudin – Fontaine Saint-Michel (1903)

Parcourant à vélo son pays, il va collecter un nombre impressionnant d’informations. Un collectage d’autant plus précieux que la forestation voulue par Napoléon III est en train de profondément chambouler la région.

Il procède de façon méthodique. Il établit un questionnaire qui lui permet d’interroger précisément les habitants de la région. Ensuite, il remplit des fiches d’enquête.

Félix Arnaudin - Attelage de boeufs
Félix Arnaudin – Attelage de boeufs

Il recueille méticuleusement des contes, des proverbes, des chants. Entre 1888 et 1910, il interroge 340 personnes. Il recueille plus de 150 mélodies et publie trois volumes de chants. Il note aussi les mots gascons utilisés, l’histoire, l’archéologie ou encore l’écologie de sa région.

En réalité, s’il a beaucoup amassé, il publie peu, quelques articles, une poignée de livres à faible tirage.

En 1912, il écrit dans Chants populaires de la Grande Lande : « Que de choses aimées dont chaque jour emporte un lambeau ou qui ont déjà disparu et ne sont plus qu’un souvenir ! « 

Félix Arnaudin - Les fileuses
Félix Arnaudin – Les fileuses

Un exemple de collectage : Trop, trop

En janvier 1913, Félix Arnaudin publie dans la revue Reclams de Biarn e Gascounhe (p 17) une chanson Trop, trop / Tròp, tròp. que l’on peut chanter lentement comme berceuse ou un peu plus vite pour en faire une chanson de danse.

      2. Arnaudin-Trop-Trop

Trop, trop
S’i ère luouat lou moyne,
Trop, trop,
S’i ère luouat matin
Carque soun sac su’l’ayne, – E hay ent’aou moulin, – Trop, trop…
I hadè’n tchic de brume, – S’i a perdut lou camin. – Trop, trop…
S’i a stacat lou soun ayne, – Eus mountat sus un pin. – Trop, trop…
Le garralhe ére seuque, – Toumbe lou jacoubin. – Trop, trop…
Que s’i’a dehéyt le coueche, – Disé qu’ére lou dit. – Trop, trop…
Lés heumnes dou besiatje, – An entinut lou crit. – Trop, trop…
L’uoue porte le guélhe, – E l’aoute lou tcharpit – Trop, trop…
E l’aoute le ligasse, – Pèr li liga lou dit. – Trop, trop…
S’i ère luouat lou moyne, – S’i ère luouat matin.

Arnaudin - Moulin à vent avec Jeanne Labat d'En-Meyri (1896)
Arnaudin – Moulin à vent avec Jeanne Labat d’En-Meyri (1896)

Trop, trop  S’était levé un moine. – Trop, trop, – S’était levé matin.
Il charge son sac sur l’âne. – Il va vers le moulin. – Trop, trop…/
Il faisait un peu de brouillard. – Il a perdu son chemin, – Trop, trop…/
Il a attaché son âne. – Il est monté sur un pin, – Trop, trop…
La branche était sèche. – Tombe le jacobin. – Trop, trop…
Il s’est démis la cuisse. – Il disait que c’était le doigt. – Trop, trop…
Les femmes du voisinage. – Ont entendu le cri. Trop, trop…
L’une apporte le chiffon. – Et l’autre de la charpie. Trop, trop…
Et l’autre la bande pour lui lier le doigt. Trop, trop…
S’était levé le moine. Trop, trop… S’était levé matin.

Comment ne pas reconnaitre les paroles de la comptine Compère Guilleri ? Et ce n’est peut-être pas si étrange.  Philippe Guillery, le capitaine des voleurs, nait en 1566 en Bas-Poitou, village Les Landes. Il passe ses dernières années à Bordeaux, avant d’être reconnu et roué de coups en 1608.

Félix Arnaudin, l’imajaire

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Félix Arnaudin constitue un répertoire détaillé d’images. Car il se considère comme un imajaire [un imagier] et non un photographe, mot qu’il a en horreur le considérant comme un des « plus détestables emprunts à mon goût, que le français ait pu faire au grec ».

Les quatre premières années (1874-1878), il fait une soixantaine de sorties autour de chez lui et produit 216 négatifs.

Félix Arnaudin - Eglise de Bias (1897)
Félix Arnaudin – Eglise de Bias (1897)

À sa mort, ce sont presque 2 500 images qui sont répertoriées. Il s’intéresse aux paysages qui représentent la moitié de ses photos. Ainsi, il photographie des champs, des lagunes, des pins, des mottes témoins du passé.

Il donne aussi une bonne place à l’habitat, fermes, maisons, moulins, et aussi à des témoignages anciens comme des églises, des sources et fontaines aux vertus médicinales, des bornes de sauveté.

Enfin, il s’intéresse aux portraits de personnes ou à des scènes de vie quotidienne. Ces images sont des mises en scène murement réfléchies par notre imagier.

Groupe d’hommes – Félix Arnaudin (1844-1921)

Le souvenir

Félix Arnaudin en chasseurSa passion, son amour pour le pays, son sens de la collecte paraissent étranges à son entourage. Il est surnommé lo pèc, un nom affectueux ou moqueur pour qualifier une personne simple ou niaise.

