Quand le gascon influençait la langue française

Per ma fé, le français, comme toute langue vivante, évolue au contact des autres. Au XVIe siècle, les Gascons sont nombreux à la cour, dans l’armée et dans la littérature. Ils vont influencer rapidement la langue de Paris.

Le temps où régnèrent les Gascons

Maxime Lanusse - De l'influence du gascon sur la langue française (1893)
Maxime Lanusse – De l’influence du gascon sur la langue française (1893)

Le professeur grenoblois, Maxime Lanusse (1853-1930), plante sa thèse, De l’influence du dialecte gascon sur la langue française de la fin du XVe siècle à la seconde moitié du XVIIe siècle, dans l’avant-propos : Au XVIe siècle, notre langue, encore en voie de formation, sans contours arrêtés, sans règles bien fixes, se pliait aisément aux goûts et aux humeurs particulières de chaque écrivain ; de sévères grammairiens ne l’ayant pas encore enfermée dans les mailles innombrables d’une syntaxe des plus compliquées, elle subissait, docilement, toutes sortes d’influences. Parmi ces influences, les unes venaient du dehors, de l’Italie surtout et de l’Espagne ; les autres nées sur notre sol même, étaient dues à la vie si puissante alors des parlers provinciaux. (…) Or de tous les parlers provinciaux celui qui a le plus marqué son empreinte au XVIe siècle sur la langue française, c’est sans contredit le gascon.

Pierre de Bourdeilles, dit Brantôme, admirateur de la bravoure des gascons
Pierre de Bourdeilles, dit Brantôme

Pierre de Bourdeilles dit Brantôme (1537-1614) précise que les Gascons étaient honorés pour leur bravoure, aussi copiait-on leur accent, leur empruntait-on des mots et des tournures, jetant même des Cap de Diu. Un Malherbe ou un Pasquier luttèrent pour « dégasconner » la langue. Un jour, M. de Bellegarde demande au grand grammairien s’il faut dire despendu ou despensé. Malherbe répondit que despensé est plus françois, mais que pendu, dépendu, rependu, et tous les composés de ce vilain mot qui lui vinrent à la bouche, étaient plus propres pour les Gascons.

Le gascon ou les langues du midi ?

Girart de Roussillon le conte qui rime en gascon
Mariage de Girart de Roussillon dans un manuscrit du xve siècle attribué au Maître du Girart de Roussillon

À y regarder de plus près, on appelle gascon à cette époque bien plus que les parlers de la Gascogne. La chanson Girard de Roussillon est inventorié au Louvre comme Girard le conte rimé en gascoing. On trouvait à la belle et spirituelle Madame de Cavoye un accent et des mots du pays qui lui donnent plus de grâce. Elle était d’origine languedocienne.

Il n’empêche que l’influence des Gascons de Gascogne sera très importante. En effet, ils vont influencer directement le français, favoriser l’utilisation des mots italiens ou espagnols dans le français, ré-introduire des vieux mots français.

La plus grosse modification porte sur la prononciation

Le thésard nous apporte une information importante. La plus grande influence du gascon sur le français, c’est l’accent qui modifiera par ricochet l’orthographe. Il faut dire qu’à cette époque, on baigne dans le multilinguisme. Si le français joue le rôle de communication inter-communautés, comme l’anglais « globish » d’aujourd’hui, chacun le parle plus ou moins bien en conservant souvent son accent local. La capacité à absorber des idiotismes est grande et ne heurte que quelques puristes comme Malherbe.

Des exemples

Jean Racine (1639-1699)
Ah ! Madame, régnez et montez sur le Trône;
Ce haut rang n’appartient qu’à l’illustre Antigone

Les exemples sont nombreux. L’un d’entre eux, rapporte Lanusse, est l’utilisation de voyelles brèves là où les Français les disaient longues. Ainsi les Gascons disaient patte [pat] au lieu de paste [pa:t], battir au lieu de bastir… et les poètes gascons comme du Bartas en tiraient des rimes inacceptables et reprochées. Pourtant,  cette modification restera et le grand Racine, un siècle plus tard, fait rimer Antigone avec trône !

Une autre modification importante est liée à la confusion des Gascons des sons é fermé et è ouvert et à l’absence du son e. Montluc écrivait le procés et non le procès. Les Gascons disaient déhors ou désir à la place de dehors ou desir. Ou encore il décachette au lieu de il décachte. Corneille, Choisy, Dangeau, Perrault et Charpentier, dans un bureau de l’Académie, se demandaient s’il fallait dire et écrire Les pigeons se becquetent ou Les pigeons se becquètent. Et de répondre : pas se becquètent, c’est une manière de parler gasconne.

Un dernier exemple est le mot pié-à-terre où pié a ajouté un d au XVIe siècle (pied-à-terre) pour mieux exprimer la prononciation nouvelle apportée par nos Gascons : pié-tà-terre. Une horreur combattue par Malherbe !

Les membres de l'Académie Française (dont certains pourfendent le gascon) venant offrir le Dictionnaire au Roi Louis XIV en 1694 (1 sur 1)
Les membres de l’Académie Française venant offrir le Dictionnaire au Roi Louis XIV en 1694

Des mots gascons

Michel de Montaigne fera de nombreux emprunts au gascon
Michel de Montaigne (1533-1592)

Bien sûr les auteurs gascons vont mettre des gasconnismes dans leurs textes. Certains de ces mots gascons vont faire chemin, d’autres resteront la langue d’un auteur. Le célèbre Montaigne écrira appiler (tasser), arenvoyer, bandoulier, bavasser (augmentatif de bavarder), boutade, breveter, cadet, désengager, revirade ou une estrette (attaque).

Côté syntaxe, Montaigne conserve des formes gasconnes : Toute cette notre suffisance ; elles nous peuvent estimer bêtes, comme nous les en estimons ; La santé que j’ai joui ; Pardonne-le ; J’écoute à mes rêveries ; etc.

Enfin, ils réintroduiront – involontairement – des mots de vieux français. Par exemple Montaigne utilise le mot rencontre au masculin ; un encontre en gascon, un rencontre en languedocien mais aussi un rencontre en français à l’époque de Froissart !

Les Gascons favorisent l’adoption de mots étrangers

Clément Marot (1496-1544)
Clément Marot (1496-1544) et les règles d’accord du participe passé empruntées à l’italien

Durant les guerres d’Italie, toute la première moitié du XVIe siècle, les Gascons, très présents dans l’armée, sont à l’aise parce que leur parler est proche. Les lettrés gascons absorbent sans difficulté l’italien et colportent des mots nouveaux. À côté d’eschappée, mot français, on trouvera escapade venant de scappata en italien (escapada en gascon). Le linguiste Claude Hagège dénombre dans les 2000 mots qui entreront ainsi dans la langue française.

Le poète Clément Marot (1496-1544), né à Cahors d’une mère gasconne, fait un passage dans le Béarn puis file à Venise. Là, il emprunte la règle de l’accord du participe passé aux Italiens et la ramène en France. Dommage qu’il n’ait pas plutôt choisi celle du béarnais, plus simple!

Que reste-t-il de cette influence ?

Malheureusement l’auteur ne fait pas cet inventaire. Mais il est clair que si d’autres influences ont effacé certains de ces apports gascons, il en reste encore beaucoup. Si on ne dit plus une cargue, on a gardé cargaison. Le cèpe et le cep proviennent de cep, tronc en gascon. Etc. Etc.

Anne-Pierre Darrées

Écrit en orthographe nouvelle (1990)

Référence

De l’influence du dialecte gascon sur la langue française de la fin du XVe siècle à la seconde moitié du XVIIe siècle, thèse de Maxime Lanusse, 1893




Vers la mar grana, les maisons blanches

Avec des maisons de terre, de pierre ou de bois, chaque région a son style. Les maisons blanches des Landes et du Labourd sont particulières. Isidore Salles a mis à l’honneur celle des Landes dans un poème magnifique, La maisoun blanque.

Une maison, un contexte

Sainte-Christie d’Armagnac
Lo Castèth en terre crue de Sainte-Christie d’Armagnac (12è s.)

Dans le passé, les maisons étaient construites avec les matériaux disponibles localement et en prenant en compte les contraintes du lieu. Elles nous donnent donc des informations. Comme dit l’architecte londonien, né en 1927, John F. C. Turner : Un matériau n’est pas intéressant pour ce qu’il est mais pour ce qu’il peut faire pour la société.

Mur de maison béarnaise - Navailles-Angos - disposition en feuilles de fougère
Mur de maison béarnaise, Navailles-Angos, disposition en feuilles de fougère

En Gascogne, la terre, les pierres, les cailloux, les galets, le bois sont utilisés. Par exemple, la brique crue séchée au soleil est surtout présente à l’est de la région, proche du toulousain.  Les mélanges de terre et paille sont très fréquents en Armagnac où on appelle ce matériau lo tortís. Les galets, par exemple disposés en feuilles de fougère, vont faire de jolis murs en Béarn. La pierre calcaire constitue les murs des échoppes bordelaises. Etc.

Les maisons blanches

Maison de Félix Arnaudin à Labouheyre (Landes, France)
Maison de Félix Arnaudin à Labouheyre (Landes, France)

À l’ouest en allant vers la mar grana [l’océan], vont apparaitre dans les Landes et au Pays basque des maisons blanches, des maisons dont les murs, souvent en torchis, sont recouverts de chaux. Il est vrai qu’il faut se protéger de la pluie. Et la chaux est imperméable. Elle ne forme pas de salpêtre ni de moisissure. Sachant réguler l’humidité, ayant des propriétés isolantes, elle apporte un remarquable confort.

S’il faut se protéger du vent et de la pluie, sur le littoral landais, il faut aussi faire attention aux dunes et au sol. Certaines zones sont inondables, d’autres ne sont pas drainées. La chaux est souple, élastique. Elle s’adapte donc volontiers aux mouvements de la maison.

La maison landaise

La maison du meunier - Ecomusée de Marquèze
La maison du meunier – Ecomusée de Marquèze

Traditionnellement, la maison landaise de l’ouest a des murs blancs et des colombages. Certaines ont un toit en coa de paloma, queue de palombe, région oblige ! Dans d’autres endroits, il n’y a que deux pentes dont l’une, côté nord, est plus longue.

La maison landaise a une ossature en bois. Lors d’enquêtes auprès de charpentiers, on a estimé qu’il fallait 30 m³ de chêne et 55 m³ de pin pour construire une maison de 150 à 170 m². Soit dix chênes et cent-dix pins de 70 ans ! Les chênes sont utilisés pour les grosses pièces, les pins pour les chevrons, les chevilles ou les pans de bois. Par tradition, le chêne est coupé l’hiver quand souffle le vent du nord, puis mis dans l’eau pour durcir. Après avoir séché, il deviendra si solide qu’il ne pourrira pas.

Un autre des traits caractéristiques de la maison blanche des Landes est son davantiu, cette avancée, cet auvent qui protège de la pluie comme de la chaleur. Et sous lequel on peut har estandada, c’est-à-dire rester sous l’auvent pour discuter, prendre le frais…

ue en perspective d’ensemble d’une ossature en bois d’une maison à auvent située quartier de Marquèze à Sabres, Dominique Duplantier, aquarelle, crayon, encre et couleur, 2013, 25 x 38 cm. AD 40, 71 Fi 65
Ossature en bois d’une maison à auvent située quartier de Marquèze à Sabres, aquarelle de Dominique Duplantier (2013) – AD 40 (extrait de Maisons landaises, histoire et tradition)

La maison labourdine

Le village de Sare (64)
Le village de Sare (64)

Ce serait au XVIIe siècle que la maison basque, l’etxe, prendrait la forme qu’on lui connait. Dans le Labourd, comme dans les Landes, elle est ouverte sur l’est, pratiquement fermée des autres côtés, se protégeant elle aussi des pluies et vents de l’océan. Ses murs sont recouverts de chaux bien blanche.  Les volets, les colombages sont rouges. Le sang de bœuf aurait été utilisé au début comme peinture et insecticide. Au XIXe siècle, on verra apparaitre des verts foncés, voire des bleus.

