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Des hydravions à Biscarrosse

L’histoire des hydravions est liée à Pierre-Georges Latécoère et à Biscarrosse. Notamment à son étang qui permet le décollage de ces drôles d’engins.

Rappelons qui est Pierre Georges Latécoère


Pierre-Georges Latécoère (1925)
Pierre-Georges Latécoère (1925)

Pierre-Georges Latécoèrevoir article détaillé – nait en 1883 à Bagnères de Bigorre. C’est un chef d’entreprise, passionné d’aviation, qui investit dans deux usines à Toulouse, dont l’une fabrique des cellules d’avion. En 1918, il livre près de 800 avions à l’armée française, soit une cadence de 6 appareils par jour.

Passionné d’aviation, Pierre-Georges Latécoère contribue à la naissance de l’Aéropostale sur le site de Toulouse-Montaudran. Ainsi, il crée les liaisons Toulouse-Barcelone, Toulouse-Casablanca-Dakar, ainsi que les premières liaisons postales transatlantiques vers le Brésil, l’Argentine et le Chili. Les célèbres Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry et Henri Guillaumet volent sur les lignes de Latécoère.

Toujours pour l’aéropostale, Pierre-Georges Latécoère s’intéresse aux hydravions. Et en 1930, il choisit Biscarosse pour sa proximité avec ses usines de Toulouse et son plan d’eau abrité, proche de l’Atlantique, propice aux amerrissages. Dès lors, l’étang de Biscarosse est surnommé le « lac Latécoère ».

Le lac de Biscarrosse


Les usines Latécoēre de fabrication d'hydravions de Biscarosse
Les usines Latécoēre de Biscarosse

Le 28 juillet 1930, Latécoère signe l’acte d’achat du  lieudit les Hourtiquets, qui lui permet d’installer ses ateliers de montage et de réaliser ses essais de vol sur le lac. C’est un très grand lac d’eau douce de 3 540 ha. Le premier vol aura lieu la même année, le 24 aout.

Ainsi, Biscarrosse devient la base d’assemblage et d’essais en vol des hydravions Latécoère. En suivant, la Compagnie Générale Aéropostale s’installe à Biscarrosse et Air-France crée des lignes de passagers pour l’Amérique, les Antilles, le Brésil, l’Afrique du Sud… De même, les compagnies américaines, anglaises et allemandes y font escale.

La base de Biscarrosse : fabrication des hydravions et aéroport


Les Latécoère 631,  des hydravions conçu à Biscarrosse
Le Latécoère 631, un hydravion conçu à Biscarrosse

La base de Biscarrosse devient le point de départ des lignes de transport de passagers. En particulier, le Latécoère 631 fait la ligne Biscarrosse-Fort-de-France en 32 heures et transporte, de juillet 1947 à aout 1948, 2 000 passagers avec deux rotations par mois.

Jules Moch (1893-1985), ministre des transports et des travaux publics, inaugure la ligne. C’est un événement. Le Magazine d’Air-France, Les Echos de l’Air, de septembre 1947, nous dit : « lors de son premier vol, il réussit à couvrir en 30 heures 48 les 8 090 kilomètres qui séparent la France de Antilles. Parti en effet le 22 août, à 3h 10 G.M.T. de Biscarrosse, l’appareil se posa devant Port-Etienne à 15h 27 G.M.T. d’où 3h 43 plus tard, il s’élança par-dessus l’Atlantique central, dont il franchit sans escale les 4 760 kilomètres avant d’amerrir sur la rade de Fort-de-France le 23 août, à 95 58, réalisant ainsi la plus longue étape commerciale du monde ».

Malheureusement deux accidents en mer sonnent le glas de ces grands paquebots aériens, au profit d’avions quadrimoteurs.


Le Laté 631 (1948)
Le Latécoēre 631 (1948)

D’ailleurs, Terre et Ciel, magazine du personnel d’Air-France relate, dans son numéro de juillet 1948 : « Le 1er août 1948, l’hydravion Laté 631, F-BDRC, disparaissait en plein Atlantique. L’appareil parti la veille de Fort-de-France pour Port-Etienne et Biscarrosse avec 40 passagers et 12 hommes d’équipage, avait, jusqu’à 0h 15, heure de son dernier message, effectué la moitié de son étape transocéanique suivant l’horaire normal. Puis ce fut le silence absolu ».

Le 20 aout, le ministre des transports et le patron d’Air-France rendent un hommage aux disparus sur la base de Biscarrosse. La population de Biscarrosse s’associe en foule aux cérémonies.

Puis, après 18 ans de fonctionnement, la base de Biscarrosse ferme en 1948.

Les hydravions

Un hydravion est un avion, à coque ou à flotteurs, capable de décoller et de se poser sur l’eau.


Le 1er vol en hydravion de Gabriel Voisin sur la Seine le 8 juin 1905
Le 1er vol en hydravion de Gabriel Voisin sur la Seine le 8 juin 1905

Bien que le premier brevet d’hydravion ait été déposé en 1876, c’est Gabriel Voisin qui effectue le premier vol expérimental sur la Seine en 1905. C’est alors une vedette rapide qui tire l’appareil. Il faut attendre cinq ans pour que le premier vol autonome d’un hydravion soit effectué – en 1910 – sur l’étang de Berre.

Peu après, vers la fin de la première guerre mondiale, de petits hydravions pour effectuer des reconnaissances équipent les navires. Le développement des radars et le développement des porte-avions les font délaisser dans les années 1950.


Howard Hughes (1925)
Howard Hughes (1938)

En fait, les hydravions connaissent un véritable âge d’or entre les deux guerres mondiales. Un projet de base voit le jour sur l’étang de Saint-Quentin en Yvelines. Cependant, la base de Biscarrosse s’avère plus pratique pour les liaisons transatlantiques.

La course commence.

On construit des hydravions toujours plus gros pour transporter toujours plus de passagers. Le milliardaire américain Howard Hughes (surtout connu pour sa production de films à Hollywood) construit le H-14 Hercules qui ne vole qu’une seule fois. Conçu sur une structure en bois et baptisé par les Américains, « The Spruce Goose » (l’oie en sapin), on le destine au transport de troupes. Il peut amener 750 hommes équipés à une distance de 4 800 km. Mais la guerre est finie et cet hydravion qui a couté 40 millions de dollars ne sert plus à rien.


Le H-4 Hercules; l'hydravion de H. Hughes
Le H-4 Hercules, l’hydravion de H. Hughes

Si les hydravions de gros tonnages ont disparu (la Chine construit cependant le Kunlung en 2017), ils sont toujours utilisés, notamment dans le combat contre les feux de forêts. Des résidences d’habitations sont même aménagées pour être accessibles en hydravion (Vendée-Air-Park qui accueille 52 résidents à Talmont-Saint-Hilaire en Vendée).

Le Musée historique de l’hydraviation

Le Musée est implanté sur le site de la base de Latécoère à Biscarrosse. Il perpétue l’épopée des hydravions transatlantiques et de la base de Biscarrosse. Des maquettes, des photos, des films et des documents d’époque retracent l’histoire de l’hydraviation. Un hall d’exposition présente quelques-uns des appareils les plus emblématiques.

Depuis 1991, un Rassemblement International d’Hydravions (RIHB) réunit des appareils de toutes les époques et de tous les pays pour des démonstrations en vol. Cette manifestation qui se tient tous les 2 ans, verra sa prochaine édition en 2022.

Heureusement, les passionnés peuvent pratiquer le vol en hydravion toute l’année. En effet, l’association « Le Vol des Aigles » propose des baptêmes de l’air et des stages de pilotage à Biscarrosse.


Le Musée historique de l’hydraviation de Biscarosse
Le Musée historique de l’hydraviation de Biscarrosse

Références

Musée de l’hydraviation
Histoire et traditions Biscarrosse




Le château de Mauvezin (Hautes-Pyrénées)

Le château de Mauvezin est représentatif de l’histoire et de l’architecture des châteaux pyrénéens. Il est aussi le siège de l’Escòla Gaston Febus.

Un peu d’histoire

Les seigneurs du Château de Mauvezin
Les seigneurs du Château de Mauvezin

Mauvezin vient du latin malus vicinus qui peut se traduire par « mauvais voisin ». Ce toponyme est assez fréquent en Gascogne, puisqu’on compte une quinzaine de Mauvezin, dont la moitié au moins ont un rapport avec un château. Toutefois, le château de Mauvezin dont nous parlerons ici, se situe dans les Hautes-Pyrénées.

Mentionné pour la première fois le 12 mars 1083, il appartient au comte de Bigorre et une paix y est signée entre Sanche de Labarthe, Béatrice de Bigorre et son mari Centulle de Béarn. Il domine la région du sommet d’une motte castrale.

La Tour de Héchettes
La Tour de Héchettes

Au XIIe siècle, le donjon est en maçonnerie. Il a trois étages et son entrée se situe au 1er étage. La salle basse, à laquelle on accède par une trappe, est voutée. D’ailleurs, la voute romane a été reconstituée lors des récents travaux de restaurations. Par exemple, la tour de Héchettes donne une idée de ce qu’il pouvait être.

 

 

 

Le Château de Génos
Le Château de Génos

Plus tard, un mur en quadrilatère remplace les palissades de bois. Le château de Génos nous montre à quoi il devait ressembler.

Le château de Mauvezin est situé sur la route du piémont, à la frontière de la Bigorre, de l’Armagnac, de Labarthe et d’Aure. Evidemment, il fait l’objet de rivalités entre les seigneurs du voisinage.

Le siège de Mauvezin

Viguerie de Mauvezin d'après le censier de 1313
Viguerie de Mauvezin d’après le censier de 1313

Le traité de Brétigny de 1360 donne la Bigorre aux Anglais. Mais les seigneurs bigourdans se soulèvent en 1368 et la Bigorre redevient française, sauf les châteaux de Lourdes et de Mauvezin, toujours occupés par des routiers, dont le fameux Bascot de Mauléon.

