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Le Missel de Jean de Foix

La Gascogne a produit de magnifiques manuscrits enluminés, comme le Beatus de Saint-Sever rédigé au XIe siècle. Plus près de nous, le Missel de Jean de Foix a été réalisé au XVe siècle.

Mathieu de Foix-Comminges 

Mathieu de Foix-Comminges
Mathieu de Foix-Comminges

Mathieu de Foix-Comminges est le frère de Jean de Grailly. Leur père, Archambaud de Grailly, récupère la succession de Gaston Febus. En 1419, Mathieu de Foix épouse Marguerite de Comminges et devient ainsi comte de Comminges jusqu’en 1449. Néanmoins, quelques mois après son mariage, il fait enfermer Marguerite qui mourra prisonnière. À sa mort, Marguerite lègue le comté de Comminges au roi de France.

Mathieu de Foix et Marguerite n’ont pas d’enfants. Cependant, Mathieu de Foix a un fils illégitime, Jean-Baptiste, surnommé « le bâtard de Grailly » qui sera légitimé peu avant sa mort, en 1498.

Jean de Foix, évêque de Comminges

 Armoiries de Jean de Foix - Liénard de Lachieze - Missel romain
Armoiries de Jean de Foix – Liénard de Lachieze – Missel romain

Ce Jean-Baptiste de Foix devient évêque de Dax de 1459 à 1466, puis évêque de Comminges jusqu’à sa mort en 1501. Bâtisseur, il agrandit le palais épiscopal d’Alan pour en faire une résidence au gout de l’époque.

De plus, Jean-Baptiste de Foix est amateur de livres. Aussi, il fait rédiger un Missel, aujourd’hui à la Bibliothèque nationale. Le Missel est terminé en 1492 ; il est l’œuvre du maitre enlumineur Liénard de Lachieze.

Qu’est-ce qu’un Missel ?

Missel de Jean de Foix - Lachieze
Missel de Jean de Foix – Lachieze

Depuis le VIIIe siècle, un Missel est un livre qui regroupe les textes des lectures, des chants et des prières qui constituent la liturgie de la messe pour tous les jours de l’année. Ainsi, il y a le Missel d’autel destiné au prêtre et le Missel paroissien, plus petit, destiné aux fidèles.

Il est organisé en plusieurs parties en fonction de l’année liturgique et des fêtes chrétiennes (Avent, Noël, Carême, etc.).

En outre, chaque diocèse a son propre Missel. Il relève d’une pratique identitaire par la réunion des rites particuliers à chaque diocèse. Et son usage se généralise entre le XIIIe et le XVe siècle.

Pie V - Bartolomeo Passarotti
Pie V – Bartolomeo Passarotti

Bien sûr, les ordres religieux les plus anciens, comme les Chartreux, les Dominicains, les Cisterciens, les prémontrés ou les Carmélites ont leur propre Missel.

Pourtant, l’édition imprimée du Missel de 1474, très largement diffusée, rend populaire la liturgie du diocèse de Rome. De plus, après le Concile de Trente, le pape Pie V rend obligatoire, en 1570, l’utilisation du Missel romain dans toute l’Église latine.

Depuis, plusieurs éditions ont amené des évolutions dans la liturgie.

Liénard de Lachieze, maitre enlumineur

_Amedeo_IX de Savoie par Antoine_de_Lohny
_Amedeo IX de Savoie par Antoine_de_Lohny

On pense que Liénard de Lachieze est d’origine limousine. On lui attribue des manuscrits réalisés à Poitiers entre 1475 et 1485. Il exerce ensuite son art à Toulouse entre 1490 et 1501.

Il s’inspire du travail d’Antoine de Lonhy qui a réalisé les fresques de l’église de la Dalbade que l’on peut encore admirer au Musée des Augustins à Toulouse. Durant son bref passage à Toulouse (à partir de 1453), il réalise aussi les vitraux de Saint-Sernin, aujourd’hui perdus.

Liénard de Lachieze réalise des enluminures dans Les Annales de Toulouse pour les Capitouls des années 1498 à 1501. C’est à partir de l’analyse de ces enluminures et de celles du Missel de Jean-Baptiste de Foix que l’on a pu lui attribuer la réalisation du Missel.

Liénard de Lachieze - Missel romain - Annonciation-2
Liénard de Lachieze – Missel romain – Annonciation

Le grand maitre enlumineur a travaillé pour Jean de Foix et pour Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix, de 1493 à 1537. En particulier, il a introduit dans l’enluminure toulousaine les éléments ornementaux de la Renaissance : peintures de temples à l’antique et d’arcs de triomphe, bordures parsemées d’oiseaux fantastiques et de sentences morales inscrites dans des bandes de parchemins.

On lui attribue plusieurs œuvres aujourd’hui conservées à la Bibliothèque nationale, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à celles de Poitiers, de Cambridge, de Saint-Pétersbourg, de Melbourne et dans des collections privées.

La Bibliothèque municipale de Toulouse a acquis des fragments isolés d’un Livre d’heures.

Le Missel de Jean-Baptiste de Foix

Page enluminée
Page enluminée

Le Missel de Jean de Foix est un bel ouvrage richement décoré. Outre les éléments de la liturgie et du chant, il comporte un calendrier des douze mois de l’année avec des scènes religieuses et pastorales. Et chaque mois est associé à un signe du zodiaque.

Jean-Baptiste de Foix s’est-il fait représenter dans son Missel ? Tout porte à le croire tant sont nombreux les portraits d’un évêque.

Parcourons quelques pages.

 

 

Les armes de Jean de Foix portées par deux vaches / S'est-il représenté dans cette scène ?
A gauche, les armes de Jean-Baptiste de Foix portées par deux vaches / Dans cette scène de droite, Jean de Foix s’est-il représenté ?

Le mois de juillet. Des scènes bibliques sur la droite. En bas la représentation des moissions et du Lion, signe du Zodiaque
Le mois de juillet. Des scènes bibliques sur la droite. En bas la représentation des moissions et du Lion, signe du Zodiaque

Et, afin que nul n’ignore qu’il est le commanditaire du Missel, Jean-Baptiste de Foix a parsemé le Missel de représentations, toutes différentes, de ses armes et de celles de son diocèse.

Le palais épiscopal d’Alan

Palais des évêques de Comminges, résidence de Jean de Foix, à Alan (31)
Palais des évêques de Comminges à Alan (31)

Jean-Baptiste de Foix aménage, à Alan, en Comminges, une résidence fastueuse au gout de l’époque.

En fait, les Hospitaliers de Saint-Jean  habitent le lieu au XIIe siècle. Plusieurs évêques y font des travaux d’agrandissement mais c’est bien Jean-Baptiste de Foix qui le transforme en véritable palais épiscopal.

Peu à peu, un village se constitue avec de belles maisons des notables de l’entourage des évêques de Comminges.

Au dessus de la porte d’entrée, une vache représente les armes de la Maison de Foix.

La vache du Palais des Evêques de Comminges
La vache du Palais des Evêques de Comminges

Abandonné à la Révolution et vendu comme bien national, le palais de Jean-Baptiste de Foix est voué à la ruine. Heureusement, des travaux de restauration débutent en 1969. Enfin, ses actuels propriétaires, les photographes Mayotte Magnus et son mari Yuri Lewinski, le rachètent en 1998, le restaurent et l’ouvrent à la visite.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le Missel de Jean de Foix à la fin du XVe siècle, Revue de l’Art, juin 2017, Aurélia Cohendy, p 7-18
Alan, le village et le château
Le palais des évêques du Comminges
Où doit paître la vache d’Alan, L’Illustration, 28 octobre 1920




La vie sexuelle des femmes des Pyrénées

Si la sexualité est assez débridée au Moyen-âge, l’inégalité est flagrante. Les hommes ont tous les droits et les femmes ont obligation de virginité et de fidélité…  même si l’Église essaie de contenir aussi les hommes. Cependant, une exception : les Pyrénées.

Le statut de la femme au Moyen-âge

Rupert von Deutz parle de la vie sexuelle des femmes
Rupert von Deutz (1075-1129)

Ève est créée d’une côte d’Adam. Et elle est responsable du péché originel pour avoir donné une pomme (fruit défendu) à manger à Adam. D’ailleurs, début XIIe, le moine et théologien liégeois Rupert de Deutz rappelle qu’elle le lui a fait manger à force de l’importuner par son entêtement féminin […].

Ainsi la femme, fille d’Ève, démarre mal dans notre monde. Elle est considérée faible, portée sur la luxure et elle reste sous la domination de l’homme. En particulier, elle ne peut exercer le pouvoir – sauf s’il n’y a pas d’héritier mâle –, elle ne peut entrer dans les lieux où il y a des actions de justice, etc.

Rappelons que la femme est femme de 14 à 28 ans. Avant, c’est une fillette, après, une vieille dame. L’éducation est différente selon le genre. Chez les nobles, on entraine les garçons à faire la guerre et on instruit les filles. Ainsi, elles apprennent au moins la lecture, l’écriture et les travaux d’aiguille. Parfois, elles apprennent le latin, la médecine ou les sciences.

La virginité est une valeur. Toutefois, tout dépend de son statut social : la jeune fille noble est, par essence, plus pure que celle du peuple. Il faut dire que le droit du sang dans la noblesse et la bourgeoisie patriarcale est essentiel dans la transmission du patrimoine. En revanche, le viol des filles non nobles est très pratiqué. Aussi, en milieu rural, on s’intéresse plus à la fertilité qu’à la virginité. Dans tous les cas, la femme sera étroitement surveillée.

La vie sexuelle à l’époque médiévale

Albrecht Classen (1956- ) a écrit sur la sexualité féminine au Moyen-Age et sur la ceinture de chasteté
Albrecht Classen (1956- ), auteur de The Medieval Chastity Belt: A Myth-making Process (2008)

La vie sexuelle n’est pas un sujet tabou au Moyen-âge. D’ailleurs, il nous faut peut-être oublier quelques clichés. Par exemple, le médiéviste Albrecht Classen (1956- ) montre, après une étude détaillée, que la ceinture de chasteté n’a jamais existé. Ce serait une métaphore de la fidélité et de la pureté.

Plus tard, à partir du XVIe siècle, on trouve des illustrations montrant un mari qui installe une ceinture de chasteté à sa femme, l’amant, avec la clé, étant caché derrière le lit… Illustrations aujourd’hui considérées comme humoristiques. D’ailleurs, le British Museum qui présente de tels objets, explique : il est fort probable que la plupart des modèles conservés aient été fabriqués au XVIIIe ou au XIXe siècle comme objets de curiosité pour les personnes les plus graveleuses ou de plaisanterie pour celles de mauvais gout.

Des écrits sur la sexualité

Le Roman de la Rose parle de sexualité
Étrange cueillette dans Le Roman de la Rose via BNF ms. Français 25526 fol. 106v

Le Roman de la Rose (XIIIe siècle) illustre bien cette liberté au moyen-âge vis-à-vis de la vie sexuelle : une enluminure représente une femme faisant une cueillette étonnante !

