Le desman des Pyrénées

Le Desman des Pyrénées ou rat-trompette est un animal endémique des Pyrénées. Très discret, il n’est découvert qu’en 1811. Il est malheureusement en grand danger d’extinction.

La découverte du Desman des Pyrénées

Desman de Moscovie, Histoire Naturelle de Buffon, 1763, Gallica
Le desman de Moscovie, Histoire Naturelle de Buffon, 1763, Gallica

Le Desman est un animal connu. Il habite en Russie et porte le nom de Desman de Moscovie. Le naturaliste Buffon (1707-1788) en a dessiné dans son Histoire naturelle, générale et particulière de 1763.

Rien à voir donc avec le Desman des Pyrénées ou Galemys Pyrenaicus Pyrenaicus, décrit pour la première fois en 1811 par le naturaliste Etienne Geoffroy de Saint-Hilaire, à partir de spécimens d’un curieux animal découvert à Tarbes par M. Desrouais, professeur de sciences naturelles à l’école centrale de Tarbes.

Eugène Trutat par Nadar, Muséum de Toulouse © Wikipedia
Eugène Trutat par Nadar, Muséum de Toulouse © Wikipedia

Eugène Trutat, que l’on connait mieux comme pyrénéiste et photographe des Pyrénées, était aussi le Directeur du Musée d’Histoire naturelle de Toulouse. Il étudie le desman à partir de spécimens venant de Luchon, notamment de Juzet où les petits ruisseaux et les prairies marécageuses constituent un excellent habitat. Il en fait une remarquable description détaillée dans son Histoire naturelle du Desman des Pyrénées, publié en 1891. En avant propos, il explique comment l’utilisation de l’agrandissement photographique lui a permis une description précise de l’ossature de ce petit animal.

Essai sur l'histoire naturelle du desman des Pyrénées, E. Trutat
Essai sur l’histoire naturelle du desman des Pyrénées, E. Trutat, 1891, Gallica

Dans le Bulletin de la société d’Histoire naturelle de Toulouse, C. Puisségur complète le travail d’Eugène Trutat et nous donne plusieurs planches anatomiques dessinées et très détaillées du desman.

On sait que l’aire de répartition du Desman a été plus grande car Edouard Lartet en a retrouvé des ossements fossiles à Sansan dans le Gers. On a retrouvé aussi d’autres fossiles dans le Massif Central et en Angleterre. Ces Desman sont un peu différents de ceux des Pyrénées.

Si notre Desman est endémique de toute la chaine des Pyrénées (on le signale pour la première fois dans les Pyrénées-Orientales en 1824), on lui connait un cousin, le Galemys Pyrenaicus Rufulus qui vit dans le nord de l’Espagne et du Portugal.

Carte de présence du Galemys pyrenaicus © Wikipedia
Carte de présence du Galemys pyrenaicus © Wikipedia

Le Desman des Pyrénées

Le Desman vit dans les torrents et les lacs de montagne. Il se nourrit exclusivement de larves (les pêcheurs croyaient qu’il se nourrissait de poissons) et son activité est essentiellement nocturne. De surcroit craintif, il est difficile à observer.

Desman des Pyrénées- Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises © Richard Danis
Desman des Pyrénées, Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises © Richard Danis

Le Desman mesure environ 25 cm de long (queue comprise) et pèse entre 50 et 60 grammes. Son corps est recouvert de poils. Il est muni d’une trompe dont il se sert pour dénicher les larves au fond des ruisseaux. Il a des pattes griffues qui lui permettent de creuser un terrier dans les berges. Ces caractéristiques ont fait penser à un rat, une taupe ou une musaraigne.

C’est un très bon nageur mais il est incapable de poursuivre une proie dans l’eau. Il préfère les larves enfouies sous le sable, fixées sur un rocher ou près de la surface de l’eau.

S’il est essentiellement aquatique, le Desman est capable de se déplacer sur les berges, notamment à la recherche de partenaires durant la saison de reproduction.

Le Desman des Pyrénées se rencontre dans tous les milieux situés à partir de 15 mètres d’altitude (observé à Saint Pé sur Nivèle) et jusqu’à plus de 2 000 mètres au lac d’Ayous. Il lui faut des torrents relativement profonds. C’est ainsi qu’en amont de Saint-Girons, on ne le trouve que dans les affluents de la rive gauche du Salat. Il est absent des affluents de la rive droite. Cela s’explique par la différence de précipitations entre les deux versants.

Il se reproduit entre février et mai et chaque couple élève de 3 à 4 petits. La durée de vie du Desman des Pyrénées semble relativement courte. En tout cas, il ne supporte pas la captivité et se laisse dépérir.

Le Desman en grave danger de disparition

On ne connait pas exactement le nombre de Desman des Pyrénées. Le Parc National des Pyrénées estime sa population à 17 000 individus sur toute la chaine des Pyrénées. C’est peu : 1 Desman par km² en moyenne !

Le Desman des Pyrénées est protégé par l’arrêté du 17 avril 1981 qui interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l’enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Vivant ou mort, il est interdit de le transporter, le colporter, l’utiliser, le détenir, le vendre ou l’acheter. Bref, laissez le Desman tranquille !

The-International-Union-for-Conservation-of-NatureDepuis 2021, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) classe le Desman des Pyrénées en danger de disparition car son habitat est fortement perturbé par l’activité humaine.

La pollution a un impact sur les insectes et les larves dont se nourrit le Desman des Pyrénées. La vidange des barrages constitue un réel danger par la modification du milieu naturel et le risque de submersion des terriers.

L’enrochement des berges réduit la possibilité de trouver des refuges adaptés. Il en est de même de la destruction des souches d’arbres ou des constructions le long des berges (moulins, murs de retenue, etc.). Tout cela contribue à fragmenter sa zone d’habitat, ce qui rend encore plus fragile le Desman.

Son aire de distribution aurait diminué des 50 % entre 1990 et 2015 et il aurait pratiquement disparu des fonds de vallées.

Mais comment le protéger ?

Plusieurs programmes de conservation du Desman sont établis. Un premier plan national couvrant la période 2009-2014 a permis de mieux connaitre le Desman et son mode de vie. Le projet LIFE + DESMAN, cofinancé par l’Europe, a permis de prendre en compte le Desman dans les plans d’aménagement et de gestion des cours d’eau. Cela permet d’améliorer ses zones d’habitat. Un deuxième plan national couvre la période 2021-2030.

logo_CEN_Occitanie_0 Il comprend des actions concrètes. Outre l’information et la sensibilisation du public à la protection du Desman des Pyrénées, le Conservatoire des Espaces Naturels (CEN) Occitanie a acheté des terrains en bord de ruisseau à Luchon, Lège et Saint-Mamet pour protéger un espace occupé par le Desman.

Une convention « Havre de paix » est signée avec des riverains pour gérer les terrains en tenant compte de la présence du Desman. Elle concerne plus de 500 hectares. Un projet similaire est en cours sur le Salat en Ariège.

Dans l’Aude, on restaure des bras de rivière pour augmenter la zone d’habitat du Desman en cas de fortes crues. On nettoie les berges et on les débarrasse des pollutions (plastiques, autres déchets) et on protège les captages et prises d’eau par des crépines évitant d’engloutir des Desman.

Ces actions ont permis de renforcer la population de Desman et de le voir recoloniser certains secteurs abandonnés.

Des nouvelles actions prévues au Plan Nation d’Actions 2021-2030 permettront sans doute d’améliorer la protection du Desman et de le voir revenir dans nos rivières de montagne. En attendant, chacun d’entre nous peut contribuer à la réussite de ce plan en évitant de polluer les cours d’eau par ses déchets, de déranger le Desman des Pyrénées par des activités nautiques trop près des berges, etc.

Et puis, vous pouvez en parler à vos enfants.

Et que fait l’Espagne ?

Life-Desmania L’Espagne qui possède la population la plus grande de desmans pyrénéens a son propre programme de protection LIFE+Desmania.

Le lien ci-dessous présente une vidéo en espagnol, sur Youtube. Vous pouvez faire apparaitre des sous-titres en français (et bien d’autres langues). Pour cela, ouvrez la video dans YouTube, cliquer sur « Paramètres » et choisissez la langue qui vous convient.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire naturelle, générale et particuliére. Tome 10, avec la description du Cabinet du roy., Buffon 1763, Gallica
Essai sur l’histoire naturelle du Desman des Pyrénées, Eugène Trutat, Editions Privat, Toulouse, 1891.
Recherches sur le Desman des Pyrénées, C. Puisségur, Bulletin de la Société d’Histoire naturelle de Toulouse, 1935-2ème trimestre, p 163 à 227.
Le Desman des Pyrénées: Un mammifère inconnu à découvrir, Bernard Richard, Chercheur CNRS au Laboratoire du Milieu Souterrain de Moulis en Ariège, 1989.
Conservatoire des Espaces naturels Occitanie
Parc National des Pyrénées
Projet Life=Desman (fiche de présentation)
Plan national d’actions 2021-2030 en faveur du Desman des Pyrénées




La guerre de Gascogne 4- la fidélité des Gascons

Les gascons sont fidèles à leur duchesse Aliénor. Après sa mort, cette fidélité n’est plus personnelle. Elle s’adapte selon leurs intérêts. Faisons un rapide panorama de la Gascogne au XIIe siècle.

Les Gascons sont divisés

Si les trois grandes villes de Gascogne sont fidèles aux Anglais, c’est que le commerce leur rapporte beaucoup. Bordeaux s’enrichit grâce au commerce du vin vers l’Angleterre et les pays du nord. Bayonne est la plaque tournante du commerce entre l’Angleterre et l’Espagne. Dax est située sur la route entre Bordeaux et Bayonne.

Armes du Béarn
Armes du Béarn

Les grandes familles de féodaux sont partagées. Le Béarn et la Bigorre ont clairement choisi de s’allier avec l’Aragon à qui elles font hommage en 1154 car le mariage dAlienor avec Henri III les inquiète. Plus tard, Gaston VI de Bearn est à la tête de la révolte des Gascons. Gaston VII participe à la révolte de La Réole et soutient les entreprises des rois de Castille pour conquérir la Gascogne. Finalement, même si c’est du bout des lèvres, le Béarn doit faire hommage au roi d’Angleterre.

Clément V sur le trône pontifical Bibliothèque palatine © Wikipedia
Clément V sur le trône pontifical Bibliothèque palatine © Wikipedia

L’union de Foix et du Béarn pose un nouveau problème. Le comté de Foix fait hommage au roi de France alors que Béarn, Marsan et Gabardan relèvent du roi d’Angleterre. Cette situation compliquée conduit Gaston dit Febus à refuser l’hommage du Béarn au roi d’Angleterre, puis au roi de France. Cette décision équilibrée est une déclaration d’indépendance du Béarn.

Le comte d’Armagnac, ennemi juré de la maison de Béarn, a choisi le camp du roi de France jusqu’à s’allier avec lui par mariages.

Une autre famille inconnue s’allie aux Anglais et leur reste fidèle : les Albret. Ils combattent en Gascogne mais aussi en Écosse et au Pays de Galles. Grâce aux dons des rois d’Angleterre en remerciement de services rendus, les Albret se constituent un vaste ensemble territorial. Le Pape gascon Clément V favorise aussi les Albret par l’obtention de lucratifs bénéfices.

L’essor des bastides

la fidélité des Gascons leur vaudra la construction de nombreuses bastides
Carte des bastides du Sud-Ouest

La Gascogne compte peu de grandes villes : Bordeaux, Bazas, Bayonne et Dax. En quelques années, elle se couvre de bastides.

En 1280, Edouard Ier donne pouvoir à son Sénéchal Jean de Grailly de construire des bastides. Il s’agit de faire pièce à la politique de construction de bastides du roi de France. C’est pour cela que, dans bien des cas, bastides anglaises et françaises se font face à face le long de la frontière entre les deux états.