Très vite, Charles V (1338-1380) envoie son frère, le duc d’Anjou, reprendre ces deux forteresses. Ainsi, il part de Castelnaudary et arrive devant Mauvezin le 20 juin 1373. Après quinze jours de siège, il négocie la reddition. Devant Lourdes, il essuie un échec et doit lever le siège.

Jean Froissart s’agenouille devant Febus, Wikipédia
Jean Froissart s’agenouille devant Febus, Wikipédia

Dans ses chroniques, Jean Froissart raconte le siège de Mauvezin. Alors qu’il se rend à Orthez pour rencontrer Gaston Febus, Espan du Lion, son compagnon de voyage, lui raconte les évènements passés 15 ans plus tôt. Le récit est adapté aux lecteurs, chevaliers amateurs de hauts faits d’armes : « Environ six semaines se tint le siège devant le château de Mauvoisin ; et presque tous les jours aux barrières y avoit faits d’armes et escarmouches de ceux de dedans à ceux de dehors. Et vous dis que ceux de mauvoisin se fussent  assez tenus, car le chastel n’est pas prenables, si ce n’est pas un long siège ; mais il leur advint que on leur tollit d’une part l’eau d’un puits qui siéd au dehors du chastel, et les citernes que ils avoient là dedans séchèrent ; car onques goutte d’eau du ciel durant six semaine n’y chéy, tant fit chaud et sec….. ».

Mauvezin passe à Gaston Febus

Le duc d’Anjou donne le château de Mauvezin à Jean II d’Armagnac, ennemi juré de Gaston Febus.

Le donjon du chateau construit à la demande Gaston Febus
Le donjon du chateau construit à la demande Gaston Febus

Le traité d’Orthez du 20 mars 1379 met fin à la guerre de succession du Comminges. Ainsi, Gaston Febus obtient le château de Mauvezin dont la viguerie est détachée de la Bigorre pour intégrer le Nebouzan jusqu’à la Révolution de 1789.

Febus fait rehausser les murs et construire le donjon. Il meurt 12 ans plus tard et Archambaut de Grailly devient comte de Foix, vicomte de Béarn et de Nebouzan en 1412. Il hérite donc de Mauvezin qu’il transforme en résidence comtale en ouvrant de larges fenêtres.

Alors, le château sert de prison. D’ailleurs, un texte raconte l’évasion de deux prisonniers enfermés dans la salle basse du premier donjon. Le 2 juin 1552, Guilhamet de Lectoure et Guilhem d’Abadie de Batsère tressent une corde de paille à laquelle ils attachent un bout de bois. Pendant que le garde est allé dans la maison du capitaine, les deux prisonniers s’évadent par la trappe du 1er étage, enfoncent la porte du donjon, traversent la cour, passent par les latrines et s’enfuient dans les bois proches.

Une pierre porte l’inscription : « Dieu seul sera adoré et l’antechrist de Rome sera abismé ». Nul doute que le prisonnier était protestant.

Le château est sauvé de la destruction

Le château de Mauvezin (gravure de 1704)
Le château de Mauvezin (gravure de 1704)

Le Nebouzan est réuni à la couronne de France en 1607. Le château n’a plus de fonction militaire et tombe dans l’oubli.

En 1715, Louis XIV veut agrandir son parc de Marly. Il échange une propriété avec Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin (1665-1736), qui reçoit Mauvezin et des seigneuries alentour. Criblé de dettes, son fils les revend en 1777 à Marc-Antoine de Lassus, juge de Rivière et Subdélégué à Montréjeau.

Après l’abolition des droits seigneuriaux en 1793, le château sert de carrière aux habitants de Mauvezin.

Avec la vogue du thermalisme et l’afflux de touristes (Capvern est proche), la municipalité de Mauvezin prend conscience de l’intérêt du château. Un arrêté municipal de 1860 ferme le château et interdit sa démolition.

Achille Jubinal
Achille Jubinal

Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées veut le prendre en ferme pour y établir un jardin, un musée archéologique et peut-être une résidence pour lui et sa famille. La commune tergiverse. Finalement, elle lui vend le château le 21 septembre 1864.

Achille Jubinal meurt l’année suivante. Sa fille vit à Paris et ne s’intéresse pas au château qui reste en l’état pendant 30 ans. En 1906, elle le vend à Alain Bibal, mécène et maire de Masseube dans le Gers.

L’Escòla Gaston Febus devient propriétaire du château

Albin Bibal
Albin Bibal

Albin Bibal réalise des travaux de sauvetage du château. En 1907, il le cède à l’Escòla Gaston Febus dont il est membre.

La remise officielle a lieu le 31 août 1907 au cours d’une Félibrée. « Mes chers collègues, ces vieux murs, cette devise intacte sont à vous pour toujours ». C’est en ces termes que Alain Bibal, vivement applaudi par une assemblée de Félibres, remet le château à l’Escòla Gaston Febus.

On y voit Adrien Planté, Capdau de l’Escòla, Simin Palay, Miquèu de Camelat, Charles du Pouey, le docteur Laccoarret, Bernard Sarrieu (fondateur de l’Escòla deras Pireneos), l’Arté deu Portau, André Baudorre, l’abbé Labaigt-Langlade

Lors d’un tournoi littéraire, on lit des textes et des poésies. Les chorales de Bordes, les Troubadours montagnards et l’Estudiantine tarbaise entonnent des chants. La Félibrée se termine par Aqueras mountines que l’on dit écrite par Gaston Febus.

Remise du Château de Mauvezin à l''Escòla Gaston Febus
Remise du Château de Mauvezin à l’Escòla Gaston Febus le 31 août 1907

En 2006, l’Escòla Gaston Febus lance une importante campagne de restauration du château de Mauvezin, dans laquelle elle investit 1,8 M€, financés en grande partie par les visiteurs.

Chateau de Mauvezin - la bibliothèque
Chateau de Mauvezin – la bibliothèque

Ainsi, le château de Mauvezin reste le siège de l’Escòla Gaston Febus. Le château abrite la bibliothèque de l’Escola, une des plus riches en occitan de Gascogne.

Depuis, l’Escòla Gaston Febus numérise les ouvrages pour en donner l’accès au plus grand nombre. Elle développe et anime des sites internet pour favoriser la connaissance de la langue et de la culture gasconnes :

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Spécial Château de Mauvezin et Escòla Gaston Febus
Gaston Febus construit le château de Mauvezin
Site du château




Les livres pour noël

Peut-être Noël est-il aussi un moment pour transmettre une part de notre culture locale ? Une culture qui se construit tous les jours en se basant sur ce que nous ont transmis nos prédécesseurs.

Un livre, un noël

Les Islandais n’imagine pas Noël sans offrir des livres. Leur fameux déluge de livres (voir article précédent), le Jólabókaflóð. Et, finalement, une enquête en France en 2020, montre que nous nous offrons surtout des chocolats et… des livres.

Alors, pourquoi ne pas s’intéresser à des livres de chez nous ? Jean Nadau nous le répète dans sa chanson, Un coin de rue, un chemin de terre Qu’èm d’aqueth pais deus qui nos an aimat [Nous sommes du pays de ceux qui nous ont aimés].  Il s’agit bien d’Aqueth paradis perdut au hons de noste cap [de ce pays perdu au fond de nos têtes].

Y a-t-il une littérature de Noël ?

 Livres de Noël - Charles Dickens - A Christmas Carol Oui et non. Noël peut inspirer des histoires, en particulier sur des scènes de Noël comme le très célèbre A Christmas Carol du Britannique Charles Dickens (1812-1870) dont voici le début.

Marley was dead: to begin with. There is no doubt whatever, about that. The register of his burial was signed by the clergyman, the clerk, the undertaker, and the chief mourner. Scrooge signed it; and Scrooge’s name was good upon ‘change, for anything he chose to put his hand to. Old Marley was as dead as a door-nail.

[Marley était mort, pour commencer. Là-dessus, pas l’ombre d’un doute. Le registre mortuaire était signé par le ministre, le clerc, l’entrepreneur des pompes funèbres et celui qui avait mené le deuil. Scrooge l’avait signé, et le nom de Scrooge était bon à la bourse, quel que fût le papier sur lequel il lui plût d’apposer sa signature. Le vieux Marley était aussi mort qu’un clou de porte.]

 Livres de Noël - Vasconcelos - Meu Pé de Laranja LimaPlus récemment, Meu Pé de Laranja Lima du Brésilien José Mauro de Vasconcelos (1920-1984) raconte un noël poignant. L’enfant se précipite le matin de noël pour voir ce qu’il y a dans ses tennis. Rien ! Son père est trop pauvre pour offrir des cadeaux à ses enfants.

Desviei meus olhos do tênis para uns tamancos que estavam parados à minha
frente. Papai estava em pé nos olhando. Seus olhos estavam enormes de tristeza.
Parecia que seus olhos tinham crescido tanto, mas crescido tanto que tomavam toda
a tela do cinema Bangu. Havia uma mágoa dolorida tão forte nos seus olhos que se
ele quisesse chorar não ia poder. Ficou um minuto que não acabava mais nos
fitando, depois em silêncio, passou por nós. Estávamos estatelados sem poder dizer
nada. Ele apanhou o chapéu sobre a cômoda e foi de novo para rua.

[Je détournai les yeux de mes sandales de tennis et je vis des galoches arrêtées devant moi. Papa était debout et nous regardait. Ses yeux étaient immenses de tristesse. On aurait dit que ses yeux étaient devenus si grands qu’ils auraient pu remplir tout l’écran du cinéma Bangu. Il y avait une douleur si terrible dans ses yeux que s’il avait voulu pleurer il n’aurait pas pu. Il resta une minute qui n’en finissait plus à nous regarder puis sans rien dire il passa devant nous. Nous étions anéantis, incapables de rien dire. Il prit son chapeau sur la commode et repartit dans la rue.]

