L’Adour ou la Dour, un fleuve gascon

Après la Garonne, l’Adour est le deuxième fleuve gascon. Dans les textes anciens, on l’appelle la Dour. Son nom nous vient des anciens Aquitains, tout comme les noms de Neste et de Gave, Gau en gascon d’après l’ALF.

Le bassin de l’Adour

L’Adour ou la Dour nait au col du Tourmalet. La rejoignent la Dour de Payolle, la Dour de Gripp et la Dour de Lesponne. Elle perd son caractère de torrent à Tarbes avant de s’étirer dans la plaine sur 307 kilomètres et de se jeter dans l’océan/Lo gran tòs entre Tarnos et Anglet.

Elle salue Riscle, Aire et Grenade et continue son escapade, l’Adour
À Saint-Sever elle s’étire, à Dax elle coule de plaisir, l’Adour
Lorsqu’elle entend chanter le soir la belle dacquoise à l’œil noir, l’Adour
Mais à Port-de-Lanne l’attend le gave de Pau son amant, l’Adour
Jusqu’à Bayonne ils se préparent à vivre la plus belle histoire d’Amour.

Hymne à l’Adour, Edmond Duplan.

L'Adour et ses affluents
L’Adour et ses affluents

Elle draine un bassin versant de 16 912 km² avec un débit moyen de 150 mètres cube par seconde. L’Adour a un régime montagnard, c’est-à-dire que son débit est sensible aux pluies et aux chutes de neige. Ses crues sont terribles et redoutées.

Elle emporte tous les ponts comme celui de Dax en avril 1770. Plus proche de nous, l’inondation de juin 1875 emporte tous les ponts autour de Tarbes, provoque l’inondation de Maubourguet et d’Aire. Celle de février 1952 submerge la plaine entre Aire et Bayonne. Celles de décembre 1981 et de janvier 2014 restent dans les mémoires.

Les travaux sur berges, la construction des autoroutes et l’artificialisation des sols privent l’Adour de ses zones d’expansion naturelle et aggravent les effets des inondations. Depuis quelques années, l’Institution Adour travaille à reboiser les bords de l’Adour et à rétablir ses zones d’expansion naturelle pour atténuer les effets des crues.

Alluvions et barthes de la Dour

Remontée de la nappe
Remontée de la nappe

Dans la plaine, l’Adour repose sur une couche imperméable. La couche d’alluvions atteint 40 mètres d’épaisseur et constitue une réserve d’eau exploitée pour l’alimentation en eau potable et pour un usage agricole. L’Adour a d’ailleurs donné adurgar en gascon pour irriguer.

L’Adour et la nappe alluviale communiquent. En période de fort débit, l’Adour alimente la nappe alluviale. En période d’étiage, c’est la nappe qui alimente l’Adour. Lors des crues, on peut voir la nappe remonter et inonder les terres.

Entre Saint-Sever et Peyrehorade s’étendent les barthes/bartas de l’Adour sur 12 000 hectares. Ce sont des plaines inondables situées dans le lit majeur du fleuve, c’est à dire le lit du fleuve lors de son plus fort débit.

Barthes de l'Adour
Barthes de l’Adour

Les barthes de l’Adour sont constituées de forêts alluviales, de prairies inondables, de roselières et de tourbières. Elles sont exploitées pour l’élevage des troupeaux qui y paissent en liberté. C’est un terrain de chasse. On y coupe le Carex pour la litière du bétail et rempailler les chaises, on récolte le foin dans les prés humides, on ramasse les sangsues pour les vendre aux pharmaciens jusqu’à la fin de leur remboursement par la Sécurité sociale en 1972.

On nous a volé l’embouchure

Louis de Foix détourne l'Adour
Louis de Foix détourne l’Adour

Dans les temps anciens, l’Adour se jetait dans l’océan à Capbreton. Elle creusa une profonde vallée de 50 Km de long et de 1 500 mètres de profondeur aujourd’hui recouverte par l’océan. C’est le Gouf de Capbreton. Son delta occupait le Marensin.

L’embouchure de l’Adour a plusieurs fois changé de lieu. En 910, l’Adour se jette au Boucau. Il se jette à Capbreton en 1164, et en 1390, il part pour l’actuel Port-d’Albret.

Détournement de l'Adour
Détournement de l’Adour

En 1562, le port de Bayonne est en déclin. Le roi Charles IX veut le redynamiser et envoie Louis de Foix (1535-1604) pour conduire les travaux d’une nouvelle embouchure à Bayonne qui sera ouverte en 1878. Les travaux consistent à creuser un chenal à travers les dunes, entre Bayonne et le coude de l’Adour (il forme un coude pour remonter vers son embouchure de Capbreton). Les travaux trainent en longueur et les habitants de Capbreton et du Boucau veulent garder leur embouchure. Le 25 octobre 1578, une violente tempête fait gonfler les eaux de la Nive et par un effet de chasse d’eau, l’Adour ouvre le passage vers l’océan.

L’ancien lit de l’Adour disparait et il ne reste que le lac d’Hossegor. Le Boudigau emprunte une partie de l’ancien lit de l’Adour et se jette à Capbreton. 

L’Adour navigable

L’Adour est navigable sur 75 kilomètres. Les ports de Mugron, de Saint-Sever, de Hinx et de Dax alimentent un important trafic de marchandises entre le port de Bayonne et l’intérieur des terres. Le port de Mont de Marsan utilise la Midouze qui rejoint l’Adour près de Tartas.

Les marchandises utilisaient des galupes à fond plat, des tilholes plus petites, le chaland, la gabarre, le courau à fond plat, le batelet plus petit, le couralin. Vins de Chalosse, bois, produits résineux, volailles, grains, pierre de construction arrivent à Bayonne. Poissons salés, sel, épices, étoffes, huiles en reviennent.

Galupes sur l'Adour
Galupes sur l’Adour

Avetz-vos vist los Tilholèrs,
Quant son braves, hardits, leugèrs,
Hasent la passejada cap sus Peirahorada,
En tirant l’aviron,
tot dret au deu patron !

Avez-vous vu les Tiyoliers
Combien ils sont braves, hardis, légers

Faisant la promenade en direction de Peyrehorade
En tirant l’aviron
Tout droit jusque chez le patron ! 

Extrait de la Chanson des Tilholèrs de Pierre Lesca (1730-1807)

En 1831, les bateaux à vapeur apparaissent sur l’Adour pour un service régulier entre Bayonne et Peyrehorade. Les cheminées passent difficilement sous le pont de Lanne pendant les hautes eaux et le bateau arrive difficilement à dépasser Saubusse.

Le port de Peyrehorade sur l'Adour
Le port de Peyrehorade

Le 5 septembre 1854, l’Impératrice Eugénie organise une promenade sur l’Adour à bord du « Ville de Dax » qui remonte jusqu’à Peyrehorade. Le service de transport des voyageurs et des marchandises perdure jusqu’en septembre 1948. La navigation commerciale s’interrompt 1993. Des projets de restaurer la navigation sur l’Adour émergent pour le tourisme et pour les marchandises.

Les pays de l’Adour, une région administrative ?

Les pays de l’Adour constituent une unité géographique. Plusieurs projets de création d’une entité administrative n’ont pas abouti.

En 1972 des établissements publics administratifs sont créées. Le projet d’une région « Pays de l’Adour » n’est pas retenue. En 1982, les régions sont créées et une nouvelle proposition défendue en 1994 par le député Michel Inchauspé n’aboutit pas. Il veut créer une région Pyrénées-Adour, regroupant le pays basque qu’il voulait ériger en département, Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées.

Son idée est de favoriser la coopération transfrontalière avec les provinces espagnoles voisines, à l’exemple de l’Alsace. La région proposée est trop petite et les villes de Toulouse et de Bordeaux ne voulaient pas que leur région soit diminuée.

En 1836, un mémoire est adressé au Roi pour la création d’un département de l’Adour avec Bayonne comme chef-lieu, Dax et Mauléon comme sous-préfectures. L’idée sous-jacente est bien sûr de créer un département basque. En 1945, un projet d’autonomie du pays basque n’aboutit pas, tout comme la proposition de créer un département basque faite par un candidat à la présidentielle de 1981 qui l’oubliera une fois élu. Si la proposition revient régulièrement, elle se concrétisera en partie avec la création de la Communauté d’Agglomération du Pays Basque.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Institution Adour
Site Natura 2000 des barthes de l’Adour
Centre culturel du pays d’Orthe




Les races bovines gasconnes redécouvertes

Les races bovines gasconnes n’ont pas échappé à la sélection génétique qui a permis d’obtenir des animaux adaptés à la production intensive de viande et de lait. Lorsqu’on a encore la chance de voir des troupeaux dans les prés, ce sont le plus souvent des Blondes d’Aquitaine pour leur viande ou des Piguetas (Française-Frisonne Pie Noire) pour leur lait.

Pourtant, la Gascogne est le berceau de nombreuses races locales parfaitement adaptées aux conditions de chaque territoire. Elles ont failli disparaitre dans les années 1960. Des passionnés cherchent aujourd’hui à les sauver et à les réhabiliter.

Les races gasconnes menacées de disparition

Etude des variations de structure du génome bovin (Doc INRA)
Etude des variations de structure du génome bovin (Doc INRA)

Les races bovines gasconnes sont victimes de la mécanisation de l’agriculture qui délaisse les animaux de trait. Le cheptel s’oriente vers la production de lait et de viande entrainant l’apparition de races plus productives.

Déjà, le plan Monnet de 1947 prône la simplification du cheptel français par la diminution du nombre de races locales. La nécessité de nourrir la population au sortir de la guerre conduit à la spécialisation et à la standardisation du cheptel.

Gène bovin
Gène bovin

La loi du 28 décembre 1966 sur l’élevage est défendue par Jacques Poly (1927-1997). Fondateur du département génétique animal et PDG de l’INRA, il a pour objectifs d’améliorer le progrès génétique par le biais de l’insémination artificielle et la traçabilité des semences. Elle va entrainer une forte diminution du cheptel des races bovines gasconnes.

Pourtant, en 1972, Bertrand Vissac (1931-2004), chercheur à l’INRA, met en évidence le risque de disparition des races locales et de la ressource génétique qu’il faut sauvegarder. En 1977, le ministère de l’agriculture consacre pour la première fois un petit budget pour la conservation des races locales. L’idée fait son chemin. En 1983 est créé le Bureau des Ressources Génétiques et, en 1999, la Cryo banque nationale pour la conservation des semences.

Ainsi, grâce à la banque de génétique, les races locales gasconnes sont en voie de sauvetage. Elles sont au cœur des préoccupations agro-environnementales et économiques.

Les races bovines gasconnes

Les races bovines gasconnes sont encore nombreuses dans les fermes dans les années 1960. Les animaux font partie de la famille et chacune a son prénom : Mascarine, Haubine, etc. Puis, les animaux deviennent des objets de production qui répondent à des standards à la Tonne de lait ou au Kg de carcasse.

L’Aura Sent Gironç ou l’Aure Saint-Girons

La Casta
La Casta

Parmi les races bovines locales, il y a l’Aure-Saint-Girons, plus connue sous le nom de Casta en raison de la couleur de sa robe proche de celle de la castanha/châtaigne. On la trouve dans les vallées entre le Couserans où on l’appelle encore castillonaise et le pays de Lourdes. C’est elle qui donnait son lait pour l’Ostet, le fromage de Bethmale fabriqué l’hiver quand les vaches étaient à l’étable. Au XIXe siècle, elle alimentait les laiteries de Toulouse qui venaient l’acheter à foire de Tarascon.

La Vasadesa ou la Bazadaise

La passejada deus bueus gras de Vasats
La passejada deus bueus gras de Vasats

La Bazadaise ou Grise de Bazas est sans doute la plus connue. On en trouve des troupeaux dans toute la Gascogne pour sa viande réputée. Originaire des environs de Bazas, elle servait au débardage du bois dans la forêt landaise et son fumier enrichissait les vignobles de la Gironde. Elle garde une attache profonde avec la ville de Vasats/Bazas qui fête chaque année pour le Jeudi Gras de Carnaval, la Passejada deus bueus gras/La promenade des bœufs gras, inscrite à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. Cette fête qui remonte au moins au XIIIe siècle a pris la forme d’une foire agricole. Le 24 juin, pour la fête de la Saint-Jean, se déroule un marché aux bœufs gras qui commence par une pesée, une aubade aux bouchers puis un défilé et se termine par un banquet.

