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Théophile de Bordeu le précurseur

Théophile de Bordeu (XVIIIe siècle), originaire de la vallée d’Ossau, est un médecin novateur et un précurseur. Persévérant, grand travailleur, il impose ses idées dans un milieu hostile.

Théophile de Bordeu choisit médecine

Théophile Bordeu
Théophile Bordeu (1722-1776)

Bordeu nait le  à Izeste (vallée d’Ossau). Son père, est Antoine de Bordeu, médecin, sa mère Anne de Touya de Jurques. Pour fêter sa naissance, Antoine plante un hêtre.

Théophile fait ses études à Lescar, chez les Barnabites, puis part à Montpellier apprendre la médecine. Montpellier est alors le centre le plus réputé sur cette discipline.  On y avait effectué la première transfusion de sang, créé la chimiothérapie, etc.

Théophile est un jeune homme sérieux et travailleur. Il écrit : « Je ne sors que pour dîner, aller à l’anatomie, à l’université, point de mail, point de vin, point de filles. » Une image à modérer car il fait de nombreuses dettes et se moque des remontrances de son père.

Montpellier - La Faculté de Médecine
Montpellier – La Faculté de Médecine

En tous cas, il est extrêmement doué. Il écrit avec son cousin un ouvrage d’anatomie descriptive novateur, Chylificationis historia. En 1743, il présente une thèse de baccalauréat tellement brillante qu’il est dispensé des épreuves préliminaires de la licence et est nommé docteur quatre mois plus tard. Il a 21 ans.

Théophile peine à trouver un premier emploi

Théophile de Bordeu aimerait s’installer à Pau, mais il faut soit être docteur de la faculté de Paris, soit se faire agréger au corps de médecins. Tentant la deuxième solution, il déchante vite et écrit : Pau est une ville exigeante; elle exige autant de soins, autant de courbettes que toute autre grande place et le tout sans profit; on n’y peut ni penser, ni faire, ni dire ce qu’on veut.

Alors, il repart à Montpellier faire un stage (aujourd’hui on parlerait d’internat), ouvre un cours d’anatomie avec travaux pratiques. Mais il veut plus. Il publie alors Lettres sur les Eaux minérales du Béarn, adressées à Madame de Sorbério. C’est un ouvrage sur la médecine thermale qui lui vaudra un grand succès. Peut-être pas tout à fait mérité car les spécialistes détecteront que l’œuvre a été écrite majoritairement par son père, Antoine !

Guillaume-François Rouelle
Guillaume-François Rouelle (1703-1770)

En tous cas, cela lui permet de viser Paris. Là, il suit les cours du chimiste réputé, Guillaume-François Rouelle et de l’anatomiste Jean-Louis Petit. Son parent, Daniel Médalon, médecin de l’infirmerie royale, lui fait faire un stage d’observation à l’Infirmerie royale de Versailles, entre mai 1748 et juillet 1749. Notre jeune homme se fait remarquer en soignant le duc et la duchesse de Biron et en les envoyant à son père pour une cure.

 

Bordeu, protégé du Roi

Louis XV, par Louis-Michel van Loo
Louis XV, par Louis-Michel van Loo

Aussi, jouant de sa récente influence, Bordeu fait nommer son père, dès 1748, inspecteur des eaux de Barèges. Puis, le 5 avril 1749, Louis XV le nomme régent d’anatomie pour la ville de Pau « pour y faire des leçons et expériences publiques, et lui permet de prendre à l’Hôtel-Dieu de ladite ville tous les cadavres dont il aura besoin pour ses démonstrations et préparations, aussi bien que ceux des criminels exécutés. »

Enfin, deux mois plus tard, le roi le nomme intendant des eaux minérales d’Aquitaine.

Théophile de Bordeu perturbe ses collègues

À Pau, les démonstrations du nouveau régent d’anatomie font salle pleine. Mais ce succès ne convient pas aux collègues locaux qui obtiennent qu’on limite ses cours. Alors, Bordeu se détourne de la ville et part en 1751, visiter les stations pyrénéennes. C’est à cette occasion, à Bagnères-de-Bigorre, qu’il rencontre celle qui sera sa maitresse toute sa vie, Louise d’Estrées, demoiselle d’honneur de la comtesse de Mailly, l’ancienne favorite du roi.

Recherches anatomiques
Recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action (1751)

Bordeu décide une bonne fois de s’installer à Paris. En 1752, il publie le livre qu’il a préparé à Pau : Recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action. C’est un énorme succès. Dans la foulée, Il publie deux thèses pour obtenir le grade de Docteur-Régent de la Faculté de Paris. Encore une fois, son succès lui attire des difficultés avec ses confrères de la Faculté. Il déclare que c’est une pétaudière où je ne mettrai jamais les pieds si je puis.

Cependant, afin de remercier son père, il lui offre le nouveau titre qu’il vient d’obtenir : médecin de l’hôpital militaire de Barèges. La clientèle du jeune Bordeu s’élargit et il envoie à son père ceux qui ont besoin de prendre les eaux – très à la mode en ce temps-là. Il ne manque pas d’ajouter quelques phrases personnelles ou humoristiques à la recommandation. Par exemple en qualifiant Madame de Pompignan de caillette que cette femme. Ou, dans un esprit trufandèr bien gascon, en écrivant à son père : J’ai vu la princesse de Turenne […] son fils aussi gras que lorsqu’il partit de chez vous, aussi bête que lorsqu’il partit de chez nous.
En 1755, Bordeu est nommé médecin de l’hôpital de la Charité à Paris avec le titre, créé exprès pour lui, d’inspecteur.

La disgrâce

Bordeu pense que la santé n’est pas une simple question de mécanique et de chimie. Il parle de sensibilité des organes. Il définit la fibre nerveuse qui établit la connexion entres les organes : Le filament nerveux pris à part n’est qu’un filament solide, sujet à des allongements et à des raccourcissements alternatifs; les oscillations vont et viennent pour ainsi dire comme un flux et un reflux.

L'usage des eaux de Barèges et du mercure pour les écrouelles ou dissertation sur les tumeurs scrophuleuses
L’usage des eaux de Barèges et du mercure pour les écrouelles ou dissertation sur les tumeurs scrophuleuses (1767)

Si les idées de Bordeu seront confirmées dans le futur, elles sont trop novatrices pour l’époque et heurtent ses collègues. En particulier, en 1756, Bordeu publie un ouvrage qui provoquera de violents débats : Recherches sur le pouls. De plus, il est le médecin le plus couru de Paris, ce qui éveille des jalousies.

Finalement, le 4 avril 1761, à l’assemblée de la Faculté, un collègue parisien, Bouvart, l’accuse d’avoir volé une montre et une boite à un malade, le Marquis de Poudenas. Bordeu demande à se défendre et le 28 avril, explique les faits réels. La Faculté nomme une commission de six membres pour examiner la conduite de Bordeu. Le 23 juillet, la Faculté raye Bordeu de la liste des médecins de Paris, et défend tout confrère de le consulter.
Mais Bordeu ne plie pas, il continue ses recherches et ses publications. Son frère, resté au pays est lui-même attaqué. Théophile lui répond : Et vous allez ainsi fléchissant devant nos grandelets de province ; un homme comme vous qui devriez, mordieu, traiter ces gens-là avec sa lame ; parce que vous êtes pauvre vous les craignez ; vivez de miche et parlez ferme… Je poursuis mes coquins; ils se sauvent dans les broussailles de la chicane, j’irai les poursuivre partout. 

Effectivement, trois ans plus tard, il est enfin lavé de cette accusation mensongère.

Le devant de la scène

Denis Diderot fait de Bordeu un des deux personnages du "Rêve de d'Alembert"
Denis Diderot fait de Théophile de Bordeu, le médecin de d’Alembert dialoguant avec Mme de Lespinasse dans le  « Rêve de d’Alembert » (1769)

La notoriété de Bordeu est, finalement, grandie. Diderot le consulte, comme tous les Encyclopédistes. et il en fait un personnage littéraire. Bourdeu accouche la duchesse de Bourbon du futur duc d’Enghien. Il est appelé au chevet du roi Louis XV à cause de sa grande expérience sur la variole. Mais il ne pourra qu’écrire les bulletins de santé de ses derniers jours.

II se rend chez ses malades en carrosse gris à quatre chevaux. Rejetant les vêtements noirs traditionnels des médecins, il porte un habit de cannelé gris le matin ou noisette galonné d’or le soir, musqué et testonné comme M. de Buffon qu’il imitait par l’élégance de ses manchettes et de son jabot.
Parlant couramment le béarnais, il s’amuse aussi à écrire quelques poèmes dont une sera reprise  par Etienne Vignancour dans son recueil Poésies béarnaises.  Elle s’intitule Houmatye aüs d’Aüssaü, sus lous Truquetaülés de la Ballée.
En 1774, il a une première hémiplégie.

orate ne intetris intentationem
« Orate ne intretis intentationem », planche tirée du « Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie dessiné d’après nature par Jacques Gamelin de Carcassonne » (1779)

Paris lui pue au nez, écrit-il. L’été suivant, il prend les eaux à Bagnères sans résultat notable. Il meurt dans la nuit du 23 au 24 décembre 1776. Il a 54 ans. Son domestique le trouve couché sur le côté gauche, appuyant la tête avec la main gauche ; il avait la main droite placée sur son cœur.