La villa Arnaga à Cambo les Bains (64)
La villa Arnaga à Cambo les Bains (64)

Le grand architecte d’origine niçoise, Joseph Albert Tournaire (1862-1958) s’inspire de cette tradition pour construire en 1903 à Cambo-les-Bains la villa Arnaga pour l’auteur de Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand.

La maisoun blanque de Isidore Salles

Isodore Salles (1821 -1900)
Isidore Salles (1821 -1900)

Le landais Isidore Salles (1821-1900) va chanter dans un de ses plus beaux poèmes la maison blanche de sa famille. Située à Senta Maria de Gòssa sur la route de Bellevue. L’Académie gasconne de Bayonne y mettra d’ailleurs une plaque en 1930.

Isidore Salles, préfet, censeur de la Banque de Paris et des Pays-Bas et poète, s’était lié lors de sa vie parisienne avec Théophile Gautier, Lamartine, Victor Hugo

Les souvenirs d’enfant

Dans la maisoun blanque,  un long poème nostalgique et émouvant  (96 vers), Isidore Salles témoigne d’un grand amour pour ses racines.

Amic, que t’en bas au péis!
Bet tems passat que ne l’éi bis!
Douman, en route,
Dab tu qu’i bourri bien ana!
Mes ço qui m’retin d’i tourna,
Bos sabe, escoute!
Amic, que te’n vas au peís!
Bèth temps passat que ne l’èi vist!
Doman, en rota,
Dab tu qu’i vorrí bien anar!
Mes çò qui’m reten d’i tornar,
Vòs saber, escota!

Ami, tu t’en vas au pays ! Depuis longtemps je ne l’ai vu ! Demain, en route,  Avec toi j’y voudrais aller ! Mais ce qui m’retiens d’y rentrer,  Apprends, écoute !

Puis Isidore Salles va merveilleusement décrire la maison, les lieux, la vue sur les rivières et les villages alentour. Ensuite, il parlera de ceux qui résident dans la demeure : Aqui bibèn, urous coum réis, / Brabe familhe, Aquí vivèn, urós com reis, / Brava familha [Ici vivait, heureux comme des rois, Une brave famille].

Sainte-Marie-de-Gosse - Sur les bords de l'Adour
Sainte-Marie-de-Gosse – Sur les bords de l’Adour

Les bouleversements de la vie

Après les douces descriptions de la première partie du poème, la deuxième raconte le départ des uns, la mort des autres, la vente de la maison.  Elle débute par ces mots violents : Més la hautz dou tems rigourous  / Seguech betlèu de l’atye urous / La prounto houèite!, Mès la hauç deu temps rigorós / Segueish bethlèu de l’atge urós / La prompta hueita! [Mais la faux du temps rigoureux / Suit bien vite de l’âge heureux / La prompte fuite !]

L’interlocuteur du poète est averti, et les deux dernières parties sont nostalgie pure.

III

De tout aco que t’soubiras
Penden lou biatye, é, quan bèiras
La maisoun blanque,
Dou cassourat ou dous lambrots
Oun cantaben lous carnirots
Coupe m’ u’ branque!

Qu’abiseras, per lou pourtau,
Si las arroses dou casau
Soun tustem bères,
E las flous de l’acacia,
Plantat là-bas, –  bet tems i a! –
Tustem nabères!

E sustout salude en pregan,
A la ferneste dou mitan,
Dessus la porte,
La crampe aus cabirous touts nuds,
Oun lous mainatyes soun baduts
E la mai morte!

I V

Amic, que t’en bas au péis!
Praube péis! ne l’èi pas bis
Qu’a bère pause!
Dab tu qu’i bourri bien ana!
Ço qui m’ hè pène d’i tourna
Qu’en sabs la cause!

III

De tot aquò que’t soviràs
Pendent lo viatge, e, quan veiràs
La maison blanca,
Deu cassorat o deus lambròts
On cantavan los carniròts
Copa’m u’ branque!

Qu’aviseràs, per lo portau,
Si las arròsas deu casau
Son tostemps bèras,
E las flors de l’acacià,
Plantat là-bas, –  bèth temps i a! –
Tostemps navèras!

E sustout saluda en pregant,
A la fernesta deu mitan,
Dessus la pòrta,
La crampa aus cabirons tots nuts,
On los mainatges son vaduts
E la mair mòrta!

IV

Amic, que te’n vas au peís!
Praube peís! ne l’èi vist!
Qu’a bèra pausa!
Dab tu qu’i vorrí bien anar!
Mes çò qui’m hè pena d’i tornar,
Que’n saps la causa!

—-

De cela tu te souviendras
Lors du voyage, et, en voyant
La maison blanche,
Du chêne noir et des lambrusques
Où chantaient les chardonnerets
Prends m’en un’ branche !

Tu noteras, près du portail,
Si les roses dans le jardin
Sont toujours belles,
Les fleurs blanches de l’acacia,
Planté là-bas, – il y a longtemps ! –
Toujours nouvelles !

Et surtout salue en priant,
Par la fenêtre du milieu,
Coiffant la porte,
La chambre aux poutres toutes nues
Où les enfants vinrent au monde
Et mère est morte !

IV

Ami, tu t’en vas au pays !
Pauvre pays ! Je ne l’ai vu
Depuis longtemps !
Avec toi j’y voudrais aller !
Ce qui me peine d’y rentrer
Tu sais la cause !

Références

Maisons landaises, histoire et tradition, Archives départementales des Landes, 2017
L’architecture de terre en midi-Pyrénées, écocentre Pierre & terre, Anaïs Chesneau, 2014
Almanac de la Gascougno, 1898 « La maison blanque », bibliothèque Escòla Gaston Febus (texte complet p. 21 à 25)
La photo d’entête est tirée du catalogue de l’exposition Félix Arnaudin, le guetteur mélancolique organisée par l’écomusée de Marquèze




Ils aiment la ville de Pau et le disent

L’Escòla Gaston Febus, qui fut fondée à Pau en 1896, rend hommage à la capitale du Béarn dans sa dernière revue Reclams. Pau a attiré l’attention bien des fois. La cour de Navarre a protégé les lettrés au XVIe siècle. Le thermalisme l’a mis à la mode. Les Anglais lui ont trouvé du charme…

Pau, capitale intellectuelle

Marguerite de Navarre par Jean Clouet
Marguerite de Navarre (1492-1549) par Jean Clouet

Au Moyen-Âge, Pau est peu importante. Il faudra attendre 1464 pour qu’elle devienne capitale du Béarn. Henri II d’Albret (1503-1555), roi de Navarre, né à Sangüesa, du côté de Pampelune, épouse la Marguerite des Marguerites, sœur de François 1er, née à Angoulême. Une aubaine pour le royaume car la dame, outre son influence politique, est une protectrice des lettres. Pourtant, plus que Pau, elle aimait surtout Mont-de-Marsan où elle composera l’Heptaméron, un recueil de nouvelles réparties sur sept jours.

Guillaume Saluste du Bartas
Guillaume Saluste du Bartas

Leur fille, Jeanne d’Albret, va faire de la cour de Navarre un lieu prisé des lettrés.

Tout le XVIe siècle, les lettrés, les poètes de Gascogne, en particulier de l’Armagnac, les Pey ou Joan de Garros, le Saluste du Bartas… vont fréquenter la Cour de Navarre où ils pourront publier et être lus dans leur langue.

Les Anglais sont sous le charme de Pau

Le Marquis de Wellington, par Francisco Goya
Le Marquis de Wellington, par Francisco Goya

Le 27 février 1814, le maréchal Soult commande l’armée française qui affronte, près d’Orthez, les soldats anglais et portugais dirigés par le marquis de Wellington (1769-1852). Bataille de la guerre d’indépendance espagnole repoussant la France napoléonienne. L’une des brigades, avec ses 700 cavaliers et 4 000 hommes, entre dans Pau. Ils sont accueillis comme des libérateurs et les Palois installent à l’entrée de la ville, route de Bayonne, de beaux arcs de triomphe garnis de fleurs.

Grammar & Vocubulary of the Language of Bearn
Roger Gordon Molyneux – Grammar & Vocubulary of the Language of Bearn (Editions des régionalismes – 2003)

 

Les Anglais découvrent la capitale béarnaise et s’en entichent. Ils y laisseront une marque profonde. La ville leur construit un funiculaire pour aller de la gare au boulevard des Pyrénées. Pour que les Gentlemen et les Ladies discutent avec les autochtones, un Grammar & Vocabulary of the language of Bearn, traduction des travaux de Vastin Lespy, voit le jour. On apprend ainsi qu’une Lady (dame) est une dauna, a foolish fellow (idiot) est un guirolh et a camomile (camomille) ua matronièra. Des précisions encore plus intéressantes sont citées. Par exemple gahar : to seize, take, from Celtic root same as our word gaff for salmon (gahar : saisir, prendre, de racine celtique comme notre mot gaffe pour le saumon).

La gazette béarnaise, journal littéraire et mondain de Pau hivernal dirigé par Jules Le Teurtrois, publie la liste complète des étrangers entre 1889-1915.

La plus belle vue du monde

Anne Lister réalise la première ascension officielle du Vignemale (3 298 m)
Anne Lister réalise la première ascension officielle du Vignemale en 1838 (3 298 m)

Au XIXe siècle, ce sont les écrivains français, les fortunés qui viennent prendre les eaux, ou les aventuriers de la montagne qui viennent explorer les Pyrénées. Parmi eux, le géologue alsacien Ramond de Carbonnières, le botaniste suisse Augustin Pyramus de Candolle, le topographe du Lot-et-Garonne Vincent Chaussenque ou la téméraire anglaise Anne Lister.

En 1824, le capitaine Alfred de Vigny (1797-1863) est envoyé à Pau. Il est séduit et déclarera : Les Pyrénées sont les plus belles montagnes de la terre. Il y écrit Le Cor : J’aime le son du Cor, le soir, au fond des bois… ainsi que les plus belles pages de son roman Cinq-Mars. Et surtout, il y rencontre Miss Lydia de Bunbury. Son père ne voit pas d’un bon œil un si modeste parti. Mais lors d’un repas organisé par un ami du poète, Sir Bunbury, ayant abusé du Jurançon, accorde devant les invités la main de sa fille.

En 1840, Alphonse de Lamartine (1790-1869) vient, comme bien d’autres, soigner ses rhumatismes. On lui attribue cette phrase : Pau est la plus belle vue de terre comme Naples est la plus belle vue de mer.

Francis Jammes (1868-1938), né à Tournay, aime particulièrement contempler les montagnes depuis le Boulevard des Pyrénées. Lui aussi rencontre à Pau le 18 août 1907 celle qui deviendra son épouse, Ginette Goedorp.  Il la rencontre chez sa grand’tante Aménaïde Lajusan, 6 rue Marca.

La ville de Pau, Francis Jammes

Françis Jammes, poète des Pyrénées

Elle ouvre l’éventail d’azur des Pyrénées
Sur les coteaux du gave aux villas fortunées.
Son boulevard, balcon ou s’attarde l’été,
Où l’hiver ne connaît que la sérénité,
Ne cesse de fleurir d’Anglaises élégantes
Que suivent les grands chiens et de lords qui se gantent.
Sur la place, un naïf orchestre est endormi
Que la cigale en vain rappelle de son cri.

L’attachement à Pau

Le poète agenois Jacques Boé dit Jasmin écrit en 1840 alors qu’il quitte Pau :

Adiou… Parti douma, zou cal, mais podes creyre,
Qué quand te quitteray me coustaras de plous;
Adiou… Per may lou ten té beyre,
M’en anerey de recouous.
Adieu… je pars demain, je dois, mais tu peux croire,
Que te quitter me coutera des pleurs;
Adieu… Pour mieux te garder en mémoire,
Je m’en irai à reculons.