La Bearnesa ou la Béarnaise

Attelage de boeufs béarnais
Attelage de bœufs béarnais

La Béarnaise reconnaissable à ses grandes cornes en forme de lyre. La race est emblématique du pays puisqu’elle figure sur les armes des vicomtes de Béarn et orne leurs monnaies, les deniers Morlans. Robuste, elle sert aussi bien pour la production de lait, de viande et pour le travail.

La Bordelesa ou la Bordelaise

Taureau de race bordelaise
Taureau de race bordelaise

La Bordelaise est traditionnellement utilisée dans les palus, zones humides du bordelais pour fournir de la viande et du lait et était très réputée pour son beurre. Elle a failli disparaitre lors d’une épidémie en 1870-1872 mais quelques animaux rescapés ont permis de reconstituer la race en ne gardant que les pigalhadas à robe mouchetée, au détriment des vairetas à robe unie.

La Lordesa ou la Lourdaise

La Lourdaise se trouvait surtout dans les Hautes-Pyrénées et son berceau est le Lavedan et le pays de Lourdes. C’était une des meilleures laitières des races bovines gasconnes. Elle était aussi utilisée pour le travail car réputée calme, docile et facile à dresser. Elles partaient en estive. Dans les années 70, on en comptait plus que quelques dizaines. Son sauvetage a été rendu possible grâce à Pierre Corrège, enseignant à Bagnères. Il achète un troupeau d’une dizaine de vaches et un taureau.

La Marina ou la Marine

La Marine est une vache de petite taille. Utilisée en élevage extensif, elle transhumait dans les dunes du littoral au moment des moissons. Les troupeaux à demi sauvages étaient rassemblés dans des barguèras, sortes de parcs provisoires permettant de les marquer ou les sélectionner. Ces opérations sont à l’origine de la course landaise. Des croisements avec des bovins ibériques ont donné la vache des courses landaises. Avec la colonisation des Landes par le pin maritime, elle se concentre dans les zones marécageuses proches des étangs de Biscarosse et de Parentis.

La Mirandesa ou la Mirandaise

La Mirandaise
La Mirandaise

Originaire du Gers, la Mirandaise est une race rustique réputée pour la puissance de ses bœufs qui permettaient de travailler les terres lourdes et escarpées des coteaux gascons. Calme et docile, elle résiste bien à la chaleur.

Les races bovines gasconnes donnent de nouvelles races

Blonde d'Aquitaine
Blonde d’Aquitaine

Les races bovines gasconnes, malgré leur faible aptitude à répondre aux standards de la production de masse, et grâce à la génétique, ont donné naissance à de nouvelles races bovines.

La Blonde d’Aquitaine est née en 1962 par le croisement de la Béarnaise, de la Garonnaise et de la Quercynoise. Il est question d’intégrer la Limousine à ce croisement, mais les éleveurs du Limousin s’y opposent. Ils veulent garder une vache spécifique à leur région. Rustique, elle s’adapte à tous les climats, présente une grande facilité de vêlage et a un excellent rendement en viande. Sa couleur est celle de la Garonnaise.

La Gasconne des Pyrénées est née par le croisement de la Mirandaise et de sa cousine gasconne de Saint-Gaudens et d’Ariège. Rustique, elle s’adapte aux zones sèches et escarpées. Elle résiste aux intempéries, préfère vivre en plein air et c’est pour cela qu’on la rencontre sur les estives. Les Italiens, les Hollandais et les Espagnols l’apprécient pour l’engraissement.

Le renouveau des races bovines gasconnes

La Gasconne
La Gasconne

Comme les races ovines, asines, caprines et de volaille, les races bovines gasconnes ont failli disparaitre tant leur effectif avait chuté.

Leur sauvetage est dû à des particuliers éleveurs ou des organismes comme la SEPANSO. Autrement dit la Société pour l’Etude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest). Elle achète le dernier troupeau de Marines en 1968 et l’installe dans la réserve naturelle de l’étang de Cousseau en Gironde. Elle compte aujourd’hui une cinquantaine de têtes et est utilisée uniquement pour l’écopastoralisme.

Le Parc Naturel régional des Pyrènes ariégeoises mène un programme de valorisation des races locales. Il aide le Syndicat qui s’est constitué à Betchat (o9) pour la sauvegarde la vache Casta. Le Parc valorise les zones humides en utilisant les propriétés de la Casta. Elle n’a pas à craindre le mal de pieds et elle se contente de peu. Le projet de Parc Naturel en Astarac a prévu de valoriser la Mirandaise. Les éleveurs travaillent avec le lycée agricole de Mirande pour la commercialisation des produits.

Les effectifs des races bovines gasconnes se reconstituent peu à peu grâce à la persévérance et l’engagements des producteurs. Il ne faut pas hésiter à les soutenir en allant les voir sur les foires et comices agricoles. Et choisir leurs produits savoureux et de qualité : viande, lait, fromages.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Conservatoire des races d’Aquitaine
Institut de l’élevage, races de France
Conservatoire du patrimoine biologique régional d’Occitanie
Bons plans de l’été : la route des vaches de Gascogne, Escòla Gaston Febus




Salies de Béarn, la reine des eaux salées

Faut-il aller à la mer pour soigner les enfants ? Non, répond le médecin Charles Raynaud, au début du XXe siècle. Et de défendre les vertus des eaux salées de Salies du Béarn.

Quelles sont les particularités des eaux de Salies ?

Ses eaux profondes traversent des couches de sel déposées par la mer présente il y a 200 millions d’années. Du coup, elles sont incroyablement minéralisées. Avec plus de 290 g de sel par litre d’eau,  elles battent les 275 g par litre de la mer morte. Si on ajoute ses 26 oligoéléments, ses 837 mg d’ion magnésium, son calcium, son brome et son lithium, on comprend leur spécificité.

Grâce à des fouilles archéologiques, on sait que le sel était déjà extrait à Salies il y a trois-mille ans.  Mais une légende raconte une plus belle histoire. Un jour, des chasseurs poursuivaient un sanglier.  Ils réussirent à en blesser un qui s’enfuit pour mourir un peu plus loin dans un marécage. Les chasseurs le retrouvèrent peu après, le corps couvert de cristaux de sel. Ainsi fut découverte l’eau salée et des cabanòtas furent construites autour, aujourd’hui la ville de Salies.

plaque présentant la légende du sanglier de Salies de BéarnMais la légende ne s’arrête pas là. La bête moribonde aurait murmuré un dernier mot à nos chasseurs : Si you nou y eri mourt, arres n’y bibéré / Si jo non i èri mort, arrés n’i viveré [Si je n’y étais pas mort, personne n’y vivrait]. Des mots gravés en 1927 sur la fontaine du Sanglier, place du Bayaà !

Le premier bain médical

Livre du docteur de Larroque sur les qualités médicinales des eaux salisiennesC’est mi XIXe que le docteur Nogaret (1817-1878) plonge un premier patient dans les eaux de Salies, même si les habitants ont l’habitude de se baigner dans le bassin de la fontaine. Le succès ne tarde pas, d’autant plus que son confrère, le docteur Jean-Brice de Coustalé de Larroque, médecin de Napoléon III, vante les eaux salisiennes à la cour impériale. Il écrit même un livre en 1864 : Hydrologie médicale. Salies de Béarn et ses eaux chlorurées sodiques (bromo-iodurées).

En 1891, l’Académie nationale de médecine les signale pour leurs bienfaits sur les pathologies liées aux rhumatismes, les affections gynécologiques et les troubles du développement de l’enfant. Dans les années 1900, des affiches ornent les murs du métro parisien avec le slogan : Salies-de-Béarn, la santé par le sel.

Pourtant, le bord de mer est souvent préféré pour nos chers petits. Un médecin parisien, installé à Salies, va attirer l’attention des parents sur la station béarnaise.

Charles, Auguste, Joseph, Noël Raynaud

Charles Raynaud
Charles Raynaud

Charles Raynaud nait le 25 décembre 1875 à Paris. Il fait ses études et passe son diplôme à Paris. Sa thèse concerne le Sanatorium d’Argelès. Puis, il exerce comme médecin à Salies-de-Béarn où il sera connu pour traiter les maladies des femmes et des enfants.

Son père, Maurice (1834-1881), était déjà médecin et pas n’importe quel médecin puisqu’il donna son nom à cette maladie rare qui contracte les vaisseaux sanguins des extrémités.

Sa mère, Emilie Paravey (1849-1931), aime particulièrement le dessin. Elle survit 49 ans à son mari. Mais elle quitte la région parisienne pour se réfugier dans la maison de la Goardère de Salies-de-Béarn, maison habitée par son fils Charles.

Jeanne de Prigny de Quérieux
Jeanne de Prigny de Quérieux

Entre temps, le 16 avril 1901, Charles épouse à Urt Jeanne de Prigny de Quérieux, avec qui il aura onze enfants. Celle ci est née comme Charles le 25 décembre 1875 mais à Saint-Laurent-de-Gosse dans les Landes. Elle meurt le 25 décembre 1956 à Urt, au pays basque. Charles, lui, est décédé le 20 décembre 1929 à Paris.

Salies du Béarn ou la mer ?

Affiche publicitaire "La santé par le sel" sur Salies de BéarnAu début du XXe siècle, Salies de Béarn est déjà bien connu pour les bienfaits de ses eaux salées pour les affections des femmes, les ostéites et arthrites. Le bon docteur Raynaud veut aussi faire connaitre les qualités de la station pour les enfants. On sait que les eaux salées sont efficaces pour revigorer les petits souffreteux. Charles Raynaud précise que, pour des maladies importantes, il faudra passer 8 à 10 mois à Berck-sur-mer pour obtenir le même résultat qu’en un mois à Salies.

Il constate aussi que le choix entre la mer et Salies est souvent lié aux moyens financiers des parents. Un séjour de plusieurs mois en établissement de bord de mer permet aux moins favorisés de remettre l’enfant sur pied à moindre cout, et de le récupérer quelques mois après apte au travail. Alors que les plus fortunés préfèrent une série de cures courtes et énergiques.

Les indications des cures à Salies du Béarn

Vue de Salies début XXe siècleLe docteur Raynaud signale l’anémie comme première indication. Une maladie que Salies combat avec succès. Le médecin accuse la pollution des grandes villes (les intoxications comme il dit) où les enfants passent d’un appartement trop chauffé au brouillard et fumées des usines et des cheminées à l’extérieur. Une autre cause est la santé familiale : ces enfants sont parfois fils ou filles de syphilitiques, de tuberculeux, de paludiques, etc.

La deuxième indication est le rachitisme quel qu’en soit l’avancement. Les eaux salées permettent de mieux fixer les phosphates, analyses d’urine en preuve. Et les enfants déformés par la maladie (gros ventre, jambes en cerceaux…) reprennent un cours normal de croissance. Les résultats sont visibles à l’œil nu !

La troisième indication est le lymphatisme, ce trouble se traduisant par de la mollesse, de la nonchalance. À Salies, les enfants se revivifient et arrêtent rapidement d’attraper des rhumes ou autres maladies respiratoires.

Enfin les nerveux (souvent enfants d’alcooliques ou d’intellectuels surmenés selon les dires du docteur) vont retrouver le calme grâce aux effets sédatifs de Salies.

Du doigté dans les cures

Enfant de 2 ans atteint de rachitisme
Enfant de 2 ans atteint de rachitisme

Les enfants peuvent suivre les cures à partir de deux ans, exceptionnellement avant. Mais on ne se trempe pas comme ça dans des eaux aussi salées. Aussi, le médecin prend-il des précautions en diluant les eaux pour les premiers bains. On demande aux petits patients de rester allongés pendant une heure ou une heure et demie après le bain pour lutter contre la révolte des enfants et la faiblesse des parents. Une réaction qui s’estompe après trois ou quatre bains. Les enfants s’endorment souvent après le bain.

La cure continue tant que l’enfant ne présente pas de signe de fatigue, de baisse d’humeur ou d’appétit. Charles Raynaud n’hésite pas à faire des pauses pour laisser l’enfant récupérer. Puis, après la cure, il conseille deux à trois semaines de repos à la campagne, en moyenne altitude afin que l’enfant « digère » sa cure.

Et ça marche docteur ?