Le 30 janvier 1921, Félix Arnaudin écrit : « Dans ma pauvre vie de rêveur sauvage, toutefois anxieux de notre passé local, je n’ai guère reçu d’encouragements ; l’indifférence et les railleries, un peu de tous côtés, en ont volontiers pris la place ».

Note préparatoire
Note préparatoire

Certains de ses manuscrits, confiés au professeur de l’université de Bordeaux, Gaston Guillaumie (1883-1960), sont perdus.

Le fonds d’archives est maintenant consultable à l’écomusée de Marquèze, dans les Landes.

Plusieurs ouvrages ont été publiés sur Félix Arnaudin. Citons la Grammaire gasconne du parler de la Grande-Lande et du Born à travers les écrits de Félix Arnaudin, Renaud Lassalle, Editions Des Regionalismes, 2017.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle.

Références

Les fonds de Félix Arnaudin (1844-1921), collecteur et photographe des « Choses de l’ancienne Grande Lande », Florence Galli-Dupis, 2007
Chants populaires de la Grande Lande, Le monde alpin et rhodanien, Georges Delarue, 1973,  pp. 171-172
Choses de l’ancienne grande Lande, Félix Arnaudin
49 images de Félix Arnaudin sur Wikimedia Commons




Les livres pour noël

Peut-être Noël est-il aussi un moment pour transmettre une part de notre culture locale ? Une culture qui se construit tous les jours en se basant sur ce que nous ont transmis nos prédécesseurs.

Un livre, un noël

Les Islandais n’imagine pas Noël sans offrir des livres. Leur fameux déluge de livres (voir article précédent), le Jólabókaflóð. Et, finalement, une enquête en France en 2020, montre que nous nous offrons surtout des chocolats et… des livres.

Alors, pourquoi ne pas s’intéresser à des livres de chez nous ? Jean Nadau nous le répète dans sa chanson, Un coin de rue, un chemin de terre Qu’èm d’aqueth pais deus qui nos an aimat [Nous sommes du pays de ceux qui nous ont aimés].  Il s’agit bien d’Aqueth paradis perdut au hons de noste cap [de ce pays perdu au fond de nos têtes].

Y a-t-il une littérature de Noël ?

 Livres de Noël - Charles Dickens - A Christmas Carol Oui et non. Noël peut inspirer des histoires, en particulier sur des scènes de Noël comme le très célèbre A Christmas Carol du Britannique Charles Dickens (1812-1870) dont voici le début.

Marley was dead: to begin with. There is no doubt whatever, about that. The register of his burial was signed by the clergyman, the clerk, the undertaker, and the chief mourner. Scrooge signed it; and Scrooge’s name was good upon ‘change, for anything he chose to put his hand to. Old Marley was as dead as a door-nail.

[Marley était mort, pour commencer. Là-dessus, pas l’ombre d’un doute. Le registre mortuaire était signé par le ministre, le clerc, l’entrepreneur des pompes funèbres et celui qui avait mené le deuil. Scrooge l’avait signé, et le nom de Scrooge était bon à la bourse, quel que fût le papier sur lequel il lui plût d’apposer sa signature. Le vieux Marley était aussi mort qu’un clou de porte.]

 Livres de Noël - Vasconcelos - Meu Pé de Laranja LimaPlus récemment, Meu Pé de Laranja Lima du Brésilien José Mauro de Vasconcelos (1920-1984) raconte un noël poignant. L’enfant se précipite le matin de noël pour voir ce qu’il y a dans ses tennis. Rien ! Son père est trop pauvre pour offrir des cadeaux à ses enfants.

Desviei meus olhos do tênis para uns tamancos que estavam parados à minha
frente. Papai estava em pé nos olhando. Seus olhos estavam enormes de tristeza.
Parecia que seus olhos tinham crescido tanto, mas crescido tanto que tomavam toda
a tela do cinema Bangu. Havia uma mágoa dolorida tão forte nos seus olhos que se
ele quisesse chorar não ia poder. Ficou um minuto que não acabava mais nos
fitando, depois em silêncio, passou por nós. Estávamos estatelados sem poder dizer
nada. Ele apanhou o chapéu sobre a cômoda e foi de novo para rua.

[Je détournai les yeux de mes sandales de tennis et je vis des galoches arrêtées devant moi. Papa était debout et nous regardait. Ses yeux étaient immenses de tristesse. On aurait dit que ses yeux étaient devenus si grands qu’ils auraient pu remplir tout l’écran du cinéma Bangu. Il y avait une douleur si terrible dans ses yeux que s’il avait voulu pleurer il n’aurait pas pu. Il resta une minute qui n’en finissait plus à nous regarder puis sans rien dire il passa devant nous. Nous étions anéantis, incapables de rien dire. Il prit son chapeau sur la commode et repartit dans la rue.]

Quelques recommandations de chez nous

Toutefois, les livres de Noël les plus fréquents ou les plus traditionnels restent probablement les chants et les contes.  Si les Edicions Reclams n’ont pas publié de livre ayant pour thème noël, ils ont mis l’accent cette année sur des récits qui nous appellent à une évasion, qui sont ou font appel à des légendes.

Jamei aiga non cor capsús

Jamei aiga non cors capsùsCe livre de Benoit Larradet a un succès bien mérité. Il raconte trois destins. Celui d’un tronc d’arbre, coupé dans les Pyrénées, transformé en mat de navire négrier, qui s’échoue sur les bords de la rive du Rio de la Plata. Celui de l’indien Talcaolpen, dernier de sa tribu et qui sait parler aux arbres. Enfin celui de José Lostalet, ce Béarnais émigré en Argentine et devenu gaucho. Trois protagonistes qui se souviennent et qui sont oubliés.

