ETHIQUABLE et le commerce équitable

Si vous êtes un adepte du commerce équitable, vous avez surement déjà acheté des produits de la marque ETHIQUABLE. Mais savez-vous d’où vient cette marque ?

Le commerce équitable

Les critères et garanties du commerce équitable selon Artisans du Monde
Les critères et garanties du commerce équitable selon Artisans du Monde

C’est une forme de commerce visant à déterminer les prix les plus justes pour permettre au producteur de vivre correctement de son travail. Bien souvent, ce commerce est lié à des projets de développement dans des pays en voie de développement.

En cela, le commerce équitable s’oppose au commerce traditionnel qui cherche à obtenir des produits au prix le plus bas possible pour s’assurer d’une marge confortable.

Cette nouvelle forme de commerce apparait aux États-Unis au début du XIXe siècle mais ne prend réellement son essor que dans les années 1960 avec la création de boutiques spécialisées de vente de produits artisanaux et alimentaires. C’est d’abord, et surtout, une affaire de mouvements religieux chrétiens.

En France, l’abbé Pierre crée le premier magasin Artisans du monde en 1974. Aux Pays-Bas, un prêtre est cofondateur du label Max Havelaar en 1988.

Depuis, le secteur s’organise en fédérations nationales ou internationales dont le but est de promouvoir le commerce équitable et de définir des règles. En 1998, ces fédérations se regroupent dans un réseau informel appelé FINE (ce nom regroupe celui des quatre fédérations participantes : Fairtrade Labelling Organizations, International Federation for Alternative Trade, Network of European Worldshops et European Fair Trade Association).

Dans les années 2000, le mouvement perd son caractère religieux et se dépolitise pour devenir le « commerce équitable ». Il se modifie aussi car les produits artisanaux ne font plus recette. On leur préfère désormais des produits agricoles comme le café, le cacao, le riz ou les jus de fruits dont les prix à la production s’effondrent alors.

Des boutiques aux supermarchés

Si le concept de commerce équitable n’intéresse que peu de clients au début, c’est qu’il faut aller dans des boutiques spécialisées pour n’acheter que très peu de produits.

Il faut donc encourager la consommation des produits équitables en supermarchés mais pour cela, il faut assurer la traçabilité des produits, du producteur au consommateur.

C’est l’idée du hollandais Max Havellaar qui, dès 1988, met en place une certification indépendante des produits vendus. C’est plus facile pour les produits agricoles pour lesquels on peut certifier toute une chaine d’approvisionnement, du producteur au consommateur. Ça l’est beaucoup moins pour certifier un savoir-faire pour de l’artisanat local.

Quoiqu’il en soit, cette initiative est un véritable succès. Des boutiques spécialisées, les produits équitables conquièrent les supermarchés. Le chiffre d’affaires de ce commerce bondit. Les labels de certification se multiplient.

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Dans cette affaire, il s’agit de payer au producteur un prix qui couvre les couts réels de production (généralement 50 % du prix payé par le consommateur). Les organisations de producteurs certifiés reçoivent en plus une prime de développement qu’elles peuvent utiliser pour des projets d’investissement tels que la construction d’écoles, de centres de santé, d’achats de terres ou de matériels, etc. En 1997, une quarantaine d’organismes français se regroupent pour créer « Commerce équitable France » dont l’objectif est de promouvoir le commerce équitable auprès du public au travers de manifestations de promotion.

Le commerce équitable ne représente qu’une toute petite partie du commerce international mais sa part croit très vite. Alors que la consommation de produits agricoles diminue de 4 % en 2020, celle commerce équitable progresse de 2 %.

Le commerce équitable en France

Logo_marque_AMAPQuand on parle de commerce équitable, on pense naturellement à des produits agricoles ou artisanaux venant de pays en voie de développement.

Mais obtenir des revenus suffisants pour les producteurs, préserver l’environnement, assurer une alimentation saine, tracer les produits, etc. sont des préoccupations qui touchent également les Pays du Nord.

En France, le mouvement des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) ou les épiceries solidaires, rencontre une véritable demande de la société en faveur d’une consommation plus équitable et plus durable. Leur développement est cependant freiné par la concurrence commerciale qui tire les prix vers le bas.

Les pratiques du commerce équitable s’appliquent aussi bien aux pays en voie de développement que dans notre pays. Les mêmes façons de faire sont les mêmes.

Des entreprises comme BIOCOOP ou ETHIQUABLE commercialisent des produits équitables issus de pays en voie de développement, en même temps que des produits certifiés de l’agriculture française. C’est ainsi que BIOCOOP a créé une marque « Ensemble, solidaires avec les producteurs » et ETHIQUABLE la sienne, appelée « Paysans d’ici ».

La marque ETHIQUABLE

Quelques produits ETHIQUABLE
Quelques produits ETHIQUABLE

Parmi toutes ces marques, ETHIQUABLE est une entreprise gasconne, de Fleurance dans le Gers.

C’est une SCOOP (Société Coopérative de Production) créée en 2003, de la rencontre de deux élèves en école de commerce et d’un ingénieur agronome au cours d’un voyage d’études au Mali. Ils décident ensemble de se lancer dans le commerce équitable.

L’aventure commence par l’installation d’une chocolaterie à Fleurance. On peut d’ailleurs la visiter toute l’année (si vous avez honte de montrer que vous êtes gourmand, emmenez vos enfants, on croira que c’est pour eux que vous venez !).

Le siège de Fleurance regroupe les produits venus du monde entier, prépare les commandes et les expédient vers les 10 000 points de vente. Il dispose aussi d’un atelier de conditionnement pour des produits qui arrivent en vrac comme le thé, le poivre noir, la cannelle ou le curcuma. Malgré cela, ETHIQUABLE préfère importer des produits traités et conditionnées dans leur pays d’origine afin d’y laisser toute la valeur ajoutée.

ETHIQUABLE travaille avec 102 coopératives réparties dans 29 pays d’Amérique du sud, d’Afrique et d’Asie. Elles font vivre 43 800 producteurs. En 2011, ETHIQUABLE décide d’étendre ses activités de commerce équitable aux producteurs français grâce à une rencontre avec le GABB 32 (Groupement des Agriculteurs Biologiques et Biodynamiques du Gers). Ce sont 1 200 français producteurs regroupés en 32 coopératives qui en bénéficient aujourd’hui.

La SCOOP propose 300 produits différents sous les marques ETHIQUABLE et Paysans d’ici. Avec 165 salariés, elle réalise près de 80 millions de chiffre d’affaire annuel. Elle emploie 11 agronomes dans les pays en voie de développement et pas moins de 40 commerciaux.

La chocolaterie ETHIQUABLE DE Fleurance
La chocolaterie ETHIQUABLE DE Fleurance

D’autres projets ETHIQUABLE 

Projet ECOCITRUS (Brésil)
La coopérative ECOCITRUS au Brésil

Le projet ECOCITRUS au Brésil regroupe 97 membres cultivant des vergers d’oranges et de mandarines sans pesticides sur de petites fermes de 4 à 5 hectares chacune. Initié en 1994, le projet ETHIQUABLE permet à la coopérative de créer une usine de compostage pour amender les sols, une usine de biogaz pour faire circuler 500 voitures et un atelier de production de jus d’agrumes qui traite 20 000 tonnes de fruits.

En Gascogne, un partenariat est développé depuis 2015 avec la coopérative QUALISOL située à Montfort, non loin de Fleurance. Elle réunit 450 petits producteurs du Gers, du Tarn et Garonne et de la Haute-Garonne qui produisent des légumineuses et des céréales Bio (pois chiches, lentilles, graines de lin doré, petit épeautre, entre autres).

C’est un moyen de défendre et de développer les productions BIO sur de petites exploitations agricoles en permettant aux producteurs d’en vivre, à côté des grandes unités céréalières. Le partenariat avec ETHIQUABLE permet à la coopérative de se doter d’une unité de nettoyage et d’ensachage des produits.

La Coopérative Qualisol
La Coopérative Qualisol

D’autres exemples peuvent être cités, notamment un partenariat avec nos voisins basques d’Espelette pour la production de piments Bio.

Ainsi, si vous êtes sensibles à la production Bio ou au développement par le bais du commerce équitable, n’hésitez plus à acheter des produits sous le label ETHIQUABLE. Si les produits de qualité viennent d’un peu partout, la société coopérative est bien gasconne !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

ETHIQUABLE, SCOOP




Jean Froissart grand reporter

Jean Froissart est un chroniqueur du Moyen-âge. Aujourd’hui, on dirait que c’est un grand reporter. Il raconte les évènements auxquels il a assisté, ou ceux qu’on lui a racontés.

Qui est Jean Froissart ?

Jean Froissart (vers 1337-vers 1410) est le plus grand chroniqueur du Moyen âge. Il est originaire de Valenciennes. Mais on sait peu de choses sur lui, sinon ce qu’il a bien voulu dire de lui dans ses écrits.

Le couronnement de Philippa de Hainaut. Miniature du Maître du Hannibal de Harvard tirée des Chroniques de Jean Froissart, XVe siècle © Wikipedia
Le couronnement de Philippa de Hainaut. Miniature du Maitre du Hannibal de Harvard tirée des Chroniques de Jean Froissart, XVe siècle © Wikipedia

Il voyage beaucoup. En 1361, il devient l’historien officiel de Philippa de Hainaut, l’épouse d’Édouard III d’Angleterre. Il visite l’Écosse, alors en lutte contre l’Angleterre. En particulier, il accompagne le fils de Philippa pour son mariage en Italie, où il rencontre le Pape.

Sur le chemin du retour, il apprend la mort de la reine Philippa en 1361. Il décide aussitôt de rentrer chez lui. Il passe successivement au service du duc du Luxembourg, de la duchesse de Brabant et du comte de Blois qu’il suit à la cour du roi de France.

Ses voyages lui font connaitre tous les acteurs de la guerre de Cent Ans. Il est donc bien placé pour raconter cette guerre depuis 1326 jusqu’à 1400. Jean Froissart narre par le détail chaque épisode, en prenant bien soin de flatter ses lecteurs qui sont des nobles ou des érudits friands de scènes de batailles ou de combats singuliers à la lance ou à l’épée.

Même s’il exagère parfois pour complaire à ses lecteurs, ses chroniques sont une source irremplaçable pour la connaissance du XIVe siècle et de la culture chevaleresque de l’époque en Angleterre et en France.

Les Chroniques de Jean Froissart parlent de la Gascogne

Les chroniques de Jean Froissart font 1 500 000 mots. Elles sont organisées en quatre livres qui couvrent la guerre de Cent Ans, entre 1326 et 1400. Il raconte tous les évènements qui se sont passés en Angleterre, en Écosse, aux Pays-Bas, dans la péninsule ibérique et, bien-sûr, en France.

La jacquerie du Musée de Meaux
La jacquerie du Musée de Meaux © Wikipedia

Il nous apprend ainsi qu’il est venu à Dax en 1367 pour accompagner le Prince Noir lors de son expédition en Espagne. Mais, sans que l’on sache pourquoi, il est rappelé en Angleterre.

