La guerre de Gascogne 2– le règne d’Henri II

Nous avons vu (épisode 1) comment s’est formé le duché d’Aquitaine. Par son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, Henri II Plantagenêt, maintenant roi d’Angleterre, gouverne un vaste ensemble territorial, trop puissant pour que le roi de France ne reste sans rien faire.

Des rapports tendus avec Aliénor

Henri II et Aliénor. Extrait d'une miniature d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France, vers 1332-1350, British Library.
Henri II (1133-1189) et Aliénor (1122-1204). Extrait d’une miniature d’un manuscrit des Grandes Chroniques de France, vers 1332-1350, © British Library.

Le règne de Henri II est marqué par une lutte avec les rois capétiens. Il passe les deux tiers de son règne en France, dont sept ans en Aquitaine. La tentative de prendre Toulouse est un échec, Louis VII ayant mis des troupes dans la ville.

Aliénor ne participe pas aux décisions. D’abord, elle a sept enfants qui lui laissent peu de temps pour les affaires publiques. Même si elle remplace son mari à certaines occasions, ses décisions doivent ensuite être confirmées par le roi.

Le roi la prie de résider à Poitiers pour tenir ses vassaux turbulents dans l’obéissance. Là, elle tient une cour brillante de lettrés, d’artistes ; elle fait construire une nouvelle cathédrale. On est bien loin des cours austères de Paris et surtout de Londres.

Et c’est là qu’elle élève son fils préféré, Richard dit le poitevin puis cœur de lion en raison de son courage. Bertrand de Born l’appelle Richard oui ou non en raison de son incapacité notoire à transiger.

Comme sa mère, Richard aime les lettres et la musique. On lui attribue une complainte en occitan : Ja nuls hom pres dont voici un extrait.

Ja nuls hom pres non dira sa razon,
Adrechament, si com hom dolens non;
Mas per conort deu hom faire canson.
Pro n’ay d’amis, mas paure son li don;
Ancta lur es si, per ma rezenson,
Soi sai dos ivers pres.

Nul prisonnier ne dira sa raison
Adroitement, sinon à cœur dolent,
Mais par espoir on doit faire chanson.
J’ai beaucoup d’amis, mais pauvres sont leurs dons ;
Honte soit sur eux si pour ma rançon
Je suis ici deux hivers prisonnier.

Aliénor résidera au Palais des Comtes de Poitiers - Wikimedia Commons
Palais des Comtes de Poitiers – © Wikimedia Commons

La révolte des fils de 1173-1174

En 1154, le Royaume de France est petit comparé à celui d'Henri II roi d'Angleterre
Royaumes de France et d’Angleterre en 1154 – © Wikimedia Commons

En lutte avec le roi de France, Henri II prend conscience de la trop grande étendue de ses territoires et de la fragilité de sa dynastie. Alors, il donne des domaines à ses quatre fils pour préparer sa succession. C’est ainsi que Richard est nommé duc d’Aquitaine, simple titre puisqu’en droit, puisque c’est Aliénor qui est la duchesse d’Aquitaine. Dans les faits, Henri II est autoritaire et continue à gouverner en personne, malgré les récriminations de ses quatre fils.

De plus, Henri II est plus qu’infidèle et il a de nombreux enfants illégitimes. Aliénor finit par se sentir menacée et craint d’être écartée du trône par une rivale. Aussi, elle suscite la révolte de ses quatre fils contre Henri II et même, cherche l’alliance de Louis VII. En pratique, elle pousse ses fils à se rendre à la cour de France.

Henri II n’est pas populaire et « haï par presque tout le monde ».  Les féodaux se soulèvent dans tout le pays, le territoire des Plantagenêts menace de voler en éclats. Mais en quelques mois de combats, Henri II rétablit la situation. Le 30 septembre 1174, les quatre fils font la paix avec leur père.

Henri II entend la leçon

Il fait arrêter et enfermer Aliénor ; sa captivité durera quinze ans. Elle n’est libérée qu’à la mort d’Henri II en 1189. Et elle meurt peu après, à Poitiers en 1204.

Gisant d'Aliénor d'Aquitaine à l'abbaye de Fontevraud
Gisant d’Aliénor d’Aquitaine à l’abbaye de Fontevraud – © Wikimedia Commons

Toutefois, l’alerte est sérieuse. Alors, Henri II se résout à la décentralisation et donne le pouvoir effectif à ses fils sur leurs territoires. Aussitôt, Richard se charge de réprimer la révolte des Gascons qui l’ont pourtant soutenu contre son père ! Changeant d’avis, il se révolte encore contre son père en 1183 et en 1189.

Pendant ce temps, Henri le jeune (1155-1183), successeur désigné d’Henri II est la risée des barons. Il est indécis et n’a aucune autorité. D’ailleurs, le troubadour Bertrand de Born dit de lui :

Le fils d'Henri II, Henri le Jeune, extrait d'une miniature de La vie de Seint Thomas de Cantorbéry, vers 1220-1240.
Henri le Jeune (1155-1183), extrait d’une miniature de La vie de Saint Thomas de Cantorbéry, vers 1220-1240. – © Wikimedia Commons

Ja per dormir non er de Coberlanda
Reis dels Engles ni conqerra Yrlanda,
Ni tenra Angieus ni Monsaurel ni Canda,
Ni de Peiteus non aura la Miranda,
Ni sera ducs de la terra normanda
Ni com platz,
Ni de Bordels ni dels Gascos part Landa
Seigner, ni de Bazats.

Ce n’est pas en dormant qu’il sera de Cumberland
Le roi des Anglais ni qu’il conquerra l’Irlande,
Qu’il tiendra Angers, Montsoreau et Candes,
Ni qu’il aura le tour de guet de Poitiers,
Ni sera duc de la terre normande
Ni comte palatin,
Ni de Bordeaux ni des Gascons au-delà des Landes
Seigneur, ni de Basas.

Deux des fils d'Henri II, Richard Coeur de Lion (1157-1199) & Jean sans Terre (1166-1216)
Richard Cœur de Lion (1157-1199) & Jean sans Terre (1166-1216) – © Wikimedia Commons

L’administration d’Henri II

Bordeaux_en_1229
Bordeaux_en_1229, Henry III étant roi d’Angleterre, et Louis VIII, roi de France, Richard Comte de Cornouailles gouverneur de la Province de Guienne, Savary de Mauléon Commandant en Chef, Mélot Sénéchal de Guienne … (doc. de la Bibliothèque de la Ville de Bordeaux)

Henri II met en place une administration pour encadrer étroitement ses possessions. Il crée un Sénéchal d’Aquitaine qui deviendra Sénéchal de Gascogne quand il ne restera plus que la Gascogne aux Plantagenêts. Représentant le roi, le Sénéchal réside à Bordeaux et est chargé de toutes les affaires intérieures (administration, justice, finances). Muni de pouvoirs militaires, il doit assurer la défense de la Gascogne.

Comme le roi est souvent absent, le Sénéchal a un rôle très important. Aussi, pour éviter qu’il ne prenne trop de pouvoir, il est en principe changé tous les ans. Lors de sa prise de fonction, le Sénéchal fait la tournée des villes pour prêter serment, comme à Saint-Sever :

Que ed lor sera bon senhor et leyau et lor gardera fors et coustumas: eus gardera de tort et de forssa de ssiiu et d’aultruy a son leyau poder

Qu’il leur sera bon seigneur et loyal, et gardera leurs fors et coutumes : qu’il les gardera de tort et de violence de sa part et d’autrui, selon son loyal pouvoir.

Les jurats promettent à leur tour :

Que edz seran audit senescaut bons, fideus, leyaus et obediens; bita et membres lo garderan; bon et fideu conseilh lo deran et secret lo tendran tant com sera audit offici.

Qu’ils seront audit Sénéchal bons, fidèles, loyaux et obéissants ; vie et membres lui garderont ; bon et fidèle conseil lui donneront et le garderont secret tant qu’il sera au dit office .

L’organisation complémentaire

Le Duché d'Aquitaine et ses territoires voisins avant 1337
Le Duché d’Aquitaine et ses territoires voisins avant 1337 © The Gascon Rolls Project (1317-1468)

En temps de crise ou de menace, le roi nomme un Lieutenant dont les fonctions sont purement militaires. Parfois, les fonctions de Lieutenant et de Sénéchal sont occupées par la même personne. L’un deux est Simon de Montfort, comte de Leicester, petit-fils de Simon du chef de la croisade contre Toulouse. Son gouvernement est si mauvais que nous en reparlerons plus loin.

En 1255, la Sénéchaussée des Lannes (Landes) est séparée de celle de Bordeaux et a son siège à Dax. Elle est ensuite divisée en deux petites Sénéchaussées : celle de Bayonne et celle de Saint-Sever.

Le Connétable de Bordeaux est chargé des finances. Tandis que des officiers subalternes tiennent les forteresses (Connétables), d’autres représentent le roi dans les villes (Prévôts).

À tous les postes, Henri II remplace les barons locaux par des Anglais qui lui sont fidèles et plus faciles à surveiller. Mais, cela crée un profond mécontentement parmi les Gascons.

Heureusement, il reste la Cour de Gascogne, cour de justice qui traite des affaires féodales. Henri II n’a de cesse de vouloir diminuer son rôle car elle est une atteinte à l’autorité du roi. Ainsi, il nomme son Sénéchal de Bordeaux à la tête de la Cour de Gascogne. Mais, rien n’y fait, les institutions féodales résistent.

La lutte pour Toulouse

le Royaume d'Angleterre en 1180, à la mort de Henri II
Royaumes de France et d’Angleterre en 1180 © La Classe d’Histoire

Henri II n’abandonne pas son projet de conquérir le comté de Toulouse. Aussi, il cherche des alliés. C’est pourquoi il marie Richard cœur de lion à Bérangère, fille du comte de Barcelone, éternel rival du comte de Toulouse.

En 1159, il attaque Toulouse avec l’aide de Raymond Béranger.  Mais, Louis VII qui est le beau-frère du comte de Toulouse se jette dans la ville avec son armée. Après quelques assauts infructueux, Henri II s’en va. De nouveau, il fait une tentative entre 1162 et 1164. Sans grand résultat. Cependant, ce sont les villes situées le long de la Garonne qui souffrent du passage des armées.

Il recommence encore en 1167, cette fois-ci avec l’aide du roi d’Aragon. Raymond V, pris entre deux feux et ne pouvant plus compter sur l’aide de Louis VII, se soumet et fait hommage à Richard cœur de lion, désormais duc d’Aquitaine.

Remparts de Toulouse
Remparts de Toulouse © https://toulouseetlabrique.wordpress.com/

En 1188, Richard cœur de Lion entre en campagne contre Toulouse. Il prend Moissac et le Quercy, fait des dégâts sur la Garonne et arrive à Toulouse. Philippe Auguste envoie une armée et Richard cœur de lion doit se retirer.

Henri II meurt en 1189, Richard devient roi et part pour la croisade. Toulouse est sauvée.

 

 Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les Plantagenêts – Origine et destin d’un empire,  Jean Favier – Editions Fayard, 2004.
Les comtes de Toulouse,  Jean-Luc Déjean, Editions Fayard, 1988.
Revue de Gascogne,




L’histoire de Carnaval en Béarn

Carnaval est synonyme de fête dans la rue. Il semblerait d’ailleurs que ce soit une fête ancienne. À quoi ressemblait-elle ? Comment a-t-elle évolué ? L’exemple du Béarn.

De quand date la fête de Carnaval ?

Impossible de répondre évidemment. Certains évoquent comme origine ou prémisse les Lupercalia (Lupercales), fêtes qui avaient lieu dans la Rome antique du 13 au 15 février. Il s’agit d’une fête de purification avant de débuter la nouvelle année (alors le 1er mars).

