Les saints de glace chez nous

Les saints de glace sont une croyance populaire très ancienne et assez répandue en Europe. De quoi parle-t-on exactement ?

L’origine des saints de glace

Saint Pancrace
Saint Pancrace ( +304)

Dès le Moyen-âge, on trouve des traces écrites qui soulignent une baisse de la température mi-mai. Les saints fêtés à ces périodes sont alors appelés saints de glace. On évoque généralement les

11 mai : fête de saint Mamert, un archevêque franco-provençal de Vièna (Vienne, dans la vallée du Rhône), mort en 474 ;
12 mai : fête de saint Pancrace, un Phrygien mort en 304 ;
13 mai : fête de saint Servais, un évêque de Tongres (Belgique) mort en 384.

Saint Servais de Tongres (+384)

Ces trois jours sont associés à de possibles coups de froid dévastateurs. En effet, les gelées au petit matin peuvent affecter les plantations et les récoltes qui viennent à peine de naitre ou de fleurir.  N’oublions pas que, dans les temps anciens, une mauvaise récolte annonçait souvent une famine.

L’origine de ces jours des saints de glace est-elle liée à une observation particulière ? On ne sait pas. D’autant plus que le climat n’est pas uniforme au cours des siècles. Le VIe siècle se révèle froid et très pluvieux.  Il est suivi par un réchauffement qui commence au milieu du VIIe siècle et continue jusqu’au Xe-XIIe siècle. On parle alors d’« optimum médiéval ». Puis, vers la fin du XIIIe siècle, les hivers très froids et pluvieux reviennent et même se multiplient. Cette dégradation porte le nom de « petit âge glaciaire » et va durer jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Toutefois, plusieurs éléments peuvent nous donner des indices.
Les rogations de saint Mamert

Saint Mamert de Vienne (?-477)
Saint Mamert de Vienne (+477)

Saint Mamert (?-477) était évêque de Vienne. Il institua trois jours de suite, avant l’Ascension, des processions dans les champs pour protéger les cultures des calamités. On les appelle les « Rogations », c’est-à-dire des prières publiques accompagnées de processions. Cette tradition s’est répandue dans tout le pays. Puis, le concile de Tours de 567 ajouta l’obligation du jeûne lors des Rogations et le pape Léon III (750-816) rendit ces « Rogations » obligatoires. L’Église attira ainsi l’attention de tous à la vulnérabilité des récoltes à cette période de l’année. 

Le refroidissement de 535

Un refroidissement durant les années 535 et 536 a eu lieu dans l’hémisphère nord. il est attesté par des écrits dans plusieurs pays et par des observations scientifiques actuelles.

La peste de Justinien
La peste de Justinien (541-767)

Peut-être dû à des éruptions volcaniques, un nuage de poussière voila le soleil et apporta des températures si froides qu’il neigea en Chine au mois d’aout. Un peu partout, on souffrit du froid et du manque de nourriture. S’ensuivirent des famines, des migrations, des instabilités politiques…
De plus, peu après, la première pandémie de peste (541-767), appelée peste de Justinien, se répandit dans tout le bassin méditerranéen.
Tout cela eut de quoi frapper les esprits.

Les saints de glace en France

Saint Boniface
Saint Boniface (+754)

Les trois saints de glace sont connus dans les régions froides de France, comme les Ardennes, la Normandie, les Hauts-de-France ou le Centre de la France. D’ailleurs le dicton rappelle : Saint Gervais, saint Pancrace et saint Mamert font à eux trois un petit hiver.

Mais, si l’on regarde de plus près, cette période froide est légèrement différente selon les endroits. Dans le fond, quoi de plus naturel ? Ainsi, un dicton du centre ou de l’est de la France annonce Le bon saint Boniface entre en brisant la glace, saint Boniface étant fêté juste après les trois leaders, le 14 mai.

Saint Urbain (+230)
Saint Urbain (+230)

Nos amis alsaciens ou allemands parlent de la Kalte Sophia (froide Sophie) le 15 mai. D’autres dictions français affirment :
Craignez le petit Yvonnet, c’est le pire de tous quand il s’y met ; saint Yves se fête le 19 mai.
S’il gèle à la Saint-Bernardin, adieu le vin ; on parle là du 20 mai.
Et, parfois, on ajoute saint Urbain le 25 mai avec cette phrase : Mamet, Pancrace et Servais sont les trois saints de glace mais saint Urbain les tient tous dans sa main. Bref, le risque de gel concerne presque tout le mois de mai. 