Quelques recommandations de chez nous

Toutefois, les livres de Noël les plus fréquents ou les plus traditionnels restent probablement les chants et les contes.  Si les Edicions Reclams n’ont pas publié de livre ayant pour thème noël, ils ont mis l’accent cette année sur des récits qui nous appellent à une évasion, qui sont ou font appel à des légendes.

Jamei aiga non cor capsús

Jamei aiga non cors capsùsCe livre de Benoit Larradet a un succès bien mérité. Il raconte trois destins. Celui d’un tronc d’arbre, coupé dans les Pyrénées, transformé en mat de navire négrier, qui s’échoue sur les bords de la rive du Rio de la Plata. Celui de l’indien Talcaolpen, dernier de sa tribu et qui sait parler aux arbres. Enfin celui de José Lostalet, ce Béarnais émigré en Argentine et devenu gaucho. Trois protagonistes qui se souviennent et qui sont oubliés.

Le ton n’est ni plaintif, ni nostalgique. C’est plutôt celui d’un conte.

Argüeita, Talcaolpen, argüeita quin cambian las gèrbas d’un endret a l’aute. Argüeita la prestida discreta d’un passatge qui miava lo ton pair, enqüèra mainatge, dinc au jaç d’un nandó on panava los ueus. – Argüeita las arraditz e las granas de qui las hemnas sabèvan har un disnar o ua bevuda de hèsta.”

[Regarde, Talcaolpen, regarde comment les herbes changent d’un endroit à l’autre. Regarde l’empreinte discrète d’un passage où te menait ton père, encore enfant, jusqu’au nid d’un nandou où il volait ses œufs. Regarde les racines et les graines dont les femmes savaient faire un diner ou une boisson de fête.]

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Ercules l’inicat, Hercule l’initié

Ercules l'iniciat
Ercules l’iniciat

Quel rapport, me direz-vous, entre le héros grec Hercule et la Gascogne ? De façon étonnante, alors que les Grecs ne seraient jamais venus en Gascogne,  nous avons gardé plusieurs de leurs légendes !

Le jeune homme et la grand’bête à tête d’homme rapporté par Jean-François Bladé (1827-1900) parle de la sphinge grecque. Lo becut ressemble étrangement au cyclope Polyphème. Et Hercule, en revenant de son dixième travail, rencontre la princesse Pyrène qui donnera naissance à nos montagnes Pyrénées.

Ce livre, bilingue, nous propose d’aller au-delà de l’image d’un demi-dieu invincible. En effet, pourquoi ces douze travaux et pourquoi dans cet ordre ? En remontant aux sources les plus lointaines dont nous avons trace, l’autrice, Anne-Pierre Darrées, remet en lumière le chemin initiatique que représente ces travaux. Un chemin pour apprendre à corriger ses erreurs, à élargir sa conscience, bref un chemin pour devenir un homme. Et un livre pour revisiter les aventures du héros avec humanité.

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Le dictionnaire de Palay

Classique, indispensable, la version sous coffret de ce dictionnaire est un magnifique cadeau de Noël. Voir article précédent. Il accompagne tout Gascon et toute Gasconne qui s’intéresse à son pays. On y trouve la signification de mots bien sûr et aussi ces expressions qui font la saveur de l’expression d’un peuple.

Par exemple à Nadàu [Nadau; Noël] on peut lire :
Nadàu au sou, Pasques au couduroû [Nadau au só, Pascas au cauduron; Noël au soleil, Pâques au coin du feu]
Nadàu e Sen-Joan que coupen l’an [Nadau e Sent Joan que copan l’an; Noël et Saint-Jean partagent l’année]
Las iroles a Nadau, minja que las cau [Las iròlas a Nadau, minjar que las cau; à la Noël il faut manger les chataignes rôties]

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Bonne préparation de noël !




Francis Jammes, poète gascon

Malgré un nom qui fleure bon l’Angleterre, Francis Jammes est un poète gascon né à Tornai / Tournay (Hautes-Pyrénées), le 2 décembre 1868. Il puise son inspiration en Bigorre, en Béarn et au Pays Basque.

Les débuts de poète de Francis Jammes

Maison natale de Francis Jammes à Tournay
Maison natale de Francis Jammes à Tournay

Francis Jammes (prononcer [ʒam] et non [dʒɛms]) fait de médiocres études à Pau et à Bordeaux. Il rate son baccalauréat avec un zéro en Français ! Qui aurait dit que l’un de ses poèmes, L’âne, serait appris par tous les écoliers ?

J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
il bouge ses oreilles ;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.
Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.
Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète. [….].

Tout d’abord, Francis Jammes écrit des poèmes que sa mère publie à compte d’auteur à Orthez où elle s’est installée après la mort de son mari. André Gide et Stéphane Mallarmé remarquent sa poésie.

Son premier recueil De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir parait en 1898, suivi de Le deuil des primevères. Son style plait. André Beaunier dit de lui : « Très loin de Paris, dans une petite ville pyrénéenne, un poète se cache dont l’œuvre est la plus sincère, la plus touchante, et la plus singulière peut-être de ce temps. Il a son esthétique à lui. La voici : faire simple, absolument simple ; – c’est tout. » (La poésie nouvelle, Société du Mercure de France-1902).

Francis Jammes fonde le « Jammisme »

Alors que foisonnent les écoles poétiques (le romantisme, le symbolisme, le naturalisme, ….), Francis Jammes compose son « Manifeste Jammiste » à Orthez en 1897. Il prône le retour aux valeurs simples et défend l’idée que « la vérité est la louange de Dieu » et que « toutes choses sont bonnes à décrire lorsqu’elles sont naturelles ».

Le Manifeste Jammiste (1897)
Le Manifeste Jammiste (1897)

Il termine sa profession de foi par cette invitation : « Et comme tout est vanité et que cette parole est encore vanité, mais qu’il est opportun, en ce siècle, que chaque individu fonde une école littéraire, je demande à ceux qui voudraient se joindre à moi pour n’en point former, d’envoyer leur adhésion à Orthez, Basses-Pyrénées, rue Saint-Pierre ».

Contre toute attente, le manifeste de Francis Jammes est un triomphe. Il lui attire la sympathie du public et favorise le succès de ses œuvres.

Dans Grotesques de 1925, il décrit ainsi la foule de snobs sur la plage de Biarritz :

Par tout cet océan qui n’a pour Néréïdes
qu’un grouillement de chair vautrée au sable humide,
Et dont les demi-dieux, aux caleçons rayés,
Sont des zèbres humains dont les poils sont noyés [….]

La grande plage de Biarritz (1923) par Jacqueline MARVAL
La grande plage de Biarritz (1923) par Jacqueline MARVAL

Francis Jammes redécouvre sa foi

Anna de Noailles
Anna de Noailles : « La rosée de Francis Jammes est mon eau bénite ».

Vers 1905, Francis Jammes redécouvre la foi et écrit une poésie plus religieuse. Déjà, dans son recueil De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir, il écrit : « Mon Dieu, vous m’avez appelé parmi les hommes. Me voici. Je souffre et j’aime. J’ai parlé avec la voix que vous m’avez donnée. J’ai écrit avec les mots que vous avez enseignés à ma mère et à mon père qui me les ont transmis. Je passe sur la route comme un âne chargé dont rient les enfants et qui baisse la tête. Je m’en irai où vous voudrez, quand vous voudrez ».

Anna de Noailles dira que la rosée de Francis Jammes est (son) eau bénite.

Francis Jammes publie Tristesses en 1905, Pensées des jardins, L’Eglise habillée de feuilles et Clairières dans le Ciel en 1906.

Il écrit des prières dont Je Vous salue Marie : « Par le petit garçon qui meurt près de sa mère tandis que des enfants s’amusent au parterre et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment son aile tout à coup s’ensanglante et descend, par la soif et la faim et le délire ardent, je Vous salue, Marie [……] ».

Georges Brassens mettra ce texte en chanson et aura un grand succès : La prière.

Un poète qui rayonne à l’international

Les premières traductions s’éditent en Tchéquie en 1906, en Angleterre en 1912, en Allemagne en 1919…  l’Anversois Jan van Nijlen lui consacre une monographie en 1912. Et Alfred Schilla réalise la première analyse universitaire sur son œuvre : Francis Jammes unter besonderer Berücksichtigung seiner Naturdichtung (1929).

Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke

Le grand poète Rainer Maria Rilke lui écrit le 11 aout 1904 une lettre qui commence ainsi :
« Monsieur,
Un homme qui tous les matins lit dans vos livres sent le besoin de vous remercier. (…) »

C’est dans 25 langues différentes que l’on peut lire du Francis Jammes ! Cependant, il n’a pas écrit en langue régionale. Un de ses livres, magnifique, Le roman du lièvre, déjà traduit en allemand sous le titre Der Hasenroman, est maintenant traduit en occitan : Lo roman de lebraud. Il débute ainsi :

Demest la frigola e l’aigatge de Joan de la Font, Lebraud escotèt la caça (…)
Parmi le thym et la rosée de Jean de la Fontaine, Lièvre écouta la chasse (…)

Et cela nous rappelle une phrase de sa correspondance : Il y a dans le regard des bêtes, une lumière profonde et doucement triste qui m’inspire une telle sympathie que mon âme s’ouvre comme un hospice à toutes les douleurs animales. 

Francis Jammes reste fidèle à la Gascogne

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Il reste un provincial malgré de fréquents séjours à Paris et une intense correspondance avec Arthur Fontaine et André Gide.

De Tournay à Pau, à Saint-Palais et à Bordeaux, le jeune Francis Jammes suit son père employé aux contributions indirectes. À la mort de ce dernier en 1888, il part chez une tante à Orthez. Il reste 33 ans dans cette ville.