Qu’il nous suffise de citer quelques chiffres : Pour des cas très mauvais, presque désespérés (enfants de l’assistance publique « rescapés » des grands services de chirurgie des Hôpitaux de Paris) il y a eu après un mois de séjour en moyenne de 80 à 90 pour cent de guérisons. Pour des cas moyens de clientèle de ville, il y a toujours amélioration en une ou deux saisons, parfois transformation radicale, au point qu’il nous arrive de ne plus reconnaître les enfants d’une saison à la suivante. 

Vue du vieux Salies de Béarn

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Salies-de-Béarn station d’enfants, docteur Ch. Maurice-Raynaud, 1909
Une chute historique, L’écho de Stan, Charles Marie Raynaud, 1893
Le site des Thermes de Salies
Charles Nogaret
Un sel de légende et de tradition

 




Des sauvetés aux bastides gasconnes

Au XIe siècle débute un mouvement de regroupement de la population au sein de sauvetés puis de bastides. Les bastides apparues au XIIIe siècle sont un mode original d’urbanisation qui constitue encore la trame urbaine de la Gascogne.

De la sauveté à la bastide

Castelnau Barbarens
Castelnau-Barbarens (32)

La population est dispersée dans de petits hameaux. L’insécurité entraine un regroupement autour d’établissements religieux qui assurent la protection des habitants et mettent en valeur de nouvelles terres.

La Sauveté ou Sauva tèrra en gascon, est une zone de refuge matérialisée par un enclos balisé par des bornes de pierres surmontées d’une croix. À l’intérieur de ce périmètre, les habitants bénéficient de protection et de franchises particulières dans le prolongement du droit d’asile et de la trêve de Dieu. Cette protection est toute relative et les Sauvetés s’entourent de remparts.

Saint-Justin
Saint-Justin (32)

Les Sauvetés gasconnes se construisent entre 1027 et 1141. Beaucoup se transforment par la suite en Bastides/ Bastidas mais certaines gardent un nom bien spécifique : Sauveterre, en Bigorre ou dans le Gers, Sauveterre de Béarn, Sauveterre de Comminges, etc.

Devant leur succès, les seigneurs créent également des Sauvetés autour de leurs châteaux pour mettre en valeur leurs terres. Ce sont des Castelnaux/ Castèths naus ou Castéras/ Casterars : Castelnau Rivière-Basse, Castelnau-Barbarens, Castelnau-Chalosse, Castéra-Loubix, Castéra-Verduzan, etc.       

La création des bastides

Bastide de Valentine (Haute-Garonne)
Valentine (31)

Après la croisade des Albigeois, un nouvel essor urbain conduit à la création de villes nouvelles fondées suivant un plan original et novateur pour l’époque.

Les bastides se développement parfois à partir d’un hameau existant ou par l’agrandissement d’une ville déjà existante. Dans la majorité des cas, la bastide est construite sur un nouveau terrain concédé par un abbé ou un seigneur, le plus souvent en paréage (à égalité entre deux ou plusieurs fondateurs) qui concèdent à la population des terrains et des droits pour les inciter à venir s’y installer. C’est un moyen de mettre en valeur un territoire.

Halle de Saint-Clar
Halle de Saint-Clar (32)

Les rois de France construisent de nombreuses bastides pour affirmer leur présence face aux rois d’Angleterre, ducs d’Aquitaine, qui en font tout autant le long de la frontière. Des comtes et des seigneurs construisent des bastides sur leurs terres mais toutes ne prospèrent pas et certaines sont abandonnées.

 

Bastide de Labastide d'Armagnac
Place de Labastide d’Armagnac (40)

Les différents partenaires signent une charte de fondation et ils concèdent des coutumes/ costumas écrites aux habitants qui bénéficient ainsi d’avantages fiscaux. Les bastides fondent un marché et elles se dotent d’une autonomie de gestion. Elles élisent leurs consuls ou jurats.

On connait environ 330 bastides dans le sud-ouest de la France. Plus des deux tiers sont gasconnes. La majorité d’entre elles datent de la période comprise entre 1240 et 1329.

Carte des bastides du Sud-Ouest
Carte des bastides du Sud-Ouest

Le contrat de paréage

Fourcès
Fourcès (32)

Le contrat de paréage est une association par indivis entre les fondateurs d’une bastide. Il définit l’apport de chacun et ses droits dans la future bastide. Le 21 février 1289, les moines de l’abbaye d’Arthous s’associent au roi d’Angleterre pour construire la bastide d’Hastingues.

La fondation de la bastide se fait autour de la cérémonie du pal ou pau en gascon. La cérémonie est publique. On plante un pieu supportant les armoiries des associés au contrat de paréage sur l’emplacement de la future bastide. On lit la charte de coutumes au public puis des crieurs vont dans tous les hameaux du voisinage pour la lire à tous et recruter de futurs habitants.

Le nom donné aux bastides peut venir de celui du fondateur : Montrejeau/ Mont reiau fondée en 1272 par le roi de France, Beaumarchés fondée en 1288 par Eustache de Beaumarchais sénéchal d’Alphonse de Poitiers, Rabastens fondée en 1306 par Guillaume de Rabastens sénéchal en Bigorre, etc. Il peut venir aussi du nom d’une ville étrangère que le seigneur a fréquentée lors d’un voyage ou d’une croisade : Tournay, Gan, Bruges, Pavie, Grenade, etc.

Le plus souvent, le nom de la bastide vient de la toponymie locale ou d’un caractère du relief : Montastruc, Monségur, etc.  

Bastide de Vianne - remparts
Remparts de Vianne (47)

La construction des bastides

Plan de Rabastens de Bigorre (65)
Plan de Rabastens de Bigorre (65)

La construction des bastides suit un plan déterminé. Des voies de circulation traversent la bastide. Des carrèras, d’une largeur constante de 6 à 10 mètres, avec un caniveau central permettent le passage de charrettes et des voies plus petites de 5 à 6 mètres forment des ilots rectangulaires d’une superficie identique. Chaque ilot se découpe en lots identiques pour la construction des maisons d’une largeur maximale de 8 mètres.

Les façades des maisons s’alignent sur la rue avec une androna de quelques centimètres entre elles pour éviter la mitoyenneté. Les maisons ont un étage. Sur la place, des passages couverts ou embans permettent le passage et l’exposition des marchandises à la vente.

Chaque maison dispose en plus d’un jardin et d’un lot de terre à cultiver situés à l’extérieur de la bastide. Chaque famille reçoit la même superficie de terre.

Tour Carrée de Tri-sur-Baïse (65)
Tour Carrée de Trie-sur-Baïse (65)

Une place centrale reçoit le marché parfois couvert sous une halle. La plus grande est celle de Marciac (75 m x 130 m). La place comprend une fontaine ou un puits pour alimenter les habitants en eau. On dote les bastides de remparts et de portes fortifiées pour protéger les habitants des brigands et des guerres.

La charte de coutumes

Bassoues - Arcades et maisons à colombage
Bassoues – Arcades et maisons à colombage (32)

La charte de coutumes a pour but d’attirer les familles de paysans. Elle énumère les privilèges accordés aux habitants de la bastide en matière politique, fiscale et judiciaire.

Les fondateurs et des consuls ou jurats administrent conjointement la bastide. Le seigneur nomme les consuls ou les anciens consuls les cooptent ou la charte définit les règles de l’élection. Au nombre de 4 à 6, ils administrent la bastide, assurent la police, l’entretiennent et la mettent en défense. Le bayle/ baile représente le fondateur. S’il s’agit d’un paréage, il peut y avoir plusieurs bailes.

La charte de coutumes définit les règles de basse justice (police). Les peines sont généralement sous forme d’amende et de prison  alors que les châtiments corporels sont encore courants. À Auch, on se fait couper l’oreille en cas de vol.

La charte de coutumes fixe les impositions. Les habitants des bastides ne paient pas certains impôts et ils peuvent lever des taxes pour les besoins de la bastide.

Références

Bastides, villes nouvelles du Moyen-Âge, A. Lauret, R. Malebranche, G. Séraphin
Histoire des bastides, Jacques Dubourg
Histoire des Bastides, André Roulland
Revue de Gascogne
, plusieurs numéros
Ordonnance des commissaires d’Edouard 1er sur les Bastides, les Questaux et les Nobles, 1278




La Neste, de la Vallée d’Aure à la Garonne

La Neste est une rivière de montagne qui se jette dans la Garonne après avoir traversé la vallée d’Aure. Depuis toujours, elle est un axe de communication fréquenté pour l’exportation du bois et du marbre. Aujourd’hui, ses eaux alimentent les eaux des rivières du Gers.

Une rivière navigable

La Neste à Arreau
La Neste à Arreau

Comme pour les gaves et la Dour, le nom de Neste vient des Aquitains.

La Neste de Badet prend sa source à Aragnouet au pic de la Géla. Elle parcourt 73 Km, grossit des eaux de la Neste d’Aragnouet, de la Neste de Couplan, de la Neste du Moudang, de la Neste de Rieumajou et la Neste de Louron, prend son nom générique de Neste à partir de Sarrancolin avant de se jeter dans la Garonne à Montréjeau.

Jusqu’au XIXe siècle, la Neste est navigable. Saint-Lary est un port fluvial spécialisé dans le flottage du bois. Les grumes arrivent des forêts de montagne. On les regroupe pour former des radeaux. Pour faciliter la navigation, on construit des barrages sur la Neste et on procède à des lâchers d’eau.

Les carrières de Sarrancolin
Les carrières de Sarrancolin

D’autres ports jalonnent la Neste jusqu’à Sarrancolin. Le siège de la corporation des radeliers est à Ilhet.

À partir de Sarrancolin, la Neste sert aussi pour le transport du marbre tiré des carrières de Sarrancolin et plus étonnant, de la carrière d’Espiadet à Campan dans la vallée de Bagnères. Pour faciliter le transit jusqu’à la Neste, Pierre de Lassus ouvre le « Chemin royal pour les marbres » en 1713 par le col de Beyrède.

L’exportation des marbres connait son apogée sous le règne de Louis XIV, grâce à Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin.

Ce qu’on doit au Duc d’Antin

Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin (1665-1736)
Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin (1665-1736)

Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin (1665-1736) est élevé au château de Bonnefont (Hautes-Pyrénées). Sa mère, Athénais de Montespan, est la favorite du roi Louis XIV. À la mort de sa mère en 1707, il se voit confier la direction des Bâtiments du Roi. En 1711, le marquisat d’Antin devient un duché.

Le duc d’Antin supervise les travaux de Versailles et réorganise la politique marbrière du royaume. Il nomme Pierre de Lassus « Contrôleur des marbres du Languedoc et des Pyrénées ». En compagnie de Claude-Félix Tarlé, chef du service des marbres, il fait ouvrir les carrières de Sarrancolin, Beyrède, Campan, Saint-Béat, Sauveterre, Barbazan et Cierp.

Le marbre de Sarrancolin
Le marbre de Sarrancolin

Le duc d’Antin possède de nombreuses forêts dans les Pyrénées. Il fait transporter le marbre gratuitement sur les radeaux de flottage du bois sur la Neste. Il tire son bénéfice de la vente des bois à Bordeaux. De 1716 à 1719, il charge Hyppolite Mathis, cartographe du roi, de faire le relevé des rivières pour améliorer le passage des radeaux.

Salon d'Hercule - Château de Versailles
Salon d’Hercule – Château de Versailles

Sur la Neste, le duc d’Antin fait reprendre les chemins, rectifier les cours d’eau et nettoyer le lit en faisant sauter les rochers qui gênent le passage des radeaux. Il emploie les radeliers et les carriers à ces travaux qui contribuent à améliorer la navigabilité et facilite l’exportation des marbres. La vallée de la Neste connait un essor économique considérable.

La création du canal de la Neste

Le système Neste
Le système Neste (source CACG)

La plupart des rivières du Gers prennent leur source sur le plateau de Lannemezan. Leur débit est faible en été et parfois le lit s’assèche, ce qui rend difficiles l’activité des moulins et de l’agriculture. L’exode rural est fort.

En 1791, l’ingénieur Moisset travaille sur un projet d’aménagement hydraulique. Il veut réguler l’approvisionnement en eau à partir du lac de Caillaouas et pense prélever de l’eau pour alimenter le Gers. En 1838, l’ingénieur Montet étudie la construction d’un canal.