Les saints de glace en Gascogne

Saint Georges
Saint Georges (+303)

Dans les pays d’oc, on s’intéresse plutôt au mois d’avril. Ainsi, on parle dans le Limousin des Tres chivaliers. En Provence, on dit Jorguet, Marquet, Tropet, Croset, son li quatre cavalièrs (saint Georges, saint Marc, saint Eutrope et la sainte Croix sont les quatre cavaliers).

Simin Palay, dans son dictionnaire, nous parle des tres vinatèrs, appelés ailleurs les saints de glace, précise-t-il. Il s’agit de Jorguet, Marquet e Vidalhet (le petit Georges, Le petit Marc et le petit Vidal) dont les fêtes seraient les 23, 24 et 25 avril. Le vinatèr est alors l’amateur de vin ou le casseur de vin.
Justement, cette année (2024), la Gascogne a connu un refroidissement entre le 19 et le 24 avril, nous rappelant la période dangereuse : -1°C à 2,5°C à Tarbes, 2,7°C à 2,4°C à Pau, -2°C à 1°C à Luchon, -1°C à 1°C à Auch et à Mont-de-Marsan, etc.
À vos dispositifs antigel !
Pendant cette période, et, en particulier pour la nuit du 23 au 24 avril, les viticulteurs étaient sur le pied de guerre. Car les bourgeons étaient déjà là et un gel sur des bourgeons, c’est perdre au moins la moitié de la récolte. Alors, certains ont préparé leurs dispositifs antigel comme bougies, ballots de paille ou éoliennes qui se mettent automatiquement en fonctionnement au-dessous d’une certaine température (en général 1°C).
Daniel Garrigue, vigneron au Château Lucia, un Saint-Émilion Grand Cru, a surveillé parcelle par parcelle toute la nuit. La température est descendue jusqu’à -1°C vers 2 heures. Alors, il a mobilisé quatre personnes pour allumer de grosses bougies entre les pieds de vigne, à raison d’à peu près 600 à l’hectare.

Francois Rabelais (1483-1553)
Francois Rabelais (1483-1553)

Il est vrai que Rabelais nous avait prévenus dans Pantagruel : Or est que plusieurs années iI veit lamentablement le bourgeon perdu par les gelées, bruïnes, frimatz, verglatz, froidures, gresles & calamitez, advenuës par les festes des sainctz George, Marc, Vital, Eutrope, Philippus, Saincte Croix, l’Ascension & aultres, qui sont au temps que le soleil passe sous le signe de Taurus, et entra en ceste opinion que les sainctz susdictz estoient sainctz gresleurs, geleurs et guasteurs du bourgeon.

Protection des vignes contre le gel © Titouan Rimbault
Protection des vignes contre le gel © Titouan Rimbault

Et le mois de mai ?

En Gascogne, le mois de mai évoque plus la pluie que le gel. Si l’on en croit Simin Palay, les cadets de mai (les chiots de mai) représentent les jours froids et pluvieux des onze premiers jours de mai. Il s’agirait d’une expression de Bruges (en Béarn). Le 1er mai est lo can (le chien), le 2 mai la canha (la chienne), puis la canha caderà nau cadets (la chienne donnera neuf chiots).
D’ailleurs, on retrouve cette promesse de mauvais temps dans le poème Belina de Michel Camélat (originaire du Lavedan) :

Belina - Miqueu de Camelat
Belina – Miqueu de Camelat

Enlà d’ací, que n’i a de bèras
e tan peludas arribèras,
qui aus prumèrs de mai verdejan, mauhasècs,
bèthlèu mandan la neu ardona,
flistassejant la vath pregona

Plus loin, il y a de belles
et si herbeuses plaines,
qui verdoient aux premiers jours de mai, malfaisants,
et nous envoient bientôt leurs flocons arrondis
en fouettant la vallée profonde.
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe nouvelle

Références

Evènement climatique de 535-536

Gel : à Saint-Emilion, quel bilan après la vague de froid ?, 24 avril 2024
Michel Camélat, le grand écrivain trop discret




La révolte de 1848 en Barousse

En 1848, les gens de la Barousse se révoltent face aux changements qui leur sont imposés. Des changements qui entraineront la dégradation de leur mode de vie et, finalement, les obligeront à s’exiler.