Jean Froissart ne raconte pas que la guerre de Cent Ans. Il parle aussi d’évènements qui se sont déroulés en Italie, en Allemagne, en Irlande, dans les Balkans, à Chypre, en Turquie et en Afrique du nord. On peut vraiment voyager à travers l’Europe entière (et un peu plus) en lisant ses chroniques.

Pour leur rédaction, Jean Froissart vient une nouvelle fois en Gascogne en 1388 pour rencontrer Gaston Febus, comte de Foix et vicomte de Béarn, qui jouit d’une grande réputation, notamment depuis l’affaire du marché de Meaux. En quelques mots : de retour de croisade dans les pays baltes, il s’arrête à Meaux et délivre la femme du Dauphin de France et plusieurs dames de sa compagnie lors de la Grande Jacquerie de 1348.

Venant de Toulouse pour se rendre à Orthez, Jean Froissart voyage en compagnie d’Espaing du Lion, un écuyer de Gaston Febus. Ils s’arrêtent passer la nuit dans une auberge de Tornai (Tournay) en Bigorre et l’écuyer lui raconte le siège des châteaux de Mauvezin et de Lourdes en 1373.

Les dégâts occasionnés par la garnison de Lourdes

Le château de Lourdes © Wikipedia
Le château de Lourdes © Wikipedia

Depuis le traité de Brétigny en 1360, la garnison de Lourdes appartient au roi d’Angleterre. Elle mène des razzias jusqu’en pays toulousain. Elle prend des châteaux par surprise, fait prisonnier le châtelain, en demande une rançon et vend ensuite le château aux habitants. C’est un double bénéfice !

Une fois, les compagnons de Lourdes essaient de prendre Penne d’Agenais. Mais ils échouent et leur capitaine est fait prisonnier et conduit à Toulouse. Il a la vie sauve moyennant la promesse de se faire religieux, ce qu’il fait. Toutefois, de passage à Montpellier, le nouveau prêtre rencontre un riche marchand et sympathise avec lui. Il lui promet de l’accompagner à Paris à ses frais, et finalement, par des tours et des détours, il le mène à Lourdes pour en demander « mille francs pour sa rançon ». Décidément, on ne se refait pas !

Les compagnons de Lourdes vont « jusques à Carcassonne, ou il y a d’illec seize grands lieues ; et endommagèrent moult le pays tant par les rançons des villes qui se rachetoient comme par pillage qu’ils faisaient sur les champs et sur le pays ».

En fait, Jean Froissart raconte son voyage depuis Toulouse, son passage à Montesquieu-Volvestre, les crues de la Garonne, les routes impraticables, les châteaux pillés lors de la guerre entre le comte de Foix et le comte d’Armagnac, etc. C’est mieux qu’un reportage.

L’expédition de Louis d’Anjou en Bigorre

Après la révolte des seigneurs bigourdans, il ne reste que les châteaux de Mauvezin et de Lourdes qui sont occupés par des pillards qui mènent des raids dans tout le pays.

Le château de Mauvezin
Le château de Mauvezin © EGF

Pour s’en débarrasser, Louis d’Anjou, frère du roi Charles V, mène contre eux une expédition armée en 1373. « Et fut tout premièrement le siège mis du duc d’Anjou et de ses gens devant le chastel de Mauvoisin ». Le duc et son armée logent près de Tournay « sur la belle rivière de Lesse »  (Lesse est l’ancien nom de l’Arros).

Les combats font rage : « Tous les jours y avoit aux barrières du chastel escarmouches et faits d’armes, et appertises grandes, et beaux lancis de lances et poussis, et faites courses et envahies ». Jean Froissart s’adresse bien à un lectorat de nobles et de chevaliers car, quand on connait la topographie de Mauvezin, on se demande bien où ont pu se dérouler tous ces combats !

« Environ six semaines se tint le siège devant le chastel de Mauvoisin ». La garnison finit par se rendre par manque d’eau car « onques goutte d’eau du ciel durant six semaines n’y chéy tant il fit chaud et sec ». Elle sort et s’en va avec ses armes et ses bagages.

Après Mauvezin, le duc va assiéger le château de Lourdes. Il prend la ville et l’incendie mais le château résiste. Le siège dure six semaines « et plus y perdit qu’il n’y gagna ». Le château est imprenable et de duc lève le siège pour repartir à Toulouse.

Jean Froissart à la cour d’Orthez

Froissart à la cour de Gaston Febus © Wikipedia
Froissart à la cour de Gaston Febus © Wikipedia

Jean Froissart quitte Tournay et se rend à Orthez pour rencontrer Gaston Febus. « Quand il me vit, il me fit bonne chère ; et me retint de son hostel où je fus plus de douze semaines, et mes chevaux bien repus ». Jean Froissart est conquis. « Et vous dis que j’ai en mon temps vu moult de chevaliers, rois, princes et autres ; mais je n’en vis oncques nul qui fut de si beaux membres, de si belle forme, et de si belle taille et viaire bel, sanguin et riant, les yeux vairs et amoureux là où il lui plasoit son regard à asseoir ».

Il décrit un homme parfait, un grand prince, pieux, généreux et sage, qui vit fastueusement et qui surveille étroitement la bonne gestion de ses terres. « Et quand de sa chambre à mie nuit venoit pour souper en la salle, devant lui avoit douze torches allumées que douze varlets portoient ». Febus « mangeoit par coutumes fors volailles, et en especial les ailes et les cuisses tant seulement, et guère aussi ne buvait ».

La mort du fils de Gaston Febus

Le chroniqueur raconte la vie de cour à Orthez, les faits d’armes de Febus. Il raconte aussi la mort tragique de son fils. Enfermé après avoir tenté d’empoisonner son père, le jeune Gaston refuse de s’alimenter.

Quand Febus l’apprend, « le comte s’enfelonna, et sans mot dire, il se partit de sa chambre et s’en vint vers la prison où son fils étoit ; et tenoit à la male heure un petit long coutel dont il appareilloit ses ongles et nettoyait ». Il entre dans la prison et « par mautalent, en boutant ce tant de pointe en la gorge de son fils, il l’asséna, ne sais en quelle veine ». Peu de temps après, on vient lui annoncer « Monseigneur, Gaston est mort ».

C’est grâce aux Chroniques de Jean Froissart que l’on connait mieux la vie de Gaston Febus.

Serge Clos-versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Historiens et chroniqueurs du Moyen-âge, éditions de la Pléiade, Gallimard, 1952.
Les Chroniques en ligne, Internet Archive.

Lire aussi :

Gaston Febus prince troubadour
L’Elucidari, le wikipedia de Gaston Febus




Mimizan et un peintre inattendu

Mamisan, ou Mimizan en français, est une station balnéaire du pays de Bòrn. Elle se trouve le long de la côte atlantique, juste au-dessus du Marensin et jusqu’à Biscarosse au nord. La station balnéaire est récente.

Mamisan e Mamisan-Plaja

Mimizan vers 1750 (carte Cassini)
Mimizan vers 1750 (carte Cassini)

Mamisan est occupée depuis la plus haute Antiquité. On a retrouvé les restes d’un habitat lacustre sous les eaux du lac de Sanguinet et les vestiges d’une petite agglomération fortifiée dans le lac de Biscarosse. Et l’on a découvert plusieurs tumulus à Mamisan.

Sous l’occupation romaine, c’est une étape sur le chemin du littoral reliant Bordeaux et Dax. Puis, au XIe siècle, elle devient une sauveté sous l’autorité de la puissante abbaye de Saint-Sever et, rapidement, une étape pour les pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle. On peut encore voir quatre bornes qui délimitait la sauveté.

C’est aussi un port de pêche très actif grâce à une échancrure de la côte qui en fait un port à l’abri de la fureur de l’océan, avant que l’avancée du sable ne la bouche et ne modifie le trait de côte au VIIe siècle.

L’avancée du sable est un réel problème. Une délibération de 1803 exprime la crainte des habitants de voir leur village disparaitre et demande de fixer les dunes « qui se précipitent d’une manière effrayante dans l’étang de Mimizan et font refluer les eaux sur les terres de l’intérieur et dans le canal appelé Courant. Le sable submergerait alors à la fois les villages de Mimizan, Aureilhan, Saint-Paul et Sainte-Eulalie ». C’est à partir de ce moment qu’on lance les grands travaux de fixation des dunes.

La gare de Mimizan-les-Bains
La gare de Mimizan-les-Bains

À 5 kilomètres de Mamisan, sur la côte atlantique, se développe la station balnéaire de Mamisan-Plaja avec ses 10 kilomètres de plage bordées de dunes plantées de gorbets (oyats) pour les retenir.

«Mimizan les Bains », comme on l’appelait, se développe à partir de 1880. Le train arrive en 1889 et la voie se prolonge en 1907 jusqu’au bord de l’océan. Commerces, hôtels et résidences secondaires apparaissent.

La belle société fréquente Mamisan

Les débuts de la station balnéaire sont dus à la société bourgeoise de la région et à quelques grands noms de l’aristocratie. Par exemple, Lady Grosvenor, la tante de Hugh Grosvenor, duc de Westminster, fait construire en 1912 le château de Woolsack sur le bord du lac d’Aurelhan (Aureilhan).

Le château de style colonial anglais est en fait un pavillon de chasse, une maison de vacances et un lieu de réceptions mondaines. Pourtant, son architecture reprend le colombage typique des maisons du pays de Bòrn.

Woolsack vu du lac © Wikipedia
Woolsack vu du lac © Wikipedia

Le duc de Westminster

Le duc de Westminster est réputé pour être l’homme le plus riche d’Angleterre. Soldat, il participe à la guerre des Boers en Afrique du sud de 1889 à 1902. là, il rencontre un certain Winston Churchill qui devient son ami.

Winston Churchill (1922)
Winston Churchill (1922)

Le duc de Westminster fréquente régulièrement le château de Woolsack jusqu’en 1940. Avec ses invités, il arrive en train à la gare de La Boèira (Labouheyre) où l’attend son chauffeur puis traverse le lac d’Aureilhan en bateau jusqu’à sa propriété.

La venue du duc est un évènement dans la région. Il emploie beaucoup de gens locaux pour sa propriété et ses chasses. De plus, il emmène avec lui toute une société brillante et cultivée. Parmi elles, la couturière Coco Chanel qui entretient une relation avec le duc entre 1924 et 1930, date à laquelle le duc se marie. Évidemment, son témoin est Winston Churchill.

On peut y croiser Salvador Dali, Charlie Chaplin, Alphonse XIII d’Espagne et beaucoup d’autres célébrités de l’époque.

Lady Grosvenor vient régulièrement à Woolsack en roulotte et campe sur le domaine sous une tente. Les journaux de la région en font des gros titres. En tout cas, c’est elle qui lance la mode du camping qui connait un gros succès avec les congés payés.

Une vocation militaire de Mimizan

Mamisan est loin de tout grand centre urbain. Pourtant, les militaires s’y intéressent.