Edouard Ier est un grand bâtisseur : Pimbo en 1268, Liborna (Libourne) en 1269, Vilafranca de Cairan (Villefranche du Queyran) en 1271, Pelagrua (Pellegrue) en 1272, Miramont Sensac (Miramont-Sensacq) en 1274, Castethnau de Gupia (Castelnau sur Gupie) en 1276, Miramont de Guiana (Miramont de Guyenne) en 1278, Cadilhac (Cadillac), Arroi (Arouille) et Mauvesin d’Armanhac (Mauvezin d’Armagnac) en 1280, Sauvatèrra de Guiana (Sauveterre de Guyenne) en 1281, Ròcapina (Roquepine), Bona Guarda (Bonnegarde) et Valença (Valence d’Agen) en 1283, Viana (Vianne) et Talmont en 1284, Francescàs (Francescas) en 1286, Forcés (Fourcès), Sent Clar (Saint-Clar), Hastings (Hastingues), L’Agruèra (Lagruère) et Sent Genh (Saint-Gein) en 1289, Nicòla (Nicole) en 1291 et Sevinhac (Sévignac de Guyenne) en 1305,

Son successeur, Edouard II construit Sopròssa (Souprosse) en 1314, Gèuna (Geaune), Saron et Sent Sauvador de Milhan (Saint-Sauveur de Meilhan) en 1318, Blasimont (Blasimon) et Bèthvéser (Betbezer) en 1320,  Toloseta (Toulouzette) en 1321 et La Bastida de Shalòssa (Labastide-Chalosse) en 1327.

Enfin, Edouard III construit Dur Hòrt-Baishen (Duhort-Bachen) en 1327 et Lanas (Port de Lanne) en 1331.

Remparts de Vianne
Remparts de la bastide de Vianne

La prospérité de Bordeaux

Bordeaux doit sa prospérité au commerce des vins et à ses relations étroites avec l’Angleterre et les pays du nord.

Chaque année, à l’automne, des convois de bateaux amènent le vin claret (clairet) qui supplante les vins du nord de la Loire. Les bateaux emportent aussi du sel du Médoc, de la résine des Landes et du pastel de Lauraguais. Il ne faut que 10 jours de navigation pour rejoindre Londres. En retour, Bordeaux reçoit de la viande salée et des objets de mercerie.

La vigne gagne partout. Dès 1224, le vin de Bordeaux fournit les ¾ de la consommation anglaise, supplantant celui de La Rochelle qui n’a d’autre solution que de le distiller pour en faire du Cognac.

La fidélité des gascons facilitera le développemet des vignobles bordelais
Le vignoble bordelais

Bordeaux prospère

Bordeaux profitera de sa fidélité aux Anglais
À Bordeaux, la porte Saint-James ou de la Grosse Cloche

Bordeaux reçoit de nombreux privilèges comme celui de règlementer elle-même la production de vin et son commerce dans les limites de la Sénéchaussée. C’est ainsi que les bourgeois de Bordeaux ont le monopole de la vente des vins à la foire d’automne. Ce n’est qu’une fois tout leur vin vendu que les courtiers des autres pays pouvaient entrer en contact avec les marchands bordelais pour vendre leur vin. Ce contrôle strict empêche le développement des vignobles en amont de la Garonne. Le vin de Gaillac ne sert plus qu’à la consommation locale, Agen se lance dans la production de pruneaux, Moissac vers celle des raisins de table, l’Armagnac vers la distillation et la production d’Armagnac.

Bordeaux est gouvernée par une jurada (jurade) qui choisit un maire depuis 1172. Elle a des pouvoirs judiciaires et financiers. Jean sans terre exempte la ville de maltòuta (maltôte : impôt sur les produits de consommation courante). En 1235, Henri III octroie des costumas (charte de coutumes).

De nombreux métiers prospèrent autour du vin et du port. De nouveaux quartiers voient le jour. Une nouvelle enceinte de 3 Km et percée de 10 portes est construite en 1251 (seule subsiste encore la porte Saint-James), une nouvelle en 1302. En 1242, les Bordelais sont exempts du service militaire en dehors de leur sénéchaussée.

Tous ces avantages et privilèges maintiennent Bordeaux dans la plus grande fidélité aux rois d’Angleterre.

Les autres villes de Gascogne

Bayonne est un grand port du sud de la Gascogne. Ses bateaux font le commerce avec l’Angleterre, le nord de l’Europe et l’Espagne. L’activité de la pêche y est importante. Ses chantiers navals sont réputés pour des navires de haute mer et la ville abrite une importante garnison. Le port est le débouché naturel de ceux de Dax et de Mont de Marsan qui trouvent un accord en 1293 pour régler leurs différends commerciaux. Le commerce par voie maritime ou fluviale génère de beaux bénéfices.

De par sa position stratégique, la ville retient l’attention des rois anglais. En 1177, Richard cœur de Lion la détache du Labourd qui prend désormais Ustaritz comme capitale. Bayonne reçoit une charte communale en 1215. Elle se gouverne en élisant un maire depuis 1189.

L’Adour se jette dans l’océan à Capbreton, avant-port de Bayonne. Vers 1410, l’embouchure de déplace plus au nord. C’est une catastrophe pour Bayonne qui décline. Elle doit attendre 1578 pour que l’embouchure de l’Adour se fasse à Bayonne.

Dax est une ville commerciale avec un port fluvial. Les pèlerins sur la route de Saint-Jacques y sont nombreux. Deux foires annuelles s’y tiennent.

Bayonne
Bayonne

Les rolls gascons

Les rolls gascons © Wikipedia
Les rolls gascons © Wikipedia

Chaque année entre 1273 et 1453, l’administration anglaise établit des rolls (rouleaux ou registres), rédigés en latin, sur lesquels elle retranscrit tous ses actes administratifs rédigés en Gascogne. Les parchemins sont cousus ensemble sur une longueur de plusieurs mètres et enroulés pour leur archivage.

C’est une source inépuisable de renseignements sur les personnages et les évènements de l’époque. On y trouve notamment les ordres donnés aux sénéchaux et autres officiers, ainsi que des ordonnances relatives aux impositions adressées aux communautés ou aux seigneurs locaux. Les rolls permettent aussi de suivre l’itinéraire des rois d’Angleterre lorsqu’ils sont présents en Gascogne.

Un exemple : l’autorisation donnée en 1342 à Hélias de Lescours de fortifier une maison près de Sent Milion (Saint-Emilion) : « Le roi à tous etc. salut. Sachez que, de notre grâce spéciale, nous avons concédé à notre cher et fidèle Hélias de Lescours, que lui et ses héritiers puissent édifier de pierre et de chaux une maison forte sur leur terre dite de Villeneuve d’Entre-Dordogne près de Saint-Émilion, l’enclore et la créneler et la tenir pour eux sans empêchement de nous, de nos héritiers ou d’aucun de nos officiers, ni de ceux de nos héritiers, en étant toutefois tenus de la rendre à notre commandement ou à celui de nos héritiers ou de nos sénéchaux ou de ceux de nos héritiers pour le duché d’Aquitaine, en temps de guerre ou en paix. En témoignage etc.

De par le roi et son conseil ».

Charles Bémont (1848-1939) publie la première partie des rolls. Il publie aussi en 1884 : « Simon de Mont fort, comte de Leicester, sa vie (120 ?-1265), son rôle politique en France et en Angleterre ».

L’Université de Bordeaux et des universités anglaises étudient les autres rolls afin de les publier ultérieurement.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

The Gascon Rolls project 1317-1468 
Bordeaux du XIIe au XVe siècle




Le gascon à Bordeaux ou à Bordèu ?

Bordeaux, grande ville du nord de la Gascogne, abandonne le gascon plus tôt que les autres. Du moins, la bourgeoisie d’affaires. Commerce international oblige ! Le peuple, lui, continue de pratiquer le gascon.

Le Bordeluche

Le Bordeluche est le gascon parlé à Bordeaux. Il n’est pas différent du gascon parlé ailleurs mais il comporte un certain nombre de mots et d’expressions particulières qui sont souvent liés aux activités économiques comme la vigne ou la pêche.

Dictionnaire du Béarnais et du Gascon moderne, Simin Palay, Edicion Reclams 2020
Dictionnaire du Béarnais et du Gascon moderne, Simin Palay, Edicion Reclams 2020

L’andòrda est le lien en osier pour la vigne, le carasson est le piquet de vigne, le pishadèi est le pays du vin aux environs de Libourne, la cacunha est une vielle voiture, être grinhashisha c’est être de mauvaise humeur, la malha est le travail… On peut retrouver la plupart du vocabulaire bordeluche dans le Dictionnaire du Béarnais et du Gascon moderne de Simin Palay. Remarquons aussi que plus d’un de ces mots s’est transmis dans un registre bordelais populaire, comme le « mail » (prononcer le maill) qui veut toujours dire le travail.

 

 

Le gascon : étude de philologie pyrénéenne, Gerhard Rohlfs
Le gascon : étude de philologie pyrénéenne, Gerhard Rohlfs, Max Niemeyer Verlag, 1935

Dans son ouvrage Le gascon : étude de philologie pyrénéenne, Gerhard Rohlfs (1892-1986), montre les spécificités du gascon du bordelais : herpin / aiguille de pin, se dit grepin ; jauga / ajonc, se dit ajauga ; lagast / tique, se dit regach ; eslurar / glisser, se dit lurjar ; etc.

On peut aussi le retrouver dans le nom des rues du vieux Bordeaux, même s’ils sont pour la plupart francisés. Par exemple, la rue bouquière vient de boquèira, la rue des bouchers.

L’Ostau occitan de Bordeaux en a établi une carte et Julien Pearson, guide conférencier, propose une intéressante visite guidée en occitan.

La littérature bordelaise des troubadours

Alors que les ducs d’Aquitaine et les rois d’Angleterre sont en lutte avec les rois de France, les troubadours bordelais laissent des traces de leur art.

Un troubadour bordelais : La mort de Jaufré Rudel dans les bras de Hodierne de Jérusalem © Wikipedia
La mort de Jaufré Rudel dans les bras de Hodierne de Jérusalem © Wikipedia

Jaufre Rudel est un troubadour originaire de Blaye. Hélas, on n’a conservé de lui que 5 chansons.  Pour écouter le chant, cliquer ici : Lanquan li jorn son lonc en may

Vau de talan embroncs e clis
Si que chans ni flors d’albespis
No·m platz plus que l’iverns gelatz.

Je vais incliné et courbé de désir
si bien que ni chants ni fleurs d’aubépine
ne me plaisent plus que l’hiver gelé.

Amanieu de Sescars est originaire de Saint-Martin près de La Réole. Deux de ses épitres sont connues.

Demandatz-li novèlas:
«Quals dònas son pus bèlas,
O Gascas o Englesas,
Ni quals son pus cortesas
Ni quals son pus bonas?
E s’il vis ditz, Gasconas
Repondètz ses temor:
«Sénher, salv vòstre onor,
Las dònas d’Englatèrra
Son gençer d’autra tèrra».
E s’ilh vous ditz: «Englesa»,
Respondètz: «Si no·us pesa
Sénher, géncer es Gasca.

Posez-lui des questions :
Quelles sont les femmes les plus belles
Gasconnes ou Anglaises.
Quelles sont les plus courtoises ?
Les plus fidèles, les meilleures ?
S’il vous dit : « Les Gasconnes »
Répondez sans crainte :
« Seigneur, sauf votre honneur
Les femmes d’Angleterre
Sont les plus belles du monde ».
Et s’il vous dit : « Les Anglaises »,
Répondez : « Ne vous en déplaise,
Seigneur, les plus belles sont Gasconnes ».

L’évolution de la littérature de Bordeaux

Si le gascon est la langue administrative du temps des ducs d’Aquitaine et rois d’Angleterre, le français s’impose progressivement comme partout ailleurs. D’ailleurs, on ne connait pas d’œuvres en gascon bordelais au XVIe ou XVIIe siècle.