Geneviève (dite Ginette) GOEDORP (1882-1963)
Geneviève GOEDORP (1882-1963)

En 1907, il se fiance à Lourdes avec Geneviève Goedorp, une admiratrice avec qui il correspond. Il l’épouse à Bucy-le-long, près de Soissons, et ils auront sept enfants. Ils louent une maison à Orthez que son propriétaire décide de vendre en 1919. Finalement, il hérite d’une maison à Hasparren où il meurt le 1er novembre 1938.

La place de Hasparren

Les deux frontons se font face dans la chaleur.
Les gradins sont remplis par trois mille amateurs.
Il semble que, béant et bleu, le ciel respire
Comme une mer où nul nuage ne se mire.
La palpitation de quelques éventails
Au parfum d’origan mêle celui de l’ail.
La place nette est un rectangle de lumière
Que l’ombre ronge un peu sur les bancs des premières.
Les joueurs sont en blanc, vêtus comme les murs
Qu’on croit voir se gonfler par moments dans l’azur.
Indifférent et sûr de lui, la taille haute,
Attirant, repoussant chacune des pelotes,
Mondragonès bientôt n’est plus qu’un balancier
Qui trace un quart de cercle autour d’un pied d’acier.

Francis Jammes ne sera jamais élu à l’Académie française. Toutefois, il obtient le Grand prix de littérature de l’Académie en 1912.

Les artistes reprennent les textes de Francis Jammes

La maison Chrestia à Orthez
La maison Chrestia à Orthez

Les textes de Francis Jammes sont repris par des artistes.

Ainsi, Lili Boulanger (1893-1918) compose Clairières dans le ciel, une série de treize mélodies dédiées à Gabriel Fauré, sur des poèmes de Francis Jammes tirés du recueil Tristesses de 1905.

En 1953, Georges Brassens met en musique le poème Rosaire de Francis Jammes. Dans son album Les sabots d’Hélène, il chante La Prière. Elle sera enregistrée par les Compagnons de la chanson, par Frida Boccara et par Hugues Aufray.

En 1982, l’association Francis Jammes perpétue son souvenir dans la Maison Chrestia à Orthez.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

 Références

Francis Jammes poète (1868-1938) – Jacques Le Gall
Maison d’écrivains, maison Chrestia à Orthez et maison Eyhartzea à Hasparren
Wikipoèmes de Francis Jammes
Wikisource de Francis Jammes




Les Béarnais en Argentine

Des Béarnais, plus de 120 000, ont émigré en Argentine. Se souviennent-ils du pays ? En ont-ils envie ? Benoit Larradet ravive notre mémoire dans son livre Jamei aiga non cor capsús.

Des Béarnais vont en Argentine

Les Béarnais en Argentine - Alexis Peyret
Alexis Peyret (1826-1902)

 

C’est surtout dans la deuxième moitié du XIXe siècle que des Béarnais vont partir en Uruguay puis en Argentine. Ils partent pour fuir la pauvreté, parce qu’ils refusent le service militaire, parce qu’ils sont cadets… ou, parfois, pour faire fortune.

Nous avons déjà évoqué le destin extraordinaire d’Alexis Peyret, un des bâtisseurs du Nouveau Monde. En fait, ils sont des milliers et des milliers. Ils viennent d’Auloron (Oloron), de Navarrencs (Navarrenx), de Sauvatèrra (Sauveterre), dera vath d’Aspa (de la vallée d’Aspe).

Un Béarnais en Argentine , Pierre Castagné
Pierre Castagné (1867-1928)

Leur intégration est facilitée par la langue régionale, proche de l’espagnol. La promotion peut être rapide, comme celle des trois frères Lavignolle, arrivés peones et achetant bientôt chacun une ferme de 500 ha.

De même, Pierre Castagné commence à travailler dans les chantiers navals de Pedro Luro à Dársena Norte (Buenos Aires), puis achète de terres et développe le coton, ce qui garantira son renom au niveau international.

Et tant d’autres.

L’émigré est-il béarnais en Argentine ?

Se souvient-il de ses origines ? A-t-il envie de garder contact ? En tous cas, la plupart des familles s’échangent des lettres. Ce qui a permis à des ethnologues comme Ariane Bruneton d’étudier leur intégration ou leur résistance.

Ainsi, il semblerait qu’entre eux ou dans le cercle familial, les Béarnais conservent la culture du pays. Par exemple, la culture alimentaire est plutôt entretenue. On mange du  fromage et du miel qu’on fait venir du pays. On perpétue les habitudes culinaires. On lit dans une lettre : « Il n’y a pas longtemps que nous avons achevé de tuer les cochons qui ont été cuisinés par une béarnaise » (J.B., Argentine, 1889)

En revanche, les Béarnais ne montrent pas leurs origines à l’extérieur. Ils ne se différencient pas. Apparemment ils s’intègrent. Par exemple, on laisse le berret au pays ou dans l’armoire car on s’habille selon la mode du pays d’arrivée. On ne fait pas les fêtes traditionnelles, comme le précise cette lettre.  « La  semaine Sainte vient de passer ; aujourd’hui Pâques. Combien d’omelettes aurez vous fait chere mere? je me souviens encore des coutumes de ce pays là. Ici [Argentine] c’est tout different, on ne fait rien de remarquable. » (J. M., 1898).

Les Béarnais en Argentine - La famille Abadie
La famille Abadie

Lo que me contó abuelito

Agnès Lanusse, descendante de Béarnais et le cinéaste Dominique Gautier ont produit un magnifique documentaire en 2010. Les émigrées et les émigrés témoignent, nous confrontant à leur réalité, au-delà des aventures imaginées souvent à leur sujet. L’extrait qui suit est poignant. Bulletin de commande du film ici.

Jamei aiga non cor capsús

Benoît Larradet
Benoit Larradet

 

Benoit Larradet appartient à une de ces familles qui enjambent l’océan, une de ces familles qui n’oublient pas leurs origines. Lui pourtant nait à Friburg en Allemagne mais il reviendra s’installer sur les terres de ses ancêtres béarnais.

Il est secrétaire de l’association Béarn-Argentina. Accordéoniste de talent, c’est d’ailleurs lui qui s’est occupé de la musique et de la traduction (béarnais vers français) du film Lo que me contó abuelito.

Logo Béarn - Argentina

 

Pour la rentrée littéraire, Benoit Larradet nous propose, aux Edicions Reclams, un roman, un conte, quasiment une histoire magique qui lie ces deux pays : Jamei aiga non cor capús (Jamais l’eau ne remonte vers l’amont). Sa connaissance précise de l’Argentine nous transporte dans ce pays.

Le sujet du livre

Ce livre raconte, avec profondeur et sensibilité, trois destinées. Et il nous fait entrer dans les pensées intimes de chaque personnage.

Larradet - Jamei Aiga non cor Capsús
Benoît Larradet – Jamei Aiga non cor Capsús (Edicions Reclams)

La première c’est l’histoire d’un sapin des montagnes béarnaises qui est abattu pour faire un mat de bateau. Pas n’importe quel bateau, un négrier qui transporte des esclaves. Ce tronc d’arbre va se couper à l’entrée dans le Río de la Plata, flotter, dériver, s’échouer sur une rive. Là, il va échanger ses souvenirs avec un Indien, Talcaolpen, mémoire d’une Argentine qui n’est plus. Le livre débute par la rencontre entre les deux protagonistes.

« Mes qui ètz, vos qui parlatz atau dab aquera votz qui n’ei pas d’ací? »
« Qu’entenes la lenga mea, òmi roi!
– De qui ei la votz qui’m parla? E seré la mea pròpia? Ei la d
un mort o la dun viu? Nei pas aisit de har la part de l’un o de l’aute per aquera escurida. »

« Mais qui êtes-vous, vous qui parlez ainsi avec cette voix qui n’est pas d’ici ? »
« Tu comprends ma langue, homme rouge !
– De qui vient la voix qui me parle ? Serait-ce la mienne ? Est-elle celle d’un mort ou celle d’un vivant ? Ce n’est pas facile de faire la part des choses dans cette obscurité. »

L’arrivée du Béarnais

El Hotel de inmigrantes (ca. 1850) à Buenos Aires - Construit sur le bord du Rio de la Plata - Des carrioles assuraient le transfert des personnes et des marchandises entre les bateaux ancrés dans le Rio et le quai.
El Hotel de inmigrantes (ca. 1850) à Buenos Aires – Construit sur le bord du Río de la Plata – Des carrioles assuraient le transfert des personnes et des marchandises entre les bateaux ancrés dans le Río et le quai.

Dans la dernière partie du livre, un Béarnais, José Lostalet, émigre en Argentine. Cela se passe bien après la rencontre du sapin et de l’Indien. Ce nouveau personnage ne saura jamais que le sapin vient de la même vallée que lui. Il ne fait pas non plus partie de ces émigrés qui connaissent une ascension rapide. Mais il attend des nouvelles du pays, de la famille restée là-bas, en France.

Ath cap d’annadas shens nada letra, er’atenta que’m semblava mei dolorosa enqüèra qu’era manca de novèlas. A’m demandar cada dia si eths de casa e m’anavan respóner, que tornavi avitar eth mau escosent qui m’arroganhava.
E totun, tant qui’m demorava un espèr d’arrecéber era letra esperada, per tan petit qui estosse, non me podèvi pas empachar d’aténer e d’entretiéner atau eth men in·hèrn. 

Au bout de ces années sans aucune lettre, l’attente me paraissait plus douloureuse encore que le manque de nouvelles. À me demander chaque jour si ceux de chez moi allaient me répondre, je ravivais le mal brulant qui me rongeait.
Et pourtant, tant qu’il restait un espoir de recevoir la lettre attendue, pour si petit qu’il fût, je ne pouvais m’empêcher d’attendre et d’entretenir ainsi mon enfer.