Le ton n’est ni plaintif, ni nostalgique. C’est plutôt celui d’un conte.

Argüeita, Talcaolpen, argüeita quin cambian las gèrbas d’un endret a l’aute. Argüeita la prestida discreta d’un passatge qui miava lo ton pair, enqüèra mainatge, dinc au jaç d’un nandó on panava los ueus. – Argüeita las arraditz e las granas de qui las hemnas sabèvan har un disnar o ua bevuda de hèsta.”

[Regarde, Talcaolpen, regarde comment les herbes changent d’un endroit à l’autre. Regarde l’empreinte discrète d’un passage où te menait ton père, encore enfant, jusqu’au nid d’un nandou où il volait ses œufs. Regarde les racines et les graines dont les femmes savaient faire un diner ou une boisson de fête.]

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Ercules l’inicat, Hercule l’initié

Ercules l'iniciat
Ercules l’iniciat

Quel rapport, me direz-vous, entre le héros grec Hercule et la Gascogne ? De façon étonnante, alors que les Grecs ne seraient jamais venus en Gascogne,  nous avons gardé plusieurs de leurs légendes !

Le jeune homme et la grand’bête à tête d’homme rapporté par Jean-François Bladé (1827-1900) parle de la sphinge grecque. Lo becut ressemble étrangement au cyclope Polyphème. Et Hercule, en revenant de son dixième travail, rencontre la princesse Pyrène qui donnera naissance à nos montagnes Pyrénées.

Ce livre, bilingue, nous propose d’aller au-delà de l’image d’un demi-dieu invincible. En effet, pourquoi ces douze travaux et pourquoi dans cet ordre ? En remontant aux sources les plus lointaines dont nous avons trace, l’autrice, Anne-Pierre Darrées, remet en lumière le chemin initiatique que représente ces travaux. Un chemin pour apprendre à corriger ses erreurs, à élargir sa conscience, bref un chemin pour devenir un homme. Et un livre pour revisiter les aventures du héros avec humanité.

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Le dictionnaire de Palay

Classique, indispensable, la version sous coffret de ce dictionnaire est un magnifique cadeau de Noël. Voir article précédent. Il accompagne tout Gascon et toute Gasconne qui s’intéresse à son pays. On y trouve la signification de mots bien sûr et aussi ces expressions qui font la saveur de l’expression d’un peuple.

Par exemple à Nadàu [Nadau; Noël] on peut lire :
Nadàu au sou, Pasques au couduroû [Nadau au só, Pascas au cauduron; Noël au soleil, Pâques au coin du feu]
Nadàu e Sen-Joan que coupen l’an [Nadau e Sent Joan que copan l’an; Noël et Saint-Jean partagent l’année]
Las iroles a Nadau, minja que las cau [Las iròlas a Nadau, minjar que las cau; à la Noël il faut manger les chataignes rôties]

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Bonne préparation de noël !




L’art roman en Gascogne

La Gascogne compte de nombreux édifices, souvent religieux, de l’époque préromane ou romane. Éparpillés dans les villages, on n’y prête guère attention. Pourtant, ils sont la marque d’une époque lointaine et méconnue. Nous vous en livrons quelques clés.

Qu’est-ce que l’art roman ?

Charles de Gerville (1769-1853) "inventeur" de l'art roman
Charles de Gerville (1769-1853) « inventeur » de l’art roman

Le terme d’art roman a été inventé en 1818 par Charles de Gerville (1769-1853) qui s’intéresse à l’architecture (il fera l’inventaire de près de 500 églises de la Manche). Il choisit le terme de « roman » car cet art coïncide avec la période où les langues romanes commencent à se dégager du latin.

L’art roman nait en Italie. Il se répand dans toute l’Europe entre le IXe et le XIIe siècle.

L’art roman se caractérise par des innovations techniques apportées aux constructions. Les piles (ou piliers) remplacent les colonnes romaines et peuvent supporter plus de poids. De ce fait, les voutes en plein cintre (demi-arc de cercle) se généralisent. Pour supporter leur poids, les édifices romans ont des murs épais, de petites ouvertures et parfois des contreforts.

Arthous - abside et absidiole
Arthous – abside et absidiole

Des absidioles apparaissent pour compléter l’abside (parte située derrière l’autel). Ce sont des petites chapelles donnant sur le déambulatoire (circulation entre le chœur et les absidioles). L’abside, le déambulatoire et les absidioles constituent le chevet d’une église.

Les chapiteaux des colonnes s’agrandissent et sont décorés de motifs géométriques ou historiés. Les baies de petite dimension s’ornent de vitraux de verre clair ou sans couleur, bordés de motifs floraux.

Crypte de Madiran
Crypte de Madiran

Les cryptes aménagées sous le chœur pour recevoir la sépulture d’un saint, deviennent plus grandes et comportent plusieurs nefs ouvertes les unes sur les autres. On parle de crypte-halle.

En Gascogne, l’art roman ne fait son apparition qu’à partir du XIe siècle. Pourquoi si tard ?