Michel de Montaigne (1533-1592), Pierre de Brach (1547-1604) et Montesquieu (1689-1755) sont des bordelais connus pour leurs œuvres littéraires en français. Ils ont occupé des fonctions à la mairie de Bordeaux ou au Parlement. Pourtant, ils connaissaient le gascon mais écrivaient pour un public français. On relève quand même quelques beaux gasconismes et quelques allusions au gascon dans leurs œuvres.

Trois écrivains de Bordeaux : Michel de Montaigne (1533-1592), Pierre de Brach (1547-1604) et Montesquieu (1689-1755)
Michel de Montaigne (1533-1592), Pierre de Brach (1547-1604) et Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755)

L’essor du gascon bordelais

Après la période révolutionnaire, on assiste à Bordeaux à un nouvel essor de la littérature en langue régionale.

L’essor du gascon bordelais : Meste VerdiéAntoine Verdié (1779-1820), dit Mèste Verdièr est l’auteur de nombreuses poésies et pièces de théâtre en gascon. Il déclame ses pièces en public, au coin d’une rue ou dans un café, ce qui lui vaut une grande notoriété.

En fait, il publie ses œuvres dans un court espace de 5 ans, entre 1815 et 1820. Il fonde la Société des poètes gascons qui publie La Corne d’aboundence, revue littéraire qui ne paraitra qu’en 1819 et 1820.

L'essor du gascon bordelais : Théodore Blanc
Théodore Blanc

Théodore Blanc (1840-1880) est journaliste. Censuré pour une de ses pièces en gascon, il devient responsable de la rubrique « Prose et poésies gasconnes » dans le journal Le Girondin du Dimanche. En 1869, il publie un Armanac bordelès et en 1873 un Armanac gascoun. Il fonde la revue Lou Raouzelet dont un seul numéro paraitra en raison de la guerre de 1870.

L’essor du gascon bordelais : Jean LacouJean Lacou de Mérignac (1820-1908) est un journaliste écrivain. Il écrit 4 poèmes en gascon qu’il publie en 1853 dans un recueil de poésies en français. Il s’inspire de Théodore Blanc et de Jasmin.

L’abbé Daniel Bergey (1881-1950) publie plusieurs œuvres, dont Ché lous Praoubes (estudos dé ché nous aoutes, Ma gerbette paru en 1923.

Le Félibrige bordelais

Abbé Arnaud Ferrand, membre de l’Académie Nationale des Sciences, Belles-lettres et Arts de Bordeaux
Abbé Arnaud Ferrand (1849-1907)

Au XIXe siècle, nait en Provence le mouvement du félibrige qui apportera une vraie renaissance à la littérature de langues régionales. Frédéric Mistral, emblème de ce mouvement, qualifie l’abbé Arnaud Ferrand (1849-1907) de « Félibre d’Aquitaine ». Il le cite d’ailleurs 97 fois dans son dictionnaire, Lou Trésor dóu Felibrige.

En 1879, l’abbé Ferrand publie La Ragabassade, satire politique contre Léon Gambetta. Dix ans plus tard, il devient membre de l’Académie Nationale des Sciences, Belles-lettres et Arts de Bordeaux (créée en 1712 par Louis XIV) dont il sera le secrétaire un an plus tard. Il nous laisse une centaine de poésies, dont certaines sont primées aux Jeux Floraux. Il traduit aussi en Français les vers d’Antonin Perbosc et de Prosper Estieu.

À l’académie de Bordeaux, l’abbé Ferrand rencontre Édouard Bourciez (1854-1946). Maitre de conférences à l’université de Bordeaux, il est le premier titulaire de la chaire de Langue et Littérature du Sud-Ouest, créée en 1893 par la ville de Bordeaux.

En 1894, Edouard Bourciez lance une enquête linguistique auprès des instituteurs des 4 444 communes d’Aquitaine. Il leur demande de traduire La parabole de l’enfant prodigue dans le gascon de leur commune.

Auteur de nombreux articles de linguistique gasconne, il publie 25 articles dans la revue Reclams de Biarn e Gascougne de l’Escòla Gaston Febus. Il établit une graphie adoptée en 1900 par l’Escòla Gaston Febus.

Lo gascon a Bordèu

L’Ostau occitan de Bordeaux, créé en 1968, travaille au développement du gascon. Nous avons déjà parlé du plan de Bordeaux et des visites de la ville en gascon. Il organise aussi des cours de gascon.

Gric de Prat
Gric de Prat

Deux Calandretas existent à Pessac et à Barsac. Deux classes bilingues existent encore au Bouscat et à Cussac-Fort-Médoc.

Le gascon est proposé en option dans 6 collèges et 4 lycées. Sans compter les possibilités d’études à l’université.

N’oublions pas les groupes de musique qui font vivre lo gascon de Bordèu, comme Lo Gric de prat.

Références

Lexique de bordeluche, Angèle Casanova, 2006.
Pougnacs et margagnes, Dictionnaire définitif du bordeluche, Guy Suire, 2011.
Lanquan li jorn son lonc en may, Jaufre Rudel, Troubadours d’Aquitaine.
Ché lous praoubes – Ma garbetto, Daniel-Michel Bergey, 1923, disponible à la bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus.
Oeuvres complètes de Mèste Verdié, Gallica , 7ème édition.
As paysans coume jou, Aux paysans comme moi. Chroniques politiques gasconnes de la Gironde du Dimanche (1869-1871) et œuvres diverses,
Théodore Blanc, traduites et présentées par Guy Latry.
Fleurs des Landes : poésies ,Lacou, Jean (1821-1908).
La Ragabassade, Arnaud Ferrand.
L’Ostau gascon de Bordeaux
Gric de prat




Jean Lamon, dit Pelòt

Bandit de grands chemins pour les uns, nouveau Robin des bois ou Zorro pour les autres, qui est vraiment Jean Lamon, dit Pelòt ?

Le bandit Jean Lamon (1779-1816)

Pelòt ou la vie d'un chef de brigands par Dordins (1866) © Gallica
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands par Dordins (1866) © Gallica

Jean Lamon, dit Pelòt, nait le 24 novembre 1779, à Soriac (Soréac), près de Poiastruc (Pouyastruc). Il est l’ai d’une famille nombreuse au destin peu commun. Son père meurt en prison et sa mère est incarcérée à l’âge de 85 ans. Et les enfants suivent le chemin. Son frère Bernaton meurt au bagne de Rochefort, et son autre frère Janton est condamné aux travaux forcés, mais il réussit à s’évader et s’enfuit en Espagne. Enfin, son dernier frère, Guilhaumet, meurt dans la misère.

Bref, une famille qui n’inspire pas la compassion de H. Dordins, commis greffier au Tribunal civil de Tarba (Tarbes), qui écrit en 1866, Pélot ou la vie d’un chef de brigands.

Il indique à ses lecteurs que c’est pour : mettre un terme aux versions inexactes qui, depuis fort longtemps et journellement, bourdonnaient à mes oreilles, je me suis, […] hasardé à tracer, tant bien que mal, les quelques lignes qui suivent, pour vous raconter, avec exactitude et impartialité, le passé, […] de celui dont le nom est encore dans toutes les bouches, je veux parler de Pélot.

Par cette simple phrase, on comprend que la version officielle ne fait pas l’unanimité.

L’histoire de Pelòt vue par les Autorités

De Tarbas à Rabastens (Carte Cassini), le territoire de Pelòt
De Tarbas à Rabastens, le territoire des exploits de Pelòt (Carte Cassini)

Refusant la conscription militaire (comme d’autres de ses concitoyens), Pelòt se cache dans le bois de Shins (Chis), situé le long de la route de Tarba à Rabastens. Là, il attaque les voyageurs et les rançonne, si bien que cette voie qui était l’une des plus commerçantes du département, devint complètement déserte.

La Gendarmerie se mobilise mais Pelòt déjoue toutes les tentatives faites pour l’arrêter. Visiblement, il sait s’informer. De plus, il constitue une petite bande de voleurs. Et oui, ses mauvaises actions sont légion. Une nuit, il déleste le curé de Peirun (Peyrun) de ses deniers, et même la servante de ses économies. Une autre nuit, il visite la demeure d’une personne aisée d’Artanhan (Artagnan)…

Alors, le préfet établit un poste de Gendarmerie à Shins. Et il fait surveiller la maison de Pelòt ; d’ailleurs, celui-ci manque de peu d’être arrêté. Plus tard, lors de la visite nocturne de la maison du curé de Senac, l’affaire tourne mal, l’un de ses lieutenants est tué et ses complices arrêtés.

Mais, Pelòt est lui-même blessé et arrêté. On le juge à Tarbes : La Cour a condamné et condamne le nommé Jean LAMON Pélot, ai, à la peine de mort ; ordonne en conséquence que, sur une des places publiques de la ville de Tarbes, il sera dressé un échafaud sur lequel il sera mis à mort par l’exécuteur des jugements criminels ; condamne ledit LAMON Pélot, aux frais du procès envers l’Etat.

Cela ne se fera pas, Pelòt, qui n’a pas été soigné, meurt en prison le 10 avril 1816 des suites de ses blessures. H. Dordins, notre commis greffier, s’en réjouit : Ainsi périt la terreur du pays.

Bandit ou héros ?

Jean-Louis Lavit, auteur de Pelòt, pastorala gascona
Joan-Lois Lavit, l’auteur de Pelòt, pastorala gascona

Si H. Dordins présente Pelòt comme un bandit sanguinaire, ennemi de l’État, ses exploits sont populaires et il devient pour tous un héros.

Peu importe s’il détroussait les pauvres comme les riches, peu importe s’il tuait ceux qu’il soupçonnait de l’avoir dénoncé, il faut bien se défendre ! En fait, sa résistance aux gendarmes et à l’autorité ont suffi pour en faire un héros à un moment où l’autorité de l’État est contestée car elle empiète sur les anciennes libertés. Et à un moment où la conscription, très impopulaire, fait fuir les jeunes du pays.

Le souvenir de ce Robin des Bois parvient jusqu’à nos jours. Ainsi, l’écrivain gascon Jean-Louis Lavit écrit une Pastorale en trois actes, consacrée à Pelòt. Elle est jouée lors de la Hestejada d’Ibòs en 1995. C’est un succès !

Il s’agit d’une pièce de théâtre, dansée et chantée, une forme théâtrale très populaire, notamment aux XVIIIe et XIXe siècles. Et le thème principal des pastorales est la lutte du bien contre le mal.

La pastorale Pelòt

Pastorale gascona Pelot LavitDans une auberge, la pauvre Marièta fait le ménage. Elle est la Cendrillon (Brasoquèta en gascon) de la pastorale. Et elle aime en secret Pelòt ;

Ò Pelòt, doç amic, on ès donc dat adara?
Perqué e cau que sias tostemps tan luenh de jo?
Ò Pelòt, doç amic, que volerí totara
Enténer lo tué pas en noste corredor.

Ô Pelot, doux ami, où es-tu maintenant ?
Pourquoi faut-il que tu sois toujours loin de moi ?
Ô Pelot, doux ami, je voudrais à l’instant
Entendre ton pas retentir dans le couloir.

Des bergers de la montagne passent à l’auberge. Alors, une discussion s’installe et les montagnards demandent des nouvelles du pays :

De qu’anen quin voletz? L’Empèri qu’ei en guèrra.
L’Agla hè arrepè sus mar com sus tèrra.
Qu’ei escanat lo poble e que lhèvan impaus,
Mes moneda qu’avem a dar, e mes chivaus
Tà la cavaleria. E pelats qu’èm. Totun,
Qui a tostemps passa-drets. Que’n sabem plan mes d’un,
En aqueste país, qui an lo pan, lo cotèth,
Quan, de castanhas, non shucam sonque la pèth!

