Guillaume Saluste du Bartas, le prince des poètes

Grand poète gascon, amoureux de sa terre, Guilhèm Salusti deu Bartas, ou Guillaume Saluste du Bartas en français, c’est la beauté lyrique, la spiritualité, la communion avec la Nature.  Et c’est aussi l’érudition, la tolérance, l’ouverture au monde et aux autres civilisations. Un immense Gascon de renom.

La vie de Saluste du Bartas

Guillaume Saluste du BartasÀ Montfort, en Fesansaguet, Francesc de Salustre, ayant charge de trésorier de France,  et Bertrande de Broqueville sont des commerçants aisés. En 1544, ils ont un fils, Guilhem. Celui-ci suit de solides études à Bordeaux, au collège de Guyenne, puis des études de droit à Toulouse. Là, il découvre le calvinisme et y adhère.

En 1565, son père, Francesc, achète à l’évêque de Lombez le château du Bartas. À sa mort, Guilhèm en prendra le nom et s’appellera Saluste (le r est perdu !) sieur du Bartas. Dès 1567, le jeune homme s’installe dans ses domaines en Gascogne que son ami, Pierre de Brach, décrira dans Le Voyage en Gascogne. Et, malgré son peu de goût pour la violence, il participera aux guerres de religions.

Henri III de Navarre protecteur de BartasGuilhèm parle plusieurs langues, hébreu, latin, grec, français, gascon, anglais, allemand et peut-être d’autres encore selon Georges Pelissier. Habile négociateur, il réalise des missions diplomatiques pour le compte d’Henri de Navarre, en particulier auprès de Jacques VI d’Ecosse. Ce dernier exprime son grand contentement de la compagnie du poète. D’ailleurs le futur roi d’Angleterre et d’Irlande traduit un des poèmes du Gascon.

Bartas se marie en 1570 avec Catherine de Manas, fille du seigneur d’Homs, avec qui il a quatre filles : Anne de Saluste, Jeanne, Isabeau et Marie.

En 1576, il est nommé écuyer tranchant du roi de Navarre. Profitant de sa position, il protégera le poète languedocien Auger Galhard (1540-1593), dit Lou roudié de Rabastens, huguenot lui aussi, et sans ressource.

Dès 1587, Bartas est malade. Il meurt trois ans après à Mauvezin (Gers), en 1590.

Bartas,  un Gascon simple

La Gimone à Larrezet

Saluste du Bartas est décrit comme un homme simple, modeste, sincère, tolérant, avec un profond sens du devoir. Il est un travailleur sérieux et constant. Son testament montre sa générosité et son attention à ses valets et aux pauvres. Par-dessus tout, Bartas aime la solitude et son pays. Il ne va pas chercher les honneurs à la cour parisienne.

 

Puissé-ie, Ô Tout-Puissant, inconnu des grands Rois,
Mes solitaires ans achever dans les bois !
Mon estang soit ma mer, mon bosquet, mon Ardene,
La Gimone mon Nil, le Sarrapin ma Seine,

Mes chantres & mes luths, les mignards oiselets ;
Mon cher Bartas, mon Louvre, et ma cour, mes valets…
(La sepmaine, fin du 3e jour, p.99 et 100)

L’œuvre

Jeanne d'Albret commande des oeuvres à Bartas
Jeanne d’Albret

En 1565, du Bartas remporte la Violette aux Jeux Floraux de Toulouse avec un Chant Royal – type de poème très contraint – Le prophète englouty au sein de la balayne. Il publie en 1574 La Muse Chrestienne, qui contient La Judit, une grande œuvre épique commandée par Jeanne d’Albret, Le Triomfe de la Foy, l’Uranie ou muse céleste et quelques sonnets. Bartas devra se défendre de pousser à la révolte contre les souverains dans sa Judit.

En 1576, il publie un (premier ?) sonnet amoureux en gascon, Ha ! chaton mauhazéc ! (Ah ! Enfant malicieux !) Et, en 1578, Bartas publie La sepmaine. Ce fut un succès incroyable dans toute l’Europe. Traduit dans une dizaine de langues, réédité 30 fois en 6 ans. Bien sûr, l’œuvre fut critiquée par certains comme le cardinal du Perron ou Charles Sorel, d’autant plus qu’elle provenait d’un huguenot et bousculait les usages de l’époque.

Suivront l’Hymne de la Paix (qui loue la paix de Fleix), Les Neuf Muses Pirenées, la Seconde semaine ou Enfance du monde en 1584 (inachevé), Le dictionnaire des rimes françoises, L’hymne de la paix, etc.

Toute son œuvre démontre une maîtrise du lyrisme, de la poésie et un talent extraordinaire. D’ailleurs, Du Bartas est considéré comme le poète le plus important après Ronsard. D’autres considèrent qu’il a détrôné ce dernier avec La Sepmaine. Jean de Sponde (1557-1595) écrit qu’il égale Homère. D’ailleurs, sa renommée est telle qu’il influence de grands poètes comme l’Anglais John Milton (1608-1674),  le Hollandais Joost van den Vondel (1587-1679) et l’Italien Torquato Tasso, dit Le Tasse (1544-1595), ou encore la première poétesse américaine Anne Bradstreet (1612-1672).

La sepmaine, chef d’œuvre de Guilhèm du Bartas

Bartas - La Septmaine ou Création du Monde
Bartas – La Sepmaine ou Création du Monde (1578) – exemplaire Gallica

Bartas y développe et illustre en 6494 vers, chacun des 7 jours de la création du monde par Dieu. D’une écriture fluide, en alexandrins à rimes plates, le texte, quoique inspiré de la Genèse, montre une grande liberté. Car son érudition est telle qu’il introduit dans son texte le savoir et les connaissances scientifiques de la Renaissance.

Peut-être la beauté de son œuvre est liée à la force, la simplicité des évocations, à sa connaissance profonde de la terre, des animaux, de la nature. C’est un foisonnement d’images. Par exemple, son hymne à la Terre débute par.

… Je te salue, ô Terre, ô Terre porte-grains,
Porte-or, porte-santé, porte-habits, porte-humains,
Porte-fruicts, porte-tours, alme, belle, immobile,
Patiente, diverse, odorante, fertile,
Vestue d’un manteau tout damassé de fleurs
Passementé de flots, bigarré de couleurs.

On pourrait même dire que c’est un foisonnement d’images tout gascon. Tout a l’humeur gasconne en un auteur gascon, dira Boileau (1636-1711). Bartas cite d’ailleurs son pays (III jour de la sepmaine):

Or come ma Gascogne heureusement abonde
En soldats, blés & vins, plus qu’autre part du Monde

La Sepmaine devient l’étendard des calvinistes, mais le Prince des Poètes refuse le clivage. Il n’est pas le poète officiel des huguenots, il est un poète universel.

Du Bartas écrit en gascon

Très attaché à son pays, du Bartas écrit aussi en gascon. En 1578, il écrit Poème dressé pour l’accueil de la Reine de Nauarre, faisant son entrée à Nérac. Dans lequel trois muses se disputent l’honneur d’accueillir la reine. Une muse latine, une muse française et une muse gasconne. Chacune parle dans sa langue. La gasconne l’emporte, étant plus éloquente et plus combative.

Leichem esta la force oun mès on s’arrasoue,
Mès on be que iou è drèt de parla d’auant bous.
Iou soun Nimphe Gascoue: ere es are Gascoue:
Soun marit es Gascoun e sous sutgets Gascous.
Leishem estar la fòrça on mes òm s’arrasoa
Mes òm vè que jo èi dret de parlar d’avant vos.
Jo soi Nimfa Gascoa: era es ara Gascoa:
Son marit es Gascon e sons subjècts Gascons.

Laissons là cette force où plus on se raisonne
Plus on voit que j’ai droit de parler avant vous.
Je suis Nymphe Gasconne : elle est ores Gasconne :
Son mari est Gascon et ses sujets Gascons.

Poème adressé par G. de Saluste Sieur Du Bartas pour l'accueil de la Reine de Nauarre faisant son entrée à Nerac - 1579 (extrait)
Poème adressé par G. de Saluste Sieur Du Bartas pour l’accueil de la Reine de Nauarre faisant son entrée à Nerac – 1579 (extrait)

On peut en faire une lecture politique – l’Église, la France et la Gascogne se disputent. Ou y peut voir un rêve sur les relations de l’Homme avec l’Histoire, la Nature et Dieu. Car, Du Bartas, c’est toujours la beauté d’une poésie tournée vers la spiritualité.

Le souvenir de Du Bartas

Gabriel de Lerm écrit en 1589 : Les pilastres et frontispices des boutiques allemandes, polaques et espagnoles se sont enorgueillis de son nom joint à ces divins héros : Platon, Homère, Virgile.

Johann Wolfang von Goethe aima Du Bartas
Johann Wolfang von Goethe

N’est-ce pas une évidence ? Du Bartas mérite largement d’être dans le bagage de connaissances de tout Gascon et de tout Français. Et c’est le grand Johann Wolfang von Goethe (1749-1832) qui nous le rappelle. Les Français ont un poète, Du Bartas, qu’ils ne nomment plus ou nomment avec dédain… Pourtant tout auteur français devrait porter dans ses armes, sous un symbole quelconque, comme l’Électeur de Mayence porte la roue, les sept chants de la Semaine de Du Bartas.

Le 13 août 1890, le Félibrige et la Cigale érigent un buste de Saluste du Bartas à Auch, représentant un austère protestant. L‘abbé Sarran, admirateur du poète, déclara qu’on ne vit jamais à Auch le buste rire.

Arthur Honegger (1892-1955) composa un cycle de six mélodies appelé Saluste du Bartas qui comprend Le château du Bartas (n° 1), Tout le long de la Baïse (n° 2), Le départ (n° 3), La promenade (n° 4), Nérac en fête (n° 5) et Duo (n° 6)

Anne-Pierre Darrées

Références

Poésies, Saluste du Bartas
La vie et les oeuvres de du Bartas, Georges Pellissier, 1883
La sepmaine ou la création du monde, Saluste du Bartas
Poème dressé pour l’accueil de la Reine de Nauarre, faisant son entrée à Nérac, Saluste du Bartas
Du Bartas à Nérac,
Salluste du Bartas un poète gascon, Association Tachoires-en-Astarac
Bulletin historique et littéraire, chronique inauguration du buste de Du Bartas à Auch, 1890, p.500
Du Bartas, humaniste et encyclopédiste dévot, Jean Daens, 1958




Librairies, rayon littérature gasconne

La littérature en gascon est un art ancien et vivant qui mérite d’être soutenu, valorisé. Des écrivains contemporains proposent des ouvrages de valeur. Dans quelles librairies peut-on les trouver ? Qu’écrivent-ils ? Quelques suggestions pour dénicher de beaux cadeaux de Noël, comme Manipòlis de Jean-Luc Landi.

Les librairies, lieux naturel de vente des livres

Qu’il s’agisse de librairie numérique ou physique, c’est bien là que l’on va chercher les livres. Pour acheter un ouvrage précis, les sites Internet permettent son achat rapide. Des livres en gascon y sont. Par exemple Lalibrairie.com, la librairie en ligne qui défend les libraires indépendants, propose l’étonnante Grammaire gasconne Glossaire gascon-languedocien de Gabriel Roques, dont la première sortie fut en 1913. Et il y a eu 22 rééditions !

Librairies sur Internet -Edicions Reclams
Edicions Reclams

L’incontournable Amazon propose Isabèu de la Valea, d’Éric Gonzalès, recueil de nouvelles dont nous avons déjà parlé. Etc.

Les maisons d’édition gasconnes, Per Noste Edicions et Edicions Reclams ont leur propre site où elles proposent une vente en direct de leurs productions.

Les librairies de proximité

Pierre Bec en librairies gsconnes
Pierre Bec en vente à la librairie Vanin – Saint-Gaudens ( 31)

Un livre, c’est aussi une rencontre, un parfum, un toucher. Si vous voulez prendre le temps de regarder les livres, d’en discuter avec le libraire, de vous faire conseiller, ou encore d’écouter des lectures, de rencontrer des auteurs, personne ne remplace le libraire de votre ville. Et plusieurs d’entre eux choisissent avec soin des bouquins qui parlent de la région, des randonnées, des lieux, des personnages. Ceux-là ont souvent un rayon de littérature en gascon.