Sur sa tombe, Madame de Bussy, prononce ces quelques mots rapportés par le Journal de Paris : La mort craignait si fort M. de Bordeu, qu’elle l’avait pris en dormant.
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe nouvelle

Références

Théophile de Bordeu, Docteur Lucien Cornet, 1922, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus
Theophile de Bordeu, un homme d’esprit, de connaissances éclectiques et sachant séduire, Histoire des sciences médicales, tome LXI n°3, Jean-Jacques Ferrandis et Jean-Louis Plessis, 2007.
Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie dessiné d’après nature par Jacques Gamelin de Carcassonne… divisé en deux parties (1779)
Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées, par M. Théophile de Bordeu
Recherches sur le pouls par rapport aux crises. Tome 2 / , par M. Théophile de Bordeu
Poésies Béarnaises, Etienne Vignancour, 1860, Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus




Le pic du Midi de Bigorre

Surplombant le col du Tourmalet, le Pic du Midi de Bigorre atteint 2 876 mètres. Surmonté d’une antenne de TDF (Télédiffusion De France), il est visible de presque toute la Gascogne et sert de repère aux Gascons expatriés qui rentrent chez eux.

Le col du Tourmalet, la porte du pic du Midi de Bigorre

Haut de 2 115 mètres, il est le deuxième col pyrénéen, juste dépassé par le col de Portet (2 215 m). Il permet de relier la vallée de l’Adour à la vallée de Barèges. En effet, la route des gorges de Luz n’est ouverte qu’en 1744.

La route du col du Tourmalet reste longtemps la route thermale pour se rendre à Barèges. D’ailleurs, Napoléon III modernise le chemin en 1864. Alors, Achille Jubinal, député des Hautes-Pyrénées, vante le mérite des routes thermales devant les députés, le 22 juin 1868 : « …. à Tourmalet, ainsi qu’au col de Peyresourde, qui descend par Luchon ; nous passons à 2 000 mètres d’altitude avec des voitures à quatre chevaux, aussi facilement que vous traversez en Daumont la place de la Concorde. Pourquoi donc un chemin de fer ne pénètrerait-il pas là où vont à présent les voitures ? ». Plus tard, une ligne de Tramway, inaugurée en 1914, relie Bagnères de Bigorre à Gripp, au pied du Tourmalet. Mais elle ferme en 1925.

La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre
La route du Col du Tourmalet et le Pic du Midi de Bigorre

Les troupeaux fréquentent le Tourmalet en estive. Vers 1130, des moines s’installent sur son chemin, au lieu de Cabadur. Mais, la vie y est bien difficile. Alors, en 1142, ils vont dans la plaine de l’Arròs et fondent l’abbaye de l’Escaladieu. Toutefois, Cabadur reste une grange de l’abbaye de l’Escaladieu.

L’Ador, le fleuve gascon, nait sur les pentes du Tourmalet. Il est grossi par l’Ador de Palhòla, l’Ador de Cabadur, l’Ador de Gripp, l’Ador de Lespona, l’Ador de la Sèuva et l’Ador de Baudian.

Le col du Tourmalet et le sport

Eugène Christophe à l'arrivée du Tour de France 1912-1
Eugène Christophe à l’arrivée du Tour de France 1912

En 1902, le Touring club de France organise une course cycliste. Le départ et l’arrivée sont à Tarbes et les coureurs franchissent le col du Tourmalet à deux reprises. Ensuite, en 1910, le Tour de France cycliste passe par le col du Tourmalet lors de l’étape entre Luchon et Bayonne. Depuis, il l’empruntera 79 fois, ce qui en fait le col le plus franchi par les coureurs.

Lors du Tour de France de 1913, Eugène Christophe (1885-1970) brise la fourche de son vélo dans la descente du Tourmalet. Il marche 14 km jusqu’à Sainte-Marie de Campan et la répare dans la forge d’Alexandre Torné.

La MongieDe même, les skieurs dévalent les pentes du Tourmalet à partir de 1920. La construction d’un téléski en 1945 lance la station de sports d’hiver de la Mongie, le plus vaste domaine skiable de France. À noter, son nom vient de mongia, lieu de résidence des moines. De plus, la construction du téléphérique reliant la Mongie au Pic du Midi, permet à la station de s’équiper d’un réseau électrique et d’un réseau d’eau potable.

La station météorologique de La Plantade

Gaspard Monge (vers 1800) fit des mesures de pression au Pic du Midi de Bigorre
Gaspard Monge (vers 1800)

L’astronome montpelliérain, François de Plantade (1670-1741), monte sur le Pic du Midi de Bigorre pour étudier la couronne du soleil lors de l’éclipse de 1706. En 1741, il y fait des mesures barométriques et meurt en s’écriant « Ah ! que tout ceci est beau ! ».

Plus tard, en 1774, le chimiste Jean d’Arcet et le mathématicien Gaspard Monge atteignent le sommet pour étudier la pression atmosphérique. Conquis par le site, Jean d’Arcet propose la construction d’un observatoire dont le projet n’aboutira pas par manque de financement et pour cause de Révolution.

Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)
Louis Ramond de Carbonnières (en 1823)

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’ascension du Pic du Midi de Bigorre est une excursion à la mode. Louis Ramond de Carbonnières (1755-1827), botaniste et géologue, sert de guide à trente-cinq expéditions. En 1792, il écrit « Voyage et observations faites dans les Pyrénées », puis « Mémoire sur l’état de la végétation au sommet du pic du midi de Bagnères ».

En 1860, la société Ramond, première société pyrénéiste fondée en 1864 à l’Hôtel du Cirque de Gavarnie, reprend l’idée de construire un laboratoire au sommet du Pic du Midi.

Charles de Nansouty installa la première station météo au Pic du Midi de Bigorre
Charles de Nansouty

À partir de 1870, le général Charles du Bois Champion de Nansouty et l’ingénieur Célestin-Xavier Vaussenat reprennent ce projet dans lequel ils investissent leur fortune personnelle. La première pierre est posée le 20 juillet 1878.

Lire aussi l’article La tête dans les étoiles

En 1873, De Nansouty et Vaussenat installent une station météorologique, à la Plantade, au sommet du Tourmalet. Or, les conditions de vie sont précaires. Ainsi, en 1874, une tempête détruit les fenêtres, les volets et la porte de la station.

En 1875, les observations météorologiques et nivologiques permet d’anticiper la grande inondation du bassin de la Garonne. L’alerte est portée à pied dans la vallée. Pour communiquer plus rapidement avec la vallée, une station télégraphique est installée en 1877.

Malgré les contraintes techniques et météorologiques, la plate-forme et les premiers locaux sont opérationnels en 1880. Ainsi, des bulletins météos quotidiens sont envoyés aux villages de la vallée. La station de la Plantade est abandonnée en 1881.

L’observatoire du Pic du Midi de Bigorre devient propriété de l’État

Tout cela coute très cher et l’Etat achète l’observatoire en 1882.

En 1907, Benjamin Baillaud installe le premier grand télescope, un des plus grands du monde. Un jardin alpin et une bibliothèque de 1 300 ouvrages complètent le site.

L'observatoire du Pic du midi vers 1930
L’observatoire du Pic du midi vers 1930

Des groupes électrogènes fournissent le courant dès 1911. Et la TSF est installée en 1922. Plus tard, en 1949, il y aura raccordement au réseau électrique. Puis, un téléphérique pour le transport des personnes et du matériel entre en service en 1952. Notons que le projet de funiculaire de 1905 ne verra pas le jour.

Cependant, le ravitaillement se fait en été par des mulets et, en hiver, par des porteurs qui mettent 8 heures pour atteindre l’observatoire.

L’observatoire étudie les planètes, le rayonnement cosmique, l’électricité atmosphérique, la radioactivité dégagée par les sommets enneigés. Il étudie également la botanique, la biologie végétale et les sols.

L’émetteur du Pic du Midi de Bigorre

L'antenne de radiodiffusion de TDF
L’antenne de radiodiffusion de TDF

On installe des antennes de radiodiffusion en 1927.  Puis, on construit un émetteur de télévision en 1957. Et, en suivant, le centre TDF entre 1959 et 1962. Il dispose d’un émetteur de 104 mètres de haut et dessert le sud-ouest de la France.

L’observatoire vieillit. L’Etat envisage sa fermeture en 1998 mais la région Midi-Pyrénées se mobilise et engage la modernisation des installations techniques. Le nouveau site accessible au public ouvre en mai 2000. Les droits d’entrée assurent une part du fonctionnement du site.

 

La Réserve Internationale de Ciel Etoilé

Grâce à son emplacement exceptionnel, le Pic du Midi reste un des plus grands observatoires mondiaux. Mais la lumière artificielle de l’éclairage public des communes rend les observations du ciel de plus en plus difficiles.

Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre
Les télescopes du Pic du Midi de Bigorre

En 2009, une association d’astronomes du Pic du Midi lance l’idée d’une Réserve de Ciel Etoilé. Aidée par le Syndicat Mixte pour la Valorisation Touristique du Pic du Midi, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et d’autres partenaires, le projet se concrétise en 2013. La Réserve est gérée par le Pic du Midi, le Parc National des Pyrénées et le Syndicat Départemental de l’Energie des Hautes-Pyrénées.

La Réserve comprend deux zones. Le « cœur » de la réserve qui couvre 600 km² s’appuie sur des espaces protégées inhabités tels que le Parc national des Pyrénées, la réserve du Néouvielle et la réserve d’Aulon. La « zone tampon » comprend 251 communes qui s’engagent à limiter ou supprimer la pollution due à l’éclairage public.

La pollution lumineuse perturbe la biodiversité (cycles de reproduction, migrations, …). Elle représente un gaspillage énergétique considérable. Il représente 94 KWh par habitant en 2007 (43 KWh seulement en Allemagne). Les communes consacrent en moyenne 20 % de leur budget pour l’éclairage public qui nécessite la production de deux réacteurs nucléaires.

Le projet de Loi portant engagement national pour l’environnement prévoie de modifier le Code de l’environnement pour lutter contre la pollution lumineuse et le gaspillage qu’elle engendre.

La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées
La Voie Lactée au-dessus des Pyrénées

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le site internet de l’observatoire
La Réserve Internationale de Ciel Etoilé




Saint-Frajou, petit village, grands personnages !


Saint-Frajou est une petite commune rurale du Comminges, située à 7 km au sud de l’Isle en Dodon. Elle a donné, entre autres, deux des plus grands médecins du XVIIIe siècle, anoblis par le Roi et siégeant à l’Académie Royale de Médecine.

Jacques Daran (1701-1784)

Jacques DARAN (1701-1784) né à Saint-Frajou
« Jacques Daran  né le .. mars 1701 à Saint-Frajou en Gascogne »

Issu d’une famille de notaires, Jacques Daran (1701-1784) étudie la chirurgie sous la direction de grands maitres. Voulant voyager, il part en Lombardie où le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel III, lui fait des offres pour le retenir. Sans succès. Il part pour Rome, Vienne, Naples. Là, sa réputation lui vaut le titre de chirurgien du régiment du prince de Villa Franca.

La peste de Messine

La peste de Messine
La peste de Messine

Une épidémie de peste sévit à Messine (Sicile). Aussitôt, il s’y rend pour soigner les malades – les négociants français sont nombreux dans la ville. D’ailleurs, on dit que « Trois verbes envers la Peste ont plus d’effet que l’Art : partir vite, aller loin et revenir bien tard »». En tous les cas, Jacques Daran organise le épart des français pour Marseille. La traversée dure un mois et il ne perd qu’un seul malade !

Jacques Daran né à Saint-Frajou - Observations chirurgicales sur les maladie de l'urethre traitées suivant une nouvelle méthode (édition de 1753)À Marseille, Jacques Daran reçoit un accueil triomphal. Alors, il se fixe dans cette ville et s’intéresse aux maladies des voies urinaires. Il invente les « bougies Daran » destinées à élargir l’urètre. L’écrivain M. de Bièvre dira de lui : « C’est un homme qui prend nos vessies pour des lanternes ! ». L’expression est restée fameuse.

Cependant, sa réputation est si grande que le roi Louis XV en fait un de ses chirurgiens ordinaires. Sa présence attire une foule considérable de malades. Des riches, bien souvent venus de l’étranger, lui permettent de réunir une fortune colossale. Quant aux pauvres, « il leur donnait généreusement les remèdes et souvent il leur fournissait de sa propre bourse tous les moyens de subsister ».

Jacques Daran publie dix ouvrages de chirurgie. Il est reçu à l’Académie Royale de Chirurgie. Et il est anobli en 1755. Tout lui réussit ! Malheureusement, il spécule dans l’affaire du canal de Provence et il se ruine. Il continue d’exercer jusqu’à l’âge de 83 ans.

Gilles-Bertrand de Pibrac (1693-1771)

Gilles-Bertrand de Pibrac (1693-1771) est aussi originaire de Saint-Frajou. Comme Jacques Daran, il étudie la chirurgie.

Insigne du 1er Royal Dragons
Insigne du 1er Royal Dragons

En 1719, Gilles-Bertrand de Pibrac est engagé comme Aide-major lors de la guerre d’Espagne. Il participe aux sièges de Fontarabie et de Saint-Sébastien. Puis il devient Chirurgien-major du régiment Royal Dragons en 1721, chirurgien ordinaire du Duc d’Orléans en 1724, premier chirurgien de la princesse d’Orléans, veuve du roi d’Espagne Louis Ier (il ne règne que huit mois avant de mourir).

« La vue d'un homme situé comme il faut quand on luy veut extraire la pierre de la vessie »
« La vue d’un homme situé comme il faut quand on luy veut extraire la pierre de la vessie » (XVIIe)

En 1731, Gilles-Bertrand de Pibrac entre comme l’un des quarante membres du Comité Perpétuel de la toute jeune Académie Royale de Chirurgie. Il en prend la Direction en 1762.

Le chercheur se fait remarquer par ses travaux sur le traitement des plaies (il obtient la proscription des onguents qui provoquent des infections graves) et sur la cystotomie, c’est-à-dire l’ouverture de la vessie pour en extraire les calculs. En particulier, il invente la technique, encore utilisée, de l’injection d’eau dans la vessie pour une intervention plus facile.

Gilles-Bertrand de Pibrac devient Chirurgien Major de l’Ecole Militaire. Il est anobli en 1751 et admis dans l’Ordre de Saint-Michel qui ne compte que 100 membres. Il meurt en 1771 à l’âge de 78 ans.

Saint-Frajou n’a pas donné que des médecins célèbres

René Souriac né à Saint-Frajou
René Souriac, Président de la Société d’Etudes du Comminges

Saint-Frajou a aussi donné des hommes de lettres et des militaires. Par exemple, Saint-Frajou est la patrie de René Souriac (1941- ), agrégé d’histoire et spécialiste de l’histoire du Comminges auquel il consacre de nombreux ouvrages.

Depuis 1999, il est Président de la Société d’Etudes du Comminges et de la Revue du Comminges et des Pyrénées centrales.

Saint-Frajou, c’est aussi la patrie de Jean Saint-Raymond (1762-1806), militaire de la Révolution puis de l’Empire. En 1785, il entre soldat au régiment d’infanterie de l’ile Bourbon. En 1791, il est déjà sous-lieutenant dans le 1er bataillon des volontaires du Finistère. Enfin, il est nommé Colonel en 1803.

Fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1803, promu Officier de l’ordre en 1804 et Commandeur en 1805, il participe aux campagnes de Napoléon. En particulier, il se fait remarquer à Austerlitz. Il meurt en 1806 à Nuremberg.

Le Musée d’art moderne de Saint-Frajou

Ksenia Milocevic crée un musée d'Art Moderne à Saint-Frajou
Ksenia Milocevic, fondatrice du Musée d’Art Moderne de Saint-Frajou

Aujourd’hui, Saint-Frajou ne compte que 214 habitants et abrite un riche musée d’art moderne. Le musée de Saint-Frajou est créé en 2010, à la suite de la donation de Ksenia Milicevic, enrichi d’une nouvelle donation en 2016. L’artiste à une résidence secondaire à Saint-Frajou.

Installé dans le bâtiment de l’ancienne école, le musée présente une exposition permanente de toiles de Ksenia Milicevic, ainsi que des sculptures de Gérard Lartigue, Christopher Stone et Jérôme Alaux. Il accueille des expositions temporaires.

Une seconde collection de peintures, sculpture et photographie est en préparation. Elle présentera des œuvres d’artistes comme Niki de Saint Phalle, Victor Moley ou Ana Erra de Guevarra Lynch.

Depuis 2020, le musée travaille en partenariat avec le Musée des Abattoirs de Toulouse.

Mascotte de la Biennale des Enfants (Dessin de Ksenia Milosevic)
Mascotte de la Biennale des Enfants créée par Kenia Milocevic (Dessin de Ksenia Milosevic)

Ksenia Milicevic est née en 1942 en Bosnie-Herzégovine. Elle étudie la peinture et l’architecture. Elle s‘installe comme architecte en Argentine et poursuit en même temps ses études de peinture. Enfin, elle s’installe à Paris en 1982 et a son atelier au Bateau-Lavoir à Montmartre.

Elle fait sa première exposition en 1970. Depuis, elle expose dans les plus grands pays du monde : Etats-Unis, Mexique, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, Russie, etc. En 2010, elle fonde la Biennale de Peintures d’Enfants à Saint-Frajou. Elle réunit des peintures d’enfants de nombreux pays.

Et Saint Frajou ?

Saint Fragulphe par le sculpteur Gérard Lartigue
Saint Fragulphe par le sculpteur Gérard Lartigue  à Saint-Frajou

Il s’agit plutôt de Saint Fragulphe. Tout compte fait, c’est le premier grand homme de Saint-Frajou, village à qui le jeune Fragulphe a laissé son nom. D’ailleurs les habitants s’appellent les Fragulphiens.