Le Río de la Plata aux débouchés des Ríos Uruguay et Paraná

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Benoît Larradet – Jamei aiga non cor capús  – Jamais l’eau ne remonte vers l’amont – (disponible aux Edicions Reclams)
Béarnais émigrés en Amérique : des marges qui résistent?, Ariane Bruneton, 2008
Emigration 64, Émigration depuis le Pays Basque et le Béarn vers l’Amérique du Sud
L’image de tête de l’article est une des fresques murales sur le thème de l’immigration du peintre argentin Rodolfo Campodónico , cédées à la Municipalidad de Trenque Lauquen (Provincia de Buenos Aires).




Les étangs landais, une longue histoire

Les étangs landais, ce sont sur le littoral atlantique plus de 80 lacs ou étangs, tous parallèles à la côte, orientés nord-sud entre le Médoc et l’Adour, reliés entre eux par un réseau hydrographique. Le plus grand fait  5 500 hectares, le plus petit seulement 1,8 hectares. Allons à leur découverte.

Les étangs landais : une formation ancienne

Cette étrange disposition remonte à l’ère quaternaire. Les vents accumulent du sable sur la côte. Lors de la remontée des eaux en raison de la fonte glaciaire (jusqu’à 120 mètres), l’océan pousse le sable qui forme des tucs ou dunes quand la végétation ralentit son avancée.

L’accumulation de sable forme un cordon dunaire qui empêche les rivières d’arriver jusqu’à l’océan, la Mar grana ou le Gran tòs pour nous, les Gascons. Les rivières inondent les vallées derrière les tucs et forment des étangs et des lacs. Les nappes phréatiques remontent aussi et transforment le paysage en marécages.

Certains lacs et étangs sont reliés par des cours d’eau orientés sud-nord en raison de la barrière formée par les tucs. Elles donneront l’idée de les aménager pour créer une voie navigable.

Aujourd’hui, les lacs et les étangs sont en voie de comblement par l’apport d’alluvions et le faible renouvellement de l’eau.

Les projets de canal entre Arcachon et Bayonne

Le projet de canal entre la Gironde et l'Adour
Le projet de canal entre la Gironde et l’Adour

Vauban a l’idée de relier la Gironde à l’Adour par une voie navigable en 1681. Longue de 200 km, elle doit emprunter le chapelet de lacs et d’étangs des Landes. Le projet ne voit pas le jour, pas plus que d’autres, avancés au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Il faut fixer les dunes avant les travaux. On abandonne l’idée de canal pendant la Révolution.

D’autres projets sont imaginés : le canal des Petites Landes entre Nérac et Mont de Marsan empruntant la Baïse, la Gelise la Douze et la Midouze ; le canal des Grandes Landes entre Arcachon et Bordeaux par l’étang de Cazaux, la Leyre et Castres au nord et jusqu’à Bayonne en passant par les lacs et étangs vers le sud.

Le canal de Cazeaux
Le canal de Cazeaux

Jean-François Boyer-Fonfrède (1809-1875) est issu d’une famille d’armateurs bordelais. Il crée la Compagnie d’Exploitation et de Colonisation des Landes en 1833 et creuse un canal de 13,5 km pour relier les lacs de Cazaux, de Parentis et d’Aureilhan au bassin d’Arcachon grâce à sept écluses. On l’ouvre à la navigation commerciale en 1840 et touristique en 1845. La navigation cesse en 1860 en raison de l’ensablement et du manque de rentabilité.

La MIACA et l’aménagement de la côte atlantique

Seignosse le Penon
Seignosse le Penon

La Mission Interministérielle d’Aménagement de la Côte Aquitaine (MIACA) est créée en 1967. Elle a pour mission de définir un plan d’aménagement de la côte. Ses missions recouvrent la protection des dunes, la lutte contre l’érosion, la préservation de la nature et l’aménagement économique et touristique.

Si le littoral a échappé aux constructions de grands ensembles tels qu’on peut en voir sur la Méditerranée, la MIACA a créé des Unités Principales d’Aménagement, notamment par la création de Seignosse le Penon, Port d’Albret, Capbreton et Messanges.

On lui doit l’aménagement touristique des lacs et des cours d’eau, ainsi que l’ouverture à la navigation de plaisance du canal qui relie les lacs de Cazaux et de Parentis, vestige du grand projet de canal jusqu’à Bayonne.

En 2006, la MIACA a laissé la place à un GIP (Groupement d’Intérêt Public) qui associe l’Etat et les collectivités locales.

Les étangs landais : leur aménagement touristique 

Port de plaisance de Cazeaux
Port de plaisance de Cazeaux

Les lacs et étangs sont aménagés pour le tourisme. De nombreux campings et résidences secondaires se dispersent entre les plans d’eau et la côte atlantique. Malgré le faible nombre de zones ouvertes à l’urbanisme, de nouveaux équipements sont régulièrement construits.

Les activités autour des lacs et des étangs landais sont la baignade, les sports nautiques (ski nautique sur les lacs de Cazaux-Sanguinet et de Parentis-Biscarosse, jets skis sur le lac de Cazaux-Sanguinet), la navigation de plaisance (5 167 ancrages majoritairement situés sur le lac de Cazaux-Sanguinet), la voile, le canoé-kayak et la pêche de loisir. L’hydraviation se pratique sur le lac de Parentis-Biscarosse.

Sur des espaces aménagés, on pratique d’autre activités plus douces. Randonnées, cyclisme (piste de 170 km entre la pointe des Graves et l’Adour), équitation, golf.

Les activités touristiques doivent cohabiter avec les activités économiques. Par exemple, l’exploitation du pétrole sur le lac de Parentis ou les piscicultures pour l’élevage de truites.

La protection des lacs et des étangs

Le raisin d'Amérique
Le raisin d’Amérique

Des réserves naturelles se créent pour protéger les étangs landais afin de protéger la faune et la flore. Les espèces invasives sont nombreuses et la lutte s’organise. La Jussie, la Renouée du Japon, le raisin d’Amérique. Ou le poisson-chat, les écrevisses américaines, le vison d’Amérique, la tortue de Floride, etc.

L’exemple de l’étang d’Arjuzanx illustre le travail accompli. En 1958, EDF ouvre un gisement de lignite pour alimenter une usine électrique. Elle ferme en 1992 et EDF s’engage à participer à la réhabilitation des 2 716 hectares du site d‘extraction. C’est maintenant une réserve naturelle nationale.

Des travaux ont été nécessaires pour un montant de 14 millions €. Reprofilage des bords des anciennes excavations, fertilisation et travail du sol. Amélioration de la qualité des eaux, re-végétalisation, réalisation d’ouvrages hydrauliques.

On reconstitue la flore et la faune et on autorise des activités de pleine nature, telles que la baignade, le nautisme, la pêche ou la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Syndicat Mixte pour la Sauvegarde et la Gestion des Etangs Landais




L’Adour ou la Dour, un fleuve gascon

Après la Garonne, l’Adour est le deuxième fleuve gascon. Dans les textes anciens, on l’appelle la Dour. Son nom nous vient des anciens Aquitains, tout comme les noms de Neste et de Gave, Gau en gascon d’après l’ALF.

Le bassin de l’Adour

L’Adour ou la Dour nait au col du Tourmalet. La rejoignent la Dour de Payolle, la Dour de Gripp et la Dour de Lesponne. Elle perd son caractère de torrent à Tarbes avant de s’étirer dans la plaine sur 307 kilomètres et de se jeter dans l’océan/Lo gran tòs entre Tarnos et Anglet.

Elle salue Riscle, Aire et Grenade et continue son escapade, l’Adour
À Saint-Sever elle s’étire, à Dax elle coule de plaisir, l’Adour
Lorsqu’elle entend chanter le soir la belle dacquoise à l’œil noir, l’Adour
Mais à Port-de-Lanne l’attend le gave de Pau son amant, l’Adour
Jusqu’à Bayonne ils se préparent à vivre la plus belle histoire d’Amour.

Hymne à l’Adour, Edmond Duplan.

L'Adour et ses affluents
L’Adour et ses affluents

Elle draine un bassin versant de 16 912 km² avec un débit moyen de 150 mètres cube par seconde. L’Adour a un régime montagnard, c’est-à-dire que son débit est sensible aux pluies et aux chutes de neige. Ses crues sont terribles et redoutées.

Elle emporte tous les ponts comme celui de Dax en avril 1770. Plus proche de nous, l’inondation de juin 1875 emporte tous les ponts autour de Tarbes, provoque l’inondation de Maubourguet et d’Aire. Celle de février 1952 submerge la plaine entre Aire et Bayonne. Celles de décembre 1981 et de janvier 2014 restent dans les mémoires.

Les travaux sur berges, la construction des autoroutes et l’artificialisation des sols privent l’Adour de ses zones d’expansion naturelle et aggravent les effets des inondations. Depuis quelques années, l’Institution Adour travaille à reboiser les bords de l’Adour et à rétablir ses zones d’expansion naturelle pour atténuer les effets des crues.

Alluvions et barthes de la Dour

Remontée de la nappe
Remontée de la nappe

Dans la plaine, l’Adour repose sur une couche imperméable. La couche d’alluvions atteint 40 mètres d’épaisseur et constitue une réserve d’eau exploitée pour l’alimentation en eau potable et pour un usage agricole. L’Adour a d’ailleurs donné adurgar en gascon pour irriguer.

L’Adour et la nappe alluviale communiquent. En période de fort débit, l’Adour alimente la nappe alluviale. En période d’étiage, c’est la nappe qui alimente l’Adour. Lors des crues, on peut voir la nappe remonter et inonder les terres.

Entre Saint-Sever et Peyrehorade s’étendent les barthes/bartas de l’Adour sur 12 000 hectares. Ce sont des plaines inondables situées dans le lit majeur du fleuve, c’est à dire le lit du fleuve lors de son plus fort débit.

Barthes de l'Adour
Barthes de l’Adour

Les barthes de l’Adour sont constituées de forêts alluviales, de prairies inondables, de roselières et de tourbières. Elles sont exploitées pour l’élevage des troupeaux qui y paissent en liberté. C’est un terrain de chasse. On y coupe le Carex pour la litière du bétail et rempailler les chaises, on récolte le foin dans les prés humides, on ramasse les sangsues pour les vendre aux pharmaciens jusqu’à la fin de leur remboursement par la Sécurité sociale en 1972.