Comment voulez-vous qu’elles aillent ? L’Empire est en guerre.
L’Aigle recule sur la mer comme sur terre.
Le peuple est étranglé, on lève des impôts,
Nous devons donner plus d’argent et des chevaux
Pour la cavalerie. Nous sommes tondus. Pourtant
Il y a toujours des passe-droits : nous en voyons tant,
Dans ce pays qui ont le pain, et le couteau,
Quand, des châtaignes, nous ne suçons que la peau !

Pelòt, Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica

Le décor est planté. En montagne, la situation est la même. Les anciens privilèges de commerce avec l’Espagne sont remis en cause. D’ailleurs, un berger est arrêté au Pont Long. Mais il demande à jouer de la flute et des dizaines de bergers accourent aussitôt pour le délivrer. Les gendarmes de Lorda (Lourdes) arrêtent Grangé, un berger qui réussit à désarmer un gendarme et à s’enfuir…La discussion en arrive à Pelòt :

Pelòt, parlem-ne drin! Se dab jo i vòs hèr
Qu’arriscas de’t trobar dab un bèth clau en pè!
Pelòt be s’ei dressat contra las injusticias.
De véger lo praubèr que’u te fot en malícias.
Plan sovent a potzar moneda s’ei trobat
Enas pòthas d’aqueths qui an, per poder, panat.
E hosse gran bandit, avosse tant raubat
Bèth titol de Marqués que s’averé crompat!

Pelòt, parlons-en un peu ! Si tu veux y faire
Tu risques de te trouver une épine au pied.
Pelòt s’est bien dressé contre les injustices.
Voir toute la misère le met en supplice.
Bien souvent, de l’argent il s’est mis à puiser
Dans les poches de ceux qui, puissants, ont volé.
Et si grand bandit, il avait tant dérobé,
Un titre de Marquis, il aurait acheté !

Pelot
Pelòt ou la vie d’un chef de brigands, Dordins, © Gallica

Enfin, Pelòt arrive à l’auberge. À son tour, il tombe amoureux de Marièta et veut l’épouser. Mais, une compagnie de gendarmes à cheval arrive. Et arrête Pelòt.

Adishatz mics! Mès sapiatz

Tà ganhà’s la libertat
Nat òmi providenciau,
Esperar james non cau.
Çò qu’un òmi no’vs pòt balhar,
Tots amassa s’ac cau ganhar!

Au revoir, amis ! Mais sachez
Que pour gagner la liberté,
Un homme providentiel
Jamais il ne faut l’attendre.
Ce qu’un seul homme ne peut donner,
Ensemble, il faut le gagner !

Pelòt est toujours présent

Pelòt - Présentation du projet par les auteurs (Éva & Julien)
Pelòt – Présentation du projet par les auteurs Julien Cabarry & Eva Cassagnet ©YouTube

Pelòt inspire toujours les auteurs. Eva Cassagnet et Julien Cabarry écrivent une série de 13 épisodes en occitan sur ce personnage. ÒC-tele réalise.

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pelot ou la vie d’un chef de brigands, H. Dordins, 1866.
Pelòt, pastorale gasconne, Jean-Louis Lavit, 1994, Prèmi « Pau Froment ». Éditions « Pastorala de Bigòrra ».




Il quéquège ou quoi ?

Le gascon fait bande à part, nous dit Canal Académies. En tous cas, il a quelques spécificités dont les fameux énonciatifs. Qué? Que‘t digui que… Et certains de dire que les Gascons quéquègent !

Et que je te mets un mot qui sert à rien

Robert Longacre (1922-2014) invente le terme particules mystérieuses pour les énonciatifs
Robert Longacre (1922-2014)

On utilise le mot « énonciatif » pour qualifier ces mots gascons qui n’ont aucune fonction grammaticale dans la phrase et donc ne sont jamais traduits en français ou dans n’importe quelle autre langue, pas même dans les autres parlers d’oc. Le linguiste américain Robert Longacre (1922-2014) les qualifiait de mystery particles (particules mystérieuses).

Allez, disons-le tout cru : qu’ils n’y comprennent rien ces étrangers ! D’ailleurs, chez nos contemporains, le que (prononcer qué) du parler gascon a gardé en français une place particulière. Par exemple, il va permettre d’expliquer : va te laver petit cochonou, que tu es tout sale ! Ou il va insister : Oh que oui, je vais à la fête !

Le grand linguiste allemand G. Rohlfs (1892-1986) affirmait que l’énonciatif est l’un des faits les plus caractéristiques de l’idiome gascon. Ainsi on dira en français je chante, tu chantes, en espagnol canto, cantas, en languedocien canti, cantas et en gascon que canti, que cantas.

Et parmi tous les énonciatifs, le mot que est le plus utilisé. Ce que se positionne avant le verbe ou avant le pronom. Que vengues, que me’n vau / Tu viens, je m’en vais. Alors d’accord, cela peut alourdir la phrase. Que pensi qu’ès tu qu’as rason / Je pense que c’est toi qui as raison. Qu’en pensez-vous ? Ça la rythme aussi, non ?

Le « que » énonciatif du vieux gascon

Pour G. Rohlfs (1892-1986), l'énonciatif est une particularité du gascon
G. Rohlfs (1892-1986)

Depuis quand le Gascon utilise-t-il le que énonciatif ? Inutile de dire qu’on s’est bien bagarré sur le sujet. On le trouve, mais pas toujours, dans des écrits anciens. Par exemple, dans le For d’Aspe, lors du vicomtat de Gaston VII (1229-1290), on lit :
Item quant lo vescomte entrara prumerementz en Aspe, que-u deven bier los Aspees davant et que-u deven jurar fideutat, et eg a lor. Et que-us deu emparar segont que dret es; et que-us deu esser bon senhor, et egs a luy bons homis. Et que-us deu thier segont que scriut es en aqueste carte.

Il est moins fréquent dans les poèmes du XVIe siècle, mais on a surtout des témoignages de poètes du nord-est de la Gascogne, moins enclins à l’utiliser que d’autres. Le que deviendra plus systématique plus tard, comme en témoignent les articles savoureux échangés par Hourcadut (Four-écroulé) et Hourquillat (Four-dressé).

Toutefois, aujourd’hui, on admet que ces énonciatifs étaient déjà là au moyen-âge et qu’ils sont vraiment une marque du gascon. Allez. Qu’on le prend avec plaisir !

Et que je t’influence

Jean Lafitte (1930-2023), docteur en sciences du langage et gasconniste convaincu, propose dans Ligam-DiGaM n°15 une carte qui précise les régions où l’énonciatif que est utilisé. On le trouve dans toute la Gascogne à l’exception des zones frontières avec le languedocien. Ainsi les Lomanhòls ne l’utilisent pas, pas plus que les Bordelais ni les Gascons de l’est qui approchent Toulouse. Et le Lomanhòl Jean-Géraud Dastros (1594-1648) écrit :

J-G d'Astros (1594 - 1648)
Jean-Géraud d’Astros (1594-1648)

Jo son lo desirat Estiu,
Lo temps mes benasit de Diu,
La sason que l’òme mes ame,
Per çò que son lo caça-hame,
Caça-mautemps, caça-talent,
Que l’Ivèrn tròç de magolent,
E que la Prima tota merra,
Aven botat dessús la Tèrra.

Je suis l’été, le désiré,
Le temps le plus béni de Dieu,
La saison que l’homme préfère,
Car je suis le chasse misère,
Chasse malheur et chasse faim,
Plutôt que l’hiver désolant,
Et que le printemps ce vantard,
Avaient placé sur notre terre.

Académie des Jeux floraux Toulouse - Portrait de Lucien Mengaud par Barthélemy Chabou - Ca 1860
Lucien Mengaud (1804-1877), portrait par Barthélemy Chabou – Ca 1860 © Wikipedia

Mais il faut croire que certains se sont laissés influencer car sur le socle de la fontaine Aux Jeux floraux, place de la Concorde à Toulouse, on peut lire qu’aymi e non pas aymi.

O moun pais o Toulouso Toulouso
Qu’aymi tas flous toun cel toun soulel d’or
Al prep de tu l’amo se sent hurouso
Et tout ayssi me rejouis le cor.
(Ô mon pays ô Toulouse Toulouse / J’aime tes fleurs ton ciel ton soleil d’or / Auprès de toi l’âme se sent heureuse / Tout en ces lieux, me réjouit le cœur)

Cette chanson La Tolosenca / La Toulousaine a été écrite en 1845 par l’écrivain Lucien Mengaud sur une musique de Louis Deffès. Elle sera chantée par le Biarrot André Dassary (1912-1987). Et elle présente un bel exemple d’énonciatif.

Le « que » retrouvé

Affiche du Crédit Agricole qui utilise l'énonciatif que en zone languedocienne
Affiche du Crédit Agricole © Jean Lafitte

De façon plus étonnante, le Crédit Agricole de l’Aveyron offre une publicité en langue d’oc (au début des années 1970 ?) et n’hésite pas à renforcer son affirmation en employant un que :

Lo crédit agricol
Que l’abètz a vòstra pòrta !
(Le Crédit Agricole, [et oui] vous l’avez à votre porte !)

L’affiche complète de cette publicité est reproduite dans la Petite encyclopédie occitane d’André Dupuy (1972) ou dans L’occitan langue de civilisation européenne, d’Alain Nouvel (1977).

Les autres énonciatifs

Si le que est le plus connu parce qu’utilisé dans les phrases affirmatives, il existe d’autres mots qui ont la même fonction, c’est-à-dire qu’ils ne servent à rien. C’est le cas de e pour les phrases interrogatives.

E vòs un còp de vin? 
Tu veux un verre de vin ?

Plus intéressant est le cas de be, cet énonciatif que l’on va utiliser à la place de que pour marquer l’exclamation.

Les savants comme Jean-Louis Fossat, professeur à l’université du Mirail à Toulouse, disent que c’est une forme sonore monosyllabique d’attaque. Mais son utilisation est plus souple que le que et peut traduire des nuances. Par exemple, on peut dire
B‘ès tu pèc! (Que t’es bête toi !)
ou Qu’ès pèc, be! (Ce que tu es bête, eh !).
Le Gascon peut aller plus loin et lancer un B‘ès tu pèc, be! (Mais que tu es bête toi, eh !)

De quoi s’amuser, non ?

Quelques exemples d’usage de l’énonciatif : Fonds Lalanne 1950, ALG123 enquête préliminaire, questionnaire Dauzat Q_001-130, MORCENX (extrait) © http://occiton.free.fr/albums/

Et finalement, le Gascon quéquège ?

Que jògui las culòtas / je joue les pantalons, ou, en bon français, je mets ma tête à couper. Tè, je mets ma tête à couper que vous avez déjà entendu cette expression : le Gascon quéquège. Et tous ces que y font penser. Pourtant, quequejar veut dire bégayer en gascon. Bon, après tout ?

Que vous hèi ua pièla d’adishatz (que je vous fais une pile d’aurevoir)

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le que énonciatif gascon dans l’Histoire, Jean Lafitte, 2019.
L’énonciatif gascon entre pragmatique et grammaire, Claus Dieter Pusch, 1998
Les « petits mots » énonciatifs gascons : le cas de bè énonciatif, Jean-Louis Fossat, 2006.
L’énonciatif gascon et le substrat basque,
Syntaxe de la particule que en gascon, Annick Morin, 2005
L’énonciatif gascon E à la lumière du breton




Auch, aujourd’hui et demain

Après la Révolution Française, Auch s’était assoupie. L’ancienne capitale de la grande Généralité d’Auch n’était plus qu’un chef-lieu de département, mal desservi. Même les autoroutes l’ont évitée ! Heureusement, la ville ne manque pas d’atouts. Et depuis plusieurs décennies, elle prend son destin en main.