Beth Ceu de Pau

À la fin du siècle, Charles Darrichon, l’obscur employé de Pierre Louis Tourasse (1816-1882), se sentant mourant, écrit Lo bèth cèu de Pau, qui deviendra la chanson de Pau :

Moun Diü, moun Diü, déchat me béde encouère
Lou ceü de Paü, lou ceü de Paü.

Mon Diu, mon Diu, deishatz me véder enqüèra
Lo cèu de Pau, lo cèu de Pau.

Mon Dieu, mon Dieu, laissez-moi voir encore
Le ciel de Pau, le ciel de Pau.

Des « étrangers » renommés

Pierre Tucoo-Chala - Gaston Febus, Prince des Pyrénées
Pierre Tucoo-Chala – Gaston Febus, Prince des Pyrénées

Le Bordelais Pierre Tucoo-Chala (1924-2015) sera président de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau et de l’Académie du Béarn. Il est surtout un des plus grands spécialistes de l’histoire du Béarn. Il reste la référence absolue de Gaston de Foix, dit Febus.

Certes Geneviève Immè (1929-2012) est une Parisienne. Elle s’installe à Pau comme enseignante, s’y plait et y restera jusqu’à sa mort. Passionnée de latin, elle écrit une bonne vingtaine de livres dans cette langue sous le nom de Geneviève Métais (nom de son premier mari).  Elle reçoit la médaille d’argent du prix Théophile Gautier, pour son voyage d’amour, Amatoria periegesis.

Le loup en slip
Paul Cauuet et Wilfrid Lupano – Le loup en slip

Wilfrid Lupano, né en 1971 à Nantes, revient s’installer à Pau où il a passé son enfance. L’auteur de Le Loup en slip est primé au festival d’Angoulême. Il fonde avec deux amis The Ink Link, association de professionnels de la BD qui accompagne d’autres associations ou institutions humanitaires, sociales ou environnementales.

La revue Reclams Spécial Pau

Bilingue gascon-français, cette revue explore des aspects moins connus de Pau, comme la triste origine de la célèbre chanson Lo bèth cèu de Pau. Connaissez-vous le quartier T comme Triangle ? Joan Breç Brana vous en rappelle sa vie bouillonnante. Très différent, Maurice Romieu vous entraine sur les pas de Jean-Baptiste Bernadotte d’Örebro en Suède à Pau.

Et, pour la partie littéraire, vous lirez des extraits de textes sur Pau ou vous découvrirez des nouvelles inédites. Jean-Luc Landi, par exemple, propose le premier chapitre d’une nouvelle enlevée comme il en a le secret, 1987-Carnavaladas a Pau-2027 / 1987-Mascarades à Pau-2027 (texte en lecture libre sur le site de l’éditeur). Enfin Domenja Lekuona a dégoté une bonne quarantaine d’associations paloises autour de la langue régionale qu’elle livre dans son Planète web paloise.

Enfin, côté illustration, le photographe Manuel Baena vous propose son regard sur les rues de la ville.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Mémoires et poésies de Jeanne d’Albret
Francis Jammes,
Villas anglaise à Pau,
Roger Grenier, 1991
Grammar & Vocabulary of the language of Bearn,
Roger Gordon Molyneux, 2002
1987-Carnavaladas a Pau-2027 (Mascarades à Pau), Jean-Luc Landi, 2019
Reclams Spécial Pau, décembre 2019




Langues romanes de France

À part l’irréductible Pays Basque, de nombreuses régions vont être latinisées. Ce latin plus ou moins commun donne naissance à des langues romanes différentes. Regardons rapidement quelques exemples d’évolution des langues d’oïl et d’oc du premier millénaire à nos jours.

La langue du vainqueur, le latin, s’impose

Les Romains envahissent nos territoires et organisent leur administration en latin. Les élites vont adopter la langue puis, petit à petit, le peuple. Avec au moins deux bémols. Il n’y avait pas plus un latin qu’il n’y a un gascon. Le peuple et les légionnaires (pas tous romains) parlaient des latins populaires plus ou moins semblables ou différents. Lisez l’excellent article de Christian Andreu sur Sapiénça. Ces latins s’implantant sur des parlers déjà existants, des substrats différents, les gens vont jargonner des latins différents.

Achille Luchaire
Achille Luchaire

Selon le philologue Achille Luchaire (1848-1908), en Novempopulanie (sud-ouest de la France) le latin s’implante sur des dialectes qui s’apparenteraient au basque, idiome ibérique.

Au cours du temps, le parler va être influencé par les différentes invasions. Par exemple, le nord de la France connaitra les invasions barbares, celtes, germaines, des peuples d’Europe centrale… le sud de la France connaitra surtout l’influence des Ibères et des Ligures, et le sud-ouest sera influencé par les Wisigoths.

Bref, pour cela et d’autres raisons, petit à petit, les différences s’accentuent. En particulier, les peuples vont privilégier l’emploi de certains mots comme celui qui permet d’exprimer son accord :
hoc (cela – c’est cela) deviendra òc dans le sud
hoc ille (cela renforcé – c’est cela même) deviendra oïl (prononcer o-il) puis oui
sic (c’est ainsi) deviendra si en Espagne ou en Italie.

Les langues romanes émergent peu à peu

Charles le Chauve reçoit le serment de son frère en langue "française"
Enluminure représentant Charles le Chauve avant 869, Psautier de Charles le Chauve, BnF

Le 14 février 842, Louis le Germanique, petit-fils de Charlemagne, prononce en langue romane son serment d’assistance à son frère Charles le Chauve (contre leur frère ainé Lothaire Ier) : Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit.

(Pour l’amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d’aujourd’hui, autant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l’équité, à condition qu’il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles.)

Dans ce texte, le plus ancien que l’on connait en français, on perçoit bien le latin et on voit qu’on est encore assez proche des parlers d’oc. Un exemple simple : Salut se dit toujours salvament en languedocien.

Les différences des langues romanes s’affirment

Centolh III, comte de Bigorre, écrit le 4 mai 1171, les fors de Bigorre : En nom de nostre senhor Dieu Iehu Crist. Coneguda causa sia a totz homes e femnes presentz e habieders, que nos, Centod, per la grace de Dieu, comter de Begorre… (Au nom de Notre Seigneur Dieu Jésus Christ. Soit chose connue à tous les hommes et femmes, présents et à venir, que nous, Centod, par la grâce de Dieu comte de Bigorre…)

À peine un peu plus tard (début XIIIe), les coutumes et péages de Sens (Bourgogne) annoncent : Ce sont les costumes et li paages de Saanz, le roi et au vilconte. Qui achate à Sanz file, et il an fait à Sanz le drap, an quel que leu que il lou vande…

Le français a bien évolué depuis Louis le Germanique ! Et les différences entre les deux familles de langue sont plus nettes. Bien sûr, on reste dans un continuum sur l’ensemble roman. On parle presque pareil que le village d’à-côté, qui parle presque pareil que le village suivant. De temps en temps, les différences sont plus fortes. Et, ainsi, en s’éloignant, la compréhension diminue. Si pour les échanges locaux, cela ne pose pas problème, cette tour de Babel complique les échanges des élites et du pouvoir.

Le continuum dialectal

Dans la vidéo ci-dessous, Romain Filstroff, un linguiste peu conventionnel vous explique ce qu’est le continuum dialectal à l’échelle européenne.

https://escolagastonfebus.com/wp-content/uploads/2020/05/continuum-dialectal-ma-langue-dans-ta-poche-3.mp4

 

Le français prend le dessus en pays d’oïl

Les trouvères utilisent et créent la langue française
Trouvères du XIIè siècle

Le grand linguiste roman Klaus Krübl apporte un éclairage essentiel. Selon son étude, la langue, au XIIe siècle, va se dé-régionaliser à l’écrit, donc chez des lettrés. Influence des scribes, des trouvères et de la Prévôté de Paris dans la rédaction des actes. Mais l’écrit n’est pas le reflet du parler. Rappelons-nous que chez nous, on écrira en français et on parlera gascon pendant longtemps.

Puis dans les grandes villes comme Paris, la présence de personnes aux dialectes différents entraine un nivèlement de la langue orale du peuple. Faut bien se faire comprendre !

Deux phénomènes qui vont contribuer à la standardisation du français. Très vite, le roi encourage cette langue plus normalisée.

Conon de Béthune (1150?-1220)

Par exemple, le trouvère de l’Artois, Conon de Béthune (1150?-1220) se fit reprendre par le couple royal pour parler picard et non français.

La roine n’a pas fait ke cortoise,
Ki me reprist, ele et ses fieux, lis rois,
Encor ne soit ma parole françoise;
Ne child ne sont bien apris ne cortois,
Si la puet on bien entendre en françois,
S’il m’ont repris se j’ai dit mot d’Artois,
Car je ne fui pas norris à Pontoise.
La reine n’a pas été courtoise,
Quand ils m’ont repris, elle et ses fils, le roi,
Certes, mon langage n’est pas le français ;
Ils ne sont pas bien appris ni courtois,
Ceux qui peuvent l’entendre en français.
Ceux qui ont blâmé mes mots d’Artois,
Car je ne fus pas élevé à Pontoise.

Le français de la cour s’étend. Il devient celui des gens socialement élevés, de l’administration et finalement de toute personne ayant une charge publique. À tel point que le chanoine Evrat, de la collégiale Saint-Étienne de Troyes, la justifie en 1192 :

Tuit li languages sunt et divers et estrange
Fors que li languages franchois:
C’est cil que deus entent anchois,
K’il le fist et bel et legier,
Sel puet l’en croistre et abregier
Mielz que toz les altres languages.
Tous les langages sont différents et étrangers
Sauf la langue française :
C’est celle que Dieu comprend le mieux,
Car il l’a faite belle et légère,
Si bien que l’on peut l’amplifier ou l’abréger
Mieux que tous les autres langages.

Le français langue des élites puis langue de tous 

Le français se propage comme langue administrative. Il va aussi dominer la littérature avec le déclin de celle d’oc. Ainsi les parlers d’oïl ne seront conservés que par le peuple pendant quelques siècles.

Pierre de Ronsard chantre de la langue française (portrait posthume ca. 1620)
Pierre de Ronsard (portrait posthume ca. 1620)

Petit à petit, le français se stabilise. On peut mesurer son évolution par exemple avec ce célèbre Sonnet à Hélène de Ronsard (1524-1585) :
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant & filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant,
Ronsard me celebroit du temps que j’estois belle.

Cependant, le français, comme toute langue vivante, évolue, s’enrichit de mots empruntés à d’autres langues, se simplifie. Quel sera le français de demain ? Entre les emprunts à l’anglais et la créativité des parlers populaires, il pourrait peut-être ressembler à cela : Bien ouéj, elle défonce grave ta creepypasta ! 

La langue écrite évolue en pays d’oc

Dans le sud de la France, l’évolution et la convergence commencent aussi par l’écrit. En effet, au moyen-âge, si le français s’impose dans l’élite des pays d’oïl sous la pression de la cour, aux mêmes moments, les régions du sud continuent à utiliser leurs langues pour l’administration. L’administration royale du Moyen-Âge parle d’ailleurs de lingua occitana par opposition à lingua gallica. Charles VI dira en 1381 qu’il règne sur les pays de linguae Occitanae quam Ouytanae (langue occitane autant que ouytane – ouytane, langue d’oïl). Bien sûr il ne s’agit pas d’une langue unique, dans le sud aussi les parlers sont divers. Et, dans cet écrit, il ne parle pas de tout le sud.

Guillaume IX d'Aquitaine
Guillaume IX d’Aquitaine

Pourtant, dans ce sud, va commencer très tôt une standardisation grâce aux troubadours qui convergeront sur une koïné, une scripta. Grâce à cette unité, la littérature du sud dépasse ses frontières.