Un éveil tardif à l’art roman

Saint-Just de Valcabrère
Saint-Just de Valcabrère (31)

Entre le VIe et le Xe siècle, on ne sait pratiquement rien sur la Gascogne. Les Vascons règnent en maitres. Les seuls textes connus sont écrits par des chroniqueurs du nord de la France qui racontent les difficultés rencontrées par les Mérovingiens ou les Carolingiens pour soumettre le pays. Les Vascons nous sont présentés comme des sauvages.

On ne connait pas de constructions monumentales réalisées par les Vascons. Il semble même que les monuments laissés par les Romains ne soient pas entretenus et tombent en ruines.

L’ouverture

Eglise de Saint-Aventin - réemplois
Eglise de Saint-Aventin (31)- réemplois

La Gascogne s’ouvre aux influences extérieures avec la dynastie des Sanche. Sanche-Mitarra d’abord, puis son fils Garsie-Sanche (vers 893 à 920), inaugure une politique de mariages avec les états voisins : ses filles Acibella épouse le comte d’Aragon et Andregeto celui de Bordeaux. Plus tard, Guillaume-Sanche épouse Urraca, fille du roi de Navarre.

À partir du XIe siècle, l’Eglise se restructure, crée les paroisses et bâtit églises et monastères. De cette époque, Michel Gaborit de l’Université de Bordeaux a recensé 70 édifices dans le Gers, 80 en Gironde, 25 dans les Landes, 12 en Lot et Garonne, 20 dans les Pyrénées-Atlantiques.

Les bâtiments sont construits en moellons taillés à l’antique ou prélevés sur des villas romaines en ruines. On y retrouve beaucoup de pierres de réemploi (cippes, bas-reliefs, stèles, etc.), notamment dans les environs de Luchon.

Eglise en terre de Saint Jayme en Astarac
Eglise en terre de Saint Jaymes en Astarac (32)

On compte aussi quelques bâtiments en terre dont il reste trois exemples en Astarac, à Magnan ou à Saint-Michel. Les briques de terre sont couramment utilisées dans la construction de bâtiments en Astarac.

Les églises de cette époque, que l’on qualifie de préromane, sont presque toutes à nef unique charpentée et dépourvue de décors.

C’est dans ce contexte d’ouverture politique et culturelle que l’art roman se diffuse en Gascogne.

L’art roman en Gascogne

L’essor des constructions de monastères et d’églises est, pour l’essentiel, l’œuvre des grands féodaux de Gascogne : duc de Gascogne, comte de Bigorre, vicomtes d’Armagnac, d’Astarac ou de Fezensac, etc. Monastères et églises restent sous l’influence de la famille des fondateurs qui nomme les abbés et perçoit les bénéfices.

À l’exception de trois abbayes de la région bordelaise, monastères et églises ne dépendent d’aucune influence extérieure (Fleury, Morimond, Clugny, etc.). Ce n’est qu’à la fin du XIe siècle que Saint-Victor de Marseille et Cluny parviennent à s’implanter en Gascogne.

St-Aventin
St-Aventin (31)

Le XIe siècle est aussi la période de développement du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.

Dans ces conditions, malgré une ouverture politique initiée par les ducs de Gascogne, ce n’est qu’avec retard que la Gascogne s’ouvre aux influences extérieures et à l’art roman.

On ne connait pas d’ateliers d’artistes gascons. La plupart des bâtisseurs et des artistes viennent d’autres régions. Ils importent des éléments d’architecture ou de décor. Des éléments de l’art roman de la région toulousaine (Saint-Sernin) se retrouvent dans les églises de l’Agenais. Des éléments de l’art roman d’Aragon et de Navarre se retrouvent dans les églises du piémont des Pyrénées.

Les églises de la vallée du Larboust, au-dessus de Bagnères de Luchon, sont un témoignage de l’art roman de la première époque.

Caractéristiques des chapiteaux en Gascogne

On rencontre trois grandes écoles d’art roman en Gascogne. Elles diffèrent par le décor employé sur les chapiteaux.

Villenave-d'Ornon - Eglise Saint-Martin - Chapiteau de la nef nord
Villenave-d’Ornon (33) – Eglise Saint-Martin – Chapiteau de la nef nord

 

Dans la région de Bordeaux, les décors de l’art roman se caractérisent par des éléments simplifiés et par leur répétition de formes identiques. Ce sont des motifs géométriques (lignes parallèles horizontales ou opposées en chevron), des damiers ou des billettes. On rencontre parfois des torsades, un décor végétal (pommes de pin) ou d’animaux stylisés.

 

Les entrelacs de Saint-Lizier
Les entrelacs de Saint-Lizier (09)

 

 

 

Dans la Gascogne centrale et orientale, les décors romans de figures simplifiées sont rares. On rencontre plutôt des entrelacs (un ou deux anneaux entrelacés), des tresses (trois rubans enlacés) et des rinceaux de feuillage. On y retrouve aussi des décors végétaux, comme des arbres ou des grappes de raisin, et des palombettes (petites colombes). Les chapiteaux sont plus volumineux et peuvent donc supporter des décors plus riches.

Daniel et les lions de St Sever
Daniel et les lions de St Sever (40)

Dans le reste de la Gascogne, les décors romans sont plus riches et couvrent la totalité du chapiteau. On y trouve beaucoup de feuilles labiées. On y rencontre des oiseaux groupés par deux avec leurs têtes accolées en angle. Enfin, les décors historiés sont très nombreux. Autour d’Agen, les thèmes évoquent le péché et sa punition par les lions. Autour de Dax, les thèmes racontent l’histoire de Daniel, de Saint-Jean-Baptiste, etc.