Tout commence lors de la Grande Guerre de 1914-1918. En ce temps-là, les Américains investissent Mamisan pour faire reposer leurs troupes qui se battent sur le front. Un régiment forestier y est installé et fournit le bois nécessaire pour les tranchées. La main-d’œuvre est rare et l’armée pourvoit à son remplacement par des soldats.

Après la guerre, l’armée française prend possession des lieux et construit des baraquements en bois pour y loger des soldats sénégalais jusqu’en 1920. C’est le début du quartier appelé de Vigon.

1940, le retour

En 1940, des soldats français viennent s’installer dans la salle des fêtes et font des patrouilles le long du littoral. Car on craint ce que l’on appelle la « cinquième colonne ». Après la défaite du mois de juin, des Allemands occupent Mamisan et établissent leur quartier général au château de Woolsack.

Camp de la marine allemande sur le lac de Mimizan-Photo Sud-Ouest
Camp de la marine allemande sur le lac de Mimizan-Photo Sud-Ouest

Une base de la marine allemande sert alors pour l’instruction des marins et un centre de repos des soldats allemands est installé. Les officiers subalternes occupent des villas de villégiature et les soldats sont logés chez l’habitant.

Mamisan est intégré au « Mur de l’Atlantique » et de nombreux bunkers sont construits par des prisonniers russes et des troupes coloniales. Tandis que les Allemands surveillent la côte, un commando est parachuté près de la ville pour aller saboter les installations électriques de Pessac qui alimentent la base de sous-marins de Bordeaux et la base aérienne de Mérignac. C’est l’opération « Joséphine » ordonnée par Winston Churchill qui connait bien le pays.

Les Allemands quittent Mamisan en 1944. Le camp de la marine accueille des prisonniers allemands chargés du déminage des plages. En 1947, un centre de formation de commandos destinés à la guerre d’Indochine les remplace jusqu’à son déplacement à Hourtin en 1950.

Un peintre surprenant peint Mimizan

Winston Churchill, Mimizan Plage (1920)
Winston Churchill, Mimizan Plage (1920)

Winston Churchill (1874-1965) rencontre le duc de Westminster pendant la guerre de Boers (1889-1902) en Afrique du Sud. Ils se lient d’amitié et Winston Churchill fréquente assidument le château de Woolsack à Mamisan.

L’homme a une belle carrière. En effet, il entre en politique en tant que député, devient ministre du commerce, ministre de l’intérieur, Premier lord de l’Amirauté (ministre de la marine), ministre de la guerre, secrétaire aux colonies, ministre des finances et finalement Premier ministre pendant la deuxième guerre mondiale.

Pendant ses rares loisirs, Winston Churchill écrit des ouvrages à succès. Et pour vaincre sa dépression chronique, il s’essaie à la peinture à partir de 1915. Il montre un talent certain. Il fréquente des peintres de renom qu’il a connus pendant la guerre et expose même dans la galerie Drouot à Paris.

En tout, il peint 567 tableaux. Lors de ses séjours au château de Woolsack à Mamisan, il peint vingt-sept tableaux de paysages impressionnistes autour du lac d’Aureilhan dont : L’entrée de Mimizan plage, Lumière et le paysage landais, les pins penchés sur l’eau, Chêne lièges, Descente de Woolsack vers le lac, Clocher de l’église d’Aureilhan, Clocher de l’église d’Escource, Vue du lac, ou encore Clocher de l’abbaye de Mimizan.

On expose ses peintures dans plusieurs pays et elles connaissent à chaque fois un grand succès. On organise la vente d’une partie de ses oeuvres dans les années 1960 et le résultat dépasse toutes les espérances. Certaines « mauvaises langues » vous diront que c’est à cause de son statut d’homme politique plus que de son talent !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990.

Références

Société de Borda, Georges Cassagne : « Quand Winston Churchill plantait son chevalet à Mimizan », p 321-333 – 3ème trimestre 2017.




Paul Armagnac

Tout le monde a entendu parler du circuit automobile Paul Ricard au Castelet, dans le Var. On connait moins bien le circuit Paul Armagnac de Nogaro dans le Gers. C’est pourtant le nom d’un grand pilote automobile gascon.

Paul Armagnac

Paul Armagnac
Paul Armagnac en 1961 (1924-1962)

Paul Armagnac est un Gersois. Il nait en 1924 d’une famille originaire d’Izotges, un petit village au pied de la tour de Thermes d’Armagnac, à quelques kilomètres de Riscle. Et il y suit l’école primaire avant d’être envoyé pensionnaire à l’institution Jeanne d’Arc de Tarbes.

Il obtient une licence de droit puis, en 1947, son brevet de pilote d’avion de tourisme. Dans les années 1930, son père, huissier à Nogaro, fonde l’aérodrome de Nogaro et c’est tout naturellement là que Paul Armagnac apprend à piloter.

Précisons que les compétences de son père en aviation lui avaient valu d’être affecté à la base de Toulouse-Francazal pour former les pilotes durant la première Guerre mondiale. Lors de la seconde Guerre mondiale, il est le commandant de l’une des quatre compagnies du Bataillon de l’Armagnac créé en 1943.

Paul Armagnac s’engage, comme son père, dans le Bataillon de l’Armagnac et participe aux combats d’Aire sur l’Adour du 13 aout 1944 pour la libération de la ville, où il est blessé. Il est décoré de la Croix de guerre à étoile d’argent.

Mariage de Paul Armagnac et Geneviève Deloste
Mariage de Paul Armagnac et Geneviève Deloste

Il est affecté en Charente comme chauffeur de son commandant et suit des cours de mécanique à Cholet où il obtient le brevet militaire de conducteur automobile. C’est le début de sa passion pour la mécanique automobile.

À la fin de la guerre, son père l’envoie se former chez un huissier de Condom avant de reprendre l’étude familiale à Nogaro.

Après son brevet de pilote d’aviation, obtenu en 1947, il épouse, à Lourdes, Geneviève Deloste dont il aura quatre filles. Il installe sa famille à Saint-Mont.

 

Le pilote de courses automobiles

Huissier à Riscle, Paul Armagnac s’intéresse au sport automobile. De 1951 à 1953, il participe à des rallyes régionaux au volant d’une Simca Aronde. On le voit courir les rallyes de l’Armagnac, de Dax, de Condom ou de Bordeaux. Il court même le Tour de France Automobile de 1952 et s’essaie aux grands circuits.

René Bonnet
René Bonnet (1904-1983)

D’amateur, il devient pilote professionnel en 1954, et se fait remarquer par René Bonnet (1904-1983). Ce jeune chef d’entreprise du secteur de la mécanique vient de s’associer avec Charles Deutsch (1911-1980)Ils créent la marque automobile « DB Deutsch-Bonnet ». La marque disparait en 1962 lors de la mort de Paul Armagnac. René Bonnet poursuivra seul l’aventure jusqu’à la vente de sa marque à la société Matra.

Cette rencontre de 1954 est le début d’une grande carrière. Paul Armagnac court exclusivement sur des voitures « DB » et est le pilote d’essais de la marque.

 

Caen 1955 sur Monomills
Caen 1955 sur Monomills

Il participe aux courses les plus prestigieuses de l’époque, nationales et internationales, et monte souvent sur les podiums. Il s’essaie aussi à la Formule 1 lors de Grand prix automobile de Pau en 1955. L’année 1956 est même celle de sa consécration car il remporte plusieurs courses prestigieuses.

Mais il décide d’arrêter la course automobile car il a d’autres projets. Toutefois, il accepte de courir une dernière fois, en 1962. Sans doute la course de trop ! En effet, il a un  grave accident sur le circuit de Montlhéry lors de la course « Les 1 000 kilomètres de Paris ». Il meurt deux jours plus tard à l’hôpital de Corbeil, quelques mois seulement après la mort de sa femme.

Les autres vies de Paul Armagnac

Ses succès dans le sport automobile ne le grisent pas. Tout en s’occupant de son étude d’huissier, il devient agriculteur et reprend l’exploitation de ses grands-parents à Izotges. Il l’exploite la nuit pour s’habituer à rester éveillé avant la courses des « 24 Heures du Mans ». C’est un entrainement pratique !

Le premier Rallye de l’Armagnac (1953)
Le premier Rallye de l’Armagnac dans les rues de Nogaro(1953)

Les courses automobiles se courent partout au niveau national ou international, mais il n’y en a aucune dans le Gers. Paul Armagnac et Robert Castagnon, producteur d’Armagnac à Condom et son grand ami, décident de fonder l’« Écurie d’Armagnac » en vue de fonder un rallye. C’est chose faite en 1953 avec le « Rallye de l’Armagnac » qui se court en circuit fermé dans la ville de Nogaro et ses environs. Il s’agit d’une épreuve contre la montre et d’un circuit rallye.

L’année suivante, une course de motos est organisée dans Nogaro. Rapidement, la sécurité du public et des pilotes pose problème. Alors, en 1959, Paul Armagnac convainc son père de lui céder un bout de son terrain d’aviation inutilisé pour construire un circuit. Après deux ans de travaux, on inaugure le tout nouveau circuit de Nogaro par une première course, le 2 octobre 1960.

Le circuit de Nogaro

Circuit Paul Armagnac
Circuit Paul Armagnac

Le circuit initial est de petite taille. À peine 1 752 mètres et neuf virages. Il reprend les formes du circuit de Sebring en Floride. Sur ce circuit, Paul Armagnac a disputé deux courses de 12 heures consécutives. C’est actuellement la partie sud du circuit qui a été, depuis, plusieurs fois modifié et agrandi. Néanmoins, lors de son inauguration, le circuit de Nogaro est le seul circuit permanent en France.

Deux ans plus tard, après la mort accidentelle du pilote, le circuit de Nogaro prend le nom de « Circuit Paul Armagnac ». En 1968, pour des raisons financières, le circuit passe aux mains du Conseil Général du Gers qui le modernise. Il crée « La coupe de Pâques » qui reçoit des pilotes célèbres : Alain Prost, Jean Alesi ou encore Sébastien Loeb.

En 1973, on rallonge la piste à 3 120 mètres, ce qui permet de recevoir des épreuves de Formule 2 ou le Championnat d’Espagne de vitesse sur circuit. Le Grand Prix de France de moto se déroule également à Nogaro jusqu’en 1982. Portée à 3 636 mètres, la piste du circuit Paul Armagnac de Nogaro reçoit des épreuves de Formule 3000 et des compétitions de motos et de camions de niveau international. Le circuit organise aussi des courses cyclistes (« Critériums des Provinces », « 6 heures de Nogaro », étapes dans la « Route du Sud ») et est choisi par le « Tour de France » comme arrivée en 2023.

Depuis sa création, le circuit dispose d’une école de pilotage qui propose des baptêmes et des stages automobiles.

Le « Nogaropôle »

Grâce à l’initiative de Paul Armagnac, le circuit de Nogaro devient un rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de sports mécaniques. Une pépinière d’entreprises dédiées aux secteurs automobile et aéronautique s’installe autour du circuit et de l’aérodrome. Elle bénéficie d’un centre d’essais, de bureaux d’étude et de centres de formation. C’est d’ailleurs une pépinière d’entreprises soutenue par la région (le Gers n’en compte que trois) et l’Etat la reconnait comme « Pôle d’Excellence Rurale » sous le nom de « Nogaropôle ». Elle s’occupe de production de prototypes de véhicules électriques ou de véhicules utilitaires également électriques. Le « Nogaropôle » n’a jamais réellement marché, et la Chambre Régionale des Comptes a rendu un rapport en 2023 dans lequel elle fustige la gestion, la non-rentabilité et la « gabegie » des dépenses publiques qui y ont été faites.