Ou encore, El Mirall del fotre [Le Miroir du foutre], édité au XIVe siècle en Catalogne, est un manuel pour faire l’amour. Ainsi, il présente des remèdes pour améliorer les performances, des façons d’augmenter la production de sperme (masculin ou féminin), d’obtenir la jouissance des femmes et des hommes et aussi les dangers de l’excès de sexualité. L’auteur précise qu’il s’est inspiré des traités érotiques arabes et du kamasutra. Un extrait :

 

Si per ventura la minva és deguda a la congelació i a la fredor de l’esperma, curar amb coses que l’escalfen i l’esclareixen. Si la minva és deguda a la flacciditat, a la impossibilitat que té el penis d’aixecar-se, observar si ha perdut la sensibilitat. Si empetiteix, l’home pateix de flaquesa del membre i és gairebé impossible que es curi. Si la flacciditat és deguda a un defalliment de cor, l’home que pateix d’això està impossibilitat, no pot tenir erecció, i aviat mor. És aquesta mena de persones que la gent titlla d’«efeminats» perquè tenen una veu petita i femenina i pocs pèls.

[Si par hasard la diminution est due au gel et au froid du sperme, guérissez-le avec des choses qui le réchauffent et le nettoient. Si la diminution est due à la flaccidité, à l’impossibilité pour le pénis de se relever, observez s’il a perdu sa sensibilité. S’il devient émacié, l’homme souffre d’une faiblesse du membre et est presque impossible à guérir. Si la flaccidité est due à une insuffisance cardiaque, l’homme qui en souffre est incapable, ne peut pas avoir d’érection et meurt rapidement. C’est ce genre de personnes que les gens appellent « efféminées » parce qu’elles ont une petite voix féminine et peu de cheveux.]

L’exception pyrénéenne

La mécréance du sortilège de Pierre de Lancre
L’incrédulité et mescréance du sortilège plainement convaincue…  de Pierre de Lancre (1622)

En fait, là où l’Église s’implante, elle encadre les comportements, précisant les positions acceptables, les jours interdits, condamnant les viols, etc.

Pourtant, ces exigences ne semblent pas atteindre les Pyrénées ! Ainsi, le magistrat bordelais, Pierre de Rostegui de Lancre (1553-1631) est outré des comportements dans nos montagnes. En particulier, il note que les Basques essayent les femmes plusieurs années avant de les épouser. Et, la cause lui parait évidente : le pays basque est un pays de pommes et les femmes sont portées à croquer la pomme. D’ailleurs, il précise qu’elles sont des Ève qui séduisent continuellement les fils d’Adam, vivant toutes nues en toute liberté et naïveté dans les montagnes du Pays basque… Voir aussi l’article Les siècles noirs de la sorcellerie en Gascogne.

Plus tard, le Bordelais Louis de Froidour (1625-1685), grand maitre des Eaux et Forêts, déclarera sans détour :  les Bigourdanes sont des grandes putains. De même, il notera que les Béarnais laissent un excès de liberté sexuelle […] à la jeunesse.

Ces jugements moraux restent des jugements d’hommes de culture patriarcale et inégalitaire.

Les femmes en Vasconia et la sexualité

Isaure Gratacos
Isaure Gratacos

Isaure Gratacos défend l’idée que la femme vasconne (en gros des deux côtés des Pyrénées) occupait une place égale à celle de l’homme dans la société traditionnelle.

En fait, l’historienne précise que la latinisation des vallées est très tardive et que les Vascons gardent leur coutumes. Or, les Vascons forment une société sans État et non patriarcal. Une des traductions directes est le droit d’ainesse absolue, c’est-à-dire que l’ainé·e, homme ou femme, héritait. Voir l’article Héritières et cadettes des Pyrénées.

Ainsi, la culture locale s’oppose clairement à la vision chrétienne. Par conséquent, la faute originelle n’existe pas, et la virginité n’a aucune valeur dans les Pyrénées. On est dans un traitement équitable et libre des hommes et des femmes. Et, malgré la christianisation, cela va persister jusqu’au début du XXe siècle.

Divers travaux le confirment : à Saint-Savin, les naissances prénuptiales sont très supérieures à celles des autres villages de France (enquête entre 1739 et 1789).  Environ 30 % des conceptions ont lieu avant mariage au XIXe siècle. Notons que la paternité d’un homme d’église n’est pas rare.

Les traditions de liberté sexuelle subsistent

Isaure Gratacos note que des traditions anciennes subsistent encore début XXe siècle. Par exemple, la fête de la Saint-Jean reste dans les montagnes une fête préchrétienne, celle de la fécondité et de la vie. Ainsi, elle rapporte des propos d’une Pyrénéenne : Après le feu, il y avait plus de baisers que de prières.

Elle rapporte aussi un jeu usuel nommé Quate cantons [quatre coins]. Des garçons et des filles célibataires se rencontraient et des couples disparaissaient derrière les buis.

Enfin, une autre pratique était en vigueur : la “capture” par un groupe de femmes dont des célibataires, d’un homme se déplaçant seul et ceci à des fins d’utilisation sexuelles par l’une d’entre elles. Une étrange coutume au bénéfice d’une cadette restée célibataire.

Feu de Saint-Jean
Feu de Saint-Jean

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

The Medieval Chastity Belt: A Myth-making Process, Albrecht Classen, 2008
Les siècles noirs de la sorcellerie en Gascogne, Anne-Pierre Darrées, 2018
Dans les Pyrénées, la liberté sexuelle existait plus qu’ailleurs, CQFD, Jean-Sébastien Mora,2020
À quoi ressemblait le sexe au moyen-âge ?
Les femmes au moyen-âge, Histoire pour tous, Viviane, 23 mars 2021
El mirall del fotre




Les chansons historiques de Gascogne

Les troubadours écrivaient des chansons historiques, racontant des faits d’histoire. Au cours des siècles, les Gascons garderont ce gout et en feront des chansons populaires.

Les chansons historiques des troubadours

Evidemment, les troubadours ont écrit beaucoup de chansons racontant des faits historiques. Parmi les plus connues et les plus anciennes, citons la complainte sur la mort du roi Richard Cœur de Lion (1157-1199) de Gaucelm Faidit (1150?-1205?).

Extrait de 2’40 de la complainte sur la mort du roi Richard Cœur de Lion (complainte entière 11′ Troubadour Gaucelm FAIDIT, Lament for Richard I, king of England, La douleur – G.Le Vot – YouTube)

Fortz chausa es que tot lo major dan
e-l major dol, las ! q’ieu anc mais agues,
e so don dei totztemps plaigner ploran,
m’aven a dir en chantan, e retraire —
Car cel q’era de valor caps e paire, 
lo rics valens Richartz, reis dels Engles,
es mortz — Ai Dieus ! cals perd’ e cals dans es !
cant estrains motz, e cant greus ad auzir !
Ben a dur cor totz hom q’o pot sofrir…

C’est une chose fort cruelle, la plus grande douleur
et le plus grand deuil, hélas ! que j’ai jamais éprouvés
et que je dois désormais toujours déplorer en pleurant,
ce que j’ai à dire et retracer en un chant.
Car celui qui de Valeur était le chef et le père,
le puissant et vaillant Richard, roi des Anglais,
est mort. Hélas ! Dieu ! quelle perte et dommage !
quel mot étrange et qu’il est cruel à entendre !
Bien dur est le cœur de celui qui peut le supporter…

Les chansons historiques souvenirs

Chansons et danses de Gascogne de Gaston Guillaumie
Chansons et danses de Gascogne de Gaston Guillaumie

Gaston Guillaumie (1883-1961) a rassemblé certaines de ces chansons historiques de la Gascogne, ou très célèbres en Gascogne, dans son Anthologie de la littérature et du folk-lore gascons. Il n’a malheureusement consigné que leur version française. Parmi les thèmes les plus fréquents, il y a les guerres. Par exemple, la chanson de Renaud de Montauban, un des Quatre fils Aymon, était très chantée dans le nord de la Gascogne. Renaud rentre chez lui pour mourir et la chanson commence ainsi :

Quand Renaud de la guerre vint
Il tenait son ventre dans ses mains,
— Mon fils Renaud, réjouis-toi,
Ta femme est accouchée d’un roi.

Ou encore celle, conservée en vallée d’Ossau, qui parle d’un connétable envoyé en 1550 en Guyenne pour combattre les Anglais. Elle débute par :

Près des tours de Marmande,
Il y a un gentil guerrier,
Landéridette,
Il y a un gentil guerrier,
Landéridé.

Les satires et autres trufandisas

Tout aussi descriptives mais plus moqueuses sont les chansons historiques sur les guerres de religion. Par exemple, Justin Cénac-Moncaut (1814-1871) recueille Mon ami Pierre, où la belle Jeanneton attend vainement son ami Pierre, mort et enterré sous un romarin.  Toutefois, en l’examinant de plus près, les paroles sont chargées de sens. Voici le début : En revenant de Nantes, / Passant par Avignon. Nantes fait référence à l’édit de Nantes et Avignon au schisme d’Avignon. En fait, la chanson est une satire contre le catholicisme !

Plus tard, la chanson qui raconte la captivité de François 1er en Espagne après sa défaite à Pavie en 1526 connait un énorme succès. Elle peut être lue comme une simple description ou comme une moquerie.

Quand le roi partit de France / Conquérir d’autres pays / Vive la rose /
Conquérir d’autres pays, / Vive la fleur de lys. / Arrivé devant Pavie, / Les Espagnols l’ont pris.

La bataille de Pavie (1523)
La bataille de Pavie (1523)

Henri III de Navarre, futur Henri IV de France
Henri III de Navarre, futur Henri IV de France

Bien sûr, de nombreuses chansons parlent d’Henri IV, dont la savoureuse Le meunier des tours de Barbastre. Henri IV le séducteur se déguise en meunier, ramasse une rose tombée du corsage d’une paysanne et demande un baiser en salaire. La belle, ne reconnaissant pas le roi, l’éconduit.

La protestation politique

Charles de Gontaud, duc de Biron (1562-1602) - chanson historique pour son exécution
Charles de Gontaud, duc de Biron (1562-1602)

Le maréchal Charles de Gontaut, duc de Biron (1562-1602) est originaire de Saint-Blancard dans l’Astarac. Il porte une grande amitié et un fort dévouement à Henri IV. Il se montre un soldat remarquable, se couvre de gloire et, même, sauve la vie du roi. Lo noste Enric le remerciera en le nommant amiral, maréchal, gouverneur de la Bourgogne puis duc. Pourtant, en 1599, Biron complote avec le duc de Savoie contre le roi.

Il est arrêté, jugé, condamné à mort. Ces évènements déclenchent les passions et une chanson historique La mort de Biron restera populaire. Aussitôt, il est défendu de la chanter, sous les peines les plus sévères… ce qui n’impressionnera pas les Gascons.

La chanson parle de Biron sur l’échafaud qui demande à un page de dire au roi de venir voir l’exécution. Le roi vient et Biron lui rappelle qu’il lui a sauvé la vie par trois fois.

Premièrement, devant Lyon,
Secondement, dans la Lorraine,
Troisièmement, devant Paris,
Trois fois je t’ai sauvé la vie.

– Biron, tu as trop tard parlé,
J’en ai perdu la souvenance,
Si tu avais parlé plus tôt,
Moi, la vie, je t’aurais sauvée.

Nos ancêtres ne semblaient pas avoir d’illusion sur les promesses des grands de ce monde…

La dernières chansons historiques

A faut espérer q'eu jeu la finira ben tot (1789)
A faut espérer q’eu jeu la finira ben tot (1789)

Après Henri IV, les Gascons abandonnent la chanson historique. Elle renaitra à la Révolution. Elles sont souvent écrites dans un patois qui mélange le gascon et le français. Celles de la Révolution exaltent le paysan et le berger. La chanson des paysans par exemple liste dans les six premières strophes les souffrances de leur condition, puis se termine par :

De ton faix de misère,
Tu te déchargeras pourtant,
Et bientôt tous crieront :
Vive le paysan !

