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La pomme de terre

Si la pomme de terre est devenue un légume de consommation courante, sa culture ne s‘est développée que tardivement en Gascogne. Bien souvent, elle servait de nourriture aux animaux.

Le long voyage de la pomme de terre

Pomme de terre (Solanum tuberosum L)
Pomme de terre (Solanum tuberosum L)

La pomme de terre vient du Pérou où elle est cultivée par les Incas. Avec le maïs, elle constitue là-bas la base de l’alimentation.

Les conquistadors ramènent la pomme de terre en Espagne et l’appellent turma [truffe] ou plus tard papa et enfin patata. Petit à petit, elle voyage d’un pays à l’autre. Puis, la trufa (nom dans certaines contrées gasconnes) ou « truffe de terre » arrive en France, par le pays basque, vers 1620 et sert à la nourriture des animaux. Par ailleurs, un moine franciscain la ramène d’Espagne et introduit sa culture dans le Vivarais.

Olivier de Serres (1539 - 1619)
Olivier de Serres (1539-1619)

Dans son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, l’agronome Olivier de Serres (1539-1619) la nomme « Cartoufle ».

Au début, la pomme de terre suscite la méfiance. D’ailleurs, en 1630, le Parlement de Dole l’interdit car elle serait vectrice de la lèpre. Et, en 1748, le Parlement de Paris interdit sa culture car on la soupçonne d’apporter la peste.

 

 

Dumont - Portrait de Antoine Parmentier (1737 - 1813)
Dumont – Portrait de Antoine Parmentier (1737-1813)

Heureusement, Antoine Parmentier (1737-1813) rend la pomme de terre populaire auprès d’une population régulièrement touchée par la famine. Pharmacien militaire, il participe à la guerre de Sept ans. Puis, prisonnier des Prussiens, il découvre les vertus de la pomme qui sert à la nourriture des prisonniers : « Nos soldats ont considérablement mangé de pommes de terre dans la dernière guerre ; ils en ont même fait excès, sans avoir été incommodés ; elles ont été ma seule ressource pendant plus de quinze jours et je n’en fus ni fatigué, ni indisposé ».

La ruse de Parmentier

La France est touchée par la famine en 1769 et 1770. L’Académie des sciences de Besançon lance un concours : « Indiquez les végétaux qui pourraient suppléer en cas de disette à ceux que l’on emploie communément à la nourriture des hommes et quelle en devrait être la préparation ». Et Parmentier reçoit le premier prix pour son mémoire consacré à la pomme de terre !

Duplessis - Portrait de couronnement de Louis XVI
Duplessis – Portrait de couronnement de Louis XVI

Enfin, en 1772, la faculté de médecine de Paris déclare la pomme de terre sans danger et lève l’interdiction de sa culture de 1748.

Selon la légende, le roi Louis XVI aurait mis des terres à la disposition de l’Académie d’Agriculture de Paris pour cultiver la pomme de terre. Les cultures sont gardées le jour, mais pas la nuit. Ainsi, cela suscite la curiosité de la population et les tubercules sont volés pendant la nuit, ce qui contribue à la diffusion de la culture de la pomme de terre.

En tous cas, le roi porte des fleurs de pommes de terre à la boutonnière et félicite Parmentier. « La France vous remerciera un jour d’avoir inventé le pain des pauvres » lui dit-il.

Toutefois, la pomme de terre ne reste qu’une culture d’appoint dans les jardins. Mais les famines de 1816 et 1817 vont généraliser sa culture.

Parmentier présentant une pomme de terre au roi Louis XVI lors de sa visite dans la plaine des Sablons (gravure américaine du XIX e siècle)
Parmentier présentant une fleur de pomme de terre au roi Louis XVI lors de sa visite dans la plaine des Sablons (gravure américaine du XIX e siècle)

Un lent développement de la pomme de terre en Gascogne

Graincourt - Turgot (1727 - 1781)
Graincourt – Turgot (1727-1781)

Turgot (1727-1781) est Intendant du Limousin et y implante la culture de la pomme de terre qui contribue à atténuer la disette de 1770. Alexis-François-Joseph de Gourgues, Intendant de Montauban en fait autant dans sa généralité. De même, elle est signalée en pays de Foix en 1773 et à Pamiers en 1778.

Pourtant, la pomme de terre arrive tardivement en Gascogne. Elle apparait en Comminges en 1780 où elle devient vite la principale ressource alimentaire des habitants. En Couserans, elle couvre 33 % des surfaces agricoles sous le 1er Empire, ce qui fait dire au préfet de l’Ariège qu’elle est devenue « l’unique aliment des gens de la montagne ».

Mais on dédaigne la pomme de terre dans les zones de culture du maïs. Dans certains districts de montagne, comme celui de Bagnères de Bigorre, elle est encore inconnue en 1793. En Béarn, elle sert surtout à l’alimentation des animaux jusqu’en 1817.

D’ailleurs, au début du XIXe, elle couvre 2 685 ha dans les Basses Pyrénées, 5 569 ha dans les Hautes-Pyrénées, 20 000 ha en Ariège.

En gascon, la pomme de terre a plusieurs noms : Trufa, Turra, Mandòrra, Tomata, Patana, Patata, Pataca ou encore Poma de tèrra.

 

J-F Millet - La récolte de pommes de terre (1855)
J-F Millet – La récolte de pommes de terre (1855)

La crise de la pomme de terre en 1845 en Couserans

Hélas, en 1845, une maladie ravage les cultures de pommes de terre en Couserans. La semence pourrit dans le sol et au moment de la récolte, les pommes de terre entassées se gâtent. Les 4/5e de la récolte sont perdus. L’année suivante, la récolte se trouve encore amputée des 3/5e. Or, elle est devenue le principal aliment des populations en zone de montagne.

Dans le canton de Saint-Lizier, « la récolte est nulle ». On estime le déficit à 1 300 000 hl sur le département.

Des risques de révolte

Le déficit de récolte provoque une vague de misère sans précédent. Dès le mois de janvier, il n’y a plus de réserves. Le prix de l’hectolitre de pomme de terre qui est de 2 F passe à 8 F. Le préfet écrit : « Je ne sais pas comment nous arriverons au mois de juin, époque à laquelle on commence à faire quelques récoltes ».

Il écrit encore, le 22 décembre 1845 : « je ne veux pas tromper le Gouvernement par des exagérations, ce que j’ai déjà vérifié m’effraie. Je ne crains point d’assurer que plus de 25 000 personnes touchent au moment de n’avoir plus d‘aliments. […]; mais qu’importe à cette population le prix du blé ? Elle ne mange jamais de pain ; la pomme de terre, le maïs, le sarrasin sont son unique nourriture ; elle est sans ressources, sans argent pour acheter ».

Les autorités redoutent une insurrection comme celle des Demoiselles de 1830. À Camade, près du Mas d’Azil, une troupe armée attaque le château de Salins et emporte l’argent et le pain qu’ils y trouvent. À Labastide de Sérou, on affiche un placard sur la vitrine de la pharmacie : « Chargé par un comité qui est déjà organisé dans d’autres départements de vous prévenir que le gouvernement cherche à vous faire mourir de fin, pour obvier à tout cela, il faut vous entendre et marcher, d’accord, car l’union fait la force …. ». Finalement, la situation reste calme.

Les conséquences de la crise de 1845

La famine a des conséquences terribles. Dans le Couserans, on signale une augmentation des enfants trouvés, une recrudescence des vols et des épidémies de petite vérole, une hausse de la mortalité. Partout, des mendiants frappent aux portes.

Pourtant, le gouvernement n’accorde aucune aide et compte sur de futures bonnes récoltes.

Ouvriers cheminots sur la ligne du Couserans (jamais achevée)
Ouvriers cheminots sur la ligne du Couserans (jamais achevée)

Le manque de pommes de terre, allié aux mauvaises récoltes de céréales de 1847, provoque une émigration massive. Le préfet écrit que « dans l’arrondissement de Saint-Girons, la disette est si absolue que le tiers de la population s’est temporairement résignée à un exil volontaire, à une émigration de plusieurs mois, pour aller chercher dans des contrées plus heureuses du travail et du pain ». La population de l’Ariège baisse à partir de 1847.

À Massat, 404 habitants sont partis sur les 630 que compte le quartier de Liers, 216 sur 425 du quartier de Biert, 286 sur 376 du quartier de Port, 259 sur 400 du quartier de Saraillhé, etc.

Le chômage est à son comble. L’intensification des constructions de chemin de fer occupe plusieurs milliers de chômeurs dans les autres régions de la Gascogne. Elles sont également touchées par les mauvaises récoltes de céréales. En  Ariège, il existe peu de projets de lignes de chemin de fer. Toutefois, le préfet lance un important programme routier qui va atténuer les conséquences de cette crise.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les Pyrénées au XIX° siècle, de Jean-François Soulet – Editions Sud-Ouest, 2004.
La pomme de terre a traversé l’Atlantique au 16e siècle.
Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, Olivier de Serres, 1600.
Wikipédia




Alexandre de Salies, Gascon aux trois vies

Alexandre de Salies ou Alexandre Danouilh n’est pas un chat puisqu’il n’a eu que trois vies. Mais trois vies bien remplies. Suivons le parcours de ce Gascon à qui l’histoire et l’archéologie doivent tant.

Alexandre Danouilh est commingeois

Acte de naissance de Alexandre de Salies à Salies du Salat le 9 décembre 1815
Acte de naissance de Alexandre Danouilh à Salies du Salat le 9 décembre 1815

Comme le dit son acte de naissance, Jean Grégorien Alexandre Danouilh nait à Salies du Salat le 9 décembre 1815 à 4h du matin. Son père, Jean-Paul Alexandre Danouilh (il signe Annouih) est avocat au Parlement de Toulouse. Et son grand-père, Jean-Baptiste, également avocat au Parlement, achète la seigneurie de Salies en 1738.

Ainsi, Alexandre Danouilh fait naturellement des études d’avocat à Toulouse. Cependant, il se passionne d’histoire, plus particulièrement, semble-t-il, pour l’Antiquité romaine. Mais le voilà de retour à Salies du Salat où il est élu Maire en 1848.

Alexandre de Salies (1815 - 1883)
Alexandre Danouilh de Salies (1815 – 1883)

L’année suivante, en 1849, la Cour d’Assises de Toulouse le condamne pour plusieurs délits et « crimes de papier ». On lui reproche « d’avoir commis quinze faux en écriture de commerce par contrefaçons d’écriture et de signature et par fabrication d’obligations … ». Sa peine est de 6 ans de réclusion, 10 000 Francs d’amende et paiement des frais de procédure.

Ainsi, il doit vendre sa propriété de Salies pour payer ses créanciers. Toutefois, Napoléon III lui accorde une remise de peine de 1 an de prison puis le décharge de l’amende de 10 000 Francs. Alexandre Danouilh sort de prison en 1854. Ruiné, divorcé, il quitte Salies pour s’installer à Tours.

La deuxième vie d’Alexandre Danouilh

À tout le moins, elle commence mal. Le voilà seul et sans le sou. Pour survivre, il prend un emploi de commis de bureau et donne des leçons de piano et de chant. Personne ne connait sa première vie et il restera toujours discret sur son passé. On le connait maintenant sous le nom d’Alexandre de Salies.