Toutefois, Paul Armagnac, pilote gascon de renom, est loin de tout çà. Il a doté la Gascogne d’un magnifique circuit automobile.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Chantal ARMAGNAC « Paul Armagnac, un pilote gascon » -Bulletin de la SAHLS du Gers, 2005, pages 316-325.
Le site Paul Armagnac




Le Pont-Long à Pau

le ministère de la guerre Le Pont-Long est une plaine marécageuse située au nord de Pau. D’après un cartulaire du XVe siècle, les Ossalois l’appellent Lo pallong (Le marécage). Justement, il appartient à la vallée d’Ossau.

Le Pont-Long : une plaine pas si tranquille

Ossalois
Ossalois

La plaine du Pont-Long se situe entre le gave de Pau au sud et la rivière du Luy de Béarn au nord. Elle fait 20 kilomètres de long et entre 4 et 10 kilomètres de large. Les marécages y sont nombreux et la plaine a toujours eu la réputation d’être pauvre et insalubre.

Elle est à plus de 30 kilomètres de la vallée d’Ossau et sert de pâture aux troupeaux ossalois pendant l‘hiver. À cause de cela, tout au long de l’histoire, les Ossalois défendent farouchement leur territoire et entrent en conflit permanent avec les villages voisins qui veulent s’agrandir et exploiter les terres.

Les Ossalois ne veulent surtout pas d’agriculteurs au Pont-Long afin de préserver leurs pâturages. D’ailleurs, il n’est pas rare qu’ils viennent en nombre pour faire régner leur loi à coups de bâton. C’est le cas en 1480, lorsque 1 500 Ossalois descendent dans la plaine, abattent et nivèlent un grand nombre de fossés élevés par les habitants, brulent des maisons, emmènent des animaux (c’est le droit de carnalage), massacrent des fermiers. Bien-sûr, les habitants leur intente un procès. Mais, les arbitres désignés, après enquête sérieuse, donnent gain de cause aux Ossalois.

Pourtant, ce droit de pâture fait régulièrement l’objet de contestations car la pression démographique est toujours plus forte. Cette affaire occupe tout le Moyen Âge.  Seuls, les villages de Sendets et d’Uzein obtiennent l’autorisation de s’implanter sur le Pont-Long. Les Palois eux-mêmes ne peuvent labourer leurs terres jusqu’à l’Ousse des bois que grâce à un accord de 1277.

La toute-puissance des Ossalois

On ne connait pas l’origine de la propriété du Pont-Long mais il sert déjà de pâturage avant la création de Pau. Les vicomtes de Béarn doivent composer avec cet état de fait. Ainsi, lorsqu’il veut créer la ville de Pau, Centulle IV (1012-1058) est obligé de négocier des terrains avec les Ossalois.

En 1221, Guillaume-Raymond de Moncade (1166-1224) accorde une charte de coutumes aux Ossalois. En contrepartie, il se fait donner le terrain qui correspond aujourd’hui à l’emplacement du château et de son parc.

Premier accroc à la toute-puissance des valléens, en 1229, la Cort Major décide que les Ossalois doivent fournir des otages au vicomte quand ils entrent au Pont-Long. C’est reconnaitre que le vicomte est seigneur du Pont-Long.

Pau - Place de la Monnaie
Pau, Place de la Monnaie, ancien lieu de rassemblement des troupeaux.

Les procès en contestation de droits se multiplient. Enfin, en 1277, c’est la « paix de Pau ». Les Palois reçoivent l’autorisation de cultiver une partie du terrain. Petit à petit, les Ossalois doivent accorder des droits partiels aux villages voisins : droits de pacage, droits de touja, etc.

Une autre affaire concerne cette fois les habitants de Jurançon qui ont l’habitude de réunir leurs troupeaux sur une place au pied du château de Pau. C’est l’actuelle place de la Monnaie. Or, les terrains appartiennent aux Ossalois et le jugement final reste en leur faveur. La place leur appartient toujours.

Afin de prévenir les conflits, les Ossalois prennent un grand soin de faire confirmer leurs droits à l’avènement de chaque vicomte. On n’est jamais trop prudents !

La fin de l’hégémonie ossaloise sur le Pont-Long

Les villages voisins contestent régulièrement les droits de pâture des Ossalois sur le Pont-Long devant les tribunaux car la pression démographique est de plus en plus forte. En conséquence, la pression sur les terres s’accentue.

Les procès continuent malgré les différents changements de régime (vicomté de Béarn, royaume de France, Révolution de 1789, etc.), notamment avec la ville de Pau.

Il faut attendre un jugement du tribunal civil de Pau en 1828 pour que la propriété immémoriale des Ossalois sur le Pont-Long soit reconnue.

Mais, un autre arrêt de 1837 ne laisse que la moitié du Pont-Long aux Ossalois. L’autre moitié est partagée avec les 31 communes riveraines. Il faut dire que la grande épizootie de 1774 à 1776 a décimé 86 % du bétail de la vallée d’Ossau. La conservation des friches pour le pacage des troupeaux ne peut plus être justifiée. Malgré cette demi-victoire (ou demi-défaite), les Ossalois chantent pour se moquer des Palois :

Ferme du Pont-Long du Syndicat d'Ossau
Ferme du Pont-Long du Syndicat du Haut Ossau

Tu t’ès mau emplegada
De barrar Pal-loung
Dab paus e palissada;
En despièyt deus de Pau
Lou Pal-loung sera d’Aussau.

Tu t’es mal employée
À fermer le Pont-Long
Avec des pieux et une palissade ;
En dépit de ceux de Pau
Le Pont-Long sera ossalois.

Plus tard en 1853, à la demande du canton d’Arudy, on parage le Pont-Long entre le Syndicat du Haut-Ossau (la partie ouest de la route de Bordeaux) et le Syndicat du Bas Ossau (la partie est de la route de Bordeaux) qui vend sa part en 1866.

Le Haut-Ossau continue à faire transhumer ses troupeaux jusque dans les années 1950. Après une période où il a conclu des baux emphytéotiques de 30 ans, le syndicat exploite lui-même les terres agricoles (637 hectares) pour faire bénéficier directement les fermes ossaloises de ses productions.

L’aménagement du Pont-Long

L’hippodrome du Pont-Long occupe la partie est de l’actuelle route de Bordeaux. C’est la ville de Pau qui cède 38 hectares des terrains qui lui appartiennent depuis le jugement de 1837.  L’hippodrome est construit en 1842.

L’hippodrome s’agrandit par acquisition du domaine de Sers, en 1875.  Il connait des campagnes régulières de travaux d’embellissement et d’agrandissement, notamment en 1902, en 1965 et en 1999. Aujourd’hui, l’hippodrome couvre 42 hectares, dispose de moyens modernes et on y organise 239 courses chaque année. Il est ainsi le deuxième de France, derrière celui d’Auteuil, pour les couses d’obstacle.

Hippodrome du Pont-Long à Pau © Wikipedia
Hippodrome du Pont-Long à Pau © Wikipedia

Outre le domaine agricole, exploité directement par le Syndicat du Haut-Ossau, l’ouest de l’actuelle route de Bordeaux permet l’installation de l’aéroport de Pau-Uzein, maintenant appelé Pau-Pyrénées.

Un terrain d’aviation ouvre en 1908 et plusieurs écoles de pilotage s’y succèdent, dont celle des frères Wright. En 1911, 128 hectares de landes sont concédés gratuitement au ministère de la Guerre pour y installer un centre d’aviation militaire. C’est l’aérodrome du Pont Long. En 1937, une base aérienne est installée sur 233 hectares. C’est l’aérodrome d’Uzein.

Le terrain séparant les deux aérodromes est réquisitionné par l’Etat en 1940. Le Gouvernement de Vichy puis les Allemands y effectuent des travaux. Mais, les bombardements alliés puis les Allemands lors de leur départ détruisent les installations.

Assez vite, en 1947, l’école de parachutistes de Lannion s’installe sur l’aéroport de Pont-Long-Uzein.

Aéroport de Pau @ Aéroport Pau
Aéroport de Pau @ Aéroport Pau

Un épisode douloureux du Pont-Long

La base aérienne du Pont-Long sous commandement allemand
La base aérienne du Pont-Long sous commandement allemand

Un champ de tir permet l’entrainement de la garnison au Pont-Long. Les Allemands l’utilisent comme lieu d’exécution des maquisards. Le 25 aout 1944, on y découvre quatre fosses dans laquelle se trouvent 47 cadavres. Ils renferment les corps des maquisards tués lors des combats de juillet et aout 1944.

En effet, le 6 juillet, 1 200 Allemands encerclent 200 maquisards appartenant au Corps-Franc Pommiès, dans le village de Portet près de Garlin. 20 maquisards tombent et 38 autres sont capturés. Emprisonnés à Pau, torturés, ils sont finalement exécutés au Pont-Long.

Stèle du Souvenir au Pont-Long
Stèle du Souvenir au Pont-Long

Le lendemain, 6 autres maquisards sont tués lors de combats à Monein. Ils sont apportés au champ de tir et enterrés dans une fosse commune. D’autres personnes y sont fusillées.

Chaque année, une commémoration a lieu sur la stèle du souvenir.

Triste com lo Pallong

Dans son dictionnaire, Simin Palay nous indique l’expression Triste com lo Palloun (Triste comme le Pont-Long).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Le Pont-long, historique des droits d’Ossau, Pascal Badiolle
Seigneurs, troupeaux et montagnes : la place et le rôle de l’aristocratie dans la société pastorale ossaloise au Moyen Âge, Anne Berdoy
Élaboration et affirmation du discours identitaire exprimé par la culture-tradition en Haut-Ossau, Rémy Berdou




Le camp du Poteau à Captieux

Au sud de la Gironde, en limite des Landes, se trouve le camp du Poteau à Captieux. Bruyant pour ses voisins, il sert de terrain d’entrainement pour les pilotes de chasse.

La ville de Captieux

Captieux - Camp du Poteau (plan de situation) © Geoportail
Captieux – Camp du Poteau (plan de situation) © Geoportail

Capsiuts (Captieux) est une petite ville forestière d’environ 1 400 habitants. Si sa population augmente régulièrement, c’est qu’elle est dans l’aire d’attraction de Bordèu (Bordeaux).

Sa prospérité est liée à la plantation de la forêt des Landes de Gascogne au XIXe siècle. Auparavant, elle était couverte de landes dans lesquelles les Béarnais venaient faire paitre leurs troupeaux pendant l’hiver. C’était d’ailleurs une possession béarnaise.