Andrea Camassei, Les Lupercales (vers 1635), Madrid, musée du Prado.
Andrea Camassei, Les Lupercales (vers 1635), Madrid, musée du Prado © Wikipedia

Cette fête était ritualisée. Des prêtres sacrifiaient un bouc dans la grotte du Lupercal où la louve avait allaité Rémus et Romulus. Puis, avec le couteau du sacrifice, le prêtre touchait le front de deux jeunes hommes, vêtus d’un pagne en peau de bouc. Les jeunes hommes couraient ensuite dans la ville de Rome, munis de lanières taillées dans la peau du bouc. Ils en fouettaient les femmes qui se mettaient sur leur passage afin d’avoir un enfant dans l’année. On est quand même assez loin de la fête débridée de Carnaval.

En tous cas, des premiers siècles de notre ère, on n’a pas gardé de trace des fêtes de Carnaval. Mais il faut dire qu’on n’écrivait pas sur les traditions populaires. Cependant, il est probable qu’elles aient existé un peu partout en Europe, que ce soit pour fêter le retour du printemps ou pour précéder le long carême quand l’Église s’appropria et encadra les fêtes païennes. Finalement, il s’agit d’un moment de respiration pour le peuple après la saison hivernale.

Cependant, le plus ancien édit, que nous avons conservé, parlant d’un carnaval, date de 1094 et concerne la République de Venise.

La fête de tous les excès

Des traces que l’on a par chez nous, dès le Moyen-âge, Carnaval est une fête débridée. On rit, on danse, on saute, on court, on mange, on boit, on porte armes et bâtons, on est violent, on déborde, parfois on perturbe les offices ou on pille des maisons. Probablement peu ritualisée, on improvise la fête chaque année.

Dominique Bidot-Germa © Editions Cairn
Dominique Bidot-Germa, historien © Editions Cairn

Dominique Bidot-Germa, maître de conférence en histoire médiévale à l’université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), nous donne des pistes pour comprendre cette fête dans le Béarn. Par exemple, il évoque les pantalonadas et les mascaradas de dimars gras. Car il est à peu près sûr que l’on se masquait, qu’on se déguisait. 

De plus, on pratiquait l’inversion. Une habitude festive fort ancienne, puisqu’on la pratiquait déjà pendant les Sacées à Babylone, 2000 ans avant notre ère. À cette occasion, les esclaves ordonnaient aux maitres. Même chose pendant les Saturnales de la Rome antique.

En Béarn, les hommes mettaient des habits de femmes et les femmes des habits d’homme. On ridiculisait les savants, on opposait l’homme et la bête, le sauvage et le civilisé, etc.

L’Église, puis la Réforme y voyaient des restes de paganisme et des offenses aux bonnes mœurs. Pourtant, ce n’était pas la seule fête ainsi. L’Église elle-même participait activement entre le XIIe et le XVe siècle à la fête des Fous de fin décembre. Les enfants de chœur s’installaient à la place des chanoines, les prêtres faisaient des sermons bouffons, l’on chantait des cantiques à double sens voire franchement obscènes, on honorait l’âne (qui porta la Sainte Famille), on se gavait de saucisses, on se travestissait, etc.

La fête des fous, Pieter van der Heyden (1530?-1576?). Graveur d'après P. Bruegel inventorVan Der Heyden
La fête des fous, Pieter van der Heyden (1530?-1576?),  d’après P. Bruegel © BNF

Stop au carnaval !

Henri d'Albret, roi de Navarre (1503-1555) © Wikipedia
Henri d’Albret, roi de Navarre (1503-1555) © Wikipedia

Dominique Bidot-Germa nous rappelle que les excès de cette fête créait des perturbations qui finissaient parfois en procès. Les gouvernants demandèrent puis exigèrent de la modération. Par exemple, en 1520, Henri II d’Albret, roi de Navarre, émit une ordonnance pour faire cesser les débordements de Carnaval en Béarn.

Nous es estat remonstrat que… en la capere de Noustre Dame de Sarrance a laquau confluexen plusiours personages…  vagamons et autres gens dissoluts… se son trobats et trobades haber cometut auguns actes deshonestes […] et la nueit fen dance dens lous ceptis de la dite capere ab tambourins, arrebics et cansons deshonestes […] dedens la gleise devant la dite image de la bonne Dame.

Il nous a été rapporté que… dans la chapelle de Notre Dame de Sarrance vers laquelle affluent un certain nombre de personnes… vagabonds et autres gens dissolus… ont commis des actes déshonnêtes […] et ont dansé la nuit dans l’enceinte de ladite chapelle avec des tambourins, des sonnailles et des chansons déshonnêtes […] à l’intérieur de l’église devant ladite image de la bonne Dame.

Cela ne suffit pas. Aussi, Jeanne d’Albret y revint et interdit le masque, le chant et la danse dans la rue. Enfin, une autre ordonnance de 1565 condamna las danses publiques, las insolences et autres desbauchamentz.

Mais tout ceci était diversement écouté. Le professeur palois signale par exemple que le corps de la ville de Bruges versait de l’argent aus companhous qui fen lo solas, donc à ceux qui animaient le divertissement.

J. Bosch (v. 1450-1516)- Le combat entre Carnaval et Carême - Museum Catharijneconvent, Utrech© Wikipedia
J. Bosch (v. 1450-1516)- Le combat entre Carnaval et Carême – Museum Catharijneconvent, Utrech© Wikipedia

La canalisation de Carnaval

À partir du XVIe siècle, cette fête populaire attira l’attention des élites. François Rabelais écrivit : Car aulcuns enfloyent par le ventre, et le ventre leur devenoit bossu comme une grosse tonne : desquelz est escript : Ventrem omni-potentem : lesquelz furent tous gens de bien et bons raillars. Et de ceste race nasquit sainct Pansart et Mardygras.

Saint Pançard du Carnaval Biarnés
Saint Pançard du Carnaval Biarnés

Des calendriers, des gravures circulèrent et il est probable, nous dit Dominique Bidot-Germa, que les modèles de carnaval d’autres régions, d’autres pays étaient présentés. En tous cas, petit à petit, apparurent des nouvelles façons de fêter cette période. Et au XVIIIe siècle, la forme se stabilisa : défilé, personnages, mises en scène, jugement de Carnaval firent désormais partie des pratiques.

Le Béarn et Pau en particulier se sont réappropriés carnaval. Un site lui est dédié. Et, pour ne pas oublier qu’il est la suite d’une longue histoire, il vous donne les expressions principales à connaitre en béarnais. Par exemple, ce n’est pas parce que vous batetz la bringa (faites la bringue) que vous devez boire jusqu’à tocar las aucas (tituber).

Et si vous voulez en savoir plus sur le rituel à Pau, pourquoi ne pas relire notre article de 2023 : Saint Pançard revient au pays,  Mardi gras : Sent Pançard que torna au país.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire : aux origines du carnaval, interview de Gilles Bertrand, National Geographic, Julie Lacaze.
Tout savoir sur l’origine du Carnaval.
Mascarades et pantalonadas : le carnaval en Béarn, de la violence festive au folklore (Moyen Âge-XIXe siècle), Actes du 126e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Terres et hommes du Sud », Dominique Bidot-Germa, Toulouse, 2001.    




Louis Saudinos et la culture du Luchonnais

Louis Saudinos est né à Mayrègne, en vallée d’Oueil, près de Luchon. Fils de berger, il
s’intéresse à la culture et à la langue de sa vallée à qui il reste fidèle toute sa vie.

Saudinos, un autodidacte discret

Louis Saudinos faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège © Revue du Comminges 01/01/73 Gallica
Louis Saudinos (à gauche), faisant visiter le Musée de Luchon au Cardinal Saliège (1870-1956) © Revue du Comminges 01/01/73-Gallica (photo non datée)

Louis Saudinos (1873-1962) est ordinairement appelé Loís de Pehauré, du nom de sa maison. C’est courant en Gascogne de donner aux personnes le nom de leur maison.

Enfant, il aide aux travaux des champs, s’occupe des bêtes et fréquente l’école de Mairenha (Mayrègne). En 1887, il entre chez les Frères à Luchon et obtient le brevet. Puis, il devient fonctionnaire aux Contributions indirectes. Surtout, il dévore tous les livres qu’il peut trouver, notamment de psychologie et de sociologie. Et il lit aussi les œuvres de Saint-Augustin qu’il admire.

Jean Jaurès
Louis Saudinos, admirateur de Jean Jaurès (1859-1914)

Comme il s’intéresse aux questions sociales, séduit par les discours de Jean Jaurès, Louis Saudinos adhère à la SFIO et devient franc-maçon. La politique semble l’intéresser quelque peu.  Ainsi, dans le journal Le Petit Commingeois du 1er aout 1948, il prône la constitution d’une régie rurale pour l’exploitation des forêts de Luchon.

Un intérêt marqué pour la vallée

L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1041
L’Écho Pyrénéen du 7 décembre 1941

Cet autodidacte discret s’intéresse au gascon parlé dans sa vallée. Il s’intéresse aussi au patrimoine bâti. Et à la vie des gens, jusqu’à devenir le spécialiste de l’histoire, de la langue et de l’ethnographie de la vallée d’Oueil.

Louis Saudinos écrit beaucoup et publie régulièrement des articles dans la presse locale. Dans L’Echo Pyrénéen des 21 décembre 1941, 4 et 11 janvier 1942, il publie La sentence arbitrale entre les coseigneurs de la vallée de la Baroussse et les coseigneurs de la vallée d’Oueil le 11novembre 1344.

De plus, ses recherches permettent de rétablir l’origine du nom de sa vallée. Dans un article publié le 27 août 1950 dans Le Petit Commingeois, il démontre que la vallée d’Oueil n’est pas la « vallée des brebis » (oelhas = brebis en gascon, prononcer oueillos) mais « la vallée des sources » (uelh = source en gascon, prononcer oueill).

Louis Saudinos aétidié toute sa vie les traditions de la Vallée d'Oueil © Balades et Bricolages
La Vallée d’Oueil © Balades et Bricolages

Louis Saudinos, une vie de collecte de mots et d’objets

Son carnet à la main, assis dans une auberge, il écoute ses interlocuteurs et note soigneusement leurs propos. Comme il n’a pas de voiture, il parcourt les vallées du pays de Luchon en car. Tout comme Félix Arnaudin, il rémunère ses interlocuteurs en fonction du temps passé. Tout bonnement, Louis Saudinos leur offre à boire, des sucreries ou des cigarettes.

Le Petit Commingeois du du 2 mai 1954
Le Petit Commingeois du 2 mai 1954

Son recueil fait l’objet de publications. Ainsi, dans Le Petit Commingeois des 3 et 9 avril 1949, il publie un article remarquable : « L’ours guette et attaque les troupeaux » dans lequel il explique les rapports entre les bergers et l’ours. Le chien de montagne est important pour la défense des troupeaux. Et cela se sait depuis longtemps. Par exemple, le 15 Pluviôse an VI, le conseil municipal de Castillon délibère pour acheter chaque année deux chiens de montagne et les affermer aux bergers. De même, il décrit une attaque de chevaux déjouée par l’organisation du troupeau qui fait face. Ou encore, une attaque d’un troupeau de vaches déjoué par la rangée de cornes qui l’affrontent. Et de conclure : En définitive, l’ours n’apaise le lancinant souci de sa pitance qu’auprès d’animaux isolés occasionnellement, ou bien de troupeaux de moutons non gardés.

Louis Saudinos publie aussi un ouvrage sur la culture familiale du lin et du chanvre dans lequel il décrit leur culture, leur récolte, leur préparation et leur tissage en utilisant les mots gascons de sa vallée pour chaque opération.

La collecte d’ethnographie donnée au Musée de Luchon

Louis Saudinos est un des fondateurs du musée de Bagnères-de-Luchon situé à l'Hôtel de Lassus - Nestier (1772),
Bagnères-de-Luchon Hôtel de Lassus – Nestier (1772), siège du Musée de Luchon et de l’Office du Tourisme

Lors de ses tournées, Louis Saudinos visite les granges et les greniers à la recherche des objets de la vie courante devenus inutiles. Les gens disent : Saudinòs que s’ei tornat hòu (Saudinos est devenu fou). D’autres le surnomment le peilharòt (le chiffonnier).