Mis en service en 1863, le canal de la Neste alimente 17 rivières du Gers qui prennent leur source sur le plateau de Lannemezan et ont de faibles débits en été : la Baïse, le Gers, la Save, la Gimone, l’Arrats, le Bouès, la Louge, la Gesse, le Touch, etc.

Pour alimenter le canal, des réservoirs sont construits. Entre 1871 et 1879, on construit les barrages du lac d’Orédon, du lac de Cap de Long, du lac de Caillauas, du lac d’Aumar, du lac d’Oule. Après réaménagement, ils produisent de l’électricité.

Le système Neste est complété en piémont de retenues d’eau comme le lac de Puydarrieux, le lac de Castelnau-Magnoac ou celui de la Gimone.

Le canal de la Neste
Le canal de la Neste

Le canal a 19 km de long. On double son débit en 1950. Il est aujourd’hui de 7 m3/seconde.  Il capte l’eau à Sarrancolin et distribue l’eau par un réseau de 90 km de rigoles.

Le système Neste est unique en France. Il permet l’alimentation en eau potable de 280 000 habitants, l’irrigation des cultures, la navigation sur le Gers et la Baïse et le maintien de la vie aquatique dans les rivières réalimentées. Sa gestion est confiée depuis 1990, à la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne, elle-même créée en 1960.

La Neste en chanson   

Edmond Duplan, le cantagoy pyrénéen né à Pouzar (Hautes Pyrénées) en 1930, a écrit environ 200 chansons en français ou en gascon qui mettent en valeur son pays. On se souvient de Canta Bigòrra ou Rugby canta, introduit par le rugbyman landais de réputation internationale Pierre Albaladejo.

Son Chante ma Neste débute ainsi :
Ils descendent en chantant
En guirlandes d’argent
Tous ces torrents des Nestes
D’Aragnouet et Couplan

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La Neste autrefois et aujourd’hui, François Marsan, bibliothèque Escòla Gaston Febus
La Neste – Wikipedia
Système Neste, CCAG Compagnie d’Aménagement des Côteaux de Gascogne

 




Les artistes gascons à la cathédrale d’Auch

De nombreux artistes ont contribué à construire la cathédrale Sainte-Marie d’Auch. Des artistes locaux habiles et talentueux, architectes, maitres-maçons, peintres-verriers, sculpteurs, imagiers, charpentiers, menuisiers, serruriers, etc. qui font écho au renouveau littéraire gascon du XVIe siècle.

La cathédrale Sainte-Marie d’Auch

François de Clermont-Lodève relance avec les artistes gascons et italiens la construction de la cathédrale Sainte-Marie d'Auch
François de Clermont-Lodève

Quoique commencée en 1489, c’est au XVIe siècle qu’auront lieu les grands travaux de la cathédrale d’Auch, pendant cette période artistique foisonnante qu’est la Renaissance. Le cardinal François de Clermont-Lodève (1480-1540) est nommé archevêque d’Auch. En 1507, il désigne les vicaires généraux Antoine Morilhon et Emeric Magnan pour s’occuper des travaux.

Des ouvriers locaux vont y travailler. Prosper Lafforgue (181?-1880), conservateur du Musée d’Auch en propose les noms : Guiraud de l’Arcan, peyré / peirèr [maçon],  Me Alem, Arstébé, Bidau, fustés / hustèrs [charpentiers], Guiraud Baric, menusté / menustèr [menuisier], Anthony, saralhé / sarralhèr [serrurier], Arnaud-Guilhem Depun et Domingon, arsegayres / arresgaires [scieurs de long], etc.

Les armes de François de Clermont-Lodève
Les armes de François de Clermont-Lodève

Enfin, les capots / capòts [cagots] sont employés pour les travaux de grosse charpente, tels que l’établissement des tuiles sur les toitures.

Les verrières sont confiées à Arnaud de Moles. Elles portent les armes du cardinal François de Clermont-Lodève, archevêque d’Auch.

Meric Boldoytre, maitre d’œuvre de la cathédrale d’Auch

Cathédrale Sainte-Marie d'Auch - la nef et le choeur, de Meric Boldoytre maître d'oeuvre et de ses artistes gascons
La Cathédrale d’Auch – la nef et le chœur

Meric Boldoytre est un architecte connu à Auch, il fait différents travaux comme construire la halle de Betclar (1536).  Il est aussi lo mestré de lobra / lo mèstre de l’òbra de la cathédrale d’Auch. Le fonctionnement à cette époque est différent d’aujourd’hui. Les ouvriers viennent travailler souvent à la journée et ce sont les magistrats municipaux ou les fabriciens des paroisses qui assurent la collecte des fonds, les achats de matière première et des outils, le paiement des ouvriers ; ils en tiennent registre. Ils pratiquent aussi ce qu’on appelle aujourd’hui les réunions de chantier et récompensent le maitre d’œuvre en l’invitant, comme ici, à partager du pain et du vin blanc.

Item a fornit et pagat lo dit Cosso deu Poy per so que le 15 jorn deu mes de juillet anem besé lo obratgé qué Joban Damade squerré abé feyt à la porta de la Trilha, et hy menem mestre Meric Boldoytre mestre de lobra per besé lo dit obratgé, et lo combidem a bébé. Despensem en pan et bin blanc 6 sos. cy 6 sos. [item a fourni et payé le dit Cosso du Pouy pour ce que le 15 juillet nous sommes allés voir l’ouvrage que Jean Damade avait fait à la porte de la Treille, et nous y avons amené Meric Boldoytre maitre d’œuvre pour voir le dit ouvrage, et nous l’avons convié à boire. Nous avons dépensé 6 sous en pain et vin blanc.]

L’inspiration italienne dans la cathédrale d’Auch

Le cardinal de Clermont-Lodève, amoureux des arts, connait Rome. Il aurait envoyé aux artistes gascons des cartons des travaux de grands noms de la Renaissance italienne, dont l’architecte François Lazzari le Bramante (1444-1514) qui fit le plan de Saint-Pierre de Rome, pour qu’ils s’en inspirent. Certains détails d’architecture témoignent de cette influence, dont les coupoles initialement prévues.

Choeur de la cathédrale Sainte-Marie d'Auch. - inspirée par des artistes italiens, la paroi extérieure de la salle capitulaire, représentant des prophètes et deux des évangélistes, Luc et Jean
Chœur de la cathédrale d’Auch. – paroi extérieure de la salle capitulaire, représentant des prophètes et deux des évangélistes, Luc (2e à partir de la gauche) et Jean (4e)

Pour le chœur,  des artistes sont venus d’Italie. Ils s’établissent dans le quartier de l’archevêque, dans une rue appelée Carreira deu porteau de Jaymes / Carrèra deu portau de Jaime [rue du Portail St-Jacques]. La rue changera de nom pour devenir rue de Florence.  Après les travaux, les artistes italiens doivent se plaire à Auch car ils y restent. Certains gardent leur nom comme Dominique Cabano, Pierre Brodonno, Bernard Bardoti, François Maurosi, Jean Molio, George Labajo, Jean Barraccia, Jean Barreria, François Pazzi, Pierre Fontano, etc. D’autres le changent pour lui donner une désinence locale, comme il est alors d’usage.

Les verrières d’Arnaud de Moles

Arnaud de Moles ou plutôt Arnaut de Moles nait à Sent Sever, Chalòssa, vers 1470. Il est sculpteur, peintre imagier. Son nom est gascon, on trouve des Moles, Molès, Molas, Molêre dans tout l’Armagnac. Cet artiste utilise de fins verres colorés qu’il colle sur des verres incolores, procédé inconnu jusqu’alors, qui donne une grande profondeur aux verrières. Il propose aussi des thèmes inédits et un style nouveau. Par exemple, il peint des personnages humains, probablement en s’inspirant de certains de ses contemporains.

Cathédrale d'Auch - les vitraux d'Arnaut de Moles, artiste verrier gascon
Les vitraux d’Arnaut de Moles : Abraham, Melchisedech, Paul, et la Sibylle de Samos

Commencé en 1507, il finit son travail le 25 juin 1513. Et il inscrit en gascon sur le dernier vitrail : Lo XXV de IHVN M V CENS XIII FON ACABADES LAS PRESENS BERINES EN AVNOVR DE DIEV DE NOTR [Le 25 de juin 1513 furent achevés les présents vitraux en l’honneur de Dieu et de Notre Dame].

Las tempistas pour chanter dans la cathédrale Saint-Marie d’Auch

Un recueil d’époque précise des achats : Item paguem a Johan de Manha per crompa de una torcha deu pes de duos liuras per fé luminaira, per porta la capsa [la chasse] de Monseur Saint-Orens deffora la gleiza et las tempistas lo second jorn de julhet. 

Mais que sont donc les tempistas ? Prosper Lafforgue répond. D’après nos recherches, las tempistas serait des sortes de timballes qui servaient à soutenir, à donner le ton, le modèle, quand on chantait les psaumes, par exemple, et particulièrement dans les forte. Les organistes étaient chargés aussi de les blouser [jouer].

À Auch, les artistes chargés alors de jouer de ces instruments s’appelaient Pèir deu Casso et son fils : Item plus despenssem que paguem a Pei deu Casso et à son fils per toqua las auras a santa Maria.

Prosper Lafforgue rapporte un témoignage d’un vieux monsieur né en 1753. Dans les fêtes solennelles, disait-il, un des meilleurs chantres, l’abbé Ader aîné, qui possédait une belle voix de ténor, chantait soit des motets, soit des Noëls, en s’accompagnant de deux tambourins suspendus ou attachés à chacun de ses poignets. Ces tambourins ne pouvaient être autre chose, d’après nous, qu’une réduction des tempistas. Ce qui nous porte à croire qu’il y en avait de deux sortes destinées les unes à l’accompagnement de l’ensemble, et les autres, d’un modèle plus petit, à l’accompagnement des soli.

Les torches aux écussons

Blason de la ville d'Auch
Blason de la ville d’Auch

Une tradition consiste à fournir aux consuls et leur suite des torches pour les processions. Un écusson aux armes de la ville de la ville orne celles des consuls. Mestre Jacques est un peintre d’Auch. Il est probable qu’il ait travaillé à la construction de la cathédrale d’Auch.

En 1510,  il faut donc trouver un artiste pour préparer les écussons des huit consuls. Peut-être que ce travail est trop simple pour un maitre, ou couterait trop cher par un maitre, toujours est-il que ce fut lou grendé / Lo grendèr qui fit ce travail, comme le précise la tenue des comptes : Item plus despensem que crompen hoeyt armas, et las fen fé au grendé de Méstré Jacquès que costen sinq sos dus ardits.

Lo grendèr, c’est, en Gascogne, la personne qui prépare la couleur verte. On reconnaitra le mot anglais green, ou allemand grün ou encore le mot gaulois glaz, tous trois voulant dire vert.

En conclusion

Cette période est riche pour les arts et la littérature et l’on aurait pu citer bien d’autres ouvrages. Les artistes, parce qu’ils œuvraient localement, restent souvent méconnus. Ils n’en sont pas moins méritants.

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

Références

Recherche sur les arts et les artistes en Gascogne su seizième siècle, Prosper Lafforgue, 1868
Notice descriptive et historique de l’église Sainte Marie d’Auch, P. Sentetz, 1818




Raymond d’Espouy, le pyrénéiste

Les Pyrénées ont gardé Raymond d’Espouy. Un homme dont les yeux, « bleus comme des yeux d’enfant, avaient conservé la faculté de s’émerveiller devant la beauté du monde », comme écrira un de ses amis.

Dans la série des Gascons de renom avec François LayLe duc d’EpernonMax LinderPierre Latécoère, Jean BourdetteJean-Baptiste Sénac, Guillaume Saluste du BartasAntoine de NervèzeSans MitarraJacques LacommeAlexis PeyretMarcel AmontIgnace-Gaston PardiesAndré DaguinJean LabordeJoseph du Chesne.

Raymond d’Espouy

Raymond d'Espouy (1892 - 1955)
Raymond d’Espouy (1892-1955)

Raymond nait en 1892 à Monléon-Magnoac. De 1911 à 1914, il étudie à l’école des beaux-arts de Paris et chez un oncle Hector d’Espouy, peintre et architecte (grand prix de Rome). Après la guerre, il rentre au pays et devient exploitant agricole. Mais, dès 1913, il s’inscrit au Club Alpin Français, en même temps que Jean Arlaud. Jean Arlaud, c’est cet alpiniste savoyard qui participe à la première expédition française en Himalaya en 1936, et qui tombe très tôt amoureux des Pyrénées. Il meurt d’ailleurs sur la crête des Gourgs Blancs en 1938. Les deux montagnards resteront amis jusqu’au bout.