L’Empire

Puis, le ton change avec l’Empire. La chanson populaire n’exalte pas les guerres napoléoniennes mais exprime plutôt la lassitude des levées d’hommes, les départs, les absences, les souffrances, les deuils,  les déceptions des retours.  On retrouve ces thèmes dans Où sont-ils ?

Où sont-ils ces gentils garçons, / Qui, l’an dernier, veillaient avec nous, / Faisant cuire des marrons / Et mangeant avec nous des galettes ?
Hélas ceux qui vont en Russie / Souffleront sur leurs pauvres doigts, / Mais ceux qui vont en Italie / Cuiront leur peau au soleil.
C’est bien beau que la jeunesse / Aille ramasser son faix de lauriers ! / Ils viendront un jour à la messe, / Avec leur pompon de grenadiers.
[…]
Pierre me voulait en mariage, / L’empereur rompit le marché. / Par mon âme ce serait dommage / Qu’on me le rendit endommagé.
[…]
voyez-le ce grand Bonaparte, / Celui-ci n’a pas peur pour sa peau. / Sur le cheval du roi de Prusse, / Son bel habit de drap anglais, / Garni d’une pelisse russe, / Et doublé d’un cœur de Français, / C’est le plus grand homme de guerre / Que ‘on ait jamais couronné, / Mais il sera plus beau encore, / Quand mon Pierre sera revenu.

Les campagnes de Napoléon susciteront des chanson politiques à la gloire des soldat - Napoléon à la bataille de la Moscova
Napoléon à la bataille de la Moscova

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Corpus des troubadours, Union Académique Internationale, Institut d’Estudis Catalans
Chansons et danses de la Gascogne, Anthologie de la littérature, n°7, Gaston Guillaumie, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus




Théophile de Bordeu le précurseur

Théophile de Bordeu (XVIIIe siècle), originaire de la vallée d’Ossau, est un médecin novateur et un précurseur. Persévérant, grand travailleur, il impose ses idées dans un milieu hostile.

Théophile de Bordeu choisit médecine

Théophile Bordeu
Théophile Bordeu (1722-1776)

Bordeu nait le  à Izeste (vallée d’Ossau). Son père, est Antoine de Bordeu, médecin, sa mère Anne de Touya de Jurques. Pour fêter sa naissance, Antoine plante un hêtre.

Théophile fait ses études à Lescar, chez les Barnabites, puis part à Montpellier apprendre la médecine. Montpellier est alors le centre le plus réputé sur cette discipline.  On y avait effectué la première transfusion de sang, créé la chimiothérapie, etc.

Théophile est un jeune homme sérieux et travailleur. Il écrit : « Je ne sors que pour dîner, aller à l’anatomie, à l’université, point de mail, point de vin, point de filles. » Une image à modérer car il fait de nombreuses dettes et se moque des remontrances de son père.

Montpellier - La Faculté de Médecine
Montpellier – La Faculté de Médecine

En tous cas, il est extrêmement doué. Il écrit avec son cousin un ouvrage d’anatomie descriptive novateur, Chylificationis historia. En 1743, il présente une thèse de baccalauréat tellement brillante qu’il est dispensé des épreuves préliminaires de la licence et est nommé docteur quatre mois plus tard. Il a 21 ans.

Théophile peine à trouver un premier emploi

Théophile de Bordeu aimerait s’installer à Pau, mais il faut soit être docteur de la faculté de Paris, soit se faire agréger au corps de médecins. Tentant la deuxième solution, il déchante vite et écrit : Pau est une ville exigeante; elle exige autant de soins, autant de courbettes que toute autre grande place et le tout sans profit; on n’y peut ni penser, ni faire, ni dire ce qu’on veut.

Alors, il repart à Montpellier faire un stage (aujourd’hui on parlerait d’internat), ouvre un cours d’anatomie avec travaux pratiques. Mais il veut plus. Il publie alors Lettres sur les Eaux minérales du Béarn, adressées à Madame de Sorbério. C’est un ouvrage sur la médecine thermale qui lui vaudra un grand succès. Peut-être pas tout à fait mérité car les spécialistes détecteront que l’œuvre a été écrite majoritairement par son père, Antoine !

Guillaume-François Rouelle
Guillaume-François Rouelle (1703-1770)

En tous cas, cela lui permet de viser Paris. Là, il suit les cours du chimiste réputé, Guillaume-François Rouelle et de l’anatomiste Jean-Louis Petit. Son parent, Daniel Médalon, médecin de l’infirmerie royale, lui fait faire un stage d’observation à l’Infirmerie royale de Versailles, entre mai 1748 et juillet 1749. Notre jeune homme se fait remarquer en soignant le duc et la duchesse de Biron et en les envoyant à son père pour une cure.

 

Bordeu, protégé du Roi

Louis XV, par Louis-Michel van Loo
Louis XV, par Louis-Michel van Loo

Aussi, jouant de sa récente influence, Bordeu fait nommer son père, dès 1748, inspecteur des eaux de Barèges. Puis, le 5 avril 1749, Louis XV le nomme régent d’anatomie pour la ville de Pau « pour y faire des leçons et expériences publiques, et lui permet de prendre à l’Hôtel-Dieu de ladite ville tous les cadavres dont il aura besoin pour ses démonstrations et préparations, aussi bien que ceux des criminels exécutés. »

Enfin, deux mois plus tard, le roi le nomme intendant des eaux minérales d’Aquitaine.

Théophile de Bordeu perturbe ses collègues

À Pau, les démonstrations du nouveau régent d’anatomie font salle pleine. Mais ce succès ne convient pas aux collègues locaux qui obtiennent qu’on limite ses cours. Alors, Bordeu se détourne de la ville et part en 1751, visiter les stations pyrénéennes. C’est à cette occasion, à Bagnères-de-Bigorre, qu’il rencontre celle qui sera sa maitresse toute sa vie, Louise d’Estrées, demoiselle d’honneur de la comtesse de Mailly, l’ancienne favorite du roi.

Recherches anatomiques
Recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action (1751)

Bordeu décide une bonne fois de s’installer à Paris. En 1752, il publie le livre qu’il a préparé à Pau : Recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action. C’est un énorme succès. Dans la foulée, Il publie deux thèses pour obtenir le grade de Docteur-Régent de la Faculté de Paris. Encore une fois, son succès lui attire des difficultés avec ses confrères de la Faculté. Il déclare que c’est une pétaudière où je ne mettrai jamais les pieds si je puis.

Cependant, afin de remercier son père, il lui offre le nouveau titre qu’il vient d’obtenir : médecin de l’hôpital militaire de Barèges. La clientèle du jeune Bordeu s’élargit et il envoie à son père ceux qui ont besoin de prendre les eaux – très à la mode en ce temps-là. Il ne manque pas d’ajouter quelques phrases personnelles ou humoristiques à la recommandation. Par exemple en qualifiant Madame de Pompignan de caillette que cette femme. Ou, dans un esprit trufandèr bien gascon, en écrivant à son père : J’ai vu la princesse de Turenne […] son fils aussi gras que lorsqu’il partit de chez vous, aussi bête que lorsqu’il partit de chez nous.
En 1755, Bordeu est nommé médecin de l’hôpital de la Charité à Paris avec le titre, créé exprès pour lui, d’inspecteur.

La disgrâce

Bordeu pense que la santé n’est pas une simple question de mécanique et de chimie. Il parle de sensibilité des organes. Il définit la fibre nerveuse qui établit la connexion entres les organes : Le filament nerveux pris à part n’est qu’un filament solide, sujet à des allongements et à des raccourcissements alternatifs; les oscillations vont et viennent pour ainsi dire comme un flux et un reflux.

L'usage des eaux de Barèges et du mercure pour les écrouelles ou dissertation sur les tumeurs scrophuleuses
L’usage des eaux de Barèges et du mercure pour les écrouelles ou dissertation sur les tumeurs scrophuleuses (1767)

Si les idées de Bordeu seront confirmées dans le futur, elles sont trop novatrices pour l’époque et heurtent ses collègues. En particulier, en 1756, Bordeu publie un ouvrage qui provoquera de violents débats : Recherches sur le pouls. De plus, il est le médecin le plus couru de Paris, ce qui éveille des jalousies.

Finalement, le 4 avril 1761, à l’assemblée de la Faculté, un collègue parisien, Bouvart, l’accuse d’avoir volé une montre et une boite à un malade, le Marquis de Poudenas. Bordeu demande à se défendre et le 28 avril, explique les faits réels. La Faculté nomme une commission de six membres pour examiner la conduite de Bordeu. Le 23 juillet, la Faculté raye Bordeu de la liste des médecins de Paris, et défend tout confrère de le consulter.
Mais Bordeu ne plie pas, il continue ses recherches et ses publications. Son frère, resté au pays est lui-même attaqué. Théophile lui répond : Et vous allez ainsi fléchissant devant nos grandelets de province ; un homme comme vous qui devriez, mordieu, traiter ces gens-là avec sa lame ; parce que vous êtes pauvre vous les craignez ; vivez de miche et parlez ferme… Je poursuis mes coquins; ils se sauvent dans les broussailles de la chicane, j’irai les poursuivre partout. 

Effectivement, trois ans plus tard, il est enfin lavé de cette accusation mensongère.

Le devant de la scène

Denis Diderot fait de Bordeu un des deux personnages du "Rêve de d'Alembert"
Denis Diderot fait de Théophile de Bordeu, le médecin de d’Alembert dialoguant avec Mme de Lespinasse dans le  « Rêve de d’Alembert » (1769)

La notoriété de Bordeu est, finalement, grandie. Diderot le consulte, comme tous les Encyclopédistes. et il en fait un personnage littéraire. Bourdeu accouche la duchesse de Bourbon du futur duc d’Enghien. Il est appelé au chevet du roi Louis XV à cause de sa grande expérience sur la variole. Mais il ne pourra qu’écrire les bulletins de santé de ses derniers jours.

II se rend chez ses malades en carrosse gris à quatre chevaux. Rejetant les vêtements noirs traditionnels des médecins, il porte un habit de cannelé gris le matin ou noisette galonné d’or le soir, musqué et testonné comme M. de Buffon qu’il imitait par l’élégance de ses manchettes et de son jabot.
Parlant couramment le béarnais, il s’amuse aussi à écrire quelques poèmes dont une sera reprise  par Etienne Vignancour dans son recueil Poésies béarnaises.  Elle s’intitule Houmatye aüs d’Aüssaü, sus lous Truquetaülés de la Ballée.
En 1774, il a une première hémiplégie.

orate ne intetris intentationem
« Orate ne intretis intentationem », planche tirée du « Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie dessiné d’après nature par Jacques Gamelin de Carcassonne » (1779)

Paris lui pue au nez, écrit-il. L’été suivant, il prend les eaux à Bagnères sans résultat notable. Il meurt dans la nuit du 23 au 24 décembre 1776. Il a 54 ans. Son domestique le trouve couché sur le côté gauche, appuyant la tête avec la main gauche ; il avait la main droite placée sur son cœur.