Cependant, il finit par récolter une masse considérable d’objets. Il les lègue au Musée de Luchon qu’il contribue d’ailleurs à créer en 1922.  Et sa collection ethnographique est aujourd’hui la plus riche de tout le sud de la France !

Le Musée de Luchon, aujourd’hui fermé pour des raisons de sécurité, occupe l’hôtel de Lassus-Nestier. Cet hôtel avait été construit en 1772 pour le séjour du duc de Richelieu venu prendre les eaux. Outre la collection d’ethnographie de Louis Saudinos, il abrite la collection archéologique de Julien Sacaze, la collection de lithographes, dessins et estampes de Bertrand de Gorsse, ainsi que d’autres collections sur les sports d’hiver à Superbagnères, le thermalisme, la faune, la flore et la géologie du pays de Luchon.

Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie
Une salle du Musée consacrée à l’ethnographie

Louis Saudinos est membre de l’Académie Julien Sacaze depuis 1939. Il en est le vice-Président en 1955 et 1956 puis le Président en 1957 et 1958. Il présente de nombreuses communications à l’Académie et publie des articles dans la presse locale.

Outre les notices des collections d’ethnographie du Musée de Luchon, il publie « Le quillier pyrénéen » dans le journal L’Echo Pyrénéen du 20 juin 1941, « Les jeux populaires dans le canton de Luchon » dans ce même journal du 13 avril 1942 et repris dans la Revue de Comminges du 1er trimestre 1975.

Son travail contribue à la connaissance des us et coutumes de la vallée d’Oueil et du pays de Luchon.

Louis Saudinos et le gascon

Louis Saudinos était membre de l'Escolo deras Pirenéos
Armanac dera Mountanho – Escolo deras Pirenéos 1934

Amoureux de la langue et de la culture locale, Louis Saudinos aimait à dire : En patoès, nat mot ne put (En patois, aucun mot ne pue).

Il recueille une liste impressionnante de mots et de toponymes de sa vallée d’Oueil et du pays de Luchon et publie des articles dans Le Petit Commingeois. Par exemple (extrait) : Au lieu de Lichoulan, rien de visible ne permet de comprendre le pourquoi de cette désignation. Mais le dépouillement des délibérations du conseil municipal au XIXe siècle, lève l’énigme. Anciennement, sur les pâturages agrestes de Lichoulan florissait, au cours de l’été, l’industrie familiale du fromage de chèvre. Or, le premier lait des femelles, après mise bas, est appelé Lichoun, soit, le terme français de colastrum. De là le Lichoulan.

Outre les articles publiés dans les journaux de Luchon, Louis Saudinos publie un Essai d’un vocabulaire commingeois local préfacé par le professeur Jean Séguy. Suivra La toponymie du canton de Bagnères de Luchon qu’utiliseront Fritz Krüger, le célèbre dialectologue allemand, et Jean Séguy, auteur du l’Atlas linguistique de la Gascogne.

Armanac de la Gascougno-1951
Louis Saudinos, Armanac de la Gascougno-1951

Louis Saudinos est membre de l’Escolo deras Pireneos depuis sa création par Bernard Sarrieu en 1904. Il écrit aussi des articles en gascon, comme ce petit poème dans l’Armanac de la Gascougno de 1951, p. 18 : Enta-s quequerejaires.

Toute sa vie, Louis Saudinos est resté fidèle à sa vallée d’Oueil. Fils de berger, autodidacte, il a entrepris un travail considérable de collecte de mots et d’objets ethnographiques de sa vallée et du pays de Luchon. Sans lui, nous aurions sans doute perdu une partie de notre patrimoine et de notre mémoire collective.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le Petit Commingeois
Un centenaire : Louis Saudinos (1873–1962), créateur des collections d’art populaire du musée de Luchon. Jean Castex, Revue du Comminges 01/01/1973
L’industrie familiale du lin et du Chanvre, Annales de la Fédération Pyrénéenne d’économie Montagnarde, Tome IX, années 1940 – 1941. Gallica.fr
Idiome du Haut-Comminges par Louis Saudinos, Le Petit Commingeois du 28 février 1954
Préface à une étude linguistique de L. L. Saudinos, Jean Séguy, Revue du Comminges 01/01/1955
Louis Saudinos, bibliographie
Luishon pour les curieux – Guide au éditions Reclams




La guerre de Gascogne 1- Le duché d’Aquitaine

Premier volet – le Duché d’Aquitaine

Ce que nous appelons la « guerre de Gascogne » est plus connue sous le nom de la « guerre de cent ans » qui, dans les faits, a duré plus de 300 ans. L’origine de cette guerre se trouve en Gascogne et une grande part des opérations s’y sont déroulées. Remontons le temps.

Les origines du conflit

Le duché de Gascogne vers 1030 © Wikipedia
Le duché de Gascogne vers 1030 © Wikipedia

Les origines du conflit sont anciennes et résultent de plusieurs crises de succession.

Guilhem Sanç est comte et duc de Gascogne de 961 à 996. Il épouse Urraca, fille du roi de Pampelune, et a cinq enfants. Bernat-Guilhem lui succède mais meut sans postérité en 1009. Son frère Sanç-Guilhem devient à son tour comte et duc de Gascogne, puis comte de Bordeaux jusqu’en 1032. Sa sœur Brisca épouse Guilhem V qui est comte de Poitiers et duc d’Aquitaine. Les acteurs du drame sont en place !

À la mort de Sanç-Guilhem en 1032, son neveu Odon de Poitiers hérite du duché de Gascogne et du comté de Bordeaux. Il disparait en 1039 et Bernat, comte d’Armagnac, surnommé Tumapalhèr en gascon (Tumapaler en français), devient comte de Gascogne. [NB: tuma-palhèr veut dire littéralement heurte-meule ; se dit d’une personne sournoise ou taciturne.]

Mais en 1044, Guilhem VIII de Poitiers devient comte de Bordeaux et conteste la Gascogne au comte d’Armagnac. L’affaire se termine à la bataille de La Castelle (près de Grenade sur Adour) en 1063. Bernat Tumapalhèr doit vendre à Guilhem VIII ses droits sur la Gascogne pour 15 000 sous. Les duchés de Gascogne et d’Aquitaine sont désormais réunis.

Pourtant, même réunis sous une même autorité, les cours de Poitiers et de Gascogne siègent séparément.

Les ducs d’Aquitaine et le comté de Toulouse

Guilhem VIII de Poitiers a réuni les deux duchés et on ne parle plus désormais que du duché d’Aquitaine.

Guillaume IX
Guillaume IX

Son fils est le fameux troubadour Guilhem IX. Il devient comte de Poitiers, duc d’Aquitaine et de Gascogne en 1086. Il n’a que 15 ans, d’où son surnom de Guilhem lo joèn/ Guillaume le jeune.

Guilhem IX épouse Filippa, fille de Guilhem IV comte de Toulouse. Celui-ci meurt en 1094 au cours d’un pèlerinage, sans laisser de descendance. Selon le testament de son grand père, le comté de Toulouse revient à Raimon (dit Raymond de Saint-Gilles), son frère cadet.

Guilhem IX ne l’entend pas ainsi et revendique le comté de Toulouse au nom de sa femme qui passe avant Raimon dans les droits successoraux. Il est vrai que s’il ajoutait le comté de Toulouse à son duché d’Aquitaine, il gouvernerait presque tout le sud de la France et aurait un accès direct à la Méditerranée !

Lorsque Raimon part pour la Terre Sainte en 1098, Guilhem IX en profite pour occuper Toulouse. Ce sont les moines du chapitre de Saint-Sernin qui le font rentrer dans Toulouse car ils sont en conflit avec leur comte. Guilhem IX part à son tour en Terre Sainte en 1101 et les Toulousains en profitent pour chasser ses troupes. Qu’importe, il reprend Toulouse de 1113 à 1123 mais en est de nouveau chassé.

Alienòr, petite-fille de Guilhem IX fera une nouvelle tentative en 1141 avec l’appui du roi Louis VII qui met le siège devant Toulouse. C’est un échec, les Toulousains résistent. En 1159, Henri II d’Angleterre attaque Toulouse. Cette fois-ci, Louis VII met des troupes dans la ville pour la défendre. Henri II doit lever le siège au bout de trois mois mais, comme nous le verrons, ce n’est pas sa dernière tentative de prendre Toulouse.

Le duché d'Aquitaine et le comté de Toulouse vers 1180
Le duché d’Aquitaine et le comté de Toulouse vers 1180

Guilhem IX lo Trobador

Homme de guerre redouté, Guilhem IX (1071-1126) est aussi troubadour. Sa cour de Poitiers est brillante, sans doute l’une des plus raffinées d’Europe. Il y accueille les meilleurs artistes de l’époque.

Les poèmes en occitan de Guilhem IX sont les plus anciens connus, du moins qui ne soient pas d’inspiration religieuse. On lui attribue 11 chansons d’inspiration galante. C’est d’ailleurs le précurseur de l’amour courtois.

Voici l’une de ses chansons (extrait) :

Farai chansoneta nueva
ans que vent ni gel ni plueva.
Ma dona m’assaya e·m prueva
quossi de qual guiza l’am;
e ja per plag que m’en mueva,
no·m solvera de son liam.

Deux musiciens des Cantigas de Santa Maria
Deux musiciens des Cantigas de Santa Maria

qu’ans mi rent a lieys e·m liure,
qu’en sa carta·m pot escriure;
e no m’en tenguatz per yure
s’ieu ma bona dompna am,
quar senes lieys non puesc viure,
tan ai pres de s’amor gran fam.

Je ferai chansonnette nouvelle
avant qu’il vente, pleuve ou gèle.
Ma dame me teste, m’éprouve,
pour savoir combien je l’aime ;
et elle a beau me chercher querelle,
jamais je ne renoncerai à elle.

Je me rends à elle, je me livre
Elle peut m’inscrire en sa charte ;
Et ne me tenez pour ivre
Si j’aime ma bonne dame,
Car sans elle je ne puis vivre,
Tant de son amour j’ai grand faim.

Guilhem lo trobador meurt en 1126. Guilhem X (1099-1137) lui succède puis, en 1137, le duché d’Aquitaine revient à Alienòr.

La duchesse Aliénòr d’Aquitaine

Raymond de Poitiers accueille Louis VII à Antioche
Raymond de Poitiers accueille Louis VII à Antioche

Alienòr (1102-1204) est la fille de Guilhem X d’Aquitaine.

Le 25 juillet 1137, elle épouse Louis de France. La cérémonie a lieu à Bordeaux. À Poitiers, Alienòr et Louis sont couronnés duc et duchesse d’Aquitaine. Quelques mois plus tard, Louis devient roi de France sous le nom de Louis VII. Alienòr est couronnée reine de France à Bourges le jour de Noël.

À Paris, Alienòr fait venir des troubadours et introduit les modes vestimentaires de son pays, jugées extravagantes par une cour austère. Alienòr est critiquée. Le couple est mal assorti mais a deux filles. En 1141, Louis VII tente une expédition pour conquérir Toulouse au nom des droits de sa femme, continuant ainsi la politique des ducs d’Aquitaine envers le comté de Toulouse.

Le 25 décembre 1145, Louis VII annonce son départ pour la Terre Sainte. En 1147, il prend l’oriflamme et emmène une armée. Alienòr est du voyage car plusieurs de ses vassaux d’Aquitaine y participent et la contribution financière de son duché est importante.

Henri II et Alienor
Henri II et Alienor

La croisade est un échec. À Antioche, Alienòr retrouve son oncle Raimon de Peitèus (Raymond de Poitiers). Ils ne se quittent plus et parlent en occitan, langue que ne comprend pas Louis. Il veut aller à Jérusalem tandis qu’Alienòr veut rester à Antioche avec ses vassaux aquitains pour aider Raymond de Poitiers. C’est la dispute et ce n’est, semble-t-il, pas la première.