Auch se protège des débordements du Gers

Auch, inondations du Gers en 1977
Auch, inondations du Gers en 1977

Le Gers qui traverse Auch est une rivière capricieuse. Ses débordements étaient fréquents.  D’ailleurs, le maire Jean Laborde précise en 1977, première année de son premier mandat : Le Gers débordait presque tous les ans, on installait alors de petits ponts de bois. Et différents projets, plus gigantesques les uns que les autres, envisageaient de canaliser le Gers dans un tunnel et de construire une route par-dessus.

La grande crue de 1977

En fait, en juillet 1977, toute la Gascogne connait des crues exceptionnelles. Des orages et des pluies abondantes s’abattent au pied des Pyrénées, parfois pendant 17 heures d’affilée. Et en quelques heures, l’eau déborde : la Baïse, le Gers, la Gimone, la Save et leurs affluents atteignent rapidement leur niveau d’alerte.

Dans la nuit du 8 juillet, la Save transformée en torrent déborde et fait 5 morts dans le centre de vacances de l’Isle-en-Dodon. À 9 heures, la ville basse d’Auch est submergée. Le débit est si fort que deux ponts sont emportés, 5 personnes périssent et 5 000 autres sont sinistrées. Enfin, la décrue s’amorce vers 16 heures.

Au total, dans le département du Gers, cette crue fait 16 morts et plus de 6 000 sinistrés. Plus de 50 000 hectares sont submergés et 18 ponts sont emportés.

La rivière et ses abords sont aménagés

Auch , Promenade Claude- Desbons
Auch, Promenade Claude-Desbons © Grand Auch Cœur de Gascogne

Auch a déjà été touchée par de grandes inondations en 1835, 1855, 1875, 1897 et en 1952. pour ne parler que des derniers siècles. Cette fois-ci,  des études hydrauliques permettent de bien mesurer les risques. Ainsi, Jean Laborde, en plus des travaux de reconstruction, lance de grands chantiers de canalisation du Gers et de réaménagement des berges dans sa traversée de la ville. Le lit est creusé, les berges rehaussées.  Il lui faudra deux mandats pour faire aboutir ces travaux.

Puis, Claude Desbons, qui lui succède en 1995, fait transformer les berges du Gers en une grande promenade de 4 km qui, depuis son décès, portent son nom.

Un nœud de communication à consolider

ransport du plan horizontal de l'Airbus A380 sur l'Itinéraire Grand Gabarit
Transport du plan horizontal de l’Airbus A380 sur l’Itinéraire Grand Gabarit © Wikimedia Commons

Auch est située au centre de la Gascogne. Autrefois isolée des grands centres urbains, ses communications s’améliorent.

La Route nationale 124 qui la relie à Toulouse devient une route à deux fois 2 voies. La déviation de Gimont est ouverte en 2022. Et les 13 km restants doivent passer en deux fois deux voies en 2027. Cette liaison directe avec Toulouse permet de bénéficier de la proximité de la capitale régionale tout comme Gimont en a profité par l’implantation d’entreprises. Les travaux d’élargissement de la RN124 ont été réalisés dans le cadre du projet de l’Itinéraire Grand Gabarit. Il  permet d’acheminer des tronçons d’Airbus du port de Langon jusqu’à Toulouse. Ainsi, les routes du Gers (et des départements limitrophes) ont bénéficié d’importants aménagements pour permettre la circulation des convois exceptionnels.

Auch, Parc Commercial du Grand Chêne
Auch, Parc Commercial du Grand Chêne © Le Journal du Gers

De même, la RN 21 entre Agen et Auch doit faire l’objet de grands travaux d’amélioration de la sécurité et de mise ponctuelle en deux fois deux voies. Bien sûr, cela prendra un peu de temps.

L’amélioration des voies de circulation favorise l’implantation de grandes zones d’activités, à l’Est vers Toulouse et au sud vers Tarbes. Entreprises et emplois s’y concentrent même si ce peut être au détriment de l’activité du centre-ville.

Les connexion ferroviaires d’Auch s’améliorent

La gare SNCFd'Auch
La gare SNCF d’Auch © Le Journal du Gers

La gare d’Auch est le terminus de la seule ligne de chemin de fer qui la relie à Toulouse en 1 h 30. Point intéressant : la Région a retenu cette ligne pour mettre la signalisation des gares en occitan. Ainsi, depuis 2020, les annonces d’accueil et d’arrivée à bord des trains sont en occitan. Pour cela, une professeure d’occitan de Samatan prête sa voix.

Les voies ferrées du Gers existantes ou ayant existé
Les voies ferrées du Gers existantes ou ayant existé

Élus et associations se battent pour rouvrir la ligne entre Auch et Agen, d’abord aux marchandises, ensuite aux voyageurs pour connecter Auch à la future LGV. Ainsi, les deux régions Aquitaine et Occitanie créent une société d’économie mixte. Mais celle-ci attend que l’État lui transfère la voie pour commencer les travaux. Avant sa fermeture en 2014, la ligne transportait 160 000 tonnes de marchandises. Le pari est audacieux mais réalisable.

La voie de chemin de fer ne remplacera peut-être pas la ligne de bus entre Auch et Agen. Il y a encore 5 autres lignes qui relient Auch à Mont de Marsan, à Tarbes, à Montauban, à Condom et à Toulouse. Aussi, on parle de réseau en étoile, apanage des capitales.

Citons encore l’aéroport d’Auch avec une piste de 1 900 mètres de long. Hélas, le trafic est en diminution constante comme sur beaucoup d’aéroports secondaires.

On ne s’ennuie pas à Auch

Auch, la rue Dessoles
Auch, la rue Dessoles © Wikipedia

Comme dans beaucoup de petites villes de province, l’on pense qu’on s’y ennuie. Pourtant la vie culturelle à Auch y est riche et diversifiée.

Auch a un vrai parfum de ville historique, elle abrite des monuments de toutes les époques. Dans sa séance du 1er avril 1879, le Conseil général qui délibère sur la mise en place de conférences pédagogiques pour les élèves du primaire, écrit au préfet : Malheureusement Auch n’a pas de Musées, pas de monuments publics dignes d’intérêt, sauf la cathédrale, pas d’autre établissement industriel que l’usine à gaz. Enfin, je ne vois non plus autour de la ville aucun château historique qui mérite d’être visité.

Jugement un peu rapide ! Une promenade dans la haute ville convainc vite du contraire. Par exemple, la rue Dessoles, autrefois camin dret [chemin droit] est un vrai vestige du moyen-âge.

Une animation culturelle tous azimuts

Auch, nocturne au Musée des Amériques
Auch, nocturne au Musée des Amériques © Musée des Amériques

Le Musée des Amériques, héritier du Musée des Jacobins, fondé en 1793, reçoit le label Pôle national de référence en raison de son exceptionnelle collection d’art précolombien. C’est la volonté de son maire, Franck Montaugé.

Ciné 32 est issu d’une association créée en 1967. C’est aujourd’hui un pôle cinématographique reconnu qui programme des films récents à Auch et dans 15 villes du Gers. Son action menée auprès de tout public (adultes, scolaires, etc.) permet de conserver des salles de cinéma que certains distributeurs jugeraient peu rentables. Chaque année, Ciné 32 propose un festival Indépendances et créations qui permet de projeter une cinquantaine de films en avant-première avec la présence de réalisateurs ou d’acteurs.

Auch abrite aussi le Pôle national des arts du cirque, dénommé CIRCA. Le public peut accéder toute l’année aux installations sous un chapiteau baptisé le dôme de Gascogne. Le festival CIRCA reçoit chaque année entre 20 000 et 30 000 spectateurs.

Citons encore Éclats de voix, le festival annuel d’art lyrique qui reçoit les plus grands artistes contemporains. Il est complété de conférences, de classes de maitres, des présentations de chœurs amateurs ou de spectacles réalisés par de jeunes artistes ou des scolaires.

La culture gasconne au présent et au futur

Auch, deux noms pour la même rue
Auch, deux noms pour la même rue

La gastronomie est une évidence pour un Gascon. André Daguin (1935-2019) est né à Auch. Il dirige l’Hôtel de France et obtient deux étoiles au Guide Michelin. Surtout, il revisite la cuisine régionale et devient le promoteur du magret.

Les noms des rues d’Auch sont désormais en français et en gascon. En 1902, le maire d’Auch remplace le nom de rues à consonance religieuse par des noms faisant référence à la période révolutionnaire ou au second Empire. En 1924, certaines rues retrouvent leur ancien nom. Et il faut attendre 2013 pour voir enfin apparaitre le nom gascon des rues du centre-ville : plaça deus Canonges pour la place Salinis, plaça deu mercat deus chivaus pour la place Denfert-Rochereau.

Emilie Castagné, Journaliste Radio et Télévision ©DR
Émilie Castagné, Journaliste de radio et de télévision ©DR

Oui, comme dans toute la Gascogne, à Auch, on parle le gascon. On peut l’y apprendre dans des cours pour adultes ou à l’école. On peut même l’écouter sur Ràdio País qui a un émetteur à Auch sur la fréquence 90,8 FM. Emilie Castagné anime des émissions entièrement en gascon pour donner la parole aux habitants du Gers.

 

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Aush, wikipèdia
Auch, 8 juillet 1977
Plan de prévention des risques, commune d’Auch, Direction départementale des territoires du Gers, 2017
Liste des monuments historiques d’Auch, Wikipedia




Abbayes et… abbayes laïques de Gascogne

Des religieux « réguliers » (qui suivent une règle monastique), occupent les abbayes dirigées par un abbé, mais des abbayes laïques ? Comment un abbé peut-il être laïc ? C’est encore une spécificité bien gasconne.

La difficile christianisation de la Gascogne

L’essor du christianisme en Gascogne a été contrarié par un profond paganisme des populations, par le gouvernement des Wisigoths ariens (doctrine d’Arius, IVe siècle), par la crise du priscillianisme (hérésie de Priscillien, Espagnol du IVe siècle) et par l’arrivée des Vascons restés attachés au paganisme (religion polythéiste).

Saint-Seurin de Bordeaux
Saint-Seurin de Bordeaux © Wikimedia

Le priscillianisme apparait vers 350. Il professe que l’âme est créée par Dieu et le corps et la matière par le principe du Mal. De même, les trois noms de la Sainte-Trinité ne sont qu’une seule et même personne. Enfin, les femmes sont admises à enseigner en son sein. Cette doctrine se retrouve chez les Cathares qui ont prospéré en Languedoc. La Croisade lancée contre eux (1209-1229) a touché la Gascogne.

Ce n’est qu’à partir du Xe siècle que le christianisme se développe en Gascogne. Les plus anciennes abbayes sont Saint-Seurin de Bordeaux, Saint-Romain de Blaye et Saint-Caprais d’Agen, toutes situées dans la zone contrôlée par les Carolingiens. En 817, le Privilège d’Aix la Chapelle exempte les monastères les plus pauvres de toute contribution financière. Il cite Pessan, Faget, Simorre, Sère et Saint-Savin. Ces abbayes sont en périphérie de la Gascogne.

Toutefois, les Normands en détruisent ou en endommagent lors de leurs incursions dans notre région. C’est du moins ce que disent les textes.

Le manteau des abbayes

Abbaye de Saint-Sever (40)
Abbaye de Saint-Sever (40) © Guide des Landes

Au Xe siècle, l’essor monastique est considérable. Quelques abbayes sont fondées très tôt comme celle de Sarramon, mais c’est surtout à partir de 950 que le mouvement s’amplifie. On compte 24 fondations entre 950 et 1 000, 17 entre 1 000 et 1 050 et 24 entre 1 050 et 1 100.

Et c’est surtout l’œuvre des grands féodaux. Le vicomte de Fezensac en crée une à Éauze, le comte d’Armagnac une à Saint-Mont, le comte d’Astarac, celle de Berdoues, le comte de Bigorre deux dont Saint-Lézer, le comte de Bordeaux quatre, et le duc Guillaume Sanche dix dont La Sauve Majeure près de Bordeaux, Saint-Sever dans les Landes, Condom, Saint-Sever de Rustan, Larreule en Béarn, Lescar, Sorde.