 

 

Guillaume II de Moncade-Béarn, lors de la conquête de Majorque (1229) © Wikipedia
Guillaume II de Moncade-Béarn, lors de la conquête de Majorque (1229) © Wikipedia

En 1227, elle est le théâtre de « la promesse de Captieux » par laquelle Guilhèm II de Bearn, vicomte de 1224 à 1229, promet au représentant du roi d’Angleterre Henri III (1207-1272) de lui rendre hommage pour le Béarn, le Gabardan, le Brulhois et Captieux lors de sa prochaine venue en Aquitaine. Par cet acte, le Béarn sort de l’orbite aragonaise.

Tout au long du Moyen-âge, Capsiuts est une étape importante sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Située entre Bordeaux et Bayonne, elle était sur la route la plus commode pour éviter de traverser la Grande lande.

Le camp du Poteau

Base américaine au port de Bassens (5 juin 1916) © US Army
Base américaine au port de Bassens (5 juin 1918) © US Army

En février 1918, un détachement du génie forestier américain s’installe en Gascogne pour approvisionner le front en poteaux de bois pour les tranchées. puis, à la fin de la guerre, l’armée américaine regagne les Etats-Unis. Entretemps, les Américains construisent le port de Bassens à Bordeaux pour expédier le bois. Ils le relient à la voie ferrée de Bordeaux à Paris.

Toutefois, il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que, dans le cadre de l’OTAN, le camp du Poteau soit cédé aux Américains. Ils en font un important dépôt de munitions

Le camp du Poteau, c’est près de 10 000 ha et 200 km de voies de circulation. D’abord sont venus les entrepôts du dépôt, suivis des installations pour les troupes et enfin des logements dans deux villes voisines, Bazas et Captieux, pour les familles du dépôt. Les premiers soldats américains et polonais arrivent en 1950.

Le Camp du Poteau à l'époque de l'OTAN
Le Camp du Poteau à l’époque de l’OTAN (1956) DR

Le camp du Poteau, qui tire son nom du lieu-dit sur lequel il s’implante, compte plus de 1000 personnes. Les tentes ne suffisent plus. Alors, 800 ouvriers construisent des bâtiments en dur. Les salaires sont plus élevés qu’ailleurs et la population de Capsiuts augmente fortement.

En 1966, le Général de Gaulle annonce le retrait de la France de l’OTAN et donne l’ordre de départ des troupes américaines du sol français. En conséquence, le camp du Poteau est rendu à la France. Tout le matériel qui n’est pas emporté est vendu aux entreprises locales et aux particuliers.

Les annexes du camp du Poteau

La route départementale venant de Bordeaux ne traverse pas le camp du Poteau. Elle traverse seulement ce qui semble un petit village annexe au camp, à la réputation sulfureuse dans la région. En effet, la présence des militaires attire immanquablement les bars, les restaurants, les établissements de nuit et les maisons de prostitution.

La jeunesse locale, les routiers ou les représentants de commerce viennent aussi s’encanailler. Et les trafics de cigarettes ou de carburant profitent à beaucoup de monde dans la région.

Après le départ des Américains, l’armée française reprend le camp du Poteau. Les bâtiments sont de nouveau occupés.

"L'opération du 12 mars 1987" au Camp du Poteau
« L’opération du 12 mars 1987 » au Camp du Poteau

Ce n’est que le 12 mars 1987 qu’une importante opération policière démantèle le dernier réseau de prostitution à Capsiuts. N’oublions pas que la loi dite de Marthe Richard a interdit les maisons closes quarante ans auparavant !

Ce jour-là, 110 personnes sont interpelées, 84 sont placées en garde à vue, 21 sont inculpées. L’Office central de Répression de la Traite des êtres Humains met fin à la prostitution de mineures et l’exploitation de femmes dans des conditions inimaginables. Le réseau de prostitution a des ramifications jusqu’au Brésil. La dernière affaire est jugée en 1992 au tribunal de Mont-de-Marsan.

La reconversion du camp du Poteau

Le camp du Poteau fait près de 10 000 hectares. On trouve bien vite une utilité à ce vaste terrain.

Il devient un champ de tir et un polygone d’essais qui permet aux avions de chasse de s’entrainer avec des bombes réelles ou des missiles pour préparer les pilotes à des opérations militaires. Équipé de chars d’assaut, de ponts et d’autres équipements particuliers, il est un des plus grands terrain d’entrainement en Europe et l’on y vient de plusieurs pays.

Camp du Poteau - essais d'explosifs
Camp du Poteau – essais d’explosifs

Il peut recevoir des gros avions de transport de type A 400 M sur une piste sommaire. Il propose aussi des cibles mobiles pour l’entrainement des pilotes.

C’est la base aérienne de Mont-de-Marsan qui gère le camp de Capsiuts. Il porte maintenant le doux nom de CTPEC (Champ de tir et polygone d’essais de Captieux). Non loin de là, la base aérienne BA 120 de Cazaux, en Gironde, reçoit des avions qui s’entrainent à Capsiuts et tirent des missiles sur le polygone de tir de Cazaux-Sanguinet.

Les explosions font trembler les murs des maisons des villages voisins. Alors, les habitants demandent des réparations. Heureusement que les exercices ne durent que 10 semaines par an.

Camp militaire de Captieux : l’encombrant voisin des petits villages (vidéo)

Le camp du Poteau sert aussi pour la destruction de stocks de munitions, d’obus non explosés datant de la Seconde Guerre mondiale, et aussi de terrain d’exercice pour la lutte contre les feux de forêts.

Une nature vivante au camp du Poteau

On pense généralement qu’un camp militaire est vide de toute vie animale en raison des explosions. C’est tout le contraire. Les animaux savent s’adapter.

Les sangliers prolifèrent à Capsiuts, à tel point que les riverains s’en plaignent à cause des dégâts occasionnés sur les cultures. Les sangliers sortent du camp pour se nourrir et reviennent ensuite s’y cacher. Là au moins, il n’y a pas de chasseurs.

Les militaires organisent des battues mais elles sont peu efficaces tant les sangliers prolifèrent. Finalement, on trouve une solution. En 2004, la Société Cynégétique Militaire de Mont de Marsan – Captieux est créée à partir de l’amicale des chasseurs de la base aérienne de Mont-de-Marsan. Elle gère la population des sangliers sur les deux sites. Les plaintes des riverains se font bien moins nombreuses.

Le Camp du Poteau et les sangliers © Société Cynégétique Militaire de Mont de Marsan - Captieux
Le Camp du Poteau et les sangliers © Société Cynégétique Militaire de Mont de Marsan – Captieux

Capsiuts est aussi un site NATURA 2000. C’est un des rares endroits où subsistent des landes marécageuses telles qu’on pouvait les connaitre avant les plantations de pins du XIXe siècle. Des oiseaux y ont élu domicile comme l’alouette des champs, le courlis cendré, le pipit des prés, la fauvette pitchou ou encore la grue cendrée.

C’est le programme européen LIFE nature/ARMY auquel participe le camp de Capsiuts.

Grues centrées © Natura 2000 - camppoteau-aquitaine
Grues centrées © Natura 2000 – © camppoteau-aquitaine

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Société de chasse de Mont-de-Marsan et Captieux : SCMMC-HISTORIQUE
Camps militaires et NATURA 2000
Gilles GRANDEAU : « De la lande ancienne à Callen au Camp du poteau », Bulletin de la Société de Borda, 3e trimestre 2025.




Arette, aout 1967

Le village d’Arette est une bourgade tranquille de la vallée de Barétous. Son destin bascule dans la nuit du 13 aout 1967.

Le Barétous, une vallée bien tranquille 

La Vallée du Barétous © miettesdailleurs.be
La Vallée du Barétous © miettesdailleurs.be

Avec la vallée d’Ossau et la vallée d’Aspe, la vallée de Barétous est une des trois vallées de la montagne béarnaise. C’est la plus petite des trois et elle ne compte que quatre communes.

Areta (Arette) se situe dans la vallée de Varetons (Barétous) et est frontalière avec l’Espagne. L’essentiel de ses activités concerne la forêt, l’élevage et les estives. Elle compte 1 055 habitants en 1967. Aujourd’hui, la population a peu varié, ce qui est assez rare pour une commune de montagne, même si la population âgée y est prépondérante.

La « Maison du Barétous » se situe d’ailleurs à Areta et présente des collections permanentes liées au pastoralisme.

Le fromage Ossau-Iraty © Matocq
Le fromage Ossau-Iraty © Matocq

Areta fait partie de l’appellation de l’ Ossau-Iraty. C’est un fromage au lait de brebis, à pâte pressée non cuite qui bénéficie d’une AOP depuis 1996 (la première AOC date de 1980).

La production de lait de brebis s’intensifie à partir de 1900 pour servir à la fabrication du Roquefort. La consommation de ce fromage baisse dans les années 1970 et les activités se recentrent sur le Tarn et l’Aveyron. Cela amène les éleveurs pyrénéens à se regrouper et à se lancer dans l’aventure de l’Ossau-Iraty.

Areta est aussi la patrie du Félibre Henri Pellisson (1848-1912), membre de l’Escòla Gaston Febus et auteur de poésies remarquables primées aux Jeux Floraux de Toulouse. Il signe ses œuvres : Lou Felibre de Barétous.

Le développement du sport à Arette

Montée impossible 2025 © Arettte64
Montée impossible 2025 © Arettte64

On connait Areta pour son épreuve de « la montée impossible » au cours laquelle des motards s’affrontent pour gravir une pente de 230 mètres de long et de 70 à 82 % d’inclinaison. Inutile de dire que peu de motards parviennent jusqu’au sommet.

La commune abrite aussi la Pèira de Sent Martin (La Pierre Saint-Martin) où se déroule chaque année, le 13 juillet, la cérémonie du « Tribut des Trois vaches » ou « Junte de Roncal » au cours de laquelle les quatre maires de la vallée du Barétous remettent trois vaches aux maires de la vallée de Roncal en Espagne. Le traité a plus de 600 ans et c’est le plus vieux encore connu en Europe.

La Pèira de Sent Martin, c’est aussi une station de ski moderne qui a vu le jour lorsque la commune décide d’installer deux téléskis en 1961. Il faut monter le matériel à dos de mulets, créer des routes, alimenter la station en eau potable sans nuire aux activités pastorales. Ce sont les bergers qui s’occupent des premières remontées mécaniques.

La station offre 20 pistes de skis et seulement 3 000 lits pour une fréquentation quotidienne de 4 500 skieurs.

Station de ski de la Pierre-Saint-Martin © Pyrénées Béarnaises
Station de ski de la Pierre-Saint-Martin © Pyrénées Béarnaises

Le massif de La Peira de Sent Martin est aussi un haut lieu de la spéléologie. À cheval sur la frontière franco-espagnole, on y trouve des gouffres parmi les plus profonds du monde. La salle de la Verna, ouverte au public, mesure 245 mètres de diamètre et 194 mètres de haut. Elle pourrait contenir six fois la cathédrale de Paris !

Soudain, la catastrophe

Arette séismeNous sommes au mois d’aout 1967. Les rues d’Areta grouillent de monde. Il fait chaud et les gens sont sortis dans la rue pour profiter un peu de la fraicheur de la soirée.