Jean Arlaud
Jean Arlaud (1896-1938)

Raymond d’Espouy épouse Anne de Beaupuy, nièce du pyrénéiste Henry Brulle. Ils ont trois enfants : Philippe, Bénédicte et Chantal. Bon sang ne saurait mentir, Chantal est la plus jeune ascensionniste de l’Aneto, à l’âge de 9 ans (aout 1934). Elle a le virus : « Pour moi, la montagne est un sanctuaire où je suis en contact avec la nature. Ce n’est même pas une philosophie, c’est une passion, un besoin vital« . (Revue du Comminges janvier-juin 2008)

Raymond d’Espouy peint, cartographie, écrit. Il publie des articles ou des livres sur les excursions comme, en 1922 Les Posets par le sud, ou en 1949, Ascensions sur les souvenirs d’Henri Brulle.

Nuestro Don Quijote

Raymond d'Espoy et Julián Delgado Úbeda lors d'une rencontre franco-espagnole
Raymond d’Espouy et Julián Delgado Úbeda lors d’une rencontre franco-espagnole (coll. Florian Jacqueminet)

Raymond d’Espouy adhère en 1921 au Cercle Excursionniste de Catalogne (CEC) et aux Montañeros de Aragón. Il œuvre toute sa vie pour un rapprochement des gens du nord et du sud des Pyrénées. Il crée d’ailleurs l’association des Amitiés montagnardes, qui se réunit dans la tour de Mayrègne, en vallée d’Oueil. Les espagnols le surnomment Nuestro Don Quijote.

La Tour de Mayrègne siège de
La Tour de Mayrègne, siège des Amitiés montagnardes

Il sera particulièrement heureux de provoquer, en aout 1951, le rendez-vous franco-espagnol de la Rencluse. Cette même année, il est élu secrétaire français de la commission franco-espagnole de pyrénéisme, et président du Groupe des Jeunes.

« Dans toutes les vallées des Pyrénées espagnoles, de Vénasque à Saint-Maurice, de Gistaïn à Eriste, il n’y avait ni village ni cabane de pasteurs où sa figure ne fût connue. Et quand, de quelque crête ou col que ce fût, on voyait descendre sa svelte silhouette, avec son grand béret, son vieil anorak portant brodées sur la poitrine les couleurs espagnoles, et sa barbe-collier, que le soleil faisait encore plus blanche, on disait : « C’est Papé ! » confie un de ses amis.

L’artiste Raymond d’Espouy

Henri Brulle par Raymond d'Espouy
Henri Brulle par Raymond d’Espouy (1854-1936)

Raymond d’Espouy est décrit comme un homme de bonté et de lumière. Il est humble, pur. Il a de réels dons artistiques. Raymond d’Espouy entre dans la société des peintres de montagne, participe aux salons, expose. Il peint des huiles, des aquarelles, des dessins d’illustration, et aussi des tables d’orientation, des plans en relief, des panoramas.

Il s’intéresse même à la musique et compose en 1912 une valse, Mirage d’Amour.

Le cartographe

Raymond d'Espouy utilisera 'orographe de Franz Schrader
L’orographe de Franz Schrader

Raymond d’Espouy acquiert l’un des deux orographes III du Bordelais Franz Schrader (1844-1924), un autre grand pyrénéiste.

En 1923, Raymond d’Espouy collabore à la première édition du Guide Souviron. Il s’occupe de la partie cartographique.

 

Panorame des Pyrénées vu des Puntous de Laguian dessiné par Raymond d'Espouy (1928) (1 sur 1)
Panorama des Pyrénées vu des Puntous de Laguian dessiné par Raymond d’Espouy (1928)

Par exemple, il corrige, dans un croquis au 40 000e, les erreurs de la carte Schrader sur la région des Posets (Aragon), deuxième plus haut massif des Pyrénées. Il réalise plusieurs tables d’orientation.

Dans sa communication, Les Monts Maudits et leur représentation cartographique de Ramond à nos jours, il apporte des informations très complètes sur la chorographie et la topographie de cette région alors peu connue.

L’aventurier de la montagne

Sur notre planète en remous, il n’est pas défendu de distinguer les deux espèces gui s’agitent pour leur survie : Bourgeois en pantoufles et Aventuriers suiveurs d’étoiles… Nous serons surement du bon côté en choisissant l’aventure, et la montagne reste encore, malgré, tout, son terrain de choix. Ainsi s’exprime Raymond d’Espouy.

Massif de la Maladeta
Massif de la Maladeta

En fait, c’est un montagnard très complet. Il est fin connaisseur de tout ce qui est matériel, technique. Il fait de tout des randonnées de tout niveau, de l’escalade. Sa première ascension, c’est le pic Le Bondidier (3185 m), dans le massif de la Maladetta, qu’il fait en compagnie de Jean Arlaud.

Notre pyrénéiste a un faible pour le massif des Posets, en Aragon. Il l’appelle d’ailleurs Mon cher Posets. Il en fait l’ascension dix-neuf fois, par quatorze itinéraires différents. En été 1954, il confie à un ami espagnol qu’il reste encore trois itinéraires inédits. Il ne dit pas lesquels et il n’aura pas l’occasion de les suivre.

À partir de 1949, dans ce même secteur, il découvre la spéléologie. Il rejoint alors le spéléo club de l’Aude et de l’Ariège.

Les Pyrénées sauvages

Guide Soubiron avec cartographie de R. d'Espouy (1920) (1 sur 1)L’alpinisme, c’est l’escalade ; le pyrénéisme, c’est moins l’esprit sportif qui l’anime que la soif de solitude et de liberté, l’attrait du pittoresque, de l’aventure, de la pénétration dans le mystère des aspects de la nature… écrit-il. Les Pyrénées font écho à sa foi profonde, à son œil d’artiste, et lui permettent de partager un même amour avec ses camarades de marche.

Il écrit des articles descriptifs ou techniques à toutes les revues pyrénéennes. Le pyrénéisme, écrira-t-il, est œuvre d’amour… Et il souhaite disparaitre un jour dans ces lieux.

Mourir en montagne

Le 20 Février 1955, Raymond d’Espouy est parti de l’Hospice de France avec des amis vers l’Aneto via la Rencluse.  Assez vite, constatant que ses skis sont mal réglés, il fait demi-tour. Peu avant midi, l’équipe fait de même car le temps est en train de changer. De retour au refuge, les compagnons constatent que d’Espouy n’est pas là.

Non loin, au-dessus du vallon de la Frèche, ils aperçoivent un bout de corniche détaché et une grande coulée de neige jusqu’à un ruisseau. Ils cherchent jusqu’à la nuit, en vain. Le lendemain, renforcés des secours en montagne de Luchon, ils reprennent les recherches. Ils sondent le cône d’avalanche qui fait 30 m de large et plus de 3 m d’épaisseur avec des tiges de fer. L’espoir de retrouver le corps diminue au fur et à mesure que le temps passe. Enfin, à moins de deux mètres de la surface, ils découvrent les skis, puis le sac et enfin le corps du bienheureux couché dans l’eau du ruisseau.

C'est là que devait moutir Raymond d'Espouy Col de La Frèche, Vallon de la Frèche (DR philou1269)
Col de La Frèche, Vallon de la Frèche (© philou1269)

Le souvenir de Raymond d’Espouy

Dans les dernières années de sa vie, Raymond d’Espouy sillonne, avec Pierre Billon (1917-2002), l’austère massif du Cotiella. Un massif qui recevrait les sorcières pour des nuits de sabbat ! Il réussit en 1954 la première ascension du point culminant (2912 m.) depuis la brèche de Las Brujas (arête nord-est).

Après sa mort, les Catalans demandent à la Fédération Espagnole de Montagne (FEM) de baptiser une des pointes du massif à son nom. Ce sera chose faite le 26 juin 1958. 40 Français et 150 Espagnols se retrouveront au sommet. Il y aura Julián Delgado Úbeda, premier president de la Federación Española de Montaña, Suzanne Bacarisse, la créatrice du club Pyrénéa-sports de Pau et plein d’autres pyrénéistes admirateurs du papé. Régulièrement,  les Montañeros de Aragon organisent une manifestation à sa mémoire.

Aujourd’hui, la pointe d’Espouy (2825 m) n’apparait plus sur les cartes. Elle est désormais appelée punta de Armeña.

Plus qu’un autre, le grand homme savourait ses randonnées, ses aventures en Montagne sans se laisser obnubiler par l’ivresse du sommet vaincu. En ce sens, il n’aurait pas contredit Gabriel Garcia Marquez : « Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente. »

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Raymond d’Espouy, JB Chourry, 1956
Les chefs d’oeuvre du Cazérien Hector d’Espouy, de son fils Jean et de Raymond d’Espouy, Monique et Joel Granson, 2019
Raymond d’Espouy, Pyrénées passion
La diagonale nord du pic d’Espouy, Florian Jacqueminet, 2014




Le pinhadar ou la forêt des Landes

La forêt des Landes, lo pinhadar en gascon, que nous connaissons aujourd’hui a été plantée au XIXe siècle sous l’impulsion de Napoléon III. Mais le pinhadar existe depuis bien plus longtemps et fait vivre de nombreuses familles qui exercent tous les métiers de la forêt.

Le pinhadar, une ancienne forêt des Landes

Première exploitation du pinhadar : Gravure de Gustave de Galard, illustrant le gemmage au crot en 1818 à la Teste de Buch (Gironde, Aquitaine, France)
Gravure de Gustave de Galard, illustrant le gemmage au crot en 1818 à la Teste de Buch (Gironde,)

La forêt des Landes est millénaire et d’origine naturelle. Elle occupe surtout le Marensin et des espaces à proximité de Lacanau, Arcachon, La Teste et Biscarrosse. On estime qu’elle couvre 200 000 hectares de pins, de chênes pédonculés et de chênes liège.

Le pin maritime domine déjà dans cette forêt primitive. On exploite le pinhadar  pour son bois et sa résine. Avec le corsièr (chêne liège), on fait des bouchons. Les pegolièrs fabriquent la poix. Colbert fait venir des Suédois en 1670 pour apprendre à faire le goudron pour la marine. Les carboèrs fabriquent du charbon. Ils sont d’ailleurs à l’origine du grand incendie de 1755 qui ravage le pinhadar du Marensin.

Le reste des Landes est une zone humide où domine l’agriculture de subsistance et l’élevage ovin favorisé par le libre parcours sur les terres incultes.

Avant le pinhadar une agriculture de subsistance - Félix Arnaudin - Labours et Semailles 1893
Félix Arnaudin – Labours et Semailles 1893

Plantation du pinhadar pour fixer les dunes

Les dunes littorales sont très instables et menacent régulièrement les habitations. En 1662, Le Porge est abandonné au sable et on le reconstruit quelques kilomètres plus loin. En 1741, c’est le tour de Soulac. Les plantations de pins permettent de fixer les dunes du littoral.

Le Captal de Buch réalise les premiers travaux importants de plantation, en 1713 et 1727 à La Teste. [Les Captaux de Buch sont les seigneurs qui règnent depuis le Moyen Âge sur ce que sont aujourd’hui les communes d’Arcachon, La Teste de Buch et Gujan-Mestas]. Mais en 1733, le pinhadar est brulé* par un berger ne pouvait plus faire paitre* librement ses bêtes.

Guillaume Desbiey et ses successeurs

Guillaume Desbiey (1725-1785), un bourgeois landais, receveur des fermes du roi à la Teste, écrit en 1776 un Mémoire sur la meilleure manière de tirer parti des Landes de Bordeaux, quant à la culture et à la population. Il pense nécessaire de construire de bonnes routes et des canaux dans les Landes pour permettre aux productions locales, et surtout au bois, d’être vendues. Il propose aussi la création de fermes modèles. Le projet sera repris 80 ans plus tard par un de ses parents, Henri Crouzet, pour la création du domaine impérial de Solférino.