Lorsque les ducs de Gascogne perdent du pouvoir, les fondations de monastères deviennent l’œuvre de l’archevêque de Bordeaux, des évêques de Bazas, de Comminges et surtout de celui d’Auch. De petits seigneurs fondent aussi des abbayes. Par exemple, le vicomte de Montaner fonde Larreule en Bigorre.

Ainsi, le diocèse d’Auch compte 16 monastères, celui d’Agen 16 également, celui de Bordeaux 11, celui de Tarbes 10, celui de Comminges 9, celui d’Aire avec 7, ceux de Bazas et de Dax 4 chacun, celui de Lescar 3, celui de Lectoure 2, celui d’Oloron 1 et ceux de Bayonne et du Couserans aucun.

Abbaye de la Sauve-Majeure (33)
Abbaye de la Sauve-Majeure (33) © Wikimedia

Clunisiens et Prémontrés

Abbaye de l'Escale-Dieu (65)
Abbaye de l’Escale-Dieu (65) © Wikimedia

Généralement, les monastères gascons restent indépendants ou relèvent d’un autre monastère gascon. Certes, La Réole et Pontonx relèvent de l’abbaye de Fleury (Loiret). L’abbaye d’Alet (Aude) étend son influence sur Maubourguet. Saint-Victor de Marseille, Conques ou La Chaise-Dieu (Haute-Loire) ont des possessions en Gascogne. Cela reste des exceptions.

Saint-Sever, Sainte-Croix de Bordeaux et La Sauve Majeure (Gironde) étendent leur influence sur la moitié ouest de la Gascogne, au fur et à mesure des donations.

Au XIIe siècle, les Cisterciens connaissent une expansion fulgurante sous l’abbatiat de Bernard de Clairvaux. En Gascogne, ils n’ont réussi que 16 implantations situées en éventail à partir de l’abbaye de Moissac : 8 dans le diocèse d’Auch, 2 dans celui de Lectoure et 6 dans celui d’Agen. Belleperche et Grandselve en font partie. Les Cisterciens s’implantent surtout dans la partie est de la Gascogne.

Il convient d’ajouter trois autres implantations au pied des Pyrénées. L’abbaye de Bonnefont (Comminges) construite en 1136 et qui essaime en fondant deux abbayes « filles » en Espagne et Nizors (près de Boulogne sur Gesse); l’abbaye de l’Escale-Dieu construite en 1142 dans la vallée de l’Arros et qui fonde huit abbayes en Espagne et deux en Gascogne : Bouillas et Flaran.

Les abbayes cisterciennes prennent un rôle majeur dans la fondation de plusieurs bastides en paréage.

Abbaye de la Case-Dieu (32)
Abbaye de la Case-Dieu (32) vers 1840, d’après Alexandre Ducourneau © Wikimedia

Citons encore l’abbaye de La Case-Dieu située à Beaumarchés (Gers). Fondée en 1135 par les Prémontrés (moines ayant une mission d’apostolat dans les paroisses), elle devient leur base en Gascogne. Par la suite, elle fonde La Capèle, près de Grenade sur Adour, Arthous, près de Peyrehorade et La Grâce-Dieu, près d’Aire sur l’Adour.

Les abbés laïcs ou abbés lays

On ne connait pas exactement l’origine des abbés laïcs / lay en vieux gascon. Mais c’est une spécificité gasconne du piémont pyrénéen et le long de l’Adour, plus spécialement en Bigorre et en Béarn. Rien qu’en Béarn, on recense 300 abbés lays.

Extrait du cadastre napoléonien de Ponson-Debats (E-Archives 64)
Extrait du cadastre napoléonien de Ponson-Debats (E-Archives 64)

Les premières mentions écrites remontent au XIe siècle. C’est dire si l’institution est ancienne.

Les abbés lays sont des particuliers, seigneurs ou bourgeois, qui fondent une église dans leur communauté. Ils perçoivent la dime destinée à l’entretien de l’église, à son desservant et aux pauvres. De même, ils ont le « droit de patronage », c’est à dire le droit de présenter le curé à la nomination de l’évêque, souvent des membres de la famille. Enfin, ils bénéficient d’honneurs particuliers comme un banc dans l’église ou une sépulture dans le chœur de l’église. En outre, ils président en outre à toutes les cérémonies.

Au fur et à mesure des aliénations ou des héritages, on trouve dans certaines paroisses plusieurs abbés lays.

Le plus souvent, la maison de l’abbé lay est attenante à l’église, communiquant parfois par une porte. Les deux bâtiments forment une maison forte qui porte le nom badie ou dabbadie (aujourd’hui abadia). On peut les retrouver sur le cadastre napoléonien.

L’Église a bien tenté de récupérer ces dimes inféodées, mais l’institution des abbés lay est restée solide et a perduré jusqu’à la Révolution française.

Le devenir des abbayes

Cloitre de Bonnefont - Musée des Cloîtres, New York
Cloitre de Bonnefont (31), Met Cloister, New York © Met Cloister

Les abbayes sont vendues comme bien national lors de la Révolution française de 1789. Mal entretenues ou démolies pour récupérer les matériaux de construction, elles sont souvent à l’état de ruines. On démolit bon nombre d’éléments architecturaux pour les vendre au musée américain The Cloisters de New-York. On y trouve, reconstitués, les cloitres de l’abbaye de Bonnefont en Comminges et de celle de Trie en Bigorre.

Pourtant, des particuliers, des associations ou des collectivités s’attachent à ce travail de reconstruction ou de rénovation, malgré des couts énormes.

La Société Archéologique du Gers se bat pour que le cloitre de l’abbaye de Flaran ne parte pas pour les Etats-Unis et réussit à la faire classer en 1914. Rachetée en 1972 par le département du Gers, celui-ci la restaure et elle devient le siège du Conservatoire Départemental du Patrimoine. L’abbaye abrite une collection permanente « le Gers jacquaire » et une collection d’art contemporain, la collection Simonow.

En 1964, le département des Landes récupère par donation, l’abbaye d’Arthous et la restaure. Elle abrite le Musée départemental d’histoire et d’archéologie. Le Musée présente une collection d’objets préhistoriques découverts à Sorde, ainsi qu’une collection de vestiges gallo-romains provenant également de Sorde.

Ces deux exemples montrent le travail de restauration accompli et rendent aux abbayes leur rôle ancien dans l’aménagement du territoire.

Abbaye de Flaran (32)
Abbaye de Flaran (32) © Wikimedia

Références

Wikipédia
Les débuts de la sculpture romane dans le sud-ouest de la France, Jean Cabanot, Ed Picard, 1987.
Les abbadies ou abbayes laïques dime et société dans les pays de l’Adour (XIe-XVIe siècles),  Benoit Cursente, Annales du Midi, 2004.




La dune du Pilat

La dune du Pilat est la plus haute dune d’Europe avec 103,6 mètres. Sa hauteur varie d’une année sur l’autre en fonction des vents. Elle fait partie d’un cordon dunaire littoral qui longe les côtes de la Gascogne.

La formation de la dune du Pilat

Carte du Bassin d'Arcachon par Claude Masse (1652-1737)
Carte du Bassin d’Arcachon par Claude Masse (1652-1737) © Conservatoire Patrimonial du Bassin d’Arcachon

Les Landes de Gascogne sont formées de sable poussé par le vent. Les rivières apportent une couche inférieure de sable et de graviers. Près du littoral elle atteint 100 mètres d’épaisseur. Elle se réduit au fur et à mesure que l’on avance vers l’Est.

Au-dessus, les vents d’Ouest apportent une couche de sable fin de quelques mètres. On y trouve du quartz, de la tourmaline et des grenats. Cette formation géologique s’est faite entre – 20 000 et – 10 000 ans. Elle est bien connue grâce aux études préalables aux forages pétroliers dans la région de Cazaux et de Parentis.

À marée basse, le vent arrache du sable du banc d’Argüin et le pousse vers l’est. Il rencontre des marais et une forêt de pins, de saules et de bouleaux. Une dune parabolique de 20 à 40 mètres de haut se forme. Il en existe tout le long de la côte gasconne. À leur début, on les appelle des shiula vents / siffle-vents car le vent y est fort.

À partir du XVIIe siècle, une arrivée massive de sable recouvre progressivement la dune de la Grave sous 50 mètres de sable. Elle atteint 115 mètres de haut en 1910 et prend le nom de dune du Pilat. Sa formation est récente puisqu’elle n’existait pas en 1850.

La dune du Pilat - coupe géologique © Wikimedia
La dune du Pilat – coupe géologique © Wikimedia

Toponymie

On parle tantôt de dune du Pilat ou du Pyla. La bonne appellation est celle du Pilat qui vient du gascon pilat, pialat (pile, tas, amas, monticule). On le trouve déjà sur la carte de 1708 de Claude Masse (1650-1737), géographe bordelais. Tout le secteur s’appelait los sablonèis / les sablières jusque dans les années 1930. Aujourd’hui, c’est le nom de la plage au sud de la dune.

La dune du Pilat continue de bouger. Vers l’Est, elle gagne sur le massif forestier de 1 à 5 mètres par an. Le Nord de la dune est soumis à une forte érosion en raison des vents dominants. À l’Ouest, le trait de côte se modifie selon la force des tempêtes. Au Sud enfin, elle est relativement stable.

Ce sont les vents qui lui donnent sa forme caractéristique : une pente douce de 5 à 10° côté Ouest et une pente raide de 30 à 40° vers la forêt à l’Est.

Une occupation préhistorique

On connait bien l’occupation humaine le long de la Lèira grâce aux sites funéraires.

Mais en 1982, avec le recul du trait de côte, on découvre les restes d’une occupation humaine au pied de la dune du Pilat. Cette fois, il ne s’agit pas d’un site funéraire mais des traces d’un campement. Outre des charbons de bois, on trouve des vases et des augets brisés qui servent à l’exploitation du sel (l’eau de mer est chauffée dans ces récipients pour en extraire le sel). Ils sont caractéristiques de l’âge du fer.

Chantier de fouilles archéologiques, 2014
Chantier de fouilles archéologiques du Pilat, 2014 © Wikimedia

En 2013, on trouve une urne funéraire et un vase de l’âge du bronze (vers 800 avant J.C.). Des fouilles sont entreprises en 2014 sur une plus large surface. On trouve des trous de poteaux régulièrement disposés qui soutiennent un toit d’habitation et des tessons de céramique. On trouve aussi l’urne funéraire d’une personne âgée de 30 ans. C’est la preuve d’un habitat avant la formation de la dune du Pilat. À proximité se trouve une très grande quantité de coquilles d’huitres, ce qui tend à démontrer qu’on en faisait le commerce.

En 2018, une autre opération de fouilles est organisée au nord de la dune du Pilat. Un nouveau site d’extraction de sel est découvert. Des trous de poteaux permettent d’identifier une habitation de 10 mètres de long sur 5 de large, dans laquelle on a trouvé un fragment de meule et d’un four. L’habitation est composée de trois pièces.

La preuve est faite que la dune du Pilat s’est formée tardivement et que le trait de côte recule avec l’avancée de la dune à l’intérieur des terres.

La dune du Pilat est un lieu vivant

Oyats © J-P Bellon
Oyats sur la dune du Pilat © J-P Bellon

La dune du Pilat est faite de sable qui avance de 1 à 5 mètres par an et grignote la forêt. C’est un milieu inhospitalier. Pourtant, à y regarder de plus près, elle abrite une flore et une faune d’une très grande richesse, parfaitement adaptées aux conditions difficiles de vie sur la dune.

Tout d’abord, au pied de la dune, des sources d’eau douce abritent des iris jaunes, des roseaux et des saules. Plus haut, on trouve le gorbet (oyat) dont les racines s’infiltrent profondément dans le sable à la recherche de la moindre goutte d’eau. Ses feuilles s’enroulent sur elles-mêmes pour résister à la chaleur et abritent du vent d’autres plantes qui poussent à côté. Son utilisation ralentit la progression des dunes depuis le XVIIIe siècle.