Soudain, à 11 h 08, survient un tèrratrem (séisme) de magnitude 5,5. Une première secousse est suivie d’une seconde plus intense. L’épicentre se trouve à 10 kilomètres de profondeur, non loin d’Areta. La secousse dure 6 secondes et détruit une grande partie du village ; elle cause des dégâts importants aux commune voisines.

Le clocher d’Areta s’effondre ainsi que plusieurs maisons. Par chance, le séisme ne fait qu’un mort. Il s’agit d’une vielle dame, restée chez elle, sur laquelle sa maison s’est effondrée. Il y a aussi une vingtaine de blessés.

Les Pyrénées, une zone fortement sismique

Los Pirenèus (Les Pyrénées) subissent plusieurs centaines de séismes par an. Mais, la population les ressent à peine. Toutefois, celui d’Areta est un des plus violents. Même s’il n’a aucune mesure avec le séisme de 1660 qui détruisit Banhèras (Bagnères de Bigorre,) celui de 1750 qui ravagea Lorda (Lourdes) ou encore celui de 1854 à Arguilèrs (Argelès-Gazost).

Carte de « densité sismique » des Pyrénées. La couleur représente le nombre de séismes enegistrés sur 30 ans dans un rayon de 5 km © RSSP
Carte de « densité sismique » des Pyrénées. La couleur représente le nombre de séismes enregistrés sur 30 ans dans un rayon de 5 km © RSSP

Le séisme est ressenti per Gasconha tota (dans toute la Gascogne) et en Espagne. Des répliques ont lieu dans les jours suivants : cinquante le 14 aout, huit le 15 aout, onze le 16 aout. Trois ou quatre secousses suivent chaque jour, puis leur nombre diminue jusqu’au mois de Septembre.

Le séisme a un fort retentissement. Dès le lendemain, le Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi vient constater les dégâts. Il s’agit d’un certain Jacques Chirac.

Il faut dire que le bilan du séisme est lourd. Outre les victimes, 62 communes sont déclarées sinistrées, 2 283 immeubles sont atteints, dont 340 irréparables.

Les secours s’organisent

Arette - déclenchement du Plan ORSEC © Sud-Ouest
Arette – déclenchement du Plan ORSEC © Sud-Ouest © BCSF

Le village n’a plus d’électricité. Les gravats, les poutres, les ardoises, les pierres, le mortier… jonchent les rues.

Le Maire d’Auloron-Senta Maria (Oloron-Sainte-Marie) ouvre le lycée de la ville pour héberger les sinistrés. La plupart des nombreux vacanciers quittent précipitamment Areta pour rentrer chez eux. Ceux qui sont restés sont rassemblés sur la place de l’église, loin des habitations qui continuent à s’écrouler.

Le 14 aout, les derniers vacanciers sont évacués, les colonies de vacances vidées de leurs occupants. Seuls restent les habitants d’Areta qui couchent à la belle-étoile tant leurs maisons sont endommagées.

Le 16 aout, la préfecture déclenche le plan ORSEC. Des militaires, venus en renfort, préparent des repas pour les 800 habitants restés sur place. L’école devient une cantine. Des tentes sont installées dans les prairies voisines, les matelas disposés à même le sol.

Les tentes de premier secours
Les tentes de premier secours © BCSF

Les P.T.T. installent des lignes téléphoniques provisoires qui s’avèrent insuffisantes, tant les appels et les télégrammes de soutien sont nombreux.

Comme toujours en pareil cas, une foule de curieux afflue à Areta, qui pour prendre des photos, qui pour envoyer une carte postale depuis le village ravagé. D’autres viennent piller le village, encadrement des portes, éviers en marbre d’Arudy, etc. Tout ce qui peut avoir de la valeur est rapidement emporté.

Finalement, on installe un barrage sur la route qui mène à Areta. Pour passer, il faut un laisser-passer délivré par le maire du village ou par le sous-préfet d’Oloron-Sainte-Marie.

La reconstruction d’Arette

Carte des dommages des bâtiments (R : 100%, J : partiel, V : 0%)
Carte des dommages des bâtiments à Arette (R : 100%, J : partiel, V : 0%) © BCSF

Une antenne de la préfecture est installée dans ce qui reste de la mairie pour diriger les travaux de déblaiement. Le Génie militaire, les CRS, les gendarmes, les pompiers, les P.T.T. et la Croix-Rouge sont à l’œuvre. Hélicoptères, bulldozers et pelles mécaniques entrent en action.

On déblaie les rues, on rase les maisons qui menacent de s’écrouler.

La pluie s’en mêle. Le sol devient boueux et glissant. Les matelas sous les tentes deviennent humides. La mairie réquisitionne plusieurs personnes pour traiter et éplucher la montagne de courrier acheminé par les P.T.T. Lettres et télégrammes de soutien, chèques et colis affluent de partout.

Les chalets provisoires
Les chalets provisoires © BCSF

En prévision de l’hiver, on installe des Algeco. Puis, au printemps suivant, on met à disposition des chalets mieux équipés.

Il faut du temps mais, finalement, Areta est entièrement reconstruit. La commune retrouve son style béarnais ; les maisons neuves sont solides et bien équipées de tout le confort moderne. Il n’y a plus de masures comme avant le séisme du 13 aout 1967.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle de 1990

Références

BCSF – Détails du séisme

Xavier PIOLLE, Le tremblement de terre d’Arette, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, 1968, tome 39, pages 369 à 396.




Pétronille, la comtesse aux cinq maris

La comtesse Pèirona de Bigòrra (Pétronille de Bigorre en français) a eu cinq maris. Rien d’extraordinaire tant la mortalité au Moyen-âge était élevée. Toutefois, les enfants issus de ces différents mariages vont se déchirer pour recueillir l’héritage. Cela aura des conséquences graves pour toute la Gascogne.

Comment Pétronille devient comtesse de Bigorre

Bernard IV de Commnges
Bernard IV de Comminges ( – 1225)

Pétronille nait à Muret en 1184. Elle est la fille de Bernat IV de Comenges (Bernard IV de Comminges) et de la comtesse Beatritz III de Bigòrra (Béatrix III de Bigorre).

Ce mariage est une excellente affaire pour Bernard IV. En effet, son comté est étroit et allongé. Il lui amène la Bigorre, le Marsan dont Béatrix est vicomtesse et le val d’Aran. Il contrôle ainsi les principaux ports vers l’Aragon et c’est bon pour le commerce.

De plus, cela lui donne une certaine liberté. En effet, pour Muret et Samatan, il dépend du comte de Toulouse. Pour la Bigorre et le val d’Aran, il dépend du roi d’Aragon. Finalement, ça l’arrange bien parce qu’il reste neutre dans le conflit qui oppose les comtes de Toulouse et les rois d’Aragon au sujet de Montpellier et de la Provence

La Bigorre dans le contexte politique de la Gascogne du 12è s.
La Bigorre dans le contexte politique de la Gascogne du 12è s.© Wikipedia

Château comtal de Tarbes - donjon démoli en 1899
Château comtal de Tarbes – donjon démoli en 1899

Pèirona (Pétronille) passe son enfance à Muret. Comme Béatrix ne donne pas de garçon à Bernard IV, il la répudie tout simplement et la renvoie en Bigorre avec sa fille. Alors, le roi d’Aragon intervient et oblige Bernard à renoncer à la Bigorre en faveur de sa fille. Béatrix est dépossédée et Pétronille devient comtesse en 1194.

Un peu plus tard, en 1196, le roi d’Aragon, suzerain de Bigorre et du Béarn, impose le mariage de Pétronille avec Gaston VI, vicomte de Béarn.

Pétronille sous la tutelle aragonaise

Ce mariage est une aubaine pour toutes les parties. Béarn et Bigorre sont réunis, le Marsan entre dans la famille de Béarn qui possède déjà le Gabardan et le roi d’Aragon récupère le val d’Aran.

Mais, Pétronille et Gaston VI sont cousins. Normalement, ils ne peuvent pas se marier car l’Église interdit les unions jusqu’au 7e degré de parenté. Heureusement, elle sait fermer les yeux quand ça l’arrange.

Toutefois, cette union est sans postérité quand Gaston VI meurt en 1214.

Jacques Ier d'Aragon
Jacques Ier d’Aragon

Jacques Ier d’Aragon qui vient de succéder à son père Pierre II tué à la bataille de Muret en 1213 veut garder la suzeraineté sur le Béarn et la Bigorre que Simon de Montfort voudrait récupérer pour lui. Alors, il décide en 1216 de marier Pétronille avec Nuño-Sanche, comte du Roussillon. Ils ont fait connaissance en 1213 lorsque Nuño-Sanche est venu à Morlaàs prendre la tête des contingents béarnais et bigourdan pour la bataille de Muret.

Mais, l’Église casse aussitôt le mariage au motif qu’il contrevient aux « Statuts de Pamiers » édictés par Simon de Montfort (défaut de consentement de Simon de Montfort en cas de mariage).

Pétronille dans le clan des Montfort

Armoiries de Guy de Montfort © Wikipedia
Armoiries de Guy de Montfort © Wikipedia

Simon de Montfort a ravagé le Comminges et occupe quelques villages de Bigorre. En 1215, le comte d’Armagnac et de Fezensac fait hommage à Simon de Montfort. Cernée au nord et à l’Est, la Bigorre se trouve dans une position inconfortable.

Pressée par les évêques de Tarbes, de Comminges et du Couserans, Pétronille se voit forcée de se marier avec Guy de Montfort, fils cadet de Simon de Montfort. Le mariage est célébré en grandes pompes à la cathédrale de Tarbes, le 6 novembre 1216.

Armoiries d'Aymeric de Rancon
Armoiries d’Aymeric de Rancon

Ironie de l’histoire, au moment du mariage, le château de Lourdes est dans les mains de Nuño-Sanche, le précédent mari de Pétronille. Bien sûr, Guy de Montfort assiège le château, mais il ne peut le prendre. Pétronille suit son mari à Toulouse. Or, Guy de Montfort meurt pendant le siège de Castelnaudary, le 20 juillet 1220.

Pour ne pas perdre l’héritage de la Bigorre et du Marsan, la famille Montfort marie aussitôt Pétronille à un seigneur limousin, Aymeric de Rancon moyennant de sa part une clause de renonciation à l’héritage de la Bigorre. Mais, à son tour, il est tué en 1226 pendant le siège d’Avignon.

Armoiries de Boson de Matha
Armoiries de Boson de Matha

Pétronille se marie pour la 5e fois en 1227 avec un seigneur charentais, Boson de Matha qui disparait en 1347.

La difficile succession de Pétronille

Pétronille meurt en 1251 et laisse trois filles : Alix et Pétronille de Montfort ainsi que Mathe de Matha.

Alix de Montfort est mariée à un seigneur charentais, Esquivat de Chabanais, Pétronille de Montfort à Raoul de la Roche-Tesson, un seigneur d’Ile de France, et Mathe de Matha épouse Gaston VII de Béarn. Elle lui apporte le Marsan et le Nébouzan (enclave de Saint-Gaudens en Comminges) qui ne quitteront plus l’influence béarnaise.