En 1149, Alienòr et Louis rentrent en France. Le mariage est finalement annulé en 1152 pour un motif de consanguinité. C’est bien pratique !

Un an plus tôt, Alienòr rencontre à Paris Henri Plantagenêt (1133-1189), fils du comte d’Anjou et du Maine. C’est le coup de foudre. Huit semaines après l’annulation de son mariage, Alienòr épouse Henri Plantagenêt.

Un an plus tard, Henri Plantagenêt devient roi d’Angleterre sous le nom d’Henri II. Henri et Alienòr sont couronnés à Londres le 19 décembre 1154. Le couple a huit enfants dont Richard (1157-1199) dit Cœur de Lion et Jean (1166-1216) dit Jean sans Terre.

Une situation inédite

France et Angleterre en 1154
Les possessions des Plantagenets et du roi de France

Louis VII de France a laissé échapper la plus belle perle de son royaume, l’Aquitaine.

Henri Plantagenet possède déjà l’Anjou, le Maine et la Normandie. Par son mariage avec Alienòr, il étend ses possessions à l’Aquitaine. Maintenant roi d’Angleterre, Henri II est à la tête d’un vaste domaine, bien plus grand que celui du roi de France qui couvre à peine l’actuelle Ile de France.

Henri II est vassal du roi de France et personne n’y trouve à redire. Mais c’est un vassal dangereux parce que trop puissant. Et puis, un roi d’Angleterre peut-il être le vassal d’un autre roi ? Les complications sont à venir.

Philippe Auguste n’a de cesse de lutter contre Henri II pour récupérer des territoires, Il bat la coalition de Henri II et de l’empereur d’Allemagne à Bouvines. En 1216, il envoie son fils Louis envahir l’Angleterre. En quelques semaines, Londres est prise. Le combat entre les deux rois ne se limite pas à l’Aquitaine.

Références

Les Plantagenêts – Origine et destin d’un empire, Jean Favier – Editions Fayard, 2004.




Sent Liser, Sent Gironç, les deux sœurs ennemies

En Couserans, pays gascon, faut-il le rappeler, Sent Líser / Saint-Lizier et Sent Gironç / Saint-Girons, sont séparées de seulement deux kilomètres. C’est suffisant pour animer une rivalité séculaire.

La plus ancienne : Sent Liser

Le site de Sent Líser (Saint-Lizier) est occupé depuis la préhistoire. D’ailleurs, Félix Regnault (1847-1908), libraire toulousain, découvre l’abri de Montfort avec du mobilier remontant au Magdalénien (-17000 à -14000 avant Jésus-Christ). De même, Édouard Piette (1827-1906), lors de ses fouilles entre 1889 et 1892, découvre d’autres objets plus récents.

Saint-Lizier (Sent Liser) N-Dame de la Sède et reste des remparts romains © Wikimedia
Saint-Lizier (Sent Liser) N-Dame de la Sède et reste des remparts romains © Wikimedia

Sent Líser est la capitale du peuple des Consoranii qui donnent leur nom au Couserans. Ainsi, sous les Romains, elle devient Lugdunum Consoranorum. On voit encore une partie des remparts romains sur l’enceinte du palais des évêques.

C’est le siège de l’évêché du Couserans jusqu’à la Révolution française de 1789. Il se trouve en face du Mont Valier (2 838 mètres), sommet tutélaire du Couserans. On l’appelle aussi Mont Saint Valier en souvenir de Valérius, premier évêque du Couserans au IVe siècle.

La ville se développe au Moyen-âge. On construit même deux cathédrales : l’une dans l’enceinte du palais des évêques, l’autre dans la ville qui sert d’église paroissiale.

Sent Líser est plusieurs fois copieusement ravagée. Pendant la croisade contre les Albigeois, son évêque prend le parti de Simon de Montfort. Alors que le vicomte du Couserans prend celui du comte de Toulouse. C’est l’occasion de régler quelques comptes. Puis la ville est une nouvelle fois ravagée pendant les guerres de religion.

Le Mont Valier (2 838 m)
Le Mont Valier (2 838 m) © Patrimoine Seixois

La plus récente : Sent Gironç

Les Romains occupent le site de Sent Gironç (Saint-Girons). Situé près du Salat, c’est un site commode et agréable.

Saint-Girons (Sent Gironç), le pont vieux et l'église
Saint-Girons (Sent Gironç), le pont vieux et l’église

Une petite ville existe au début du XIIe siècle. Vite, elle prend son essor, en 1256, avec la création d’une bastide en paréage entre Alphonse de Poitiers et l’évêque du Couserans. Sent Gironç n’a conservé aucun reste de cette époque car le grand incendie de 1721 l’a détruite entièrement.

Une rivière, le Salat traverse Sent Gironç. Des moulins à farine, des scies, des foulons, des forges s’installent et font sa prospérité. Et le fonctionnement des moulins à eau donne l’idée à Aristide Bergès (1833-1904) de se servir de la puissance du courant pour fabriquer de l’électricité. Ainsi, il fonde la première usine hydro-électrique en 1867 dans l’Isère.

Saint-Girons, papèterie Job
Saint-Girons, papèterie Job

Ce génial inventeur nait à Lòrp e Senta Aralha (Lorp-Sentarailles), commune voisine de Sent Gironç. Son père est fabricant de papier. Il faut dire que cette industrie, présente depuis le XVIe siècle, fait la fortune de la ville. Elle prend son essor aux XVIIIe et XIXe siècles puis, concurrencées par d’autres pays, les usines ferment les unes après les autres. L’usine de Lédar qui fournit le papier pour la presse régionale ferme en 2008, puis l’usine de papier à cigarettes JOB, etc. Il ne reste plus que la papeterie familiale Léon Martin, seul fabricant français de papier de soie blanc.

Puis le chemin de fer

Un des tunnels de la ligne abandonnée St Girons-Lérida
Un des tunnels de la ligne St Girons-Lérida jamais terminée

Avec l’arrivée du chemin de fer, Sent Gironç devient une plaque tournante des transports ferroviaires en Couserans. On ouvre la ligne de Bossens (Boussens) à Sent Gironç en 1866. Celle vers Fois (Foix) en 1903. Un tramway relie la ville à Castilhon (Castillon) et à Santenh (Sentein) en 1911. Une autre ligne doit remonter le Salat, traverser los Pirenèus (les Pyrénées) par le pòrt de Salau et rejoindre Lerida en Espagne. Si cinq tunnels sont construits, on ne pose pas les rails. Puis, les lignes ferment les unes après les autres.

De nouveau réunies dans la même famille

La communauté de communes de Couserans-Pyrénées dont le siège est à Sent Líser réunit Sent Gironç et Sent Líser. Elle regroupe 94 communes. Et voilà l’ancienne vicomté du Couserans de nouveau unie. Les deux villes sont différentes.

Saint-Lizier (Sent Liser) - Peinture de la cathédrale N-D de la Sède, une sibylle
Saint-Lizier (Sent Liser) – Peinture de la cathédrale N-D de la Sède, une sibylle

Sent Gironç est industrieuse : commerces, industries, services. D’ailleurs, on aménage une vaste zone d’activités entre les deux villes. Pourtant, malgré quelques succès notables, l’agglomération souffre de son éloignement des grandes voies de circulation.

Sent Líser est touristique. Le palais des évêques, tour à tour mairie, prison, asile d’aliénés et hôpital, prend sa vocation touristique en 1969. Puis, après d’importants travaux de restauration, le palais devient Musée départemental de l’Ariège en 1992. Il reçoit les collections d’arts et traditions populaires.

De plus, on trouve des peintures Renaissance dans la cathédrale. Alors, on démarre une restauration. Et on inscrit le bâtiment à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques et au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Le département lance une opération de restructuration du palais avec résidence de tourisme, restaurant et pôle culturel.

L’autre cathédrale comporte un magnifique cloitre. De plus, l’ancien hôpital conserve une pharmacie complète du XVIIIe siècle.

Finalement, les deux sœurs ennemies sont maintenant complémentaires.

Le cloitre de la cathédrale Saint-Lizier
Le cloitre de la cathédrale Saint-Lizier (Sent Liser)

Le gascon du Couserans

La Narbonnaise romaine comprend le pays des Consoranii. Puis, au Haut Moyen-âge, celui-ci rejoint le comté de Foix. Vers 1180, le Couserans est rattaché au Comminges. Puis, Roger, fils cadet du comte de Comminges, fonde la vicomté de Couserans sous le nom de Roger Ier de Comminges-Couserans.

Miqueu Pujol
Miquèu Pujol

C’est ce qui explique que le Couserans est un pays gascon dont le parler spécifique fait la liaison entre le gascon et le languedocien. Miquèu Pujol natif d’Ercé, auteur de nombreux articles dans la revue Reclams et de chroniques savoureuses dans beaucoup d’autres publications, écrit en gascon du Couserans.

Coma eth “pommier du Japon” qu’an plantat, qu’a florit dus meses a e qu’a resistat a vents, plojassadas, nhèu, freg, qu’està tostems florit, e que m’aufreish cada maitin aqueth bruishon ròse que’m sauta aths uelhs. (extrèit de Eth gran desencantament, Miquèu Pujol)

Comme le pommier du Japon qu’on a planté, qui a fleuri il y a deux mois et qui a résisté aux vents, aux pluies, à la neige, au froid, qui reste tout le temps fleuri, et qui m’offre chaque matin ce buisson rose qui me saute aux yeux. (extrait de Le grand désenchantement, Michel Pujol)

Comme dans les autres pays de Gascogne, beaucoup d’érudits s’intéressent à la langue et aux traditions du Couserans. Par exemple, Louis Lafon de Sentenac (1893-1986) publie un Recueil de Noëls de l’Ariège en patois languedocien et gascon en 1887 ; Pierre Castet (1857-1936), curé d’Ucheintein, publie Proverbes patois de la vallée de Biros en Couserans en 1889, suivi de Proverbes patois du Couserans : nouvelle série en 1902.

Le Couserans a aussi ses Félibres comme Jean-Marie Servat (1867-1947) de Massat. Il est membre de L’Escòlo deras Pireneos fondée en 1904 par Bernard Sarrieu. Il écrit La Masadèla.

La Masadèla (extrait)

Jean-Marie Servat, le félibre de Massat
Jean-Marie Servat, le félibre de Massat

Qu’èm les enfants libris e fièris
De las montanhas de Massat
Al progrès vengudis derrèris
Qu’avel l’ama del temps passat
Tanben fora dels camps de lina
L’esgüeg e l’ernha mos mina
E que cantam e que cantam

O mèo païs, qu’ès tant mistos e tant polit

Nous sommes les enfants libre set fiers
Des montagnes de Massat
Au progrès venu en dernier
Nous avons l’âme du temps passé
Aussi hors des champs de lin
L’ennui et la hargne nous minent
Et nous chantons et nous chantons :

Oh ! mon pays, tu es si aimable et si joli

Le gascon est toujours vivant en Couserans. Une école Calandreta est ouverte à Sent Gironç depuis 2016. L’Ostau Comengés et le Cercle Occitan de Saint-Girons mènent des actions en partenariat avec le Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Vallier, évêque de Saint Lizier
Saint_Lizier
Saint-Girons
Dans les coulisses du palais des évêques
Jean-Marie Servat, le félibre de Massat




Édouard Piette, le préhistorien

Édouard Piette (1827-1906) est un archéologue et préhistorien à l’origine de nombreuses découvertes en Gascogne.

Édouard Piette, des Ardennes à la Gascogne

Edouard Piette
Edouard Piette  (1827-1906)

Édouard Piette est Ardennais. C’est un avocat qui exerce dans le nord de la France. Il devient juge de paix et termine sa carrière comme juge au tribunal d’Angers. Et c’est aussi un géologue amateur qui s’intéresse à l’archéologie et à la préhistoire. Il fait de nombreuses découvertes dans sa région.