Exemple d’un poème de Guilhem IX, comte de Poitou:
Companho, faray un vers… covinen
Et aura·i mais de foudatz no·y a de sen
Et er totz mesclatz d’alor e de joy e de joven.
Compagnons je vais composer un vers convenable / j’y mettrai plus de folie que de sagesse / et on y trouvera pêlemêle amour, joie et jeunesse (trad. Alfred Jeanroy).

Exemple d’un poème du troubadour gascon, Marcabrun :
Bel m’es quan son li fruich madur
E reverdejon li gaim,
E l’auzeill, per lo temps escur,
Baisson de lor votz lo refrim,
Tant redopton la tenebror!
J ’aime bien quand les fruits sont mûrs / Et que verdissent les regains / Quand l’oiseau, par les temps obscurs / De sa voix baisse les refrains / Il a peur de l’obscurité!

Cliquez ci-dessous pour en entendre une interprétation (chanteur non identifié)

      1. Marcabrun

Une évolution différente pour les pays d’oc

Puis vint la prise de pouvoir des Français et de l’Eglise sur les régions du sud, La littérature d’oc est étouffée avec sa scripta. Il n’y aura pas de pouvoir central jouant le rôle de Paris ou de la cour de France.

Les poésie dee Pey de Garros en langue gasconne(1567)
Poesias gasconas de Pey de Garros (1567)

En Gascogne, le béarnais de la plaine essaie une conquête. Puis, au XVIe siècle, le français administratif fait son entrée. En Gascogne, les lettrés, comme Montaigne (1533-1592) écrivent en français. Certains, comme Pey de Garros, défendent leur langue, faisant du XVIe le siècle d’or de la poésie gasconne, comme l’écrit Pierre Bec.

Jusqu’au XXe siècle, les Gascons conservent leur parler et la littérature reste vivante même si elle ne fixe pas son écriture. Qu’en sera-t-il du futur ?  Existera-t-il encore des lieux où on parle gascon ? La littérature vivra-t-elle encore ?

Anne-Pierre Darrées

NB : écrit en nouvelle orthographe

Références

Les Origines linguistiques de l’Aquitaine, Achille Luchaire, 1877
Linguisticae, Ma langue dans Ta poche #3, Romain Filstroff
Poésies de Guillaume IX, comte de Poitiers, Alfred Jeanroy, Annales du Midi 1905, p. 161-217
Coutumes et péages de Sens,
Annales de la ville de Toulouse, 1771
Histoire du français, l’ancien français IXe-XIIIe siècle,
La standardisation du français au moyen-âge, Klaus Krübl, 2013, p. 153-157




Le chant royal inspire les poètes gascons

Entre le XIVe et le XVIe siècle, un genre littéraire sera prisé, le chant royal. Très contraint, il est un sujet difficile pour les concours de poésie. Les Gascons vont pourtant s’y faire remarquer.

Le chant royal, qu’es aquò ?

Le chant royal en l'honneur de la Vierge
« Heures du maréchal de Boucicaut » – La Visitation (1405)

Il s’agit d’un poème de construction très définie. Il comprend de cinq strophes de onze vers en décasyllabes.  Les rimes sont identiques, le onzième vers, appelé refrain, devant être une rime féminine (en l’honneur de la Vierge). Les rimes du premier couplet définissent celles des couplets suivants, puisqu’elles devaient être les mêmes et dans le même ordre. Il est complété d’une sixième strophe, de cinq vers seulement, que l’on appelle un envoi. L’envoi interpelle celui à qui est adressé le poème.

Au début, ces poèmes sont des allégories qui rendent hommage au roi, à un héros, à la Vierge… puis s’élargiront à d’autres thèmes.

Ce genre est à l’honneur dans les concours de poésie un peu partout en France: Amiens, Rouen, Puys de Caen, Toulouse…

Les premiers poètes de chant royal

chant royal : Le remède de fortune
Le remède de fortune – Enluminure du Manuscrit de Guillaume de Machaut (1356)

Ce genre apparait début XIVe siècle et conquiert les différentes régions de France. Guillaume de Machaut (1300 ?-1377), le très célèbre chanoine de Reims, auteur du Jugement dou Roy de Navarre (vers 1349), sera un des premiers à l’utiliser. Ce magnifique poète et compositeur fut, entre autres, au service de Charles II de Navarre, beau-frère de Gaston Febus. Il fut aussi le précepteur d’Agnès de Navarre, future femme dudit Gaston Febus. Ce dernier aimait à se faire réciter ou chanter les vers du Champenois lors de son repas du soir.

Dans Le remède de fortune, ensemble des pièces musicales de tous genres, se trouve le chant royal Joie plaisance et douce norriture qui sera un succès.  Vous pouvez en apprécier la beauté dans cet enregistrement :

Aux Jeux Floraux, un genre à part 

Chant royal et Jeux Floraux
Tableau représentant l’Académie des Jeux floraux –  Félix Saurine (1783-1846)

Le chant royal est le seul genre que le Collège de Rhétorique (Toulouse) distingue aux Jeux floraux.  Les deux premiers poètes à recevoir un Souci pour leur chant royal sont, en 1539, Pierre Trassabot, poète et dessinateur, et Claude de Terlon, brillant orateur toulousain.

Les Gascons se feront remarquer aussitôt comme le Bordelais Jehan de Rus (églantine 1540, violette 1543) dont la bibliothèque d’Auch conserve ses poèmes. Ou le Béarnais Bernard du Poey pour son Chant royal par l’allégorie, du mistère de l’unité et trinité divine (églantine 1551).  Ce dernier, auteur des Odes du Gave, remportera deux fois encore un prix pour son chant royal Le petit monde estant encor à naistre (souci 1553) et Le tout de tous produict seul parfaict des parfaicts (violette 1560)

Mis à part Du Poey, tous ces poètes écrivent usuellement en gascon, et en français pour les concours puisque le Collège de Rhétorique n’accepte plus les textes en langue d’oc depuis 1513.  Pourtant, il sera noté la richesse et l’énergie de la langue gasconne qui peut exprimer facilement toutes les sensations, toutes les idées avec leurs nuances, même s’il paraît dur parce qu’on y prononce rigoureusement toutes les lettres.

On ne peut énumérer tous les Jean Trébos (églantine 1606),  Arnaud Maignon (souci 1607), Sébastien de Page ou de Pago (violette 1611) ou Pierre Rouziès (églantine 1635).  Trois méritent une attention particulière : Bertrand de Larade (églantine 1610), Dominique Dugay (églantine 1643) et Antoine Anselme de L’Isle en Jourdain (violette 1670 et églantine 1675)

Bertrand Larade

Chant Royal - B Larade - la Margalide Gascoue (1604)
B Larade – la Margalide Gascoue (1604)

Bertrand Larade est né en 1581 à Montréjeau. Suite à la disparition de ses parents très jeune, il aurait été recueilli par son oncle maternel, Jean Dupuy, magistrat à Trie-sur-Baïse et auteur du premier écrit en français sur les Pyrénées.

On retrouva ses écrits principalement au surprenant château de Valmirande, à côté de Montréjeau, et à la bibliothèque municipale de Rouen.

Larade écrit d’abord La Margalide Gascoue (1604), qui comprend 93 très beaux sonnets à la mode de Ronsard. Pendant ses études à Toulouse, il se lie avec Pèire Godolin qu’il va inciter à utiliser sa langue dans son expression littéraire. Ce dernier écrira un hommage, Odo a M. Larade, qui sera publié en entête de La muse gascoune.

Les productions du Commingeois seront ensuite plus variées. On récompensera son talent en 1610 aux Jeux floraux pour un chant royal qu’il rédige, une fois n’est pas coutume, en français : L’estre qui ne despent d’autre que de soy mesme.

Larade et le chant royal sur la Vierge

Larade en publiera huit en gascon dont le chant royal à la Vierge. Il la peint comme la fleur sur toutes fleurs. La première strophe, extraite de Le siècle d’or de la poésie gasconne, par Pierre Bec, montre la structure choisie (graphie classique et traduction de Pierre Bec).

Lo vertorós soldat au son de la trompeta
Ei tot huec dens lo còr d’un desir de combat,
Jo, dens lo camp de hlors armat de ma museta,
Voi èste sante (?) jorn, aqueth jorn esprauvat
Per un doble desir : aus bons còps voi parèisher
E getat contra-baish, alensús mes hòrt crèisher,
Picat, dercós, gelós, asardós, poderós,
Asardós, poderós, verturós amorós,
De la perlosa hlor que jo èi tant cantada
E la cantant serèi a jamès benurós,
La hlor sus totas hlors de tres colors pintada 

Le valeureux soldat au son de la trompette
Est tout feu dans son cœur du désir de combattre,
Moi, dans le champ de fleurs, armé de ma musette,
Je veux être en ce jour, ce saint jour, éprouvé,
Par un double désir : aux coups je veux paraitre
Et contre-bas jeté, au-dessus me grandir,
Piqué, triste, jaloux, téméraire, puissant,
Téméraire, puissant,  amoureux valeureux
De cette perle fleur  que j’ai longtemps chantée
Et ce chant à jamais me rendra bienheureux,
La fleur sur toutes fleurs peinte de trois couleurs

Dominique Dugay et le chant royal en gascon

Dominique Dugay et le chant royal
Le Triomphe de l’Eglantine de Dominique Dugay (1693)

Dominique Dugay est né à Lavardens, dans le Gers ; il suit des études de médecine à Toulouse. Il démontrera son attachement à la langue gasconne en publiant divers textes. On les récitera lors des concours des Jeux Floraux en « version originale ». Bien sûr, ces textes ne concourent pas aux prix mais ils sont goûtés de l’assistance, comme le Perpaus d’un Filosofo amourous d’yo Damaysello de Gimount en Gascouigno au subjét d’un sounge / Perpaus d’un filosòf amorós d’ua Damaisela de Gimont en Gasconha au subjècte d’un songe / Propos d’un philosophe amoureux d’une Demoiselle de Gimont en Gascogne au sujet d’un songe.

Dugay publie aussi les félicitations qu’il a reçues lors de son prix pour son chant royal en 1643. 19 félicitations écrites en français, en gascon ou en languedocien, et provenant d’hommes et de femmes. Citons par exemple celle de M. de Lucas, conseiller au Parlement :

Ô que ta muse est admirable
À voir tes vers, on diroit qu’Apollon,
(N’en déplaise à la Fable)
Est un véritable Gascon.

Père Antoine Anselme

Chant Royal - Portrait de l'abbé Anselme, par Hyacinthe Rigaud, 1719
Portrait de l’abbé Anselme, par Hyacinthe Rigaud (1719)

Antoine Anselme naît à L’Isle en Jourdain en 1652. Il deviendra un abbé réputé jusqu’à Paris pour ses sermons, ses oraisons funèbres, ses panégyriques et même ses mémoires scientifiques. On le surnomme d’ailleurs le petit prophète.

Il est tellement éloquent qu’on le propose pour succéder à Fléchier, évêque de Nîmes, considéré alors comme le meilleur évêque orateur. Cela ne se fera pas et il suivra à la capitale le marquis de Montespan pour être le précepteur de son fils.

L’Académie Française lui propose d’écrire l’éloge panégyrique de Saint Louis. Cet éloge, lu dans toutes les paroisses de Paris,  lui vaut de prêcher à la Cour. Son succès est tel qu’il faut le retenir jusqu’à quatre ou cinq ans avant. Madame de Sévigné remarqua son intelligence, son éloquence, sa dévotion et même son charme ; elle écrit dans une lettre, le 8 avril 1689 : Il n’y a guère de prédicateur que je crois devoir lui préférer.

Les Mémoires de l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres (Petite Académie fondée par Colbert) reprennent certaines de ses dissertations. Et les Jeux Floraux reconnaitront par deux fois ses chants royaux.