Pétronille de Comminges et sa descendance
Pétronille de Bigorre – Comminges et sa descendance directe

Dans la succession, c’est l’ainée, Alix de Montfort qui doit hériter de la Bigorre. À sa mort, c’est son fils Esquivat de Chabanais (il a le même prénom que son père) qui doit hériter.

Simon V de Montfort
Simon V de Montfort

Or, quelques années plus tôt, Simon V de Montfort (un fils de Simon de Montfort mort sous les murs de Toulouse pendant la guerre contre les Albigeois) a rejoint le camp anglais. Il est nommé Sénéchal en Gascogne pour ramener l’ordre. Profitant de son lien de parenté avec Pétronille, il se fait donner la Bigorre pour le compte d’Henri III d’Angleterre. Lorsque Esquivat devient comte, la Bigorre est tellement endettée qu’il l’engage, moyennant finances, à Simon V de Montfort, décidément incontournable..

L’église du Puy en Velay prétend alors à la Bigorre suite à une soi-disant donation d’un ancien comte de Bigorre en pèlerinage auprès de Notre-Dame du Puy. On sait maintenant que le document exhibé est un faux fabriqué par Henri III d’Angleterre qui rachète à l’église du Puy ses prétendus droits sur la Bigorre.

Décidément, la Bigorre intéresse beaucoup de monde. En tous cas, les conditions sont réunies pour un conflit généralisé.

L’agitation autour de la Bigorre

En 1256, Gaston de Béarn prétend que sa femme Mathe est la comtesse de Bigorre selon le testament de Pétronille, et Esquivat de Chabanais doit donc être déchu de son titre. Il réunit une armée et envahit la Rivière-Basse, vaste plaine du nord de la Bigorre, entre Maubourguet et Castelnau Rivière-Basse.

Le comte de Foix se propose pour abriter le conflit. Il est vrai que l’union entre Foix et Béarn est en marche avec le projet de mariage de leurs enfants. L’affaire se termine par une paix générale. Gaston VII garde la Rivière-Basse.

Profitant d’une disgrâce de Simon V de Montfort en Angleterre, Gaston de Béarn et son nouvel allié de Foix s’unissent à Esquivat de Chabanais pour envahir la Bigorre. C’est la guerre de Tarbes de 1260. Simon V de Montfort ne conserve que le château de Lourdes.

Le comte de Comminges voit cette alliance d’un mauvais œil. Voulant récupérer le Nébouzan appartenant à Gaston VII, il attaque les environs de Saint-Martory en 1263. La réaction ne se fait pas attendre et il est sévèrement battu.

Simon V de Montfort meurt en 1265. Sa femme cherche un asile pour ses enfants et se rend auprès d’un parent en Champagne. C’est alors qu’elle fait don de la Bigorre à Thibaud II, comte de Champagne qui se trouve être en même temps roi de Navarre.

Le roi de Navarre s’assure du château de Lourdes qu’Esquivat et Gaston VII assiègent sans succès. Thibaud II de Navarre vient en personne prendre possession de la Bigorre à la fin de 1265.

Dernier arrivé, premier servi

Philippe IV le Bel, BNF, MS lat. 8504
Philippe IV le Bel, BNF, MS lat. 8504

Roi d’Angleterre, église du Puy en Velay, roi de Navarre, famille de Montfort, Esquivat de Chabanais, Gaston VII de Béarn, … cela fait beaucoup de prétendants au comté de Bigorre.

Tout le monde s’agite, si bien que le roi de France Philippe IV, dit Philippe le Bel décide de calmer le jeu en mettant la Bigorre sous séquestre dans l’attente d’un procès qui définira quel en est le véritable comte. Inutile de préciser que le procès sera très long et qu’en fin de course, la Bigorre reviendra au roi de France en 1302.

Comme lors de la croisade contre les Albigeois, c’est le roi de France, arrivé en dernier, qui rafle la mise !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Pétronille de Bigorre, Alain DELPECH, J&D Editions, 1996.




La soupe, la garbure

La soupe est le repas de base pendant des millénaires. Elle est bien connue en Gascogne où on la trouve parfois sous le nom de garbure.

Les débuts de la soupe

La soupe serait l’un des plus vieux plats de l’humanité puisqu’il semblerait que nos ancêtres de la préhistoire faisait chauffer de l’eau en y mettant dedans des os, de la viande, du poisson, des racines, des végétaux, des graines. On a d’ailleurs retrouvé certains de ces récipients datant du Néolithique (-12 000, – 2500).

Sylvie Campech
Sylvie Campech

À l’Antiquité, on va y ajouter des céréales. D’ailleurs, on remonte le moral des troupes athéniennes avec de la soupe de lentilles. Dans le sud-ouest, comme l’explique l’archéologue culinaire toulousaine Sylvie Campech, on cultive surtout le millet. Et, grâce à la meule rotative inventée par les Catalans, on fait du pain.

Les Romains aiment la soupe de vin et la soupe noire, soupe de viande (gibier, volaille…) très poivrées et parfumées de miel, de vin et d’herbes. Ils ont apporté leurs habitudes dans leurs conquêtes. Selon Sylvie Campech, les gens du sud-ouest en ont gardé un gout prononcé pour les épices. Ils ajoutent volontiers du poivre dans l’Antiquité, du poivre et du gingembre au Moyen Âge.

Justement, au Moyen Âge, on appelle « soupe » (du latin suppa voulant dire « tremper ») la tranche de pain qu’on arrose d’un bouillon. Ainsi, on trempe la soupe, une expression restée vive dans les campagnes. Mais, si la soupe est le plat principal des paysans et des artisans, elle se sert aussi chez les nobles.

Les variétés de soupes

Instruction pour les jardins fruitiers et potagers. Tome 1 / , avec un traité des orangers, suivy de quelques reflexions sur l'agriculture. Par feu Mr de La Quintinye, directeurs de tous les jardins fruitiers & potagers du Roy.
Mr de La Quintinye, directeur de tous les jardins fruitiers & potagers du Roy, portrait extrait de l’Instruction pour les jardins fruitiers et potagers. Tome 1 © Gallica

Le roi Henri IV aurait dit vers 1600 à son compagnon Maximilien de Béthune, duc de Sully : « Si Dieu me donne encore de la vie, je ferai qu’il n’y aura point de laboureur en mon royaume qui n’ait moyen d’avoir une poule dans son pot. ». Il faut dire que la poule au pot, c’est le plat des jours de fêtes. Et d’ailleurs, elle ne se présente pas comme ça, servie dans une soupière.

Simin Palay, dans son célèbre livre Cuisine du pays, propose une présentation au naturel : la poule est servie entière, entourée de ses légumes. Un convive devra alors montrer son savoir-faire pour la découper. Ou encore, l’auteur propose de la servir à la mayonaise, au riz, aux olives, à la tomate, panée, ou en gelée.

À la Cour de Louis XIV (1638-1715), le potage (soupe qu’on fait cuire dans un pot) est à la mode. D’ailleurs, en 1683, le roi demande à Jean-Baptiste de La Quintinie, originaire de la province de la Marche, de créer le « Potager du Roi ». À noter, cet homme avait abandonné le barreau pour se consacrer au jardinage. Ce beau jardin est classé monument historique.

Plus tard, les potagers, cuisiniers chargés de préparer les potages de la Cour, durent inventer tout un tas de variantes pour plaire à Louis XV, très amateur de légumes.  Ainsi, ils créent les veloutés en ajoutant un peu de crème en fin de cuisson, les consommés en clarifiant le bouillon de volaille, etc. Des variantes qui ne pénètreront que très peu la Gascogne.Mr de La Quintinye, directeurs de tous les jardins fruitiers & potagers du Roy

La garbure

Le mot garbura est attesté dès le XIIe siècle. C’est une forme de soupe particulière. On versait sur des tranches de pain rassis un bouillon où avaient cuit du chou vert, de préférence gelé, des fèves, des pois, des raves et quelques haricots.

D’où vient le mot ? Il y a eu plusieurs propositions. Certains y ont vu le mot wisigoth Ward Burt, un plat à base de jeunes pousses de chou vert. D’autres, le mot castillan garbias un ragout qui n’a rien à voir avec la garbure. Bref, on ne sait pas et le plus probable serait une origine préromane. C’est ce que signale le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL).

En tous cas, dans le sud-ouest de la France, on trouve la garbure sous cette appellation un peu partout, surtout en Béarn et en Bigorre. Elle prend des appellations différentes dans le reste de la Gascogne et jusqu’en Aveyron et en Ariège.

La recette

Il n’y a pas une seule recette, car, bien sûr, chacun va l’adapter. De plus, elle va évoluer au cours du temps. Effectivement, cette soupe épaisse – la cuillère doit s’y tenir droite – va s’enrichir de pommes de terre à partir du XVIIIe siècle. Dans quelques endroits, on y ajoute des miques / micas.

Joan-Francés Tisner donne la recette de la garbure
Joan-Francés Tisner © Georges Souche

Plus tard, on y ajoute un morceau de lard frotté avec de l’ail, des couennes, ou un morceau de coustou / coston (travers de porc). Depuis le milieu du XXe siècle, on y met une cuisse de confit d’oie ou de canard. On peut trouver aujourd’hui des garbures plus fantaisistes avec des châtaignes ou des gésiers. Mais, le point commun reste une cuisson longue visant à confire viandes et légumes.

Le chanteur Jean-François Tisner vous donne une recette. « La garbura qu’ei pomas de tèrra, mongetas, lo garròt deu jambon, lo caulet blanc sustot pomat, lescas de jambon, mes espés, un tròç de jambon entà har la bona, bona garbura. Dab peberina, estragon, peirassilh, alh, ceba. » (La garbure est des pommes de terre, des haricots, le jarret du jambon, le chou blanc bien pommé, des tranches de jambon, mais épais, un morceau de jambon pour faire la bonne, bonne garbure. Avec du thym, de l’estragon, du persil, de l’ail, de l’oignon.)

La garbure, une référence

Simin Palay nous met en garde sur la facilité apparente de la préparation de la garbure.  » Chaque saison conditionne cet excellent potage, car il n’y entre que des légumes frais cueillis. C’est pourquoi les garbures confectionnées dans les grandes villes avec des légumes fatigués, plus ou moins aigris, ne sont que des contrefaçons. »

Henri Combet, restaurateur, champion du monde de garbure, utilise 4 à 6 litres d’eau (de source de préférence), 5 à 6 pommes de terre d’Aydires ou Beauvais, un jarret de jambon séché, 4 manchons de canard confits pour la garbure + un manchon par personne, un chou cavalier ou autre chou vert, 4 oignons de Trébons ou similaires, 3 gousses d’ail, 2 cuillerées de graisse d’oie, et des herbes aromatiques (thym, marjolaine, sel, poivre moulu frais ou piment séché).

Le proverbe de la garbure

Comme tout le monde dans le sud-ouest connait la garbure, l’attention qu’il faut pour sa préparation, le besoin de bien laisser mijoter, on en a fait un proverbe.