En 1871, il se voit prescrire une cure à Luchon. Là, il s’intéresse à la préhistoire des Pyrénées. Il dirige les fouilles de la grotte de l’éléphant à Gourdan-Polignan, celles de la grotte d’Espalungue (Espaluga en gascon veut dire grotte) près d’Arudy, celles de Lortet (ortet en gascon veut dire petit jardin), en Bigorre, celles du Mas d’Azil en Ariège et celles du site de Brassempouy dans les Landes.

Édouard Piette fouille aussi des tumuli du plateau de Lannemezan et du plateau de Ger en compagnie de Julien Sacaze. Lors de la construction de la gare d’Eauze, il sauve des inscriptions lapidaires gallo-romaines.

Plus tard, en 1881, alors qu’il est en cure à Cauterets , il publie un opuscule pour faire part d’une de ses découvertes. Dans sa préface, il écrit : Je viens d’apprendre que des individus plus pressés que moi voulaient publier ces inscriptions, [….]. Dans tous les pays, il y a de ces flibustiers de la science toujours prêts à s’emparer des découvertes d’autrui et à se mettre en travers d’une publication commencée par un autre. Ils pensent se faire valoir et ne mettent en relief que leur indélicatesse.

L’impressionnante collection d’Édouard Piette

Abbé Henri Breuil (1877-1961)
Abbé Henri Breuil (1877-1961)

Avec toutes ces fouilles, Édouard Piette rassemble une impressionnante collection d’objets préhistoriques dans sa propriété des Ardennes. Et il l’ouvre à l’abbé Henri Breuil (1877-1961) surnommé « Le Pape de la Préhistoire ». D’ailleurs, c’est l’abbé Breuil qui établit la chronologie préhistorique et la classification des industries lithiques (industries préhistoriques de la pierre). Il s’intéresse aussi à l’art pariétal et décrit les peintures des grottes du Tuc d’Audoubert et des Trois-Frères à Montesquieu-Avantès (Couserans) et celles de la grotte de Marsoulas (Comminges).

En 1902, Édouard Piette donne sa collection de 10 000 objets au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye. C’est la plus riche collection d’objets préhistoriques au monde.  Ainsi, le public peut en découvrir une partie dans la salle Piette ouverte en 2008.

La Dame de Brassempouy

Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936)
Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936)

En 1880, on découvre la grotte du pape à Brassempouy. Pierre Eudoxe Dubalen (1851-1936), fondateur du Musée d’histoire naturelle de Mont de Marsan, entreprend de la fouiller. Aujourd’hui, le musée n’existe plus et ses collections dorment dans les réserves du musée de sculptures Despiau-Wlérick.

Douze ans plus tard, P-E. Dubalen découvre la Vénus de Brassempouy (aussi appelée Vénus à la poire) qu’il ne montre pas aux membres de l’Association Française pour l’Avancement des Sciences en visite à Brassempouy. Accusé de vol, Édouard Piette mène contre lui une violente campagne de dénigrement. Il faut dire qu’ils ne sont pas d’accord sur le classement des périodes préhistoriques.

Édouard Piette reprend les fouilles sur le site en 1894 et découvre la Dame de Brassempouy. Rien de spectaculaire. La statuette en ivoire de mammouth mesure 3,65 cm de hauteur. Pourtant, elle a été sculptée il y a 25 000 ans : c’est la plus ancienne représentation humaine connue dans le monde.

Édouard Piette découvre la Dame de Brassempouy © Wikipedia
Dame de Brassempouy © Wikipedia

La Maison de la Dame de Brassempouy ouvre au public en 2002. Elle rassemble les objets trouvés dans la grotte du Pape et notamment la reproduction de la fameuse Dame de Brassempouy et des 8 autres statuettes découvertes en même temps dans cette grotte.

On peut aussi y voir une reproduction de plusieurs autres statuettes découvertes en Europe, dont la fameuse Vénus de Lespugue. Henri Delporte, ancien directeur du Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye, qui termine les fouilles de Brassempouy en 1994, les offre au musée.

La grotte du Mas d’Azil

Située le long de l’Arize, la grotte présente un immense porche d’entrée. En 1857, une route la traverse.

L’abbé Jean-Jacques Pouech (1814-1892) mène des fouilles pendant 40 ans. Il s’intéresse aux nombreux ossements de mammouths, d’ours des cavernes et de rhinocéros. Trente ans plus tard, en 1887, Édouard Piette mène aussi des fouilles. Et il découvre des sculptures et des gravures, tandis que son ami Henri Breuil s’intéresse aux peintures pariétales de la grotte : bisons, chevaux, cerfs, poissons.

Au Mas d’Azil, Édouard Piette découvre des éléments de civilisation qu’il appelle l’Azilien. C’est le chainon manquant dans l’histoire de l’Humanité entre ce que l’on appelle l’âge du renne et l’âge de la pierre polie.

Puis, les fouilles reprennent en 1937 et permettent de découvrir un important lieu d’occupation humaine du Magdalénien. Ainsi, ils trouvent le propulseur dit du Faon aux oiseaux.

La grotte du Mas d’Azil est aménagée pour l’accès des visiteurs et le musée de la préhistoire a ouvert en 1981.

Au Mas d’Azil, Édouard Piette découvre des éléments de civilisation qu’il appelle l’Azilien : Harpons, propulseur dit du faon aux oiseaux, galet peint
Grotte du Mas d’Azil : Harpons, propulseur dit du faon aux oiseaux, galet peint

Les autres grottes explorées par Édouard Piette

La grotte des Espélugues (Espeluga en gascon veut dire la grotte) se trouve à environ 200 mètres de la grotte Massabielle (massavielha en gascon veut dire vieille masse ou vieux rocher) à Lourdes. Elle est lieu de fouille à partir de 1850. Et on y découvre des mains peintes, ainsi que la statuette en ivoire du cheval de Lourdes. M. Teilhac, conservateur des hypothèques à Lourdes, constitue une belle collection qui sera donnée à la Société archéologique du Tarn et Garonne en 1892. Édouard Piette publie les travaux de M. Teilhac.

Entre temps, Édouard Piette fouille la grotte de l’éléphant à Gourdan-Polignan entre 1871 et 1874. Elle présente des peintures rupestres éclairées par la lumière du jour, ce qui est extrêmement rare.

En 1873, il découvre la grotte de Lortet (Hautes-Pyrénées). Elle renferme des restes d’animaux et de nombreux objets, surtout des harpons et des flèches à barbes qui font la singularité de la grotte. Un bois de renne est gravé de rennes et de saumons. On distingue parfaitement les poils et les écailles.

À la vue des signes gravés sur des os ou de l’ivoire, Édouard Piette pense aux hiéroglyphes égyptiens. Peut-être y a-t-il un lien entre ces deux civilisations ? Alors, il interroge les plus éminents spécialistes de l’Égypte ancienne mais ses questions restent sans réponse.

Les recherches d’Édouard Piette ont largement contribué à la connaissance de la préhistoire en Gascogne. Les objets issus de ses fouilles, et celles des autres inventeurs, sont regroupés au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye et au Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse.

Statuette du cheval de Lourdes (65), canine percée de Gourdan-Polignan (31), Vénus de Lespugue (31)
Statuette du cheval de Lourdes (65), canine percée de Gourdan-Polignan (31), Vénus de Lespugue (31)

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La collection Édouard Piette
L’Azilien pyrénéen : une culture originale ? Michel Barbaza, Sébastien Lacombe, 2005
L’art pendant l’Age du renne, Édouard Piette, 1907
La montagne d’Espiaup, Édouard Piette,  Juline Sacaze,1877




Auch, aujourd’hui et demain

Après la Révolution Française, Auch s’était assoupie. L’ancienne capitale de la grande Généralité d’Auch n’était plus qu’un chef-lieu de département, mal desservi. Même les autoroutes l’ont évitée ! Heureusement, la ville ne manque pas d’atouts. Et depuis plusieurs décennies, elle prend son destin en main.

Auch se protège des débordements du Gers

Auch, inondations du Gers en 1977
Auch, inondations du Gers en 1977

Le Gers qui traverse Auch est une rivière capricieuse. Ses débordements étaient fréquents.  D’ailleurs, le maire Jean Laborde précise en 1977, première année de son premier mandat : Le Gers débordait presque tous les ans, on installait alors de petits ponts de bois. Et différents projets, plus gigantesques les uns que les autres, envisageaient de canaliser le Gers dans un tunnel et de construire une route par-dessus.

La grande crue de 1977

En fait, en juillet 1977, toute la Gascogne connait des crues exceptionnelles. Des orages et des pluies abondantes s’abattent au pied des Pyrénées, parfois pendant 17 heures d’affilée. Et en quelques heures, l’eau déborde : la Baïse, le Gers, la Gimone, la Save et leurs affluents atteignent rapidement leur niveau d’alerte.

Dans la nuit du 8 juillet, la Save transformée en torrent déborde et fait 5 morts dans le centre de vacances de l’Isle-en-Dodon. À 9 heures, la ville basse d’Auch est submergée. Le débit est si fort que deux ponts sont emportés, 5 personnes périssent et 5 000 autres sont sinistrées. Enfin, la décrue s’amorce vers 16 heures.

Au total, dans le département du Gers, cette crue fait 16 morts et plus de 6 000 sinistrés. Plus de 50 000 hectares sont submergés et 18 ponts sont emportés.

La rivière et ses abords sont aménagés

Auch , Promenade Claude- Desbons
Auch, Promenade Claude-Desbons © Grand Auch Cœur de Gascogne

Auch a déjà été touchée par de grandes inondations en 1835, 1855, 1875, 1897 et en 1952. pour ne parler que des derniers siècles. Cette fois-ci,  des études hydrauliques permettent de bien mesurer les risques. Ainsi, Jean Laborde, en plus des travaux de reconstruction, lance de grands chantiers de canalisation du Gers et de réaménagement des berges dans sa traversée de la ville. Le lit est creusé, les berges rehaussées.  Il lui faudra deux mandats pour faire aboutir ces travaux.

Puis, Claude Desbons, qui lui succède en 1995, fait transformer les berges du Gers en une grande promenade de 4 km qui, depuis son décès, portent son nom.

Un nœud de communication à consolider

ransport du plan horizontal de l'Airbus A380 sur l'Itinéraire Grand Gabarit
Transport du plan horizontal de l’Airbus A380 sur l’Itinéraire Grand Gabarit © Wikimedia Commons

Auch est située au centre de la Gascogne. Autrefois isolée des grands centres urbains, ses communications s’améliorent.

La Route nationale 124 qui la relie à Toulouse devient une route à deux fois 2 voies. La déviation de Gimont est ouverte en 2022. Et les 13 km restants doivent passer en deux fois deux voies en 2027. Cette liaison directe avec Toulouse permet de bénéficier de la proximité de la capitale régionale tout comme Gimont en a profité par l’implantation d’entreprises. Les travaux d’élargissement de la RN124 ont été réalisés dans le cadre du projet de l’Itinéraire Grand Gabarit. Il  permet d’acheminer des tronçons d’Airbus du port de Langon jusqu’à Toulouse. Ainsi, les routes du Gers (et des départements limitrophes) ont bénéficié d’importants aménagements pour permettre la circulation des convois exceptionnels.

Auch, Parc Commercial du Grand Chêne
Auch, Parc Commercial du Grand Chêne © Le Journal du Gers

De même, la RN 21 entre Agen et Auch doit faire l’objet de grands travaux d’amélioration de la sécurité et de mise ponctuelle en deux fois deux voies. Bien sûr, cela prendra un peu de temps.

L’amélioration des voies de circulation favorise l’implantation de grandes zones d’activités, à l’Est vers Toulouse et au sud vers Tarbes. Entreprises et emplois s’y concentrent même si ce peut être au détriment de l’activité du centre-ville.

Les connexion ferroviaires d’Auch s’améliorent

La gare SNCFd'Auch
La gare SNCF d’Auch © Le Journal du Gers

La gare d’Auch est le terminus de la seule ligne de chemin de fer qui la relie à Toulouse en 1 h 30. Point intéressant : la Région a retenu cette ligne pour mettre la signalisation des gares en occitan. Ainsi, depuis 2020, les annonces d’accueil et d’arrivée à bord des trains sont en occitan. Pour cela, une professeure d’occitan de Samatan prête sa voix.