1848, le drapeau noir flotte sur Sost, en Barousse

Sòst, un petit village du fond de la Varossa (Barousse). Qui aurait pu croire qu’au XIXe siècle, une révolte paysanne partirait de ce village qui compte aujourd’hui moins de 100 habitants à l’année ? C’est pourtant ce qui est arrivé. En 1848, Sòst est un village de près de 600 habitants, les terres sont morcelées à l’extrême pour les pâturages et la vie y est rude. Arrivent les journées de février. Louis-Philippe 1er, fils de Philippe d’Orléans qui avait voté la mort de son cousin, Louis XVI, est renversé. Et le poète Lamartine proclame la république.

Les faits

La Barousse - plan de situation
La Barousse, plan de situation d’après Wikipedia

En Varossa et dans le Comenges (Comminges), la nouvelle de la chute du roi ne parvient que quelques jours plus tard, le 27 et le 28 février. C’est alors que le drapeau noir est hissé à Sòst ; une bande d’émeutiers part de ce village et de celui d’Esbarèish (Esbareich). Ils sont une cinquantaine à se rassembler à Maulion de Varossa (Mauléon-Barousse). Armés de piques, de fourches et de fusils, ils s’emparent des registres forestiers et les brulent. D’autres hommes rejoignent le groupe. Le mardi 29 février au soir, ils sont plus de 200. Pendant quatre jours, les émeutiers vont rançonner divers notables et curés. Mais le temps est exécrable, les autorités ne peuvent intervenir. On parle de 2 000 insurgés qui auraient pour projet d’incendier Àrreu (Arreau), Banhèras (Bagnères) et de ravager le canton de Nestièr. D’ailleurs, les révoltés pillent et incendient le château de Luscan.

Sost en Barousse (Hautes-Pyrénées)
Sost, Hautes-Pyrénées © Wikipedia

La répression s’organise

Gendarme (1842)
Gendarme (1842)

Le 3 mars à 4 heures du matin, la répression s’organise et se rassemble. Les gardes nationaux de Montrejau, Sent-Gaudenç (Saint-Gaudens), Loras (Loures-Brarousse) et Valentina (Valentine), des gendarmes et une section du 65e de ligne jusqu’alors cantonnée à Sent Beath (Saint-Béat) se rassemblent au pont de Era Broquèra (Labroquère). Le contingent se divise en deux colonnes, la première remonte la rivière de l’Ourse sur la droite tandis que l’autre fait de même sur la rive gauche. Le temps est toujours affreux, il neige et il pleut, l’horizon disparait à dix pas.

C’est alors que le ciel s’éclaircit, et dans cette lumière nouvelle apparait la troupe des insurgés battant tambour et marchant depuis Gembria (Gembrie). À midi la bataille s’engage, les rebelles ouvrent le feu les premiers. Les gendarmes chargent les Baroussais suivis par les soldats de ligne. Le corps à corps est violent.

Garde national mobile (1848) © Wikipedia
Garde national mobile, 1848 © Wikipedia

Le chef des gendarmes, le maréchal-des-logis (grade équivalent à celui de sergent) Coupat, renverse le tambour des insurgés, nommé Bajon. Il l’envoie rouler dans la rivière d’un coup de sabre. Un gendarme nommé Méric est désarçonné, son cheval ayant reçu un violent coup de hache dans la tête. Mais, désorganisés, les insurgés se replient, les troupes de la nouvelle République vont les pourchasser jusque dans leurs logis où ils les désarmeront par la force. 98 d’entre eux sont emmenés à Montrejau pour être jugés. La bataille ne fait pas de morts mais plusieurs blessés.

Une exposition des forces

Le lendemain, samedi 4 mars, on décrète un jour de fête civique. Cependant, on craint que les insurgés ne se regroupent et ne repartent à l’attaque, des troupes affluent donc. Deux compagnies de soldats stationnent à Maulion de Varossa, 100 hommes à Loras, 100 autres à Era Barta (Labarthe), probablement Era Barta d’Inard (Labarthe-Inard). Les 5 et 6 mars, arrivent de Tolosa (Toulouse) 350 fantassins et 50 cavaliers. Cela sera en vain, les insurgés ne se regrouperont pas.

L’affaire remonte jusqu’à Paris

L’affaire aura un certain retentissement, jusqu’à Paris on lira dans les journaux que cinq châteaux ont été pillés. Les faits sont évidemment grossis et cela provoque le mécontentement de la cour d’appel de Tolosa, chargée de l’instruction de cet évènement.