Sur sa tombe, Madame de Bussy, prononce ces quelques mots rapportés par le Journal de Paris : La mort craignait si fort M. de Bordeu, qu’elle l’avait pris en dormant.
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe nouvelle

Références

Théophile de Bordeu, Docteur Lucien Cornet, 1922, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus
Theophile de Bordeu, un homme d’esprit, de connaissances éclectiques et sachant séduire, Histoire des sciences médicales, tome LXI n°3, Jean-Jacques Ferrandis et Jean-Louis Plessis, 2007.
Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie dessiné d’après nature par Jacques Gamelin de Carcassonne… divisé en deux parties (1779)
Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées, par M. Théophile de Bordeu
Recherches sur le pouls par rapport aux crises. Tome 2 / , par M. Théophile de Bordeu
Poésies Béarnaises, Etienne Vignancour, 1860, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus




Le Musée des Amériques d’Auch

La Gascogne fourmille de musées, tous aussi surprenants les uns que les autres. Le Musée des Amériques d’Auch mérite une mention particulière par la richesse de sa collection d’art précolombien.

L’origine de la collection précolombienne du Musée des Amériques d’Auch

Guillaume Pujos (1852-1921), premier donateur du Musée des Amériques d'Auch
Guillaume Pujos (1852-1921)

Guillaume Pujos (1852-1921) nait à Auch. En 1871, il part pour Santiago du Chili. C’est un amateur d’art. Il se passionne pour les civilisations précolombiennes et rassemble en trente ans une importante collection d’objets.

Puis, il revient à Auch en 1906. Il devient conservateur du musée d’Auch en 1911 (c’est un des plus anciens musées de France, créé en 1793). Alors, naturellement, Guillaume Pujos y expose les objets de sa collection, qu’il lègue à la ville d’Auch à sa mort, en 1921.

Henri Polge enrichit la collection d’art précolombien

Le Cévénol Henri Polge (1921-1978) est nommé Archiviste Départemental du Gers et Conservateur du musée en 1948. Il persuade l’État d’effectuer des dépôts complémentaires. Ainsi, en 1954, on transfère à Auch les collections précolombiennes du Musée des Eyzies-de-Tayac (Dordogne) et celles du Musée d’Annecy. Au total, il rassemble 1 200 pièces d’art précolombien.

Micheline Lions, donatrice du Musée des Amériques d'Auch
Micheline Lions, donatrice du Musée des Amériques

Dans un article du 4 octobre 1954, Henri Polge explique : […] Le regroupement à Auch de l’art précolombien en France ne répond pas à une vaine manie de collectionneur. Il correspond à une politique voulue de mise en valeur des musées de province, sous la direction et l’impulsion active de l’Inspection Générale. […] À cet égard le Gers est de mieux en mieux placé : le Musée d’Auch est sans doute le premier de France après le Musée de l’Homme à Paris pour l’art précolombien […].

Ensuite, plusieurs dons, legs ou achats enrichissent les collections. Par exemple, en 2006, Madame Micheline Lions de Saint-Tropez fait une importante donation de pièces issues d’une collection qu’elle a réunie avec son mari lors de leurs voyages au Pérou et au Brésil.

La Messe de Saint-Grégoire, chef d’œuvre du Musée des Amériques d’Auch

La Messe de saint Grégoire, mosaïque de plumes sur bois 68 x 56 cm, Mexique 1539. Un chef d'aouvre du Musée des Amériques d'Auch
La Messe de Saint Grégoire, mosaïque de plumes sur bois 68 x 56 cm, Mexique 1539

Le Messe de Saint-Grégoire est un tableau en plumes réalisé en 1539 à Mexico. C’est une œuvre d’autant plus importante que c’est l’un des tout premiers tableaux chrétiens créé avec l’art traditionnel aztèque. Le musée d’Auch l’acquiert en 1986. C’est le plus ancien tableau de plumes connu.

Le Musée des Amériques possède 4 des 6 tableaux de plumes conservés en France. À noter, on en connait 180 dans le monde.

 

 

La plume et les dieux dans l’Art précolombien

Devant d’une tunique (unku) décoré de plumes - Culture chimú (900-1450 apr. J.-C.), Pérou, côte nord
Devant d’une tunique, unku, décoré de plumes – Culture chimú (900-1450 apr. J.-C.), Pérou, côte nord

Dans les sociétés précolombiennes, la plume est associée aux dieux. D’ailleurs, la déesse Coatlicue est fécondée par des plumes tombées du ciel. Et elle donne naissance à Huitzilopochtli, le Dieu tutélaire des Aztèques qui signifie le « colibri de gauche » ou le « guerrier ressuscité ». Quetzalcoatl, le Dieu serpent à plumes, se cache sous un masque de plumes.

Les peuples précolombiens vénèrent la plume. Ils en parent les dieux et les victimes des sacrifices. La plume est aussi un présent diplomatique, et elle constitue une grande part des tributs versés aux vainqueurs. De même, les guerriers au combat se parent de plumes car, après leur mort, ils accompagnent le soleil pendant quatre ans avant de revenir sous forme de colibris.

Après la conquête espagnole, les religieux se sont servis de la valeur symbolique de la plume pour faciliter l’adhésion des Indiens au christianisme.

Pour la réalisation d’objets, on lie les plumes entre elles, en les tissant ou en les collant. Ainsi, les amantecas, plumassiers aztèques, collent des plumes pour réaliser la Messe de Saint-Grégoire.

Le Musée des Amériques d’Auch possède trois autres pièces en plumes, dont un tissu ordinaire en plumes.

Voir le film du Musée des Amériques d’Auch sur l’art des tableaux de plumes au temps de Cortés au Mexique

Les civilisations précolombiennes

Les civilisations précolombiennes
Les civilisations précolombiennes

Le public connait les plus grands peuples précolombiens : les Aztèques, les Mayas, les Incas. Pourtant, il existe de nombreux autres peuples précolombiens qui furent de grandes civilisations et dont on peut voir des objets au Musée des Amériques d’Auch.

Avant les Incas qui ont conquis la plus grande partie des Andes au XVe siècle, plusieurs peuples ont vécu dans une zone englobant le Pérou, la Bolivie, le nord du Chili et l’ouest de l’Argentine.

Le plus ancien peuple connu est le peuple Caral qui a vécu au nord du Pérou, il y a 4 000 ans. Il construisit des pyramides et maitrisa l’irrigation des cultures.

Les Nascas vivent au sud du Pérou (- 200 à 600 après J.C.). Ils sont connus pour leurs immenses figures tracées dans le désert. Ils ont construit des aqueducs et produit une céramique polychrome à motifs d’animaux.

Les Chimus vivaient au nord du Pérou entre 1000 et 1470. Ils adoraient la lune et considéraient le soleil comme destructeur. Les Incas, qui ont conquis le territoire des Chimus, eux, adoraient le soleil. Les Chimus sont connus pour leur céramique.

Bien sûr, les Incas sont les plus connus. Originaires de la région de Cuzco en Bolivie, ils agrandirent leur territoire à partir de 1430. Les Espagnols arrivèrent en 1532 et conquirent rapidement le vaste empire inca. Pourtant, il y aura plusieurs rebellions des Incas depuis celle de 1536 jusqu’à celle de 1780.

Le Musée des Amériques d’Auch, Pôle national de référence d’art précolombien

Statuette féminine assise Culture remojadas, el-tajín, totonaque (600-1500 apr. J.-C.), Mexique, côte du golfe. Statuette représentant un personnage assis ceint d’une haute coiffure zoomorphe (cerf ?) Culture maya (1000 av. J.-C – 900 apr. J.-C.), Mexique, Campeche ou Jaïna
G : Statuette féminine assise Culture remojadas, el-tajín, totonaque (600-1500), Mexique, côte du golfe. / D : Statuette représentant un personnage assis ceint d’une haute coiffure zoomorphe (cerf ?) Culture maya (1000 av. J.-C-900 apr. J.-C.), Mexique, Campeche ou Jaïna.

Vase à anse en étrier représentant un animal hybride crapaud-félin - Culture mochica (150-850 apr. J.-C.), Pérou, côte nord Vase à libation - Culture mochica (150-850 apr. J.-C.), Pérou, côte nord
G : Vase à anse en étrier représentant un animal hybride crapaud-félin – Culture mochica (150-850), Pérou, côte nord. / D : Vase à libation – Culture mochica (150-850), Pérou, côte nord

On compte 172 musées français qui possèdent 32 000 objets précolombiens. À lui seul le Musée du Quai Branly à Paris en possède 61,5 %. Suit le Musée des Amériques d’Auch avec 25 %, le restant des objets étant dispersé dans les 170 autres musées. Souvent, on les expose dans quelques vitrines ou ils sont isolés. L’idée de les regrouper dans une structure unique permettrait de mieux les présenter aux publics.

Aussi, Franck Montaugé, maire d’Auch de 2008 à 2017, député et sénateur, veut créer des Pôles nationaux de référence au sein des Musées de France pour regrouper et mettre en valeur les collections. Alors, il dépose un amendement qui est voté dans la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine. Son article 69 prévoit la création de Pôles nationaux de référence […] pour rassembler, conserver et valoriser des collections publiques non présentées […] selon des thématiques précises définies préalablement dans un projet scientifique et culturel […].

Le Musée des Jacobins d’Auch (son ancien nom) est le premier musée de France à obtenir le label Pôle national de référence spécialisé en art précolombien et art sacré latino-américain. D’importants travaux ont lieu en 2018 et 2019 pour transformer le Musée des Jacobins en Musée des Amériques.

Le Musée des Amériques
Le Musée des Amériques

Les autres collections du Musée d’Auch

Au Musée des Amériques d'Auch, la Statue monumentale de l'Empereur Trajan
Statue monumentale de l’Empereur Trajan

Le musée des Amériques contient plusieurs autres collections.

La collection des Antiquités regroupe des objets depuis l’Egypte jusqu’à la période romaine. On peut y voir des objets gallo-romains issus des fouilles d’Augusta Auscorum [Auch] et des fresques découvertes dans une villa à Roquelaure.

Celle du Moyen-âge présente des sculptures polychromes provenant de la Cathédrale Sainte-Marie d’Auch, ainsi que l’olifant et le peigne de Saint-Orens. La collection de mobiliers et d’art décoratif présente des céramiques de la faïencerie d’Auch qui a produit seulement de 1757 à 1772. Les objets d’art et le mobilier proviennent de saisies révolutionnaires, dont certaines le furent dans l’ancien hôtel de l’Intendance d’Auch.

Au Musée des Amériques d'Auch, l'Olifan de Saint-Orens
Olifant de Saint-Orens

La collection contient des œuvres de peintres ou de sculpteurs gersois du XVIIIe au XIXe siècles.

Enfin, la collection d’art et traditions populaires de la Gasconne regroupe des costumes et des objets de la vie quotidienne au XIXe siècle.

Au-delà des livres d’école qui survolent les civilisations précolombiennes, et ignorent la culture populaire gasconne, une visite en famille permet de faire découvrir aux enfants la réalité de ces peuples au travers des objets de leur vie quotidienne.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Musée d’Auch
Musée du Quay Branly




Le pic du Midi de Bigorre

Surplombant le col du Tourmalet, le Pic du Midi de Bigorre atteint 2 876 mètres. Surmonté d’une antenne de TDF (Télédiffusion De France), il est visible de presque toute la Gascogne et sert de repère aux Gascons expatriés qui rentrent chez eux.

Le col du Tourmalet, la porte du pic du Midi de Bigorre

Haut de 2 115 mètres, il est le deuxième col pyrénéen, juste dépassé par le col de Portet (2 215 m). Il permet de relier la vallée de l’Adour à la vallée de Barèges. En effet, la route des gorges de Luz n’est ouverte qu’en 1744.