On nous a volé l’embouchure

Louis de Foix détourne l'Adour
Louis de Foix détourne l’Adour

Dans les temps anciens, l’Adour se jetait dans l’océan à Capbreton. Elle creusa une profonde vallée de 50 Km de long et de 1 500 mètres de profondeur aujourd’hui recouverte par l’océan. C’est le Gouf de Capbreton. Son delta occupait le Marensin.

L’embouchure de l’Adour a plusieurs fois changé de lieu. En 910, l’Adour se jette au Boucau. Il se jette à Capbreton en 1164, et en 1390, il part pour l’actuel Port-d’Albret.

Détournement de l'Adour
Détournement de l’Adour

En 1562, le port de Bayonne est en déclin. Le roi Charles IX veut le redynamiser et envoie Louis de Foix (1535-1604) pour conduire les travaux d’une nouvelle embouchure à Bayonne qui sera ouverte en 1878. Les travaux consistent à creuser un chenal à travers les dunes, entre Bayonne et le coude de l’Adour (il forme un coude pour remonter vers son embouchure de Capbreton). Les travaux trainent en longueur et les habitants de Capbreton et du Boucau veulent garder leur embouchure. Le 25 octobre 1578, une violente tempête fait gonfler les eaux de la Nive et par un effet de chasse d’eau, l’Adour ouvre le passage vers l’océan.

L’ancien lit de l’Adour disparait et il ne reste que le lac d’Hossegor. Le Boudigau emprunte une partie de l’ancien lit de l’Adour et se jette à Capbreton. 

L’Adour navigable

L’Adour est navigable sur 75 kilomètres. Les ports de Mugron, de Saint-Sever, de Hinx et de Dax alimentent un important trafic de marchandises entre le port de Bayonne et l’intérieur des terres. Le port de Mont de Marsan utilise la Midouze qui rejoint l’Adour près de Tartas.

Les marchandises utilisaient des galupes à fond plat, des tilholes plus petites, le chaland, la gabarre, le courau à fond plat, le batelet plus petit, le couralin. Vins de Chalosse, bois, produits résineux, volailles, grains, pierre de construction arrivent à Bayonne. Poissons salés, sel, épices, étoffes, huiles en reviennent.

Galupes sur l'Adour
Galupes sur l’Adour

Avetz-vos vist los Tilholèrs,
Quant son braves, hardits, leugèrs,
Hasent la passejada cap sus Peirahorada,
En tirant l’aviron,
tot dret au deu patron !

Avez-vous vu les Tiyoliers
Combien ils sont braves, hardis, légers

Faisant la promenade en direction de Peyrehorade
En tirant l’aviron
Tout droit jusque chez le patron ! 

Extrait de la Chanson des Tilholèrs de Pierre Lesca (1730-1807)

En 1831, les bateaux à vapeur apparaissent sur l’Adour pour un service régulier entre Bayonne et Peyrehorade. Les cheminées passent difficilement sous le pont de Lanne pendant les hautes eaux et le bateau arrive difficilement à dépasser Saubusse.

Le port de Peyrehorade sur l'Adour
Le port de Peyrehorade

Le 5 septembre 1854, l’Impératrice Eugénie organise une promenade sur l’Adour à bord du « Ville de Dax » qui remonte jusqu’à Peyrehorade. Le service de transport des voyageurs et des marchandises perdure jusqu’en septembre 1948. La navigation commerciale s’interrompt 1993. Des projets de restaurer la navigation sur l’Adour émergent pour le tourisme et pour les marchandises.

Les pays de l’Adour, une région administrative ?

Les pays de l’Adour constituent une unité géographique. Plusieurs projets de création d’une entité administrative n’ont pas abouti.

En 1972 des établissements publics administratifs sont créées. Le projet d’une région « Pays de l’Adour » n’est pas retenue. En 1982, les régions sont créées et une nouvelle proposition défendue en 1994 par le député Michel Inchauspé n’aboutit pas. Il veut créer une région Pyrénées-Adour, regroupant le pays basque qu’il voulait ériger en département, Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées.

Son idée est de favoriser la coopération transfrontalière avec les provinces espagnoles voisines, à l’exemple de l’Alsace. La région proposée est trop petite et les villes de Toulouse et de Bordeaux ne voulaient pas que leur région soit diminuée.

En 1836, un mémoire est adressé au Roi pour la création d’un département de l’Adour avec Bayonne comme chef-lieu, Dax et Mauléon comme sous-préfectures. L’idée sous-jacente est bien sûr de créer un département basque. En 1945, un projet d’autonomie du pays basque n’aboutit pas, tout comme la proposition de créer un département basque faite par un candidat à la présidentielle de 1981 qui l’oubliera une fois élu. Si la proposition revient régulièrement, elle se concrétisera en partie avec la création de la Communauté d’Agglomération du Pays Basque.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Institution Adour
Site Natura 2000 des barthes de l’Adour
Centre culturel du pays d’Orthe




Les races bovines gasconnes redécouvertes

Les races bovines gasconnes n’ont pas échappé à la sélection génétique qui a permis d’obtenir des animaux adaptés à la production intensive de viande et de lait. Lorsqu’on a encore la chance de voir des troupeaux dans les prés, ce sont le plus souvent des Blondes d’Aquitaine pour leur viande ou des Piguetas (Française-Frisonne Pie Noire) pour leur lait.

Pourtant, la Gascogne est le berceau de nombreuses races locales parfaitement adaptées aux conditions de chaque territoire. Elles ont failli disparaitre dans les années 1960. Des passionnés cherchent aujourd’hui à les sauver et à les réhabiliter.

Les races gasconnes menacées de disparition

Etude des variations de structure du génome bovin (Doc INRA)
Etude des variations de structure du génome bovin (Doc INRA)

Les races bovines gasconnes sont victimes de la mécanisation de l’agriculture qui délaisse les animaux de trait. Le cheptel s’oriente vers la production de lait et de viande entrainant l’apparition de races plus productives.

Déjà, le plan Monnet de 1947 prône la simplification du cheptel français par la diminution du nombre de races locales. La nécessité de nourrir la population au sortir de la guerre conduit à la spécialisation et à la standardisation du cheptel.

Gène bovin
Gène bovin

La loi du 28 décembre 1966 sur l’élevage est défendue par Jacques Poly (1927-1997). Fondateur du département génétique animal et PDG de l’INRA, il a pour objectifs d’améliorer le progrès génétique par le biais de l’insémination artificielle et la traçabilité des semences. Elle va entrainer une forte diminution du cheptel des races bovines gasconnes.

Pourtant, en 1972, Bertrand Vissac (1931-2004), chercheur à l’INRA, met en évidence le risque de disparition des races locales et de la ressource génétique qu’il faut sauvegarder. En 1977, le ministère de l’agriculture consacre pour la première fois un petit budget pour la conservation des races locales. L’idée fait son chemin. En 1983 est créé le Bureau des Ressources Génétiques et, en 1999, la Cryo banque nationale pour la conservation des semences.

Ainsi, grâce à la banque de génétique, les races locales gasconnes sont en voie de sauvetage. Elles sont au cœur des préoccupations agro-environnementales et économiques.

Les races bovines gasconnes

Les races bovines gasconnes sont encore nombreuses dans les fermes dans les années 1960. Les animaux font partie de la famille et chacune a son prénom : Mascarine, Haubine, etc. Puis, les animaux deviennent des objets de production qui répondent à des standards à la Tonne de lait ou au Kg de carcasse.

L’Aura Sent Gironç ou l’Aure Saint-Girons

La Casta
La Casta

Parmi les races bovines locales, il y a l’Aure-Saint-Girons, plus connue sous le nom de Casta en raison de la couleur de sa robe proche de celle de la castanha/châtaigne. On la trouve dans les vallées entre le Couserans où on l’appelle encore castillonaise et le pays de Lourdes. C’est elle qui donnait son lait pour l’Ostet, le fromage de Bethmale fabriqué l’hiver quand les vaches étaient à l’étable. Au XIXe siècle, elle alimentait les laiteries de Toulouse qui venaient l’acheter à foire de Tarascon.

La Vasadesa ou la Bazadaise

La passejada deus bueus gras de Vasats
La passejada deus bueus gras de Vasats

La Bazadaise ou Grise de Bazas est sans doute la plus connue. On en trouve des troupeaux dans toute la Gascogne pour sa viande réputée. Originaire des environs de Bazas, elle servait au débardage du bois dans la forêt landaise et son fumier enrichissait les vignobles de la Gironde. Elle garde une attache profonde avec la ville de Vasats/Bazas qui fête chaque année pour le Jeudi Gras de Carnaval, la Passejada deus bueus gras/La promenade des bœufs gras, inscrite à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. Cette fête qui remonte au moins au XIIIe siècle a pris la forme d’une foire agricole. Le 24 juin, pour la fête de la Saint-Jean, se déroule un marché aux bœufs gras qui commence par une pesée, une aubade aux bouchers puis un défilé et se termine par un banquet.

La Bearnesa ou la Béarnaise

Attelage de boeufs béarnais
Attelage de bœufs béarnais

La Béarnaise reconnaissable à ses grandes cornes en forme de lyre. La race est emblématique du pays puisqu’elle figure sur les armes des vicomtes de Béarn et orne leurs monnaies, les deniers Morlans. Robuste, elle sert aussi bien pour la production de lait, de viande et pour le travail.

La Bordelesa ou la Bordelaise

Taureau de race bordelaise
Taureau de race bordelaise

La Bordelaise est traditionnellement utilisée dans les palus, zones humides du bordelais pour fournir de la viande et du lait et était très réputée pour son beurre. Elle a failli disparaitre lors d’une épidémie en 1870-1872 mais quelques animaux rescapés ont permis de reconstituer la race en ne gardant que les pigalhadas à robe mouchetée, au détriment des vairetas à robe unie.