Fragulphe nait dans le Savès au VIIIe siècle. Lors d’une invasion des Maures, le jeune homme de 20 ans entraine ses compagnons pour les combattre. Hélas, un Sarrasin lui tranche la tête d’un coup de cimeterre. Sa tête roule jusqu’à un endroit où jaillira une source. Elle laisse trois gouttes de sang qui seraient encore visibles à la fontaine !

 

 

La fontaine miraculeuse de Saint-Frajou
La fontaine miraculeuse de Saint-Frajou

Ses compagnons l’enterrent au sommet de la colline de Serreriis (Serrières). – – Des miracles s’accomplissent et des bénédictins bâtissent un monastère. C’est la première abbaye du Comminges.

Des habitants s’installent. La ville prend le nom du martyr qui sera vite déformé en Fragol, Frajol, puis Frajó (Frajou).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Revue de Comminges et des Pyrénées centrales
Daran, Jacques, 1701-1784 – Observations chirurgicales sur les maladies de l’urethre, traitées suivant une nouvelle méthode
Jean Saint-Raymond (Wikipedia)
Bernadette Molitor – De l’émergence de la pédiatrie dans les maisons des enfants royaux au XVIIIe siècle Article inédit publié sur Cour de France.fr le 28 février 2015.
Musée de peinture de Saint-Frajou
Galerie virtuelle d’art de Ksenia Milicevic
Geocaching sur Saint Frajou




Dominique Larrey, le père de la chirurgie d’urgence

Dominique-Jean Larrey nait le 8 décembre 1766 à Beaudéan dans les Hautes-Pyrénées. Les Gascons trufandèrs disent qu’à Beaudéan, il y a « six clochers et cinq-cents cloches ».  Six clochers : allusion aux cinq anciennes paroisses rattachées à Beaudéan…

Dominique Larrey étudie la médecine

Dominique Larrey par Girodet

Plusieurs membres de la famille Larrey sont dans la médecine. Un cousin, Jean-François Larrey, de Larroque en Nebouzan, devient chef de la corporation de chirurgiens de Tarbes. Son fils Dominique y exercera également et sera le parrain de notre Dominique Larrey de Baudéan (Hautes-Pyrénées). Quant à l’oncle Alexis, il est chirurgien en chef à l’hôpital Saint-Joseph à Toulouse.

Son père, Jean, est cordonnier. Il meurt en 1780 et Dominique, qui n’a que 13 ans, rejoint son oncle Alexis. Celui-ci lui enseigne la médecine qui lui valent d’être nommé professeur-élève en 1785 puis aide-major de l’hôpital (l’équivalent d’un chef de clinique) en 1786. Il a vingt ans ! Sa thèse porte sur la carie des os et Il obtient le meilleur résultat de sa promotion.

Maison natale de Dominique Larrey à Beaudéan
Maison natale de D. Larrey à Beaudéan

Deux ans plus tard, il part pour Paris continuer ses études de chirurgie à l’Hôtel-Dieu. Reçu au concours de Chirurgien-Major des vaisseaux, il va à Brest et s’embarque à bord de la Vigilante pour Terre-Neuve. Il y apprend à travailler dans des conditions difficiles. Au retour, Dominique Larrey passe le concours d’aide-major de l’hôpital des Invalides. Il termine premier. Cette même année, avec ses camarades étudiants, il participe à la prise de la Bastille.

En 1794, Dominique Larrey épouse Marie Elisabeth Laville-Leroult, peintre et élève de David. Il a un fils, Hyppolite, qui sera lui aussi chirurgien militaire.

Larrey devient chirurgien militaire

Ambulance volante de Dominique Larrey
Ambulance volante de Dominique Larrey

En 1792, Dominique Larrey  part dans le service de santé des armées à Strasbourg. Là, il comprend qu’il est important pour le moral des troupes de savoir qu’un service de santé est capable de prendre en charge rapidement les blessés et de les soigner.

Aussi, il se distingue en parcourant le champ de bataille pour opérer les soldats blessés, contrairement à l’usage qui voulait que les hôpitaux se tiennent en arrière.

Il met au point des ambulances volantes pour ramasser les blessés qu’il soigne sans tenir compte de leur grade ou de leur nationalité, ce qui lui vaut l’estime des généraux des armées ennemies. En revanche, cela lui crée des ennuis en France. Convoqué par Robespierre pour avoir soigné et libéré un prince autrichien, il évite de justesse la guillotine.

En 1797, Bonaparte invite Dominique Larrey à venir en Italie expérimenter ses ambulances volantes. Bonaparte est enthousiaste et ne se séparera plus jamais de Dominique Larrey qui participe à toutes les guerres de l’Empire en tant que chirurgien en chef de la Garde et des Armées.

Dominique Larrey, organisateur du Service de santé des armées

Dominique Larrey - Mémoire de chirurgie militaire (1812)-2Dominique Larrey se bat pour l’organisation des ambulances militaires qui doivent être au plus près des combats et assurer leur propre défense. Son idée est de donner les premiers soins aux blessés et de les opérer dans les vingt-quatre heures.

Le service est organisé en trois divisions comprenant chacune 12 ambulances légères à deux roues, 4 ambulances lourdes à quatre roues et 2 fourgons chargés de matériels et de pansements. Ces groupes mobiles sont complétés par une ambulance sédentaire et deux hôpitaux temporaires. Chaque ambulance est servie par 7 chirurgiens, 2 pharmaciens et 8 infirmiers.

Avant chaque campagne, Dominique Larrey organise les hôpitaux d’évacuation. Le service de santé doit récupérer les blessés, les ramener vers l’arrière dans un centre de triage et les diriger vers un centre de soins équipé en fonction des blessures constatées. Cette idée nouvelle pour l’époque lui vaut l’inimitié de l’administration des guerres.

Sur le terrain, des équipes mobiles de santé sont équipées de pansements et du nécessaire pour les premiers secours avant l’évacuation.

Il invente le secours d’urgence

Amputation du bras selon Dominique Larrey
Amputation du bras selon Larrey

Les campagnes de l’Empire permettent à Dominique Larrey de mettre au point des techniques chirurgicales d’urgence : amputations et désarticulation de membres, traitement des fractures, traitement des gelures, des brulures et des plaies gangréneuses. Les antibiotiques n’existent pas et l’amputation qu’il sait pratiquer en moins d’une minute est le seul moyen d’éviter l’infection.

Dominique Larrey développe « l’asticothérapie » qui consiste à déposer des asticots sur les plaies infectées pour les assainir. Il s’intéresse aussi aux appareils pour extraire les balles, aux aiguilles pour les sutures, aux trépanations, aux effets de l’effet de souffle, etc.

Dominique Larrey fait évacuer les blessés le plus vite possible pour qu’ils ne restent pas dans les hôpitaux où la surinfection entraine une mortalité effrayante.

Malgré les difficultés de la chirurgie de campagne et les conditions sanitaires de l’époque, on estime que 60 % des blessés traités par Dominique Larrey sont guéris ou n’ont gardé que des séquelles partielles.

Dominique Larrey sauve ses blessés

Dominique Larrey pense que le rôle d’un chirurgien est aussi de défendre les blessés, les armes à la main s’il le faut. Cela lui vaut l’estime des soldats et de ses ennemis.

Sir Arthur Wellesley, 1st Duke of Wellington
Sir Arthur Wellesley, 1st Duke of Wellington à Waterloo : « Je salue l’honneur et la loyauté qui passent »

Après la défaite d’Alexandrie contre les Anglais, il obtient l’évacuation des malades et des blessés qui partent avant les soldats valides. Larrey devient « La Providence » pour les soldats. Il prend la défense des jeunes conscrits blessés à la main et accusés de mutilation volontaire. Il prouve à l’Empereur que c’est le tir trop bas de la 3ème ligne qui provoque ces blessures. L’Empereur le remercie et ordonne le tir des régiments sur deux lignes seulement.

Larrey devient une légende vivante. À Waterloo, Wellington le reconnait et ordonne de ne plus tirer de son côté pour lui laisser le temps de ramasser les blessés : « Je salue l’honneur et la loyauté qui passent ». Dominique Larrey est blessé. Les Prussiens le font prisonnier. Reconnu au moment où on allait le fusiller, on l’amène à Blücher dont il a soigné le fils grièvement blessé sur le champ de bataille.

Lors de la Révolution de 1830, les émeutiers lui réclament les blessés de la Garde royale. Dominique Larrey s’y oppose fermement et sauve ses blessés.

Larrey effectuant une amputation de Rebsomen à Hanau
Larrey effectuant une amputation de Rebsomen à Hanau

La retraite de Dominique Larrey

Après 28 ans de services, 25 campagnes, 60 batailles, 400 combats et plusieurs sièges de places fortes, Dominique Larrey prend sa retraite à l’âge de 49 ans.