On trouve aussi la Linaire à feuilles de thym qui est endémique, le Panicaut maritime aux fleurs bleues métal en forte régression en raison de la sur fréquentation du site, l’Immortelle des dunes qui dégage une forte odeur d’épices quand il fait chaud, l’Armoise de Lloyd qui forme des buissons fleuris de jaune.

Immortelle des dunes
Immortelle des dunes © Wikimedia

La faune est abondante sur la dune, pour peu que l’on prenne le temps de l’observer. Le lézard à deux raies est l’un des plus grands de France puisqu’il mesure 40 cm de long. La femelle porte deux lignes blanches de chaque côté du dos. La couleuvre helvétique qui sort le jour pour chasser et dont on peut voir les traces de son passage sur le sable de la dune du Pilat.

Ajoncs, genêts, arbousiers résistants au feu, chênes pédonculés, pins maritimes, gravelots à collier qui nichent dans le sable, lièvres ou huitriers-pie se partagent la dune du Pilat. Les touristes les dérangent trop souvent.

Surfréquentation touristique

Escalier d'accès à la dune du Pilat
Escalier d’accès à la dune du Pilat © Wikimedia

C’est en 1915 que l’intérêt touristique pour la dune du Pilat prend son essor avec la construction d’un lotissement pour clients fortunés. On construit même sur les flancs de la dune, en oubliant qu’elle est en mouvement. En 1943, on interdit les constructions nouvelles  mais les aménagements touristiques reprennent en 1950 avec la construction de quatre campings. Les classements de protection du site interrompent définitivement ce processus à partir de 1975.

La dune du Pilat reçoit plus de 2 millions de touristes chaque année. Elle est le deuxième site le plus visité après le Mont Saint-Michel.

Cette surfréquentation n’est pas sans effet sur la pérennité du site, sa flore et sa faune. Et les retombées économiques sont importantes pour le bassin d’Arcachon. Il faut allier tourisme et protection de la dune du Pilat. C’est le rôle du Syndicat Mixte de la Grande Dune du Pilat.

Le Syndicat mixte

Le Syndicat mixte de la dune du Pilat créé en 2007 associe la Région Nouvelle Aquitaine, le Département de la Gironde et la Teste de Buch. Il a pour mission de protéger et de valoriser le site de la dune du Pilat qui appartient au Conservatoire du Littoral.

Camping de la dune du Pilat après les incendies de 2022
Camping de la dune du Pilat après les incendies de 2022 © Le Monde

Aménagement d’un village d’accueil, amélioration du stationnement pour supprimer le stationnement sauvage (370 000 véhicules payants reçus en 2019), mise en place du service de collecte des déchets (6 tonnes collectées sur le village d’accueil), régulation des activités de loisirs (vol libre, notamment), protection de la faune et de la flore et lutte contre les espèces envahissantes (12 espèces recensées), lutte contre l’érosion, etc.

Comme on le voit, le travail entrepris est de longue haleine. Les résultats sont tangibles. Malheureusement, le grand incendie de l’été 2022 a ravagé les abords de la dune du Pilat, bru les cinq campings situés au pied de la dune et ruiné la saison touristique.

À toute chose, malheur est bon. L’incendie est devenu un accélérateur de l’aménagement du site de la dune du Pilat pour contrôler le flux touristique et améliorer la protection du site.

Tout finit par des chansons

En 1912, Léonce Laforgue compose Vers le Port, une chanson sur Arcachon sur les paroles de J-B Ayraud. En voici le deuxième couplet :

Regardons loin de nous, près de ces dunes blanches,
Sur le sable brulant nos barques vont mouiller ;
Et là près du grand banc, malgré qu’il soit dimanche,
Des milliers de parqueurs viennent y travailler.
Plus loin vers le Pilat, une immortelle plage,
Les brisants, les grands pins et la pointe du sud,
L’écume de la mer sur ce joli rivade,
Le phare, les chalets, la Vierge du Salut.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La dune du Pilat (Wikipedia)
Syndicat Mixte de la dune du Pilat
Tourisme Gironde
Bassin d’Arcachon (Wikipedia)
Claude Masse(Ingénieur) (Wikipedia)
Conservatoire Patrimonial du Bassin d’Arcachon

 

 

Vue panoramiqque de la dune du Pilat © Wikimedia
Vue panoramique de la dune du Pilat © Wikimedia




Figues et figuiers

Le figuier est associé à la Méditerranée, et pourtant, c’est un arbre, doté de pouvoirs, que l’on trouvait dans toutes les maisons de Gascogne.

Histoire succincte du figuier

Chapiteau de la nef, basilique de Vézelay, Yonne - Adam et Ėve cachent leur nudité avec une feuille de figuier
Adam et Ėve cachent leur nudité avec une feuille de figuier. Chapiteau de la nef de la basilique de Vézelay, Yonne.

Lo higuèr, le figuier en français, est un arbre fort ancien puisqu’il est cité dans la Bible. Souvenez-vous, Adam et Ève découvrant leur nudité cachent leur sexe sous des feuilles de figuier : Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures. (Genèse 3 v 7).

On sait aussi que l’on cultivait le figuier au Proche-Orient il y a plus de 10 000 ans. D’ailleurs, son nom latin, ficus carica, veut dire figuier de Carie, région du sud-ouest de l’Asie mineure dont serait originaire cet arbre. Un peu avant notre ère, les Carthaginois apportent le figuier dans tout le pourtour de la Méditerranée. Puis, les Phocéens et les Romains le propagent dans leurs territoires de conquête.

Ainsi, on le trouve aujourd’hui dans tout le sud de la France, et aussi dans des zones abritées en Ile de France, Bourgogne, Bretagne ou sur la Manche. Dans le sud-ouest, il laisse son nom à plusieurs lieux comme le col du Figuier à Belestar (Bélesta), en Ariège languedocienne. Les Béarnais ont Higuèra (Higuères) ou Labatut-Higuèra (Labatut-Figuières), les Commingeois Higaròu (Figarol), etc. Et les Basques Picomendy (la hauteur des figuiers) à Saint-Étienne-de-Baïgorry.

La culture du figuier autour de la Méditerranée - Source : Jacques Vidaud, Le Figuier.
La culture du figuier autour de la Méditerranée – Source : Jacques Vidaud, Le Figuier.

Le figuier est symbole de vie (il peut vivre 300 ans) ; il possède des fruits en forme de bourses et son latex qui évoque le liquide séminal. Il est d’ailleurs l’arbre de Dionysos, dieu de la fécondité. Et c’est au pied d’un figuier que la louve allaite Romulus et Rémus qui fondent Rome.

Le figuier des botanistes

Ficus Carica © Wikipedia
Ficus Carica, Trew,C..J. (1771) © Wikipedia

Le figuier (ficus carica) appartient à la famille des Moracées, comme le murier ou l’arbre à pain. Il n’est pas très grand, dans les 4 ou 5 m, il aime le soleil et pas du tout le vent. Mais il peut supporter des températures basses, de -15°C. Il en existe plus de 260 variétés et on les regroupe souvent selon la couleur de leur fruit : figue blanche (à peau verte), noire (à peau violette), figue grise (à peau mauve).

Une toute petite abeille nommée blastophage s’occupe de la pollinisation des fleurs femelles ; en contrepartie le figuier l’abrite et le nourrit. Toutefois, l’abeille ne pollinise pas toutes les figues qui vont alors murir plus tôt, fin juillet. Nos amis provençaux les appellent les « couilles du pape ».

Mais attention, le figuier n’est pas que sympathique : ses feuilles et ses tiges contiennent un latex photosensibilisant. Si vous en mettez sur votre peau et que vous allez au soleil, vous verrez apparaitre de jolies brulures.

Le figuier est dans chaque maison gasconne

Dans les plaines ou les collines de Gascogne, jusque fin XIXe siècle, on trouve des figuiers qui bordent les routes. En Lomanha / Lomagne, los broishs (les sorciers) les utilisent car on attribue à ses branches un pouvoir divinatoire. Dans les Landes, le figuier protège la maison. D’ailleurs, le Landais Isidore Salles (1821-1900) nous le rappelle dans sa poésie Lou higuè / Lo higuèr / Le figuier

Isodore Salles (1821 -1900)
Isidore Salles (1821 -1900)

Toute maysoun, grane ou petite,
A soun higué, petit ou gran.
Tota maison, grana o petita, / A son higuèr, petit o gran.
Toute maison grande ou petite, / A son figuier petit ou grand.

Sans aller jusqu’à le dire sacré, on ne touche pas à un figuier même devenu vieux :

Badut bielh e quent lou cap plegue,
Que herèn un pecat mourtau
De pourta le hapche ou le sègue,
Sus l’anyou gardien de l’oustau.

Vadut vielh e quan lo cap plega, / Que herén un pecat mortau / De portar la hacha o la sèga, / Sus l’anjo gardian de l’ostau.
Devenu vieux et quand sa tête plie, / Ce serait un péché mortel / De porter la hache ou la scie, / sur l’ange gardien de la maison.

Vous pouvez écouter, lu par Tederic Merger, le texte d’Isidore Salles extrait de Langue et chansons en pays de Gascogne d’Hubert Dutech aux Editions CPE.

      1. Lo higuer-V2
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Le figuier dans la conversation

Plusieurs expressions gasconnes font référence à la figue ou au figuier comme gras com ua higa (gras comme une figue, équivalent français : gras comme un cochon) ou har la higa (faire la figue, eq. français faire la mijaurée), ou encore segotir lo higuèr (secouer le figuier, eq. français secouer les puces). Quelques proverbes s’en inspirent comme:
Eth laurèr, eth higuèr que deishan tostemps heretérs.
Le laurier et le figuier laissent toujours des héritiers (c’est-à-dire que ces arbres vous survivront).

Papire Masson note en 1611 dans son livre Descriptio Fluminvm Galliae (description des fleuves de France) le proverbe suivant qui est presque un virelangue :

Lo no es bon gasconet
Se non sabe dezi
Higue, Hogue, Haguasset

Lo non es bon gasconet
se non sap díser
Higa, Hoga, Hagasset

N’est pas bon petit gascon
Celui qui ne sait dire
Higa, Hoga, Hagasset
(en expirant fortement les h s’il vous plait ; higa : figue)

Diverses utilisations de la figue

Le figuier est généreux, il peut donner à l’âge adulte (après 10 ans) de 30 à 100 kg de fruits par an. Il n’est pas très exigeant et se développe facilement, aussi il est appelé l’arbre du pauvre. Son fruit peut être séché et il se conserve longtemps.

Rome et Carthage au début de la 2ème Guerre Punique (218 av. JC)
La proximité de Rome et Carthage, à l’époque de Caton, au début de la 2ème Guerre Punique (218 av. JC)

Déjà, la figue est à la base du régime des athlètes en période olympique. Et c’est le fruit préféré de Cléopâtre. En Gascogne, comme partout, on fait sécher la figue qui devient un aliment calorifique pour toute l’année.

Plus amusant, Caton (234-149) utilise la figue pour convaincre le Sénat des dangers que représente la puissance punique. Carthago delenda est (Il faut détruire Carthage) répète-t-il inlassablement.  Et celui-ci de se laisser convaincre grâce à une figue : Sachez qu’elle a été cueillie il y a trois jours à Carthage : voilà à quelle proximité nous sommes de l’ennemi ! 

La figue et le foie gras

Les Égyptiens remarquent que les anatidés (oies, cygnes, canards…) se gavent avant la migration. Et ils remarquent aussi que la chair de ces oiseaux en devient plus tendre.  Ils décident alors de reproduire ce gavage pour rendre les chairs plus savoureuses. La technique se transmet dans le pourtour méditerranéen.