Bien que résident à Tours, Alexandre de Salies se passionne pour l’Histoire et les monuments du Vendômois. Aussi, il y fait de fréquents séjours, habite ponctuellement à Angers qui est plus près. Il s’intéresse surtout aux châteaux de Vendôme et de Lavardin.

Très vite, il devient membre de la Société archéologique du Vendômois et publie des notices et des ouvrages remarqués. Il publie divers ouvrages comme Notice sur le château de Lavardin (1865), Histoire de Foulque Nerra (1874), Le château de Vendôme, sa position stratégique, ses anciennes fortifications, ses souterrains, et le siège qu’il a subi en 1589, Monographie de Troô (1878), etc.

Le Château de Vendôme
Le Château de Vendôme (Loir et Cher)

La reconnaissance d’Alexandre de Salies

Alexandre de Salies
Alexandre de Salies

Dans un article du Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, de 1986, l’ethnohistorien Daniel Schweitz écrit : « La personnalité d’Alexandre de Salies (1815-1883) est à tout jamais associée à l’étude archéologique du château de Lavardin, depuis la remarquable Notice qu’il lui a consacrée en 1865. Il peut même être regardé comme le véritable « inventeur » du château, et sa publication de 1865 comme l’acte de naissance de ce monument, tout au moins dans le champ du patrimoine et de la connaissance archéologique ».

Avec ses travaux, Alexandre de Salies fait partie de ces érudits locaux du XIXe siècle qui ont contribué à fonder l’identité culturelle de la France par l’invention de l’identité historique et patrimoniale des provinces.

D’ailleurs, on le reconnait aujourd’hui comme l’un des fondateurs de l’Archéologie du bâti et de la Castellologie (étude des châteaux), deux disciplines qui prendront leur essor dans les années 1970.

La troisième vie d’Alexandre de Salies

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Vue de l’abbaye de Marmoutier lez Tours de l’ordre de St Benoit, Congrégation de Saint-Maur – 17e –  (Gallica)

En 1876, Alexandre de Salies s’installe à Paris. Il vit misérablement mais suit – à 61 ans – les cours de l’Ecole des chartes.

Sa passion est toujours aussi vive. Ainsi, il laisse ses recherches dans le Vendômois et travaille sur le cartulaire de Marmoutier qui sera publié en 1893, près de 10 ans après sa mort.

En 1877, Alexandre de Salies rencontre l’abbé Louis Roussel qui est Directeur de l’œuvre des Orphelins-Apprentis d’Auteuil. Celui-ci lui propose le poste de rédacteur en chef du journal de l’institution, La France Illustrée, journal scientifique, littéraire et religieux. Il collabore en même temps au journal L’Univers.

Bien qu’ayant abandonné ses recherches sur le terrain, il publie des articles historiques qui font sa renommée et étonnent le Gotha parisien, surpris de voir un provincial impécunieux, venu d’on sait où, leur tenir la « dragée haute ».

Alexandre de Salies dit de la science archéologique qu’elle « n’asservit notre intelligence aux plus vulgaires recherches de la matière, que pour nous relever après, s’emparer de notre âme, l’enivrer des plus pures émotions, et se faire le trait d’union entre la poussière des tombeaux et le rayonnement de l’avenir ».

En 1879, il publie un roman historique sur le séjour de Charles VII à Lavardin en 1448.

La générosité discrète d’Alexandre de Salies

La France Illustrée, revue publie par les Orphelins et Apprentis d'Auteuil, dont Alexandre Salies est un des rédacteurs
La France Illustrée, revue publiée par les Orphelins et Apprentis d’Auteuil.  A. Salies est un des rédacteurs

Profondément religieux, Alexandre de Salies se dépouille de tout au profit des Orphelins-Apprentis d’Auteuil, refusant même de faire du feu en hiver dans sa chambre pour leur laisser le plus possible.

Alexandre de Salies meurt de maladie, dans la plus grande misère, le 16 mars 1883, à l’âge de 67 ans. Il repose au cimetière d’Auteuil.

Charles Bouchet, président de la Société archéologique du Vendômois, est présent à ses obsèques. Il publie une rubrique nécrologique dans la revue de la Société archéologique. Il dit :

Mais pour ne parler que des facultés intellectuelles, il est difficile de dire combien s’en rencontraient chez M. de Salies. Il était à la fois littérateur, critique, archéologue, poète, dessinateur, musicien, on pourrait ajouter architecte et ingénieur, s’il suffisait, pour mériter. ces noms, de connaître la théorie de ces nobles arts et d’en raisonner pertinemment avec les maîtres. Il n’était pas jusqu’au talent de causeur qu’il ne possédât à un degré ravissant. Fénelon disait de Cicéron : « Il avait je ne sais combien de sortes d’esprits. » Il s’en pourrait dire autant, dans un autre sens, de M. de Salies. — Il était bien de cette race du Midi si souple, si propre à tout, de cette famille gasconne dont il ne lui manquait que le côté…. gascon, car l’on peut dire qu’il en était absolument dépourvu.
[…]
Sa Foi était sans bornes, sans réserve, sa piété ardente, sa charité inépuisable. On se demande, nous écrit un de ses amis, comment il se trouvait si souvent dans un pareil état de gêne, mais une foule de malheureux accourus pour pleurer sur sa tombe se chargèrent de répondre.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Généalogie de la famille d’Anouilh de Salies – Généanet
Revue du Comminges n° 3, 2007.
Le château de Lavardin–épisode de la vie féodale au XVe siècle (texte complet) – Alexandre de Salies (1879)
Histoire de Foulques Nerra Comte d’Anjou d’après les chartes contemporaine et les anciennes chroniques (pdf) – Alexandre de Salies (1874)
Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois (1883) – Hommage à Alexandre de Salies p. 72 et 73




Les grandes sècheresses en Gascogne

Une sècheresse sévit en 2022. La sècheresse la plus grave jamais enregistrée dans notre pays selon la Première Ministre, Élisabeth Borne. Que savons-nous de ce fléau au cours des siècles en Gascogne ? Et a-t-il toujours les mêmes conséquences?

Des sècheresses nombreuses et des sècheresses sévères

Emmanuel Garnier, chercheur au CNRS
Emmanuel Garnier, chercheur au CNRS

On dispose de relevés de température depuis les années 1750. Pour compléter, les spécialistes du climat reconstruisent les situations en s’appuyant sur des données indirectes comme les dates des vendanges ou des récoltes des fruits. Ils s’appuient aussi sur des évènements sociaux comme les exvoto, les tableaux datés au dos de l’œuvre, les processions religieuses ou rogations pro pluvia. Toutefois, à l’échelle de notre histoire, notre connaissance reste sur une période courte  (cinq siècles environ).

Emmanuel GARNIER, chercheur au CNRS de Caen, montre dans son document Sécheresses et canicules avant le Global Warming 1500-1950 que, si les sècheresses sont plus nombreuses sur les deux derniers siècles, les plus sévères ont lieu pendant les XVIIe et XVIIIe siècles.

Et les conséquences en étaient plus graves car les populations étaient plus dépendantes du climat. Des inondations, des gelées, des grêles, des orages ou une sècheresse avaient des conséquences dramatiques sur les récoltes et sur la santé. Par exemple, l’eau des rivières tiédie par une canicule se charge de virus et de bactéries pouvant provoquer toutes sortes d’épidémies.

Les sècheresses généralisées

L’année 1540 reste dans les mémoires car la sècheresse en Europe dure 11 mois. Après un hiver de fortes gelées dans le sud, le printemps, l’été et l’automne sont très chauds et très secs. Des puits sont taris, les rivières basses. Le Rhin se traverse par endroits à cheval. Le vin est très sucré et des moulins à eau ne sont plus alimentés, ce qui rend le pain rare. Ainsi, des animaux et des personnes meurent de soif.

Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.

Hélas, le XVIIIe siècle comptabilise en France une mortalité effroyable due aux sècheresses (Lachiver, 1991). Celles de 1705, 1706, 1707 entrainent des épidémies et la mort de 200 000 personnes. En 1718 et 1719, la canicule frappe durement Paris. Le prix du blé s’envole engendrant de grandes émeutes de population. Afin de limiter la disette, Paris importe des grains depuis la Gascogne et l’Angleterre. Mais le bilan est lourd : 400 000 morts. On pourrait encore citer l’été 1747 (200 000 morts) ou 1779 (200 000 morts).

Heureusement, les canicules sont moins meurtrières de nos jours, même si on a compté 17 500 morts en 2003.

D’autres fléaux frappent les populations

Bien sûr, il existe d’autres fléaux climatiques. D’ailleurs, le plus meurtrier de l’histoire française est lié à la pluie. A l’été et à l’automne 1692, les très fortes pluies gâchent les récoltes des grains et surtout les semailles. Les charrues ne peuvent pas entrer dans les champs. Le printemps 1693 reste pluvieux et tout cela se termine par un échaudage (problème de circulation des substances nutritives dans les plantes, engendrant une malformation des grains, qui restent de petite taille). Alors, la récolte de grains de 1693 est si faible que certains meurent de faim, d’autres, sous-alimentés, de maladies comme le typhus, la dysenterie ou les fièvres. Enfin, les mendiants propagent les épidémies.

Cette calamité occasionnera 1 300 000 morts (sur 22 250 000 habitants), ce qui est bien plus que n’importe quelle guerre, et du même ordre de celle de 1914-1918. Mais les baisses de population varient selon la pauvreté des régions. Elles atteignent 26 % dans le Massif Central et 5 % dans le Sud-Ouest.

Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
Source : Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.

Les sècheresses signalées dans le Midi pyrénéen

Météorologie ancienne du Midi Pyrénées –Francois Marsan (1906–1907)
Météorologie ancienne du Midi Pyrénées Francois – Abbé F. Marsan (1906–1907)

François Marsan (1861-1944), curé de Saint-Lary-Soulan, épluche les Livres de Raison, les Registres paroissiaux ou notariés, les Journaux du Temps de la région. Il publie toutes les informations recueillies dans un grand article de 18 pages de la Société Ramond, Météorologie ancienne du Midi Pyrénéen.

Notons par exemple :

1630. — En réponse à une supplique adressée à Mgr Barthélemy de Donadieu de Griet, évêque de Comminges, par les consuls et marguilliers de Guchan et Bazus (vallée d’Aure), ceux-ci sont autorisés à distribuer aux habitans les plus nécessiteux desdits lieux veu l’estérilité de ceste année, misère et pauvreté, quatre muids d’orge, seigle et millet payables à la récolte prochaine. (Verbal et Ordonnance de Me Etienne de Layo, commissaire député par Mgr de Consenge, du 25 février 1631).

1645. — Grandes chaleurs aux mois de mai et de juin ; on a coupé les blés et autres grains avant la St-Jean-Baptiste ; il y a eu quantité d’orbère [maladie du blé appelée aussi ergot] aux blés dans toute la région. Il n’a plu que le 8 septembre.

1646. – Grande orbère aux blés partout et grandes chaleurs en juillet.

1653. – En beaucoup d’endroits les blés se sont séchés ainsi que les orges, grande famine et peste.

L’intendant d’Étigny combat le climat

Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767)
Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767)

La liste de ces catastrophes est longue. Pourtant, on ne remet pas en question les méthodes agricoles. Il faut attendre l’intendant d’Auch, Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767) pour les revoir et les rendre moins vulnérables au climat.