Larrey se consacre à la rédaction des cinq volumes de ses Mémoires de chirurgie militaire et campagnes et participe à la rédaction du Dictionnaire des Sciences Médicales en 60 volumes entre 1812 et 1822. Il devient membre de l’Académie royale de Médecine en 1820. Il devient membre de l’Institut de France en 1829, chirurgien en chef des Invalides en 1831. De 1826 à 1836, il enseigne l’anatomie et la chirurgie militaire au Val de Grâce .

Napoléon Ier sur son lit de mort à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821 (CA Steuben)
Napoléon Ier sur son lit de mort à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821 : « C’est l’homme le plus vertueux que j’aie connu »

Il meurt le 25 juillet 1842, au retour d’une mission d’inspection des hôpitaux de l’armée en Algérie. C’était le lendemain du décès de sa femme.

Dans son testament du 15 avril 1821, Napoléon consacre Dominique Larrey : « Je lègue au chirurgien en chef Larrey 100 000 francs ; c’est l’homme le plus vertueux que j’aie connu ».

 

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le Baron Larrey Chirurgien de Napoléon de André Soubiran, Editions Fayard, 1966.
Dominique Larrey, chirurgien militaire, Françoise Deherly, 29 avril 2021, Gallica blog
Dominique-Jean Larrey (1766-1842), Histoire de la médecine, Xavier Riaud
Mémoires de chirurgie militaire et campagnes, Dominique-Jean Larrey, 1812

 




Louis Ducos du Hauron, inventeur

Qui a inventé la photographie en couleur ou l’image en 3D ? Un Gascon nommé Louis Ducos du Hauron. Un inventeur génial et discret. Rendons-lui la place qu’il mérite !

Louis Ducos du Hauron

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Louis Arthur Montalembert Ducos nait à Langon le 8 décembre 1837. Son père, Amédée, est fonctionnaire des contributions. Sa mère est Marguerite Boivin. La famille se déplace dans le sud-ouest selon les affectations du père. Ainsi, il va à Libourne, Pau, Tonneins, Agen.

Doué dans de nombreuses disciplines, il sera un excellent pianiste, remarqué par Camille Saint-Saëns. Pourtant, son attrait pour la physique et la chimie lui inspire en 1859 son étude des sensations lumineuses (sur la persistance rétinienne) et sur la distribution de la lumière et des ombres dans l’univers.

Hélas, si Louis est un autodidacte de talent, il n’a pas de sens commercial et ne saura pas se mettre en avant.  Amédée le comprend. Il demande à son fils ainé, Alcide, de s’occuper de lui, ce qu’il fera volontiers, conscient du génie de son frère et aussi de sa fragilité. Alcide est un magistrat et un poète apprécié de Jean-François Bladé.  Alcide appuie son frère, rédige des publications pour lui… Quant à Louis, il participera financièrement en donnant des cours de piano.

Les premières inventions de Ducos du Hauron

Une nature morte de Ducos du Hauron - Feuilles et pétales de fleurs (1869)
Feuilles et pétales de fleurs (1869)

En 1864, Louis dépose son premier brevet (n° 61976) pour un « Appareil destiné à reproduire photographiquement une scène quelconque avec toutes les transformations qu’elle a subies pendant un temps déterminé ». On peut parler d’image animée – nous sommes trente ans avant l’invention des frères Lumière ! Il photographiera même des dessins pour faire des dessins animés, concevra les accélérés, les ralentis, les travellings et même les trucages.

La photographier indirecte
La photographie indirecte des couleurs par L. Ducos du Hauron

Il est suivi en 1868 d’un autre brevet majeur (n° 83061) :  Les couleurs en Photographie, solution du problème. C’est ce premier procédé par trichromie de photographie en couleurs qu’il montre à la Société Française de Photographie (SFP) le 7 mai 1869. Et il arrive avec une première photo en couleur,  Feuilles et pétales de fleurs, actuellement au musée Niépce (musée de la photographie de Chalon sur Saône). Ce même jour, Charles Cros (1842-1888) présentait un procédé similaire mais uniquement théorique (sans apporter de photo).  L’avantage du travail de Ducos du Hauron, c’est que tout est prêt pour un passage à une production industrielle.

La première imprimerie

En 1876, ses premières photographies couleurs sont présentées lors de l’Exposition de la Société Française de Photographie. Là, Eugène Albert (1856-1929), entrepreneur et chimiste de Munich, lui propose d’exploiter son procédé en Allemagne. Trop  patriote ou pas assez industriel, Louis décline l’offre. Il publie en 1878 son Traité pratique de photographie des couleurs.

Ducos du Hauron - Agen (1877)- la première photo en couleurs de paysage
Ducos du Hauron – Agen (1877)- la première photo de paysage en couleurs

La triplice photographique et l'imprimerie
La triplice photographique et l’imprimerie

Louis Ducos ne veut pas seulement inventer, il veut voir ses inventions mises en pratique. Alors, en 1882, il monte un projet avec l’aide de l’ingénieur agenais Alexandre Jaille (1819-1889) : fonder une imprimerie trichrome à Toulouse. Après 11 mois de travail, l’imprimerie est créée. Il s’y donne avec passion. On lira sa technicité dans son traité scientifique de 1897, La triplice photographique et l’imprimerie.

Pourtant, en 1884, Louis Ducos rejoint son frère qui vient d’être nommé président de la Cour d’assises d’Alger. Il y restera 12 ans.

Ducos du Hauron - Baie d'Alger
Louis Ducos du Hauron –  Alger – Quartier Saint-Eugène

La scoumoune industrielle 

L. Ducos du Hauron - Lourdes (phototypies - Quinsac - Toulouse
Lourdes – Phototypies de  Quinsac – Toulouse

En 1888, un incendie détruit ses ateliers de Toulouse.  Peut-être une bonne chose finalement, car Louis abandonne alors la production industrielle et se consacre aux inventions. Son imagination et sa science paraissent sans limite. Il laissera une vingtaine de brevets sur des sujets divers. Parmi les plus remarquables, citons l’imagerie 3D (déjà !), la reproduction des dessins et gravures, les corrections et déformations des panoramas (grâce à l’utilisation de deux fentes, brevet n° 191031), et tout un tas d’accessoires comme une canne œil de géant qui permet de photographier au-dessus d’une foule. Il invente aussi un appareil à miroir courbe qui permet de faire des panoramas 360° (brevet n° 247775, 1895).

L’image 3D par les anaglyphes

Anaglyphe

En 1891, Ducos du Hauron imagine de superposer deux photos, l’une en rouge pour l’œil gauche, l’autre en cyan pour l’œil droit. Avec des lunettes aux verres colorés, l’image apparait alors en relief. Il écrit d’ailleurs en 1893 un traité intitulé L’Art des anaglyphes. Il déclare à la Société des sciences, des lettres et des arts d’Agen, qu’il est prêt à renoncer aux droits de son brevet si quelqu’un pouvait imprimer et publier une image anaglyphe de la lune. Trente ans plus tard le reporter et photographe Léon Gimpel (1873-1948) applique la technique Ducos du Hauron à partir de deux photos de la lune réalisées par l’astronome Charles Le Morvan (1865-1933).

Le polyfolium

Kodachrome ca 1940
En 1935, Kodachrome reprend l’idée du polyfolium chromodialytique (photo de 1940)

En 1895, Louis Ducos dépose un brevet pour son polyfolium chromodialytique (brevet n° 250802), un système de superposition de couches sensibles transparentes et de filtres couleur. Il le propose aux frères Lumière qui n’en feront pas cas. C’est l’Allemand Rudolf Fischer qui reprendra le procédé en 1911 pour son Agfacolor, puis l’Américain Eastman Kodak en 1935 avec le Kodachrome.

Une gloire qui se fait attendre

Une des multiples inventions de Ducos du Hauron : le melanochromoscope
Une des multiples inventions de Ducos du Hauron : le melanochromoscope

En 1896, Louis s’installe à Paris. Il met au point un chromographoscope (brevet n° 271704, 1897), qui deviendra deux ans plus tard le mélanochromoscope. (brevet n° 288870). Cet appareil permet de prendre trois négatifs en même temps sur une même plaque. Il permet aussi une vision synthétique des couleurs.

Sous l’impulsion de son neveu, Raymond de Bercegol, il s’associe à la société Jougla. Trop chercheur et toujours pas industriel, Jougla sera racheté par les frères Lumière.

En 1909, son frère décède. Louis Ducos rentre dans la famille de sa belle-sœur en Lot-et-Garonne à la déclaration de la guerre.

 

Portrait de Ducos du Hauron sur Autochrome des Frères Lumière
Portrait de Ducos du Hauron sur Autochrome des Frères Lumière

Comment se fait-il que son génie n’ait pas été encensé ? C’est inexplicable. Il recevra quelques faibles reconnaissances comme celle du Palais des Champs-Élysées en 1870, celle de la 11e exposition de la Société Française de Photographie, celle de l’Union des Beaux-arts en 1876 et celle de l’Exposition Industrielle d’Agen, celle de la médaille d’honneur d’Agen en 1879. Des babioles !

Il lui faudra attendre 1912 pour qu’il reçoive la Légion d’honneur, 1914 pour un grand hommage de la Société Française de Photographie. Ses découvertes sont présentées, montrées. Peu de choses au total.