La vertat qu’ei com la garbura. Si la vòs bona e sabrosa, que la cau saber adobar.
(La vérité c’est comme la garbure, si tu veux qu’elle soit bonne et savoureuse, il faut savoir l’apprêter).

Cet arreproèr (proverbe) rappelle qu’une bonne garbure demande de choisir avec soin les ingrédients et de les assembler avec gout.  De la même façon, la vérité est plus savoureuse si on choisit les mots et le récit pour la raconter. Et il est vrai que reconter est un délice gascon.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

12 recettes très anciennes, Sylvie Campech, 2022.
Instruction pour les jardins fruitiers et potagers. Tome 1 / , avec un traité des orangers, suivy de quelques reflexions sur l’agriculture. Par feu Mr de La Quintinye, directeurs de tous les jardins fruitiers & potagers du Roy. Nouvelle édition reveue et corrigée. Augmentée d’une instruction pour la culture des fleurs. La Quintinie, Jean de (1626-1688).
La soupe, le plat qui nous a nourrit durant des siècles, Louise de Murard, 2023.
« La Garbure », Regards croisés sur quelques pratiques alimentaires en Europe, Jean-Claude Sergeant, 2001
Garbura, Joan Francés Tisnèr




Michel de Montaigne

Michel de Montaigne est originaire du Périgord. Issu d’une famille gasconne, il est juge au Parlement de Bordeaux avant de devenir maire de cette ville. Humaniste, philosophe, il joue un rôle essentiel dans les guerres de religion qui frappent le pays.

La famille de Michel de Montaigne

Michel de Montaigne (1533-1592)
Michel de Montaigne (1533-1592)

Michel Eyquem, seigneur de Montaigne (1533-1592) vient d’une famille de négociants bordelais enrichis par le commerce de la morue.

Son grand-père achète la seigneurie de Montaigne en Périgord. Elle se situe tout près de Castilhon de Dordonha (Castillon-la-Bataille). Son père participe aux guerres d’Italie aux côtés de François 1er. D’ailleurs, c’est à cette occasion qu’il est anobli.

Son père l’éduque selon les principes de l’humanisme. Il part étudier la grammaire et la rhétorique au collège de Bordeaux. La discipline y est dure. Dans ses Essais, il dit : « C’est une vraie geôle pour une jeunesse captive. Arrivez-y sur le point de leur office ; vous n’oyez que cris, et d’enfants suppliciés, et de maitres enivrés en leur colère.. Quelle manière pour éveiller l’appétit envers leur leçon, à ces tendres âmes et craintives, de les y guider d’une trogne effroyable, les mains armées de fouets ! ».

Il fait ensuite des études de droit, mais on connait mal cette période. Toujours est-il qu’en 1554, il reprend la charge abandonnée par son père en tant que Conseiller à la Cour des Aides de Périgueux (cour d’appel compétente en matière fiscale). Son père devient Maire de Bordeaux pour deux ans.

Malgré tout, Michel de Montaigne garde un bon souvenir de l’éducation donnée par son père. Dans les Essais, il dit à ce propos : « La pensée de mon père visait aussi à une autre fin : m’accorder avec le peuple et cette classe d’hommes qui a besoin de notre aide, et il estimait que je devais être obligé à regarder plutôt vers celui qui me tend les bras que vers celui qui me tourne le dos […] Son dessein n’a pas mal réussi du tout : je me dévoue volontiers envers les petits ».

Une carrière de magistrat

La Cour des Aides de Périgueux disparait en 1557. Comme elle dépend du Parlement de Bordeaux, Michel de Montaigne entre dans cette institution en tant que Conseiller dans une Chambre des enquêtes.

Là, il retrouve son oncle et deux cousins, ainsi que le grand-père, le père et le frère de sa future femme. Une affaire de famille en quelque sorte.

La charge de Conseiller au Parlement ne comporte pas que des fonctions judiciaires. Il a aussi une fonction politique auprès de la Cour du Roi et un rôle de diplomate. C’est ainsi que Michel de Montaigne se rend plusieurs fois à la cour de Henri II (roi de 1547 à 1559), de François II (roi de 1569 à 1570) et de Charles IX (roi de 1560 à 1574).

La rencontre avec Étienne de la Boétie

De la servitude volontaire par Étienne de la Boétie
De la servitude volontaire par Étienne de la Boétie

Au Parlement de Bordeaux, Michel de Montaigne rencontre Étienne de la Boétie (1530-1563) lui aussi humaniste et écrivain. Ils se lient d’une très grande amitié comme on n’en rencontre qu’« une fois en trois siècles ».

Malheureusement, quatre ans plus tard, Étienne de la Boétie meurt et Michel de Montaigne, qui admire son ainé, va perpétuer son souvenir en publiant ses œuvres et en poursuivant un dialogue écrit entre eux qui aboutira à ses fameux Essais.

Il est très affligé par la mort d’Étienne de la Boétie. Michel de Montaigne se marie en 1565. Son père meurt en 1568 en lui laissant une fortune considérable, qui le conduit à abandonner sa charge au Parlement de Bordeaux dès 1570 pour devenir écrivain.

Michel de Montaigne, soldat, diplomate et voyageur

Les tours du château Saint-Michel de Montaigne © Wikipedia
Les tours du château Saint-Michel de Montaigne © Wikipedia

Après avoir quitté sa charge de Conseiller au Parlement de Bordeaux, Michel de Montaigne se retire dans ses terres de Montaigne, d’où il est souvent rappelé par le roi pour combattre dans l’armée ou effectuer des missions diplomatiques.

Ainsi, il participe aux Guerres de religion, mais en blâme les cruautés : « Je pouvais avec peine me persuader, avant de l’avoir vu, qu’il eût existé des âmes si monstrueuses […] pour inventer des tortures inusitées et des mises à mort nouvelles, sans inimitié, sans profit et à seul fin de jouir de l’amusant spectacle des gestes et des mouvements pitoyables, des gémissements et des paroles lamentables d’un homme mourant dans la douleur ».

 

Journal de voyage de Michel de Montaigne @ Gallica
Journal de voyage de Michel de Montaigne (1580-1581) @ Gallica

Diplomate, il est en charge de plusieurs négociations importantes, notamment entre Henri de Navarre et le roi de France. Fervent catholique, il devient pourtant, grâce à ses missions diplomatiques, l’ami d’Henri de Navarre qu’il héberge plusieurs fois dans son château.

Atteint de coliques néphrétiques, Michel de Montaigne fréquente les bains des Eaux-Chaudes, de Dax, de Bagnères de Bigorre et de Barbotan. Puis il décide d’un long voyage à travers l’Europe. Dans ses Essais, il écrit : « Faire des voyages me semble un exercice profitable. L’esprit y a une activité continuelle pour remarquer les choses inconnues et nouvelles, et je ne connais pas de meilleure école pour former la vie que de mettre sans cesse devant nos yeux la diversité de tant d’autres vies, opinions et usages ». Il rédige un Journal de voyage qui est retrouvé par un chanoine en 1770.

En 1581, il est aux thermes de Lucques en Italie. C’est là qu’il apprend qu’il est élu Maire de Bordeaux.

Michel de Montaigne, maire de Bordeaux

Michel de Montaigne est élu Maire pour deux ans : « Messieurs de Bordeaux m’élurent maire de leur ville alors que j’étais éloigné de la France et encore plus éloigné d’une telle pensée. Je refusai, mais on m’apprit que j’avais tort, l’ordre du roi intervenant aussi en l’affaire ». Ses talents de négociateur, son honnêteté, son impartialité et ses bonnes relations avec le roi de France et Henri de Navarre l’ont servi pour cette nomination.

Pendant son mandat, il se dépense sans compter pour garder Bordeaux en paix. Le Parlement se divise entre catholiques et ultras. Au dehors, les Guerres de religion font rage. La situation politique est tendue entre le Maréchal de Matignon, lieutenant du roi en Guyenne, et Henri de Navarre, gouverneur militaire de la province.

Bordeaux (carte publiée par Braun & Hogenberg en 1572)
Bordeaux (carte publiée par Braun & Hogenberg en 1572)

Michel de Montaigne réussit tellement bien sa mission qu’il est réélu pour un second mandat de deux ans, ce qui est extrêmement rare à l’époque. Avant lui, ce n’est arrivé que deux fois.

À quelques semaines de la fin de son deuxième mandat, la peste se déclare à Bordeaux et fait 14 000 victimes en six mois. Michel de Montaigne est absent de la ville et se garde bien d’y retourner. Il ne participe même pas à l’installation de son successeur.

Les derniers mois

Cénotaphe de Michel de Montaigne (fin XVIème s.)
Cénotaphe de Michel de Montaigne (fin XVIème s.)  © https://pop.culture.gouv.fr/

La guerre et la peste se rapprochent de son domaine de Montaigne. Il part avec sa famille pour une errance de six mois. Quand il revient, il trouve son domaine entièrement dévasté. Il rejoint cependant Paris pour faire imprimer sa 3e édition des Essais. La route est dangereuse. D’ailleurs, il est fait prisonnier par des protestants à Angoulême et se retrouve enfermé une journée à la Bastille. À chaque fois, il doit sa libération à l’intervention de grands personnages qu’il a côtoyés dans ses négociations.

Michel de Montaigne meurt dans son château en 1592 à l’âge de 59 ans. On l’inhume dans l’église des Feuillants de Bordeaux. « Après avoir heureusement vécu, il est heureusement mort ».

Les Essais

Exemplaire de l’édition de 1588 – connu sous le nom d’Exemplaire de Bordeaux – sur lequel l’auteur a accumulé corrections et additions jusqu’à sa mort en 1592 Wikipedia
Exemplaire de l’édition de 1588 – connu sous le nom d’Exemplaire de Bordeaux – sur lequel l’auteur a accumulé corrections et additions jusqu’à sa mort en 1592 © Wikipedia

Les Essais sont l’œuvre majeure de Montaigne. La première édition date de 1580 à Bordeaux. La dernière est posthume et date de 1595 à Paris. Ils sont écrits en français et non en latin.

Divisé en trois tomes et 27 chapitres, le livre traite de différents sujets comme la médecine, les arts, les livres, l’histoire, les affaires domestiques, les chevaux ou la maladie. Le tout sans aucun ordre apparent. Il y traite aussi de sa vie personnelle. Toute sa vie, Michel de Montaigne améliore la rédaction des Essais. L’édition posthume en est la plus complète.

Mais, surtout, Montaigne crée un genre nouveau : l’essai, avec une grande liberté de parole. Dans son oeuvre, on peut lire deux questions qui sont toujours d’actualité : l’identité (comment être soi ?) et la liberté (peut-on choisir sa vie ?). Quant aux réponses, il n’impose rien au lecteur et le prie en permanence d’apprendre à être lui-même.

Les Essais continuent à être étudiés et critiqués au cours des siècles. De nos jours, ils font les délices (si je puis dire) des élèves des lycées en cours de philosophie.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réormée en 1990

Références

Essais de Michel seigneur de Montaigne, sixième édition, 1588
Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie, par la Suisse et l’Allemagne en 1580 et 1581 avec des notes par M. de Querlon. Tome 2
La vie de Michel de Montaigne