La route du col du Tourmalet reste longtemps la route thermale pour se rendre à Barèges. D’ailleurs, Napoléon III modernise le chemin en 1864. Alors, Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées, vante le mérite des routes thermales devant les députés, le 22 juin 1868 : « …. à Tourmalet, ainsi qu’au col de Peyresourde, qui descend par Luchon ; nous passons à 2 000 mètres d’altitude avec des voitures à quatre chevaux, aussi facilement que vous traversez en Daumont la place de la Concorde. Pourquoi donc un chemin de fer ne pénètrerait-il pas là où vont à présent les voitures ? ». Plus tard, une ligne de Tramway, inaugurée en 1914, relie Bagnères de Bigorre à Gripp, au pied du Tourmalet. Mais elle ferme en 1925.

La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre
La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre

Les troupeaux fréquentent le Tourmalet en estive. Vers 1130, des moines s’installent sur son chemin, au lieu de Cabadur. Mais, la vie y est bien difficile. Alors, en 1142, ils vont dans la plaine de l’Arròs et fondent l’abbaye de l’Escaladieu. Toutefois, Cabadur reste une grange de l’abbaye de l’Escaladieu.

L’Ador, le fleuve gascon, nait sur les pentes du Tourmalet. Il est grossi par l’Ador de Palhòla, l’Ador de Cabadur, l’Ador de Gripp, l’Ador de Lespona, l’Ador de la Sèuva et l’Ador de Baudian.

Le col du Tourmalet et le sport

Eugène Christophe à l'arrivée du Tour de France 1912-1
Eugène Christophe à l’arrivée du Tour de France 1912

En 1902, le Touring club de France organise une course cycliste. Le départ et l’arrivée sont à Tarbes et les coureurs franchissent le col du Tourmalet à deux reprises. Ensuite, en 1910, le Tour de France cycliste passe par le col du Tourmalet lors de l’étape entre Luchon et Bayonne. Depuis, il l’empruntera 79 fois, ce qui en fait le col le plus franchi par les coureurs.

Lors du Tour de France de 1913, Eugène Christophe (1885-1970) brise la fourche de son vélo dans la descente du Tourmalet. Il marche 14 km jusqu’à Sainte-Marie de Campan et la répare dans la forge d’Alexandre Torné.

La MongieDe même, les skieurs dévalent les pentes du Tourmalet à partir de 1920. La construction d’un téléski en 1945 lance la station de sports d’hiver de la Mongie, le plus vaste domaine skiable de France. À noter, son nom vient de mongia, lieu de résidence des moines. De plus, la construction du téléphérique reliant la Mongie au Pic du Midi, permet à la station de s’équiper d’un réseau électrique et d’un réseau d’eau potable.

La station météorologique de La Plantade

Gaspard Monge (vers 1800) fit des mesures de pression au Pic du Midi de Bigorre
Gaspard Monge (vers 1800)

L’astronome montpelliérain, François de Plantade (1670-1741), monte sur le Pic du Midi de Bigorre pour étudier la couronne du soleil lors de l’éclipse de 1706. En 1741, il y fait des mesures barométriques et meurt en s’écriant « Ah ! que tout ceci est beau ! ».

Plus tard, en 1774, le chimiste Jean d’Arcet et le mathématicien Gaspard Monge atteignent le sommet pour étudier la pression atmosphérique. Conquis par le site, Jean d’Arcet propose la construction d’un observatoire dont le projet n’aboutira pas par manque de financement et pour cause de Révolution.

Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)
Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’ascension du Pic du Midi de Bigorre est une excursion à la mode. Louis Ramond de Carbonnières (1755-1827), botaniste et géologue, sert de guide à trente-cinq expéditions. En 1792, il écrit « Voyage et observations faites dans les Pyrénées », puis « Mémoire sur l’état de la végétation au sommet du pic du midi de Bagnères ».

En 1860, la société Ramond, première société pyrénéiste fondée en 1864 à l’Hôtel du Cirque de Gavarnie, reprend l’idée de construire un laboratoire au sommet du Pic du Midi.

Charles de Nansouty installa la première station météo au Pic du Midi de Bigorre
Charles de Nansouty

À partir de 1870, le général Charles du Bois Champion de Nansouty et l’ingénieur Célestin-Xavier Vaussenat reprennent ce projet dans lequel ils investissent leur fortune personnelle. La première pierre est posée le 20 juillet 1878.

Lire aussi l’article La tête dans les étoiles

En 1873, De Nansouty et Vaussenat installent une station météorologique, à la Plantade, au sommet du Tourmalet. Or, les conditions de vie sont précaires. Ainsi, en 1874, une tempête détruit les fenêtres, les volets et la porte de la station.

En 1875, les observations météorologiques et nivologiques permet d’anticiper la grande inondation du bassin de la Garonne. L’alerte est portée à pied dans la vallée. Pour communiquer plus rapidement avec la vallée, une station télégraphique est installée en 1877.

Malgré les contraintes techniques et météorologiques, la plate-forme et les premiers locaux sont opérationnels en 1880. Ainsi, des bulletins météos quotidiens sont envoyés aux villages de la vallée. La station de la Plantade est abandonnée en 1881.

L’observatoire du Pic du Midi de Bigorre devient propriété de l’État

Tout cela coute très cher et l’Etat achète l’observatoire en 1882.

En 1907, Benjamin Baillaud installe le premier grand télescope, un des plus grands du monde. Un jardin alpin et une bibliothèque de 1 300 ouvrages complètent le site.

L'observatoire du Pic du midi vers 1930
L’observatoire du Pic du midi vers 1930

Des groupes électrogènes fournissent le courant dès 1911. Et la TSF est installée en 1922. Plus tard, en 1949, il y aura raccordement au réseau électrique. Puis, un téléphérique pour le transport des personnes et du matériel entre en service en 1952. Notons que le projet de funiculaire de 1905 ne verra pas le jour.

Cependant, le ravitaillement se fait en été par des mulets et, en hiver, par des porteurs qui mettent 8 heures pour atteindre l’observatoire.

L’observatoire étudie les planètes, le rayonnement cosmique, l’électricité atmosphérique, la radioactivité dégagée par les sommets enneigés. Il étudie également la botanique, la biologie végétale et les sols.

L’émetteur du Pic du Midi de Bigorre

L'antenne de radiodiffusion de TDF
L’antenne de radiodiffusion de TDF

On installe des antennes de radiodiffusion en 1927.  Puis, on construit un émetteur de télévision en 1957. Et, en suivant, le centre TDF entre 1959 et 1962. Il dispose d’un émetteur de 104 mètres de haut et dessert le sud-ouest de la France.

L’observatoire vieillit. L’Etat envisage sa fermeture en 1998 mais la région Midi-Pyrénées se mobilise et engage la modernisation des installations techniques. Le nouveau site accessible au public ouvre en mai 2000. Les droits d’entrée assurent une part du fonctionnement du site.

 

La Réserve Internationale de Ciel Etoilé

Grâce à son emplacement exceptionnel, le Pic du Midi reste un des plus grands observatoires mondiaux. Mais la lumière artificielle de l’éclairage public des communes rend les observations du ciel de plus en plus difficiles.

Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre
Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre

En 2009, une association d’astronomes du Pic du Midi lance l’idée d’une Réserve de Ciel Etoilé. Aidée par le Syndicat Mixte pour la Valorisation Touristique du Pic du Midi, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et d’autres partenaires, le projet se concrétise en 2013. La Réserve est gérée par le Pic du Midi, le Parc National des Pyrénées et le Syndicat Départemental de l’Energie des Hautes-Pyrénées.

La Réserve comprend deux zones. Le « cœur » de la réserve qui couvre 600 km² s’appuie sur des espaces protégées inhabités tels que le Parc national des Pyrénées, la réserve du Néouvielle et la réserve d’Aulon. La « zone tampon » comprend 251 communes qui s’engagent à limiter ou supprimer la pollution due à l’éclairage public.

La pollution lumineuse perturbe la biodiversité (cycles de reproduction, migrations, …). Elle représente un gaspillage énergétique considérable. Il représente 94 KWh par habitant en 2007 (43 KWh seulement en Allemagne). Les communes consacrent en moyenne 20 % de leur budget pour l’éclairage public qui nécessite la production de deux réacteurs nucléaires.

Le projet de Loi portant engagement national pour l’environnement prévoie de modifier le Code de l’environnement pour lutter contre la pollution lumineuse et le gaspillage qu’elle engendre.

La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées
La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le site internet de l’observatoire
La Réserve Internationale de Ciel Etoilé




Les sabots, los esclòps

Chaussure populaire, le sabot existe dans plusieurs pays : Flandres, Allemagne, France… Arrivé en Gascogne, le sabot prend des spécificités et alimente des légendes.

L’origine du sabot

Rappelons qu’un sabot est une chaussure taillée dans un seul morceau de bois dont la forme, en particulier le creux, épouse celle du pied.

Il semblerait qu’il soit apparu à la fin du XVe siècle, et, chez nous, un peu plus tard, début XVIe. En tous cas, il devient vite populaire. En effet, il est léger, imperméable, résistant, et permet de marcher dans des lieux humides.

Panurge rend visite à la Sibylle
Panurge rend visite à la Sibylle de Panzoust (dessin de G. Doré)

D’ailleurs, en 1532, Rabelais s’en empare et parle des sabots portés par la Sibylle de Panzoust que Panurge va rencontrer pour avoir son avis sur le mariage (Tiers Livre Ch. 17): « Depuys je veidz qu’elle deschaussa un de ses esclos, (nous les nommons Sabotz) mist son davantau sus la teste, comme les presbtres mettent leur amict quand ilz voulent mësse chanter:… »

Le sabot est largement porté et ce, pendant plusieurs siècles. L’homme de lettres de Vic-Bigorre, Cyprien Dulor, un des premiers adhérents à L’escòla Gaston Febus, écrit : La coumtesso dous Bigourdâs qu’en anàuo dab escloupetos / La comtessa deus Bigordans que n’anava dab esclopetas [La comtesse des Bigourdans s’en allaient avec des esclopettes].

Le choix du bois des sabots

Joseph de Pesquidoux en habit d'académicien (1938)
Joseph de Pesquidoux en habit d’académicien (1938)

L’écrivain gersois Joseph de Pesquidoux (1869-1946) nous a laissé une description précise des sabots gascons dans son livre Chez Nous, Travaux et Jeux rustiques.

Il note que les sabots d’homme sont faits de bois communs, aulne ou hêtre, et les sabots de femme de bois fins, ormeau ou noyer. Et même de préciser : Le hêtre est blanc veiné de roux, l’ormeau plus gris, le noyer terre d’ombre strié de noir, l’aulne rose saumon avec des filets clairs. Peints, ils se ressemblent tous : noir ou jaune verni, égayés de fleurs, lorsqu’ils sont destinés aux femmes.

Mais comment fait-on ?

Tout d’abord, les esclopèrs [sabotiers] partent choisir leur matériau, frappent les troncs, examinent les feuillages pour s’assurer qu’ils sont bien sains.  Puis, ils négocient le prix avec le propriétaire. Ils se hâtent : les arbres doivent être abattus le premier vendredi de la lune d’aout. Sa fibre s’en trouve plus serrée, et toute trempée de flamme à l’abri des vers, indique Pesquidoux.

Attelage de bœufs pour le transport du bois au Pays Basque
Attelage de bœufs pour le transport du bois

La préparation des sabots

Hache de sabotier (pigassa o picòla d'esclopèr)
pigassa o picòla d’esclopèr

Lo boèr [bouvier] transporte les arbres abattus jusqu’au domicile de l’esclopèr. Puis, on les laisse s’aérer tout l’automne, achever de se durcir aux premiers grands gels […] En février, on scie les troncs en rondelles de 40 à 45 centimètres, elles-mêmes ensuite fendues en cubes. 