Victor Cazes (1778-1861), ancien hussard et poète gascon, compose de son côté un poème en hommage aux insurgés, qui décrit avec une certaine exagération l’insurrection baroussaise :

(extrait)

"Pasionaria" pyrénéenne © EGF
Les insurgés de la Barousse © EGF

ERA REBOLTO DES BAROUSSENS

Hardix! genx de Maoulioun, d’Esbarech, de Troubach!
Ech moument ei benguch, Paris s’ei reboultach;
Qu’an accassach ech Rei dab touto sa famillo,
E qu’an metuch ech houce laguens era Bastillo.
Ech palai de Nully, que l’an tout rabatjach,
Pillages è trezors, toutis n’an proufitach.
Anem, goujax, hillem, Bibo ra Republico!!!…
Saoutem toux as fusils, è gahem era pico,
De noste recebur coupem es countrobents;

(…)

Hardis! Gents de Maulion, d’Esbarèish de Trobat!
Eth moment ei vengut, París s’ei revoltat;
Qu’an acaçat eh Rei dab tota sa familla.
E qu’an metut eth hoç laguens era Bastilla.
Eth palais de Neully, que l’an tot ravatjat.
Pillages e tresòrs, totis n’an profitat.
Anem, gojats, hilhem Viva ‘ra Republica!!!…
Sautem tots aths fusilhs, e gahem era pica,
De nòste recebur copem eths contravents;

(…)

LA RÉVOLTE DES BAROUSSAIS

Hardis ! gens de Mauléon, d’Esbareich, de Troubat !
Le moment est venu, Paris s’est révolté ;
On a chassé le roi avec toute sa famille
Et on a mis le feu à la Bastille.
Le palais de Neuilly, on l’a tout ravagé,
Pillages et trésors, tous en ont profité.
Allons, jeunes gens, crions, vive la République !!!
Sautons tous aux fusils et prenons la hache,
De notre receveur coupons les contrevents ;

(…)

Le texte de Victor Cazes nous permet également de prendre connaissance du gascon des Baroussais qui a pu probablement traverser les âges sans être altéré. Notez les ch finaux, caractéristiques des parlers des vallées pyrénéennes.

Les causes de cette révolte en Barousse

Château de Bramevaque (65) © Wikipedia
Château de Bramevaque, Hautes-Pyrénées © Wikipedia

Mais alors, pourquoi une révolte aussi violente ? Si les Baroussais ne sont pas les seuls paysans à se révolter en 1848 dans l’Hexagone, leur révolte et significative d’un malaise dans le monde agricole : le Progrès face aux anciennes lois. En effet, en 1848, les petits propriétaires ne subsistaient que grâce aux droits de pâturage et de coupe de bois dans les terrains dits « communs ». Seulement, la Révolution française et ses conséquences (Empire, Restauration…) amènent une modification d’importance : la disparition de la propriété commune. En effet, avant la Révolution, il y avait entre la propriété privée et la propriété publique un espace pour ceux qui ne possédaient pas de terres pour eux-mêmes ou du moins pas pour leur seule maison. La propriété commune assurait aux apprentis artisans un lieu de travail, aux petits paysans une terre à travailler ou un lieu de pâturage et également un endroit pour couper son bois.

C’est ce dernier point qui va entrainer la colère, juste, des Baroussais. Car la révolte de la Barousse n’est pas politique, elle est « forestière » (agraire dans un certain sens). En effet, par une charte datant de 1300, le baron de Bramevaque et le baron de Mauléon assurent aux Baroussais le droit de jouissance des forêts. En 1608, une sentence d’arbitrage assure à nouveau le droit d’usage des forêts aux Baroussais. La Barousse est alors une « petite république pyrénéenne » c’est à dire que les propriétaires terriens assurent à travers différentes assemblées la gestion du territoire baroussais.

Le changement des codes en Barousse

Château de Mauléon-Barousse (65)
Château de Mauléon-Barousse @ Wikipedia

En 1771, Monsieur de Luscan devient le nouveau seigneur de Mauléon, il reprend son droit sur l’usage des forêts. En 1793, il se voit obligé de vendre ses biens et d’émigrer. Mais à la Restauration, M. de Luscan revient, le jugement de la cour de Pau lui donne raison. C’est pour ces raisons qu’en 1848 les insurgés vont incendier son château.