Les chrismes, tympans et autres formes d’art roman

Comme en Espagne, les Gascons hésitent à représenter le Christ dans son humanité.

Saint-Béat - Chrisme au dessus du portail
Saint-Béat (31) – Chrisme au dessus du portail

On préfère utiliser des symboles comme le monogramme du Christ (XP en grec), l’alpha α et l’oméga ω (le commencement et la fin de toute chose). Ces symboles forment un chrisme.

Au début du XIIe siècle, apparait la sculpture sur les portails qui marquent la frontière entre le profane et le sacré. Le premier tympan est celui de Saint-Sernin de Toulouse qui illustre l’ascension du Christ.

L’art roman en Gascogne ne se limite pas aux monastères et aux églises. Les châteaux construits à cette époque présentent des voutes romanes ou des éléments de décors romans : donjon primitif du château de Mauvezin, donjon de Bramevaque, etc.

Beatus - La vision de Daniel
Saint-Sever (40) – Beatus – La vision de Daniel

 

L’art roman, c’est aussi les magnifiques manuscrits enluminés. Le Béatus de Saint-Sever est le seul manuscrit connu en Gascogne.

 

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Les débuts de la sculpture romane dans le sud-ouest de la France, abbé Jean Cabanot, Editions PICARD, 1987.
Gascogne romane, abbé Jean Cabanot, édition du Zodiaque, 1978
La sculpture romane aux XIe et XIIe siècles en Gascogne centrale : un état de la question, Christophe Balagna, 2018




Saint-Frajou, petit village, grands personnages !


Saint-Frajou est une petite commune rurale du Comminges, située à 7 km au sud de l’Isle en Dodon. Elle a donné, entre autres, deux des plus grands médecins du XVIIIe siècle, anoblis par le Roi et siégeant à l’Académie Royale de Médecine.

Jacques Daran (1701-1784)

Jacques DARAN (1701-1784) né à Saint-Frajou
« Jacques Daran  né le .. mars 1701 à Saint-Frajou en Gascogne »

Issu d’une famille de notaires, Jacques Daran (1701-1784) étudie la chirurgie sous la direction de grands maitres. Voulant voyager, il part en Lombardie où le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel III, lui fait des offres pour le retenir. Sans succès. Il part pour Rome, Vienne, Naples. Là, sa réputation lui vaut le titre de chirurgien du régiment du prince de Villa Franca.

La peste de Messine

La peste de Messine
La peste de Messine

Une épidémie de peste sévit à Messine (Sicile). Aussitôt, il s’y rend pour soigner les malades – les négociants français sont nombreux dans la ville. D’ailleurs, on dit que « Trois verbes envers la Peste ont plus d’effet que l’Art : partir vite, aller loin et revenir bien tard »». En tous les cas, Jacques Daran organise le épart des français pour Marseille. La traversée dure un mois et il ne perd qu’un seul malade !

Jacques Daran né à Saint-Frajou - Observations chirurgicales sur les maladie de l'urethre traitées suivant une nouvelle méthode (édition de 1753)À Marseille, Jacques Daran reçoit un accueil triomphal. Alors, il se fixe dans cette ville et s’intéresse aux maladies des voies urinaires. Il invente les « bougies Daran » destinées à élargir l’urètre. L’écrivain M. de Bièvre dira de lui : « C’est un homme qui prend nos vessies pour des lanternes ! ». L’expression est restée fameuse.

Cependant, sa réputation est si grande que le roi Louis XV en fait un de ses chirurgiens ordinaires. Sa présence attire une foule considérable de malades. Des riches, bien souvent venus de l’étranger, lui permettent de réunir une fortune colossale. Quant aux pauvres, « il leur donnait généreusement les remèdes et souvent il leur fournissait de sa propre bourse tous les moyens de subsister ».

Jacques Daran publie dix ouvrages de chirurgie. Il est reçu à l’Académie Royale de Chirurgie. Et il est anobli en 1755. Tout lui réussit ! Malheureusement, il spécule dans l’affaire du canal de Provence et il se ruine. Il continue d’exercer jusqu’à l’âge de 83 ans.

Gilles-Bertrand de Pibrac (1693-1771)

Gilles-Bertrand de Pibrac (1693-1771) est aussi originaire de Saint-Frajou. Comme Jacques Daran, il étudie la chirurgie.

Insigne du 1er Royal Dragons
Insigne du 1er Royal Dragons

En 1719, Gilles-Bertrand de Pibrac est engagé comme Aide-major lors de la guerre d’Espagne. Il participe aux sièges de Fontarabie et de Saint-Sébastien. Puis il devient Chirurgien-major du régiment Royal Dragons en 1721, chirurgien ordinaire du Duc d’Orléans en 1724, premier chirurgien de la princesse d’Orléans, veuve du roi d’Espagne Louis Ier (il ne règne que huit mois avant de mourir).

« La vue d'un homme situé comme il faut quand on luy veut extraire la pierre de la vessie »
« La vue d’un homme situé comme il faut quand on luy veut extraire la pierre de la vessie » (XVIIe)

En 1731, Gilles-Bertrand de Pibrac entre comme l’un des quarante membres du Comité Perpétuel de la toute jeune Académie Royale de Chirurgie. Il en prend la Direction en 1762.