À l’aide d’un pigassa ou picòla, les sabots sont dégrossis. Il s’agit d’une hachette au taillant très long et incurvé, dont le manche renflé au bout fait contre poids.

Creusement du sabot
Creusement du sabot

Ensuite, commence le travail fin de façonnage. D’abord, on utilise un rasclet [paroir]. On le passe au « paroir », pour lui donner sa coupe, tracer « le bout du nez », arrêter le talon. On l’entame au milieu avec une tarière, on le creuse avec la « cuillère » pour y ménager la place du pied, on le polit avec la « rase ».

C’est un travail physique et pénible. En effet, l’esclopèr, debout, pèse sur la tarière ou la cuillère en poussant avec son épaule et sa poitrine.

La dernière façon

Finition du sabot
Finition du sabot

On a laissé les sabots pendus dans l’atelier jusqu’au mois d’aout suivant. Il ne reste plus qu’à les rendre beaux ! Alors, le sabotier les polit, les vernit, leur ajoute des clous de formes variées.

Enfin, il ajoute la bride de cuir épais pour les hommes, ou la trousse pour les femmes qu’il ajuste avec des pointes courtes en fil d’acier bleu. Pesquidoux commente : il faut à la femme une « trousse » entière, étalée, comme une gaine souple, depuis le bout des doigts.

Notons aussi une variante : l’esclopeta [l’esclopette], cette sorte de sabots à peine couverts en pointe, et garnis d’une mince bride. Plus élégant, orné, ce petit sabot était porté pour aller à la messe.

En général, une paire de sabots en bois durait environ quatre mois.

La sabots selon les contrées

Sabots des Landes
Sabots des Landes

Les sabots sont adaptés à chaque contrée, nous dit Pesquidoux. Étalés en Armagnac pour ne pas glisser sur l’argile, à bout rond dans le Marensin pour marcher dans le sable, avec une pointe pour enlever la neige vers Andorre.

À noter, dans la vallée de Bethmale, ils présentent un bout relevé tout à fait étonnant. Mais, c’est à cause d’une légende…

Les sabots de Bethmale
Les sabots de Bethmale

Lorsque les Maures envahirent la vallée de Bethmale au IXe siècle, leur chef Boabdil s’éprit de la belle Esclarlys. Or, celle-ci était fiancée au chasseur d’isards, Darnert.  Pour se venger, il déracina deux noyers dont la base formait un angle droit avec les racines. Avec sa hache et son couteau, il en fit une paire d’esclops ayant la forme d’un croissant de lune avec une longue pointe effilée comme un dard. Puis, avec ses amis pastors [pâtres], Darnert livra combat aux envahisseurs. Vainqueurs, ils défilèrent dans le village. Darnert avait accroché le cœur de la Bethmalaise infidèle sur la pointe de son sabot de gauche et celui du Maure à droite.

Le cadeau du fiancé

Dans la vallée de Bethmale, le soir de Noël, le nòvi [fiancé] offrait à sa prometuda [promise] une paire d‘esclops à longues pointes, très ornés, avec un cœur dessiné sur le dessus. Bien sûr, plus la pointe était longue, plus son amour était intense !

En Armagnac, le nòvi offrait aussi à sa prometuda de fins sabots de mariage, noirs, jaunes ou bleus, vernis au fer et décorés de fleurs emblématiques.

Pesquidoux raconte :
On l’essayait en grande pompe la veille des épousailles. Assise entre ses parents, entourée des donzellons et des donzelles, la fiancée tendait son pied. La première donzelle apportait le sabot, le premier donzellon en chaussait la promise. Et alors, à genoux, le marteau à la main, le fiancé clouait la trousse à la mesure du cou-de-pied, en frappant gaiement sur les petites pointes bleues. Et, tandis que la fiancée court-vêtue rougissait, les donzelles demandaient en chantant aux donzellons :
— Diga, diga, donzelon, quant t’an costat los bèths esclops?
— Cinc sòus de bòi, cinc sòus de trossa, cinc sòus de tachas, com son tots naus
« Dis-nous, dis-nous, donzelon, que t’ont couté les beaux sabots ? » / « Cinq sous de bois, cinq sous de trousse, cinq sous de pointes, comme ils sont tout neufs. »

On reconnait la chanson traditionnelle, Los esclòps chantés par Gilbert Rouquette de Saint-Martory (31)

La charge aux sabots

Dumouriez méne l'attaque à Jemmappes avec ses soldats en sabots (1792)
Dumouriez mène l’attaque à Jemmapes avec ses soldats en sabots (1792)

Pesquidoux rapporte la bataille du 6 novembre 1792. Dumouriez et l’armée française attaque Clerfayt et ses Autrichiens pour enlever Jemmapes (Belgique). Dumouriez envoie ses soldats, au dire de l’ennemi des tailleurs et des savetiers, baïonnette à la main.

Lors de la charge, en plus du chant de La Marseillaise, l’ennemi entend un grondement plus fort que le canon ou les tambours. C’était la Révolution en sabots lâchée sur l’Europe éperonnée… La bataille fut gagnée au bruit de ce piétinement…

Esclòp, sabot, sabotage

Emile Pouget en 1892
Emile Pouget en 1892

On considère que le mot sabot est un mixte des deux mots sabata (mot occitan pour soulier) et bota (botte). Quant à esclòp, il fait bien plus penser au klump du Danemark ou de l’Allemagne ou au klomp de la Suède ou des Pays-Bas. Et il fait surtout penser au bruit de cette chaussure sur le pavé !

Selon Louis Alibert, sabar signifie en occitan frapper sur le bois pour en détacher des morceaux d’écorce. En tous cas, le mot « saboter » prend une autre signification dans le « bas langage » dès le début du XIXe siècle. Et il va passer réellement dans la langue. Ainsi, l’anarchiste Emile Pouget écrit en 1898 Le sabotage, en commençant par :

Le mot « sabotage » n’était, il y a encore une quinzaine d’années qu’un terme argotique, signifiant non l’acte de fabriquer des sabots, mais celui, imagé et expressif, de travail exécuté « comme à coups de sabots ». Depuis, il s’est métamorphosé en une formule de combat social et c’est au Congrès Confédéral de Toulouse, en 1897, qu’il a reçu le baptême syndical. 

Le sabot deviendra d’ailleurs le symbole des anarchistes.

Les expressions avec los esclops

Les sabots de Christian Dior
Les sabots de Christian Dior

Simin Palay, dans son célèbre dictionnaire, rapporte plus d’une expression. Par exemple :

arroussega l’esclop: mendier
batala coum û esclop poudat: parler sottement
bèstie coum û esclop: bête comme un sabot
gens dou medich esclop: gens de même acabit
nas d’eclop: nez relevé (en pointe)

Les derniers sabotiers ont fermé mi XXe siècle, quelques rares un peu plus tard. Aujourd’hui, on peut visiter Lo musèu de l’esclòp en Catalogne, à Meranges. Ou se tourner vers les nouveaux sabots, généralement en cuir, dessinés par Dior ou Hermès (les plus chers sont à plus de 1000€) ou les sabots graphiques en toile de Dries Van Noten à 360€.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Chez nous, Les sabots, Joseph Pesquidoux, p. 211-220, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
L’Esclopièr – Le Sabotier
Esclops et sabots, première partie
Mémòria de ca l’esclopeter, Llibre de la Festa Major, 2003
Emile Pouget – Le sabotage




Napoléon, la Campagne d’Espagne et la Gascogne

Austerlitz, Ulm, Iéna, Wagram, la Moskowa… autant de noms de batailles de Napoléon qui ont retenu l’attention des historiens et que les élèves apprennent à l’école. Curieusement, on ignore le nom des batailles qui ont eu lieu en Gascogne pendant la Campagne d’Espagne de 1807 à 1814.

Napoléon part en guerre contre le Portugal

Napoléon envoie le général Junot au Portugal
Le Général Junot (1771 – 1813)

Le 21 novembre 1806, Napoléon décide du blocus continental contre l’Angleterre pour l’empêcher de commercer avec les pays européens et tenter de la ruiner. Toutefois, le Portugal, allié traditionnel de l’Angleterre, refuse d’appliquer ce blocus.

Alors, le 20 aout 1807, le Corps d’observation de la Gironde est regroupé à Bayonne. Le général Junot en prend le commandement pour envahir le Portugal avec l’aide de l’armée espagnole. En effet, par le traité de Fontainebleau du 27 octobre 1807, les Espagnols autorisent l’armée française à traverser leur territoire.

L’armée entre en Espagne et se dirige vers le Portugal avec pour objectif de prendre Lisbonne et de capturer la famille royale. Mais celle-ci s’embarque pour le Brésil et Junot n’arrive que pour voir les bateaux s’éloigner.

Rai [Tant pis], les armées françaises et espagnoles occupent le Portugal, dissolvent l’armée, sauf une légion de 9 000 hommes, envoyés servir dans les armées de Napoléon.

Vite, en prétextant vouloir renforcer l’armée de Junot au Portugal, Napoléon fait entrer de nouvelles troupes en Espagne. Aussitôt elles occupent Burgos, Valladolid, la Navarre, la Biscaye, la Catalogne, Valence, San Sébastian, Pampelune, Figueras et Madrid.

Le début d’une guerre de sept ans

C’est le début d’une guerre qui dure jusqu’en 1814. Et la Gascogne voit passer des troupes dans les deux sens, satisfait aux réquisitions en hommes, en vivres et en matériel pour fournir le nécessaire aux armées.

Embarquement de la famille royale du Portugal pour le Brésil
Embarquement de la famille royale du Portugal pour le Brésil (27 novembre 1807)

Les affaires d’Espagne

Charles IV et Ferdinand VII d'Espagne
Charles IV (1748 – 1819) et son fils, Ferdinand VII d’Espagne (1784 – 1833)

Cependant, des dissensions existent dans la famille royale entre le roi Charles IV et son fils Ferdinand. Tellement fortes que, lors du soulèvement d’Aranjuez, Charles IV abdique en faveur de son fils qui devient Ferdinand VII.

Pour reprendre ses droits, Charles IV se met sous la protection de Napoléon qui propose une rencontre à Ferdinand VII. Elle a lieu le 20 avril 1808 à Bayonne. Napoléon retient Ferdinand VII prisonnier, rend son trône à Charles IV mais le force aussitôt à abdiquer et à lui transférer sa couronne qu’il s’empresse de donner à son frère Joseph. Un peu plus tard, il fera approuver une nouvelle constitution pour l’Espagne selon les principes de 1789 qui supprime l’inquisition et limite l’influence de l’Église.

Pour son voyage de retour, Napoléon passe par Orthez, Pau, Tarbes, Auch, Toulouse, Agen et Bordeaux avant de repartir à Paris. Le voyage est triomphal.

La guerre d’indépendance espagnole

La « surprise de Bayonne » est le signal d’un soulèvement général. Le 2 mai, Madrid se révolte et les provinces qui ne sont pas soumises aux troupes de Napoléon entament une guerre d’indépendance.

El dos de mayo de 1808 en Madrid (F. Goya)
El dos de mayo de 1808 en Madrid (F. Goya)

Le Portugal se soulève aussi. L’armée espagnole d’occupation part pour la Galice. Mais les soulèvements populaires obligent les Français à se retirer des villes occupées.

La bataille de Vimeiro
La bataille de Vimeiro (21 août 1808)

De plus, le 1er aout, les Anglais débarquent au nord du Portugal et se dirigent vers Lisbonne. Le 21 aout, les Français sont battus à Vimeiro et signent la Convention de Cintra qui leur permet de quitter le Portugal en septembre et octobre 1808.