Par exemple, la librairie Vanin, à Saint-Gaudens, propose des œuvres de Pierre Bec (1921-2014), grand romaniste, parlant plusieurs langues, et qui passa son enfance à Cazères-sur-Garonne. Son Anthologie des troubadours est une référence. Pierre Bec en gascon c’est une écriture fluide, de bonne qualité. Son Racontes d’ua mòrt tranquilla, qui met en scène des personnages et des situations totalement différentes dans sept nouvelles, a un succès qui ne se dément pas.

Des librairies nouvelles qui ont de l’audace

Arreau et sa librairie toute nouvelle
Découvrez le Vagabond Immobile – 44 Grand Rue à Arreau (65)

Arreau est un petit village de 757 habitants. Témoin d’un passé lointain, son nom viendrait de la langue locale pré-romane harr– (harri = pierre en basque). Village qui mérite de s’arrêter pour sa Maison des fleurs de lys, sa commanderie, le château de Camou, et sa volerie, Les Aigles d’Aure tenue par des experts passionnés, la famille Alberny.

Et c’est aussi l’occasion de rencontrer Alain Pouleau, le nouveau libraire qui vient d’ouvrir la librairie Le vagabond immobile. Ancien journaliste, amoureux des livres, il a quitté les Alpes pour revenir vers son pays d’origine, la Gascogne. Il choisit avec attention des livres superbes, comme Sommets des Pyrénées de François Laurens, guide de haute montagne et photographe, originaire de la vallée de Luchon.

Jean-Louis Lavit

Et il expose un rayon de livres en gascon comme l’étonnant Blind date de l’auteur bigourdan bien connu, Jean-Louis Lavit. Vous y dénicherez des livres bilingues sur les Pyrénées tels Sorrom Borrom ou le rêve du Gave de Sèrgi Javaloyès, ou encore l’épopée quasi mystique Roncesvals (Roncevaux) de Bernart Manciet.

Le Moment librairie

Le Moment Librairie à Salies de Béarn
Le Moment Librairie 3 Place du Bayaà à Salies de Béarn

De même, Le Moment Librairie a ouvert le 15 avril 2019 à Salies du Béarn. C’est une librairie indépendante, la seule en Béarn-des-Gaves ! Laure Baud qui vient du monde de la bande dessinée, et Olivier Argot, ancien bibliothécaire, cherchent à y promouvoir le livre et la création littéraire.

Les deux associés souhaitent faire de leur librairie un espace de rencontres et d’échanges, un lieu vivant, acteur de la vie culturelle.

Les librairies de référence

Librairies - La Tuta d'Oc
La Tuta d’Òc – 11 rue Malcousinat – Toulouse (31)

On trouve un livre en gascon dans toute bonne librairie, pourrait-on dire.

Les très grandes comme Occitania (plus de 30 ans de mise à disposition de littérature en langue d’oc), Ombres Blanches et La Tuta d’òc à Toulouse, Mollat ou La machine à lire à Bordeaux en sont des témoignages.

 

 

La librairie Le Vent des Mots à Lannemezan (65)
La librairie Le Vent des Mots à Lannemezan (65)

Le Vent des mots à Lannemezan ou L’Escapade à Oloron Sainte-Marie sont des références connues des lecteurs. Ils ont leur rayon gascon.

Plus récemment, l’Espace Culturel de Leclerc s’intéresse à l’édition en gascon. Celui de Tarbes, celui d’Oloron Sainte-Marie ont fait une timide place à notre littérature. Cela devrait s’accentuer.

La diversité de l’offre

La littérature gasconne est diversifiée. De nombreux genres sont présents, roman que ce soit fiction, science-fiction ou roman policier,  nouvelle, conte, poésie, épopée, théâtre, essai…

Eric Carle – La gatamina qui … (Per Noste)

Per Noste par exemple a une belle offre de littérature pour enfants. La gatamina qui avè hèra de hami, traduction de The very hungry caterpillar de l’Américain Eric Carle, est une splendeur. Plus récemment de jeunes auteures, Matilda Hiere-Susbielles (bien connue des lecteurs de l’Arraton deu castèth) et Belina Cossou ont publié onze contes regroupés dans Lo horvari de las hadas.

Bernat MancieLibrairies gasconnes - Roncesvals (Reclams)
Bernat Manciet – Roncesvals (Reclams)

Les grands auteurs classiques sont édités, réédités, numérisés. La bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus fait un travail de fond en ce sens, avec l’aide du CIRDOC. Les deux géants Michel Camélat et Bernard Manciet sont sur les étagères des Edicions Reclams.

Et, heureusement, de nouveaux auteurs ont pris le relais. Des auteurs à découvrir ou à relire. Des auteurs qui continuent à donner éclat à la littérature en gascon.

Conseil de Noël : Manipòlis de Jean-Luc Landi

Jean-Luc Landi

Pourquoi ce livre ? Parce qu’il contient toute la verve gasconne, qu’il parle de trois agressions et qu’il est très actuel. En effet, l’auteur, Jean-Luc Landi, nous offre trois nouvelles complètement différentes et joliment écrites. La première, Volusian Glandàs lo caçaire, àlias Doble-bang, raconte une chasse au sanglier dans le Vic Bilh :

— Hòu, Polinari !… 
Bang ! Bang ! Lo tarrible brut que’u pleè lo cap, un gost de trip mau cueit que’u colava dens la ganurra.
— Vedes pas ? Que soi jo ! 

— Hé, Poulinari !…
Bang ! Bang ! Le terrible bruit lui résonna dans la tête, un goût de boudin mal cuit lui coula dans le gosier.
— Tu vois pas ? C’est moi !

Librairies gasconnes - Jean-Luc Landi - Manipolis (Reclams)
J-Luc Landi – Manipolis (Reclams)

La deuxième nouvelle, Actes deu collòqui : la manipulacion, raconte un colloque fictif d’occitanistes et débute ainsi : Se soi a escríver çò que legetz, que’n poderatz concludir que la hèita s’acaba pro plan tà jo. [Si je suis à écrire ce que vous lisez, vous pourrez en conclure que l’événement s’est assez bien terminé pour moi.] Car, un colloque ainsi n’est jamais de tout repos ! Et, cette fois-ci, c’est pire encore. Lo Loló qu’èra penut per la cravata a un braç deu dequerò. Los pès a un mètre au dessús deu sòu. La soa cara congestionada ne deishava pas nat espèr. [Loulou était pendu par la cravate à un bras du bonhomme. Les pieds à un mètre au-dessus du sol. Son visage congestionné ne laissait aucun espoir.]

Dépaysement complet pour la troisième nouvelle, Arrais d’Islàndia, puisque Jean-Luc Landi nous entraîne en Islande. Après une première impression d’hostilité du paysage, l’auteur nous dévoile les beautés d’un pays et d’un peuple. Et on se surprend à se laisser emporter par la magie du pòple esconut (peuple caché), comme on lirait un carnet de voyage de Jules Verne…

Anne-Pierre Darrées




Les bêtes des contes gascons

Impossible de se lasser des contes, ils sont une deuxième nature chez les Gascons ! Ils font appel à des humains et des figures fantastiques que celles-ci soient des bêtes, des dieux, des esprits malins ou des êtres anthropomorphes. Ces personnages sont liés à la vie de tous les jours et prennent ainsi une semi-réalité. Visitons notre bestiaire.

Les bêtes fantastiques

Hodon e lo lop

Le loup, une des bêtes fréquentes de contes gasconsRappelons-nous Hodon (Houdon), ce gojat (jeune homme) qu’un sorcier transforme en loup pour sauver son père d’une grande fièvre. Pour guérir, le père devait manger un bouillon fait avec la queue du chef des loups, arrachée le jour de la saint-sylvestre, alors que ce loup se déguisait en curé pour dire la messe ! (Lien pour écouter ce conte). De façon plus usuelle dans l’imaginaire européen, de nombreuses histoires font appel au ramponòt ou lop-garon (loup-garou).

Isabit

Le myhe d'Isabit évoqué dans les rues d'Ayros-Arbouix (65)Une deuxième bête fantastique. Isabit le serpent fabuleux qui aspire goulûment les vaches, les moutons et les bergers, penché sur la vallée d’Argelès. Pour le tuer, lo haure (maréchal-ferrant) d’Arbouix lui fait avaler une enclume chauffée à blanc. Pour calmer la douleur, le serpent boit l’eau des torrents jusqu’à en exploser et donner naissance au lac d’Isaby.

Lo basèli (le basilic)

Le basilic, cette bête, reptile ou mammifère vous transforme en pierre d'un seul regard.
Le basilic à tête de coq attribué à Wenceslas Hollar (17è s.)

Si vous vous promenez dans les Pyrénées, attention à ne pas croiser un basèli (basilic). Cette bête au corps composé vous transforme en pierre d’un seul regard. Elle existe dans plusieurs pays ; en Gascogne elle a un corps de reptile ou de mammifère et une tête d’homme.

Lo mandagòt o mandragòt

Le mandragot (ou chat d'argent en Bretagne) bête largement partagée dans les contes européens
Le mandragot (ou chat d’argent en Bretagne)

Et quant au mandagòt ou mandragòt qui vit surtout dans les Landes et dans le Gers, bien heureux celui qui l’attrape et l’enferme dans le coffre du cauhadèr (chauffoir et, par extension, pièce principale chauffée servant de cuisine et de salle à manger), car il devient riche immédiatement. D’ailleurs ne dit-on pas aver lo mandragòt a la maison (avoir une chance insolente). Comme toujours, plusieurs variantes de ce conte existent.

Jean-François Bladé (1827-1900) en a rapporté au moins trois. La première précise que la bête ne sort qu’une fois par an et donne le mode opératoire pour s’en saisir et ainsi, devenir riche. La deuxième met en garde car la bonne fortune est liée au Diable. Enfin la troisième raconte le pouvoir du mandagòt qui caga (chie) une pièce d’or chaque nuit et empêche un visiteur de se lever du coffre sur lequel il est assis.

Les bêtes sauvages

Intimement liées à la vie d’autrefois, les bêtes sauvages sont sources infinies de légende.

Le loup

Le loup réel ou imaginiare est très présent parmi les bêtes des contes gascons
Lo lop quan volè har coíer la vianda

Le loup est une bête fréquente dans les contes d’un peu partout, le loup est souvent naïf ou simplet dans les textes gascons. Lou loup quan boulè ha coye le biande  / Lo lop quan volè har coíer la vianda (Le loup qui voulait faire cuire la viande) de Felix Arnaudin (1844-1921) en est un bel exemple puisque celui-ci, voulant imiter l’homme, essaie de faire cuire un gigot aux rayons de lune. Ici une version légèrement modernisée sur arraton.fr.

Mais le loup peut aussi, de façon plus classique voire moraliste, être cruel et victime de sa cruauté.

Le serpent

La Femme au serpent trouvée à Oô (Musée des Augustins de Toulouse), évocation du mythe de Pyrène.
La Femme au serpent trouvée à Oô (Musée des Augustins de Toulouse).

Il peut être dans son rôle naturel, par exemple le serpent monte dans le nid d’une grive pour manger les petits, dans L’homme de toutes les couleurs. Ou c’est une bête  monstrueuse comme le serpent à sept têtes dans Le Prince des sept vaches d’or. Souvent, les serpents gardent l’or sous terre.

Pyrène, séduite et abandonnée par Héraclès, s’enfonce dans les forêts pour mettre au monde un serpent puis disparaît.  À son retour, Héraclès offre un magnifique tombeau à la belle aimée, les Pyrénées.

L’ours

L'ours, bête familière en Couserans
Jean de l’Ours

Proche de l’homme, sachant se mettre sur deux pieds, il est une bête suffisamment grande, puissante et poilue pour effrayer. Il sera objet de contes. Joan de l’ors (Jean de l’ours), mi-homme, mi-animal, est probablement le conte le plus connu.