Le chercheur se fait remarquer par ses travaux sur le traitement des plaies (il obtient la proscription des onguents qui provoquent des infections graves) et sur la cystotomie, c’est-à-dire l’ouverture de la vessie pour en extraire les calculs. En particulier, il invente la technique, encore utilisée, de l’injection d’eau dans la vessie pour une intervention plus facile.

Gilles-Bertrand de Pibrac devient Chirurgien Major de l’Ecole Militaire. Il est anobli en 1751 et admis dans l’Ordre de Saint-Michel qui ne compte que 100 membres. Il meurt en 1771 à l’âge de 78 ans.

Saint-Frajou n’a pas donné que des médecins célèbres

René Souriac né à Saint-Frajou
René Souriac, Président de la Société d’Etudes du Comminges

Saint-Frajou a aussi donné des hommes de lettres et des militaires. Par exemple, Saint-Frajou est la patrie de René Souriac (1941- ), agrégé d’histoire et spécialiste de l’histoire du Comminges auquel il consacre de nombreux ouvrages.

Depuis 1999, il est Président de la Société d’Etudes du Comminges et de la Revue du Comminges et des Pyrénées centrales.

Saint-Frajou, c’est aussi la patrie de Jean Saint-Raymond (1762-1806), militaire de la Révolution puis de l’Empire. En 1785, il entre soldat au régiment d’infanterie de l’ile Bourbon. En 1791, il est déjà sous-lieutenant dans le 1er bataillon des volontaires du Finistère. Enfin, il est nommé Colonel en 1803.

Fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1803, promu Officier de l’ordre en 1804 et Commandeur en 1805, il participe aux campagnes de Napoléon. En particulier, il se fait remarquer à Austerlitz. Il meurt en 1806 à Nuremberg.

Le Musée d’art moderne de Saint-Frajou

Ksenia Milocevic crée un musée d'Art Moderne à Saint-Frajou
Ksenia Milocevic, fondatrice du Musée d’Art Moderne de Saint-Frajou

Aujourd’hui, Saint-Frajou ne compte que 214 habitants et abrite un riche musée d’art moderne. Le musée de Saint-Frajou est créé en 2010, à la suite de la donation de Ksenia Milicevic, enrichi d’une nouvelle donation en 2016. L’artiste à une résidence secondaire à Saint-Frajou.

Installé dans le bâtiment de l’ancienne école, le musée présente une exposition permanente de toiles de Ksenia Milicevic, ainsi que des sculptures de Gérard Lartigue, Christopher Stone et Jérôme Alaux. Il accueille des expositions temporaires.

Une seconde collection de peintures, sculpture et photographie est en préparation. Elle présentera des œuvres d’artistes comme Niki de Saint Phalle, Victor Moley ou Ana Erra de Guevarra Lynch.

Depuis 2020, le musée travaille en partenariat avec le Musée des Abattoirs de Toulouse.

Mascotte de la Biennale des Enfants (Dessin de Ksenia Milosevic)
Mascotte de la Biennale des Enfants créée par Kenia Milocevic (Dessin de Ksenia Milosevic)

Ksenia Milicevic est née en 1942 en Bosnie-Herzégovine. Elle étudie la peinture et l’architecture. Elle s‘installe comme architecte en Argentine et poursuit en même temps ses études de peinture. Enfin, elle s’installe à Paris en 1982 et a son atelier au Bateau-Lavoir à Montmartre.

Elle fait sa première exposition en 1970. Depuis, elle expose dans les plus grands pays du monde : Etats-Unis, Mexique, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, Russie, etc. En 2010, elle fonde la Biennale de Peintures d’Enfants à Saint-Frajou. Elle réunit des peintures d’enfants de nombreux pays.

Et Saint Frajou ?

Saint Fragulphe par le sculpteur Gérard Lartigue
Saint Fragulphe par le sculpteur Gérard Lartigue  à Saint-Frajou

Il s’agit plutôt de Saint Fragulphe. Tout compte fait, c’est le premier grand homme de Saint-Frajou, village à qui le jeune Fragulphe a laissé son nom. D’ailleurs les habitants s’appellent les Fragulphiens.

Fragulphe nait dans le Savès au VIIIe siècle. Lors d’une invasion des Maures, le jeune homme de 20 ans entraine ses compagnons pour les combattre. Hélas, un Sarrasin lui tranche la tête d’un coup de cimeterre. Sa tête roule jusqu’à un endroit où jaillira une source. Elle laisse trois gouttes de sang qui seraient encore visibles à la fontaine !

 

 

La fontaine miraculeuse de Saint-Frajou
La fontaine miraculeuse de Saint-Frajou

Ses compagnons l’enterrent au sommet de la colline de Serreriis (Serrières). – – Des miracles s’accomplissent et des bénédictins bâtissent un monastère. C’est la première abbaye du Comminges.