Napoléon décide alors d’intervenir pour rétablir la situation en Espagne. Le 3 novembre, il est à Bayonne avec une partie de sa Grande Armée qui a traversé la France depuis l’Allemagne. En peu de temps, il entre de nouveau à Madrid et contraint les Anglais à ré-embarquer. Mais préoccupé par la situation en Autriche, il quitte l’Espagne en janvier 1809.

Protéger la frontière des Pyrénées

Toute l’Espagne n’est pas occupée. L’Aragon est insurgé. Il faut donc protéger la frontière des Pyrénées.

Chasseurs de montagne des Basses-Pyrénées
Chasseurs de montagne des Basses-Pyrénées

En juin 1808, Napoléon créée des bataillons pour surveiller la frontière et faire des reconnaissances en Espagne. Il y en a 8 en Ariège, 8 dans les Hautes-Pyrénées, 8 dans les Basses-Pyrénées, 2 en Haute-Garonne. Ils sont constitués des troupes de réserve à la disposition des préfets, de gardes nationaux et de « Chasseurs des montagnes » dont le recrutement se fait à partir des déserteurs qui voient là un moyen de régulariser leur situation tout en étant assuré de servir au pays.

Luchon craint une invasion et on place des postes au port de Vénasque et à celui de la Picade. De l’autre côté, une bande d’Aragonais s’établit à l’Hospice de Luchon. Ainsi, les habitants de Melle, ne voyant pas revenir 32 de leurs jeunes concitoyens partis en Espagne pour les travaux saisonniers, craignent qu’ils n’aient été massacrés.

Les Espagnols attaquent les villages pyrénéens

Le 9 mai 1809, une bande de 1000 Espagnols ravagent Fos, brulent les granges et emmènent du bétail. Le 15 mai, on enlève sept vaches dans le vallon de la Burbe mais le bataillon du Louron qui stationne à Saint-Mamet les rattrapent.

Le 31 mai, on brule des granges près de la tour de Puymaurin. Les maires de Cierp, de Gaud et de Burgalays demandent des armes pour se défendre.

En juillet, on attaque le poste de Roncevaux. Le 7 aout, c’est le tour de celui de Gabas en vallée d’Ossau. Près de 4000 vaches, moutons et chevaux sont enlevés et rapidement repris. Les habitants de Canfranc brulent la forge d’Urdos.

Les Français prennent Venasque le 24 novembre. Le calme revient de ce côté de la frontière. Finalement, le 26 juin 1812, le val d’Aran est intégré au département de la Haute-Garonne.

La campagne de Gascogne

Les affaires vont mal en Espagne. En juillet 1813, Napoléon destitue son frère et envoie le Maréchal Soult pour rétablir la situation. D’autre part, Lord Wellington commande l’armée coalisée des Espagnols, des Portugais et des Anglais ; elle s’approche de la frontière.

Le Duke of Wellington et le Maréchal Soult
Le Duke Arthur Wellesley of Wellington (1769-1852)  et le Maréchal Jean-de-Dieu Soult (1769-1851)

Soult installe son état-major à Saint-Jean-Pied-de-Port. Saint-Sébastien capitule le 9 septembre. Pampelune tombe le 31 octobre. Wellington a les mains libres. Alors il concentre ses forces pour passer à l’attaque.

7 octobre 1813 : bataille de la Bidassoa. Soult dirige les opérations depuis Saint Jean de Luz. Il place ses troupes au sud de la Nive sur une largeur de 40 km. Wellington surprend les Français qui doivent se replier. Les 10 et 11 novembre, il menace de couper les troupes françaises en deux. Soult regroupe son armée au sud de Biarritz, à Anglet et à Bayonne.

9 au 13 décembre 1813 : bataille de Saint Pierre d’Irube. Soult se retire à Peyrehorade, organise la défense de Bayonne et place ses troupes entre l’embouchure de l’Adour et Saint-Jean Pied de Port. Le 14 février 1814, Wellington attaque sur la Bidouze et force les Français à se replier sur Orthez.

27 février 1814 : bataille d‘Orthez. Après de durs combats, Wellington entre dans Orthez, régiments de Highlanders en tête. Soult s’installe à Hagetmau et décide de rejoindre les troupes de Suchet qui reviennent de Catalogne et se dirigent sur Toulouse. Il ordonne à son armée de se rendre à Aire en passant par Cazères et Barcelonne.

Le repli sur Toulouse

2 mars 1814 :  combats d’Aire. Les Français se replient sur Viella, Plaisance et Marciac. Le 8 mars, Wellington envoie 12 000 hommes à Bordeaux. On hisse le drapeau blanc. La ville se rallie à Louis XVIII. Le 12 mars, le duc d’Angoulême entre dans la ville. Pendant ce temps-là, les Français mènent avec succès une guérilla. Wellington récupère bientôt ses 12 000 hommes et reprend l’offensive.

18 mars 1814 : combats de Vic en Bigorre. Wellington avance par Lembeye, son centre arrive par Madiran et Maubourguet, sa gauche par Plaisance. Le combat de Vic permet de retarder les troupes de Wellington et au gros de l’armée française de se replier sur Tarbes et prendre la route de Toulouse par Tournay et Lannemezan.

Soult poste des troupes à Trie sur Baïse et à Boulogne sur Gesse. Wellington croyant que les Français empruntent la vielle route de Toulouse se lance à leur poursuite. La route est accidentée. Lorsque Wellington arrive devant Toulouse, les Français y sont déjà et en ordre de bataille.

24 mars 1814 : bataille de Toulouse : Wellington installe ses troupes entre Lombez et Samatan. Il envoie des détachements pour traverser la Garonne et bloquer la route de Paris au nord de Toulouse. Se voyant encerclé, Soult décide d’évacuer la ville et prend la direction de Villefranche de Lauraguais et de Castelnaudary. C’est là que des émissaires du nouveau gouvernement le rejoignent et lui annoncent l’abdication de Napoléon, le 6 avril, et la signature de l’armistice.

La fin de la Campagne d’Espagne

Après deux mois d’occupation de la Gascogne, les troupes alliées se retirent par Lectoure et Condom. Les Espagnols et les Portugais regagnent leur pays par Bayonne, les Anglais embarquent à Bordeaux. Leur cavalerie traversera la France pour embarquer à Boulogne.

Soult et Wellington se retrouveront encore face à face à la bataille de Waterloo, le 15 juin 1815.

La bataille de Toulouse
La bataille de Toulouse (10 avril 1814)

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia.
Napoléon et les Pyrénées de Jean Sarramon – Editions du lézard, 1992
Batailles de Napoléon dans le sud-ouest, de Pierre Migliorini et Jean-Jacques Vieux – Editions Atlantica, 2002.
La guerre d’Espagne, de Bayonne à Baylen, Jacques-Olivier Boudon, 2000




Des hydravions à Biscarrosse

L’histoire des hydravions est liée à Pierre-Georges Latécoère et à Biscarrosse. Notamment à son étang qui permet le décollage de ces drôles d’engins.

Rappelons qui est Pierre Georges Latécoère


Pierre-Georges Latécoère (1925)
Pierre-Georges Latécoère (1925)

Pierre-Georges Latécoèrevoir article détaillé – nait en 1883 à Bagnères de Bigorre. C’est un chef d’entreprise, passionné d’aviation, qui investit dans deux usines à Toulouse, dont l’une fabrique des cellules d’avion. En 1918, il livre près de 800 avions à l’armée française, soit une cadence de 6 appareils par jour.

Passionné d’aviation, Pierre-Georges Latécoère contribue à la naissance de l’Aéropostale sur le site de Toulouse-Montaudran. Ainsi, il crée les liaisons Toulouse-Barcelone, Toulouse-Casablanca-Dakar, ainsi que les premières liaisons postales transatlantiques vers le Brésil, l’Argentine et le Chili. Les célèbres Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry et Henri Guillaumet volent sur les lignes de Latécoère.

Toujours pour l’aéropostale, Pierre-Georges Latécoère s’intéresse aux hydravions. Et en 1930, il choisit Biscarosse pour sa proximité avec ses usines de Toulouse et son plan d’eau abrité, proche de l’Atlantique, propice aux amerrissages. Dès lors, l’étang de Biscarosse est surnommé le « lac Latécoère ».

Le lac de Biscarrosse


Les usines Latécoēre de fabrication d'hydravions de Biscarosse
Les usines Latécoēre de Biscarosse

Le 28 juillet 1930, Latécoère signe l’acte d’achat du  lieudit les Hourtiquets, qui lui permet d’installer ses ateliers de montage et de réaliser ses essais de vol sur le lac. C’est un très grand lac d’eau douce de 3 540 ha. Le premier vol aura lieu la même année, le 24 aout.

Ainsi, Biscarrosse devient la base d’assemblage et d’essais en vol des hydravions Latécoère. En suivant, la Compagnie Générale Aéropostale s’installe à Biscarrosse et Air-France crée des lignes de passagers pour l’Amérique, les Antilles, le Brésil, l’Afrique du Sud… De même, les compagnies américaines, anglaises et allemandes y font escale.

La base de Biscarrosse : fabrication des hydravions et aéroport


Les Latécoère 631,  des hydravions conçu à Biscarrosse
Le Latécoère 631, un hydravion conçu à Biscarrosse

La base de Biscarrosse devient le point de départ des lignes de transport de passagers. En particulier, le Latécoère 631 fait la ligne Biscarrosse-Fort-de-France en 32 heures et transporte, de juillet 1947 à aout 1948, 2 000 passagers avec deux rotations par mois.

Jules Moch (1893-1985), ministre des transports et des travaux publics, inaugure la ligne. C’est un événement. Le Magazine d’Air-France, Les Echos de l’Air, de septembre 1947, nous dit : « lors de son premier vol, il réussit à couvrir en 30 heures 48 les 8 090 kilomètres qui séparent la France de Antilles. Parti en effet le 22 août, à 3h 10 G.M.T. de Biscarrosse, l’appareil se posa devant Port-Etienne à 15h 27 G.M.T. d’où 3h 43 plus tard, il s’élança par-dessus l’Atlantique central, dont il franchit sans escale les 4 760 kilomètres avant d’amerrir sur la rade de Fort-de-France le 23 août, à 95 58, réalisant ainsi la plus longue étape commerciale du monde ».

Malheureusement deux accidents en mer sonnent le glas de ces grands paquebots aériens, au profit d’avions quadrimoteurs.


Le Laté 631 (1948)
Le Latécoēre 631 (1948)

D’ailleurs, Terre et Ciel, magazine du personnel d’Air-France relate, dans son numéro de juillet 1948 : « Le 1er août 1948, l’hydravion Laté 631, F-BDRC, disparaissait en plein Atlantique. L’appareil parti la veille de Fort-de-France pour Port-Etienne et Biscarrosse avec 40 passagers et 12 hommes d’équipage, avait, jusqu’à 0h 15, heure de son dernier message, effectué la moitié de son étape transocéanique suivant l’horaire normal. Puis ce fut le silence absolu ».

Le 20 aout, le ministre des transports et le patron d’Air-France rendent un hommage aux disparus sur la base de Biscarrosse. La population de Biscarrosse s’associe en foule aux cérémonies.

Puis, après 18 ans de fonctionnement, la base de Biscarrosse ferme en 1948.

Les hydravions

Un hydravion est un avion, à coque ou à flotteurs, capable de décoller et de se poser sur l’eau.