En effet, il note qu’en 1745, l’été est marqué par des grandes chaleurs. La sécheresse était si forte que les habitants d’Auch furent obligés d’aller moudre leur grain à Toulouse et de congédier les écoliers, même les séminaristes, faute de pain dans la ville. (Chroniques ecclésiastiques du diocèse d’Auch, p. 175).

En 1751 et 1752, ce n’est pas la sècheresse mais les grêles qui ravagent les cultures. D’Étigny, dans sa correspondance, écrit : Lors de la seule grêle du 20 juin 1751, 79 communautés furent ravagées dans la seule élection d’Astarac. La misère qui suit est telle qu’on trouve des gens morts sur les chemins.

L’année suivante, d’Étigny note une sècheresse inouïe qui atteint particulièrement les fèves et le millet, aliments majeurs des paysans. Suivront deux années de pluies et d’orages tout aussi dévastatrices.

Les améliorations apportées par l’intendant apporteront une prospérité pendant 12 ans. Mais, en 1774, une terrible épizootie décimera les troupeaux.

Les grandes sècheresses suivantes

Elles sont si nombreuses qu’on ne peut toutes les citer. Celle de 1785 est particulière. En effet, une grande sècheresse, liée à l’éruption du volcan Laki (Islande), s’abat sur l’Espagne, la Sicile, la France. Dès le mois de janvier, les sources et torrents des Pyrénées faiblissent dramatiquement. La sècheresse s’installe vraiment en avril et des bêtes meurent dans les prés par manque d’herbe. Aussi, le 15 juin, les élus toulousains demandent une rogation pro pluvia. Cela ne suffira pas. En octobre et novembre, la Garonne est très au-dessous de son étiage normal (d’environ 50 cm).

En fait, cette éruption est extraordinaire, car ses impacts atteignent des régions bien au-delà des frontières de l’Islande. Le gaz se répand sur l’Europe du sud sous la forme d’un brouillard sec à l’odeur sulfureuse. Mais les contemporains, constatant la sècheresse, ignorent qu’une éruption volcanique s’est produite en Islande. De plus, le soleil prend une coloration « rouge sang » à son coucher et à son lever, renforçant le côté inquiétant de l’évènement.

Quarante sècheresses sont répertoriées au XIXe siècle. En particulier, les Pyrénées sont marquées par une grande sécheresse qui débute en mai 1847 : perte des deux tiers du foin, de l’herbe, du blé. Une demande de secours est adressée le 4 juillet. Même chose en 1860.

Le XXe siècle connait aussi son lot de sècheresses dont 1921 la plus importante connue à ce jour. Le nombre de victimes est de 11 300 personnes. Pourtant, la mortalité infantile par temps de canicule est alors pratiquement vaincue.

La gestion de l’eau en Gascogne

Les rivières réalimentées par le canal de la Neste pour lutter contre la sécheresse en Gascogne
Les rivières réalimentées par le canal de la Neste

Le XXe siècle voit la mise en place des plans de gestion de l’eau et d’irrigation qui vont améliorer la situation. Par exemple, la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne nait en 1927.  On modifie et on diversifie les cultures. On aménage les calendriers. En 1990, l’État lui confie par concession, la gestion du canal de la Neste mais aussi de la distribution des eaux en aval.

Le canal de la Neste a été créé entre 1848 et 1862 et mis en service en 1863. Il permet d’alimenter artificiellement les cours d’eau gascons prenant naissance sur le plateau de Lannemezan (Gers, Baïse, Save, Gimone, Arrats, Bouès, Louge, Gesse…). Il est tout particulièrement important pour le département du Gers.

Les Agences de l’Eau

En 1964, l’État crée six agences de l’eau pour une gestion coordonnée des bassins fluviaux : gestion de la ressource, protection des pollutions, préservation des milieux aquatiques. Une redevance sur la consommation d’eau les finance. Pour la Gascogne, il s’agit de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne.

Lors de la grande sécheresse de l'été 1976, les habitants de Lesparre Médoc (Gironde) prient pour que la pluie arrive
Lors de la grande sècheresse de l’été 1976, les habitants de Lesparre Médoc (Gironde) prient pour que la pluie arrive

Si cette gestion amoindrit les impacts des sècheresses, les conséquences restent encore fortes. En 1976 par exemple, une grande sècheresse touche le Sud-Ouest. L’automne et l’hiver n’ont pas rechargé les nappes et la température atteint 30°C dès début mai. La moitié des céréales sont perdues. Des dizaines de tonnes de truites arc-en-ciel meurent dans les élevages piscicoles de la Dordogne. Il faut apporter de l’eau potable par camions-citernes dans les villages du canton de Miradoux (Gers). De plus, le 4 juillet, des orages provoquent des inondations à Bordeaux et dans le Pays Basque. Les chutes de grêle finissent d’abimer les cultures. Le président Valery Giscard d’Estaing annonce un impôt sècheresse qui permettra pour la première fois d’indemniser les agriculteurs.

Enfin, la Loi n° 92-3 du 3 janvier 1992 sur la régulation des prélèvements d’eau sera adoptée. La diminution des prélèvements, et le recyclage des eaux usées ou non restent toujours des enjeux forts.

Le Canal de la Neste (Hautes-Pyrénées) pour lutter contre la sécheresse en Gascogne
Le Canal de la Neste (Hautes-Pyrénées)

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Sécheresses et canicules avant le Global Warming 1500-1950, Emmanuel Garnier, p 297-325.
Sur l’histoire du climat en France depuis le XIVe siècle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, Jean-Pierre Javelle, 2017.
Aquitaine, du climat passé au climat futur, Francis Grousset, 2013, p. 41-60.
Impact du climat sur la mortalité en France, de 1680 à l’époque actuelle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau, 2009.
La révolution agricole du XVIIIe siècle en Gascogne gersoise, O. Pérez, 1944, p. 56-105.
Météorologie ancienne du Midi Pyrénéen, Bulletin de la Société Ramond, François Marsan, 1907, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus.
L’éruption de la fissure Laki, 1783-1784




Les moulins du Lavedan

Le moulin à eau est une belle invention qui sera fort prisée un peu partout. En Lavedan, le moulin s’adapte à la montagne et se différencie de celui de la plaine. Jean Wehrlé nous renseigne par son livre : Le moulin de montagne, témoin du passé.

L’invention du moulin à eau et son développement


Meule et broyeur -(Orgnac) - source Wikimedia
Meule et broyeur à main  (Orgnac) – Wikimedia

L’invention du moulin à eau est un soulagement pour le travail des femmes qui jusqu’alors, utilisaient un mortier ou deux pierres.

Ce seraient les Grecs qui l’inventèrent. En 30 av. J.-C., le poète Antipater de Thessalonique écrit : Ne mettez plus la main au moulin, ô femmes qui tournez la meule ! Dormez longuement, quoique le chant du coq annonce l’aurore ; car Cérès a chargé les nymphes des travaux qui occupaient vos bras

Moulin à eau de Barbegal - reconstitution
Moulin à eau de Barbegal – reconstitution

La première mention d’un moulin se trouve dans les écrits de Strabon au 1er siècle av. J.-C. Il signale l’existence d’un moulin à eau, à Cabira, dans le palais de Mithridate, roi du Pont. Mais la plus étonnante de ces constructions hydrauliques romaines se trouve en Provence, à Barbegal, près d’Arle [Arles]. Le plus grand « complexe industriel » connu de l’Empire romain est un ensemble de moulins capable de moudre le grain pour une ville de 80 000 habitants !

En France, on attribue l’introduction des moulins à eau à Clovis (~466-511). Puis, les monastères développent cette technique et les moines de Clairvaux disséminent les moulins en construisant de nouvelles abbayes dans toute l’Europe. En plus des besoins domestiques des abbayes, l’eau courante a des usages industriels : écraser les grains, tamiser les farines, fouler le drap et tanner les peaux, puis, plus tard, fabriquer de la pâte à papier.

Parmi les grandes réalisations du XI-XIIe, citons la Société des Moulins du Basacle [Bazacle] ou Los moulins de Basacle fondée à Toulouse par des citoyens de la ville, avant que ne commence la Croisade des Albigeois, pour exploiter en commun des dizaines de moulins installés sur le site du Basacle, à l’amont  de la ville. Ils constituent  pour cela, la première société française par actions.

Les moulin à eau en Lavedan

Saint Orens
Saint Orens

En Lavedan (ou Vallée des Gaves), c’est à Sent-Orens, le futur évêque d’Auch, que l’on attribue le premier moulin à eau.  La légende nous apprend que vers 370, il aurait construit dans le vallon d’Isaby, un moulin merveilleux qui fonctionna 700 ans sans la moindre réparation. Né à Huesca, très pieux, il serait venu se réfugier dans le Lavedan pour échapper au destin politique que sa riche famille voulait pour lui.

Très vite, les moulins privés vont se multiplier dans le Lavedan, au-delà de ce qu’on voit dans d’autres contrées. Le cartulaire de Sent Savin en 1150 ou le censier de 1429 en témoignent.

En 1708, une taxe est créée qu’on ne paiera pas toujours. En 1735 par exemple, 17 moulins clandestins sont découverts dans la baronia deths Angles

Toutefois, en 1836, le cadastre parle d’une vingtaine de moulins à Arcisans-Dessús pour trente-cinq familles. Et quand le moulin est partagé entre deux familles, chacune s’attribue des jours.

À quoi ressemble un moulin en Lavedan ?


Arcizans-Dessus_(Photo Omnes)
Moulins en chapelet – Arcizans-Dessus (Photo Omnes)

La superficie au sol d’une mola [moulin] fait 20 à 25 m2. En enlevant les murs, le moulin est donc très petit. En Val d’Azun, les murs sont en granit clair, en vallée de Gavarnia, ils sont en schiste sombre. Les toits sont en ardoise.

On construit le moulin généralement dans la pente et une rigole depuis le ruisseau permet l’alimentation en eau directement à l’intérieur. De plain-pied, on a l’espace de travail et dessous la chambre du rouet où l’on tient en général debout.


Beaucens (Photo SPPVG)
Moulin de Beaucens (Photo SPPVG)

 

Quant à la porte, elle ne se distingue pas de celle d’une bergerie. Elle peut être ornée d’une croix, voire fleurie. En revanche, à hauteur d’homme, une dalle horizontale encastrée dans le mur permet de poser les sacs lors des manipulations ou du chargement des bêtes.

Enfin, à l’intérieur, un tira huma, une cheminée dont le conduit traverse le mur et non la toiture, permet de se réchauffer l’hiver. Et le sol est le plus souvent en simple terre battue.

L’alimentation en eau du moulin


Canal de dérivation vers un moulin
Canal de dérivation (photo SPPVG)

Qui dit moulin à eau signifie qu’il faut de l’eau ! Ce qui est plus difficile avec l’altitude.  On trouve des rigoles d’alimentation appelées graus ou agaus parfois assez longues, comme celle d’Ayrues qui alimentait deux moulins mais uniquement l’été. Pourtant, on trouve des moulins même à plus de 1300 m d’altitude.

Et les passages ou ventes de droits d’eau font l’objet de transactions en Lavedan. Jean Wehrlé cite la vente de passage d’eau entre Maria du Faur et Johan de Palu le 8 février 1502.