Les essais de semis de Brémontier à la Teste (1787-1791)
Les essais de semis de Brémontier à la Teste (1787-1791)

Nicolas Brémontier (1738-1809) Ingénieur des Ponts et Chaussées nommé par le Roi en Guyenne en 1784, s’intéresse à la construction d’un canal entre l’Adour et la Garonne. Il reprend les travaux menés par Desbieys pour fixer les dunes. Il  obtient l’accord du Captal de Buch pour une première expérience en 1787 entre le Pilat et Arcachon. Grâce à son impulsion, la Révolution poursuivra le projet. Il réussira à convaincre les gouvernements successifs de la Révolution, du Consulat et de l’Empire jusqu’à sa mort en 1809.

Jules Chambrelent un des promoteurs du pinhalar
Jules Chambrelent

Jules François Hilaire Chambrelent (1817-1893) acquiert une propriété à Cestas et expérimente des techniques d’assainissement et de mise en valeur agricole en s’inspirant des travaux de Guillaume Desbiey. La réussite est telle qu’il est fait chevalier de la Légion d’Honneur par Napoléon III. Il est l’instigateur de la loi relative à l’assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne de 1857.

La loi du 19 juin 1857 crée le grand pinhadar

Pinhadar - loi de 1857Napoléon III décide de mettre en valeur les Landes. En 1857, il installe un domaine expérimental de 7 000 hectares qui deviendra la commune de Solferino en 1863.

La loi relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne est votée le 19 juin 1857. Les communes doivent assainir leurs communaux en creusant des fossés de drainage, les vendre aux enchères à des propriétaires privés qui doivent mettre en valeur les sols par le boisement. Ils choisissent bien évidemment le pin maritime.

Les surfaces plantées sont supérieures aux prévisions car il y a une demande nouvelle de bois dans les mines et les chemins de fer.

Félix Arnaudin - Sarcleuses Sabres-Le-Nan (1913) - Bordeaux Musée dAquitaine
Félix Arnaudin – Sarcleuses à Sabres-Le-Nan (1913) – Bordeaux Musée d’Aquitaine

Si la loi favorise l’extension du pinhadar, elle entraine* une profonde crise du modèle agricole qui dure 30 ans. La disparition des terrains libres d’usage entraine* le recul de l’élevage qui passe de 1 million de têtes en 1850 à 250 000 en 1914.

Le désarroi des paysans provoque des émeutes et des parcelles sont incendiées. Il faudra attendre près de 30 ans pour voir l’industrie du gemmage se développer et fournir des emplois de remplacement.

Un siècle de développement du pinhadar
Un siècle de développement du pinhadar landais

Le pinhadar et le gemmage

Le gemmage est une technique ancienne de recueil de la résine des pins pour en faire de la poix pour le calfatage des bateaux. On s’en sert pour fabriquer des torches et éclairer les maisons.

Eploitation de la résine dans le pinhadar - Care sur un pin gemmé
Cara sur un pin gemmé

Le gemèr (gemmier) utilise un pitèr (échelle à un seul montant) pour peler le tronc avec l’esporguit et faire une cara (incision) avec un hapchòt (hache à l’extrémité recourbée). Pour faire l’amasse (récolte), il récupère le barrasc (gemme durci) qui coule. A partir de 1840, on utilise un pot en terre cuite pour le recueillir.

Quand les pots sont pleins, la palinete (spatule) permet de les vider dans les escouartes (récipients en bois de 16 litres) puis dans des barriques qui sont acheminées vers le distillateur.

On en extraie de l’essence de térébenthine pour l’industrie pharmaceutique, les parfums, les peintures  et vernis ou les produits d’entretien. On en extrait aussi de la colophane pour l’encre d’imprimerie, les savons, les colles ou les graisses industrielles.

L’exploitation de la résine du pinhadar fournit du travail à de nombreux métiers : potiers, forgerons, gemmiers, charretiers, distillateurs. À noter, l’écrivain landais et membre de l’Escòla Gaston Febus, Césaire Daugé (1858-1945) intervint en 1915 pour expliquer que le mot gascon gemèr doit se traduire par gemmier et non gemmeur. Il en profite pour offrir un lexique de 54 mots sur les métiers liés au pin (voir On dit gemmier).

Il y a 18 000 gemmiers en 1946 et seulement 150 en 1985. L’ouverture des marchés fait baisser les prix et le gemmage à l’acide sulfurique nécessite moins de main d’œuvre.

L’atout économique du pinhadar

Le pinhadar couvre 67 % du département des Landes, soit 632 300 ha essentiellement en pin maritime. La propriété est privée à 90 %.

Il fait travailler plus de 10 000 personnes avec l’industrie de transformation.

Maison de la réserve du Courant d'Huchet par les scieries Lesbats (40550 - Léon)
Réalisation en pin maritime par les Scieries Lesbats pour la Maison de la Réserve du Courant d’Huchet (40550 – Léon)

Dans les années 1950, le pinhadar se tourne entièrement vers la production de bois avec l’introduction de la ligniculture. On laboure les sols avant plantation. On draine et on fertilise les parcelles. La génétique améliore les plants. La densité des peuplements augmente et l’âge de coupe diminue.

On utilise le pin dans la charpente classique ou en lamellé-collé, dans la menuiserie du bâtiment, les parquets, les bois de mine, les poteaux télégraphiques, les bois d’emballage et la papeterie. Il se prête au déroulage en panneaux de contreplaqué.

Il fournit de la résine pour l’industrie chimique. Si le gemmage a décliné dans les années 1960 et pratiquement disparu en 1990, il connaît un certain renouveau.

Poème pour le gemmier 

En 1911, Césaire Daugé publie un long poème, Le gemmier, dont voici la première strophe :

Saigne le PIN rugueux, le PIN landais, ô roi
De la forêt gasconne écumante de gemme !
Je te suis d’un regard jaloux, bourreau que j’aime,
Dont l’arbre patient subit la dure loi.

Césaire Daugé

Gemmier, que ta vie est belle I
Sur le flanc, qui saigne encor,
Taille la mince gemmelle I
Arrache au pin son trésor :
Fais couler ses larmes d’or
Dans ton escarcelle.

Où il utilise des mots de son lexique, comme gemmelle : copeau très mince et fortement imprégné de gemme, qui est détaché de l’arbre par le hapchot, lorsque le gemmier pique le pin. À Paris, par corruption, le commerce l’appelle semelle.

Serge Clos-Versaille

* Selon la nouvelle orthographe française. Comme nous l’expliquons ici, nous avons choisi de suivre dorénavant les 10 règles de la nouvelle orthographe.

Références

Articles du Bulletin de la société de Borda.
La querelle des vacants en Aquitaine, Jean-Gilbert Bourras, éditions J&D, 1996
La forêt des Landes de Gascogne comme patrimoine naturel ?, thèse de doctorat, Aude Pottier, 2012
Tempêtes sur la forêt landaise – histoires, mémoires, Société de Borda, 2011
On dit gemmier, Césaire Daugé, 1915




Les régents ou arregents en Gascogne

Longtemps réservée aux élites, l’école, en France, s’est progressivement démocratisée pour devenir obligatoire, gratuite et laïque à la fin du XIXe siècle. Bien avant, en Gascogne, les écoles dirigées par des régents ou arregents étaient nombreuses et prises en charge par les communautés. C’est une particularité de la Gascogne.

Non, ce n’est pas Charlemagne qui a inventé l’école !

Allégorie de la Grammaire et son amphithéâtre d'élèves dans un manuscrit du Xe siècle
Allégorie de la Grammaire et son amphithéâtre d’élèves dans un manuscrit du Xe siècle

Depuis le capitulaire de Charlemagne du 23 mars 789, les ecclésiastiques dirigent l’enseignement. Il concerne plutôt l’élite de la société.

Au XIIe siècle apparaissent les collèges et les universités. Une des plus anciennes d’Europe est celle de Toulouse fondée en 1229 par Raymond VII. Celle de Bordeaux est créée en 1441 car, sous domination anglaise, les élèves ne pouvaient pas se rendre à Paris pour étudier.

Louis XIV publie une ordonnance, le 13 décembre 1698, pour que les parents envoient leurs enfants dans les écoles paroissiales.

Les écoles, les arregents sont nombreux en Gascogne

En Gascogne, les écoles existaient depuis longtemps sous la direction des régents ou arregents. Ce sont les communautés, qui s’occupent des écoles. Elles procurent un local, cherchent des maîtres et leur donnent des gages. Elles rendent ainsi l’instruction moins onéreuse, sinon gratuite.

Les délibérations ou livres de comptes nous apprennent qu’une école existe à Condom en 1417, à Auch en 1439, à Pontacq en 1511, à Jurançon en 1598, à Capbreton en 1612 ou à Liac (Bigorre) en 1650. Les consuls de Miradoux disent en 1672 que De tout temps, la communauté a été pourveue d’un maistre d’escolles.

Le recrutement des arregents

Les arregents sont recrutés par les communautés, en accord avec le curé du lieu car, comme nous le verrons, ils ont d’autres fonctions que de tenir l’école.

Le recrutement donne parfois lieu à des concours pour s’assurer du meilleur arregent pour la communauté. Le concours de 1692 à Pontacq comporte les épreuves suivantes :
1 – on exhibe un livre où les candidats lisent et syllabent,
2 – chacun écrit sous les yeux du corps de ville,
3 – on leur fait écrire une demy page afin de scavoir lequel entendoit mieux loctographe,
4 – on leur fait faire les quatre premières règles de l’arrimetique,
5 – on leur donne de vieux parchemins à déchiffrer.
Le curé intervient ensuite pour interroger les candidats sur le contenu du catéchisme.

Comment trouver le bon arregent

Les régents et la petite école sous les monarchie de juillet
La petite école sous les monarchie de juillet

La communauté de l’Isle Jourdain organise, elle aussi, un concours en 1781. Le procès-verbal relate que François Cuq, maître écrivain, habitant la ville de Toulouse, paroisse de la Dalbade, rue des Moulins [s’est présenté au concours et] après avoir exposé et montré un exemplaire d’écriture dont il s’est déclaré l’auteur ; que, sur cette exposition, ledit Conseil de ville, l’ayant reçu à concourir, luy auroit fait faire en sa présence plusieurs essais d’écriture, ensuitte fait lire et montré en public plusieurs règles d’arithmétique que le conseil de ville a adopté. Il sera finalement reçu.

Quelquefois, le recrutement des arregents donne lieu à des conflits comme à Capbreton en 1722. Les habitants écrivent à l’intendant de Lasseville : Il y a un an que de mauvais esprits, de concert avec le 1er jurat, destituèrent un pauvre maître d’école qui s’acquittait de son devoir depuis plusieurs années, et le remplacèrent par un marin qui n’entendait rien à l’école. Comme il faisait le commerce du vin et ne chantait pas à la messe, les habitants demandent l’autorisation de rappeler l’ancien arregent.

Les différentes fonctions des arregents en Gascogne

Les arregents cumulent plusieurs fonctions dans les petites communautés. Ils servent de secrétaires à la communauté, font les rôles des impositions et autres écritures nécessaires. Celui de Capbreton reçoit 7 livres de la communauté en 1612 pour avoir copié les privilèges du lieu. En 1727, le régent de la communauté devient aussi greffier de police pour 15 livres.

À Angresse (Landes), il est également benoît et doit sonner l’Angélus chaque jour, carillonner selon l’usage, assister le curé dans ses fonctions viatiques et balayer l’église une fois par semaine. À Capbreton, il doit menager les cloches, monter et regler l’horloge, balayer l’eglise, faire les jonchées d’usage, comme aussi de sonner les cloches lors de l’aparance des orages. Cette dernière fonction est essentielle à la communauté car on croit que le son des cloches préserve des orages et de la grêle.

Les arregents assistants du clergé

Les arregents enseignent également le catéchisme, conduisent les enfants à la messe, chantent pendant les offices et assistent le curé dans l’administration des sacrements. Ils doivent instruire les enfants selon les principaux ministères et devoirs de la religion catholique apostolique et romaine, les conduire à la messe tous les jours ouvriers, leur donner des instructions dont ils auront besoing sur ce sujet et avoir soing qu’ils assistent au service divin les dimanches et jours des fetes.

Comme aussy le regent sera tenu de repondre et chanter tous les dimanches et jours de fetes a la messe vepre processions et benedictions comme aussy aux enterrements et devoirs de mort comme etant un des principaux devoirs du regent. Jean Casterot promet aux consuls de Capbreton qu’il chantera même le jour des fettes et dimanches la messe paroisialle et les vepres, et le samedy la messe de la frérie.