L’ours effraie et fascine. Aussi ne fut-il pas que sujet de conte. Sérac, dans le Couserans, était le village des éleveurs d’ours. L’ours étant assez rare dans les montagnes d’Ustou, mi XIXe, alors on allait le chercher sur le versant espagnol. Chaque maison avait le sien. Attrapé encore ourson, on lui mettait un anneau dans les narines. La bête était dressée à danser, à porter un bâton, à faire des gestes aimables.

À Ustou (Couserans) un ours était donné en dot aux jeunes filles à marier.

La grand’bête à tête d’homme

Jean-François Bladé, collecteur de contes gascons
Jean-François Bladé (1827-1900)

C’est un conte, très spécifique, puisqu’on ne le trouve qu’en Grèce, en Gascogne, en Iran (dans les textes sacrés d’avant l’Islam), et un peu en Amérique du Nord et du Sud.

Jean-François Bladé rapporte ce conte dans Le jeune homme et la grand’bête à tête d’homme. Le récit parle d’un jeune homme beau comme le jour, fort et hardi, comme pas un et surtout tellement avisé, qu’il apprenait à deviner les choses les plus difficiles. Pauvre, il tombe amoureux à perdre la tête de la fille du seigneur de Roquefort. Hélas cette famille n’est pas riche et la jeune fille doit entrer au couvent.  Le jeune homme va donc chercher fortune pour pouvoir l’épouser. Il décide alors d’affronter la grand’bête à tête d’homme qui possède une grotte remplie d’or. Avisé, avant de partir, il prend de bons conseils auprès de l’archevêque d’Auch.

Trois demandes impossibles à satisfaire

Une manticore ou bête à tête d'homme (Bestiaire de Rochester)
Une manticore ou bête à tête d’homme (Bestiaire de Rochester)

Le jeune homme rencontre la grand’bête qui lui demande trois choses impossibles, qu’il repousse comme lui avait conseillé l’archevêque.

— Je te donne la mer à boire.
— Bois-la toi-même. Ni moi, ni toi, n’avons un gésier à boire la mer.
— Je te donne la lune à manger.
— Mange-la toi-même. La lune est trop loin, pour que, moi ou toi, nous puissions l’atteindre.
— Je te donne cent lieues de câble à faire, avec le sable de la mer.
— Fais-les toi-même. Le sable de la mer ne se lie pas, comme le lin et le chanvre. Jamais, ni moi, ni toi, ne ferons pareil travail.

Les trois énigmes de la grand’bête

La grand’bête décide alors de lui poser trois questions auxquelles le gojat saura répondre.

— Il va plus vite que les oiseaux, plus vite que le vent, plus vite qu’un éclair.
— L’œil va plus vite que les oiseaux, plus vite que le vent, plus vite que l’éclair.

—Le frère est blanc, la sœur est noire. Chaque matin, le frère tue la sœur. Chaque soir, la sœur tue le frère. Pourtant ils ne meurent jamais.
— Le jour est blanc. Il est le frère de la nuit noire. Chaque matin, au soleil levant, le jour tue la nuit, sa sœur ? Chaque soir, au soleil couchant, la nuit tue le jour son frère. Pourtant jour et nui ne meurent jamais.

— Il rampe, au soleil levant, comme les serpents et les vers. Il marche, à midi, sur deux jambes, comme les oiseaux. Il s’en va, sur trois jambes, au soleil couchant.
— Quand il est petit, l’homme ne sait pas marcher. Il rampe à terre, comme les serpents et les vers. Quand il est grand, il marche sur deux jambes, comme les oiseaux. Quand il est vieux, il s’aide d’un bâton, qui est une troisième jambe.

L’énigme de la Sphinge

Œdipe et la sphinge, Gustave Moreau, Metropolitan Museum of Art.
Œdipe et la sphinge, Gustave Moreau, Metropolitan Museum of Art.

L’histoire, un peu différente, se rapproche de celle de la sphinge grecque, même si, physiquement, celle-ci est autre : tête de femme, corps de lion, ailes d’aigle et queue de scorpion. L’énigme de la sphinge parle de deux sœurs (jour et nuit) : l’une donne naissance à l’autre, qui à son tour enfante la première.

Comment la Grèce et la Gascogne peuvent-elles partager cette même légende ? Julien d’Huy s’est penché sur le sujet. Il note que les Grecs ne sont jamais venus en Gascogne, alors qu’ils sont allés en Provence ou en Languedoc. Et ces deux régions n’ont pas cette légende !

Alors, Julien d’Huy propose une hypothèse plutôt partagée aujourd’hui : Les Basques conserveraient dans leur folklore des thèmes très anciens, et pour certains préhistoriques. Dans ces conditions, le motif grec de la Sphinge serait pré-indo-européen, et les versions grecque et aquitaine constitueraient d’ultimes vestiges d’un mythe bien plus répandu lors de la Préhistoire. Ce qui confirmerait la continuité de cette population implantée dans le sud-ouest de la France, depuis l’Aurignacien ou même avant. Rappelons que Basques et Gascons sont initialement un même ensemble.

Anne-Pierre Darrées

Références

Contes et légendes de Gascogne, Fanette Pézard, 1962
Les légendes des Hautes-Pyrénées, Eugène Cordier,
Voyage en France, Ardouin Dumazet, 1904
L’Aquitaine sur la route d’Œdipe, Julien d’Huy, 2012
Contes de Gasconha, Jean-François Bladé, 1966
Contes populaires de la Gascogne, tome 1, 2 et 3, Jean-François Bladé, 1886
Archives pyrénéennes : Mythologie, contes et légendes, Association Guillaume Mauran
La Gascogne dans un schéma trifonctionnel médiéval, Philippe Jouet-Momas
La photo d’entête est une composition de documents  d’une exposition sur le Bestiaire du Moyen Âge de la BNF




Le béarnais à la fin du Moyen-Âge

Au cours du temps, le roi de France a imposé son dialecte aux autres contrées de langue d’oïl, favorisant ainsi le français par rapport au picard, champenois, berrichon et autres. La Gascogne n’ayant pas connu d’unité politique semblable,  on n’assiste pas à la prédominance d’un dialecte. Quoique… le béarnais entamera cette unification à la fin du Moyen-Âge.  Le grand chercheur Thomas T. Field, University of Maryland (Baltimore), analyse cette période.

Béarn, le culot de Gaston Febus 

Jean Froissard chroniqueur de la vie à la cour du Béarn
Portrait à la sanguine de Jean Froissart dans le Recueil d’Arras (Bibliothèque municipale d’Arras).

La vicomté de Béarn apparaît au IXe siècle par découpage du duché de Gascogne. Après divers rattachements, le Béarn cherche son indépendance. Le chroniqueur Jean Froissart rapporte un dialogue entre Gaston Febus (1331-1391), comte de Foix et vicomte de Béarn et l’envoyé du roi de France, le connétable Louis de Sancerre (1341?-1402). Ce dernier voulant savoir si Febus est pour les Anglais ou pour les Français, le comte ose répondre : Si j’ai refusé de prendre les armes c’est par juste appréciation et juste cause car la guerre du roi de France et du roi d’Angleterre ne me regarde en rien. Je tiens mon pays de Béarn de Dieu et de l’Aigle* et je n’ai que faire de me mettre en servitude ni de provoquer la rancune d’un roi ou de l’autre.

* de Dieu de mon épée et de mon lignage (dans la deuxième version de Froissart)

Coup de bluff, exploitation discutable de la situation, bref, Febus fait un coup de maître. Toque y si gauses (Touches-y si tu oses) aurait-il pu ajouter, puisque telle est sa devise.

Le Béarn et l’écrit

Dès mi-XIIIe siècle, Field nous rappelle que la fonction de notaire se développe à grands pas. Le contrat écrit tend à remplacer l’entente orale. On écrit les traités de paix, les contrats de mariage, les reconnaissances de dette… Les paysans béarnais, lors d’une enquête auprès des serfs commandée par Febus, produisirent des cartas (chartes) qui prouvaient leur affranchissement. Les Ossalois produisirent aussi un grand nombre de documents lors de leurs procès récurrents avec les habitants de la plaine au sujet des terrains de passage des troupeaux, etc.

Puis, les Béarnais commencent à constituer des archives, des inventaires, des comptes, des recueils, à réaliser des enquêtes administratives comme des recensements, à rédiger des droits,  des testaments…

Le béarnais, langue administrative

Jusqu’au XIIIe siècle, l’écrit est en latin. Or, les vicomtes de Béarn ordonnèrent le remplacement du latin par le béarnais dans certains actes de chancellerie. Très vite, pour tout (sauf les écrits internes de l’Église) c’est la langue locale qui prend le dessus. Cependant, en Béarn, comme partout ailleurs, il n’y a pas un béarnais mais des béarnais et il n’y a pas que du béarnais en Béarn !

Jean le bon arrête Charles le Mauvais
Jean le Bon arrête Charles le Mauvais

Par exemple, Charles le Mauvais, roi de Navarre, beau-frère de Gaston Febus, signe à Pampelune un traité d’alliance (contre le roi de France) en 1365 avec Arnaud Amanieu, sire d’Albret. Ce texte comprend des passages en navarrais, en gascon et en français. Karlos por la gracia de Dios, rey de Navarra… / Item que lo dit sennyor ei de Navarre no fera patz ni triube… / Item un autre cercle ou il a quinze croches…

L’historien Jean-Auguste Brutails (1859-1929) publie en 1890 une série de textes de la même époque écrits tantôt en navarrais, tantôt en français ou en gascon. Était-ce lié au notaire, aux signataires ou à des questions de diplomatie ou de prestige ? Toujours est-il que l’on se promène dans les langues et leurs variantes.

Le béarnais de la plaine s’impose

La Tour Moncade à Orthez

Comme partout, le parler du dominant prend le dessus. La cour est à Orthez, la population le long du gave entre Morlaàs et Orthez est nombreuse, bref, le béarnais de la plaine devient la norme pour l’écrit. Cette variante monte en prestige à tel point que les régions de Bigorre et du Pays basque les plus proches du Béarn se mettent à l’utiliser dans leurs écrits. Les colonies parlant gascon le pratiquent en Navarre et en Aragon.

Bien sûr, qui dit extension du béarnais de la plaine, du béarnais écrit standardisé, veut dire affaiblissement des variantes différentes qui resteront uniquement orales. Ainsi on ne voit pratiquement jamais le célèbre article montagnard eth/era dans les textes, et ce même dans des textes plus tardifs jusqu’au XIXe siècle.

Thomas Field suggère d’ailleurs que cette domination du béarnais de la plaine explique les différences des parlers actuels de la vallée d’Ossau par rapport à toutes les autres variétés montagnardes du gascon.

La scripta béarnaise

Les Psaumes de David d'Arnaud de la Salette écrits en béarnais
Los Psalmes de David metuts en rima bernesa (Arnaud de Salette)

Cette langue écrite « normalisée », cette scripta béarnaise se rapproche de la scripta toulousaine des troubadours. Le linguiste Jean Lafitte en montre toutefois les éléments différenciant (p.103 et suivantes). On peut citer le doublement des voyelles en situation finale qui compense la disparition de la finale -n ou -r comme plee (plen / plein) ou senhoo (senhor / seigneur), l’utilisation du -x ou -ix pour exprimer le / ʃ / : medix –prononcer « medich » (en utilisant l’écriture française) – (même)

Bien sûr, cette écriture évoluera dans les siècles suivants, en particulier avec l’influence d’Arnaud de Salette (1540-1579 ou 1594), le moderniste. Il ajoutera des accents comme dans boô (bon), écrira v et non b comme dans votz (voix), il introduira la finale féminine -a à la place du -e, etc. (thèse de Jean Lafitte, p.113 et suivantes).