Vieuzac, canal de l'Arrieulat-1
Vieuzac, canal de l’Arrieulat (photo SPPVG)

 

Ou encore l’établissement d’un canal de moulin en 1651 entre un certain Vergez et le sieur d’Authan.

Le plus souvent, le meunier actionne une simple pelle de bois ou de schiste pour donner passage à l’eau dans la rigole.

Au XXe siècle, lors des travaux en montagne, EDF devra assurer l’alimentation des canaux pour la marche des moulins.

Le fonctionnement du rouet


Schéma de principe du moulin à roue horizontale de Sazos
Schéma de principe du moulin à roue horizontale de Sazos (SPPVG)

Pour entrainer l’arrodet [la roue], on creuse dans un arbre évidé, une pièce appelée coursier.  Calé de 30 à 45° par rapport à l’horizontale, le coursier fait office de déversoir et l’eau fait une chute de 2 à 3 m, ce qui entraine la roue (ou rouet) à 60-80 tours par minute.


Turbine horizontale - Moulin de l’écomusée de Marquèze ( Landes)
Turbine horizontale – Moulin de l’écomusée de Marquèze ( Landes)

Quant au rouet, dans le sud de la France, comme dans le bassin méditerranéen, il est horizontal avec un axe vertical. Il mesure 1,15 m de diamètre est souvent en chêne ou en acacia. Il tourne généralement à droite.

La pèira [la meule], sauf exception, est faite de matériau trouvé sur place : la roche cristalline. Elle mesure de 0,90 à 1,15 m de diamètre, pour une épaisseur de 15 cm. Et elle pèse facilement 120 kg. Elle peut être marquée.

Que moud-on dans les moulins du Lavedan ?


Trémie avec son sabot
Trémie avec son sabot (SPPVG)

On peut moudre tous les grains : millet, orge, seigle, blé, avoine, maïs selon les époques. Pourtant la même meule ne s’adapte pas à tous les grains. Ainsi, René Escafre (1733-1800) nous signale : le moulin du seigneur aux Angles a une meule noire, il faudrait en acheter une blanche pour moudre le froment.

Le grain est versé dans un tremolh ou trémie pyramidale. Son soutirage est réglé par une pièce appelée esclop à cause de sa forme de sabot.

Le grain moulu servira à l’alimentation de l’homme et de l’animal. On pratique une mouture « à la grosse », le blutage étant fait par un cèrne [tamis à main] surmontant la masia [le coffre à bluter]. On peut ainsi séparer le son, séparer la fleur (farine très fine utilisée pour la pâtisserie).

Quauques reproès deth Lavedan

Les Gascons sont les rois des proverbes. Le Lavedanés Jean Bourdette (1818-1911), dans Reprouès det Labeda, signale les suivants :

Eras moulos, de Labéda, quoan an àyga n’an pas grâ.
Eras molas, de Lavedan, quan an aiga n’an pas gran.
Ces moulins, du Lavedan, quand ils ont de l’eau ils n’ont pas de grain.

Cadù q’apèra era ayga tat sué mouli,
E qe la tira at det bezî.
Cadun qu’apèra era aiga tad sué molin,
E que la tira a deth vesin
Chacun appelle l’eau pour son moulin / Et l’enlève à son voisin.

De mouliô cambià poudet, mes de boulur nou cambiarat.
De molièr cambiar podetz, mès de volur non cambiaratz.
Vous pouvez changer de meunier ; mais de voleur, non.
Bourdette précise : C’est que tous les meuniers passaient pour être voleurs ; ils conservent encore cette vieille réputation… en Labédâ du moins.

Mes bàou chaoumà que màou moule.
Mes vau chaumar que mau móler.
Mieux vaut ne rien faire que mal moudre.

Qi a mouli ou caperâ,
Jàmes nou mànca de pâ.
Qui a molièr o caperan,
Jamès non manca de pan.
Qui a curé ou moulin,
Ne manque jamais de pain.


Carte des Pays des Pyrénées - Le Lavedan
Carte des Pays des Pyrénées – Le Lavedan

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Reprouès det Labeda, Jean Bourdette, 1889, Bibliothèque Escòla Gaston Febus.
La Baronnie des Angles et les Roux de Gaubert de Courbons, René Escafre.
Le moulin de montagne, témoin du passé, Jean Wehrlé, 1990, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Patrimoine Volvestre Info, Les moulins du Volp
Le site des patrimoines du Pays de la Vallée des Gaves, Les moulins à eau, les scieries, les carderies, (les photos provenant du site sont référencées SPPVG)
La Société des moulins de Bazacle, Wikipedia
La Révolution industrielle du Moyen Âge,




Le pic du Midi de Bigorre

Surplombant le col du Tourmalet, le Pic du Midi de Bigorre atteint 2 876 mètres. Surmonté d’une antenne de TDF (Télédiffusion De France), il est visible de presque toute la Gascogne et sert de repère aux Gascons expatriés qui rentrent chez eux.

Le col du Tourmalet, la porte du pic du Midi de Bigorre

Haut de 2 115 mètres, il est le deuxième col pyrénéen, juste dépassé par le col de Portet (2 215 m). Il permet de relier la vallée de l’Adour à la vallée de Barèges. En effet, la route des gorges de Luz n’est ouverte qu’en 1744.

La route du col du Tourmalet reste longtemps la route thermale pour se rendre à Barèges. D’ailleurs, Napoléon III modernise le chemin en 1864. Alors, Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées, vante le mérite des routes thermales devant les députés, le 22 juin 1868 : « …. à Tourmalet, ainsi qu’au col de Peyresourde, qui descend par Luchon ; nous passons à 2 000 mètres d’altitude avec des voitures à quatre chevaux, aussi facilement que vous traversez en Daumont la place de la Concorde. Pourquoi donc un chemin de fer ne pénètrerait-il pas là où vont à présent les voitures ? ». Plus tard, une ligne de Tramway, inaugurée en 1914, relie Bagnères de Bigorre à Gripp, au pied du Tourmalet. Mais elle ferme en 1925.

La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre
La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre

Les troupeaux fréquentent le Tourmalet en estive. Vers 1130, des moines s’installent sur son chemin, au lieu de Cabadur. Mais, la vie y est bien difficile. Alors, en 1142, ils vont dans la plaine de l’Arròs et fondent l’abbaye de l’Escaladieu. Toutefois, Cabadur reste une grange de l’abbaye de l’Escaladieu.

L’Ador, le fleuve gascon, nait sur les pentes du Tourmalet. Il est grossi par l’Ador de Palhòla, l’Ador de Cabadur, l’Ador de Gripp, l’Ador de Lespona, l’Ador de la Sèuva et l’Ador de Baudian.

Le col du Tourmalet et le sport

Eugène Christophe à l'arrivée du Tour de France 1912-1
Eugène Christophe à l’arrivée du Tour de France 1912

En 1902, le Touring club de France organise une course cycliste. Le départ et l’arrivée sont à Tarbes et les coureurs franchissent le col du Tourmalet à deux reprises. Ensuite, en 1910, le Tour de France cycliste passe par le col du Tourmalet lors de l’étape entre Luchon et Bayonne. Depuis, il l’empruntera 79 fois, ce qui en fait le col le plus franchi par les coureurs.

Lors du Tour de France de 1913, Eugène Christophe (1885-1970) brise la fourche de son vélo dans la descente du Tourmalet. Il marche 14 km jusqu’à Sainte-Marie de Campan et la répare dans la forge d’Alexandre Torné.

La MongieDe même, les skieurs dévalent les pentes du Tourmalet à partir de 1920. La construction d’un téléski en 1945 lance la station de sports d’hiver de la Mongie, le plus vaste domaine skiable de France. À noter, son nom vient de mongia, lieu de résidence des moines. De plus, la construction du téléphérique reliant la Mongie au Pic du Midi, permet à la station de s’équiper d’un réseau électrique et d’un réseau d’eau potable.

La station météorologique de La Plantade

Gaspard Monge (vers 1800) fit des mesures de pression au Pic du Midi de Bigorre
Gaspard Monge (vers 1800)

L’astronome montpelliérain, François de Plantade (1670-1741), monte sur le Pic du Midi de Bigorre pour étudier la couronne du soleil lors de l’éclipse de 1706. En 1741, il y fait des mesures barométriques et meurt en s’écriant « Ah ! que tout ceci est beau ! ».

Plus tard, en 1774, le chimiste Jean d’Arcet et le mathématicien Gaspard Monge atteignent le sommet pour étudier la pression atmosphérique. Conquis par le site, Jean d’Arcet propose la construction d’un observatoire dont le projet n’aboutira pas par manque de financement et pour cause de Révolution.

Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)
Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’ascension du Pic du Midi de Bigorre est une excursion à la mode. Louis Ramond de Carbonnières (1755-1827), botaniste et géologue, sert de guide à trente-cinq expéditions. En 1792, il écrit « Voyage et observations faites dans les Pyrénées », puis « Mémoire sur l’état de la végétation au sommet du pic du midi de Bagnères ».

En 1860, la société Ramond, première société pyrénéiste fondée en 1864 à l’Hôtel du Cirque de Gavarnie, reprend l’idée de construire un laboratoire au sommet du Pic du Midi.

Charles de Nansouty installa la première station météo au Pic du Midi de Bigorre
Charles de Nansouty

À partir de 1870, le général Charles du Bois Champion de Nansouty et l’ingénieur Célestin-Xavier Vaussenat reprennent ce projet dans lequel ils investissent leur fortune personnelle. La première pierre est posée le 20 juillet 1878.

Lire aussi l’article La tête dans les étoiles

En 1873, De Nansouty et Vaussenat installent une station météorologique, à la Plantade, au sommet du Tourmalet. Or, les conditions de vie sont précaires. Ainsi, en 1874, une tempête détruit les fenêtres, les volets et la porte de la station.

En 1875, les observations météorologiques et nivologiques permet d’anticiper la grande inondation du bassin de la Garonne. L’alerte est portée à pied dans la vallée. Pour communiquer plus rapidement avec la vallée, une station télégraphique est installée en 1877.

Malgré les contraintes techniques et météorologiques, la plate-forme et les premiers locaux sont opérationnels en 1880. Ainsi, des bulletins météos quotidiens sont envoyés aux villages de la vallée. La station de la Plantade est abandonnée en 1881.

L’observatoire du Pic du Midi de Bigorre devient propriété de l’État

Tout cela coute très cher et l’Etat achète l’observatoire en 1882.

En 1907, Benjamin Baillaud installe le premier grand télescope, un des plus grands du monde. Un jardin alpin et une bibliothèque de 1 300 ouvrages complètent le site.

L'observatoire du Pic du midi vers 1930
L’observatoire du Pic du midi vers 1930

Des groupes électrogènes fournissent le courant dès 1911. Et la TSF est installée en 1922. Plus tard, en 1949, il y aura raccordement au réseau électrique. Puis, un téléphérique pour le transport des personnes et du matériel entre en service en 1952. Notons que le projet de funiculaire de 1905 ne verra pas le jour.

Cependant, le ravitaillement se fait en été par des mulets et, en hiver, par des porteurs qui mettent 8 heures pour atteindre l’observatoire.

L’observatoire étudie les planètes, le rayonnement cosmique, l’électricité atmosphérique, la radioactivité dégagée par les sommets enneigés. Il étudie également la botanique, la biologie végétale et les sols.