Les nouveaux codes forestiers remettent en cause la propriété commune qui est le seul bien de véritable subsistance des petits paysans. D’ailleurs, quelques mois après l’insurrection, au mois de juin, les maires des villages de Seleishan (Saléchan), Siradan et Tève (Thèbe) font rassembler 400 hommes. Ils demandent la restitution de leurs droits d’usage sur les forêts appartenant à l’État ou à la famille Luscan. Ils iront y abattre les haies et les clôtures et des champs y seront dévastés.

Conclusion

Cette révolte traduit un profond malaise au sein des petits paysans baroussais. En effet, le droit d’usage des forêts permettait à ces paysans de pouvoir travailler et de vivre mieux. La suppression de ce droit entraine un appauvrissement d’une frange déjà peu aisée de la société pyrénéenne. Cette « jacquerie » est le dernier cri d’un monde qui disparait en 1848, celui de la propriété et des libertés communales face aux grands propriétaires et industriels et à l’État. C’est après ces évènements que la population baroussaise commença à décliner, ceux qui ne pouvaient travailler partaient à la ville pour être ouvrier.

Loís Martèth

écrit en orthographe nouvelle

Références

Le code de 1827 et les troubles dans les Pyrénées centrales au milieu du XIXe siècle, Louis Clarenc,  Annales du Midi Année 1965 77-73 pp. 293-317.
Les troubles de la Barousse en 1848 (article), Annales du Midi, Louis Clarenc, 1951.
Les troubles agraires de 1848 (article), Revue d’histoire du XIXe siècle, Albert Soboul, 1948.
Le rapport officiel dans le journal de Saint Gaudens, numéro du 6 mars 1848, sous la signature des principaux chefs de l’expédition.




Barrages et hydroélectricité dans les Pyrénées

La construction des barrages est un savoir-faire ancestral. D’abord pour alimenter les moulins, puis pour amener de l’énergie aux premières industries (foulons, martinets…), enfin pour la production d’électricité.

Les balbutiements de l’hydroélectricité

Aristide Bergès (1833-1904)
Aristide Bergès (1833-1904)

On doit le développement de l’hydroélectricité à Aristide Bergès (1833-1904), un Gascon de Lòrp (aujourd’hui Lorp-Sentaraille) en Coserans (Couserans.) Son père est papetier.

En 1867, il s’installe en Isère et fonde une râperie de bois qu’il fait fonctionner à l’énergie hydraulique. Il crée une conduite forcée qui alimente une turbine. En 1882, il a l’idée d’ajouter une dynamo sur ses turbines. Il produit de l’électricité pour son usine. Cette énergie électrique, il l’appelle la houille blanche. Le succès est tel que le Service des Forces Hydrauliques, dépendant des Ponts et Chaussées, est créé en 1894.

Aristide Bergès fournit de l’électricité à toute la vallée et alimente le tramway de Grenoble dès 1896. Son fils Maurice crée, en 1909, la 1ère ligne à haute tension pour transporter l’électricité de Grenoble à Saint-Chamond.

Joachim Estrade (1857-1936)
Joachim Estrade (1857-1936)

Un autre Gascon, Joachim Estrade (1857-1936) de Beireda e Jumet (Beyrède-Jumet) en vath d’Aura (vallée d’Aure), amène l’électricité dans la vallée de l’Aude. Il crée une usine d’ampoules électriques et installe, en 1900, la ligne haute tension qui relie Axat et Perpignan. De 1925 à 1932, Joachim Estrade construit le barrage de Puyvalador, toujours dans l’Aude.

C’est le développement du chemin de fer qui entraine la construction des barrages hydroélectriques dans les Pyrénées. La Compagnie des Chemins de fer du Midi construit le barrage de l’Oule en vallée d’Aure qui est mis en service en 1922. En 1929, elle crée la SHEM (Société Hydro-Electrique du Midi) qui exploite encore 12 barrages dans les Pyrénées.

La construction des barrages

Barrage poids du Lac de Caillaouas (Vallée du Louron)
Barrage poids du Lac de Caillaouas (Vallée du Louron)

La France s’industrialise et les besoins en énergie sont grands. La loi du 16 octobre 1919 prévoit que : Nul ne peut disposer de l’énergie des marées des lacs et des cours d’eau, quelque soit leur classement, sans une concession ou une autorisation de l’État.