L’influence du Béarn

Si le béarnais du roi s’étend ainsi, c’est, bien entendu, par l’influence et la puissance de la vicomté et de son seigneur. Car, du comté de Foix à l’océan, le Béarn domine économiquement. De plus, son influence économique s’étend au sud des Pyrénées car les marchands de la vallée d’Aspe étaient très présents en Aragon et les Francos (émigrés du nord des Pyrénées) des villes navarraises étaient souvent d’origine béarnaise ou bigourdane.

Ainsi, le béarnais est la langue dominante pour l’écrit sur la Gascogne et le royaume d’Aragon. En revanche, au-delà, on utilise la langue « internationale », le français. On écrit aux seigneurs de la cour de France ou de la cour d’Angleterre en français.

Même Jean XXII (1244-1334), pape originaire de Cahors, n’avait pas réussi, malgré ses remontrances, à empêcher la montée du français à la cour du roi de France pour les écrits savants. Ainsi, le français va supplanter le latin parmi les gens cultivés, en littérature, puis dans les autres domaines du savoir. Les Béarnais continueront encore à utiliser le béarnais comme langue orale et écrite pour l’administration mais prendront le français pour le domaine culturel. Petit à petit, la langue internationale française gagnera du terrain même en Béarn.

Anne-Pierre Darrées

Références

Comportements linguistiques dans les Pyrénées à la fin du Moyen-Âge : effets de l’écrit, Thomas T. Field, 1989
Gaston Fébus : un grand prince d’Occident au XIVe siècle, Pierre Tucoo-Chala,
Traité d’alliance de 1365, Gabriel Loirette, Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 1910, p.237
Situation sociolinguistique et écriture du gascon aujourd’hui, Jean Lafitte, Rennes, Université Rennes 2, , p. 103.




La naissance et la mort des mots

Le gascon a ses mots bien à lui. Pourtant, ne faut-il pas être prudent quand on parle d’un mot typiquement gascon ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Quelle est l’influence de l’histoire ou de la géographie ? Que disent nos voisins ou nos anciens voisins ? Les linguistes nous apprennent l’évolution, les influences, les transformations des mots. Quatre exemples, vetèra, cadièra, vèrn, chivau.

Jouons avec les mots. Ils ont une étymologie, voire une histoire. Ils témoignent de l’inventivité d’un peuple, de son passé, de ses relations avec les autres, etc. Sans entrer dans trop de complexité, on peut avoir, en particulier grâce aux atlas linguistiques, une idée de la richesse, de la continuité et des différences des parlers. Prenons quelques exemples.

Des mots d’origine romane 

Divers mots pour génisse
La vedèla o la vedèra o la vetèra

En France, les dialectes sont, majoritairement, des langues romanes et beaucoup de mots proviennent du latin. Pourtant ce ne sont pas forcément les mêmes mots latins qui vont créer le mot d’un dialecte donné. Les atlas linguistiques nous montrent que certains mots utilisés varient selon la géographie. Par exemple, dans les bassins du Rhin et de la Seine on parlait surtout de génisse (jenīcia en latin populaire, junix en latin classique, jeune vache), dans le bassin de la Loire de taure (de taura en latin, vache stérile) et dans le bassin de la Garonne de vedèla (auvergnat, limousin, languedocien), ou vedèra, vetèra (gascon) dérivant du vitellus latin (veau).

Une même origine ne veut pas dire même mot final

Divers mots pour la chaise
La cadièra o cadèira o cadira o carièra

C’est le cas du mot cadièra. kathedra en grec (hedra = siège) deviendra cathedra en latin. En langue d’oïl, il deviendra chaire (Normandie) ou chaise (Centre). En revanche, on dira cador en Bretagne, caïère en Picardie, et cadièra dans une grosse partie du territoire de langue d’òc, dont la Gascogne.

Mais si on regarde de plus près, par exemple sur dico d’òc, c’est encore plus nuancé. En effet, on a
auvergnat : chadeira
limousin: chadiera / chaira / chiera
gascon : cadièra, cadèira, cadira, carièra
languedocien : cadièra
Provençal : cadiera
vivaro-alpin : cadiera, cheiera, chiera

Les influences inattendues d’autres parlers

Deux mots pour aulne
Lo vèrn

Du latin alnus, le tiers nord de la France (au nord d’une ligne allant de l’embouchure de la Loire aux Vosges) nommera ce bel arbre aulne. En revanche, les régions de langue d’òc, le Poitou, le sud de la Bourgogne et de la Franche-Comté, le Piémont, la Lombardie vont adopter les mots vèrnhe, ou vèrn, et plus rarement vèrnha ou vèrna. De même la Bretagne appelée bretonnante dira gwern. Et ces mots viennent tout simplement du gaulois verno!

Le linguiste breton Jean Le Dû note d’ailleurs au sujet du mot jeudi (Jovis dies = jour de Jupiter) : « La coïncidence entre dijòus [gascon] et le breton diziaou laisse deviner une continuité ancienne entre ces deux aires, qui n’ont été séparées que lorsque les populations du bassin de la Loire ont adopté la forme centrale. » Bien sûr continuité ne veut pas dire même langue!

La disparition des mots

L'évolution du mot pour le cheval
Lo cavath o lo chivau

Le romaniste gersois Fernand Sarran, à l’époque élève à l’École Pratique des Hautes-Études à la Sorbonne, écrivit un article intéressant sur l’évolution des mots du gascon : « On sait, par exemple, que la langue ancienne appelait le cheval CAUAT* dans toute la Gascogne. Le français lui a substitué CHIBAU** dès le XVIe siècle, et l’on a tellement oublié la signification de CAUAT qu’on dit aujourd’hui couramment : acauat ser un chibau. Ce qui est une tautologie. ACAUAT est devenu le participe du verbe ACAUA-S qui a perdu son sens particulier de être à cheval pour prendre le sens général de être à califourchon (Cf. le français : être à cheval sur un âne). »
*CAVATH en graphie classique
**CHIVAU en graphie classique

Et de citer bien d’autres mots comme tèsta (=front) en train de disparaitre pour être remplacé par front, capèth (=béret) pour berret.

Les apparitions de mots

Le gascon et les mots nouveaux
Le gascon et les néologismes

Bien sûr une langue est vivante tant qu’elle est utilisée, l’Atlas des langues en danger de l’Unesco estime à 250 000 le nombre de locuteurs gascons. Et aussi une langue est vivante tant qu’elle crée de nouveaux mots, même par simple emprunt à un autre idiome. Si le nombre de locuteurs diminue, le gascon reste assez vivace pour créer encore des néologismes. Par exemple, un virolet est un rond-point, un viravent un parebrise, un boishaglaça un essuie-glace, un corric un courriel, un imèl un e-mail… Saluons aussi le gasconhaliura (cocktail d’armagnac et coca cola) que sirote lo comissari Magret, héros de Jean-Louis Lavit.

Références

L’Atlas linguistique de la France, Gilliéron et Edmont, 1902 – 1912
Les atlas linguistiques: une fenêtre sur le passé des langues, Jean Le Dû, 2008
La revue de Gascogne, Fernand Saran, 1906, p 161




Les manuels des écoles primaires et le gascon

La République a choisi dès le XIXe siècle l’unification de l’enseignement sur tous les territoires français. Les programmes sont définis et certains manuels deviennent de vrais best-sellers. L’Escòla Gaston Febus évoque les plus connus et ceux qui soutenaient l’apprentissage du gascon. Puis, elle vous propose quelques outils récents pour une rentrée scolaire gasconne.

La rentrée d’autrefois, quels manuels ?

Certains manuels scolaires vont avoir un grand succès. La méthode Boscher ou la journée des touts petits, créée par Mathurin Boscher (1875-1915) en 1906 est toujours vendue de nos jours.

Sous la Troisième République, les manuels scolaires se voudront patriotes, rassembleurs. Ce sera le cas du livre de lecture d’Augustine Fouillée.

Le tour de France par deux enfants

Augustine Fouillée, l’auteure du Tour de France de deux enfants

Avec Le tour de France par deux enfants, Augustine Fouillée (1833-1933), dite G. Bruno, aide au renforcement de la lecture des élèves des cours moyens. Elle leur fait découvrir un peu de géographie, quelques activités économiques, des événements historiques, un peu de science. Chacun des 121 chapitres commence par une maxime de morale.

Ce manuel a un succès immense et il sera vendu à plus de 8 millions d’exemplaires. Il sera utilisé jusque dans les années 1950.

 

Il s’agit d’un récit de voyage où André 14 ans et Julien 7 ans se déplacent surtout par fleuve et par mer. Quand ils traversent notre région, les enfants iront de Toulouse à Bordeaux. Le mot Gascogne est cité une fois. Lors de l’emprisonnement à Bordeaux de Duguesclin (1320-1380) par le Prince noir (1330-1376), le chevalier fut autorisé à aller chercher lui même le montant de sa rançon : « Duguesclin quitta Bordeaux monté sur un roussin de Gascogne, et il recueillit déjà, chemin faisant, une partie de la somme. »

Il faut dire que les deux enfants ne verront pas vraiment la Gascogne puisqu’ils prennent le « Canal du Midi », en fait le Canal Latéral à la Garonne. Et le texte, en une petite page, citera uniquement la chaîne des Pyrénées, l’Ariège, les Hautes Pyrénées, « le cirque de Gavarnie avec sa magnifique cascade et son pont de neige qui ne fond jamais ». Le manuel sera plus généreux avec Bordeaux (cité 16 fois) où les enfants font halte afin de voir leur oncle.  « On apercevait en effet Bordeaux avec ses belles maisons et son magnifique pont de 487 mètres jeté sur le fleuve ». On y cite aussi Montesquieu.

Petite histoire de la civilisation française

Alfred Rambaud auteur de La Petite histoire de la civilisation française, un autre manuel bestseller
Alfred Rambaud, l’auteur de La Petite histoire de la civilisation française

Pour les plus grands, Alfred Rambaud (1842-1905) publie en 1890, La Petite histoire de la civilisation française. Un manuel largement illustré, réédité plus de 20 fois et utilisé pendant plusieurs décennies. Il donne les éléments essentiels à retenir en primaire.

Par exemple, il écrit qu’à l’époque de Jules César « on appelait Gaule la région comprise entre l’Océan, le Rhin, les Alpes, la Méditerranée et les Pyrénées. On donnait à tous ses habitants le nom commun de Gaulois. » Et de préciser que la Gaule indépendante (donc hors province romaine) se divise en « trois grandes régions : l’Aquitaine, la Celtique, la Belgique. L’Aquitaine était peuplée par les Ibères, qui habitaient aussi la presque totalité de l’Espagne. Leur langue a donné naissance à la langue basque, que l’on parle encore aujourd’hui au midi de l’Adour. Elle ne se rattache à aucune langue connue. Dans la Celtique, habitaient les Celtes. Ils parlaient des langues dont on peut se faire une idée par celles qu’on parle aujourd’hui en Bretagne. »

Les guerriers gaulois, illustration tirée du manuel La Petite histoire de la civilisation française de RambaudRambaud note aussi : « Dès l’an 125 avant J.-C., les Romains avaient pénétré dans la Gaule méridionale. Ils y avaient remporté des victoires, et, avec les pays conquis, ils avaient formé la Province romaine. C’est le mot dont nous avons fait Provence.« 

Rambaud présente les langues

Dans son premier chapitre sur le Moyen-Âge, l’auteur écrit. « Chaque province avait son parler. Il y eut autant de dialectes français qu’il y avait de nations en France, et pour ainsi dire de Frances différentes. Tous ces dialectes se rattachaient à deux langues principales : la langue d’oïl, dans laquelle le mot oui se prononçait oïl, et la langue d’oc, dans laquelle il se disait oc. »

Et il ajoute « Quelques-uns des dialectes de la langue d’oc comme le languedocien et le provençal sont encore des langues littéraires tandis que les dialectes de la langue d’oïl ne sont plus aujourd’hui que des patois ».

Noste Enric aura droit à un chapitre complet, Le règne d’Henri IV. Dans celui sur le XVIe siècle, on lira que L’infanterie légère se recrutait principalement d’aventuriers gascons, les meilleurs marcheurs de l’Europe.