Des habitants s’installent. La ville prend le nom du martyr qui sera vite déformé en Fragol, Frajol, puis Frajó (Frajou).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Revue de Comminges et des Pyrénées centrales
Daran, Jacques, 1701-1784 – Observations chirurgicales sur les maladies de l’urethre, traitées suivant une nouvelle méthode
Jean Saint-Raymond (Wikipedia)
Bernadette Molitor – De l’émergence de la pédiatrie dans les maisons des enfants royaux au XVIIIe siècle Article inédit publié sur Cour de France.fr le 28 février 2015.
Musée de peinture de Saint-Frajou
Galerie virtuelle d’art de Ksenia Milicevic
Geocaching sur Saint Frajou




Le lin en Gascogne

De tous temps, le lin se cultive pour ses fibres qui permettent de tisser du linge ou des vêtements. Chaque famille en semait pour ses besoins domestiques. Supplanté par les fibres synthétiques, le lin connait un timide renouveau.

La fabrication du linge et des vêtements

Linum_usitatissimum ou Lin cultivé
Linum_usitatissimum

Culture particulièrement adaptée au sol et au climat du piémont pyrénéen, le lin se plante pour satisfaire les besoins familiaux en linge et en vêtements. Quelques artisans manufacturiers confectionnent des articles pour le compte des familles.

Toute la famille participe aux longs travaux de semis, d’arrachage et de préparation de la fibre de lin. Vieillards et enfants sont mis à contribution pour préparer le fil que les femmes tissent en hiver, saison morte pour les travaux des champs.

Sur la Glèbe, Joseph de Pesquidoux

Jean-François Millet (1814-1875). Le brisage du lin
Jean-François Millet (1814-1875). Le broyage du lin

Dans Sur la Glèbe, Joseph de Pesquidoux écrit :

« Je regrette de n’avoir pas à parler du lin. On n’en fait plus. Chaque métairie autrefois possédait ses planches de lin, et, partant, ses draps et ses torchons, son linge. Rude d’abord, il devenait souple à l’usage, moelleux au toucher, doux au corps. Au printemps, alors que presque toutes les fleurs naissantes sont jaunes, il frémissait en petites vagues bleues, annonciatrices du premier azur. C’était vers Pâques. Il frissonnait au vent des grandes cloches revenues de Rome qui s’ébranlaient pour la Résurrection.

Plus tard, séché, lavé, il passait aux mains des vieilles femmes. Elles filaient à la fin du jour, assises devant leur porte, en parcourant de leurs yeux fanés l’horizon de toute leur vie, en chantonnant des airs anciens, mélancoliques et profonds comme le soir tombant. Le soleil, en s’en allant, ami de leur déclin, baignait de flammes apaisées leur dernier travail, et la quenouille rayonnait entre leurs doigts lents… ».

Le lin dans les trousseaux des mariées

Aspetti di vita quotidiana: Abbigliamento di lino (Italia - 14e siècle)
Aspetti di vita quotidiana: Abbigliamento di lino (Italia – 14e siècle)

Les tissus de lin figurent dans tous les contrats de mariage pour constituer le trousseau de la mariée, par exemple : « huit linsuls dont quatre de lin et quatre d’estoupe, huit serviettes d’aussÿ quatre de lin et quatre autre d’estoupe, six chemises a usage de femme le haut de lin le bas d’estoupe ». Le linge est si solide qu’il se transmet de mère à fille par testament. Il fait aussi l’objet de procès dans les partages au sein de la famille.

 

 

Boeufs recouverts de la manta
Boeufs recouverts de la manta

Le Béarn est renommé pour ses toiles et ses mouchoirs de lin. C’est le plus gros producteur des Pyrénées. En 1782, on y compte 2 000 métiers qui le travaillent. La matière première locale devient vite insuffisante pour satisfaire la demande. Le lin est importé du Maine.

La production familiale décline à partir du XVIIIe siècle, concurrencée par les manufactures et l’arrivée des cotonnades. Les manufactures disparaissent elles aussi, concurrencées par les fibres textiles synthétiques. Les champs de lin disparaissent au début du XXe siècle.

Le vocabulaire gascon du lin

Emile Claus (1849 - 1924) - récolte du lin
Emile Claus (1849 – 1924) – récolte du lin

L’important vocabulaire gascon lié au lin montre bien son importance dans la vie des campagnes. En voici quelques exemples.

Il se cultive au printemps dans un liar (champ de lin). La liada est la récolte. Dans son dictionnaire, l’abbé Vincent Foix nous énumère les opérations nécessaires pour en extraire le fil : lo lin que cau semià’u (le semer).

Bigourdanes_et_leur_quenouille
Bigourdanes_et_leur_quenouille

On dit aussi enliosar), darrigà’u (l’arracher pour ne pas perdre les fibres de la partie basse de la tige), esbruserà’u (le battre, c’est-à-dire l’écraser), tene’u (l’étendre), virà’u (le retourner), malhà’u (le briser), amassà’u un còp aliat (le ramasser quand il est roui), bargà’u (le broyer), arrebargà’u (le broyer une deuxième fois), pietà’u (le peigner), arrepietà’u (le repeigner), hialà’u (le filer), cossejà’u (le dévider), eishalivà’u (le laver), dapà’u (le démêler), teishe’u (le tisser).

….

Outillage pyrénéen de préparation du lin
Outillage pyrénéen de préparation du lin : Broyeur, peignes, banc  – Source : Le site des Patrimoines du Pays des Vallées des Gaves

La tiges est trempée dans l’eau (eishalmivar) pour obtenir une fibre plus fine pour l’habillement ou le linge de maison. La filature « au sec » donne un fil plus épais.