En 1920, il revient à Agen où il décède quelques mois après, le 31 aout. Il y aura cinq personnes à son enterrement.

Faut-il retenir ce qu’affirme le scénariste Joël Petitjean qui a fait des recherches approfondies sur le génial Gascon : ses inventions « étaient bien trop en avance sur leur temps » (Support/Tracé, avril 2017) ?

L’hommage de la ville d’Agen à Ducos du Hauron

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BD à l’occasion du centenaire de sa mort, de Pauline Roland et Marine Gasc

En janvier 2018, l’association Photo Vidéo Création 47 réalise un long-métrage consacré à notre photographe.

Pour le centenaire de sa disparition, la ville d’Agen prévoit un colloque international. Il est reporté pour cause COVID aux 10 et 11 septembre 2021.

 

 

 

 

Références

site des amis de l’inventeur
LDH, inventeur de la photographie en couleur
La gazette drouot, Ducos du Haron, la couleur révélée




Salies de Béarn, la reine des eaux salées

Faut-il aller à la mer pour soigner les enfants ? Non, répond le médecin Charles Raynaud, au début du XXe siècle. Et de défendre les vertus des eaux salées de Salies du Béarn.

Quelles sont les particularités des eaux de Salies ?

Ses eaux profondes traversent des couches de sel déposées par la mer présente il y a 200 millions d’années. Du coup, elles sont incroyablement minéralisées. Avec plus de 290 g de sel par litre d’eau,  elles battent les 275 g par litre de la mer morte. Si on ajoute ses 26 oligoéléments, ses 837 mg d’ion magnésium, son calcium, son brome et son lithium, on comprend leur spécificité.

Grâce à des fouilles archéologiques, on sait que le sel était déjà extrait à Salies il y a trois-mille ans.  Mais une légende raconte une plus belle histoire. Un jour, des chasseurs poursuivaient un sanglier.  Ils réussirent à en blesser un qui s’enfuit pour mourir un peu plus loin dans un marécage. Les chasseurs le retrouvèrent peu après, le corps couvert de cristaux de sel. Ainsi fut découverte l’eau salée et des cabanòtas furent construites autour, aujourd’hui la ville de Salies.

plaque présentant la légende du sanglier de Salies de BéarnMais la légende ne s’arrête pas là. La bête moribonde aurait murmuré un dernier mot à nos chasseurs : Si you nou y eri mourt, arres n’y bibéré / Si jo non i èri mort, arrés n’i viveré [Si je n’y étais pas mort, personne n’y vivrait]. Des mots gravés en 1927 sur la fontaine du Sanglier, place du Bayaà !

Le premier bain médical

Livre du docteur de Larroque sur les qualités médicinales des eaux salisiennesC’est mi XIXe que le docteur Nogaret (1817-1878) plonge un premier patient dans les eaux de Salies, même si les habitants ont l’habitude de se baigner dans le bassin de la fontaine. Le succès ne tarde pas, d’autant plus que son confrère, le docteur Jean-Brice de Coustalé de Larroque, médecin de Napoléon III, vante les eaux salisiennes à la cour impériale. Il écrit même un livre en 1864 : Hydrologie médicale. Salies de Béarn et ses eaux chlorurées sodiques (bromo-iodurées).

En 1891, l’Académie nationale de médecine les signale pour leurs bienfaits sur les pathologies liées aux rhumatismes, les affections gynécologiques et les troubles du développement de l’enfant. Dans les années 1900, des affiches ornent les murs du métro parisien avec le slogan : Salies-de-Béarn, la santé par le sel.

Pourtant, le bord de mer est souvent préféré pour nos chers petits. Un médecin parisien, installé à Salies, va attirer l’attention des parents sur la station béarnaise.

Charles, Auguste, Joseph, Noël Raynaud

Charles Raynaud
Charles Raynaud

Charles Raynaud nait le 25 décembre 1875 à Paris. Il fait ses études et passe son diplôme à Paris. Sa thèse concerne le Sanatorium d’Argelès. Puis, il exerce comme médecin à Salies-de-Béarn où il sera connu pour traiter les maladies des femmes et des enfants.

Son père, Maurice (1834-1881), était déjà médecin et pas n’importe quel médecin puisqu’il donna son nom à cette maladie rare qui contracte les vaisseaux sanguins des extrémités.

Sa mère, Emilie Paravey (1849-1931), aime particulièrement le dessin. Elle survit 49 ans à son mari. Mais elle quitte la région parisienne pour se réfugier dans la maison de la Goardère de Salies-de-Béarn, maison habitée par son fils Charles.

Jeanne de Prigny de Quérieux
Jeanne de Prigny de Quérieux

Entre temps, le 16 avril 1901, Charles épouse à Urt Jeanne de Prigny de Quérieux, avec qui il aura onze enfants. Celle ci est née comme Charles le 25 décembre 1875 mais à Saint-Laurent-de-Gosse dans les Landes. Elle meurt le 25 décembre 1956 à Urt, au pays basque. Charles, lui, est décédé le 20 décembre 1929 à Paris.

Salies du Béarn ou la mer ?

Affiche publicitaire "La santé par le sel" sur Salies de BéarnAu début du XXe siècle, Salies de Béarn est déjà bien connu pour les bienfaits de ses eaux salées pour les affections des femmes, les ostéites et arthrites. Le bon docteur Raynaud veut aussi faire connaitre les qualités de la station pour les enfants. On sait que les eaux salées sont efficaces pour revigorer les petits souffreteux. Charles Raynaud précise que, pour des maladies importantes, il faudra passer 8 à 10 mois à Berck-sur-mer pour obtenir le même résultat qu’en un mois à Salies.

Il constate aussi que le choix entre la mer et Salies est souvent lié aux moyens financiers des parents. Un séjour de plusieurs mois en établissement de bord de mer permet aux moins favorisés de remettre l’enfant sur pied à moindre cout, et de le récupérer quelques mois après apte au travail. Alors que les plus fortunés préfèrent une série de cures courtes et énergiques.

Les indications des cures à Salies du Béarn

Vue de Salies début XXe siècleLe docteur Raynaud signale l’anémie comme première indication. Une maladie que Salies combat avec succès. Le médecin accuse la pollution des grandes villes (les intoxications comme il dit) où les enfants passent d’un appartement trop chauffé au brouillard et fumées des usines et des cheminées à l’extérieur. Une autre cause est la santé familiale : ces enfants sont parfois fils ou filles de syphilitiques, de tuberculeux, de paludiques, etc.

La deuxième indication est le rachitisme quel qu’en soit l’avancement. Les eaux salées permettent de mieux fixer les phosphates, analyses d’urine en preuve. Et les enfants déformés par la maladie (gros ventre, jambes en cerceaux…) reprennent un cours normal de croissance. Les résultats sont visibles à l’œil nu !

La troisième indication est le lymphatisme, ce trouble se traduisant par de la mollesse, de la nonchalance. À Salies, les enfants se revivifient et arrêtent rapidement d’attraper des rhumes ou autres maladies respiratoires.

Enfin les nerveux (souvent enfants d’alcooliques ou d’intellectuels surmenés selon les dires du docteur) vont retrouver le calme grâce aux effets sédatifs de Salies.

Du doigté dans les cures

Enfant de 2 ans atteint de rachitisme
Enfant de 2 ans atteint de rachitisme

Les enfants peuvent suivre les cures à partir de deux ans, exceptionnellement avant. Mais on ne se trempe pas comme ça dans des eaux aussi salées. Aussi, le médecin prend-il des précautions en diluant les eaux pour les premiers bains. On demande aux petits patients de rester allongés pendant une heure ou une heure et demie après le bain pour lutter contre la révolte des enfants et la faiblesse des parents. Une réaction qui s’estompe après trois ou quatre bains. Les enfants s’endorment souvent après le bain.

La cure continue tant que l’enfant ne présente pas de signe de fatigue, de baisse d’humeur ou d’appétit. Charles Raynaud n’hésite pas à faire des pauses pour laisser l’enfant récupérer. Puis, après la cure, il conseille deux à trois semaines de repos à la campagne, en moyenne altitude afin que l’enfant « digère » sa cure.

Et ça marche docteur ?

Qu’il nous suffise de citer quelques chiffres : Pour des cas très mauvais, presque désespérés (enfants de l’assistance publique « rescapés » des grands services de chirurgie des Hôpitaux de Paris) il y a eu après un mois de séjour en moyenne de 80 à 90 pour cent de guérisons. Pour des cas moyens de clientèle de ville, il y a toujours amélioration en une ou deux saisons, parfois transformation radicale, au point qu’il nous arrive de ne plus reconnaître les enfants d’une saison à la suivante. 

Vue du vieux Salies de Béarn

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Salies-de-Béarn station d’enfants, docteur Ch. Maurice-Raynaud, 1909
Une chute historique, L’écho de Stan, Charles Marie Raynaud, 1893
Le site des Thermes de Salies
Charles Nogaret
Un sel de légende et de tradition

 




La tête dans les étoiles

Deux observatoires, deux aventures d’amateurs qui avaient la tête dans les étoiles. Quel Gascon ne connait pas l’observatoire Pic du Midi de Bigorre ? Un élément du paysage local d’aujourd’hui. Un autre va attirer l’attention, surtout des Américains, celui du Houga, fondé par Julien Péridier.