Les manuels pro-gascons

Recueil de versions gasconnes de Sylvain Lacoste, manuel à l'usage des écoliers gasconsSylvain Lacoste

Même si de nombreux instituteurs ont plaidé pour l’utilisation des langues régionales à l’école, il y eut peu de manuels pour aider les instituteurs. Il faut dire que ceux-ci avaient obligation de n’utiliser que le français. Sylvain Lacoste (1862-1930) publiera toutefois à l’intention du primaire, en 1902, le Recueil de versions gasconnes. Le grand linguiste Édouard Bourciez (1864-1946) lui-même le préfacera et souhaitera qu’il devienne obligatoire.

Lacoste défend sa position dans un chapitre Le patois à l’école primaire qu’il publiera aussi dans Reclams en mars 1900, p. 33-41. « Il n’est pas plus sensé, en effet, d’affirmer que le patois nuit à l’enseignement du français qu’il n’est logique de soutenir que le français nuit à l’enseignement d’une autre langue quelconque vivante ou morte » écrit notre instituteur.

Fernand Sarran

L’abbé Fernand Sarran (1872-1928) professeur et directeur d’école privée à Auch, publiera en 1910, une Petite grammaire gasconne. Il l’utilisera pour ses cours. Et elle est toujours d’actualité !

René Escoula

René Escoula auteur d'un manuel d'apprentissage du gascon
René Escoula, l’auteur de Nousto lengo mayrano

La Société bigourdane d’entraide pédagogique édite en 1941 Nousto lengo mayranoun petit livre de René Escoula, sost-capdau de l’Escole Gastou Fébus, sur le dialecte bigourdan, les principaux auteurs de la Bigorre et quelques morceaux choisis. L’auteur conclue la préface ainsi. En terre d’Oc, l’usage acquis de la langue nationale doit s’ajouter à celui de la langue « mayrane ». Un Bigourdan est bilingue de naissance. S’il lui plait de s’exprimer en dialecte de chez lui, nul n’a le droit de le railler ou de le taxer d’ignorance, car il peut répliquer : « Pardon, je parle aussi le français ; j’ai deux langues, moi ! »

L’Escòla Gaston Febus

Le manuel d'enseignement du Gascon Tros causits par Miqueu de Camelat
Tros causits par Miqueu de Camelat

L’Escòla édite elle-aussi une collection appelée Petit libiè d’Enseignance populari, adoubat per Miquèu de Camelat. Dont Tros causits de pouesie e de prose à l’usance de las Escoles primàris, 1946. On y présente 17 textes béarnais et 12 d’autres dialectes afin de montrer quelques parlers gascons. Lavedan, vallée d’Aussau, Haute-Bigorre, Landes, Bayonne, Tursan, Chalosse-Marensin, Labrit, Couserans, Lectoure, Comminges… Le livre se termine par un lexique.

 

 

Les manuels aujourd’hui

Aujourd’hui, plusieurs manuels existent comme ceux édités par le réseau de création et d’accompagnement pédagogiques CANOPÉ, réseau sous la tutelle de l’Éducation Nationale. Ils couvrent généralement plusieurs dialectes.

La rentrée 2019 par l’Escòla Gaston Febus

L’Escòla reste fidèle à sa mission séculaire de promotion de la langue et propose des outils numériques pour apprendre et utiliser le gascon.

Pour les enfants du primaire, c’est le site de l’Arraton deu Castèth qui porte les publications. Des textes courts avec lexique, des illustrations, et des enregistrements audio pour les plus jeunes. Les articles peuvent être directement utilisés par les enfants (les chansons et les jeux semblent avoir leur préférence) ou par les parents, grands-parents, regents… Le site s’enrichit de nouveaux articles au moins une fois par semaine.

Pour la rentrée Matilda Susbielles propose aux 8-9 ans un memory pour retrouver lo materiau de l’escolièr, Sèrgi Clò-Versalhes propose aux 10-11 ans de découvrir l’istòria de la Gasconha du paléolithique jusqu’à nos jours en 50 épisodes (15 déjà publiés), Marcel Amont propose à tous de chanter avec lui La calandreta et Elie Bonneau conseille une taula de multiplicacion bien spéciale !

Références

La méthode Boscher ou la journée des touts petits, 1906
Le tour de France par deux enfants, Augustine Fouillée, 1877
Canal de Garonne, Garonne et estuaire de la Gironde 2019, guide canalfriends, 2019
Petite histoire de la civilisation française, Alfred Rambaud, 1890
Recueil de versions gasconnes, Sylvain Lacoste, 1902
Petite grammaire gasconne, Fernand Sarran, 1910
Nousto lengo mayrano, René Escoula, 1942
Tros causits de pouesie e de prose à l’usance de las Escoles primàris, Miquèu de Camelat, 1946




La Bouts de la Terre, un journal populaire en gascon

De 1909 à 1914, aidé de son fidèle compagnon en amitié Miquèu de Camelat, Simin Palay fonde un journal populaire entièrement en gascon. C’est La Bouts de la Terre d’Armagnac, Biarn, Bigorre e Lanes. La Voix de la Terre d’Armagnac, du Béarn, de la Bigorre et des Landes. Il  paraîtra deux fois par mois. Il sera interrompu au numéro 112 pour cause de guerre. Nous vous proposons quelques pages de La Bouts de la Terre….

La fondation de La Bouts de la terre

Simin Palay (1874-1965) et Miquèu de Camelat (1871-1962) se rencontrent pour la première fois à la Félibrée de Tarbes du 14 août 1890. Il en naîtra une grande amitié. Elle les conduira à fonder ensemble l’Escòla Gaston Febus en 1896 et la revue Reclams de Biarn et de Gascougne en 1897.

Très vite, Simin Palay prend ses distances avec Reclams. Il lui parait faire trop de place au français, sous la direction jugée conservatrice d’Adrien Planté.

La Bouts de la Terre en dissidence avec Reclams
La Bouts de la Terre en dissidence avec Reclams

La crise de 1909 au sein du mouvement du Félibrige aura des conséquences au sein de l’Escòla Gaston Febus. Elle attirait surtout la bourgeoisie et les notables. Dont le préfet Isidore Salles et le ministre Louis Barthou. Les manifestations publiques en étaient facilitées. L’Escòla était accueillie en grande pompe par les municipalités. Mais certains félibres pouvaient oublier le peuple. Or c’était lui qui pratiquait le mieux la langue comme outil de communication.

C’est dans ce contexte que nos deux compères fondèrent à Pau, La Bouts de la terre d’Armagnac Biarn, Bigorre e Lanes. Ce voulait être un journal populaire entièrement en gascon. Créé en 1909, le journal paraîtra deux fois par mois. Il sera interrompu par la guerre à son numéro 112 de septembre 1914. Il était alors en pleine croissance.

L’expérience n’est pas sans rappeler celle de L’Aïoli de 1890,. Ce journal entièrement en provençal créé par Frédéric Mistral paraissait à côté de la Revue Félibréenne souvent écrite en français.

La bouts de la terre, journal populaire en gascon

Ses objectifs sont donnés dans son premier numéro.

Que bouleré esta la Bouts de toute la brabe yent de Biarn e de Gascougne. Tribalhadours de la boutique, dous camps, dous boscs e de las aygues, qu’ey enta bous que l’abém desbelhade. Mestieraus, paysas, bouscassès, bignès, aulhès, pescadous, aci que serats a boste ! De boste bouts que sera heyte la Bouts de la Terre e que b’y recounecherat coum en û miralh.
Il voudrait être la Voix de tous les braves gens du Béarn et de la Gascogne. Travailleurs des boutiques, des champs, des bois et des eaux, c’est pour vous que nous l’avons créée. Artisans, paysans, bucherons, vignerons, bergers, pécheurs, ici vous serez chez vous ! De votre voix sera faite la Bouts de la Terre et vous vous y reconnaitrez comme dans un miroir.

Des articles uniquement en gascon

Paraissent des rubriques régulières dans chaque numéro. Des articles sur la doctrine félibréenne. Des comptes-rendus des fêtes félibréennes. L’Acciou qui mentionne tout ce qui a un lien avec les activités félibréennes. Drin de tout qui rassemble des faits divers liés aux activités félibréennes. La Quinzenada qui regroupe les faits divers. Cantes e Coundes qui publie des chansons et des poèmes issus d’un concours mensuel organisé par La Bouts de la Terre. Ço de bielh, rubrique historique. Ainsi que de la publicité également en gascon car le journal ne peut vivre de ses seuls abonnés.

La publicité ressource de la Bouts de la Teerre
La publicité, ressource financière de la Bouts de la Terre

Trad.: Vous avez mal au dos, à la cuisse, à la main ? Vous avez la jambe raide ou le bras ballant ? Vous voulez guérir ? Partez demain aux eaux de Barbotan.

Nous vous invitons à un voyage au sein de La Bouts de la Terre.

Les actualités en gascon de la rubrique Drin de tot

Des actualités diverses et variées qui concernent tous les parsans / parçans / contrées de la Gascogne.

Une citrouille exceptionnelle

citrouille géante sur la Bouts de la TerreA Momuy, en pays de Lanes qu’an coelhut aquestes dies d’abor ue cuje coume nou-n troben tot die, las noustes daunes au cam ou au casau. Que mesure 1 m 30 de tour e qu’ey lougue de 60 centimètres. De que ha bère escudèle de garbure ! (n° 50 du 15 janvier 1912).
A Momui, en país de Lanas qu’an cuelhut aquestes dias d’abòr ua cuja coma no’n tròban tot dia, las nostas daunas au camp o au casau. Que mesura 1 m 30 de torn e qu’ei longa de 60 centimètres. De que har bèra escudèla de garbura !
A Momuy dans les Landes, on a cueilli ces derniers jours d’automne, une citrouille comme nos femmes en voient peu dans les champs et les jardins. Elle mesure 1 m 30 de tour et 60 cm de long. De quoi faire une belle garbure !

Le menu de la fête de l’Escòla en 1910

Le 16 octobre 1910, l’Escòla Gaston Febus organise une fête à Madiran. Voici le menu servi (n° 21 du 1er novembre 1910) :

Garbure
Saucisses e pourquet sus palhat
Fricandèu de Bic
Yigot de Bache-Ribère
Mounyetes dab yus
Salade
Roumatye, arrasims e coques
Bis de Madiran

Garbura
Saucissas e porquet sus palhat
Fricandèu de Vic
Gigot de Baisha-Ribèra
Monjetas dab jus
Salada
Hromatge, arrasims e còcas
Vins de Madiran

Garbure / Saucisses et porcelet sur litière / Fricandeau de Vic / Gigot de Rivière-Basse / Haricots avec leur jus / Salade / Fromage, raisins et gâteaux / Vins de Madiran

Encore un sujet d’actualité rapporté dans le n° 95 du 1er décembre 1913 :

Gn’aute ours de tuat

La bouts de la terre : Un ours brun abattuQuauque tems-a qu’abèn bist patades d’ours dens la bat de Lys à Luchou. L’aute die lous frays Sarrin de St Mamet qu’abèn courrut lous boscs e que s’en tournaben libres coum Clarete, quoan aboun l’ours a quauques pas e u ours de grane traque. L’u qu’ou mande ue bale qui u blesse e que s’anabe yeta sus ets quoan l’aute fray Sarrin hé yase lou heram dab gn’aute cop de fesilh. Lou pès qu’ey de 116 kilos, la balou de 200 Liures e la car que s’ey debitade enço de M. Bigourdan, bouché.

Nh’aute ors de tuat 

Quauques temps a qu’avèn vist patadas d’ors dens la vath deu Lis a Luishon. L’aute dia los frairs Sarrin de St Mamet qu’avèn corrut los bòscs e que se’n tornavan libres com Clarèta, quan avón l’ors a quauques pas e un ors de grana traca. L’un qu’u manda ua bala qui’u blèssa e que s’anava getar sus eths quan l’aute frair Sarrin hè jàser lo herum dab nh’aute còp de fesilh. Lo pès qu’ei de 116 quilòs, la valor de 200 Liuras e la carn que s’ei debitada en çò de M. Bigordan, bochèr.