Le 1er vol en hydravion de Gabriel Voisin sur la Seine le 8 juin 1905
Le 1er vol en hydravion de Gabriel Voisin sur la Seine le 8 juin 1905

Bien que le premier brevet d’hydravion ait été déposé en 1876, c’est Gabriel Voisin qui effectue le premier vol expérimental sur la Seine en 1905. C’est alors une vedette rapide qui tire l’appareil. Il faut attendre cinq ans pour que le premier vol autonome d’un hydravion soit effectué – en 1910 – sur l’étang de Berre.

Peu après, vers la fin de la première guerre mondiale, de petits hydravions pour effectuer des reconnaissances équipent les navires. Le développement des radars et le développement des porte-avions les font délaisser dans les années 1950.


Howard Hughes (1925)
Howard Hughes (1938)

En fait, les hydravions connaissent un véritable âge d’or entre les deux guerres mondiales. Un projet de base voit le jour sur l’étang de Saint-Quentin en Yvelines. Cependant, la base de Biscarrosse s’avère plus pratique pour les liaisons transatlantiques.

La course commence.

On construit des hydravions toujours plus gros pour transporter toujours plus de passagers. Le milliardaire américain Howard Hughes (surtout connu pour sa production de films à Hollywood) construit le H-14 Hercules qui ne vole qu’une seule fois. Conçu sur une structure en bois et baptisé par les Américains, « The Spruce Goose » (l’oie en sapin), on le destine au transport de troupes. Il peut amener 750 hommes équipés à une distance de 4 800 km. Mais la guerre est finie et cet hydravion qui a couté 40 millions de dollars ne sert plus à rien.


Le H-4 Hercules; l'hydravion de H. Hughes
Le H-4 Hercules, l’hydravion de H. Hughes

Si les hydravions de gros tonnages ont disparu (la Chine construit cependant le Kunlung en 2017), ils sont toujours utilisés, notamment dans le combat contre les feux de forêts. Des résidences d’habitations sont même aménagées pour être accessibles en hydravion (Vendée-Air-Park qui accueille 52 résidents à Talmont-Saint-Hilaire en Vendée).

Le Musée historique de l’hydraviation

Le Musée est implanté sur le site de la base de Latécoère à Biscarrosse. Il perpétue l’épopée des hydravions transatlantiques et de la base de Biscarrosse. Des maquettes, des photos, des films et des documents d’époque retracent l’histoire de l’hydraviation. Un hall d’exposition présente quelques-uns des appareils les plus emblématiques.

Depuis 1991, un Rassemblement International d’Hydravions (RIHB) réunit des appareils de toutes les époques et de tous les pays pour des démonstrations en vol. Cette manifestation qui se tient tous les 2 ans, verra sa prochaine édition en 2022.

Heureusement, les passionnés peuvent pratiquer le vol en hydravion toute l’année. En effet, l’association « Le Vol des Aigles » propose des baptêmes de l’air et des stages de pilotage à Biscarrosse.


Le Musée historique de l’hydraviation de Biscarosse
Le Musée historique de l’hydraviation de Biscarrosse

Références

Musée de l’hydraviation
Histoire et traditions Biscarrosse




Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées)

Le château de Mauvezin est représentatif de l’histoire et de l’architecture des châteaux pyrénéens. Il est aussi le siège de l’Escòla Gaston Febus.

Un peu d’histoire

Les seigneurs du Château de Mauvezin
Les seigneurs du Château de Mauvezin

Mauvezin vient du latin malus vicinus qui peut se traduire par « mauvais voisin ». Ce toponyme est assez fréquent en Gascogne, puisqu’on compte une quinzaine de Mauvezin, dont la moitié au moins ont un rapport avec un château. Toutefois, le château de Mauvezin dont nous parlerons ici, se situe dans les Hautes-Pyrénées.

Mentionné pour la première fois le 12 mars 1083, il appartient au comte de Bigorre et une paix y est signée entre Sanche de Labarthe, Béatrice de Bigorre et son mari Centulle de Béarn. Il domine la région du sommet d’une motte castrale.

La Tour de Héchettes
La Tour de Héchettes

Au XIIe siècle, le donjon est en maçonnerie. Il a trois étages et son entrée se situe au 1er étage. La salle basse, à laquelle on accède par une trappe, est voutée. D’ailleurs, la voute romane a été reconstituée lors des récents travaux de restaurations. Par exemple, la tour de Héchettes donne une idée de ce qu’il pouvait être.

 

 

 

Le Château de Génos
Le Château de Génos

Plus tard, un mur en quadrilatère remplace les palissades de bois. Le château de Génos nous montre à quoi il devait ressembler.

Le château de Mauvezin est situé sur la route du piémont, à la frontière de la Bigorre, de l’Armagnac, de Labarthe et d’Aure. Evidemment, il fait l’objet de rivalités entre les seigneurs du voisinage.

Le siège de Mauvezin

Viguerie de Mauvezin d'après le censier de 1313
Viguerie de Mauvezin d’après le censier de 1313

Le traité de Brétigny de 1360 donne la Bigorre aux Anglais. Mais les seigneurs bigourdans se soulèvent en 1368 et la Bigorre redevient française, sauf les châteaux de Lourdes et de Mauvezin, toujours occupés par des routiers, dont le fameux Bascot de Mauléon.

Très vite, Charles V (1338-1380) envoie son frère, le duc d’Anjou, reprendre ces deux forteresses. Ainsi, il part de Castelnaudary et arrive devant Mauvezin le 20 juin 1373. Après quinze jours de siège, il négocie la reddition. Devant Lourdes, il essuie un échec et doit lever le siège.

Jean Froissart s’agenouille devant Febus, Wikipédia
Jean Froissart s’agenouille devant Febus, Wikipédia

Dans ses chroniques, Jean Froissart raconte le siège de Mauvezin. Alors qu’il se rend à Orthez pour rencontrer Gaston Febus, Espan du Lion, son compagnon de voyage, lui raconte les évènements passés 15 ans plus tôt. Le récit est adapté aux lecteurs, chevaliers amateurs de hauts faits d’armes : « Environ six semaines se tint le siège devant le château de Mauvoisin ; et presque tous les jours aux barrières y avoit faits d’armes et escarmouches de ceux de dedans à ceux de dehors. Et vous dis que ceux de mauvoisin se fussent  assez tenus, car le chastel n’est pas prenables, si ce n’est pas un long siège ; mais il leur advint que on leur tollit d’une part l’eau d’un puits qui siéd au dehors du chastel, et les citernes que ils avoient là dedans séchèrent ; car onques goutte d’eau du ciel durant six semaine n’y chéy, tant fit chaud et sec….. ».

Mauvezin passe à Gaston Febus

Le duc d’Anjou donne le château de Mauvezin à Jean II d’Armagnac, ennemi juré de Gaston Febus.

Le donjon du chateau construit à la demande Gaston Febus
Le donjon du chateau construit à la demande Gaston Febus

Le traité d’Orthez du 20 mars 1379 met fin à la guerre de succession du Comminges. Ainsi, Gaston Febus obtient le château de Mauvezin dont la viguerie est détachée de la Bigorre pour intégrer le Nebouzan jusqu’à la Révolution de 1789.

Febus fait rehausser les murs et construire le donjon. Il meurt 12 ans plus tard et Archambaut de Grailly devient comte de Foix, vicomte de Béarn et de Nebouzan en 1412. Il hérite donc de Mauvezin qu’il transforme en résidence comtale en ouvrant de larges fenêtres.

Alors, le château sert de prison. D’ailleurs, un texte raconte l’évasion de deux prisonniers enfermés dans la salle basse du premier donjon. Le 2 juin 1552, Guilhamet de Lectoure et Guilhem d’Abadie de Batsère tressent une corde de paille à laquelle ils attachent un bout de bois. Pendant que le garde est allé dans la maison du capitaine, les deux prisonniers s’évadent par la trappe du 1er étage, enfoncent la porte du donjon, traversent la cour, passent par les latrines et s’enfuient dans les bois proches.

Une pierre porte l’inscription : « Dieu seul sera adoré et l’antechrist de Rome sera abismé ». Nul doute que le prisonnier était protestant.

Le château est sauvé de la destruction

Le château de Mauvezin (gravure de 1704)
Le château de Mauvezin (gravure de 1704)

Le Nebouzan est réuni à la couronne de France en 1607. Le château n’a plus de fonction militaire et tombe dans l’oubli.

En 1715, Louis XIV veut agrandir son parc de Marly. Il échange une propriété avec Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin (1665-1736), qui reçoit Mauvezin et des seigneuries alentour. Criblé de dettes, son fils les revend en 1777 à Marc-Antoine de Lassus, juge de Rivière et Subdélégué à Montréjeau.

Après l’abolition des droits seigneuriaux en 1793, le château sert de carrière aux habitants de Mauvezin.

Avec la vogue du thermalisme et l’afflux de touristes (Capvern est proche), la municipalité de Mauvezin prend conscience de l’intérêt du château. Un arrêté municipal de 1860 ferme le château et interdit sa démolition.

Achille Jubinal
Achille Jubinal

Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées veut le prendre en ferme pour y établir un jardin, un musée archéologique et peut-être une résidence pour lui et sa famille. La commune tergiverse. Finalement, elle lui vend le château le 21 septembre 1864.

Achille Jubinal meurt l’année suivante. Sa fille vit à Paris et ne s’intéresse pas au château qui reste en l’état pendant 30 ans. En 1906, elle le vend à Alain Bibal, mécène et maire de Masseube dans le Gers.

L’Escòla Gaston Febus devient propriétaire du château

Albin Bibal
Albin Bibal

Albin Bibal réalise des travaux de sauvetage du château. En 1907, il le cède à l’Escòla Gaston Febus dont il est membre.

La remise officielle a lieu le 31 août 1907 au cours d’une Félibrée. « Mes chers collègues, ces vieux murs, cette devise intacte sont à vous pour toujours ». C’est en ces termes que Alain Bibal, vivement applaudi par une assemblée de Félibres, remet le château à l’Escòla Gaston Febus.

On y voit Adrien Planté, Capdau de l’Escòla, Simin Palay, Miquèu de Camelat, Charles du Pouey, le docteur Laccoarret, Bernard Sarrieu (fondateur de l’Escòla deras Pireneos), l’Arté deu Portau, André Baudorre, l’abbé Labaigt-Langlade

Lors d’un tournoi littéraire, on lit des textes et des poésies. Les chorales de Bordes, les Troubadours montagnards et l’Estudiantine tarbaise entonnent des chants. La Félibrée se termine par Aqueras mountines que l’on dit écrite par Gaston Febus.

Remise du Château de Mauvezin à l''Escòla Gaston Febus
Remise du Château de Mauvezin à l’Escòla Gaston Febus le 31 août 1907

En 2006, l’Escòla Gaston Febus lance une importante campagne de restauration du château de Mauvezin, dans laquelle elle investit 1,8 M€, financés en grande partie par les visiteurs.

Chateau de Mauvezin - la bibliothèque
Chateau de Mauvezin – la bibliothèque

Ainsi, le château de Mauvezin reste le siège de l’Escòla Gaston Febus. Le château abrite la bibliothèque de l’Escola, une des plus riches en occitan de Gascogne.

Depuis, l’Escòla Gaston Febus numérise les ouvrages pour en donner l’accès au plus grand nombre. Elle développe et anime des sites internet pour favoriser la connaissance de la langue et de la culture gasconnes :

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Spécial Château de Mauvezin et Escòla Gaston Febus
Gaston Febus construit le château de Mauvezin
Site du château