La Lordesa ou la Lourdaise

La Lourdaise se trouvait surtout dans les Hautes-Pyrénées et son berceau est le Lavedan et le pays de Lourdes. C’était une des meilleures laitières des races bovines gasconnes. Elle était aussi utilisée pour le travail car réputée calme, docile et facile à dresser. Elles partaient en estive. Dans les années 70, on en comptait plus que quelques dizaines. Son sauvetage a été rendu possible grâce à Pierre Corrège, enseignant à Bagnères. Il achète un troupeau d’une dizaine de vaches et un taureau.

La Marina ou la Marine

La Marine est une vache de petite taille. Utilisée en élevage extensif, elle transhumait dans les dunes du littoral au moment des moissons. Les troupeaux à demi sauvages étaient rassemblés dans des barguèras, sortes de parcs provisoires permettant de les marquer ou les sélectionner. Ces opérations sont à l’origine de la course landaise. Des croisements avec des bovins ibériques ont donné la vache des courses landaises. Avec la colonisation des Landes par le pin maritime, elle se concentre dans les zones marécageuses proches des étangs de Biscarosse et de Parentis.

La Mirandesa ou la Mirandaise

La Mirandaise
La Mirandaise

Originaire du Gers, la Mirandaise est une race rustique réputée pour la puissance de ses bœufs qui permettaient de travailler les terres lourdes et escarpées des coteaux gascons. Calme et docile, elle résiste bien à la chaleur.

Les races bovines gasconnes donnent de nouvelles races

Blonde d'Aquitaine
Blonde d’Aquitaine

Les races bovines gasconnes, malgré leur faible aptitude à répondre aux standards de la production de masse, et grâce à la génétique, ont donné naissance à de nouvelles races bovines.

La Blonde d’Aquitaine est née en 1962 par le croisement de la Béarnaise, de la Garonnaise et de la Quercynoise. Il est question d’intégrer la Limousine à ce croisement, mais les éleveurs du Limousin s’y opposent. Ils veulent garder une vache spécifique à leur région. Rustique, elle s’adapte à tous les climats, présente une grande facilité de vêlage et a un excellent rendement en viande. Sa couleur est celle de la Garonnaise.

La Gasconne des Pyrénées est née par le croisement de la Mirandaise et de sa cousine gasconne de Saint-Gaudens et d’Ariège. Rustique, elle s’adapte aux zones sèches et escarpées. Elle résiste aux intempéries, préfère vivre en plein air et c’est pour cela qu’on la rencontre sur les estives. Les Italiens, les Hollandais et les Espagnols l’apprécient pour l’engraissement.

Le renouveau des races bovines gasconnes

La Gasconne
La Gasconne

Comme les races ovines, asines, caprines et de volaille, les races bovines gasconnes ont failli disparaitre tant leur effectif avait chuté.

Leur sauvetage est dû à des particuliers éleveurs ou des organismes comme la SEPANSO. Autrement dit la Société pour l’Etude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest). Elle achète le dernier troupeau de Marines en 1968 et l’installe dans la réserve naturelle de l’étang de Cousseau en Gironde. Elle compte aujourd’hui une cinquantaine de têtes et est utilisée uniquement pour l’écopastoralisme.

Le Parc Naturel régional des Pyrènes ariégeoises mène un programme de valorisation des races locales. Il aide le Syndicat qui s’est constitué à Betchat (o9) pour la sauvegarde la vache Casta. Le Parc valorise les zones humides en utilisant les propriétés de la Casta. Elle n’a pas à craindre le mal de pieds et elle se contente de peu. Le projet de Parc Naturel en Astarac a prévu de valoriser la Mirandaise. Les éleveurs travaillent avec le lycée agricole de Mirande pour la commercialisation des produits.

Les effectifs des races bovines gasconnes se reconstituent peu à peu grâce à la persévérance et l’engagements des producteurs. Il ne faut pas hésiter à les soutenir en allant les voir sur les foires et comices agricoles. Et choisir leurs produits savoureux et de qualité : viande, lait, fromages.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Conservatoire des races d’Aquitaine
Institut de l’élevage, races de France
Conservatoire du patrimoine biologique régional d’Occitanie
Bons plans de l’été : la route des vaches de Gascogne, Escòla Gaston Febus




Salies de Béarn, la reine des eaux salées

Faut-il aller à la mer pour soigner les enfants ? Non, répond le médecin Charles Raynaud, au début du XXe siècle. Et de défendre les vertus des eaux salées de Salies du Béarn.

Quelles sont les particularités des eaux de Salies ?

Ses eaux profondes traversent des couches de sel déposées par la mer présente il y a 200 millions d’années. Du coup, elles sont incroyablement minéralisées. Avec plus de 290 g de sel par litre d’eau,  elles battent les 275 g par litre de la mer morte. Si on ajoute ses 26 oligoéléments, ses 837 mg d’ion magnésium, son calcium, son brome et son lithium, on comprend leur spécificité.

Grâce à des fouilles archéologiques, on sait que le sel était déjà extrait à Salies il y a trois-mille ans.  Mais une légende raconte une plus belle histoire. Un jour, des chasseurs poursuivaient un sanglier.  Ils réussirent à en blesser un qui s’enfuit pour mourir un peu plus loin dans un marécage. Les chasseurs le retrouvèrent peu après, le corps couvert de cristaux de sel. Ainsi fut découverte l’eau salée et des cabanòtas furent construites autour, aujourd’hui la ville de Salies.

plaque présentant la légende du sanglier de Salies de BéarnMais la légende ne s’arrête pas là. La bête moribonde aurait murmuré un dernier mot à nos chasseurs : Si you nou y eri mourt, arres n’y bibéré / Si jo non i èri mort, arrés n’i viveré [Si je n’y étais pas mort, personne n’y vivrait]. Des mots gravés en 1927 sur la fontaine du Sanglier, place du Bayaà !

Le premier bain médical

Livre du docteur de Larroque sur les qualités médicinales des eaux salisiennesC’est mi XIXe que le docteur Nogaret (1817-1878) plonge un premier patient dans les eaux de Salies, même si les habitants ont l’habitude de se baigner dans le bassin de la fontaine. Le succès ne tarde pas, d’autant plus que son confrère, le docteur Jean-Brice de Coustalé de Larroque, médecin de Napoléon III, vante les eaux salisiennes à la cour impériale. Il écrit même un livre en 1864 : Hydrologie médicale. Salies de Béarn et ses eaux chlorurées sodiques (bromo-iodurées).

En 1891, l’Académie nationale de médecine les signale pour leurs bienfaits sur les pathologies liées aux rhumatismes, les affections gynécologiques et les troubles du développement de l’enfant. Dans les années 1900, des affiches ornent les murs du métro parisien avec le slogan : Salies-de-Béarn, la santé par le sel.

Pourtant, le bord de mer est souvent préféré pour nos chers petits. Un médecin parisien, installé à Salies, va attirer l’attention des parents sur la station béarnaise.

Charles, Auguste, Joseph, Noël Raynaud

Charles Raynaud
Charles Raynaud

Charles Raynaud nait le 25 décembre 1875 à Paris. Il fait ses études et passe son diplôme à Paris. Sa thèse concerne le Sanatorium d’Argelès. Puis, il exerce comme médecin à Salies-de-Béarn où il sera connu pour traiter les maladies des femmes et des enfants.

Son père, Maurice (1834-1881), était déjà médecin et pas n’importe quel médecin puisqu’il donna son nom à cette maladie rare qui contracte les vaisseaux sanguins des extrémités.

Sa mère, Emilie Paravey (1849-1931), aime particulièrement le dessin. Elle survit 49 ans à son mari. Mais elle quitte la région parisienne pour se réfugier dans la maison de la Goardère de Salies-de-Béarn, maison habitée par son fils Charles.

Jeanne de Prigny de Quérieux
Jeanne de Prigny de Quérieux

Entre temps, le 16 avril 1901, Charles épouse à Urt Jeanne de Prigny de Quérieux, avec qui il aura onze enfants. Celle ci est née comme Charles le 25 décembre 1875 mais à Saint-Laurent-de-Gosse dans les Landes. Elle meurt le 25 décembre 1956 à Urt, au pays basque. Charles, lui, est décédé le 20 décembre 1929 à Paris.

Salies du Béarn ou la mer ?

Affiche publicitaire "La santé par le sel" sur Salies de BéarnAu début du XXe siècle, Salies de Béarn est déjà bien connu pour les bienfaits de ses eaux salées pour les affections des femmes, les ostéites et arthrites. Le bon docteur Raynaud veut aussi faire connaitre les qualités de la station pour les enfants. On sait que les eaux salées sont efficaces pour revigorer les petits souffreteux. Charles Raynaud précise que, pour des maladies importantes, il faudra passer 8 à 10 mois à Berck-sur-mer pour obtenir le même résultat qu’en un mois à Salies.

Il constate aussi que le choix entre la mer et Salies est souvent lié aux moyens financiers des parents. Un séjour de plusieurs mois en établissement de bord de mer permet aux moins favorisés de remettre l’enfant sur pied à moindre cout, et de le récupérer quelques mois après apte au travail. Alors que les plus fortunés préfèrent une série de cures courtes et énergiques.

Les indications des cures à Salies du Béarn

Vue de Salies début XXe siècleLe docteur Raynaud signale l’anémie comme première indication. Une maladie que Salies combat avec succès. Le médecin accuse la pollution des grandes villes (les intoxications comme il dit) où les enfants passent d’un appartement trop chauffé au brouillard et fumées des usines et des cheminées à l’extérieur. Une autre cause est la santé familiale : ces enfants sont parfois fils ou filles de syphilitiques, de tuberculeux, de paludiques, etc.