Un autre ours abattu

Il y a quelques temps, ils avaient vu des traces d’ours dans la vallée du Lys à Luchon. L’autre jour, les frères Sarrin de Saint Mamet avaient couru les bois et s’en retournaient bredouilles quand ils eurent l’ours à quelques pas, et un ours de belle taille. L’un lui tire une balle qui le blesse et il allait se jeter sur eux quand l’autre frère Sarrin fit s’effondrer la bête avec un autre coup de fusil. Le poids est de 116 kilos, la valeur de 200 Livres et la viande a été débitée chez M. Bigourdan, boucher.

La Bouts de la terre, Cantes e Coundes en gascon

Le concours mensuel de La Bouts de la Terre.

Daugé auteur de la bouts de la terre
Césaire Daugé

Cette rubrique publiait les meilleures pièces issues du concours mensuel organisé par La Bouts de la Terre. Simin Palay y a régulièrement publié ses poésies. Des félibres bien connus y ont écrit, tout en continuant à publier dans Reclams : Camelat, Césaire Daugé, Lo Cascarot (surnom de l’abbé Fernand Sarran) ou Labaigt-Langlade.

D’autres auteurs, la plupart inconnus, ont participé à ces concours mensuels dont le but, il est vrai, était de permettre à tous les Gascons de s’exprimer dans leur langue. Parmi eux, Lou Crespèt, Lou Mouraloy de Villecomtal, François Dupont d’Auch, Costalat de Lascazères, Jules de Qu’A. Ribo, Fabian de Gosse, Marie de case, l’Escarabeilhat, l’Arriberés dou Gabe, Lou Gnafre de Bic… On remarquera au passage la passion qu’ont les gascons pour les chafres ou surnoms.

Les histoires trufandècas

Fernand Sarran, auteur de la bouts de la terre
Fernand Sarran

La Bouts de la terre  publiait également des histoires trufandècas comme celle qui survint à Nay pendant les élections (n° 58 du 15 mai 1912) :

Qu’era au die de las eleccious oun moussu de Luppé es presentabe. Un electou de Nay que crida : « Bibe Luppé ». U tort en lheban la came que respounou : « Bibe l’auta ».
Qu’èra au dia de las eleccions on mossur de Luppé e’s presentava. Un elector de Nai que cridà : « Viva Luppé ». Un tòrt, en lhevant la cama, que responó : « Viva l’auta ».
C’était le jour des élections quand Monsieur de Luppé se présentait. Un électeur de Nay cria : « Vive Luppé » [NdT : l’u-pé = un-pied]. Un boiteux répondit en levant sa jambe : « Vive l’autre ».

Les faits divers en gascon de la rubrique La Quinzenade

Extraits de La Quinzenada du n° 70 du 15 novembre 1912 :

Genos

Genos – Ue baque que s’a hèyt un betèt dàb dus caps. Cade cap non portabe qu’ue aurelhe, mes dus oelhs e u pa de cournichots, la lengue qu’ère hourcadade. La bestiote que s’ey mourte en bade.
Genòs – Ua vaca que s’a hèit un vetèth dab dus caps. Cada cap non portava qu’ua aurelha, mes dus uelhs e un par de cornishòts, la lenga qu’èra horcadada. La bestiòta que s’ei morta en vàder.
Genos – Une vache a fait un veau avec deux têtes. Chaque tête n’avait qu’une oreille, deux yeux, une paire de petites cornes et la langue fourchue. La bête est morte en naissant.

Bagnères

Bagneres – Sou mercat dou bestia ou P.A d’Antist e lou J.M.P de Argelès-Bagneres qu’an hèyt aus pelats qu’ère u gay dous béde. Arré de coupat toutu.
Banhèras – Suu mercat deu bestiar on P.A d’Antíst e lo J.M.P. de Argelèrs-Banhèras qu’an hèit aus pelats qu’èra un gai de’us véder. Arren de copat totun.
Bagnères – Sur le marché aux bestiaux, P.A. D’Antist et J.M.P. d’Argelès-Bagnères se sont battus, c’était un plaisir de les voir. Rien de cassé !

Tarbes

Tarbe – Ue auque que-s passayabe d’aute noeyt cours Reffye. L’inspectou de la poulicie que la boulou bouta en fourrière, mes coum l’auque ère miade per u òmi e coum aqueste cridabe. « Que la m’ey troubade, qu’ey mie ! » Capdevielle, l’inspectou que demourè sourd coum u calhau e qu’enbarrè en preson l’auquè, lou J.M.C de Prechacq. E l’auque ? …
Tarba – Ua auca que’s passejava d’auta nueit cors Reffye. L’inspector de la polícia que la voló botar en forrièra, mes com l’auca èra miada per un òmi e com aqueste cridava. « Que l’a m’ei trobada, qu’ei mia ! » Capdevielle, l’inspector que demorè sord com un calhau e qu’enbarrè en preson l’auquèr, lo J.M.C. de Preishac. E l’auca ? …
Tarbes – Une oie se promenait l’autre nuit cours Reffye. L’inspecteur de police voulut la mettre en fourrière mais comme l’oie était menée par un homme qui criait. « Je l’ai trouvée, elle est à moi ! », Capdevielle, l’inspecteur, restait sourd comme un caillou et mit en prison le gardien de l’oie, J.M.C. de Préchac. Et l’oie ?

La Bouts de la terre, la rubrique L’Acciou et les activités liées au Félibrige

Simin Palay participe à une conférence à Bordeaux sur les poètes gascons (n° 99 du 1er février 1914) :

L'acciou, une rubrique de la Bouts de la terreLa counference hèyte a l’Athénée de Bourdèu per Simin Palay

La counference hèyte a l’Athénée de Bourdèu per Simin Palay s’ous pouètes noustes qu’abè hèyt biéne mey de 500 biarnés e gascous en aquère bère bile.

Lou mèste en sapiénce romane, Mous de Bourciez, que la presida, acoumpagnat p’ou coumitat de redacciuo de Burdigala qui abè ourganisat l’amassade. En quauques paraules franques e beroy alissades, coum b’at poudét pensa, Moussu Bourriez que presenta lou nouste mèste d’ahar qui-s bouta labéts à debisa s’ous pouètes biarnés e gascous qui hasèn aunou a la literature e à la patrie, despuch Arnaud de Salettes dinquà Barreyre, Bouzet, Begarie e Lartigue.

M. Poustis, u bayounés qui cante coum sàben canta lous gascous, que gourgueye cansous de Despourri e que l’apaudin à tout coupa. Qu’esté aquero cinq beroys quarts d’ore de gauyou, de pouesie e d’amistat. Au segure, lous biarnés e los gascous de Bourdèu que soun recounechents au balén bigourda Auguste Pujolle, directou de Burdigala, d’ous abé proucurat aquere boune pause.

La conferença hèita a l’Athénée de Bordèu per Simin Palay

La conferença hèita a l’Athénée de Bordèu per Simin Palay suus poètas nostes qu’avé hèit viéner mei de 500 biarnès e gascons en aquera bèra vila.

Lo mèste en sapiença romana, Mos de Bourciez, que la presida, acompanhat peu comitat de redaccion de Burdigala qui avè organisat l’amassada. En quauques paraulas francas e beròi alissadas, com v’ac podetz pensar, Mossur Bourriez que presenta lo noste mèste d’ahar qui’s bota labetz a devisar suus poètas biarnès e gascons qui hasèn aunor a la literatura e a la patria, despuish Arnaut de Salettes drinc a Barreyre, Bouzet, Begarie e Lartigue.

M. Postis, un baionés qui canta com saben cantar los gascons, que gorgueja cansons de Desporrins e que l’aplaudín a tot copar. Qu’estè aquerò cinc beròis quart d’òras de gaujor, de poesia e d’amistat. Au segur, los biarnès e los gascons de Bordèu que son reconeishents au valent bigordan Auguste Pujolle, director de Burdigala, de’us aver procurat aquera bona pausa.

La conférence donnée à l’Athénée de Bordeaux par Simin Palay

La conférence donnée à l’Athénée de Bordeaux par Simin Palay sur nos poètes a fait venir plus de 500 béarnais et gascons dans cette belle ville.

Le maître en sciences romanes, M. de Bourciez, qui la préside, accompagné du comité de rédaction de Burdigala qui avait organisé la réunion. En quelques paroles franches et bien tournées comme vous pouvez l’imaginer, M. Bourriez présente notre maître d’œuvre qui se met alors à parler des poètes béarnais et gascons qui font honneur à la littérature et à la patrie, depuis Arnaut de Salettes jusqu’à Barreyre, Bouzet, Begarie et Lartigue.

Un bayonnais, M. Poustis, qui chante comme savent le faire les gascons, entonna des chansons de Despourrins et fut applaudi à tout rompre. Ce furent cinq quarts d’heures de joie, de poésie et d’amitié. Les béarnais et les gascons de Bordeaux sont reconnaissants au vaillant bigourdan Auguste Pujolle, Directeur de Burdigala, de leur avoir procuré ce moment de plaisir.

Ço de bielh, rubrique historique en gascon

Dans cette rubrique ont été publiés des éléments relatifs à l’histoire de la Gascogne comme, par exemple :

  • Lous prèts de las causes de 1699 à 1729 au parsan de Bérens d’après lou libe de resou dou curè tarride (le prix des choses de 1699 à 1729 à Berenx d’après le livre de raison du curé Tarride),
  • U gentilòmi biarnès au 17e sècle (Un gentilhomme béarnais au 17ème siècle),
  • Testament de Fourticq de Sent-Pée de Lembeye dou 26 octobre 1641 (Testament de Fourtic de Sent Pée de Lembeye du 26 octobre 1641),
  • La Passiou de Nouste-Ségnou en Biarnés (la Passion de Notre Seigneur en béarnais).

La Bouts de la terre, la fin de l’histoire

Arrêt de publication de la Bouts de la Terre en août 1914.

Malgré un succès grandissant, la guerre interrompt définitivement la parution de La Bouts de la Terre d’Armagnac Biarn, Bigorre e Lanes.

Trad.: Le numéro du 1er août venait à peine d’être remis à la poste que la guerre était déclarée à la France par la Prusse. Les tracas qui s’en sont suivis ont retardé ce numéro qui sera, je pense, le dernier d’ici à la fin de la guerre. La famille de la Bouts de la Terre est dispersée en ce moment. Les uns combattent, d’autres sont blessés, d’autres vont partir. Tous les abonnés comprendront que dans ces conditions, un peu de patience est nécessaire.

Le dernier numéro paraît le 1er septembre 1914. Le journal ne sera pas relancé après l’Armistice.

Le succès de ce journal populaire et entièrement en gascon, créé en réaction aux publications jugées trop élitistes, peut parfois nous faire regretter que l’aventure n’ait pas pu se poursuivre. Peut-être manque-t-il encore un journal qui voleré èster la Votz de tot lo brave monde de Biarn e de Gasconha… ?

Serge Clos-Versailles

Références

Simin Palay (1874-1965), Jean-Pierre Birabent, Cercle occitan de Tarbes & Éditions du Val-d’Adour, 2004.
La bouts de la tèrre – Une tentative de presse régionaliste en Béarn au début du siècle, David Grosclaude, Editions Per Noste.
La Bouts de la terre d’Armagnac Biarn, Bigorre e Lanes, Bibliothèque Escòla Gaston Febus (collection avec quelques lacunes).




Je parle français comme une vache espagnole

Expression très surprenante ! S’agit-il vraiment d’une vache ? Les vaches parleraient-elles ? Meuh non ! Peu probable ! Alors, quelle étymologie pour cette expression ? Le mot « gavach », comme certains auteurs le proposent ? Regardons de plus près, les Gascons sont concernés…

Parler vache !

On imagine assez mal que l’on parlait comme une vache ! Serait-ce une expression mal comprise en français ? Le CNRTL écrit : « Parler français comme une vache espagnole (probablement déformation de Parler français comme un Basque l’espagnol), Parler fort mal le français. » On peut effectivement noter une relative proximité des sons vache et basque (en prenant en compte la prononciation b des v occitans), cette hypothèse est donc possible mais elle n’est pas confirmée par des textes ou ouvrages anciens.