Les voies ferrées du Gers existantes ou ayant existé
Les voies ferrées du Gers existantes ou ayant existé

Élus et associations se battent pour rouvrir la ligne entre Auch et Agen, d’abord aux marchandises, ensuite aux voyageurs pour connecter Auch à la future LGV. Ainsi, les deux régions Aquitaine et Occitanie créent une société d’économie mixte. Mais celle-ci attend que l’État lui transfère la voie pour commencer les travaux. Avant sa fermeture en 2014, la ligne transportait 160 000 tonnes de marchandises. Le pari est audacieux mais réalisable.

La voie de chemin de fer ne remplacera peut-être pas la ligne de bus entre Auch et Agen. Il y a encore 5 autres lignes qui relient Auch à Mont de Marsan, à Tarbes, à Montauban, à Condom et à Toulouse. Aussi, on parle de réseau en étoile, apanage des capitales.

Citons encore l’aéroport d’Auch avec une piste de 1 900 mètres de long. Hélas, le trafic est en diminution constante comme sur beaucoup d’aéroports secondaires.

On ne s’ennuie pas à Auch

Auch, la rue Dessoles
Auch, la rue Dessoles © Wikipedia

Comme dans beaucoup de petites villes de province, l’on pense qu’on s’y ennuie. Pourtant la vie culturelle à Auch y est riche et diversifiée.

Auch a un vrai parfum de ville historique, elle abrite des monuments de toutes les époques. Dans sa séance du 1er avril 1879, le Conseil général qui délibère sur la mise en place de conférences pédagogiques pour les élèves du primaire, écrit au préfet : Malheureusement Auch n’a pas de Musées, pas de monuments publics dignes d’intérêt, sauf la cathédrale, pas d’autre établissement industriel que l’usine à gaz. Enfin, je ne vois non plus autour de la ville aucun château historique qui mérite d’être visité.

Jugement un peu rapide ! Une promenade dans la haute ville convainc vite du contraire. Par exemple, la rue Dessoles, autrefois camin dret [chemin droit] est un vrai vestige du moyen-âge.

Une animation culturelle tous azimuts

Auch, nocturne au Musée des Amériques
Auch, nocturne au Musée des Amériques © Musée des Amériques

Le Musée des Amériques, héritier du Musée des Jacobins, fondé en 1793, reçoit le label Pôle national de référence en raison de son exceptionnelle collection d’art précolombien. C’est la volonté de son maire, Franck Montaugé.

Ciné 32 est issu d’une association créée en 1967. C’est aujourd’hui un pôle cinématographique reconnu qui programme des films récents à Auch et dans 15 villes du Gers. Son action menée auprès de tout public (adultes, scolaires, etc.) permet de conserver des salles de cinéma que certains distributeurs jugeraient peu rentables. Chaque année, Ciné 32 propose un festival Indépendances et créations qui permet de projeter une cinquantaine de films en avant-première avec la présence de réalisateurs ou d’acteurs.

Auch abrite aussi le Pôle national des arts du cirque, dénommé CIRCA. Le public peut accéder toute l’année aux installations sous un chapiteau baptisé le dôme de Gascogne. Le festival CIRCA reçoit chaque année entre 20 000 et 30 000 spectateurs.

Citons encore Éclats de voix, le festival annuel d’art lyrique qui reçoit les plus grands artistes contemporains. Il est complété de conférences, de classes de maitres, des présentations de chœurs amateurs ou de spectacles réalisés par de jeunes artistes ou des scolaires.

La culture gasconne au présent et au futur

Auch, deux noms pour la même rue
Auch, deux noms pour la même rue

La gastronomie est une évidence pour un Gascon. André Daguin (1935-2019) est né à Auch. Il dirige l’Hôtel de France et obtient deux étoiles au Guide Michelin. Surtout, il revisite la cuisine régionale et devient le promoteur du magret.

Les noms des rues d’Auch sont désormais en français et en gascon. En 1902, le maire d’Auch remplace le nom de rues à consonance religieuse par des noms faisant référence à la période révolutionnaire ou au second Empire. En 1924, certaines rues retrouvent leur ancien nom. Et il faut attendre 2013 pour voir enfin apparaitre le nom gascon des rues du centre-ville : plaça deus Canonges pour la place Salinis, plaça deu mercat deus chivaus pour la place Denfert-Rochereau.

Emilie Castagné, Journaliste Radio et Télévision ©DR
Émilie Castagné, Journaliste de radio et de télévision ©DR

Oui, comme dans toute la Gascogne, à Auch, on parle le gascon. On peut l’y apprendre dans des cours pour adultes ou à l’école. On peut même l’écouter sur Ràdio País qui a un émetteur à Auch sur la fréquence 90,8 FM. Emilie Castagné anime des émissions entièrement en gascon pour donner la parole aux habitants du Gers.

 

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Aush, wikipèdia
Auch, 8 juillet 1977
Plan de prévention des risques, commune d’Auch, Direction départementale des territoires du Gers, 2017
Liste des monuments historiques d’Auch, Wikipedia




Auch, une longue et grande histoire

Auch que certains voudraient capitale de la Gascogne a connu un passé prestigieux avant de s’endormir après la Révolution française. Mais son histoire commence avant les Romains. Puis, archevêques et roi de France en assurent l’embellissement jusqu’à Napoléon III. D’ailleurs, sa devise est Tot solet no pòt Aush [Tout seul, Auch ne peut].

Des Aquitains aux Romains

Elimberri est la capitale du peuple des Ausques, Auscii en latin, qui lui donnent son nom actuel d’Auch, Aush en gascon. Les Romains l’appellent Augusta Auscorum.

Auch - Les fouilles de la villa, © INRAP
Auch, fouilles de la villa, © INRAP

Dans son itinéraire de 333 pour Jérusalem, le pèlerin inconnu la présente dans son document en latin, l’Anonyme de Bordeaux, comme chef-lieu de Civitas Auscius. Située au carrefour des routes de Saint-Bertrand-de-Comminges à Agen et de Toulouse à Bazas, la ville est prospère.

Cependant, c’est Elusa en latin, Eusa en gascon ou Éauze qui est la capitale de la Novempopulanie. Mais elle semble avoir été détruite lors du passage des Vandales en 408. Dès lors, Auch devient le principal centre urbain et administratif de la région.

Auch - Plan de la ville romaine
Auch, plan de la ville romaine

Pourtant on fait assez peu de découvertes gallo-romaines à Auch. L’Institut National de la Recherche Archéologique Préventive (INRAP) réalise des sondages et des fouilles sur la rive droite du Gers. En 2010, de nouvelles fouilles, réalisées avant des travaux sur le réseau du tout à l’égout, permettent de localiser le Forum. Puis, en 2017,  on retrouve les vestiges d’une villa aristocratique du 1er siècle, remaniée au IIIe siècle, avec un ensemble thermal et des mosaïques, le tout dans un état de conservation excellent. Enfin, en 2022, ce sont les vestiges de constructions qui l’on découvre sur la rive gauche du Gers, sans doute en limite de l’ancienne ville romaine.

Les temps troublés font délaisser la basse ville pour la haute ville qui s’entoure de remparts.

Cliquer sur le lien pour accéder à Un reportage de 6 minutes sur les fouilles de la villa romaine menées par l’INRAP  © Office de Tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne

La création de l’Archevêché d’Auch

Nicetius, évêque d’Auch est présent au concile d’Agde en 506. Éauze, ancienne capitale de la Novempopulanie, est détruite une nouvelle fois au IXe siècle, peut-être par les Vikings. En tout état de cause, Auch est érigé en Archevêché en 856.

Au début de la Reconquista (722-1492), les évêchés de Calahorra, de Jaca et de Pampelune sont rattachés à l’archevêché d’Auch. Puis, en 1091, on rétablit l’archevêché de Tarragone. Cependant, l’Archevêque d’Auch gardera une influence politique jusqu’au XIIIe siècle et le titre de Primat de Novempopulanie et du royaume de Navarre jusqu’à la Révolution française de 1789.

Les archevêques et les grands travaux

Auch - la cathérale Saint Marie
Auch, la cathédrale Saint Marie © Wikipedia

François de Savoie (1454-1490) devient archevêque d’Auch en 1483. Il lance les travaux de la cathédrale Sainte-Marie sur les ruines de l’ancienne église romane. Elle ne cesse d’être embellie. C’est encore aujourd’hui, une des plus belles cathédrales du sud-ouest.

Les diocèses d’Aire, de Bayonne, de Bazas, de Comminges, de Couserans, de Dax, de Lectoure, de Lescar, d’Oloron et de Tarbes sont suffragants de l’Archidiocèse d’Auch. Supprimé en 1801 et rétabli en 1817, l’archidiocèse ne comprend plus que les évêchés d’Aire, de Bayonne et de Tarbes. En 1908, l’Archevêque d’Auch ajoute à son titre celui d’évêque de Condom, Lectoure et Lombez. Enfin, en 2002, le diocèse d’Auch n’est plus métropolitain et est inclus dans la province ecclésiastique de Toulouse. Au nom de l’histoire, il garde cependant son titre d’archidiocèse.

L’archidiocèse était le 4ème de France par ses revenus, après ceux de Cambrai, Paris et Strasbourg.

Auch conserve plusieurs témoignages de son passé d’archevêché. Outre la cathédrale Sainte-Marie, le Palais épiscopal occupé par la Préfecture et de nombreuses églises et couvents, il reste le palais de l’Officialité et sa Tour des Archives, haute de 40 mètres, appelée la Tour d’Armagnac, qui est à l’origine une prison épiscopale.

La fin des comtes d’Armagnac

Auch est la capitale des comtes d’Armagnac. Mais les conflits sont nombreux avec l’archevêque. Au XIIe siècle, ils trouvent un compromis : le comte et l’Archevêque se partagent la seigneurie de la ville. C’est ainsi que 16 consuls, 8 venant de la ville comtale et 8 de la ville épiscopale dirigent la ville. Alors les comtes établissent leur capitale à Lectoure.

La Mort de Jean d'Armagnac, lithographie de Delaunois d'après une peinture d'histoire de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia
La Mort de Jean d’Armagnac, lithographie de Delaunois d’après une peinture de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia

La Sénéchaussée d’Armagnac créée en 1473 se trouve peu de temps après installée à Lectoure, sans doute à la suite d’une épidémie qui a régné à Auch. Mais la ville veut récupérer son Sénéchal et le dispute à Lectoure. Plus de cent ans après, en 1639, on divise la Sénéchaussée d’Armagnac en deux : une partie relève d’Auch, une autre de Lectoure !

Les comtes d’Armagnac sont puissants et turbulents. De 1407 à 1435, ils soutiennent le roi de France contre les Bourguignons. Puis, ils se révoltent contre le roi de France. Alors, Louis XI envoie une armée qui assiège Lectoure en 1473. Jean V d’Armagnac est tué et c’est la fin de la maison d’Armagnac.

Que reste-il aujourd’hui de la ville médiévale ?

Auch, une pousterle

La liaison entre la ville haute et la ville base se fait par des ruelles très pentues parfois munies d’escaliers : les pousterles. Elles ont pour la plupart conservé leur nom gascon : la pousterle des colomats, postèrla deus colomats [poterne des pigeons], la pousterle de las oumettes, postèrla de las omètas [poterne des ormeaux], ….

 

 

 

Auch, l'escalier de la Maison d'Henri IV
Auch, l’escalier de la Maison d’Henri IV

Il reste de nombreux témoignages de la ville du Moyen-âge : ruelles étroites, traces des remparts, porte fortifiée d’Arton, restes de portes fortifiées pour isoler chaque quartier de la vielle ville. De la période Renaissance, il reste de magnifiques maisons à colombage comme la maison Fedel. La maison dite de Henri IV dans laquelle il aurait demeuré en 1578 avec Catherine de Médicis et Marguerite de Valois, sa future épouse, présente une cour et un magnifique escalier.