L’émetteur du Pic du Midi de Bigorre

L'antenne de radiodiffusion de TDF
L’antenne de radiodiffusion de TDF

On installe des antennes de radiodiffusion en 1927.  Puis, on construit un émetteur de télévision en 1957. Et, en suivant, le centre TDF entre 1959 et 1962. Il dispose d’un émetteur de 104 mètres de haut et dessert le sud-ouest de la France.

L’observatoire vieillit. L’Etat envisage sa fermeture en 1998 mais la région Midi-Pyrénées se mobilise et engage la modernisation des installations techniques. Le nouveau site accessible au public ouvre en mai 2000. Les droits d’entrée assurent une part du fonctionnement du site.

 

La Réserve Internationale de Ciel Etoilé

Grâce à son emplacement exceptionnel, le Pic du Midi reste un des plus grands observatoires mondiaux. Mais la lumière artificielle de l’éclairage public des communes rend les observations du ciel de plus en plus difficiles.

Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre
Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre

En 2009, une association d’astronomes du Pic du Midi lance l’idée d’une Réserve de Ciel Etoilé. Aidée par le Syndicat Mixte pour la Valorisation Touristique du Pic du Midi, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et d’autres partenaires, le projet se concrétise en 2013. La Réserve est gérée par le Pic du Midi, le Parc National des Pyrénées et le Syndicat Départemental de l’Energie des Hautes-Pyrénées.

La Réserve comprend deux zones. Le « cœur » de la réserve qui couvre 600 km² s’appuie sur des espaces protégées inhabités tels que le Parc national des Pyrénées, la réserve du Néouvielle et la réserve d’Aulon. La « zone tampon » comprend 251 communes qui s’engagent à limiter ou supprimer la pollution due à l’éclairage public.

La pollution lumineuse perturbe la biodiversité (cycles de reproduction, migrations, …). Elle représente un gaspillage énergétique considérable. Il représente 94 KWh par habitant en 2007 (43 KWh seulement en Allemagne). Les communes consacrent en moyenne 20 % de leur budget pour l’éclairage public qui nécessite la production de deux réacteurs nucléaires.

Le projet de Loi portant engagement national pour l’environnement prévoie de modifier le Code de l’environnement pour lutter contre la pollution lumineuse et le gaspillage qu’elle engendre.

La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées
La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le site internet de l’observatoire
La Réserve Internationale de Ciel Etoilé




Le château de Pau, 800 ans d’histoire

D’abord, petit château défensif situé près d’un gué sur le Gave de Pau, Gaston Febus en fait une forteresse redoutable. Puis, résidence des rois de Navarre, Henri III de Navarre, le futur Henri IV de France, y voit le jour. Enfin, remanié plusieurs fois, le château de Pau est aujourd’hui un musée national. Les Béarnais en sont si fiers qu’ils disent Qui n’a vist lo castèth de Pau, n’a jamèi vist arren de tau [Qui n’a jamais vu le château de Pau n’a jamais rien vu de tel].

Du château à la forteresse

Un château est construit sur un éperon rocheux dominant un gué emprunté par les bergers ossalois qui font hiverner leurs troupeaux dans la lande du Pont-Long. Un bourg se développe à ses pieds. Il s’appelle Pal dans un texte de 1131 et Pau dans un autre de 1147.

Le château de Pau est un château vicomtal. Aussi, c’est là qu’on donne le nouveau For general de 1188.

Gaston Fébus (Livre de la Chasse)
Gaston Fébus (Livre de la Chasse)

Plus tard, Gaston Febus (1331-1391) établit un réseau de forteresses pour défendre le Béarn dont il affirme la neutralité en 1347 dans le conflit entre le roi de France et le roi d’Angleterre. Il remanie le château de Pau qui est au centre de son dispositif de défense.

Les travaux, sous la conduite de Sicart de Lordat, durent de 1370 à 1380. Il agrandit la plate-forme castrale, garnit de briques ses parois en inclinant le mur à 60 degrés. Puis, il construit une seconde enceinte plus bas, renforce les défenses par des créneaux et des mâchicoulis. Enfin, il bâtit un donjon de briques de 33 mètres qui porte la fameuse inscription : Febus me fe [Febus m’a fait].

Le château de Pau sous Fébus, par Raymond Ritter
Le château de Pau sous Fébus, par Raymond Ritter

Pourtant, les successeurs de Febus continuent d’habiter au château d’Orthez mais viennent faire de fréquents séjours au château de Pau. En particulier, les vicomtes de Béarn y réunissent les Etats de Béarn. Et Gaston IV (1423-1472) y fixera le siège de la Cort Major [Cour Majour].

 

Le Château de Pau : une résidence de plaisance

La cour intérieure du Château de Pau (E. Gluck - 1860)
La cour intérieure du Château de Pau (E. Gluck – 1860)

Gaston IV engage des travaux pour mettre le château de Pau au gout des résidences de l’époque. Il fait coiffer les tours d’un toit, surèlever les bâtiments d’un étage et percer des fenêtres. Les travaux durent 10 ans pour s’achever en 1472. Cependant, Gaston IV n’aura presque pas résidé au château de Pau.

Or, Gaston IV épouse Eléonore de Navarre et devient ainsi roi de Navarre. Alors, les rois de Navarre alternent leur résidence entre Pampelune et le château de Pau. Mais, en 1512, ils perdent la Haute Navarre. Et le château de Pau devient la résidence officielle des rois de Navarre.

Puis, Henri d’Albret (1503-1555) épouse Marguerite de France, la sœur de François Ier. Il lance des travaux d’embellissement du château de Pau. En particulier, on lui doit l’aménagement de la terrasse côté sud, le décor de la cour d’honneur, la réalisation de l’escalier d’honneur et la décoration des appartements.

Naissance d'Henri IV au Château de Pau - 13:12:1553)
Naissance d’Henri IV au Château de Pau – 13/12:/1553 (Deleria)

Après la mort de Marguerite, Henri d’Albret réside au château de Pau. Là, il se consacre à l’administration de ses États : il révise les fors, réorganise la justice, modernise l’agriculture, transforme la tour du moulin construite par Fébus, en atelier monétaire. Elle devient la Tour de la Monnaie.

Le 13 décembre 1553, Henri III de Navarre nait au château de Pau. La légende veut que sa mère, Jeanne d’Albret, chantait le cantique Nosta Dauna deu cap deu pont pendant l’accouchement et que son grand-père lui frotta de l’ail et du Jurançon sur les lèvres.

Les troubles religieux

Jeanne d'Albret (1528 - 1572)
Jeanne d’Albret (1528-1572)

Antoine de Bourbon (1518-1562), père d’Henri III, fait aménager le parc et les jardins du château de Pau. Le faste de la cour de Navarre n’a rien à envier à celui de la cour de France. D’ailleurs, on sert à table de la glace venue des Pyrénées. Pour l’époque, c’est un luxe inouï.

À la mort d’Antoine de Bourbon, Jeanne d’Albret se déclare protestante et impose la nouvelle religion dans ses états. L’armée française occupe brièvement le château de Pau en 1569.

Henri III de Navarre, futur Henri IV de France
Henri III de Navarre, futur Henri IV de France

En 1576, Henri III, jusqu’alors retenu à la Cour de France, s’enfuit et revient en Béarn. Il séjourne rarement au château de Pau et n’y reviendra plus à partir de 1587. Henri de Navarre devient roi de France en 1589.

Le château de Pau n’abrite plus que l’intendant, la chancellerie de Navarre et les prisons. Le marquis de La Force raconte que la veille de l’assassinat d’Henri IV, « il vint dans la ville et faubourgs de Pau une très grande quantité de vaches mugissant et beuglant de manière épouvantable […] et un taureau se jeta du pont en bas où il fut trouvé mort le lendemain ». En conséquence, le père de François Ravaillac est banni et enfermé dans le donjon du château de Pau.

Plus tard, devant le refus des Etats de Béarn de restituer les biens de l’Eglise catholique à son clergé, Louis XIII, fils d’Henri IV, prend la tête d’une armée et entre dans Pau en 1620. Il rétablit le culte catholique, annexe la Navarre et le Béarn à la France puis repart à Paris en emmenant avec lui 95 tableaux du château de Pau.

Le duc d'Epernon est présent alors de l'assassinat d' Henri IV
L’assassinat d’Henri IV (1610)

Le château de Pau s’endort

Le château de Pau abrite le gouverneur, l’intendant, le sénéchal, la cour des comptes de Navarre et sert de prison. On le confie aux ducs de Gramont qui ne réalisent que des travaux d’entretien, sauf la reconstruction des galeries orientales détruites par un incendie.

À la Révolution, Bertrand Barère le sauve de la destruction en réservant « au roi le château de Pau, avec son parc, comme un hommage rendu par la nation à la mémoire d’Henri IV ».

En 1796, le parc du château de Pau est aliéné. Une centaine de citoyens palois déforment une société pour le racheter et le conserver en promenade publique. La route de Bayonne le traverse et coupe en deux le parc. La place de Gramont est construite sur une partie du parc.

Le Château de Pau vu du parc
Le Château vu du parc

Pourtant, Louis XVIII fait rénover les appartements du château pour en faire une résidence royale. En 1848, l’émir algérien Abd el Kader est prisonnier au château de Pau. En partant, il n’a pas chanté le Bèth cèu de Pau mais aurait dit « Je quitte Pau de ma personne, mais j’y laisse mon cœur ». Il est vrai que plusieurs de ses enfants sont enterrés au cimetière de Pau.

Beth ceu de Pau par les Passo Cansoun

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Rénovation de la façade sud
Rénovation de la façade sud (1860)

Napoléon III relance les travaux en 1853 et remplace l’aile Est par un portique à trois arcades qui accueille, aujourd’hui encore, les visiteurs.

Enfin, le château de Pau devient palais national. Des présidents de la République, le roi d’Espagne et le roi d’Angleterre y séjournent. En 1927, le château de Pau devient un musée national, lieu de mémoire d’Henri IV, lo noste Enric, et de son règne.

Le musée du château de Pau

Le berceau d'Henri IV
Le berceau d’Henri IV

Le château de Pau fait l’objet d’une campagne de restaurations.

Les pièces aménagées sont meublées et décorées pour reconstituer un décor d’inspiration Renaissance. En outre, le château de Pau renferme 12 000 pièces et objets, dont une centaine de tapisseries des Gobelins des XVIe et XVIIe siècles et une collection de tableaux à la gloire d’Henri IV.

En particulier, la carapace de tortue qui a servi de berceau à Henri IV en est la pièce maitresse. Elle a failli être brulée à la Révolution.

De plus, le cabinet d’arts graphiques du château de Pau renferme une collection de 500 estampes et 300 dessins. Le médailler comprend 500 pièces (monnaies, médailles, décorations). Toutes ces collections sont présentées lors d’expositions temporaires.

La grande salle basse
La grande salle basse

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le site Wikipédia du Château de Pau
Le Musée National du Château de Pau
La Société des Amis du Château de Pau




Blaise de Monluc

Blaise de Monluc (1501-1577) est un seigneur gascon qui a connu toutes les guerres du XVIe siècle : guerres d’Italie, guerres de religion. C’est un de ces Gascons si appréciés dans les armées de l’époque. Témoin de son temps, il écrit ses Commentaires.