La deuxième indication est le rachitisme quel qu’en soit l’avancement. Les eaux salées permettent de mieux fixer les phosphates, analyses d’urine en preuve. Et les enfants déformés par la maladie (gros ventre, jambes en cerceaux…) reprennent un cours normal de croissance. Les résultats sont visibles à l’œil nu !

La troisième indication est le lymphatisme, ce trouble se traduisant par de la mollesse, de la nonchalance. À Salies, les enfants se revivifient et arrêtent rapidement d’attraper des rhumes ou autres maladies respiratoires.

Enfin les nerveux (souvent enfants d’alcooliques ou d’intellectuels surmenés selon les dires du docteur) vont retrouver le calme grâce aux effets sédatifs de Salies.

Du doigté dans les cures

Enfant de 2 ans atteint de rachitisme
Enfant de 2 ans atteint de rachitisme

Les enfants peuvent suivre les cures à partir de deux ans, exceptionnellement avant. Mais on ne se trempe pas comme ça dans des eaux aussi salées. Aussi, le médecin prend-il des précautions en diluant les eaux pour les premiers bains. On demande aux petits patients de rester allongés pendant une heure ou une heure et demie après le bain pour lutter contre la révolte des enfants et la faiblesse des parents. Une réaction qui s’estompe après trois ou quatre bains. Les enfants s’endorment souvent après le bain.

La cure continue tant que l’enfant ne présente pas de signe de fatigue, de baisse d’humeur ou d’appétit. Charles Raynaud n’hésite pas à faire des pauses pour laisser l’enfant récupérer. Puis, après la cure, il conseille deux à trois semaines de repos à la campagne, en moyenne altitude afin que l’enfant « digère » sa cure.

Et ça marche docteur ?

Qu’il nous suffise de citer quelques chiffres : Pour des cas très mauvais, presque désespérés (enfants de l’assistance publique « rescapés » des grands services de chirurgie des Hôpitaux de Paris) il y a eu après un mois de séjour en moyenne de 80 à 90 pour cent de guérisons. Pour des cas moyens de clientèle de ville, il y a toujours amélioration en une ou deux saisons, parfois transformation radicale, au point qu’il nous arrive de ne plus reconnaître les enfants d’une saison à la suivante. 

Vue du vieux Salies de Béarn

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Salies-de-Béarn station d’enfants, docteur Ch. Maurice-Raynaud, 1909
Une chute historique, L’écho de Stan, Charles Marie Raynaud, 1893
Le site des Thermes de Salies
Charles Nogaret
Un sel de légende et de tradition

 




Des sauvetés aux bastides gasconnes

Au XIe siècle débute un mouvement de regroupement de la population au sein de sauvetés puis de bastides. Les bastides apparues au XIIIe siècle sont un mode original d’urbanisation qui constitue encore la trame urbaine de la Gascogne.

De la sauveté à la bastide

Castelnau Barbarens
Castelnau-Barbarens (32)

La population est dispersée dans de petits hameaux. L’insécurité entraine un regroupement autour d’établissements religieux qui assurent la protection des habitants et mettent en valeur de nouvelles terres.

La Sauveté ou Sauva tèrra en gascon, est une zone de refuge matérialisée par un enclos balisé par des bornes de pierres surmontées d’une croix. À l’intérieur de ce périmètre, les habitants bénéficient de protection et de franchises particulières dans le prolongement du droit d’asile et de la trêve de Dieu. Cette protection est toute relative et les Sauvetés s’entourent de remparts.

Saint-Justin
Saint-Justin (32)

Les Sauvetés gasconnes se construisent entre 1027 et 1141. Beaucoup se transforment par la suite en Bastides/ Bastidas mais certaines gardent un nom bien spécifique : Sauveterre, en Bigorre ou dans le Gers, Sauveterre de Béarn, Sauveterre de Comminges, etc.

Devant leur succès, les seigneurs créent également des Sauvetés autour de leurs châteaux pour mettre en valeur leurs terres. Ce sont des Castelnaux/ Castèths naus ou Castéras/ Casterars : Castelnau Rivière-Basse, Castelnau-Barbarens, Castelnau-Chalosse, Castéra-Loubix, Castéra-Verduzan, etc.       

La création des bastides

Bastide de Valentine (Haute-Garonne)
Valentine (31)

Après la croisade des Albigeois, un nouvel essor urbain conduit à la création de villes nouvelles fondées suivant un plan original et novateur pour l’époque.

Les bastides se développement parfois à partir d’un hameau existant ou par l’agrandissement d’une ville déjà existante. Dans la majorité des cas, la bastide est construite sur un nouveau terrain concédé par un abbé ou un seigneur, le plus souvent en paréage (à égalité entre deux ou plusieurs fondateurs) qui concèdent à la population des terrains et des droits pour les inciter à venir s’y installer. C’est un moyen de mettre en valeur un territoire.

Halle de Saint-Clar
Halle de Saint-Clar (32)

Les rois de France construisent de nombreuses bastides pour affirmer leur présence face aux rois d’Angleterre, ducs d’Aquitaine, qui en font tout autant le long de la frontière. Des comtes et des seigneurs construisent des bastides sur leurs terres mais toutes ne prospèrent pas et certaines sont abandonnées.

 

Bastide de Labastide d'Armagnac
Place de Labastide d’Armagnac (40)

Les différents partenaires signent une charte de fondation et ils concèdent des coutumes/ costumas écrites aux habitants qui bénéficient ainsi d’avantages fiscaux. Les bastides fondent un marché et elles se dotent d’une autonomie de gestion. Elles élisent leurs consuls ou jurats.

On connait environ 330 bastides dans le sud-ouest de la France. Plus des deux tiers sont gasconnes. La majorité d’entre elles datent de la période comprise entre 1240 et 1329.

Carte des bastides du Sud-Ouest
Carte des bastides du Sud-Ouest

Le contrat de paréage

Fourcès
Fourcès (32)

Le contrat de paréage est une association par indivis entre les fondateurs d’une bastide. Il définit l’apport de chacun et ses droits dans la future bastide. Le 21 février 1289, les moines de l’abbaye d’Arthous s’associent au roi d’Angleterre pour construire la bastide d’Hastingues.

La fondation de la bastide se fait autour de la cérémonie du pal ou pau en gascon. La cérémonie est publique. On plante un pieu supportant les armoiries des associés au contrat de paréage sur l’emplacement de la future bastide. On lit la charte de coutumes au public puis des crieurs vont dans tous les hameaux du voisinage pour la lire à tous et recruter de futurs habitants.

Le nom donné aux bastides peut venir de celui du fondateur : Montrejeau/ Mont reiau fondée en 1272 par le roi de France, Beaumarchés fondée en 1288 par Eustache de Beaumarchais sénéchal d’Alphonse de Poitiers, Rabastens fondée en 1306 par Guillaume de Rabastens sénéchal en Bigorre, etc. Il peut venir aussi du nom d’une ville étrangère que le seigneur a fréquentée lors d’un voyage ou d’une croisade : Tournay, Gan, Bruges, Pavie, Grenade, etc.

Le plus souvent, le nom de la bastide vient de la toponymie locale ou d’un caractère du relief : Montastruc, Monségur, etc.  

Bastide de Vianne - remparts
Remparts de Vianne (47)

La construction des bastides

Plan de Rabastens de Bigorre (65)
Plan de Rabastens de Bigorre (65)

La construction des bastides suit un plan déterminé. Des voies de circulation traversent la bastide. Des carrèras, d’une largeur constante de 6 à 10 mètres, avec un caniveau central permettent le passage de charrettes et des voies plus petites de 5 à 6 mètres forment des ilots rectangulaires d’une superficie identique. Chaque ilot se découpe en lots identiques pour la construction des maisons d’une largeur maximale de 8 mètres.

Les façades des maisons s’alignent sur la rue avec une androna de quelques centimètres entre elles pour éviter la mitoyenneté. Les maisons ont un étage. Sur la place, des passages couverts ou embans permettent le passage et l’exposition des marchandises à la vente.

Chaque maison dispose en plus d’un jardin et d’un lot de terre à cultiver situés à l’extérieur de la bastide. Chaque famille reçoit la même superficie de terre.

Tour Carrée de Tri-sur-Baïse (65)
Tour Carrée de Trie-sur-Baïse (65)

Une place centrale reçoit le marché parfois couvert sous une halle. La plus grande est celle de Marciac (75 m x 130 m). La place comprend une fontaine ou un puits pour alimenter les habitants en eau. On dote les bastides de remparts et de portes fortifiées pour protéger les habitants des brigands et des guerres.

La charte de coutumes

Bassoues - Arcades et maisons à colombage
Bassoues – Arcades et maisons à colombage (32)

La charte de coutumes a pour but d’attirer les familles de paysans. Elle énumère les privilèges accordés aux habitants de la bastide en matière politique, fiscale et judiciaire.

Les fondateurs et des consuls ou jurats administrent conjointement la bastide. Le seigneur nomme les consuls ou les anciens consuls les cooptent ou la charte définit les règles de l’élection. Au nombre de 4 à 6, ils administrent la bastide, assurent la police, l’entretiennent et la mettent en défense. Le bayle/ baile représente le fondateur. S’il s’agit d’un paréage, il peut y avoir plusieurs bailes.

La charte de coutumes définit les règles de basse justice (police). Les peines sont généralement sous forme d’amende et de prison  alors que les châtiments corporels sont encore courants. À Auch, on se fait couper l’oreille en cas de vol.

La charte de coutumes fixe les impositions. Les habitants des bastides ne paient pas certains impôts et ils peuvent lever des taxes pour les besoins de la bastide.

Références

Bastides, villes nouvelles du Moyen-Âge, A. Lauret, R. Malebranche, G. Séraphin
Histoire des bastides, Jacques Dubourg
Histoire des Bastides, André Roulland
Revue de Gascogne
, plusieurs numéros
Ordonnance des commissaires d’Edouard 1er sur les Bastides, les Questaux et les Nobles, 1278