Métier à tisser le lin en 1935
Métier à tisser le lin en 1935

Les qualités de tissus de obtenus sont lo capit, l’estopa moins grossière, l’arcola un peu plus fine et lo lin. On dit qu’un tissu est estopelhat quand la fibre est mélangée avec de l’étoupe.

De nombreux dictons ont rapport au lin : Annada de lin, annada de vin (année de lin, année de vin), Se plau en abriu, lo lin qu’ei corriu (s’il pleut en avril, le lin pousse vite). L’abbé Césaire Daugé nous en donne une autre version : Au mes d’abriu, lo lin que hè lo hiu (au mois d’avril, le lin fait le fil).

Simin Palay, dont le père était tailleur et tissait du lin, nous rapporte diverses expressions liées au lin : Un sordat d’estopa (pour dire une fileuse), Ua lenga d’estopa (une langue peu déliée), Grossièr com l’estopa (grossier, rude, peu civilisé), Un pèu de lin (cheveux lisses et blonds), Estar com un escargòlh dens l’estopa (être comme un escargot dans l’étoupe, c’est-à-dire, embarrassé, gêné).

La culture du lin aujourd’hui

L'arrachage du lin
L’arrachage du lin

Le lin ne représente que 2,4 % des fibres naturelles textiles utilisées dans le monde. Les 2/3 sont produites en Europe.

Avec 95 000 tonnes de fibres de lin textile, la France est le 1er producteur mondial. 75 % de la production mondiale se concentre en Normandie. Cocorico !

L’habillement représente 60 % de la consommation de lin, la maison 30 % (linge de lit ou de table), les textiles techniques 10 %.

Tout est bon dans le lin. L’étoupe est utilisée dans le bâtiment comme isolant. Il sert à la fabrication de matériaux composites pour les sports de loisirs (vélos, tennis skis ….), les papiers fins (cigarettes) ou de haut de gamme pour l’édition, les panneaux de particules, les litières et pailles horticoles.

Un renouveau récent

Production mondiale et production française de lin en 2012
Production mondiale et production française de lin en 2012

La production connait un renouveau spectaculaire en France. Entre 2002 et 2007, les surfaces de production de lin textile sont passées de 30 000 à 75 000 hectares ; celles de production de graines de lin sont passées de 5 000 à 15 000 hectares.

L’huile extraite des graines (liòsa : graine de lin ; bruset : graine de lin non décortiquée) est utilisée dans les peintures, les vernis ou mastics. Depuis 2008, elle n’est plus interdite pour la consommation humaine. Riche en Oméga 3, sa consommation a des effets positifs pour la prévention des risques cardio-vasculaires et de certains cancers. Cette propriété fait utiliser la graine de lin dans l’élevage des poules pour augmenter la teneur des œufs en Oméga 3.

Le Gers est un des principaux producteurs de graines. Quiquiriqui !

Le lin / capsules, graines et fibres
Le lin :  capsules, graines et fibres

Une production qui a de l’avenir

Huile de l'Atelier des Huiles_
Huile de l’Atelier des Huiles à Jegun (32)

Dans une rotation de cultures, le lin présente l’avantage de limiter les maladies et ravageurs qui se conservent dans le sol, de rompre le cycle de certaines mauvaises herbes. Son action sur la structure du sol permet une augmentation de 5 % des rendements de la culture suivante.

Peu gourmand en eau, sa production ne nécessite pas de pesticides. La plante retient les gaz à effets de serre (l’équivalent annuel de 250 000 T de CO2 en Europe). Toutes les parties de la plante sont utilisées.

Le matériau revient à la mode. À Jegun (Gers), l’Atelier des huiles propose une gamme d’huiles biologiques de consommation cultivées et transformées sur place. L’huile servait autrefois à l’éclairage des maisons dans les carelhs ou calelhs.

L’association « Lin des Pyrénées »

Catherine et Benjamin Mouttet
Catherine et Benjamin Moutet

Benjamin Moutet est à l’origine de l’association « Lin des Pyrénées » qui veut créer une filière de production de lin oléagineux et de fibres. Elle bénéfice des aides de l’appel à projet « Pyrénées, Territoire d’innovation » porté par les conseils départementaux des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques.

À Orthez, la filature Moutet produit du « linge basque » en lin. Créée en 1874, elle produit la manta des bœufs, ou lo ciarrèr, toile à fond blanc qui les protège de la chaleur et des mouches.  L’usine qui emploie 250 personnes ne résiste pas à la concurrence internationale. Elle fait faillite en 1998. Catherine Moutet la reprend aussitôt et lui redonne un second souffle.

Filature Moutet à Orthez
Tissage Moutet à Orthez

Le syndicat des tisseurs de linge basque d’origine, présidé par Benjamin Moutet obtient l’indication géographique « Linge basque » en novembre 2020. Le syndicat regroupe les Tissages Moutet et les Tissages Lartigue et Lartigue de Bidos et d’Ascain.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes,  Simin Palay
Le site des Patrimoines du Pays des Vallées des Gaves – 6- Le pèle-porc, l’echépélouquèro, le lin, les lessives, la fenaison et l’épandage
Dictionnaire gascon-français, (Landes), abbé Vincent Foix
Une ancienne culture à Thil : Le lin
La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise  [article] – O. Perez
Lin cultivé — Wikipédia (fr)
Lin (textile) — Wikipédia (fr)
Flax (en) – Wikipedia