Une jeunesse au château de saint Puy

Blaise de Monluc (1501 1577)
Blaise de Monluc (1501-1577)

Blaise de Monluc nait au château de Saint-Puy, en Armagnac, entre Valence sur Baïse et Lectoure. Son père possède plusieurs seigneuries. Et sa mère possède le château d’Estillac dans lequel Blaise de Monluc passera la plus grande partie de sa vie. Il a cinq sœurs et six frères, dont Jean qui deviendra évêque de Valence et de Die.

La famille n’est pas riche et elle ne peut pas payer une éducation à Blaise qui n’en recevra que des rudiments. Aussi, sa jeunesse est campagnarde et il se destine à la carrière des armes.

Grâce à un autre gascon, Bertrand de Goth, seigneur de Rouillac et voisin de Saint-Puy, il entre comme page à la cour d’Antoine de Lorraine à Nancy. Là, il parfait son éducation et se perfectionne à l’escrime et à l’équitation. Sorti de page à 14 ans, il s’enrôle comme archer dans les troupes du duc.

Charles VIII (1470 - 1498)
Charles VIII (1470-1498)

Cependant, les guerres d’Italie ont commencé en 1494. En effet, Charles VIII a hérité de la maison d’Anjou et de ses droits sur Chypre et Jérusalem. Aussi, il est entré en Italie, s’est emparé de Naples. Et il est devenu roi de Naples et de Constantinople. S’ensuivent vingt ans de guerres en Italie dans lesquelles Blaise de Monluc prendra une place importante.

Donc, Blaise de Monluc quitte la Lorraine et part pour Milan. Là, il retrouve ses deux oncles maternels qui lui procurent une place d’archer dans la compagnie de Thomas de Foix, sire de Lescun, qui deviendra le Maréchal de Foix.

Blaise de Monluc pendant les guerres d’Italie

Blaise de Monluc participe à la bataille de la BIcocca (1522)
Bataille de la Bicocca (1522)

Les hostilités reprennent en 1521. Rapidement, le 27 avril 1522, les Français sont battus à La Bicocca, près de Milan. Et le 15 mai, Blaise de Monluc est fait prisonnier à Crémone. Libéré en juillet, il rentre en Gascogne et sa compagnie s’installe à Beaumont de Lomagne.

Parallèlement, les Français prennent Fontarabie le 15 mai 1522. Et, en septembre 1523, les Impériaux assiègent Saint Jean de Luz. Blaise de Monluc participe au combat d’Ahetze et contient les Espagnols, permettant au gros de l’armée française de s’enfermer dans Bayonne. Sa bravoure et son sens tactique sont remarqués.

François Ier (1494-1547)
François Ier (1494-1547)

En 1524, François Ier franchit les Alpes pour reconquérir le Milanais. À la bataille de Pavie, le roi est fait prisonnier. Blaise de Monluc aussi, mais comme il est trop pauvre pour payer sa rançon, on le relâche.

Après l’échec devant Naples et la déroute française de 1527, Blaise de Monluc rentre en Gascogne où il se marie. Il aura quatre enfants.

Or, les armées de Charles Quint envahissent la Provence et assiègent Marseille. Alors, Blaise de Monluc prend la tête d’un raid nocturne contre un moulin qui assurait l’approvisionnement en farine des soldats de Charles Quint. Il y met le feu et les Impériaux doivent lever le siège.

Henri II (1519 - 1559)
Henri II (1519-1559)

Blaise de Monluc devient capitaine de l’infanterie gasconne. Il joue un rôle important lors de la bataille de Cérisolles et est fait chevalier sur le champ de bataille. En 1548, il prend le poste de gouverneur de Moncaliéri puis de Sienne. D’ailleurs, il défend la ville et soutient un siège de dix mois. Mais, il doit se rendre et les Espagnols lui rendent les honneurs. Pour sa conduite, le roi Henri II le fait chevalier de l’Ordre de Saint-Michel.

Enfin, le traité de Cateau-Cambrésis des 2 et 3 avril 1559 met fin aux guerres d’Italie. Blaise de Monluc rentre en Gascogne.

Blaise de Monluc est fait prisonnier à la bataille de Pavie (1523)
La bataille de Pavie (1523)

Blaise de Monluc et l’engagement dans les guerres de religion

La France est en proie aux troubles religieux, notamment en Gascogne.

Dans son château d’Estillac, Blaise de Monluc reçoit plusieurs délégations de Huguenots pour le convaincre de rejoindre leur parti. Devant son refus, il manque d’être assassiné.

Catherine de Médicis à la tête du parti catholique
Catherine de Médicis (1519-1589)

Catherine de Médicis le charge de lever des troupes en Gascogne. En 1562, il sillonne la Gascogne de Bordeaux à Agen et d’Auch à Toulouse. Son arrivée, accompagné de deux bourreaux, et les pendaisons qu’il organise ramènent le calme dans le pays. Il dit dans ses Commentaires : « on pouvoit cognoistre par là où j’estois passé, car par les arbres, sur les chemins, on en trouvoit les enseignes. Un pendu estonnoit plus que cent tuez ».

Blaise de Monluc devient Lieutenant général en Guyenne. Il bat Symphorien de Duras à Targon le 15 juillet, puis à Vergt le 9 octobre. La paix d’Amboise se signe en 1563. Paix provisoire. Pourtant, lors des troubles de 1567, les mesures prises par Blaise de Monluc font que la Gascogne reste relativement calme. Il participe au siège de La Rochelle et prend l’ile de Ré en mars 1568. La paix de Longjumeau se signe le 23 mars.

En 1569, Gabriel de Lorges, comte de Montgommery, celui-là qui a mortellement blessé le roi Henri II lors d’un tournoi, part d’Albi et va délivrer Navarrenx assiégée. De son côté, Blaise de Monluc assiège Mont de Marsan et reprend la ville. Aussitôt, il ordonne l’exécution de la garnison pour venger celle qui avait été massacrée à Navarrenx.

En juillet 1570, il assiège Rabastens, en Bigorre. Alors qu’il monte à l’assaut, Blaise de Monluc reçoit un coup d’arquebuse qui le défigure et l’oblige à porter un masque de cuir jusqu’à sa mort.

Une fin de carrière dans les honneurs

Château d'Estillac de Blaise de Monluc
Château d’Estillac

La paix de Saint-Germain se signe le 8 août 1570. Le roi tente une politique de conciliation avec les Huguenots et Blaise de Monluc en fait les frais. On lui retire la fonction de Lieutenant général en Guyenne, on l’accuse de détournement de fonds et on épluche ses comptes. Le duc d’Anjou, le futur Henri III, intervient pour que le procès sur ses comptes se termine en faveur de Blaise Monluc.Retiré dans son château d’Estillac, il écrit ses Commentaires qui racontent ses campagnes et donnent de précieux conseils aux capitaines des générations futures. Henri IV les qualifiera de « Bréviaire du combattant ».

En 1573, le duc d’Anjou le nomme conseiller dans son état-major lors du siège de La Rochelle. En septembre 1574, il devient Maréchal de France.

Les commentaires de Messire Blaise de Monluc
Commentaires de Messire Blaise de Monluc

Mais, en 1575, il échoue au siège de Gensac dans l’Entre-Deux-Mers, et ne peut prendre le château de Madaillan, près d’Agen. Humilié par ses deux échecs, il abandonne la carrière militaire – il a 74 ans – et se retire au château d’Estillac pour terminer ses commentaires. Il meurt le 26 aout 1577.

Ses fils ont combattu à ses côtés. Marc-Antoine meurt au siège d’Ostie en 1556, Pierre-Bertrand meurt en 1566 lors du sac de Funchal sur l’île de Madère, Jean devient évêque de Condom après une brillante carrière militaire, François-Fabian est blessé au siège de Rabastens et tué à celui de Nogaro en 1573.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Blaise de Monluc, un chef de guerre gascon de Denis Labau, Latitude Sud.
Commentaires et lettres, de Blaise de Monluc, tome 5, Alphonse de Ruble, 1872
Wikipédia




Quand le gascon faillit devenir langue officielle

Le gascon est la langue du peuple. La Révolution de 1789, après bien des hésitations, décide d’imposer le français et de combattre les langues régionales. L’abbé Grégoire est le principal instigateur de cette lutte.

L’usage des langues régionales pendant la Révolution

Lous drets de l'ome traduits par Pierre Bernadau 1790)
Lous drets de l’ome traduits par Pierre Bernadau 1790)

Le 14 janvier 1790, l’Assemblée Nationale décide de faire traduire les lois et les décrets dans les différents « idiomes » parlés de France. Le but est de rendre partout compréhensibles les lois et les décrets de l’Assemblée car la majorité des citoyens ne parle pas français.

Le député Pierre Dithurbide, natif d’Ustaritz, se propose de réaliser les traductions en basque. Le Député Dugas, de Cordes dans le Tarn, rédacteur du journal Le Point du Jour, crée une entreprise de traductions pour les 30 départements du sud. Le 6 octobre 1791, Dugas présente 24 volumes, dont 9 pour les Hautes-Pyrénées, 7 pour les Basses-Pyrénées, 1 pour les Landes et 1 pour la Haute-Garonne. Il a des difficultés à se faire payer ce travail.

La traduction est mauvaise et les Hautes-Pyrénées font faire la leur.

Pierre Bernadau (1762-1852), avocat bordelais, traduit la Déclaration des Droits de l’Homme en gascon, ainsi que les décrets municipaux.

Les écrits en langues régionales se multiplient. À Toulouse, on publie Home Franc, « journal tot noubel en patois fait esprès per Toulouse » et destiné « a las brabos gens de mestiè ».

Une littérature occitane populaire de pamphlets et de chansons se développe. Le 2 nivôse an II, les jeunes de Mimbaste dans les Landes chantent sur l’air de la Marseillaise, un hymne en gascon dont les quatre couplets sont recopiés sur le registre des délibérations.

Cette politique de traductions prend fin en 1794, après la lecture du rapport de l’abbé Grégoire (1750-1831) : Rapport du Comité d’Instruction publique sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française.

Qui est l’abbé Grégoire ?

L'Abbé Grégoire
L’abbé Grégoire

Henri Grégoire (1750-1831) nait à Vého, près de Lunéville (actuel département de Meurthe et Moselle). Ordonné prêtre en 1775, l’abbé Grégoire parle l’anglais, l’italien, l’espagnol, l’allemand et publie une Eloge de la poésie à l’âge de 23 ans.

En 1787, avec un de ses confrères, il fonde un syndicat de prêtres pour obtenir de meilleurs revenus au détriment des évêques et des chanoines.

Elu député du clergé aux Etats Généraux de 1789, l’abbé Grégoire réclame l’abolition totale des privilèges, l’abolition du droit d’ainesse, l’instauration du suffrage universel masculin et contribue à rédiger la Constitution civile du clergé.

L’abbé Grégoire plaide la cause des juifs (reconnaissance de leurs droits civiques en 1791) et des noirs (première abolition de l’esclavage en 1794). Grégoire est élu évêque constitutionnel à Blois. Il s’oppose à la destruction des monuments publics et créé le terme de Vandalisme. Il dit : « Je créai le mot pour tuer la chose ».

Membre actif du Comité de l’Instruction publique, il réorganise l’instruction publique. C’est dans ce cadre qu’il entreprend une enquête sur les patois pour favoriser l’usage du français.