En revanche, l’idée de faire allusion à des personnes qui parlent mal l’espagnol parce qu’elles sont étrangères ou qu’elles parlent un autre idiome est assez plausible. La vache serait-elle plutôt un gavach ? C’est ce qu’affirment certains étymologistes. Et l’expression initiale serait alors Parler français comme un gavach l’espagnol.

Qui sont les gavachs ?

Sebastián de Covarrubias y Orozco
Sebastián de Covarrubias y Orozco

 

Le lexicographe Sebastián de Covarrubias y Orozco (Tolède, 1539-1613) écrit le premier grand dictionnaire de castillan, le Tesoro de la lengua castellana o española en 1611. Voici la définition qu’il donne à gavachos :

 

 

Tesoro de la lengua castellana o española définit le mot gavach
Tesoro de la lengua castellana o española

GAVACHOS, ay unos pueblos en Francia, que confinan con la provincia de Narbona; Strabon y Plinio los llaman Gabales. Caesar Gabalos. A éstos llama Belteforestio Gavachus y nosotros Gavachos. Vide Abraham Ortelio, verbo Gabales. Esta tierra debe ser mísera, porque muchos de estos gavachos se vienen a España y se ocupan de servicios baxos y viles, y se afrentan quando los llaman gavachos. Con todo esso buelven a su tierra con muchos dineros, y para ellos son buenas Indias los reynos de España.

Donc Gavachos serait le nom donné par les Castillans à des habitants venus de la province de Narbonne [il semblerait que c’était alors surtout du Gévaudan] pour exercer en Espagne des emplois de basse condition.

Gavacho et gavach

Le gavach dans le Diccionario de AutoridadesUn peu plus tard, on trouve trace de ce même mot pour désigner d’autres personnes du sud de la France. En effet, le Diccionario de Autoridades tome IV, de 1734,​ reprend le sens du mot Gabacho pour des habitants du nord des Pyrénées, du côté du Gave, venus en Aragon et ailleurs pour exercer des emplois de basse condition :  Es voz de desprecio con que se moteja à los naturales de los Pueblos que están à las faldas de los Pyrenéos entre el rio llamado Gaba, porque en ciertos tiempos del año vienen al Reino de  Aragón, y otras partes, donde se ocupan y exercitan en los ministerios mas baxos e humildes.

Enfin, la Real Academia Española précise que le mot gavacho ou gabacho provient de l’occitan gavach, personne qui parle mal. Pour sa part, Etymologie-occitane.fr nous dit : Au XVe siècle il y a des attestations de l’occitan gavag ou gavach « ouvrier étranger ». 

Que veut dire gavach ?

Paysan de la Vallée d'Aure vers 1830, un gavach pour les Espagnols
Paysan de la Vallée d’Aure vers 1830

Dans l’Anthologie gabaye et gavache, Freddy Bossy (1954-2010), linguiste spécialiste du poitevin-saintongeais, relève les premières attestations du mot gavache :
« – catalan : « gavag : jecur avis » (‘estomac d’oiseau, gésier’) au XIIIe s. ;
– occitan : gavag (1436, Montagnac), gavach (1468, Cahors), avec le sens ‘étranger’ ;
– français : guavasche (Rabelais, Tiers Livre, 1546), avec le sens ‘couillon’ ;
‑ poitevin-saintongeais : « Quioux gavaches / Sont trop lasches / Pre teni fort » (Rolea, XIII, v. 82 ; 1646) ; s’agissant de la victoire sur les Espagnols à Rocroi (1643), gavache a ici le double sens de ‘lâche, vaurien’, et de ‘sale étranger’. »

Cela conforte la signification chez nous du mot gavach : étranger. Tous les étrangers ?

Les Gavachs, ceux du nord

Joan Coromines i Vigneaux définit le gavach dans le Diccionario crítico etimológico de la lengua castellana
Joan Coromines i Vigneaux

Le grand linguiste catalan Joan Coromines i Vigneaux (1905-1997) confirme dans l’édition abrégée du Diccionario crítico etimológico de la lengua castellana (1954-57)  que ce nom péjoratif désigne les Français depuis 1530, qu’il viendrait de l’occitan gavach. Élément complémentaire, il le relie à « montagnard grossier » et aussi à « originaire d’une région nordique qui parle mal la langue nationale ».

Quant aux Gascons, ils gratifient du même nom les gens venus du nord de la Garonne : Quand, du XIIe au XVe siècle, les seigneurs et les rois appelèrent des gens des pays saintongeais et poitevin pour repeupler les régions orientales du Bordelais ruinées par les guerres, les nouveaux venus furent considérés en terre gasconne comme des étrangers et affublés du nom de « gavaches » (L. Papy, Aunis et Saintonge, Paris, Arthaud, 1961, p. 37).

Wikipedia nous apprend que ce mot s’est exporté bien au-delà de nos régions : Gabacho, es una forma despectiva de referirse a los vecinos del norte. En España se refiere a lo Francés, en México a todo lo que tenga que ver con Estados Unidos.​ / Gabacho est une forme méprisante de se référer aux voisins du nord. En Espagne ce sont les Français, au Mexique ce sont les habitants des Etats-Unis.

Bref le Gavach c’est toujours celui qui vient de plus au Nord, c’est d’ailleurs ce que souligne Robert Lafont. En Espagne, les gabachos sont les Français ou au moins ceux du sud de la France, en Catalogne française les gavatx ce sont les Narbonais, pour les Narbonais ce sont les Bitterois, en Languedoc les gavachs sont les Auvergnats ou les Rouergats et dans le Médoc ce sont les Charentais comme en témoigne le Glossaire de langue gabache de l’abbé Urgel.

Hablar en gabacho

Nicolás Fernández de Moratín dit ce que c'est que de parler en gavach
Nicolás Fernández de Moratín

Il semble que le mot gavach ou gabacho n’est pas toujours utilisé de façon péjorative. Il s’est banalisé avec le temps. Par exemple, dans le Gers, un gavach est simplement une personne étrangère au pays.

La présence des Français en Espagne est telle que le mot gabacho va aussi évoluer. Il en vient à définir les Français et hablar en gabacho finit par signifier parler français. Par exemple, le poète Nicolás Fernández de Moratín (1737-1780) voulut exprimer qu’un enfant apprend sa langue et la parle, même si elle est difficile comme le français, alors qu’un adulte, même après bien des efforts, n’y arrive pas vraiment. Aussi il écrivit en 1778 Epigrama Saber sin estudiar / Epigramme Savoir sans étudier :

Admiróse un portugués
de ver que, en su tierna infancia,
todos los niños en Francia
supiesen hablar francés.
Arte diabólico es
dijo torciendo el mostacho –
que para hablar en gabacho
un fidalgo en Portugal,
llega a viejo y lo habla mal,
y aquí lo parla un muchacho.
S’étonna un Portugais
de voir que, dans leur tendre enfance,
tous les enfants en France
savaient parler français.
L’art du diable est
– dit-il en tordant la moustache –
que pour parler en gabache
un Fidalgo au Portugal,
même vieux le parle mal,
Et là, c’est un garçon qui parle.

Et les autres expressions pour exprimer le mal parler ?

Reverso propose quelques façons de dire Parler le français comme un gavach l’espagnol :

Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Pays de Galles cy siarad Wenglish parler angl-ois (Welsh + English)
Allemagne (Bavière) de Ein schauerliches Französisch sprechen Parler un francais effroyable
Allemagne de radebrechen (écorcher)(baragouiner)
États-Unis en To butcher French Abattre le français
Angleterre en To murder French language Assassiner la langue française
Espagne es Hablar un francés macarrónico Parler un français macaronique
Canada (Québec) fr Parler l’anglais comme une vache espagnole
France (Nord) fr Donner des coups de pied à la France
Pays-Bas nl krom Nederlands spreken parler néerlandais courbé
Belgique (Flandre) / Pays-Bas nl Koeterwaals spreken Parler une langue incompréhensible (étym.: langue rhéto-romane de Chur)
Pays-Bas nl Het frans radbraken Soumettre le français au supplice de la roue
Turquie tr Fransizcayi katletmek Assassiner le français

Références

Tesoro de la lengua castellana o española, Sebastián de COVARRUBIAS OROZCO, 1611
Diccionario de Autoridades tome IV, 1734
Anthologie gabaye et gavache, Freddy Bossy
La leçon de Nérac: du Bartas et les poètes occitans (1550-1650), Philippe Gardy




L’extraordinaire apprentissage d’Antòni Nogués

Antòni Nogués, médecin et chirurgien barcelonais, apprend l’aranais au moment de prendre sa retraite. S’éloignant des exercices scolaires, il s’essaie à une autre méthode : apprendre la langue en traduisant les grands classiques des autres pays ! Si l’essai est difficile, il persiste et nous offre ainsi, en gascon du val d’Aran, plusieurs livres de référence.

Qui est Antòni Nogués ?

Antòni Nogués

Antòni Noguès nait le 24 septembre 1943, à Torrent de Cinca, village de la province de Huesca en Aragon (Espagne). Il suit des études de médecine à l’université de Barcelone puis de Lérida. Il se spécialise dans la microbiologie clinique. Une orientation qu’il conservera toute sa vie professionnelle. Au cours de sa carrière, il travaille dans plusieurs hôpitaux : interne à l’hôpital de la Mer de Barcelone, puis médecin microbiologiste à l’hôpital de Bellvitge, enfin pendant 22 ans chef du service Microbiologie à l’hôpital universitaire Arnau de Vilanova à Lérida.

Parallèlement, il est membre d’un groupe de recherche et enseigne à la Faculté de Médecine de Lérida. Il publie plusieurs ouvrages pour faire partager le fruit de son travail. Bref, une vie professionnelle bien remplie !

La retraite approche

Antòni Nogués utilise les fascicule de cours d'arasais

À l’approche de la retraite, Antòni Nogués s’intéresse à cette langue que l’on parle à côté de Lérida et qui s’appelle l’aranais. Il explique lui-même sa démarche : iniciauments, per pur curiosèr de conéisher ua lengua que se parlaue près des nòstes tèrres. Ara prumeria me calec estudiar peth mèn compde, pr’amor que non i auie “quòrum” entà hèr es corsi d’aranés ena UdL. Comencè damb eth « Cors d’Aranés”, editat peth Conselh Generau, eth “Petit Diccionari” de Frederic Vergés, es “Vèrbs Conjugadi” e era “Gramatica Aranesa” d’Aitor Carrera. [initialement, par pure curiosité de connaître une langue qui se parlait tout à côté. D’abord il me fallut étudier par moi-même parce qu’il n’y avait pas le « quorum » pour mettre en place le cours d’aranais à l’UdL*. Je commençai avec le Cours d’Aranais, édité par le Conseil Général, le Petit Dictionnaire de Frédéric Vergés, le Verbes Conjugués e la Grammaire Aranaise d’Aitor Carrera.]
* UdL : Université de Lérida

Noguès cherche l’inspiration

Après cette première découverte de la langue, Antòni Nogués attaque, en 2011, les différents niveaux proposés à l’Université de Lérida. Et, en bon chercheur, il lit tout ce qu’il trouve écrit en aranais. Parmi les exercices proposés, un lui plaît bien, la rédaction : Ua des activitats en estudi der aranés èren es redaccions. Qu’ei ua activitat fòrça interessanta que te permet exprimir en aranés aquerò que vòs racondar.

Pourtant, Un dia, de pòca imaginación entà endonviar fantasies, agarrè eth prològ d’un libre qu’auia sus era taula e l’arrevirè. E me n’encuedè de qué aquerò complie eth prètzèth d’exprimir causes en aranés, sense auer de dedicar eth temps en endonviar istorietes. [Un jour de peu d’imagination pour inventer des fantaisies, j’attrapai le prologue d’un livre qui était sur la table et je le traduisis. Et je me rendis compte que cela me permettait d’exprimer des choses en aranais, sans avoir de temps à passer à inventer des petites histoires.]