L’enseignement des arregents en Gascogne

Abraham Brosse - Le maître d'école, v. 1638
Abraham Brosse – Le maître d’école, v. 1638

Les arregents doivent enseigner aux enfants soigneusement à lire, écrire, chiffrer et prier Dieu, bien évidemment avec douceur et sans les maltraiter. Il recevra indistinctement les garçons et les filles et instruira tous les enfants de lun et lautre sexe et recevra tous les enfants de la paroisse qui lui seront envoyés.

Les horaires de classe sont prévus par contrat : Il ne pourra tenir les enfants moins de 3 heures le matin et 3 heures l’après midy chaque jour ouvrier. Le plus souvent, les horaires sont fixés avec précision, scavoir aux longs jours à sept heures du matin jusqu’aux onze heures et l’après-midi une heure jusqu’à cinq heures, et aux jours courts a sept heures et demy du matin jusqu’aux onze heures et demy et l’après-midi a demy heure jusqu’à quatre heures et demy.

Le contrat définit l’enseignement dispensé par les arregents. Il les fera lire deux fois le matin et deux fois le soir. Il donnera a chacun de ceux qui ecrivent leur exemple et les corrigera chaque jour dans le defaut des lettres et de l’orthographe.  Dès qu’ils sauront lire et écrire, il les fera passer par les différents caractères. Il leur fera lire leurs écritures. Il les fera chiffrer à mesure qu’ils en seront reconnus capables. Enfin il fera 1 heure de catechisme chaque mardy et vendredy de chaque semaine de son école.

Les arregents sont rétribués par les communautés

La communauté rétribue les arregents qu’elle emploie. Les familles en donnent une part. Mais les plus pauvres ne payent rien. Ils bénéficient d’un enseignement gratuit pour leurs enfants.

La rétribution comporte une part en argent et une autre en nature. A la rétribution ordinaire peut s’ajouter pour apprendre à lire 12 sous par mois, à écrire 20 sous, et 30 sous pour l’arithmétique. À Hinx (Landes), le regent reçoit la rente des capitaux laissés par les fondateurs de l’école, plus des pères et mères de famille, 10 sous par mois pour chaque enfant a qui on montre à écrire, et 15 sous pour ceux a qui on enseigne à écrire et à chiffrer, plus la somme annuelle de 101 livres et 8 sous de la communauté.

La rétribution en nature est le plus souvent en grains. Comme à Liac en 1650, une cartère de froment ou carrou et trois souls et demy qu’il prendra pour chaque enfant ou fille qu’il enseignera en particulier. À Angresse, chaque habitant tenant ménage et ayant des bœufs en payaient annuellement une mesure ; les autres une demi mesure seulement. Ailleurs, il reçoit 12 charrettes de bois de pin ou encore deux charges de bois chaque par écolier ou l’équivalent en argent.

Les arregents bénéficient le plus souvent d’une maison avec un jardin. Ils enseignent dans une maison ou local mis à disposition, ou encore chez eux, moyennant une indemnité. Dans les petites communautés, ils enseignent dans les maisons des particuliers, à tour de rôle.

Scène de classe - Léopold Chibourg 1842
Scène de classe – Léopold Chibourg 1842

Des arregents de qualité médiocre mais des résultats probants

Les arregents n’étaient pas toujours de bonne qualité. Il suffisait parfois de bien chanter devant le curé pour avoir la place. Pey de Garros, dans sa 4e Églogue, nous fait le portrait de Mossen Duran :

Aqet garrophlard caperan
S’aperaua mossen Duran,
Et no sabé legí, ny scriue,
Ny plan parlá, ni mes plan viue,
Més damb aqo lo perpitos,
Com un gat borni despieytos,
Per enseña noste logát,
A gran dinés èra logát. 

Aqueth garroflard caperan / S’aperava Mossen Duran, / E non sabè legir, ni [e]scríver, / Ni plan parlar, ni mès plan víver, / Mès damb aquò lo perpitós, / Com un gat bòrni despieitós, / Per ensenhar nòste logat / A gran dinèrs éra logat. 

Ce coquin de chapelain / S’appelait monseigneur Duran, / Et ne savait ni lire ni écrire, / Ni bien parler, ni même bien vivre, / Mais avec cela ivrogne, / Mauvais comme un chat borgne, / Pour enseigner dans notre école, / À grand frais était logé.

Pourtant, les résultats sont probants. Selon une étude réalisée sur le département des Pyrénées-Atlantiques, le pourcentage des personnes qui savaient signer sur leur contrat de mariage était le suivant :

Hommes Femmes
De 1686 à 1690 25,49 % 2,94 %
De 1786 à 1790 71,91 % 9,19 %

En 1773, Jean Lacoste, né à Artiguelouve, en Béarn, devient arregent à Sainte-Marie-de-Gosse. Il y exerce pendant de très longues années. En effet, nous le retrouvons vers 1825, enseignant l’alphabet à un certain Isidore Salles.

Conclusion

Alphabet constitutionnel (1793) pour les régents de la Révolution
Alphabet constitutionnel (1793)

La Gascogne avait la particularité d’avoir de très nombreuses écoles prise en charge par les communautés. L’enseignement y était gratuit et même les plus pauvres y accédaient.

Les Gascons étaient bien en avance avec leurs regents et arregents. En effet, on ne créera le corps des instituteurs qu’en 1792, et l’enseignement primaire en 1795. Il deviendra gratuit en 1881 et obligatoire en 1882.

Ne résistons pas :

Vivent les vacances,
Point de pénitence,
Les cahiers au feu,
Et l’arregent au milieu !

Serge Clos-Versaille

Références

Histoire de l’éducation en France, wikipedia
Eglogas, Pey de Garros, 1567
Articles tirés des bulletins de la Société Académique des Hautes-Pyrénées, de la Société de Borda et de la Revue de Gascogne




La Bouts de la Terre, un journal populaire en gascon

De 1909 à 1914, aidé de son fidèle compagnon en amitié Miquèu de Camelat, Simin Palay fonde un journal populaire entièrement en gascon. C’est La Bouts de la Terre d’Armagnac, Biarn, Bigorre e Lanes. La Voix de la Terre d’Armagnac, du Béarn, de la Bigorre et des Landes. Il  paraîtra deux fois par mois. Il sera interrompu au numéro 112 pour cause de guerre. Nous vous proposons quelques pages de La Bouts de la Terre….

La fondation de La Bouts de la terre

Simin Palay (1874-1965) et Miquèu de Camelat (1871-1962) se rencontrent pour la première fois à la Félibrée de Tarbes du 14 août 1890. Il en naîtra une grande amitié. Elle les conduira à fonder ensemble l’Escòla Gaston Febus en 1896 et la revue Reclams de Biarn et de Gascougne en 1897.

Très vite, Simin Palay prend ses distances avec Reclams. Il lui parait faire trop de place au français, sous la direction jugée conservatrice d’Adrien Planté.

La Bouts de la Terre en dissidence avec Reclams
La Bouts de la Terre en dissidence avec Reclams

La crise de 1909 au sein du mouvement du Félibrige aura des conséquences au sein de l’Escòla Gaston Febus. Elle attirait surtout la bourgeoisie et les notables. Dont le préfet Isidore Salles et le ministre Louis Barthou. Les manifestations publiques en étaient facilitées. L’Escòla était accueillie en grande pompe par les municipalités. Mais certains félibres pouvaient oublier le peuple. Or c’était lui qui pratiquait le mieux la langue comme outil de communication.

C’est dans ce contexte que nos deux compères fondèrent à Pau, La Bouts de la terre d’Armagnac Biarn, Bigorre e Lanes. Ce voulait être un journal populaire entièrement en gascon. Créé en 1909, le journal paraîtra deux fois par mois. Il sera interrompu par la guerre à son numéro 112 de septembre 1914. Il était alors en pleine croissance.

L’expérience n’est pas sans rappeler celle de L’Aïoli de 1890,. Ce journal entièrement en provençal créé par Frédéric Mistral paraissait à côté de la Revue Félibréenne souvent écrite en français.

La bouts de la terre, journal populaire en gascon

Ses objectifs sont donnés dans son premier numéro.

Que bouleré esta la Bouts de toute la brabe yent de Biarn e de Gascougne. Tribalhadours de la boutique, dous camps, dous boscs e de las aygues, qu’ey enta bous que l’abém desbelhade. Mestieraus, paysas, bouscassès, bignès, aulhès, pescadous, aci que serats a boste ! De boste bouts que sera heyte la Bouts de la Terre e que b’y recounecherat coum en û miralh.
Il voudrait être la Voix de tous les braves gens du Béarn et de la Gascogne. Travailleurs des boutiques, des champs, des bois et des eaux, c’est pour vous que nous l’avons créée. Artisans, paysans, bucherons, vignerons, bergers, pécheurs, ici vous serez chez vous ! De votre voix sera faite la Bouts de la Terre et vous vous y reconnaitrez comme dans un miroir.

Des articles uniquement en gascon

Paraissent des rubriques régulières dans chaque numéro. Des articles sur la doctrine félibréenne. Des comptes-rendus des fêtes félibréennes. L’Acciou qui mentionne tout ce qui a un lien avec les activités félibréennes. Drin de tout qui rassemble des faits divers liés aux activités félibréennes. La Quinzenada qui regroupe les faits divers. Cantes e Coundes qui publie des chansons et des poèmes issus d’un concours mensuel organisé par La Bouts de la Terre. Ço de bielh, rubrique historique. Ainsi que de la publicité également en gascon car le journal ne peut vivre de ses seuls abonnés.

La publicité ressource de la Bouts de la Teerre
La publicité, ressource financière de la Bouts de la Terre

Trad.: Vous avez mal au dos, à la cuisse, à la main ? Vous avez la jambe raide ou le bras ballant ? Vous voulez guérir ? Partez demain aux eaux de Barbotan.

Nous vous invitons à un voyage au sein de La Bouts de la Terre.

Les actualités en gascon de la rubrique Drin de tot

Des actualités diverses et variées qui concernent tous les parsans / parçans / contrées de la Gascogne.

Une citrouille exceptionnelle

citrouille géante sur la Bouts de la TerreA Momuy, en pays de Lanes qu’an coelhut aquestes dies d’abor ue cuje coume nou-n troben tot die, las noustes daunes au cam ou au casau. Que mesure 1 m 30 de tour e qu’ey lougue de 60 centimètres. De que ha bère escudèle de garbure ! (n° 50 du 15 janvier 1912).
A Momui, en país de Lanas qu’an cuelhut aquestes dias d’abòr ua cuja coma no’n tròban tot dia, las nostas daunas au camp o au casau. Que mesura 1 m 30 de torn e qu’ei longa de 60 centimètres. De que har bèra escudèla de garbura !
A Momuy dans les Landes, on a cueilli ces derniers jours d’automne, une citrouille comme nos femmes en voient peu dans les champs et les jardins. Elle mesure 1 m 30 de tour et 60 cm de long. De quoi faire une belle garbure !

Le menu de la fête de l’Escòla en 1910

Le 16 octobre 1910, l’Escòla Gaston Febus organise une fête à Madiran. Voici le menu servi (n° 21 du 1er novembre 1910) :

Garbure
Saucisses e pourquet sus palhat
Fricandèu de Bic
Yigot de Bache-Ribère
Mounyetes dab yus
Salade
Roumatye, arrasims e coques
Bis de Madiran

Garbura
Saucissas e porquet sus palhat
Fricandèu de Vic
Gigot de Baisha-Ribèra
Monjetas dab jus
Salada
Hromatge, arrasims e còcas
Vins de Madiran

Garbure / Saucisses et porcelet sur litière / Fricandeau de Vic / Gigot de Rivière-Basse / Haricots avec leur jus / Salade / Fromage, raisins et gâteaux / Vins de Madiran

Encore un sujet d’actualité rapporté dans le n° 95 du 1er décembre 1913 :

Gn’aute ours de tuat

La bouts de la terre : Un ours brun abattuQuauque tems-a qu’abèn bist patades d’ours dens la bat de Lys à Luchou. L’aute die lous frays Sarrin de St Mamet qu’abèn courrut lous boscs e que s’en tournaben libres coum Clarete, quoan aboun l’ours a quauques pas e u ours de grane traque. L’u qu’ou mande ue bale qui u blesse e que s’anabe yeta sus ets quoan l’aute fray Sarrin hé yase lou heram dab gn’aute cop de fesilh. Lou pès qu’ey de 116 kilos, la balou de 200 Liures e la car que s’ey debitade enço de M. Bigourdan, bouché.