Il meurt à Saint-Sever, cap de Gascogne, en 1758.

Anne-Pierre Darrées

Références

Guillaume de Machaud, le remède Fortune au carrefour d’un art nouveau, Margaret Switten, 1989
Histoire critique des Jeux floraux depuis leur origine jusqu’à leur transformation en académie (1323-1694), François de Gélis, 1981
La leçon de Nérac, Du Bartas et les poètes occitans (1550-1650), Philippe Gardy
Le triomphe de l’églantine, avec les pièces gasconnes qui ont été récitées dans l’Académie des Jeux Floraux les années précédentes, Dominique Dugay, 1693
Le siècle d’or de la poésie gasconne, Pierre Bec, 1997




Noël aujourd’hui en Gascogne

À l’approche de Noël,  au coin du feu ou sur la terrasse, peut-être est-ce un bon moment pour lire – ou offrir – des livres tendres qui rappellent notre humanité. L’amour, l’enfance sont à l’honneur en ces temps sacrés. Deux écrivains contemporains nous livrent leur inspiration.

Le temps de Noël

L'Abbé Honoré Dambielle dit les dictons de Noël
Honoré Dambielle

Noël en Gascogne, c’est souvent un temps doux et ensoleillé. D’ailleurs les proverbes nous le rappellent. Honoré Dambielle rapporte dans ses proverbes des douze mois de l’année :

Se decembre i trop bèt,
Entà la noubèlo annado machant éfet.

Se decembre ei tròp bèth,
Entà la novèla annada maishant efèt.

Si décembre est trop beau,
Pour la nouvelle année mauvais présage.

Se a Nadau las mouscailhous,
A Pascos i aura glaçous.

Se a Nadau las moscalhons,
A Pascas i aurà glaçons.

Si à Noël il y a des moucherons,
À Pâques il y aura des glaçons.

Noël ou Paques

En Vath d’Aran, en plein cœur des Pyrénées, on prévient de même Eth que a Nadau espartenheja, a Pascas esclopeja. (Celui qui à Noël porte des espadrilles, à Pâques porte des sabots).

 

Et Noël, c’est aussi un temps que l’on donne à sa famille. Un moment, plus qu’un autre encore, pour partager des beaux contes. Hier centrés sur la naissance de Jésus, ils restent aujourd’hui plein de tendresse et d’humanité.

Albert Peyroutet imagine deux textes de noël

Albert Peyroutet dit des contes de Noël
Albert Peyroutet

Albert Peyroutet (1931-2009) est un Béarnais qui a vécu aux États-Unis et dans son pays. Ses nouvelles bilingues gascon français, dont Miratges, 1996, parlent de ces civilisations si différentes. Dans ce recueil, l’auteur propose deux textes, deux histoires tendres pour Noël.

Nadau

Nadau raconte un soir de Noël exceptionnel que va vivre un vieux monsieur oublié, un vieux monsieur qui a servi toute sa vie, un vieux monsieur qui n’est plus utile à personne. Ce pourrait être un conte. Mais le style utilisé par l’auteur est simplement narratif. Ce soir de Noël exceptionnel, le vieux monsieur pourra aider quelqu’un, et il est content :

Isidòr que’s hiquè au lheit. Abans d’estupar la lutz, qu’espiè ad arron aquera crampa curta e miserabla. Que sospirè longadament. Jamei n’èra estat tant urós desempuish aqueth dia de Nadau deu temps qui èra mainadòt, quan lo petit Jesus e l’avè portat ua iranja e un esclòp de chocolat.

Isidore se coucha. Avant d’éteindre sa lanterne, il promena son regard sur cette pièce nue et misérable. Puis il soupira. Il n’avait jamais été aussi heureux depuis ce Noël merveilleux de son enfance où le Petit-Jésus lui avait apporté une orange et un sabot en chocolat.

Le vieil homme et Noël

Lo gatòt

Le second texte de Peyroutet, Lo gatòt, a un tout autre ton, plus vif, tout en gardant sensibilité et tendresse. Il s’agit d’un chaton gris, abandonné que veut récupérer la petite Nadette. Le père n’en veut pas, ils ont déjà un chien. Une situation banale que bien des familles connaissent. Pourtant, peu à peu, ce père va se laisser conquérir. Hélas, la bête meurt la veille de Noël et le père ne peut s’empêcher de sangloter. Alors la fillette le réconforte :

— Ne plores pas, Papà, n’èra pas entà víver… Qu’as hèit tot çò qui podès. Qu’at sabí, n’ès pas tan maishant com at vòs har véder…
Qu’èran cinc òras deu matin, lo dia abans Nadau. Que sortii tà davant la pòrta tà espiar quin temps e hasè, e que vedoi qu’avè nevat.

Ne pleure pas Papa, elle n’était pas faite pour vivre… Tu as fait ce que tu as pu. Je savais bien que tu n’es pas aussi méchant que tu veux le paraître.
Il était cinq heures du matin. Demain ce serait Noël. Je sortis sur le pas de la porte pour regarder le temps qu’il faisait et je vis qu’il avait neigé.

La petie fille dont le chat meurt à Noël

Didier Tousis propose une lettre au Père Noël

Didier Tousis envoie une lettre au Père Noël
Didier Tousis

Pregàrias, Didier Tousis, 2012

Dans ce recueil de poésie, bilingue gascon français, le chanteur et poète landais, glisse un joli texte, Letra au Pair Nadau

 

 

Qu’èi escriut au pair Nadau
entà’u demandar lo ton còr
s’a passat los dits a la barba
qu’a pareishut plan emborlat
J’ai écrit au Père Noël
pour lui demander ton cœur
il a passé ses doigts dans sa barbe
il a paru bien embêté
Que soi estat brave, que soi demorat
que t’èi pregat tots los matins
e tots los sers a l’escurada
que t’èi mandat beròjas pensadas
J’ai été gentil, j’ai été sage
je t’ai prié tous les matins
et tous les soirs au crépuscule
je t’ai envoyé de belles pensées
Que t’èi cuelhut flòcs de la lana
trempats d’arrós de treishaguèr
e qu’èi semiat a patracadas
plojas d’amor e grans d’espèr
Je t’ai cueilli des bouquets de la lande
trempés de rosée de chagrin
et j’ai semé des multitudes
de pluies d’amours et grains d’espoir
Qu’èi bohilhat lo cèu, la tèrra
en cèrcas de quauque present
tà plenhar lo Carriòt d’estelas
lo qu’esbelugueja tostemps
J’ai retourné le ciel, la terre
à la recherche d’un cadeau
pour remplir le Chariot d’étoiles
celui qui étincelle toujours
Crei pas en Diu, Cohet ni hada
totun que vei lo pair Nadau
qui arromega deus la soa barba
e s’amaneja cap a l’ostau
Je crois pas en Dieu, Diable ni fée
pourtant je vois le père Noël
qui ronchonne dans sa barbe
et se presse vers la maison

Décembre le mois mort

Et, cette année, il se pourrait que l’on puisse lire ces nouvelles et ces poésies, non seulement pendant le mois mort comme disaient nos ancêtres mais toute l’année qui vient. Car les anciens nous le rappellent :

Froid de NoëlQuand l’aigo sort au més mort,
Toutes les mèsés de l’an sort.

Quan l’aiga sòrt au mes mòrt,
Totes los meses de l’an sòrt.

Quand l’eau sort au mois mort,
Tous les mois de l’année elle sort.




Guillaume Saluste du Bartas, le prince des poètes

Grand poète gascon, amoureux de sa terre, Guilhèm Salusti deu Bartas, ou Guillaume Saluste du Bartas en français, c’est la beauté lyrique, la spiritualité, la communion avec la Nature.  Et c’est aussi l’érudition, la tolérance, l’ouverture au monde et aux autres civilisations. Un immense Gascon de renom.

La vie de Saluste du Bartas

Guillaume Saluste du BartasÀ Montfort, en Fesansaguet, Francesc de Salustre, ayant charge de trésorier de France,  et Bertrande de Broqueville sont des commerçants aisés. En 1544, ils ont un fils, Guilhem. Celui-ci suit de solides études à Bordeaux, au collège de Guyenne, puis des études de droit à Toulouse. Là, il découvre le calvinisme et y adhère.

En 1565, son père, Francesc, achète à l’évêque de Lombez le château du Bartas. À sa mort, Guilhèm en prendra le nom et s’appellera Saluste (le r est perdu !) sieur du Bartas. Dès 1567, le jeune homme s’installe dans ses domaines en Gascogne que son ami, Pierre de Brach, décrira dans Le Voyage en Gascogne. Et, malgré son peu de goût pour la violence, il participera aux guerres de religions.

Henri III de Navarre protecteur de BartasGuilhèm parle plusieurs langues, hébreu, latin, grec, français, gascon, anglais, allemand et peut-être d’autres encore selon Georges Pelissier. Habile négociateur, il réalise des missions diplomatiques pour le compte d’Henri de Navarre, en particulier auprès de Jacques VI d’Ecosse. Ce dernier exprime son grand contentement de la compagnie du poète. D’ailleurs le futur roi d’Angleterre et d’Irlande traduit un des poèmes du Gascon.

Bartas se marie en 1570 avec Catherine de Manas, fille du seigneur d’Homs, avec qui il a quatre filles : Anne de Saluste, Jeanne, Isabeau et Marie.

En 1576, il est nommé écuyer tranchant du roi de Navarre. Profitant de sa position, il protégera le poète languedocien Auger Galhard (1540-1593), dit Lou roudié de Rabastens, huguenot lui aussi, et sans ressource.

Dès 1587, Bartas est malade. Il meurt trois ans après à Mauvezin (Gers), en 1590.

Bartas,  un Gascon simple

La Gimone à Larrezet

Saluste du Bartas est décrit comme un homme simple, modeste, sincère, tolérant, avec un profond sens du devoir. Il est un travailleur sérieux et constant. Son testament montre sa générosité et son attention à ses valets et aux pauvres. Par-dessus tout, Bartas aime la solitude et son pays. Il ne va pas chercher les honneurs à la cour parisienne.

 

Puissé-ie, Ô Tout-Puissant, inconnu des grands Rois,
Mes solitaires ans achever dans les bois !
Mon estang soit ma mer, mon bosquet, mon Ardene,
La Gimone mon Nil, le Sarrapin ma Seine,

Mes chantres & mes luths, les mignards oiselets ;
Mon cher Bartas, mon Louvre, et ma cour, mes valets…
(La sepmaine, fin du 3e jour, p.99 et 100)

L’œuvre

Jeanne d'Albret commande des oeuvres à Bartas
Jeanne d’Albret

En 1565, du Bartas remporte la Violette aux Jeux Floraux de Toulouse avec un Chant Royal – type de poème très contraint – Le prophète englouty au sein de la balayne. Il publie en 1574 La Muse Chrestienne, qui contient La Judit, une grande œuvre épique commandée par Jeanne d’Albret, Le Triomfe de la Foy, l’Uranie ou muse céleste et quelques sonnets. Bartas devra se défendre de pousser à la révolte contre les souverains dans sa Judit.

En 1576, il publie un (premier ?) sonnet amoureux en gascon, Ha ! chaton mauhazéc ! (Ah ! Enfant malicieux !) Et, en 1578, Bartas publie La sepmaine. Ce fut un succès incroyable dans toute l’Europe. Traduit dans une dizaine de langues, réédité 30 fois en 6 ans. Bien sûr, l’œuvre fut critiquée par certains comme le cardinal du Perron ou Charles Sorel, d’autant plus qu’elle provenait d’un huguenot et bousculait les usages de l’époque.

Suivront l’Hymne de la Paix (qui loue la paix de Fleix), Les Neuf Muses Pirenées, la Seconde semaine ou Enfance du monde en 1584 (inachevé), Le dictionnaire des rimes françoises, L’hymne de la paix, etc.