Auch, métropole de la Gascogne

Auch, l'Intendant d'Étigny
Auch, l’Intendant d’Étigny, à l’entrée des allées du même nom

En 1716, on réorganise les trop grandes Généralités de Bordeaux et de Montauban. Et on crée la Généralité d’Auch. Ses limites fluctuent dans le temps : 1751, rattachement de l’Intendance de Pau ; 1767,  création de l’Intendance de Bayonne ; 1774, regroupement des deux Intendances ; 1775, rattachement du Labourd, des Lannes, du Marsan et du Gabardan à la Généralité de Bordeaux ; etc.

L’édit prévoit la création d’un Bureau des finances composé d’un nôtre Conseiller Président, huit nos Conseillers Trésoriers de France Généraux de nos Finances & Grands Voyers dont l’un fera garde-scel, d’un nôtre avocat, un nôtre Procureur, d’un Greffier en Chef, d’un premier huissier Garde-Meubles, de quatre Huissiers & de six Procureurs postulants. Avec tout ce personnel, la prospérité de la ville est assurée.

Les bâtiments de l’Intendance se situent dans des maisons louées. L’intendant réside à Pau, plus commode.

L’intendant d’Étigny

C’est l’Intendant d’Etigny (1719-1767) qui s’installe à Auch qu’il trouve comme un gros village, affreux par sa situation, par ses abords et par mille defectuosités qui en rendent le séjour detestable.

Antoine Mégret d’Etigny transforme la ville d’Auch qui connait un véritable âge d’or. Ainsi, il fait élargir les rues pour faciliter la circulation, construire la place de la Patte d’Oie dans la basse-ville et la place de la Porte-Neuve dans la ville haute qui servent de carrefour aux routes royales qu’il fait construire. Il crée une voie nouvelle reliant les deux parties de la ville et le pont qui traverse le Gers, inauguré en 1715. Puis il fait construire le bâtiment de l’actuel hôtel de ville, l’hôtel de l’Intendance, le théâtre à l’italienne, une promenade (allées d’Etigny).

En 1759, on bâtit l’Hôtel de l’Intendance. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un bâtiment classé au titre des Monuments Historiques, occupé par La Poste. Une partie du mobilier et des décors ornent les salons de la Préfecture qui occupe l’ancien palais épiscopal.

Les embellissements du XIXe

À la suite du coup d’Etat de 1851, le préfet Féard initie une deuxième phase d’embellissement d’Auch. En effet, la ville se révolte et on déporte 338 Auscitains en Algérie. Aussi, pour calmer la situation, le préfet lance de grands travaux et donne du travail aux pauvres. Les aménagements reprennent en partie les projets d’Etigny qu’il n’a pu réaliser, faute de finances.

Antoine de Salinis (1798-1861), archevêque d’Auch de 1846 à 1861

De concert avec l’archevêque Antoine de Salinis, le préfet lance la réalisation du grand escalier monumental qui relie la partie haute et la partie basse de la ville. On démolit des bâtiments de l’archevêché pour créer la place Salinis. Au bout des allées d’Etigny, on construit un nouveau tribunal et une prison ; on installe des fontaines dans la ville. L’inauguration de l’escalier a lieu en 1863. Puis, le sculpteur tarbais Firmin Michelet réalise la statue de d’Artagnan en 1931. L’escalier monumental est entièrement rénové entre 2012 et 2015.

En souvenir de d’Etigny, on érige une statue de marbre en 1817 au centre de l’escalier qui mène à la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Auch, l'escalier monumental et la Tour d'Armagnac © Wikipedia
Auch, l’escalier monumental et la Tour d’Armagnac © Wikipedia

Références

Le concile d’Agde et son temps, Sous la direction de J.-C. Rivière, J.-P. Cros et J. Michaud, 2006

From Augusta Auscorum to Besino : investigating a section of the antique road Burdigala- Tolosa, Pallas, Fabien Colleoni, 2010

Influence des métropolitains d’Eauze et des archevêques d’Auch en Navarre et en Aragon, depuis la conquête de l’Espagne par les musulmans jusqu’à la fin du onzième siècle, Annales du Midi, Jean-François Bladé, 1897




Francs et Gascons, une vieille haine !

Les  Francs et les Gascons se sont souvent opposés. Même l’esprit de Dieu qui baigne les monastères n’a pu apaiser leurs ressentiments. Le meurtre de La Rèula en est un exemple tragique.

Le prieuré de La Rèula

La Maison des Comtes de Vasconie fondatrice du Prieuré de La Réole
Maison des Ducs de Vasconie (d’après Wikipedia) © Escòla Gaston Febus

La Rèula est une ville située à une soixantaine de kilomètres en amont de Bordeaux sur la Garona (Garonne). Son nom vient du latin regula. En effet, en 977, l’évêque Gombaud, évêque de Bazas, et son frère Guilhem Sants, duc des Vascons, signent une charte de restauration de l’ancien monastère de Squirs.

L’an de l’Incarnation du Seigneur 977, indiction V, au nom de la sainte et indivisible Trinité, moi Gombaud, évêque de Vasconie, et mon frère Willem Sanche, duc des Vascons, inspirés par l’amour de Dieu et par le profond repentir de nos péchés et de ceux de nos pères, de nos fidèles et de tous nos coopérateurs et conseillers de l’œuvre divine, nous avons décidé, pour le salut de nos âmes, de rétablir dans son état primitif, et, d’après l’avis de nos fidèles, de dédier, sous l’invocation de saint Pierre, prince des apôtres, un monastère de notre juridiction. (extrait de la charte, Histoire de saint Abbon, Jean-Baptiste Pardiac)

Ils imposent la « règle » ecclésiastique de saint Benoit. Ainsi nait La Rèula (prononcer La oule) qui deviendra La Réole en français. Notons que le prieuré existe toujours et abrite aujourd’hui diverses administrations dont la mairie et la bibliothèque intercommunale.

La Rèula revient à l’abbaye de Fleury

L'Abbaye de Fleury (Saint-Benoit sur Loire) reoit du duc de Vasconie le Prieuré de La Réole
Abbaye de Fleury (Saint-Benoit sur Loire) © Wikimedia Commons

En fait, les deux frères vascons donnent à perpétuité le prieuré à l’abbaye de Fleury, située plus haut sur la Loire. Alors, L’abbé Richard de Fleury se rend en Gascogne en 977 pour prendre possession du monastère. Il place des moines de sa maison de Fleury et des membres locaux de l’ancienne abbaye de Squirs. Voilà donc dans un même prieuré des Francs et des Gascons. Outre des coutumes éloignées, de vieux différends, voire de vieilles haines, vont compliquer la vie quotidienne. Les disputes s’installent. Le moine franc Aimoin de Fleury (965 ?-1010 ?) note que les Gascons molestent les Francs.

Les choses s’enveniment et le monastère développe toujours plus de désordre et d’indiscipline. Pour ne rien arranger, l’abbé Richard meurt en 978. Bien sûr, il y a bien des tentatives de ramener le calme. Ainsi, l’abbé Amalbert, successeur de Richard, se rend au prieuré mais il meurt en 985. Son successeur, Oybold, meurt trois ans plus tard.

Abbon de Fleury calme le jeu entre Francs et Gascons

Saint Abbon de Fleury va chercher à apaiser les tensions entre Francs et Gascons
Saint Abbon de Fleury (ca 940-1004)

Enfin, en 988, l’abbé Abbon de Fleury, moine bénédictin réformateur et grand théologien, prend les rênes de l’abbaye de Fleury. Cela fait plus de dix ans que le prieuré est agité. Mais l’évêque Gombaud meurt en 992 et le duc Guilhem Sants en 996. Alors, l’abbé se rend sur place, prend les avis des nouveaux comtes Bernat Guilhem et Sants Guilhem, fils de Guilhèm Sants et écrit des règlements censés faciliter la cohabitation. Mais, à peine rentré sur la Loire, les bagarres reprennent en Gascogne.

Il faut dire que, se prévalant du titre de Français, les moines méprisent les Gascons, ces Romains d’outre-Loire. Les animosités ressortent, les violences augmentent. Finalement, les moines francs retournent à Fleury. Abbon envoie alors une seconde équipe. Cela ne se passe pas mieux.

Les Francs sont sur le point d’abdiquer, mais les comtes Bernat et Sants leur conseillent de rappeler l’abbé.  N’est-ce pas à lui de mettre de l’ordre ? L’abbé entreprend un voyage vers le sud en octobre 1004. Au passage, il s’arrête à l’abbaye de Saint Cyprien de Poitiers pour soutenir l’abbé local victime de calomnies. Finalement, les monastères ne sont pas des lieux de paix ni de calme !

Puis l’abbé arrive à La Rèula et les Francs lui demandent de mettre une séparation complète entre les deux communautés. Aimoin, qui écrira la vie d’Abbon, rapporte ses mots pleins d’humour : Potentior nunc sum domino nostro rege Francorum intra hos fines, ubi nullus ejus veretur dominiura. (Je suis plus puissant que le roi de France ici, car personne n’y reconnait sa suzeraineté). Mais on ne calme pas si facilement des Gascons.

1004, jour de Saint-Martin

Les moines francs et lgasconsde la Réole ne do,nnent pas un exmple de vie communautaire apaisée de moines bénédictins, Bibliothèque royale de Belgique
La vie communautaire des moines bénédictins, © Bibliothèque royale de Belgique

Abbon est arrivé à La Réole le 9 novembre. Les Gascons se doutent qu’ils vont encourir de nouvelles punitions. Alors, les moines réfractaires redoublent de violence.

Or le jour de Saint-Martin, des domestiques gascons se querellent avec des Francs de la suite d’Abbon au sujet de la façon de nourrir les chevaux. On s’insulte. Les Gascons refusent de recevoir des ordres des Francs. Ils en viennent aux mains et notre pauvre abbé a toutes les peines du monde à les séparer. L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais Abbon, le lendemain, fait une remontrance à Anezan : cet indiscipliné Gascon serait allé manger hors du monastère sans la permission de l’abbé. Anezan est Gascon, gente barbarus (un barbare par sa race), rappelle Aimoin le chroniqueur.

Mais, au même moment, on entend des cris terribles. C’est une nouvelle querelle. Un Gascon aurait mal parlé de l’abbé et un de ses domestiques, un Franc, lui aurait donné un coup de bâton. Il faut dire qu’on a la main leste et le patac facile à cette époque. Abbon s’interpose et un Gascon lui donne un coup de lance. L’abbé aurait répliqué : celui-ci y va tout de bon.

Là-dessus, l’abbé se retire dans sa maison, sans avoir arrêté la querelle. Mais, sur le seuil de la porte, le moine Aimoin, qui le suit, voit du sang aux pieds de l’abbé. Demandant des explications, Abbon répond simplement : c’est mon sang. Alors qu’il lève le bras, le moine voit que toute sa manche en est rempli. Il en est terriblement désolé. Mais Abbon lui ordonne d’aller faire cesser ce combat et donner ordre à ses gens de rentrer.

13 novembre 1004, l’Abbon de Fleury décède

Miniature représentant les trois « ordres » de la société médiévale : l'homme d'Église (le clerc, reconnaissable à la tonsure), celui qui combat (le chevalier), celui qui travaille (le paysan, avec son outil).
Miniature représentant les trois « ordres » de la société médiévale, prônés par Abbon de Fleury : l’homme d’Église, celui qui combat, celui qui travaille, © Wikimedia Commons

Malgré tous les soins de ses gens, Abbon meurt le lendemain, le 13 novembre 1004. Se derniers mots auraient été : Seigneur prenez pitié de moi et du monastère que j’ai gouverné. Il sera enterré dans l’église gasconne le mercredi suivant dans ses habits tachés de sang, car on ne touche pas aux corps morts de mort violente. Et il sera vénéré comme martyr.