L’enquête de l’abbé Grégoire

Le 13 août 1790, l’abbé Grégoire lance une enquête relative « aux patois et aux mœurs des gens de la campagne ». Elle comprend 43 questions. Quelques exemples :

Q1. L’usage de la langue française est-il universel dans votre contrée. Y parle-t-on un ou plusieurs patois ?
Q6. En quoi s’éloigne-t-il le plus de l’idiome national ? N’est-ce pas spécialement pour les noms des plantes, des maladies, les termes des arts et métiers, des instruments aratoires, des diverses espèces de grains, du commerce et du droit coutumier ? On désirerait avoir cette nomenclature.
Q10. A-t-il beaucoup de termes contraires à la pudeur ? Ce que l’on doit en inférer relativement à la pureté ou à la corruption des mœurs ?
Q16. Ce patois varie-t-il beaucoup de village à village ?
Q18. Quelle est l’étendue territoriale où il est usité ?
Q21. A-t-on des grammaires et des dictionnaires de ce dialecte ?
Q23. Avez-vous des ouvrages en patois imprimés ou manuscrits, anciens ou modernes, comme droit coutumier, actes publics, chroniques, prières, sermons, livres ascétiques, cantiques, chansons, almanachs, poésie, traductions, etc. ?
Q29. Quelle serait l’importance religieuse et politique de détruire entièrement ce patois ?
Q30. Quels en seraient les moyens ?
Q41. Quels effets moraux produit chez eux la révolution actuelle ?

À la lecture des questions, on comprend très vite où il veut en venir !

Entre 1790 et 1792, l’abbé Grégoire ne reçoit que 49 réponses à son questionnaire, dont 11 proviennent des départements du sud-Ouest : Périgueux, Bordeaux, Mont de Marsan, Auch, Agen, Toulouse et Bayonne.

Les débats sur la question linguistique

Carte sur la traduction des lois en langues régionales (1792)
Carte sur la traduction des lois en langues régionales (1792)

La question linguistique anime les débats. L’impossibilité de se faire entendre par tous milite pour l’unification de la langue.

Un envoyé à Ustaritz, constate que « le fanatisme domine ; peu de personnes savent parler français ; les prêtres basques et autres mauvais citoyens ont interprété à ces infortunés habitants les décrets comme ils ont eu intérêt ». Dans les armées, des bataillons doivent être séparés car ils « n’entendaient pas le langage l’un de l’autre ».

Le 18 décembre 1791, Antoine Gautier-Sauzin de Montauban envoie une lettre au Comité d’Instruction publique de l’Assemblée nationale dans laquelle il propose un projet de fédéralisme.

« J’observe que le français est à peu de nuances près, la langue vulgaire de la majeure partie du royaume, tandis que nos paysans méridionaux ont leur idiome naturel et particulier ; hors duquel ils n’entendent plus rien […] Je crois que le seul moyen qui nous reste est de les instruire exclusivement dans leur langue maternelle. Oh que l’on ne croie pas que ces divers idiomes méridionaux ne sont que de purs jargons : ce sont de vraies langues, tout aussi anciennes que la plupart de nos langues modernes ; tout aussi riches, tout aussi abondantes en expressions nobles et hardies, en tropes, en métaphores, qu’aucune des langues de l’Europe ».

Antoine Gautier-Sauzin propose d’imprimer des alphabets purement gascons, languedociens, provençaux, … « dans lesquels on assignerait à chaque lettre sa force et sa couleur ». Il propose, par exemple, de supprimer le V qui se confond avec le B en gascon.

Il écrit : « Pour exprimer en gascon le mot « Dieu », que Goudouli écrit « Dius », j’écrirais « Dïous », les deux points sur l’i servant à indiquer qu’il faut trainer et doubler en quelque sorte cette voyelle ».

Bertrand Barrère
Bertrand Barrère

Bertrand Barrère impose la fin de tout usage des langues régionales dans le cadre officiel : « D’ailleurs, combien de dépenses n’avons-nous pas faites pour la traduction des lois des deux premières assemblées nationales dans les divers idiomes parlés en France ! Comme si c’était à nous à maintenir ces jargons barbares et ces idiomes grossiers qui ne peuvent plus servir que les fanatiques et les contre-révolutionnaires ! ».

L’abbé Grégoire présente son rapport devant la Convention

Rapport de l'Abbé Grégoire - Page 1
Rapport de l’Abbé Grégoire – Page 1

Le 16 Prairial an II, l’abbé Grégoire présente son rapport Sur la nécessité et les moyens d’anéantir le patois, et d’universaliser l’usage de la langue française. Texte complet disponible ici.

Extraits :

« On peut uniformer le langage d’une grande nation, de manière que tous les citoyens qui la composent, puissent sans obstacle se communiquer leurs pensées. Cette entreprise, qui ne fut pleinement exécutée chez aucun peuple, est digne du peuple français, qui centralise toutes les branches de l’organisation sociale, & qui doit être jaloux de consacrer au plutôt, dans une République une & indivisible, l’usage unique & invariable de la langue de la liberté ».

« Cette disparité de dialectes a souvent contrarié les opérations de vos commissaires dans les départemens. Ceux qui se trouvoient aux Pyrénées-Orientales en octobre 1792 vous écrivoient que, chez les Basques, peuple doux & brave, un grand nombre étoit accessible au fanatisme, parce que l’idiôme est un obstacle à la propagation des lumières. La même chose est arrivée dans d’autres départemens, où des scélérats fondoient sur l’ignorance de notre langue, le succès de leurs machinations contre-révolutionnaires ».

« Quelques locutions bâtardes, quelques idiotismes prolongeront encore leur existence dans le canton où ils étoient connus. Malgré les efforts de Desgrouais, les gasconismes corrigés sont encore à corriger. [….] Vers Bordeaux on défrichera des landes, vers Nîmes des garrigues ; mais enfin les vraies dénominations prévaudront même parmi les ci-devant Basques & Bretons, à qui le gouvernement aura prodigué ses moyens : & sans pouvoir assigner l’époque fixe à laquelle ces idiômes auront entièrement disparu, on peut augurer qu’elle est prochaine ».

« Les accens feront une plus longue résistance, & probablement les peuples voisins des Pyrénées changeront encore pendant quelque temps les e muets en é fermés, le b en v, les f en h ».

C’est la fin de l’usage officiel des langues régionales. Il a duré quatre ans et commence alors la « chasse aux patois ».

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire de la langue française, des origines à 1900 ; 9, 1-2. La Révolution et l’Empire, par Ferdinand Brunot,1927-1937
La République en ses provinces : la traduction des lois, histoire d’un échec révolutionnaire (1790-1792 et au-delà) par Anne Simonin
Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française, Grégoire, 1794
La République condamne les idiomes dangereux, Anne-Pierre Darrées, 2021
Mélenchon comprendrait-il Montesquieu ?, Anne-Pierre Darrées, 2018




Les chanteurs montagnards

Le XIXe siècle voit le succès des chœurs d’hommes, les Orphéons. En 1867, on en compte 3 243 en France, regroupant plus de 147 000 chanteurs. Le plus célèbre est, sans conteste, celui des Chanteurs montagnards d’Alfred Roland.

Qui est Alfred Roland ?

Alfred Roland
Alfred Roland

Alfred Roland nait à Paris, le 22 janvier 1797. Il s’intéresse à l’histoire et aux sciences naturelles. Et il s’initie très tôt à la musique. D’ailleurs, il joue de la guitare et du violon. Aussi, sa famille organise des soirées musicales au cours desquelles il découvre des chanteurs de renom, titulaires à l’opéra de Paris.

On le voit, tout le prédispose à devenir musicien. Pourtant, il choisit de devenir fonctionnaire des impôts. Et, en octobre 1832, le voici à Bagnères de Bigorre en tant que « Vérificateur de l’Enregistrement et des Domaines ».

Et voilà ! À Bagnères, on chante à l’atelier, dans la rue, au marché et dans les cabarets. Séduit par les voix magnifiques, il fonde le « Conservatoire de musique et de chant de la ville de Bagnères ». Et il y donne gratuitement des cours de solfège, de diction et de chant.

Ainsi, lors de l’inauguration de son école de musique, le 26 janvier 1833, il donne un concert avec un chœur de 33 de ses élèves. Le succès est immédiat.

Des chants de Roland qui deviendront célèbres

De plus, Alfred Roland écrit les textes qu’il fait interpréter à ses élèves. Certains sont restés célèbres dans le répertoire pyrénéen comme la Tyrolienne des Pyrénées. Ici la version originelle par les Chanteurs Montagnards de Bagnères de Bigorre.

Montagnes Pyrénées
Vous êtes mes amours,
Cabanes fortunées
Vous me plairez toujours,
……

D’abord la tournée régionale

En juillet 1835, Alfred Roland présente sa troupe au concours des sociétés musicales de Toulouse. Là, ils interprètent des pièces de sa composition et remportent un énorme succès. En particulier, il compose une ode, dont le refrain deviendra celui de La Toulousaine, qu’il fait chanter place du capitole à minuit. C’est un triomphe ! Il est acclamé par les auditeurs.

Alfred Roland ne s’arrête pas là. Avec ses chanteurs montagnards, il se produit à Pau, à Orthez, à Dax, à Bayonne où il commande, à ses frais, une diligence pouvant emmener 40 personnes. Cependant, il songe déjà à une tournée nationale.

Alors, il sélectionne 40 chanteurs dont 14 sont des enfants, les plus jeunes n’ont que 8 ans. Avec un bon sens du spectacle, il leur confectionne un habit qui est la tenue des guides pyrénéens : veste bleue au large col blanc arrêté à la taille, pantalon blanc tombant sur des guêtres de laine, béret rouge avec gland de couleur blanche et large ceinture en laine nouée du côté gauche.

Puis la tournée nationale

Les chanteurs pyrénéens de Lourdes
Les chanteurs pyrénéens de Lourdes

Enfin, le 18 avril 1837, Alfred Roland part pour une tournée nationale en commençant par Auch, Toulouse, Perpignan, Carcassonne, puis l’ouest de la France : Poitou, Touraine, Anjou et Bretagne. Pourtant, lors d’un concert, il doit sortir sous la protection des gendarmes car la couleur des costumes des chanteurs rappelle celle des soldats de la République… qui ont laissé un mauvais souvenir aux anciens Chouans !

Peu importe, début février 1838, il est dans le nord : Evreux, Rouen, Lille, Tourcoing, la Belgique et Paris où il reste trois semaines. À Neuilly, il se produit devant le roi Louis-Philippe et toute sa cour.

Stendhal n’apprécie pas ce spectacle. Ainsi, il écrit dans son journal à propos de la musique qu’ils chantent : « Elle est d’une platitude et d’un gauche inimaginables. Il faudrait avoir du génie pour pouvoir se figurer cet excès de vide. [..] Ces pauvres jeunes gens ont le mérite de chanter toutes ces belles choses sans accompagnement. Leur affiche dit qu’ils vont à Paris. Quand ils seraient protégés par tous les journaux, il est impossible qu’un parterre parisien tolère un tel amas de platitude et de contresens. »

Erreur, le public leur fait un triomphe !

Enfin la tournée internationale

Fort de ces succès, en juillet 1838, Alfred Roland et ses chanteurs montagnards sont à Londres et donnent 21 concerts. De plus, la reine Victoria leur fait chanter une sérénade matinale sous les fenêtres de la reine mère pour son anniversaire au palais de Buckingham.