Antòni Nogués traduit les grands classiques

E atau comencèc totEs prumèrs libres arreviradi èren es qu’auia a man ena mia estatgèra. Era lectura en aranés de çò qu’auia arrevirat me provoquèc ua satisfacción enòrma.

Jusèp Loís Sans Socasau reconnait le travail de Antòni Nogués
Jusèp Loís Sans Socasau

Ainsi, Antòni Nogués, jeune retraité prend les livres à portée sur son étagère et les traduit en aranais. Il y prend un très grand plaisir. Un jour, même s’il ne se sent pas bien sûr de la qualité de sa langue, il décide d’envoyer une de ses traductions à Jusèp Loís Sans Socasau, Président de l’Institut d’Estudis Aranesi-Acadèmia aranesa dera lengua occitana, du Val d’Aran. Celui-ci l’encourage. Et Nogués consacrera désormais plusieurs heures par jour à ces traductions. Il utilise pour traduire toute sa rigueur et ses méthodes scientifiques. Il s’améliore de jour en jour jusqu’à devenir une référence.

Antòni Nogués livre 7000 pages de traduction

Antòni Nogués signe un accorsi avec l'Institut d'Estudis Aranés
Antòni Nogués signe un accorsi avec l’Institut d’Estudis Aranés

Outre le volume et la qualité de son travail, le microbiologiste souhaite que ce soit utile pour le plus grand nombre. Antòni Nogués remet la totalité de ses traductions à l’Académie Aranaise de la Langue Occitane afin qu’elles soient mises à disposition gratuitement sur le Net.

Ainsi tous les mois depuis le 1er janvier 2019, l’Académie publie un livre que l’on peut télécharger en commençant par Ana Karenina en trois tomes.

Es jubiladi qu’an er auantatge de poder hèr, lèu tostemps, çò que vòlen e les agrade mès. Plan, donc, entà jo, eth hèt d’arrevirar, çò que liegi, ar aranés, qu’ei un gòi impagable [La retraite présente l’avantage de pouvoir faire, à peu près tout le temps, ce qu’on veut et qui plaît le plus. Donc, pour moi, le fait de traduire ce que je lis en aranais est une joie inouïe] précise le traducteur.

Les titres traduits et ceux à disposition :
Guerra e patz de Lev Nicolàievic Tolstoi
Anna Karenina de Lev Nicolàievic Tolstoi,

"Era Divina Comédia" traduite en aramais par Antòni Nogués
« Era Divina Comédia » traduite en aramais par Antòni Nogués

Eth Latzèret de Tormes,
Es Frairs Karamazov, Fiódor M. Dostoievski,
Eth Buscon, Francisco de Quevedo,
Era Gitaneta, Miguel de Cervantes,
Era illustra serventa, Miguel de Cervantes,
Condes, Hans Chistian Andersen,
Es aventures de Tom Sawyer, Mark Twain,
Eth gelós extremenh, Miguel de Cervantes,
Eth licenciat Vidriera, Miguel de Cervantes,
Rinconete e Cortadilho, Miguel de Cervantes,
Crim e Castig, Fiódor M. Dostoievski,
Es Miserables, Victor Hugo
Eth mercadèr de Venècia, Shakespeare
Hamlet, Shakespeare
Era divina comèdia, Dante Alighieri

To be or not to be

Traduire n’est pas simple, car il ne s’agit pas de changer les mots d’une langue par une autre, mais de garder le sens, l’expression, le rythme, la musique… du texte. À titre d’exemple, regardons le début si connu de la tirade d’Hamlet, acte III scène IV.

To be, or not to be, that is the question:
Whether ’tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take Arms against a Sea of troubles,
And by opposing end them…

Laurence Olivier as Hamlet

 

Quatre traductions

Bien des traductions ont été données de ce célèbre passage :

Existir ó no existir: esta es la cuestión ¿Cuál es más digna acción del ánimo, sufrir los tiros penetrantes de la fortuna injusta, ú oponer los brazos á este torrente de calamidades y darlas fin con atrevida resistencia? Traduction en espagnol de Fernández de Moratin en 1603. Le traducteur préfère le mot existir (exister) plutôt que ser (être). Un grand débat qui continue de nos jours.

Être ou n’être pas, voilà la question… Qu’y a-t-il de plus noble pour l’âme ? supporter les coups de fronde et les flèches de la fortune outrageuse ? ou s’armer en guerre contre un océan de misères et, de haute lutte, y couper court ? Traduction en 1864 de François Guizot, membre de l’Académie Française et provençal.

Etre, ou ne pas être : telle est la question. Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? Traduction d’André Gide, 1959. Celui-ci s’éloigne beaucoup plus du texte original.

Èster o non èster, vaquí era qüestion. Quina ei mès digna accion der anim: patir es trets penetrants dera fortuna injusta, o opausar esbraci ad aguest torrent de malastres, e dar-les punt finau damb gausada resisténcia? Traduction d’Antòni Nogués en gascon aranais.

À lire, à copier

Merci Monsieur Antòni Nogués d’avoir enrichi notre langue des traductions de tous ces ouvrages ! Il nous reste à les savourer et à s’inspirer de votre démarche pour en faire autant et enrichir ainsi notre bibliothèque commune.

Merci l’Institut d’Estudis Aranesi d’avoir mis ces travaux à la disposition de tous.
Les citations d’Antòni Noguès proviennent de l’article de Jusèp Loís Sans Socasau sur le site de l’institut.

Références

Reclams n°850, Antòni Nogués o ua faiçon originau d’apréner lo gascon, 2019, p51
Colleccion Antòni Nogués, Institut d’Estudis Aranesi, 2019




Le dictionnaire de Palay enfin réédité !

C’est un événement d’importance. Le dictionnaire de référence de la Gascogne, le Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes, était devenu rare. Il se vendait à des prix dépassant parfois les 1000€. Il va enfin être réédité par les éditions Reclams et le Congrès Permanent de la Lenga Occitana. Cet ouvrage, ce trésor gascon comme l’appelait l’historien Charles Samaran (1879 – 1982), est beaucoup plus qu’un dictionnaire. Explorons-en les richesses en attendant le lancement de la souscription qui aura lieu à la rentrée 2019.

1903 : l’Escole Gastou Fébus lance le projet du dictionnaire

En 1903, les fondateurs de l’Escòla, après avoir déposé les statuts, conçoivent trois grands projets : la création d’un musée gascon (ce sera l’objet de l’acquisition du château de Mauvezin), la composition d’un dictionnaire (ce sera le « Palay ») et la rédaction d’une histoire du Béarn.

Miqueu de Camelat et le dictionnaire de Palay
Miqueu de Camelat (1871 – 1962)

Ils sont vite confrontés à la diversité de la langue parlée et écrite. Et, comme Miquèu de Camelat l’écrivit à son collègue Andrèu Pic, Tout felibre que bad dab u sistemi grafic dens la cabosse e que cred que lou sou qu’ey lou yence. / Tot felibre que vad dab un sistèmi grafic dens la cabòça e que cred que lo son qu’ei lo géncer. / Tout félibre naît avec un système graphique dans sa tête et croît que le sien est le plus beau.

Or, comment se lire sans partager une même écriture de la langue ? En 1899 déjà, Camelat demandait U soulet sistèmi de grafie qui escoubaré l’ère é nous acoustumaré à ue léngue literari tau Bear é la Gacougne. / Un solet sistèmi de grafia qui escobaré l’èra e nos acostumaré a ua lenga literària tau Bearn e la Gasconha. / Un seul système de graphie qui balaierait l’aire et nous habituerait à une langue littéraire pour le Béarn et la Gascogne.
Évidemment… personne n’était d’accord.

Le dictionnaire tarde à sortir

Tous ces travaux préparatoires, les hésitations et les disputes font que pendant seize ans, la commission du dictionnaire, créée en 1904, n’a rien produit ! Puis ce sont des collectes, des enquêtes auxquelles collaborent des dizaines de membres de l’Escòla. Ils lancent enfin les souscriptions en juillet 1932. Le premier tome, lettres de A à E (27 000 articles). Sort en suivant, le deuxième tome début 1934.

Lettre de Simin Palay à Yan dou Gouf demandant de collecter des noms oiseaux (collec. privée M-C Duviella)
Lettre de Simin Palay à Yan dou Gouf lui demandant de collecter des noms d’oiseau (coll. privée M-C Duviella)

Le CNRS rééditera ce dictionnaire deux fois,  en 1961 et 1980. Au total, Simin Palay ajoute 20 000 mots. De nombreux érudits contribueront à son élaboration comme Louis Rouch ou l’abbé Saint-Bézard qui corrigeront les épreuves.

Un dictionnaire ethnographique

Couverture du tome 1 du Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes 1932
Couverture du tome 1 du Dictionnaire (1932)

Un dictionnaire qui couvre les mots utilisés dans 35 zones dialectales donc d’une bonne partie de la Gascogne, c’est déjà une belle œuvre. Pourtant, Simin Palay ira beaucoup plus loin en ajoutant des locutions, des proverbes, des contextes, des expressions caractéristiques à une contrée ou à un auteur… un vrai témoignage culturel, ethnographique.

Le linguiste Jean Séguy (1914 – 1973) dont on connait l’Atlas linguistique, écrivit : c’est l’un des rares dictionnaires de langue non pas seulement à consulter, mais à lire, puisqu’il est non moins un glossaire qu’une phraséologie*. Persée, 1963.

Et on peut y trouver des richesses infinies. Par exemple, l’historien Claude Larronde en tire le répertoire de l’origine de 8000 patronymes gascons.

Le dictionnaire est-il toujours d’actualité ?

Tout dépend de ce que vous voulez faire. Si vous cherchez un mot pour lire un livre contemporain, vous trouverez plus facilement dans dicod’Òc publié en ligne par le Congrès Permanent de la Lenga Occitana. Ne serait-ce que parce que le dictionnaire en ligne est en graphie classique comme la majorité des productions d’aujourd’hui. Si vous cherchez une expression utilisée dans une contrée particulière, peut-être vous faudra-t-il consulter un dictionnaire spécifique. La carte des dictionnaires de Jean Lafitte par exemple vous permettra d’en choisir un.

Pourtant le dictionnaire de Simin Palay est indispensable dès que vous cherchez à lire des ouvrages riches en vocabulaire, plus anciens, en graphie fébusienne, ou l’immense production du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Jacques Gourc, professeur à l’université Jean Jaurès Toulouse 2, affirme que c’est l’ouvrage que devrait posséder tout étudiant de gascon. Ouvrage indispensable pour lire l’œuvre du grand Miquèu de Camelat, ouvrage indispensable aussi si vous voulez avoir plus qu’une traduction. Par exemple, que sont les aguihonèrs ? Voilà la réponse du Palay :

À quoi va ressembler la prochaine édition ?

Les co-éditeurs préparent un dictionnaire en deux tomes, correspondant au contenu de la dernière édition de 1980. Il intègrera dans le corps du texte (et non plus en annexe) les 20 000 mots ajoutés par rapport à la première édition. Les entrées resteront en graphie originale. Eric Gonzalez, Maurice Romieu, Serge Javaloyès, Jean-Luc Landi en ont effectué une relecture soignée. Deux textes introductifs le complèteront, l’un sur la langue, l’autre sur l’histoire du dictionnaire.

Il sera vendu avec ou sans coffret. Ceux qui veulent pré-réserver un exemplaire peuvent écrire à Reclams: secretariat@reclams.org.

Références

Reclams, mai 1899, Anem au poble, Miquèu de Camelat, p.70
Thèse Jean Lafitte, carte des dictionnaires, p. 64
Article Reclams sur la réédition du dictionnaire, 15 mars 2019
Les noms de famille gascons, Claude Larronde, 1997 – à acheter chez l’auteur claude.larronde@orange.fr

*Phraséologie (dictionnaire Larousse) :

  • Construction de phrase ou procédé d’expression propre à une langue, à une époque, à une discipline, à un milieu, à un auteur.
  • Recueil de phrases ou de locutions caractéristiques d’une langue donnée et destiné à l’enseignement de cette langue.