Toute son œuvre démontre une maîtrise du lyrisme, de la poésie et un talent extraordinaire. D’ailleurs, Du Bartas est considéré comme le poète le plus important après Ronsard. D’autres considèrent qu’il a détrôné ce dernier avec La Sepmaine. Jean de Sponde (1557-1595) écrit qu’il égale Homère. D’ailleurs, sa renommée est telle qu’il influence de grands poètes comme l’Anglais John Milton (1608-1674),  le Hollandais Joost van den Vondel (1587-1679) et l’Italien Torquato Tasso, dit Le Tasse (1544-1595), ou encore la première poétesse américaine Anne Bradstreet (1612-1672).

La sepmaine, chef d’œuvre de Guilhèm du Bartas

Bartas - La Septmaine ou Création du Monde
Bartas – La Sepmaine ou Création du Monde (1578) – exemplaire Gallica

Bartas y développe et illustre en 6494 vers, chacun des 7 jours de la création du monde par Dieu. D’une écriture fluide, en alexandrins à rimes plates, le texte, quoique inspiré de la Genèse, montre une grande liberté. Car son érudition est telle qu’il introduit dans son texte le savoir et les connaissances scientifiques de la Renaissance.

Peut-être la beauté de son œuvre est liée à la force, la simplicité des évocations, à sa connaissance profonde de la terre, des animaux, de la nature. C’est un foisonnement d’images. Par exemple, son hymne à la Terre débute par.

… Je te salue, ô Terre, ô Terre porte-grains,
Porte-or, porte-santé, porte-habits, porte-humains,
Porte-fruicts, porte-tours, alme, belle, immobile,
Patiente, diverse, odorante, fertile,
Vestue d’un manteau tout damassé de fleurs
Passementé de flots, bigarré de couleurs.

On pourrait même dire que c’est un foisonnement d’images tout gascon. Tout a l’humeur gasconne en un auteur gascon, dira Boileau (1636-1711). Bartas cite d’ailleurs son pays (III jour de la sepmaine):

Or come ma Gascogne heureusement abonde
En soldats, blés & vins, plus qu’autre part du Monde

La Sepmaine devient l’étendard des calvinistes, mais le Prince des Poètes refuse le clivage. Il n’est pas le poète officiel des huguenots, il est un poète universel.

Du Bartas écrit en gascon

Très attaché à son pays, du Bartas écrit aussi en gascon. En 1578, il écrit Poème dressé pour l’accueil de la Reine de Nauarre, faisant son entrée à Nérac. Dans lequel trois muses se disputent l’honneur d’accueillir la reine. Une muse latine, une muse française et une muse gasconne. Chacune parle dans sa langue. La gasconne l’emporte, étant plus éloquente et plus combative.

Leichem esta la force oun mès on s’arrasoue,
Mès on be que iou è drèt de parla d’auant bous.
Iou soun Nimphe Gascoue: ere es are Gascoue:
Soun marit es Gascoun e sous sutgets Gascous.
Leishem estar la fòrça on mes òm s’arrasoa
Mes òm vè que jo èi dret de parlar d’avant vos.
Jo soi Nimfa Gascoa: era es ara Gascoa:
Son marit es Gascon e sons subjècts Gascons.

Laissons là cette force où plus on se raisonne
Plus on voit que j’ai droit de parler avant vous.
Je suis Nymphe Gasconne : elle est ores Gasconne :
Son mari est Gascon et ses sujets Gascons.

Poème adressé par G. de Saluste Sieur Du Bartas pour l'accueil de la Reine de Nauarre faisant son entrée à Nerac - 1579 (extrait)
Poème adressé par G. de Saluste Sieur Du Bartas pour l’accueil de la Reine de Nauarre faisant son entrée à Nerac – 1579 (extrait)

On peut en faire une lecture politique – l’Église, la France et la Gascogne se disputent. Ou y peut voir un rêve sur les relations de l’Homme avec l’Histoire, la Nature et Dieu. Car, Du Bartas, c’est toujours la beauté d’une poésie tournée vers la spiritualité.

Le souvenir de Du Bartas

Gabriel de Lerm écrit en 1589 : Les pilastres et frontispices des boutiques allemandes, polaques et espagnoles se sont enorgueillis de son nom joint à ces divins héros : Platon, Homère, Virgile.

Johann Wolfang von Goethe aima Du Bartas
Johann Wolfang von Goethe

N’est-ce pas une évidence ? Du Bartas mérite largement d’être dans le bagage de connaissances de tout Gascon et de tout Français. Et c’est le grand Johann Wolfang von Goethe (1749-1832) qui nous le rappelle. Les Français ont un poète, Du Bartas, qu’ils ne nomment plus ou nomment avec dédain… Pourtant tout auteur français devrait porter dans ses armes, sous un symbole quelconque, comme l’Électeur de Mayence porte la roue, les sept chants de la Semaine de Du Bartas.

Le 13 août 1890, le Félibrige et la Cigale érigent un buste de Saluste du Bartas à Auch, représentant un austère protestant. L‘abbé Sarran, admirateur du poète, déclara qu’on ne vit jamais à Auch le buste rire.

Arthur Honegger (1892-1955) composa un cycle de six mélodies appelé Saluste du Bartas qui comprend Le château du Bartas (n° 1), Tout le long de la Baïse (n° 2), Le départ (n° 3), La promenade (n° 4), Nérac en fête (n° 5) et Duo (n° 6)

Anne-Pierre Darrées

Références

Poésies, Saluste du Bartas
La vie et les oeuvres de du Bartas, Georges Pellissier, 1883
La sepmaine ou la création du monde, Saluste du Bartas
Poème dressé pour l’accueil de la Reine de Nauarre, faisant son entrée à Nérac, Saluste du Bartas
Du Bartas à Nérac,
Salluste du Bartas un poète gascon, Association Tachoires-en-Astarac
Bulletin historique et littéraire, chronique inauguration du buste de Du Bartas à Auch, 1890, p.500
Du Bartas, humaniste et encyclopédiste dévot, Jean Daens, 1958




Librairies, rayon littérature gasconne

La littérature en gascon est un art ancien et vivant qui mérite d’être soutenu, valorisé. Des écrivains contemporains proposent des ouvrages de valeur. Dans quelles librairies peut-on les trouver ? Qu’écrivent-ils ? Quelques suggestions pour dénicher de beaux cadeaux de Noël, comme Manipòlis de Jean-Luc Landi.

Les librairies, lieux naturel de vente des livres

Qu’il s’agisse de librairie numérique ou physique, c’est bien là que l’on va chercher les livres. Pour acheter un ouvrage précis, les sites Internet permettent son achat rapide. Des livres en gascon y sont. Par exemple Lalibrairie.com, la librairie en ligne qui défend les libraires indépendants, propose l’étonnante Grammaire gasconne Glossaire gascon-languedocien de Gabriel Roques, dont la première sortie fut en 1913. Et il y a eu 22 rééditions !

Librairies sur Internet -Edicions Reclams
Edicions Reclams

L’incontournable Amazon propose Isabèu de la Valea, d’Éric Gonzalès, recueil de nouvelles dont nous avons déjà parlé. Etc.

Les maisons d’édition gasconnes, Per Noste Edicions et Edicions Reclams ont leur propre site où elles proposent une vente en direct de leurs productions.

Les librairies de proximité

Pierre Bec en librairies gsconnes
Pierre Bec en vente à la librairie Vanin – Saint-Gaudens ( 31)

Un livre, c’est aussi une rencontre, un parfum, un toucher. Si vous voulez prendre le temps de regarder les livres, d’en discuter avec le libraire, de vous faire conseiller, ou encore d’écouter des lectures, de rencontrer des auteurs, personne ne remplace le libraire de votre ville. Et plusieurs d’entre eux choisissent avec soin des bouquins qui parlent de la région, des randonnées, des lieux, des personnages. Ceux-là ont souvent un rayon de littérature en gascon.

Par exemple, la librairie Vanin, à Saint-Gaudens, propose des œuvres de Pierre Bec (1921-2014), grand romaniste, parlant plusieurs langues, et qui passa son enfance à Cazères-sur-Garonne. Son Anthologie des troubadours est une référence. Pierre Bec en gascon c’est une écriture fluide, de bonne qualité. Son Racontes d’ua mòrt tranquilla, qui met en scène des personnages et des situations totalement différentes dans sept nouvelles, a un succès qui ne se dément pas.

Des librairies nouvelles qui ont de l’audace

Arreau et sa librairie toute nouvelle
Découvrez le Vagabond Immobile – 44 Grand Rue à Arreau (65)

Arreau est un petit village de 757 habitants. Témoin d’un passé lointain, son nom viendrait de la langue locale pré-romane harr– (harri = pierre en basque). Village qui mérite de s’arrêter pour sa Maison des fleurs de lys, sa commanderie, le château de Camou, et sa volerie, Les Aigles d’Aure tenue par des experts passionnés, la famille Alberny.

Et c’est aussi l’occasion de rencontrer Alain Pouleau, le nouveau libraire qui vient d’ouvrir la librairie Le vagabond immobile. Ancien journaliste, amoureux des livres, il a quitté les Alpes pour revenir vers son pays d’origine, la Gascogne. Il choisit avec attention des livres superbes, comme Sommets des Pyrénées de François Laurens, guide de haute montagne et photographe, originaire de la vallée de Luchon.

Jean-Louis Lavit

Et il expose un rayon de livres en gascon comme l’étonnant Blind date de l’auteur bigourdan bien connu, Jean-Louis Lavit. Vous y dénicherez des livres bilingues sur les Pyrénées tels Sorrom Borrom ou le rêve du Gave de Sèrgi Javaloyès, ou encore l’épopée quasi mystique Roncesvals (Roncevaux) de Bernart Manciet.

Le Moment librairie

Le Moment Librairie à Salies de Béarn
Le Moment Librairie 3 Place du Bayaà à Salies de Béarn

De même, Le Moment Librairie a ouvert le 15 avril 2019 à Salies du Béarn. C’est une librairie indépendante, la seule en Béarn-des-Gaves ! Laure Baud qui vient du monde de la bande dessinée, et Olivier Argot, ancien bibliothécaire, cherchent à y promouvoir le livre et la création littéraire.

Les deux associés souhaitent faire de leur librairie un espace de rencontres et d’échanges, un lieu vivant, acteur de la vie culturelle.

Les librairies de référence

Librairies - La Tuta d'Oc
La Tuta d’Òc – 11 rue Malcousinat – Toulouse (31)

On trouve un livre en gascon dans toute bonne librairie, pourrait-on dire.

Les très grandes comme Occitania (plus de 30 ans de mise à disposition de littérature en langue d’oc), Ombres Blanches et La Tuta d’òc à Toulouse, Mollat ou La machine à lire à Bordeaux en sont des témoignages.

 

 

La librairie Le Vent des Mots à Lannemezan (65)
La librairie Le Vent des Mots à Lannemezan (65)

Le Vent des mots à Lannemezan ou L’Escapade à Oloron Sainte-Marie sont des références connues des lecteurs. Ils ont leur rayon gascon.

Plus récemment, l’Espace Culturel de Leclerc s’intéresse à l’édition en gascon. Celui de Tarbes, celui d’Oloron Sainte-Marie ont fait une timide place à notre littérature. Cela devrait s’accentuer.

La diversité de l’offre

La littérature gasconne est diversifiée. De nombreux genres sont présents, roman que ce soit fiction, science-fiction ou roman policier,  nouvelle, conte, poésie, épopée, théâtre, essai…

Eric Carle – La gatamina qui … (Per Noste)

Per Noste par exemple a une belle offre de littérature pour enfants. La gatamina qui avè hèra de hami, traduction de The very hungry caterpillar de l’Américain Eric Carle, est une splendeur. Plus récemment de jeunes auteures, Matilda Hiere-Susbielles (bien connue des lecteurs de l’Arraton deu castèth) et Belina Cossou ont publié onze contes regroupés dans Lo horvari de las hadas.