Avant l’observatoire, un site d’observation

François de Plantade monte au Pic du Midi pour des observations scientifiques
Discours prononcé par François de Plantade devant la Société Royale des Sciences de Montpellier le 27 février 1732

En 1706, l’avocat languedocien François de Plantade (1670-1741), épris d’astronomie, gravit le Pic du Midi (2877 m) pour observer les taches solaires lors d’une belle éclipse de Soleil (12 mai). Un travail remarqué. Il fera ensuite d’autres ascensions de d’autres pics pour d’autres buts.  Puis le roi, à travers le comte de Maurepas (1701-1781), lui demandera de réunir des observations sur les hautes montagnes.

Il reviendra donc, à 71 ans, faire des mesures de pression sur le Pic du Midi.  Le 25 août, il est au col de Sencours (2378 m). Il continua de monter jusqu’à onze heures du matin ; mais se trouvant alors à la hauteur perpendiculaire de 400 toises, il eut besoin de se faire aider par deux hommes de sa suite. Il expire dans leurs bras, selon ce que nous rapporte le médecin et botaniste d’Alès, François Boissier de Sauvages (1706-1767), dans son éloge à M. de Plantade.

Un observatoire météo au col de Sencours

La tête dans les étoiles - Dr Costallat installe le premier observatoire au dessous du Pic du Midi
Dr Costallat

Le pic du Midi est bien dégagé et d’accès facile (pour un haut pic). Dès 1770, le mathématicien Gaspard Monge (1746-1818) ou le chimiste Jean Darcet (1724-1801) émettent l’intérêt d’y construire un observatoire.

L’histoire attendra le docteur Costallat qui installe en 1852, à ses frais, une hôtellerie-station météo (station Plantade) au col de Sencours. Au premier hiver, une tempête de neige l’emporte et des amoureux de la montagne la reconstruisent aussitôt.

Une société d’exploration pyrénéenne, la Société Ramond, vient de se créer. Costallat en est membre. La société va défendre la création d’un observatoire, argüant que la qualité d’observation est meilleure en altitude. Ils ont du mal à convaincre. Peut-on résider là-haut ?

La construction de l’observatoire au Pic du Midi

La tête dans les étoiles - Charles de Nansouty un des fondateurs de l'Observatoire du Pic du Midi
Charles de Nansouty (1815-1895)

Finalement, son président, le général Charles-Marie-Étienne Champion Dubois de Nansouty (1815-1895), décide d’aller lui-même hiverner à Sencours en 1877.

Il fait -30°C, les grilles du poêle fondent, les aliments gèlent. 1,80 m de neige a tout recouvert, même l’édifice. Il faut redescendre dans la vallée. Avec ses deux aides et sa chienne Mira, ils se mettent en route. Il leur faudra 16 heures pour rejoindre Gripp.

Malgré cette mésaventure, le général en conclut qu’il faut construire une construction solide et plutôt au sommet du pic. C’est en 1878 que sont lancés les travaux de construction de l’observatoire. Ils sont réalisés par l’entreprise Abadie par campagnes durant deux à trois mois chaque année. Le budget explose. Prévu à 30 000 F, il en coutera 248 000. Ils arrivent à en récolter 200 000. Cela ne suffit pas.

La tête dans les étoiles - Célestin Vaussenat travaille avec Charles de Nasouty à la création d'un observatoire au Pic du Midi
Célestin-Xavier Vaussenat (1831-1891)

Le 7 août 1882, la société Ramond cède les installations à L’État, qui paie le solde, met en place un budget de fonctionnement et nomme Célestin-Xavier Vaussenat (1831-1891), membre de la société Ramond) directeur. Ils y feront surtout des travaux de météorologie.

Le premier télescope

La tête dans les étoiles- Benjamin Baillaud installe un télescope au Pic du Midi
Benjamin Baillaud (1848-1934)

En 1901, le directeur de l’observatoire de Toulouse, Benjamin Baillaud (1848-1934) propose d’implanter une station astronomique au Pic du Midi. Et en 1904, il décide d’y construire un télescope. Deux ans plus tard, la coupole est en place.

Le télescope a été fabriqué à Paris. Il arrive en 22 caisses de 350 à 700 kg d’abord en train, puis par chars à bœufs jusqu’au col du Tourmalet. Ce sont ensuite des soldats de Tarbes qui transportent les caisses jusqu’au sommet du Pic du Midi. Le télescope est monté sur place. Il s’agit d’un télescope équatorial (ayant un axe de rotation parallèle à l’axe de rotation terrestre afin de suivre un astre pendant son parcours) de 6 mètres de foyer.

Peu utilisé par les astronomes français (il fallait quand même y aller), l’observatoire du Pic du Midi n’attire pas. Il sera même proposé à la fermeture en 1922. Sans effet.

Marcel Gentili offre un T60

Le T60 vers 1950 lreplus gros télescope du Pic du Midi
Le T60 vers 1950

L’astronome genevois Emile Schaër (1862-1931) construit le télescope T60, de type dit Cassegrain (dispositif optique particulier à deux miroirs), vers 1910. L’équipement est installé à côté de Genève. Il est quelques années après acheté par Giuseppe de Gentili, astronome amateur de Buc (Seine et Oise).

Or, lors de la seconde guerre mondiale, la famille Gentili, d’origine israélite, fuit Paris. Le fils, Marcel (1930-2016), se réfugie dès 1942 à l’observatoire du Pic du Midi. En remerciement, il offre le télescope T60 et sa coupole à l’Observatoire. Ce sera le plus gros télescope du Pic.

L’observatoire du Pic du Midi aide à la mission Apollo

En 1951, un téléphérique est construit. Enfin, tout se déclenche, l’observatoire est fréquenté. Les travaux de Bernard Lyot attirent l’attention de l’astronome tchèque Zdenek Kopal (1914-1993). Celui-ci, chef du département astronomie de l’université de Manchester, est conseiller externe de la NASA pour la préparation des missions Apollo.

Il décide de réaliser une cartographie de la Lune. 50 personnes sont mobilisées pendant une dizaine d’années. Ils font des milliers de photos et les redescendent tous les soirs pour les livrer à l’armée américaine. Elles sont ensuite transportées par avion à Saint-Louis (Etats-Unis).

70 ans après, l’aventure continue toujours au Pic du Midi même si d’autres observatoires, comme ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili, ont des dimensions plus gigantesques et deviennent la coqueluche des scientifiques.

ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili
ALMA (Atacama Large Millimeter/ submillimeter Array) au Chili

Julien Péridier, l’astronome amateur

Julien Péridier (1882-1967), astronome amateur avec la tête dans les étoiles
Julien Péridier (1882-1967)

En Gascogne, on connait moins l’histoire de cet homme et de son observatoire que celle du Pic du Midi. Pourtant, on salue Julien Péridier (1882-1967) dans le monde entier.

Fils du Gers, Julien Péridier suit des études d’ingénieur électricien de haut niveau (Centrale Paris et École Supérieure d’Électricité). Il en fera carrière. Mais l’homme a une passion, l’astronomie et il passera son temps libre la tête dans les étoiles. En 1905, il va en Espagne étudier une éclipse du soleil. Les coopérations internationales sont fortes dans le domaine scientifique et il contribue à des associations françaises et britanniques. Par exemple, il est membre de la Royal Astronomical Society (R.A.S.) dès 1909. Il y croisera un membre célèbre – on dit F.R.A.S (Fellow of the Royal Astronomical Society) : Albert Einstein.

L’observatoire du Houga

L'Observatoire du Houga - L'Astronomie, 1940 )
L’Observatoire du Houga –
L’Astronomie, 1940

Julien Péridier va construire un observatoire privé chez lui, à Las Arosetas [les Arousettes], commune Lo Hogar, en 1933. Il s’équipe d’instruments de valeur, dont un télescope de 8 pouces très remarqué, et il rassemble une bibliothèque importante. Son installation, sur une simple butte, comprend deux coupoles, l’une abritant un réfracteur double, l’autre est la coupole d’un réflecteur de Calver.

Pendant plus de trente ans, de jeunes astronomes français vont y faire des observations, publier, échanger avec les observatoires du monde entier. Il vont développer en particulier la photométrie stellaire (unique façon d’appréhender l’univers au delà du système solaire).

L’observatoire travaille sur la Lune

En juillet 1959, Harvard sélectionne l’observatoire pour participer à l’étude de l’occultation de l’étoile Régulus par Vénus. Les Américains saluent la qualité des installations de Julien Péridier qui a grandement favorisé la réussite de la mission. Donald Howard Menzel (1901-1976), directeur de Harvard, prolonge sa collaboration avec le Gascon pendant cinq ans autour de travaux sur la Lune. Il faut dire que c’est l’époque où tous sont focalisés sur les missions Apollo.

À sa mort, et avec son accord,  l’université du Texas achète sa bibliothèque et ses instruments pour enseigner l’astronomie. Le télescope de 8 pouces du Hogar permet d’étudier les planètes et de former les jeunes astronomes.