Nh’aute ors de tuat 

Quauques temps a qu’avèn vist patadas d’ors dens la vath deu Lis a Luishon. L’aute dia los frairs Sarrin de St Mamet qu’avèn corrut los bòscs e que se’n tornavan libres com Clarèta, quan avón l’ors a quauques pas e un ors de grana traca. L’un qu’u manda ua bala qui’u blèssa e que s’anava getar sus eths quan l’aute frair Sarrin hè jàser lo herum dab nh’aute còp de fesilh. Lo pès qu’ei de 116 quilòs, la valor de 200 Liuras e la carn que s’ei debitada en çò de M. Bigordan, bochèr.

Un autre ours abattu

Il y a quelques temps, ils avaient vu des traces d’ours dans la vallée du Lys à Luchon. L’autre jour, les frères Sarrin de Saint Mamet avaient couru les bois et s’en retournaient bredouilles quand ils eurent l’ours à quelques pas, et un ours de belle taille. L’un lui tire une balle qui le blesse et il allait se jeter sur eux quand l’autre frère Sarrin fit s’effondrer la bête avec un autre coup de fusil. Le poids est de 116 kilos, la valeur de 200 Livres et la viande a été débitée chez M. Bigourdan, boucher.

La Bouts de la terre, Cantes e Coundes en gascon

Le concours mensuel de La Bouts de la Terre.

Daugé auteur de la bouts de la terre
Césaire Daugé

Cette rubrique publiait les meilleures pièces issues du concours mensuel organisé par La Bouts de la Terre. Simin Palay y a régulièrement publié ses poésies. Des félibres bien connus y ont écrit, tout en continuant à publier dans Reclams : Camelat, Césaire Daugé, Lo Cascarot (surnom de l’abbé Fernand Sarran) ou Labaigt-Langlade.

D’autres auteurs, la plupart inconnus, ont participé à ces concours mensuels dont le but, il est vrai, était de permettre à tous les Gascons de s’exprimer dans leur langue. Parmi eux, Lou Crespèt, Lou Mouraloy de Villecomtal, François Dupont d’Auch, Costalat de Lascazères, Jules de Qu’A. Ribo, Fabian de Gosse, Marie de case, l’Escarabeilhat, l’Arriberés dou Gabe, Lou Gnafre de Bic… On remarquera au passage la passion qu’ont les gascons pour les chafres ou surnoms.

Les histoires trufandècas

Fernand Sarran, auteur de la bouts de la terre
Fernand Sarran

La Bouts de la terre  publiait également des histoires trufandècas comme celle qui survint à Nay pendant les élections (n° 58 du 15 mai 1912) :

Qu’era au die de las eleccious oun moussu de Luppé es presentabe. Un electou de Nay que crida : « Bibe Luppé ». U tort en lheban la came que respounou : « Bibe l’auta ».
Qu’èra au dia de las eleccions on mossur de Luppé e’s presentava. Un elector de Nai que cridà : « Viva Luppé ». Un tòrt, en lhevant la cama, que responó : « Viva l’auta ».
C’était le jour des élections quand Monsieur de Luppé se présentait. Un électeur de Nay cria : « Vive Luppé » [NdT : l’u-pé = un-pied]. Un boiteux répondit en levant sa jambe : « Vive l’autre ».

Les faits divers en gascon de la rubrique La Quinzenade

Extraits de La Quinzenada du n° 70 du 15 novembre 1912 :

Genos

Genos – Ue baque que s’a hèyt un betèt dàb dus caps. Cade cap non portabe qu’ue aurelhe, mes dus oelhs e u pa de cournichots, la lengue qu’ère hourcadade. La bestiote que s’ey mourte en bade.
Genòs – Ua vaca que s’a hèit un vetèth dab dus caps. Cada cap non portava qu’ua aurelha, mes dus uelhs e un par de cornishòts, la lenga qu’èra horcadada. La bestiòta que s’ei morta en vàder.
Genos – Une vache a fait un veau avec deux têtes. Chaque tête n’avait qu’une oreille, deux yeux, une paire de petites cornes et la langue fourchue. La bête est morte en naissant.

Bagnères

Bagneres – Sou mercat dou bestia ou P.A d’Antist e lou J.M.P de Argelès-Bagneres qu’an hèyt aus pelats qu’ère u gay dous béde. Arré de coupat toutu.
Banhèras – Suu mercat deu bestiar on P.A d’Antíst e lo J.M.P. de Argelèrs-Banhèras qu’an hèit aus pelats qu’èra un gai de’us véder. Arren de copat totun.
Bagnères – Sur le marché aux bestiaux, P.A. D’Antist et J.M.P. d’Argelès-Bagnères se sont battus, c’était un plaisir de les voir. Rien de cassé !

Tarbes

Tarbe – Ue auque que-s passayabe d’aute noeyt cours Reffye. L’inspectou de la poulicie que la boulou bouta en fourrière, mes coum l’auque ère miade per u òmi e coum aqueste cridabe. « Que la m’ey troubade, qu’ey mie ! » Capdevielle, l’inspectou que demourè sourd coum u calhau e qu’enbarrè en preson l’auquè, lou J.M.C de Prechacq. E l’auque ? …
Tarba – Ua auca que’s passejava d’auta nueit cors Reffye. L’inspector de la polícia que la voló botar en forrièra, mes com l’auca èra miada per un òmi e com aqueste cridava. « Que l’a m’ei trobada, qu’ei mia ! » Capdevielle, l’inspector que demorè sord com un calhau e qu’enbarrè en preson l’auquèr, lo J.M.C. de Preishac. E l’auca ? …
Tarbes – Une oie se promenait l’autre nuit cours Reffye. L’inspecteur de police voulut la mettre en fourrière mais comme l’oie était menée par un homme qui criait. « Je l’ai trouvée, elle est à moi ! », Capdevielle, l’inspecteur, restait sourd comme un caillou et mit en prison le gardien de l’oie, J.M.C. de Préchac. Et l’oie ?

La Bouts de la terre, la rubrique L’Acciou et les activités liées au Félibrige

Simin Palay participe à une conférence à Bordeaux sur les poètes gascons (n° 99 du 1er février 1914) :

L'acciou, une rubrique de la Bouts de la terreLa counference hèyte a l’Athénée de Bourdèu per Simin Palay

La counference hèyte a l’Athénée de Bourdèu per Simin Palay s’ous pouètes noustes qu’abè hèyt biéne mey de 500 biarnés e gascous en aquère bère bile.

Lou mèste en sapiénce romane, Mous de Bourciez, que la presida, acoumpagnat p’ou coumitat de redacciuo de Burdigala qui abè ourganisat l’amassade. En quauques paraules franques e beroy alissades, coum b’at poudét pensa, Moussu Bourriez que presenta lou nouste mèste d’ahar qui-s bouta labéts à debisa s’ous pouètes biarnés e gascous qui hasèn aunou a la literature e à la patrie, despuch Arnaud de Salettes dinquà Barreyre, Bouzet, Begarie e Lartigue.

M. Poustis, u bayounés qui cante coum sàben canta lous gascous, que gourgueye cansous de Despourri e que l’apaudin à tout coupa. Qu’esté aquero cinq beroys quarts d’ore de gauyou, de pouesie e d’amistat. Au segure, lous biarnés e los gascous de Bourdèu que soun recounechents au balén bigourda Auguste Pujolle, directou de Burdigala, d’ous abé proucurat aquere boune pause.

La conferença hèita a l’Athénée de Bordèu per Simin Palay

La conferença hèita a l’Athénée de Bordèu per Simin Palay suus poètas nostes qu’avé hèit viéner mei de 500 biarnès e gascons en aquera bèra vila.

Lo mèste en sapiença romana, Mos de Bourciez, que la presida, acompanhat peu comitat de redaccion de Burdigala qui avè organisat l’amassada. En quauques paraulas francas e beròi alissadas, com v’ac podetz pensar, Mossur Bourriez que presenta lo noste mèste d’ahar qui’s bota labetz a devisar suus poètas biarnès e gascons qui hasèn aunor a la literatura e a la patria, despuish Arnaut de Salettes drinc a Barreyre, Bouzet, Begarie e Lartigue.

M. Postis, un baionés qui canta com saben cantar los gascons, que gorgueja cansons de Desporrins e que l’aplaudín a tot copar. Qu’estè aquerò cinc beròis quart d’òras de gaujor, de poesia e d’amistat. Au segur, los biarnès e los gascons de Bordèu que son reconeishents au valent bigordan Auguste Pujolle, director de Burdigala, de’us aver procurat aquera bona pausa.

La conférence donnée à l’Athénée de Bordeaux par Simin Palay

La conférence donnée à l’Athénée de Bordeaux par Simin Palay sur nos poètes a fait venir plus de 500 béarnais et gascons dans cette belle ville.

Le maître en sciences romanes, M. de Bourciez, qui la préside, accompagné du comité de rédaction de Burdigala qui avait organisé la réunion. En quelques paroles franches et bien tournées comme vous pouvez l’imaginer, M. Bourriez présente notre maître d’œuvre qui se met alors à parler des poètes béarnais et gascons qui font honneur à la littérature et à la patrie, depuis Arnaut de Salettes jusqu’à Barreyre, Bouzet, Begarie et Lartigue.

Un bayonnais, M. Poustis, qui chante comme savent le faire les gascons, entonna des chansons de Despourrins et fut applaudi à tout rompre. Ce furent cinq quarts d’heures de joie, de poésie et d’amitié. Les béarnais et les gascons de Bordeaux sont reconnaissants au vaillant bigourdan Auguste Pujolle, Directeur de Burdigala, de leur avoir procuré ce moment de plaisir.

Ço de bielh, rubrique historique en gascon

Dans cette rubrique ont été publiés des éléments relatifs à l’histoire de la Gascogne comme, par exemple :

  • Lous prèts de las causes de 1699 à 1729 au parsan de Bérens d’après lou libe de resou dou curè tarride (le prix des choses de 1699 à 1729 à Berenx d’après le livre de raison du curé Tarride),
  • U gentilòmi biarnès au 17e sècle (Un gentilhomme béarnais au 17ème siècle),
  • Testament de Fourticq de Sent-Pée de Lembeye dou 26 octobre 1641 (Testament de Fourtic de Sent Pée de Lembeye du 26 octobre 1641),
  • La Passiou de Nouste-Ségnou en Biarnés (la Passion de Notre Seigneur en béarnais).

La Bouts de la terre, la fin de l’histoire

Arrêt de publication de la Bouts de la Terre en août 1914.

Malgré un succès grandissant, la guerre interrompt définitivement la parution de La Bouts de la Terre d’Armagnac Biarn, Bigorre e Lanes.

Trad.: Le numéro du 1er août venait à peine d’être remis à la poste que la guerre était déclarée à la France par la Prusse. Les tracas qui s’en sont suivis ont retardé ce numéro qui sera, je pense, le dernier d’ici à la fin de la guerre. La famille de la Bouts de la Terre est dispersée en ce moment. Les uns combattent, d’autres sont blessés, d’autres vont partir. Tous les abonnés comprendront que dans ces conditions, un peu de patience est nécessaire.

Le dernier numéro paraît le 1er septembre 1914. Le journal ne sera pas relancé après l’Armistice.

Le succès de ce journal populaire et entièrement en gascon, créé en réaction aux publications jugées trop élitistes, peut parfois nous faire regretter que l’aventure n’ait pas pu se poursuivre. Peut-être manque-t-il encore un journal qui voleré èster la Votz de tot lo brave monde de Biarn e de Gasconha… ?

Serge Clos-Versailles

Références

Simin Palay (1874-1965), Jean-Pierre Birabent, Cercle occitan de Tarbes & Éditions du Val-d’Adour, 2004.
La bouts de la tèrre – Une tentative de presse régionaliste en Béarn au début du siècle, David Grosclaude, Editions Per Noste.
La Bouts de la terre d’Armagnac Biarn, Bigorre e Lanes, Bibliothèque Escòla Gaston Febus (collection avec quelques lacunes).