Bernat MancieLibrairies gasconnes - Roncesvals (Reclams)
Bernat Manciet – Roncesvals (Reclams)

Les grands auteurs classiques sont édités, réédités, numérisés. La bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus fait un travail de fond en ce sens, avec l’aide du CIRDOC. Les deux géants Michel Camélat et Bernard Manciet sont sur les étagères des Edicions Reclams.

Et, heureusement, de nouveaux auteurs ont pris le relais. Des auteurs à découvrir ou à relire. Des auteurs qui continuent à donner éclat à la littérature en gascon.

Conseil de Noël : Manipòlis de Jean-Luc Landi

Jean-Luc Landi

Pourquoi ce livre ? Parce qu’il contient toute la verve gasconne, qu’il parle de trois agressions et qu’il est très actuel. En effet, l’auteur, Jean-Luc Landi, nous offre trois nouvelles complètement différentes et joliment écrites. La première, Volusian Glandàs lo caçaire, àlias Doble-bang, raconte une chasse au sanglier dans le Vic Bilh :

— Hòu, Polinari !… 
Bang ! Bang ! Lo tarrible brut que’u pleè lo cap, un gost de trip mau cueit que’u colava dens la ganurra.
— Vedes pas ? Que soi jo ! 

— Hé, Poulinari !…
Bang ! Bang ! Le terrible bruit lui résonna dans la tête, un goût de boudin mal cuit lui coula dans le gosier.
— Tu vois pas ? C’est moi !

Librairies gasconnes - Jean-Luc Landi - Manipolis (Reclams)
J-Luc Landi – Manipolis (Reclams)

La deuxième nouvelle, Actes deu collòqui : la manipulacion, raconte un colloque fictif d’occitanistes et débute ainsi : Se soi a escríver çò que legetz, que’n poderatz concludir que la hèita s’acaba pro plan tà jo. [Si je suis à écrire ce que vous lisez, vous pourrez en conclure que l’événement s’est assez bien terminé pour moi.] Car, un colloque ainsi n’est jamais de tout repos ! Et, cette fois-ci, c’est pire encore. Lo Loló qu’èra penut per la cravata a un braç deu dequerò. Los pès a un mètre au dessús deu sòu. La soa cara congestionada ne deishava pas nat espèr. [Loulou était pendu par la cravate à un bras du bonhomme. Les pieds à un mètre au-dessus du sol. Son visage congestionné ne laissait aucun espoir.]

Dépaysement complet pour la troisième nouvelle, Arrais d’Islàndia, puisque Jean-Luc Landi nous entraîne en Islande. Après une première impression d’hostilité du paysage, l’auteur nous dévoile les beautés d’un pays et d’un peuple. Et on se surprend à se laisser emporter par la magie du pòple esconut (peuple caché), comme on lirait un carnet de voyage de Jules Verne…

Anne-Pierre Darrées




Antoine de Nervèze ou le bien parler à la cour d’Henri IV

Les Gascons savent parler, l’histoire le confirme. Certains furent remarqués dans toute la France et au-delà. Ainsi, Antoine de Nervèze, aujourd’hui oublié, fut surnommé le roi des orateurs.  Dans la série Gascons de renom, avec Sans Mitarra, Jacques LacommeAlexis PeyretMarcel AmontIgnace-Gaston PardiesAndré DaguinJean LabordeJoseph du Chesne.

Antoine de Nervèze

Melchior de Prez protecteur de Nervèze
Melchior des Prez-Montpezat

La vie de ce poète nous est mal connue. Jean-Paul Barbier-Mueller, un Genevois, a rassemblé quelques éléments biographiques dans son article publié dans Seizième siècle.

Par recoupement, on peut penser que le poète serait né avant 1559 du cousté du midy, vers les monts Pyrénées, comme il l’écrit lui-même. Son père est mort alors qu’il était encore jeune et il fut probablement envoyé chez des amis ou parents à Poitiers. Il s’attira les sympathies de Melchior des Prez-Montpezat, gouverneur et sénéchal du Poitou. Puis de son fils, Emmanuel-Philibert, le futur marquis de Villars. Il l’évoque dans ces vers :
Villars auprès de qui mes plus jeunes années
Ont doucement suivi le cours des destinées

Nervère devient le secrétaire du Prince de Condé
Henri II, prince de Condé

Adulte, il devient secrétaire d’Henri II de Bourbon, prince de Condé jusqu’à 1606-1607. Ensuite, il passe au service d’Henri IV de France, jusqu’à son assassinat en 1610.

Or, dès 1600, le roi avait autorisé Marguerite de Valois à revenir à Paris. Elle tient un salon fameux dans son hôtel, quai Malaquais.

L’hôtel de Marguerite de Valois à Paris

Son ex-mari le roi, la deuxième épouse Marie de Médicis et le futur Louis XIII sont des visiteurs fréquents.

Nervèze y vient souvent et devient vite la référence en matière de bon langage. On parlera d’ailleurs du « style Nervèze ».

Nervèze meurt en 1622.

L’oeuvre de Nervèze

Dès jeune homme, Nervèze écrit. En 1597, il transmet au libraire parisien, Antoine du Breuil, le privilège royal d’imprimer ou faire imprimer toutes ses œuvres. Autrement dit, l’exclusivité. Bonne affaire pour l’imprimeur car l’auteur est prolifique et vite célèbre !

Admirateur de Ronsard, Nervèze est l’auteur d’une douzaine de romans, de très nombreuses œuvres poétiques et autres. Ses premiers livres content des amours tragiques. Ils seront plus teintés de chevalerie par la suite. Comme cette réécriture d’une histoire tirée de l’épopée italienne Orlando furioso (Roland furieux) de L’ Arioste (1474-1533).

Nervèze et le roman sentimental

Gravure tirée des Amours de Clorinde (Amours diverses – 1617 – BNF)

Nervèze est le père, sinon le meilleur représentant du roman sentimental, qui sera de mode à cette époque. Adrienne Petit précise : Le roman sentimental se caractérise par une langue, rhétorique et fleurie, passée à la postérité sous le nom de « style Nervèze », du nom du maître du genre, Antoine de Nervèze. Cette prose à la syntaxe sinueuse, qui fait foisonner les discours oratoires – déplorations comme harangues – et les figures de style, est au service de l’expression des mouvements de l’âme et du movere [Utiliser l’émotion pour guider les conduites humaines].

On peut apprécier l’auteur dans cet extrait des Amours de Palmélie, destiné à susciter l’émotion chez le lecteur  :

« En quel gouffre de miseres me voy-je precipitee ? Quel sanguinaire destin qui (moissonnant les plus agreables fleurs de mon espoir) ne laisse en leur place que des cruelles épines ? De quoy me sert ceste vie, puis qu’elle est stérile de plaisirs, & ne sert que de matiere aux infortunes ? Qu’elle fatalité (avide de mon sang) m’y faict voir à regret le Soleil ? O mort ! qui n’est redoutable qu’à ceux qui sont contents, ne viendras tu point au secours de ceste Demoiselle, que la douleur & son desir t’ont vouée ? viens à moy, doux refuge de mes malheurs & ne me refuse point ta secourable rigueur que je reclame avec passion & attents avec impatience. C’est la raison que je meure, Amour, tu le veux bien, puis que tu m’as appris à vivre miserable. »

Le Nervèze moraliste

Cartas morales de Nevèze traduit en espagnol
Cartas Morales y Consolatorias del Senor de Narveza. Traduzidas en lengua Castellana por Madama Francisca de Passier y por por Cesar Oudin, Secretario Interprete de su Magestad Christianissima (Henri IV).

Nervèze publie aussi des ouvrages de philosophie morale. D’ailleurs cette philosophie à la fois morale et religieuse est présente dans tous ses livres, même ses romans d’amour. Son premier roman en témoigne, Les chastes et infortunées amours du baron de l’Espine et de Lucrèce de La Prade. Dans ce roman, Lucrèce, après la mort de son amant, s’interroge sur le meilleur choix pour elle. Et elle va s’interdire le suicide.

En fait, on retrouve là une dénonciation indirecte des mœurs de la Cour, non par la critique mais par l’exemple de hauts sentiments.

La religion est un cadre d’action

Gravure tirée des Amours de Clorinde (Amours diverses – 1617 – BNF)

Bruno Méniel a étudié le rôle de la religion dans l’oeuvre romanesque de Nervèze : Les protagonistes butent inéluctablement contre une de ces questions. Est-il loisible de s’opposer à ce qu’un père décide pour vous ? Doit-on accepter un mariage arrangé ? Le suicide offre-t-il une issue ? Faut-il choisir la vie conjugale ou la clôture ? Or les réponses à apporter à ces questions dépendent de la représentation que l’individu se fait de sa position dans le monde, de son rapport à autrui et à Dieu. Autrement dit, chez Nervèze, celui qui entend prendre une décision qui orientera toute son existence se pose une question religieuse.

L’étonnant exemple d’Olimpe

Un exemple est particulièrement intéressant, par la position qu’il propose. C’est le roman Les Amours d’Olimpe, et de Birene. Olimpe, mariée de force par son père, fait tuer son époux le jour de ses noces. Nervèze, à travers le narrateur, condamne les parents qui choisissent le mari de leur fille en fonction de leurs seuls intérêts :

Ces accidens font une belle leçon aux peres et meres, qui ne regardans qu’à leurs advantages, veulent que leurs filles servent d’appuy à leurs fortune, et forçans leurs volontez en mariage, martyrent leur contentement, et réduisent ces affections contraintes en des mortelles repentances. Et ces rigueurs sont le plus souvent les instruments de leur ruïne, et de leur blasme. Celles-là que je puis à bon droict appeller malheureuses, sont captives en leur liberté, et semblent estre plustost nées pour leurs parens que pour elles-mesmes. Il n’y a point de liberal arbitre pour leur volontez, lequel elles pourroient justement nier si leur foy le leur pouvoy permettre.

Le Nervèze civilisateur

Le guide des courtisans de Nervèze
Le Guide des Courtisans

Connu pour la qualité de son langage, et cherchant à raffiner le comportement et le langage de la cour, Nervèze écrit le Guide des courtisans. Le texte commence par : I entreprens un combat plein d’honneur & d’vtilité: I’aurai pour but de mon dessein la gloire de la Cour & le bien des Courtisans; pour armes une plume, pour champ de bataille ma solitude, & pour ennemis la Vanité, la Faintise, la Mesdisance, & l’Impiété. Il met en avant dans ce guide l’importance de l’émotion et de l’expression de cette émotion.

Maurice Magendie, dans La Politesse mondaine et les théories de l’honnêteté, voit surtout dans le style Nervèze, une réaction contre la vulgarité ambiante. Une volonté d’affiner les mœurs, de réguler les passions, d’installer la politesse. Frank Greiner, agrégé de lettres, normalien, l’exprime clairement : Le beau langage a ici une fonction civilisatrice. Son rôle n’est pas seulement de masquer la réalité grossière ou rugueuse sous de riches apprêts mais de transfigurer par de beaux discours des passions violentes.

Point trop n’en faut ?

François_Maynard

Le poète toulousain, membre de l’Académie française,  François Maynard (1582-1646) l’appelle le roi des orateurs. Et pourtant, disciple de Malherbe, il est assez éloigné d’un Nervèze. En revanche, Nicolas des Escuteaux (1570-1628), lui reproche de trop en faire et le traite de mignon des dames. En fait, Nervèze et Escuteaux raffinent tant leur style qu’on les accuse tous deux de « parler phebus » (Exprimer avec des termes trop figurez & trop recherchez, ce qui doit estre dit plus simplement, dictionnaire de l’Académie française, 1694).

Et peut-être le second avait-il une pointe de jalousie car il semblerait que les dames portaient plutôt leurs différends devant Nervèze. La Gazette de Paris de 1649, affirme même qu’avec ces dames, qui l’eût voulu contredire, eût été chassé comme un péteux de la compagnie.