C’est la première loi sur l’eau qui définit le système des concessions. Dès lors, les constructions de barrages se multiplient, notamment après la deuxième guerre mondiale. On peut voir trois grands types de barrage : les barrages-poids où la masse du barrage s’oppose à la masse d’eau, les barrages-voute avec une forme en courbe qui reporte une partie de la pression sur les rives, et les barrages à contreforts qui reportent une partie de la pression sur le sol. La technique des barrages en voute apparait après 1952 et permet de construire des barrages dans des vallées plus larges.

Barrage à contreforts du Lac de Miguélou (Arrens-Marsous)
Barrage à contreforts du Lac de Miguélou (Arrens-Marsous)

Les principaux barrages des Pyrénées gasconnes sont : les barrages d’Oô (mis en service en 1920), d’Artouste (1929), de Caillaouas (1940), d’Araing (1942), de Fabrègues (1947), du Tech, de Gréziolles et du Portillon (1951), des Gloriettes (1952), d’Escoubous et de Cap de Long (1953), de Bious-Artigues (1957), Miguélou (1958).

Ces barrages alimentent des usines de production d’électricité. Plusieurs barrages reliés par des conduites forcées, parfois creusées dans la montagne, peuvent être nécessaires pour fournir la quantité d’eau voulue. La centrale de Pragnères (Hautes-Pyrénées) est alimentée par trois barrages (Oussoué, Cap de Long et Escoubous) et 40 Km de galeries de conduites forcées.

Le chantier du barrage de Migouélou à l'arrêt pendant l'hiver (1958)
Le chantier du barrage de Miguélou à l’arrêt pendant l’hiver 1958

Si la grande époque de la construction des barrages est révolue, la nécessité de produire des énergies renouvelables implique la construction de nouveaux barrages dans les Pyrénées : Pla de Soulcem en 1983, Garrabet en 1984, Laparan en 1985 et Olhadoko en 1996.

 

De véritables prouesses techniques

Le système du Néouvielle
Le système du Néouvielle (lacs, étangs, barrages, conduites et centrales)

Approvisionnement du chantier de Pragnères avec des mulets
Approvisionnement du chantier de Pragnères avec des mulets

Toutes les montagnes sont équipées de barrages et de centrales hydroélectriques, comme l’immense barrage de Serre-Ponçon dans les Hautes-Alpes construit en 1960. Mais, c’est dans les Pyrénées que l’on trouve les aménagements les plus complexes d’un point de vue technique. Leur construction relève d’une véritable épopée.

La construction de barrages commence dès 1870 par l’aménagement du lac d’Orédon pour alimenter le canal de la Neste et envoyer de l’eau pour alimenter les cours d’eau du Gers. L’approvisionnement étant insuffisant, on aménage le lac de Caillaouas puis le lac d’Aumar et celui de Cap-de-Long. L’eau du lac d’Aumar se déverse dans celui d’Aubert, celle des lacs d’Aubert et de Cap-de-Long dans ceux d’Orédon et de Caillaouas avant de se jeter dans la Neste. Le tout est opérationnel dès 1906.

Transport de matériel avec des boeufs (non localisé)
Transport de matériel avec des bœufs (image non localisée)

De véritables prouesses techniques et humaines permettent leur construction. Le lac du Caillaouas, situé au-dessus de Loudenvielle, nécessite 2 ans de travaux rien que pour aménager la piste permettant de transporter les matériaux de construction.

Le lac de Cap-de-Long emploie 28 paires de bœufs pour approvisionner chaque jour le chantier en chaux et en ciment. Il faut aussi organiser le ravitaillement et l’hébergement des ouvriers. Et encore, les travaux ne durent que de juin à novembre en raison du froid et de la neige.

Les ouvriers sont essentiellement des Espagnols, des Nord-Africains, des prisonniers de guerre allemands. En 1951, sur les 3 250 personnes travaillant sur les ouvrages de Pragnères, on compte 41 % d’Espagnols, 22 % de Nord-Africains, 30 % de Français… Ces travaux gigantesques ont provoqué la mort de 24 ouvriers.

L’hydroélectricité a-t-elle un avenir ?

La production hydroélectrique ne couvre que 12 % de la consommation française. Elle varie chaque année suivant les conditions climatiques. Elle tient une bonne place dans le total des énergies renouvelables qui ne comptent que pour 25 % de la production totale d’électricité.