Figues farcies au foie gras
Figues farcies au foie gras

À leur tour, les Romains s’y mettent. Horace (-35, -8) nous rappelle : Pinguibus et ficis pastum jecur anseris albi (le foie de l’oie blanche est nourri de graisse et de figues). Ce qui rend leur chair tendre et leur foie plus savoureux.  D’ailleurs, ils parlent de Jecur ficatum (foie aux figues). Le mot ficatum (figue) devient figido au VIIIe siècle puis hitge en gascon, fetge en languedocien, feie en français au XIIe et finalement foie.

Les Romains portent cette technique jusque chez nous en Gascogne. De là, des Juifs se déplacent vers le centre de l’Europe. Or, ils n’ont pas le droit d’utiliser du beurre avec la viande et ils ne trouvent pas d’huile dans ces régions, alors ils vont utiliser le gavage afin d’obtenir de la graisse d’oie. Ainsi, ils l’installent en Alsace, en Hongrie et en Bulgarie.

Recettes de figues

El llibre del coch
Llibre de doctrina per a ben servir, de tallar y del art de coch cs (ço es) de qualsevol manera, potatges y salses compost per lo diligent mestre Robert coch del Serenissimo senyor Don Ferrando Rey de Napols

Si les figues sont surtout mangées sèches, nos aïeux ne dédaignent pas de les cuisiner.  Et nous en trouvons trace dans le Llibre del Coch (Livre du cuisinier), premier livre de cuisine catalane, écrit vers 1490 par Robert de Nola, maitre queux de l’Aragonais Ferdinand 1er, roi de Naples.

Mestre Robert nous propose une bonne recette de préparation à partir de figues sèches.

Les figues seques pendras mes melades que pugues hauer negres e blanques e leuals lo capoll e apres rentales ab bon vin blanch que sia dolç: e quant sien netes pren vna panedera de terra e met les dins menant les vn poch: e apres posa aquella panadera sobre vnes brases e tapa les be de manera que se stufen alli e quant seran estufades ese hauran beguda la vapor menales vn poch e met hi salsa fina damunt e tornales amenar de manera que encorpora aquella salsa: e apres menja ton potatge eveuras gentil cosa e mengen se entrant de taula.

Les figues sèches, tu prendras aussi miellées que tu pourras, noires et blanches ; enlève la peau ; après rince-les avec du bon vin blanc qui doit être doux et quand elles sont propres, prends une casserole en terre et mets-les dedans, tout en les remuant un peu ; ensuite, pose la casserole sur des braises et couvrez-les pour qu’elles réduisent et quand elles sont réduites et qu’elles ont bu la vapeur, remue-les un peu et verse dessus une sauce fine ; remue-les à nouveau pour qu’elles incorporent cette sauce : et puis mange le potage ; jamais ne mange cette chose délicate en te mettant à table.

Depuis, la créativité contemporaine mêle la figue à la volaille et propose par exemple du poulet sur des feuilles de figuier ou du confit de figues. Sans oublie les savoureux desserts et les confitures.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Vousvoyezletopo, Du figuier, 2019
L’Amelier, Ydille du figuier et de son abeille
Secrets de jardin, le figuier
Recette du Llibre del coch, Roberto de Nola, 1520
Le foie gras, c’est toute une histoire




Histoire de gypaètes

Le gypaète barbu se rencontre dans les massifs alpins d’Afrique, d’Asie et d’Europe. En France, on le rencontre dans les Alpes, en Corse et dans les Pyrénées. C’est un vautour qui possède une petite touffe de plumes sous le bec, qui fait penser à une barbe. Et ce n’est pas le seul gypaète !

Le gypaète barbu, casseur d’os

Le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) ou caparroi (tête rouge) pour les Gascons, a un régime spécifique puisqu’il ne mange que du cartilage, des tendons, des ligaments et de la moëlle des os de carcasses d’animaux. Lorsqu’il ne peut pas ingurgiter un os, il le prend dans son bec, prend de l’altitude et le laisse tomber sur des pierres. La légende raconte que le poète Eschyle serait mort en recevant une tortue sur la tête, un gypaète l’ayant prise pour un rocher. En tous cas, le gypaète est aussi appelé le casseur d’os. Regardez sa technique dans le film qui suit.

https://escolagastonfebus.com/wp-content/uploads/2023/07/Le-gypaete-barbu-se-nourrit-dos.mp4

Le gypaète barbu © NatGeoWildFr

Le plus grand rapace d’Europe.

Son envergure (longueur d’un bout d’une aile à l’autre) peut dépasser les 2,80 m. On le reconnait à ses ailes plutôt étroites, coudées et à sa longue queue en forme de losange. Malgré sa taille, il ne pèse que 5 à 7 kg. Contrairement aux autres vautours, le caparroi a des plumes sur la tête et le cou. Celles du ventre sont blanches mais il se baigne dans des sources ferrugineuses afin qu’elles deviennent roux orangé. On ne connait pas l’origine de ce comportement.

Le caparroi vit en haute montagne, dans les parois rocheuses. Il vit en couple et reste fidèle toute sa vie. Même s’il possède plusieurs nids, on le retrouve souvent sur le même.

Vers l’âge de 6 ou 7 ans, entre octobre et février, le caparroi forme un couple. Ensuite, la femelle pondra de 1 à 2 œufs tous les ans ou tous les deux ans, mais n’élève qu’un seul poussin. En effet, le plus fort repousse l’autre qui finit par mourir. Puis, l’envol s’effectue entre juillet et aout. Commence alors une période de vol sur toute la chaine des Pyrénées avant de revenir progressivement s’installer sur son lieu de naissance.

L’aigle des agneaux

Un gypaete attaque un enfant - © Dessin de Gustave Roue paru dans la Suisse Illustrée de 23 novembre 1872
Un gypaète attaque un enfant, dessin de Gustave Roue paru dans « La Suisse Illustrée » © de 23 novembre 1872

Selon la légende, le caparroi enlèverait des agneaux et des enfants. On l’appelle d’ailleurs l’aigle des agneaux. Et cela explique la chasse qu’on lui a faite.

Dans son livre, Leçons élémentaires sur l’histoire naturelle des oiseaux, publié en 1862, le médecin Jean-Charles Chenu dit que le gypaète attrape les Agneaux, les Chèvres, les Moutons, les Chamois, et même, s’il faut en croire certains récits, les hommes endormis et les enfants.

Dans la Revue germanique du 1er avril 1858, on peut même lire que C’est à tort qu’on a émis des doutes sur les enlèvements et les attaques d’enfants attribués aux gypaètes. L’auteur de l’article rapporte plusieurs enlèvements d’enfants en Suisse. Pas étonnant qu’on chasse le gypaète dans les Alpes !

Le même article rapporte comment on chasse le Gypaète : Les montagnards croient que le vautour aime la couleur rouge, et ils versent souvent du sang de bœuf sur la neige pour l’attirer à portée de fusil. On prépare des appâts avec du renard grillé, du chat rôti ou une carcasse déposée au fond d’un trou. Lorsque le gypaète a dévoré l’appât, rassasié, il ne peut reprendre le vol, et on l’assomme à coups de perche.

Dans les Pyrénées aussi

Le Journal L’indépendant des Basses-Pyrénées du 12 mars 1925, raconte la mésaventure d’un gypaète acheté à un chasseur par le consul britannique à Pau qui veut l’envoyer au jardin zoologique de Londres. L’oiseau aurait confondu un camion avec un mouton sur la route du Somport et se serait laissé prendre comme un inoffensif passereau. L’auteur conclut ironiquement : sur sa cage on lira qu’il vient des Pyrénées et il pensera peut-être qu’il a quelque mission, à accomplir auprès des Anglais ; ne serait-ce que leur donner envie de chasser le gypaète entre l’Amoulat et le Capéran du Ger, ce qui ne serait déjà pas si mal…

Ainsi, victime de sa mauvaise réputation, le gypaète disparait des Alpes en 1935. Et on ne le voit presque plus dans les Pyrénées à partir des années 1950.

Dernier gypaète abattu en 1913 dans le Val d'Aoste (Italie) - © Jules Brocherel Fonds Brocherel-Broggi
Dernier gypaète abattu en 1913 dans le Val d’Aoste (Italie) © Jules Brocherel Fonds Brocherel-Broggi

Le sauvetage du gypaète barbu

Gypaète dans le Parc National de Pyrénées © F. Luc
Gypaète dans le Parc National de Pyrénées © F. Luc

En 1985, un projet de réintroduction du gypaète barbu, basé sur la reproduction en captivité est lancé. Initié en Autriche, il permet de relâcher, dans les Alpes, 15 gypaètes entre 1993 et 2000. Des couples se sont formés et des naissances ont lieu. Ce succès permet la réintroduction du gypaète dans les Cévennes.

Cependant, en 2009, on comptait 130 couples dans toutes les Pyrénées. Les randonneurs attentifs en verront voler dans le ciel. De plus, le Parc national constitue une zone de sauvegarde. Dans les années 1950, on compte 3 couples de caparroi. Ils sont 14 en 2020 qui font l’objet d’un suivi scientifique et d’un plan national de restauration. On apporte un complément alimentaire en hiver pour aider à l’élevage des jeunes.

Des mesures de protection

Gypaète Barbu © Thomas Pierre
Gypaète Barbu © Thomas Pierre

De plus, une surveillance des gypaètes barbus est faite pour éviter l’abandon des nids suite aux survols en hélicoptère et aux autres dérangements à moins de 500 mètres d’un nid (ski de randonnée, grimpeurs, vol libre et parapente). D’ailleurs, un photographe amateur est condamné en 2008 par le tribunal de Saint-Gaudens pour le dérangement d’un caparroi. Il s’est approché d’un nid pour filmer la couvaison. Et le nid a été déserté.

Sur la zone du Parc national, le caparroi élève en moyenne un jeune tous les deux ans. Dans la zone de piémont, on compte très peu de naissances en raison des fréquents dérangements dus à l’activité humaine. Depuis 25 ans, on y récence 15 morts par poison, tir, route ou lignes électriques. Cette perte est pour le moment compensée par une bonne survie des jeunes en zone du Parc et par la venue d’Espagne de nouveaux oiseaux. Mais l’équilibre reste fragile.

La mouche gypaète

Thyreophora cynophila - Eugène Séguy (1890–1985)
Thyreophora cynophila, Eugène Séguy (1890-1985) © Wikipedia

La mouche gypaète (Thyreophora cynophila) est une espèce éteinte depuis 1850. Du moins, le croyait-on. Elle est redécouverte en Espagne en 2007 et en France en 2019. D’abord en Ariège puis dans tous les départements de la chaine des Pyrénées.

Le Bulletin de la Société entomologique de France de 1934 dit que ses habitudes sont fort lugubres. Il ne recherche que les ténèbres et les cadavres desséchés. À la sombre lumière de sa tête phosphorique, il se jette sur les ossements décharnés et se repait des derniers restes de l’animalité. Rien de très engageant.

Sa larve se nourrit de la moelle osseuse des carcasses d’animaux. Elle a une tête orange. Aussi, cette couleur et son alimentation la rapprochent du caparroi.

La population de la mouche gypaète diminue avec la disparition des grands prédateurs, notamment du caparroi. Les charognes sont alors éliminées dans les montagnes. Puis, avec la réintroduction des grands rapaces, on modifie les techniques agricoles. Et les charognes sont laissées dans les montagnes pour le plus grand bénéfice des prédateurs.

Le retour du caparroi et de la mouche Gypaète sont une excellente nouvelle pour la biodiversité des Pyrénées.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia.
Parc national des Pyrénées, Gypaète barbu
Parc Pyrénées Ariégeoises, Le gypaète barbu et les autres grands rapaces des Pyrénées Ariégeoises
Leçons élémentaires sur l’histoire naturelle des oiseaux, JC Chenu, 1886
Revue des Clubs alpins.