Saint Abbon est d’ailleurs fêté le 13 novembre, anniversaire de son assassinat. On se souviendra de ses nombreux écrits. En particulier, un peu avant l’an 1000, alors que les esprits étaient frappés d’une terreur universelle à l’approche de la fin du monde, Abbon répétait que c’était faux. Et il écrivit un livre dénonçant les préjugés des faux prophètes et la crédulité publique.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Encore échauffés de leurs disputes, des Gascons entrent dans la chambre de l’abbé qui vient de mourir et tuent un de ses domestiques.

Le comte Bernat, pour calmer les ardeurs, pend quelques Gascons dont Anezan, en brule quelques autres et, finalement, donne le prieuré aux seuls moines francs. Mal lui en a pris. Bernat mourra sans enfant, cinq ans plus tard, de maladie de langueur. Des mauvaises langues parlent de circonstances suspectes ou de vengeance.

La Réole : le Prieuré, le Château et l'Église
La Réole : le Prieuré, le Château et l’Église © Wikimedia Commons

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire de saint Abbon, Jean-Baptiste Pardiac, 1872
Histoire de la Gascogne, abbé Monlezun, 1846




Les aventures extraordinaires de Jean-Baptiste Ducasse

Jean-Baptiste Ducasse (1646-1715) nait à Saubusse, port fluvial sur l’Adour, situé à 45 Km en amont de Bayonne. Hum ! On pense plutôt qu’il est né à Pau d’une famille huguenote et qu’il a fourni un faux certificat de naissance d’un homonyme pour faciliter sa carrière dans la Marine. Mais quelle riche carrière !

Jean-Baptiste Ducasse l’« Africain »

Jean-Baptiste Ducasse, portrait de Hyacinthe Rigaud
Jean-Baptiste Ducasse, portrait de Hyacinthe Rigaud

On sait peu de choses sur ses débuts de marin, sinon qu’il embarque à bord de bâtiments de la Compagnie des Indes qui exploite des comptoirs le long de la côte africaine. Or, un arrêt du Conseil d’Etat du Roi de 1673 oblige la Compagnie à vendre ses comptoirs à la Compagnie du Sénégal. Et elle obtient le privilège exclusif du négoce entre le cap Blanc (nord de la Mauritanie) et le cap de Bonne Espérance.

En 1676, la Compagnie du Sénégal nomme Jean-Baptiste Ducasse capitaine de vaisseau. L’année suivante, le voilà à la fois gouverneur de la côte occidentale de l’Afrique et commandant des forces de terre et de mer de la compagnie.

Pendant ce temps, de 1672 à 1678, la Guerre de Hollande oppose Français et Hollandais. Et ces derniers sont de rudes concurrents pour le commerce français. Toutefois, l’Amiral Jean d’Estrées (1624-1707) leur prend Cayenne et l’ile de Tobago. Sur le chemin du retour, il leur prend l’ile de Gorée au large de Dakar.

L’occupation de l’ile de Gorée

Carte du Sénégal par Delisle, 1717 - Jean-Baptiste Ducasse devient Gouverneur du Sénégal
Carte du Sénégal par Delisle, 1717

Le 15 novembre 1677, Jean-Baptiste Ducasse occupe l’ile de Gorée qui devient propriété de la Compagnie du Sénégal. Il supplante les Hollandais dans leurs trois comptoirs de Rufisk situé près de Dakar et de Joal et de Portudal sur le fleuve Gambie. En 1678, il prend le fort hollandais de l’ile d’Argüin au nord de la Mauritanie.

Mais, l’année suivante, les Hollandais suscitent des révoltes dans leurs anciens comptoirs. Jean-Baptiste Ducasse y met un terme et obtient la possession des terres entre le Cap-Vert et la Gambie sur six lieues de large. C’est la création de la colonie française du Sénégal. Alors, Jean-Baptiste Ducasse cède son poste de Gouverneur et devient un des Directeurs de la Compagnie du Sénégal.

Ile de Gorée, Fort d'Estrées
Ile de Gorée, Fort d’Estrées

Jean-Baptiste Ducasse, Gouverneur de Saint-Domingue

Les puissances européennes aux Antilles au XVIe siècle
Les puissances européennes aux Antilles au XVIe siècle

La Guerre de la Ligue d’Augsbourg éclate de 1688 à 1697. Elle touche les colonies d’Amérique.

Jean-Baptiste Ducasse capture une frégate hollandaise qu’il ramène à La Rochelle. Le roi, ayant eu connaissance de ses exploits, lui offre d’entrer dans la Marine royale avec le grade de lieutenant de vaisseau. Il obtient son brevet le 15 mars 1696.

Le voilà naviguant sur les mers, faisant le coup de force contre les Hollandais, escortant des navires marchands et attaquant des iles des Antilles. En 1691, parvient la nouvelle que les Espagnols ont pris Cap-Français, la ville la plus importante de la partie française de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti).

Jean-Baptiste Ducasse part aussitôt pour les Antilles. Il délivre la Guadeloupe. Ses manœuvres obligent la flotte anglaise à s’éloigner des Antilles. Il relâche en Martinique, puis part pour Saint-Domingue où les Anglais et les Espagnols essaient de débarquer. C’est là qu’il reçoit de lettres le nommant gouverneur de Saint-Domingue.

La suprématie française dans les Antilles

Jean-Baptiste Ducasse organise le pillage de Carthagène en 1687
Le pillage de Carthagène en 1687

Ducasse oblige les Espagnols à se retirer. Et le tremblement de terre de la Jamaïque éloigne les Anglais. Alors, Jean-Baptiste Ducasse met de l’ordre dans l’administration de Saint-Domingue. Il rétablit les services publics, fait construire des fortifications et un hôpital, oblige les curés à ouvrir des registres d’état civil. De plus, il institue un échange de prisonniers avec les Anglais et les Espagnols. Agriculture et commerce se rétablissent. En 1692, il adresse un long rapport au Ministre de la Marine sur les possibilités de mise en valeur de Saint-Domingue. En réponse, il est nommé capitaine de vaisseau le 1er janvier 1693.

Jean-Baptiste Ducasse ne cesse d’attaquer les colonies anglaise et espagnoles. Il réussit même à ravager et rançonner la Jamaïque. Il évite même une invasion de Saint-Domingue en 1694.

La paix de Ryswick étant signée, le roi rappelle Ducasse en 1700 pour participer aux négociations pour la délimitation des parties française et espagnole de Saint-Domingue.

Jean-Baptiste Ducasse l’ « Espagnol »

La situation politique change en Europe. Charles II d’Espagne cède son royaume au duc d’Anjou, second fils du dauphin, qui prend le nom de Philippe V. La France se trouve l’alliée de l’Espagne et Jean-Baptiste Ducasse doit maintenant protéger les vaisseaux qu’il attaquait quelques années plus tôt. Il devient plénipotentiaire et négocie plusieurs traités avec l’Espagne.

La bataille de Malaga (1704)
La bataille de Malaga (1704)

Le 20 juillet 1701, Louis XIV le nomme Chef d’escadre. En suivant, en 1702, les Espagnols le nomment capitaine général, ce qui correspond à amiral en France. Il est chargé d’escorter une flotte espagnole avec le duc d’Albuquerque, vice-roi de la Nouvelle Espagne, à son bord. Une escadre anglaise essaie de les arrêter mais Jean-Baptiste Ducasse coule la plupart de ses vaisseaux. Sur le chemin du retour, son escadre rencontre de nouveau une flotte anglaise qui, bien que supérieure en nombre, n’ose pas l’attaquer. D’ailleurs, de retour à Londres, l’amiral anglais est déchu de ses fonctions.

Jean-Baptiste Ducasse combat aux côtés des Espagnols lors de la Guerre de succession d’Espagne (1701-1714). Il est blessé à la bataille navale de Malaga.

Le siège de Barcelone

En 1705, Barcelone est prise par les impériaux. Le roi d’Espagne charge Jean-Baptiste Ducasse de se rendre à la Cour de France pour demander du secours pour reprendre la ville, d’autant que les Anglais occupent maintenant Gibraltar au sud. Il est persuasif. Une escadre française appareille de Toulon mais des erreurs stratégiques conduisent à abandonner le siège de Barcelone.

Jean-Baptiste Ducasse reçoit l’ordre de sauver la flotte espagnole de Cadix. Alors, le 12 octobre 1707, il quitte Brest avec une flottille, se rend à Carthagène où il reçoit le brevet de lieutenant général des Armées Navales, c’est-à-dire de vice-amiral. Monsieur de Saint-Simon, peu bienveillant d’ordinaire pour Ducasse, enregistre cette nomination, en disant : Il y a eu deux lieutenants généraux : le mérite fit Ducasse ; la faveur fit d’O. Et sur le chemin du retour, il capture six vaisseaux anglais.

Comment sauver l’or espagnol

Philippe V, roi d'Espagne
Philippe V (1683-1746), roi d’Espagne par Louis-Michel van Loo

Lors d’une seconde expédition, une forte escadre anglaise croise aux Antilles. Jean-Baptiste Ducasse fait charger l’or sur ses propres navires et fait partir la flotte espagnole. Pendant que les Anglais font la course, il sort de Carthagène et ramène l’or en Espagne. Le roi de France le fait commandeur de l’Ordre de Saint-Louis ; le roi d’Espagne le fait chevalier de la Toison d’or. Monsieur de Saint-Simon écrit encore : Le roi d’Espagne en fut si aise, qu’il fit Ducasse chevalier de la Toison d’or, au prodigieux scandale universel. Quelque service qu’il eût rendu, ce n’était pas la récompense dont il dût être payé. Ducasse était connu pour le fils d’un petit charcutier qui vendait des jambons à Bayonne.

 

La fin du grand Amiral Jean-Baptiste Ducasse

La paix d’Utrecht est signée le 11 avril 1713. Tout rendre dans l’ordre, sauf à Barcelone et aux Baléares qui continuent leur sédition contre Philippe V. En janvier 1714, Jean-Baptiste Ducasse se voit confier le commandement des armées et des flottes françaises et espagnoles qui doivent assiéger Barcelone.

Mais la santé de l’amiral est chancelante. Il arrive à Toulon le 22 février. Après plusieurs mois de siège, fatigué par la maladie et ses multiples blessures, l’amiral cède son commandement au Bailli de Bellefontaine et rentre en France : Collioure, Toulouse, las bains de Cauterets, Paris, les bains de Bourbon-l’Archambault où il meurt le 27 juin 1715. Il est enterré dans l’église de Saubusse.

L’avis de Saint-Simon sur Jean-Baptiste Ducasse

Le duc de Saint-Simon fait l'éloge de Jean-Baptiste Ducasse
Le duc de Saint-Simon en 1728

Dans ses Mémoires, M. de Saint-Simon en fait un portrait élogieux (extraits) : C’était un des meilleurs citoyens et un des plus généreux hommes que j’aie connus et duquel tout le monde faisait cas lorsque son état et ses services l’eurent mis à la portée du monde et de la cour. C’était un homme d’une grande valeur, de beaucoup de tête et de sang-froid dans les grandes entreprises, et fort aimé dans la marine, par la libéralité avec laquelle il faisait part de tout et la modestie qui le tenait en sa place. [….]. Il mourut fort âgé et plus cassé encore de fatigue et de blessures. Il aurait été maréchal de France, si son âge l’eût laissé vivre et servir, mais il était parti de si loin qu’il était vieux lorsqu’il arriva.

Notre Gascon est à l’origine de la colonie française du Sénégal, du maintien de la présence française aux Antilles, du maintien des Bourbon sur le trône espagnol, de l’intégrité de l’empire espagnol des Amériques. Cela fait beaucoup pour le fils d’un marchand de jambon de Bayonne comme le dit M. de Saint-Simon !

L’extraordinaire ascension de Jean-Baptiste Ducasse n’a pas de précédent dans la Marine.

Le siège de Barcelone (11 sept. 1714)
Le siège de Barcelone (11 sept. 1714)

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia
Histoire maritime de Bayonne. Les corsaires sous l’ancien régime, Édouard Ducéré, 1895, Gallica.fr
Relation fidèle de l’expédition Carthagène, Jean Du casse, 1699