Ensuite, la tournée reprend en Belgique, en Hollande et en Allemagne. Là, un incident faillit tout arrêter. En effet, à Hambourg, un chanteur écrit à ses parents, et ceux-ci croient comprendre qu’il est maltraité. Aussitôt, le député des Hautes-Pyrénées et le Ministre des affaires étrangères s’en mêlent. Alfred Roland écrit une lettre indignée au préfet des Hautes-Pyrénées, signée par tous les chanteurs. Finalement, l’enquête n’aboutit à rien. Le chanteur à l’origine de la lettre maladroite est renvoyé et la tournée reprend.

Bernadotte, Roi de Suède
Bernadotte, Roi de Suède

Suivent le Danemark, la Suède où ils sont chaleureusement accueillis par le roi Bernadotte, Béarnais d’origine. Berlin, Vilnius, Varsovie, Smolensk, Saint-Pétersbourg, Minsk et Vienne.

En 1842, ils sont en Italie. Devant le Saint Père, ils chantent une Messe des montagnards tout simplement composée par Alfred Roland. C’est un triomphe !

Puis, le 24 mars 1842, ils sont de retour à Marseille et entreprennent un nouveau tour de France.

Un peu plus tard, le 4 septembre 1845, ils s’embarquent pour le Moyen-Orient et la Terre Sainte. Ils visitent l’Egypte. Le Médecin chef des armées du Khédive, Charles Chedufau, est un Bagnérais, qui plus est, ami d’enfance de l’un des chanteurs. Le 13 décembre, ils sont à Jérusalem et chantent la Messe des montagnards le jour de Noël à Bethléem.

Enfin, leur tournée les amène à Beyrouth, Damas, Athènes, Constantinople. Revenus à Marseille, infatigables, ils entament un nouveau tour de France de 1846 à 1852. Et leur dernier concert sera devant Napoléon III et Eugénie.

Napoléon III et Eugénie de Montijo
Napoléon III et Eugénie

Que reste-t-il des chanteurs montagnards d’Alfred Roland ?

Des dissensions se font jour dans le groupe. Les anciens veulent rentrer au pays, les nouveaux n’ont pas l’esprit de cohésion du début. Certains chantent pour leur propre compte. Alors, les enfants sont renvoyés à Bagnères et le groupe se disloque.

L'Orphéon de Salies de Béarn
L’Orphéon de Salies de Béarn

Alfred Roland s’installe à Grenoble où il fonde un nouveau chœur : L’orphéon des demoiselles. Mais il meurt le 15 mars 1874.

Si la vogue des Orphéons a disparu, il reste encore des chœurs d’hommes ou mixtes pyrénéens qui perpétuent les chants écrits par Alfred Roland : Chœur d’Oldara, les troubadours du Comminges, l’Orphéon de Luz, etc.

Les chansons d’Alfred Roland font partie du répertoire pyrénéen et tous connaissent quelques airs. Et les chanteurs montagnards d’Alfred Roland existent toujours à Bagnères de Bigorre et ils se produisent régulièrement.

Les Chanteurs du Comminges
Les Chanteurs du Comminges

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

« Le grand voyage des chanteurs montagnards bagnérais (1838-1854) », Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées – cycle 2001-2002, Louis Fage




La construction en terre et le Gers

Les constructions anciennes utilisent les matériaux disponibles sur place. Ainsi, on emploie la pierre en montagne, le galet roulé dans la plaine de l’Adour et des Gaves. Le centre de la Gascogne, dépourvu de carrières de pierres ou de galets, adopte traditionnellement la terre.

Les techniques de construction en terre traditionnelles

Banche de construction de murs de pisé
Banche de construction de murs de pisé

Il existe quatre techniques de construction en terre.

Le pisé consiste à compacter un mélange d’argile, de sable, de gravier et de fibres naturelles (paille, foin, etc.). Etalé en fine couche dans un coffrage, il est ensuite compacté à l’aide d’un pilon (prononcer : pilou). Cette technique est très utilisée entre le XVIIIe et le XXe siècle. On la rencontre surtout au nord du Béarn et de la Bigorre, en Astarac (environs de Mirande) et en Magnoac. Les murs sont très épais et généralement dépourvus d’ouvertures. Les murs en pisé ont une forte inertie (capacité d’emmagasiner et de restituer la chaleur de manière diffuse). On s’en servait pour la construction de caves ou de fours.

 

Construction en terre - mur en bauge recouvert d'un enduit
Mur en bauge recouvert d’un enduit

La bauge est un empilement de boules de terre malléables qui sont ensuite battues et taillées. Cette technique nécessite peu d’outillage. Il n’y a pas besoin de coffrage ou de moule, seulement un outil tranchant pour lisser les parois. Les murs sont très épais.

Construction en terre - mur en damier à Saint-Michel près de Mirande
Mur en damier d’adobes et de galets à Saint-Michel (32) près de Mirande

 

L’adobe est une brique de terre crue moulée et séchée au soleil. Elle est courante dans la région toulousaine. En Astarac et dans le Magnoac, on rencontre souvent des constructions en damier alternant adobes et galets.

Enfin, le torchis est une couche de terre, mélangée à de la paille, étalée sur un lattis de bois de chêne ou de châtaignier. Un enduit est ensuite passé sur la terre sèche. Cette technique est prépondérante en Armagnac. La technique est apparue dans les Landes au XVe siècle et a été très utilisée jusqu’au XVIIe siècle. Elle permet la construction d’étages. Les maisons du centre d’Auch, de Marciac ou de Tillac sont construites en torchis.

La terre, un matériau écologique et moderne

Construction en terre - La ferme fortifiée de Lagrange à Juilles (32) - étage en pisé sur une base en bauge
La ferme fortifiée de Lagrange à Juilles (32) – étage en torchis sur une base en bauge

On redécouvre que nos anciens étaient écologistes avant l’heure. En effet, la terre est un matériau naturel, entièrement recyclable, qui possède des qualités thermiques et hygrométriques particulièrement adaptées pour l’habitat.

De plus, on extrait la terre localement, ce qui réduit les couts d’extraction, de transformation et de transport qui pèsent sur le bilan carbone et l’empreinte écologique des constructions. Elle ne nécessite peu d’outils.

La terre est un matériau de construction sain qui ne nuit pas à la santé des habitants car il ne dégage aucune émanation toxique ou cancérigène. Elle amène un confort intérieur par l’apport d’inertie et la régulation de l’hygrométrie.

Construction actuelle en pisé
Construction actuelle en pisé

Précisons que l’inertie est la capacité d’un matériau à emmagasiner et à restituer la chaleur de manière diffuse, ce qui permet d’obtenir un déphasage thermique dans le temps par rapport aux températures extérieures. Associée à une bonne isolation, elle permet d’optimiser le confort d’été comme d’hiver.

Quant à l’hygrométrie, elle caractérise la quantité d’eau sous forme gazeuse présente dans l’air humide. Un mur en terre régule l’humidité ambiante en absorbant et en restituant naturellement la vapeur d’eau (respiration, salle de bain, cuisine).

La terre est un bon isolant qui apporte un confort acoustique entre deux pièces.

Enfin, il existe une grande diversité de terres qui offrent une palette de textures et de couleurs qui s’adaptent à tous les intérieurs et aux gouts de chacun.

Entretenir les constructions de terre anciennes

Beaucoup de constructions de terre ne sont pas entretenues. Les techniques sont oubliées et les propriétaires se trouvent souvent désemparés. Cela explique la disparition rapide de cet héritage.

Chapelle de Daunian en terre de Magnan (32)
Chapelle de Daunian en terre de Magnan (32)

Pourtant, un entretien régulier permet de conserver le bâti en terre pendant plusieurs siècles. C’est le cas des églises romanes de Magnan ou de Saint-Michel en Astarac.

Les signes d’une dégradation sont l’érosion de la tête de murs, l’apparition de sillons horizontaux le long du mur, des remontées capillaires depuis la base du mur, la présence de mousse, lichen ou champignons sur les murs, l’apparition de fissures verticales, l’éclatement ou le décollement de l’enduit qui sert de revêtement, une partie de mur abimée voire effondrée, l’écartement de deux pans de murs dans les angles.

Ces dégradations sont parfois dues aux intempéries, mais surtout à nos modes de vie moderne. Ce sont des habitudes ou des modes qui empêchent les murs de terre de respirer.

Chapelle Saint Jaymes en terre de Saint-Michel (32)
Chapelle Saint Jaymes en terre de Saint-Michel (32)

La construction de surfaces étanches aux abords des maisons de terre (trottoirs en ciment, sol goudronné, …) et la pose de revêtements intérieurs ou extérieurs étanches (dalles en ciment, carrelage, bâche de plastique, …), empêchent l’humidité du sol de s’évacuer naturellement et provoquent des dégâts à terme.

Des extensions accolées aux constructions de terre peuvent créer des désordres par suite d’une mauvaise jonction des toitures. De même, la création d’une ouverture trop près d’un angle peut fragiliser un mur.

Construire en terre aujourd’hui

On considère la terre comme un matériau « non noble » et les constructions modernes ne l’utilisaient plus. La réglementation technique favorise l’utilisation de matériaux industrialisés et rapides à mettre en œuvre. Toutefois, le développement durable s’impose. La terre est un matériau naturel, économique, recyclable, local et disponible. Son utilisation permet de valoriser des filières courtes.

Siège d'Ecocert à L'Isle Jourdain (32)
Siège d’Ecocert à L’Isle Jourdain (32)

Des collectivités favorisent le renouveau de la terre pour rénover le patrimoine bâti et dans les nouvelles constructions. Le Parc naturel régional d’Astarac en a fait un des axes de son développement.

Déjà, en 1981, le Centre Georges Pompidou présentait une exposition sur le thème : « Des architectures de terre ou l’avenir d’une tradition millénaire » pour promouvoir l’emploi de la terre crue dans la construction. « Il s’agit d’abord de redécouvrir et de comprendre les témoignages, […] ; […] et surtout, de déployer des politiques d’actions qui globalement visent à réactualiser et à moderniser, à rationaliser et à promouvoir divers usages nouveaux de ce mode de construction ».

Ecole de Saint-Germé (32)
Ecole de Saint-Germé (32)

Quarante ans plus tard, des filières se sont organisées. Des architectes et des entrepreneurs proposent une large gamme de compétences dans l’utilisation des différentes techniques de constructions en terre. La Gascogne est devenue un des pôles principaux de développement lié à une forte tradition de constructions en terre et à un important patrimoine local.

De nouvelles techniques apparaissent comme le « terre-paille » dérivé du torchis ou les briques de terre comprimées, sorte d’adobes mécanisés. On a utilisé ces techniques de construction pour la construction de l’école de Saint-Germé ou pour le siège d’Ecocert à l’Isle Jourdain.

Pour en savoir plus, lisez L’architecture de terre crue en Gascogne, Pistes pour sa revalorisation et son emploi contemporain,.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia
L’architecture de terre crue en Gascogne, Pistes pour sa revalorisation et son emploi contemporain, Ecocentre Pierre&Terre
Guide architectural « L’architecture de terre en Midi-Pyrénées, pistes pour sa revalorisation », Anaïs Chesneau, Ecocentre Pierre & Terre.