L’opposition de Malherbe

François de Malherbe critique du style Nervèze
François de Malherbe

François de Malherbe est tout le contraire de Nervèze. C’est un homme froid, brutal, tyrannique et  profondément opposé aux poètes sensibles. Au-delà de Nervèze, c’est tout la génération des poètes baroques qu’il décrie et qu’il rejette. Il entraînera d’ailleurs la littérature française dans l’art classique, et les auteurs précédents dans l’oubli. Marie de Gournay (1565-1645), grande femme de lettres, les défendra dénonçant l’arrogance anarchique des prétendus novateurs, les traitant d’ignorants. Mais en vain.

Références

Seizième siècle, Jean-Paul Barbier-Mueller, 2011, 7, p. 297-306
Le guide des courtisans, Nerveze, 1606
Amours diverses. Divisees en dix histoires . Par le sieur de Nerveze, 1617
Le style Nervèze, langue des passions et langue de cour, Adrienne Petit
Les métamorphoses de la charité dans les romans d’Antoine de Nervèze, Bruno Méniel, 2012




Les bêtes des contes gascons

Impossible de se lasser des contes, ils sont une deuxième nature chez les Gascons ! Ils font appel à des humains et des figures fantastiques que celles-ci soient des bêtes, des dieux, des esprits malins ou des êtres anthropomorphes. Ces personnages sont liés à la vie de tous les jours et prennent ainsi une semi-réalité. Visitons notre bestiaire.

Les bêtes fantastiques

Hodon e lo lop

Le loup, une des bêtes fréquentes de contes gasconsRappelons-nous Hodon (Houdon), ce gojat (jeune homme) qu’un sorcier transforme en loup pour sauver son père d’une grande fièvre. Pour guérir, le père devait manger un bouillon fait avec la queue du chef des loups, arrachée le jour de la saint-sylvestre, alors que ce loup se déguisait en curé pour dire la messe ! (Lien pour écouter ce conte). De façon plus usuelle dans l’imaginaire européen, de nombreuses histoires font appel au ramponòt ou lop-garon (loup-garou).

Isabit

Le myhe d'Isabit évoqué dans les rues d'Ayros-Arbouix (65)Une deuxième bête fantastique. Isabit le serpent fabuleux qui aspire goulûment les vaches, les moutons et les bergers, penché sur la vallée d’Argelès. Pour le tuer, lo haure (maréchal-ferrant) d’Arbouix lui fait avaler une enclume chauffée à blanc. Pour calmer la douleur, le serpent boit l’eau des torrents jusqu’à en exploser et donner naissance au lac d’Isaby.

Lo basèli (le basilic)

Le basilic, cette bête, reptile ou mammifère vous transforme en pierre d'un seul regard.
Le basilic à tête de coq attribué à Wenceslas Hollar (17è s.)

Si vous vous promenez dans les Pyrénées, attention à ne pas croiser un basèli (basilic). Cette bête au corps composé vous transforme en pierre d’un seul regard. Elle existe dans plusieurs pays ; en Gascogne elle a un corps de reptile ou de mammifère et une tête d’homme.

Lo mandagòt o mandragòt

Le mandragot (ou chat d'argent en Bretagne) bête largement partagée dans les contes européens
Le mandragot (ou chat d’argent en Bretagne)

Et quant au mandagòt ou mandragòt qui vit surtout dans les Landes et dans le Gers, bien heureux celui qui l’attrape et l’enferme dans le coffre du cauhadèr (chauffoir et, par extension, pièce principale chauffée servant de cuisine et de salle à manger), car il devient riche immédiatement. D’ailleurs ne dit-on pas aver lo mandragòt a la maison (avoir une chance insolente). Comme toujours, plusieurs variantes de ce conte existent.

Jean-François Bladé (1827-1900) en a rapporté au moins trois. La première précise que la bête ne sort qu’une fois par an et donne le mode opératoire pour s’en saisir et ainsi, devenir riche. La deuxième met en garde car la bonne fortune est liée au Diable. Enfin la troisième raconte le pouvoir du mandagòt qui caga (chie) une pièce d’or chaque nuit et empêche un visiteur de se lever du coffre sur lequel il est assis.

Les bêtes sauvages

Intimement liées à la vie d’autrefois, les bêtes sauvages sont sources infinies de légende.

Le loup

Le loup réel ou imaginiare est très présent parmi les bêtes des contes gascons
Lo lop quan volè har coíer la vianda

Le loup est une bête fréquente dans les contes d’un peu partout, le loup est souvent naïf ou simplet dans les textes gascons. Lou loup quan boulè ha coye le biande  / Lo lop quan volè har coíer la vianda (Le loup qui voulait faire cuire la viande) de Felix Arnaudin (1844-1921) en est un bel exemple puisque celui-ci, voulant imiter l’homme, essaie de faire cuire un gigot aux rayons de lune. Ici une version légèrement modernisée sur arraton.fr.

Mais le loup peut aussi, de façon plus classique voire moraliste, être cruel et victime de sa cruauté.

Le serpent

La Femme au serpent trouvée à Oô (Musée des Augustins de Toulouse), évocation du mythe de Pyrène.
La Femme au serpent trouvée à Oô (Musée des Augustins de Toulouse).

Il peut être dans son rôle naturel, par exemple le serpent monte dans le nid d’une grive pour manger les petits, dans L’homme de toutes les couleurs. Ou c’est une bête  monstrueuse comme le serpent à sept têtes dans Le Prince des sept vaches d’or. Souvent, les serpents gardent l’or sous terre.

Pyrène, séduite et abandonnée par Héraclès, s’enfonce dans les forêts pour mettre au monde un serpent puis disparaît.  À son retour, Héraclès offre un magnifique tombeau à la belle aimée, les Pyrénées.

L’ours

L'ours, bête familière en Couserans
Jean de l’Ours

Proche de l’homme, sachant se mettre sur deux pieds, il est une bête suffisamment grande, puissante et poilue pour effrayer. Il sera objet de contes. Joan de l’ors (Jean de l’ours), mi-homme, mi-animal, est probablement le conte le plus connu.

L’ours effraie et fascine. Aussi ne fut-il pas que sujet de conte. Sérac, dans le Couserans, était le village des éleveurs d’ours. L’ours étant assez rare dans les montagnes d’Ustou, mi XIXe, alors on allait le chercher sur le versant espagnol. Chaque maison avait le sien. Attrapé encore ourson, on lui mettait un anneau dans les narines. La bête était dressée à danser, à porter un bâton, à faire des gestes aimables.

À Ustou (Couserans) un ours était donné en dot aux jeunes filles à marier.

La grand’bête à tête d’homme

Jean-François Bladé, collecteur de contes gascons
Jean-François Bladé (1827-1900)

C’est un conte, très spécifique, puisqu’on ne le trouve qu’en Grèce, en Gascogne, en Iran (dans les textes sacrés d’avant l’Islam), et un peu en Amérique du Nord et du Sud.

Jean-François Bladé rapporte ce conte dans Le jeune homme et la grand’bête à tête d’homme. Le récit parle d’un jeune homme beau comme le jour, fort et hardi, comme pas un et surtout tellement avisé, qu’il apprenait à deviner les choses les plus difficiles. Pauvre, il tombe amoureux à perdre la tête de la fille du seigneur de Roquefort. Hélas cette famille n’est pas riche et la jeune fille doit entrer au couvent.  Le jeune homme va donc chercher fortune pour pouvoir l’épouser. Il décide alors d’affronter la grand’bête à tête d’homme qui possède une grotte remplie d’or. Avisé, avant de partir, il prend de bons conseils auprès de l’archevêque d’Auch.

Trois demandes impossibles à satisfaire

Une manticore ou bête à tête d'homme (Bestiaire de Rochester)
Une manticore ou bête à tête d’homme (Bestiaire de Rochester)

Le jeune homme rencontre la grand’bête qui lui demande trois choses impossibles, qu’il repousse comme lui avait conseillé l’archevêque.

— Je te donne la mer à boire.
— Bois-la toi-même. Ni moi, ni toi, n’avons un gésier à boire la mer.
— Je te donne la lune à manger.
— Mange-la toi-même. La lune est trop loin, pour que, moi ou toi, nous puissions l’atteindre.
— Je te donne cent lieues de câble à faire, avec le sable de la mer.
— Fais-les toi-même. Le sable de la mer ne se lie pas, comme le lin et le chanvre. Jamais, ni moi, ni toi, ne ferons pareil travail.

Les trois énigmes de la grand’bête

La grand’bête décide alors de lui poser trois questions auxquelles le gojat saura répondre.

— Il va plus vite que les oiseaux, plus vite que le vent, plus vite qu’un éclair.
— L’œil va plus vite que les oiseaux, plus vite que le vent, plus vite que l’éclair.

—Le frère est blanc, la sœur est noire. Chaque matin, le frère tue la sœur. Chaque soir, la sœur tue le frère. Pourtant ils ne meurent jamais.
— Le jour est blanc. Il est le frère de la nuit noire. Chaque matin, au soleil levant, le jour tue la nuit, sa sœur ? Chaque soir, au soleil couchant, la nuit tue le jour son frère. Pourtant jour et nui ne meurent jamais.

— Il rampe, au soleil levant, comme les serpents et les vers. Il marche, à midi, sur deux jambes, comme les oiseaux. Il s’en va, sur trois jambes, au soleil couchant.
— Quand il est petit, l’homme ne sait pas marcher. Il rampe à terre, comme les serpents et les vers. Quand il est grand, il marche sur deux jambes, comme les oiseaux. Quand il est vieux, il s’aide d’un bâton, qui est une troisième jambe.

L’énigme de la Sphinge

Œdipe et la sphinge, Gustave Moreau, Metropolitan Museum of Art.
Œdipe et la sphinge, Gustave Moreau, Metropolitan Museum of Art.

L’histoire, un peu différente, se rapproche de celle de la sphinge grecque, même si, physiquement, celle-ci est autre : tête de femme, corps de lion, ailes d’aigle et queue de scorpion. L’énigme de la sphinge parle de deux sœurs (jour et nuit) : l’une donne naissance à l’autre, qui à son tour enfante la première.

Comment la Grèce et la Gascogne peuvent-elles partager cette même légende ? Julien d’Huy s’est penché sur le sujet. Il note que les Grecs ne sont jamais venus en Gascogne, alors qu’ils sont allés en Provence ou en Languedoc. Et ces deux régions n’ont pas cette légende !

Alors, Julien d’Huy propose une hypothèse plutôt partagée aujourd’hui : Les Basques conserveraient dans leur folklore des thèmes très anciens, et pour certains préhistoriques. Dans ces conditions, le motif grec de la Sphinge serait pré-indo-européen, et les versions grecque et aquitaine constitueraient d’ultimes vestiges d’un mythe bien plus répandu lors de la Préhistoire. Ce qui confirmerait la continuité de cette population implantée dans le sud-ouest de la France, depuis l’Aurignacien ou même avant. Rappelons que Basques et Gascons sont initialement un même ensemble.

Anne-Pierre Darrées

Références

Contes et légendes de Gascogne, Fanette Pézard, 1962
Les légendes des Hautes-Pyrénées, Eugène Cordier,
Voyage en France, Ardouin Dumazet, 1904
L’Aquitaine sur la route d’Œdipe, Julien d’Huy, 2012
Contes de Gasconha, Jean-François Bladé, 1966
Contes populaires de la Gascogne, tome 1, 2 et 3, Jean-François Bladé, 1886
Archives pyrénéennes : Mythologie, contes et légendes, Association Guillaume Mauran
La Gascogne dans un schéma trifonctionnel médiéval, Philippe Jouet-Momas
La photo d’entête est une composition de documents  d’une exposition sur le Bestiaire du Moyen Âge de la BNF