Anne-Pierre Darrées

écrit en nouvelle orthographe

La Terre vue de la Lune

Références :

Eloge à M. de Plantade, François Boissier de Sauvages, Assemblée publique de la Société Royale des Sciences, 21 novembre 1743
La création de l’observatoire du pic du Midi par la société Ramond
L’observatoire du pic du midi, Marcel Gentili, 1948 (disponible à la bibliothèque Escòla Gaston Febus)
Le télescope T60, Philippe Garcelon,,
Julien Péridier, G. de Vaucouleurs, Univeristy of Texas, Austin, department of astronomy

 




La peste et le vinaigre des quatre voleurs

La peste, ce fléau de l’humanité, a fait de grands ravages. Dès qu’un cas suspect se déclare, tous fuient les pestiférés. Tous ? Quatre voleurs semblent ne pas s’en soucier et pillent les maisons atteintes. Quel est leur secret ? Léo Barbé (1921-2013), fondateur du musée d’Art Sacré et de la Pharmacie de Lectoure, mène l’enquête…

Quatre voleurs pendant l’épidémie de peste

Une des sépultures multiples trouvées Rue des 36 Ponts à Toulouse datant probablement de la grande peste noire (1348)

La peste est un vrai fléau en Europe. Elle sévit un peu partout même si la Gascogne reste à l’écart : 1348 la Grande Peste Noire, 1534 Agen, 1599 Bordeaux, 1607 Toulouse, 1628, Toulouse.

L’épidémie de 1628 ira crescendo pendant trois ans. Une peste terrible qui fera 10.000 morts sur 50.000 habitants. C’est la peur… On se terre ou on essaie de fuir. Et puis, on meurt. … Pourtant quatre voleurs s’introduisent dans les maisons, dépouillent les cadavres sans crainte, vident les économies cachées.

Ces quatre voleurs, en parfaite santé, sont appréhendés et menés devant la justice. Le tribunal les condamne à être roués, châtiment normalement réservé à des assassins. Mais, on s’interroge. Comment ont-ils osé braver le fléau ? Alors les juges négocient. Et les quatre voleurs avouent leur secret contre un allègement de leur peine : ils seront pendus et non roués !

Cette histoire va rester dans la mémoire collective. Et la même histoire sera rapportée un siècle plus tard lors de la terrible peste de Marseille, en 1720.

Le supplice de la roue

Le supplice de la roue
Le supplice de la roue

Un supplice attesté depuis 1127, et précisé dans l’édit de 1534, signé par François 1er.  Les deux bras leur seront brisez et rompus en deux endroits, tant haut que bas, avec les reins, jambes et cuisses et mis sur une rouë haute plantée et élevée, le visage contre le ciel, où ils demeurerons vivants pour y faire pénitence tant et si longuement qu’il plaira à notre Seigneur de les y laisser, et morts jusqu’à ce qu’il soit ordonné par justice afin de donner crainte, terreur et exemple à tous autres.

L’écrivain parisien Louis Sébastien Mercier (1740-1814) décrit : Le bourreau frappe avec une large barre de fer, écrase le malheureux sous 11 coups, le replie sur une roue, non la face tournée vers le ciel , comme le dit l’arrêt, mais horriblement pendante; les os brisés traversent les chairs. Les cheveux hérissés par la douleur, distillent une sueur sanglante. Le patient, dans ce long supplice, demande tour à tour de l’eau et la mort. 

Le vinaigre protège les quatre voleurs de la peste

Le vinaigre des 4 voleurs - encore d'actualité ?
Le vinaigre des 4 voleurs – encore d’actualité ?

Le secret de nos voleurs, c’est un vinaigre qu’ils respirent et dont ils se lavent les mains avant leurs larcins, un vinaigre spécial qui les protège de la peste ! Léo Barbé a analysé sept formules appelées « vinaigre des quatre voleurs » qu’il a retrouvées dans des archives, dont une à Lectoure.

La base est le vinaigre considéré longtemps comme un antiseptique, auquel on ajoute des stimulants comme la rue, le camphre ou le romarin et ce que les Toulousains appellent le « délice des Gascons », c’est-à-dire l’ail. Enfin nos voleurs y ajoutent des toniques comme l’absinthe.

Ont-ils inventé leur vinaigre ? Léo Barbé penche plutôt pour l’utilisation de formules plus anciennes dont il trouve de nombreuses traces.

Les savoirs anciens

Les vinaigres sont connus et utilisés en particulier par les confesseurs, les infirmiers et autres personnes employées au service des pestiférés.

Albertus Magnus (ca 1200 - 1280), fresque de Tommaso da Modena (1332).
Albert le Grand, fresque de Tommaso da Modena (1332)

Léo Barbé évoque le « vinaigre des philosophes » mis au point par l’Allemand Albert le Grand, de son vrai nom Albrecht von Bollstädt (1200?-1280), patron des scientifiques. Il s’agit plutôt d’une « eau de vie », d’une distillation d’une eau tierce mercurique après putréfaction dans le ventre d’un cheval. Ce vinaigre devait être sacrément agressif et nous pouvons douter qu’on en ait bu sauf très mélangé ! En fait il y aurait une petite centaine de formules dont le vinaigre virginal, le vinaigre pontifical, le vinaigre de Vénus… Bref les vinaigres resteront une base extrêmement courante de la chimie médicale.

Paracelse (1493-1541), le grand médecin suisse, considère l’ail comme le meilleur remède pour éviter la peste. Ambroise Paré (1510-1590), père de la chirurgie moderne, le confirme dans son Traicté de la peste, de la petite verolle & rougeolle. Le Toulousain Jean de Queyrats (?-1642) le vante aussi dans Brief recueil  des remèdes les plus expérimentés pour se préserver et guérir de la peste.

Un autre Lectourois, grand chimiste et médecin, Joseph du Chesne (1546-1609), insiste dans La Peste Recognue Et Combatue Avec Les Plus Exquis Et Souverains Remedes Empruntez de L’Une Et de L’Autre Medecine : ie me ferais tort n’estant gascon comme ie suis, ie ne parlais d’une Thériaque commune en Gascogne, a scavoir des seuls aulx que le commun peuple aime, s’en repaist, qui s’en sert en diverses saulces comme d’une bonne nourriture qui le renforce et lui aiguise l’appétit. L’Ail en outre sert d’une médecine en tant qu’il est l’ennemy de toute vemine et corruption et voire servant d’antidotes à plusieurs venins

L’efficacité des traitements contre la peste

Médecin visitant les pestiférés (extrait du Traité de la peste du Sieur Manget (1721)

Il est très difficile de connaitre l’efficacité de ces traitements. Outre le manque d’étude statistique, les formules diffèrent selon le préparateur et les moyens de l’acheteur, certains ingrédients étant rares et chers.

En tous cas, les médecins sont au premières loges dans la lutte contre l’épidémie. Ils se protègent par un habit adapté. Le médecin Genévois, Jean-Jacques Manget (1652-1742) explique ces précautions prises dans son Traité de La Peste recueilli des meilleurs auteurs anciens et modernes. Le médecin porte une jupe, une culotte et des bottes en cuir, ajustées les unes aux autres. Par-dessus une blouse en cuir du Maroc. Enfin la tête est recouverte d’un espèce de masque où le nez se place à l’intérieur d’un bec d’oiseau plus ou moins long, empli de substances aromatiques qui purifiait l’air inhalé.

Le grand renfermement

La peste, outre les morts, jette dans les rues de nombreux mendiants. En 1632, à Toulouse, à la sortie de l’épidémie, la ville ne compte plus que 25 000 habitants et plus de 5 000 mendiants. Les excès de la fiscalité royale et les guerres aggravent encore la pauvreté et la délinquance. Une législation répressive se met en place afin de contrôler ces populations. A toute chose malheur est bon, dit-on, cela entraine la fondation de l’Hôpital Général.

Ainsi, à Toulouse, le 6 juillet 1647, les Capitouls ferment l’Hôpital Saint-Sébastien des Pestiférés et le transforment en Hôpital Général Saint-Joseph de la Grave. On y admet ou on y amène de force les mendiants, les voleurs, les filles publiques, les vieillards sans ressource, les enfants abandonnés et les fous de la ville.  C’est ce que Michel Foucault (1926-1984) appellera en 1961, le Grand Renfermement.

L’objectif affiché est généreux : soigner, nourrir, instruire et relever le niveau moral des pauvres.

Anne-Pierre Darrées

Pour lutter contre la peste l'Hôpital de la Grave (Toulouse)
Hôpital de la Grave (Toulouse)

Références

La cigale, la peste et les quatre voleurs, Léo Barbé, Société archéologique, historique, littéraire & scientifique du Gers, avril 1981
Le grand renfermement, Arnaud Fossier, 2002
épidémie à Lectoure
La grande peste de 1628 à Saint-Jean, mars 2016
La peste fléau majeur, Monique Lucenet,
L’image d’entête est une reproduction du Triomphe de la Mort par Pieter Brueghel l’Ancien, 1562 – Museo del Prado