L’hydroélectricité est une énergie très efficace puisqu’elle transforme 70 à 90% de l’énergie de l’eau en électricité. C’est le meilleur rendement de toutes les formes d’énergie (par exemple, les panneaux solaires permettent de transformer entre 8 et 22% de l’énergie solaire en électricité).

Schéma de principe d'une micro-centrale électrique
Schéma de principe d’une micro-centrale électrique

Cependant, le potentiel de production hydroélectrique par des barrages de montagne atteint son maximum (95 %). De petits aménagements sur les centrales existantes permettent encore un gain de production.

On se tourne vers ce que l’on appelle la petite hydraulique, c’est-à-dire des turbines de petites dimensions. C’est dans ce cadre que l’on voit revivre des moulins dont on exploite les droits d’eau pour les transformer en petites centrales de production hydroélectrique. On utilise aussi l’énergie des conduites d’eau potable.

Les barrages d’Occitanie couvrent 26 % de la consommation d’énergie électrique de la région, ceux de Nouvelle Aquitaine, 7,5 %.

Le régime des concessions de 1919 arrive à son terme. Pour leur renouvèlement, la France a choisi de les regrouper par vallées. Devant les protestations des élus de montagne, un système de partenariat public-privé a été retenu, associant les élus locaux sous la forme de SEM (sociétés d’économie mixte).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

L’hydroélectricité et la loi du 16 octobre 1919 relative à l’utilisation de l’énergie hydraulique, Claire-Cécile Garnier
Les différentes formes de barrage, EDF
Lacs de barrage, Lacs des Pyrénées
L’histoire de l’énergie hydraulique, SirEnergies, 2023
L’aventure de l’hydroélectricité (1924-1949), Un constructeur de la France du XXe siècle, Pierre Jambard
SHEM histoire
L’ABC del Saber: energia, Edicions Reclams, 2024




L’histoire de Carnaval en Béarn

Carnaval est synonyme de fête dans la rue. Il semblerait d’ailleurs que ce soit une fête ancienne. À quoi ressemblait-elle ? Comment a-t-elle évolué ? L’exemple du Béarn.

De quand date la fête de Carnaval ?

Impossible de répondre évidemment. Certains évoquent comme origine ou prémisse les Lupercalia (Lupercales), fêtes qui avaient lieu dans la Rome antique du 13 au 15 février. Il s’agit d’une fête de purification avant de débuter la nouvelle année (alors le 1er mars).

Andrea Camassei, Les Lupercales (vers 1635), Madrid, musée du Prado.
Andrea Camassei, Les Lupercales (vers 1635), Madrid, musée du Prado © Wikipedia

Cette fête était ritualisée. Des prêtres sacrifiaient un bouc dans la grotte du Lupercal où la louve avait allaité Rémus et Romulus. Puis, avec le couteau du sacrifice, le prêtre touchait le front de deux jeunes hommes, vêtus d’un pagne en peau de bouc. Les jeunes hommes couraient ensuite dans la ville de Rome, munis de lanières taillées dans la peau du bouc. Ils en fouettaient les femmes qui se mettaient sur leur passage afin d’avoir un enfant dans l’année. On est quand même assez loin de la fête débridée de Carnaval.

En tous cas, des premiers siècles de notre ère, on n’a pas gardé de trace des fêtes de Carnaval. Mais il faut dire qu’on n’écrivait pas sur les traditions populaires. Cependant, il est probable qu’elles aient existé un peu partout en Europe, que ce soit pour fêter le retour du printemps ou pour précéder le long carême quand l’Église s’appropria et encadra les fêtes païennes. Finalement, il s’agit d’un moment de respiration pour le peuple après la saison hivernale.

Cependant, le plus ancien édit, que nous avons conservé, parlant d’un carnaval, date de 1094 et concerne la République de Venise.

La fête de tous les excès

Des traces que l’on a par chez nous, dès le Moyen-âge, Carnaval est une fête débridée. On rit, on danse, on saute, on court, on mange, on boit, on porte armes et bâtons, on est violent, on déborde, parfois on perturbe les offices ou on pille des maisons. Probablement peu ritualisée, on improvise la fête chaque année.

Dominique Bidot-Germa © Editions Cairn
Dominique Bidot-Germa, historien © Editions Cairn

Dominique Bidot-Germa, maître de conférence en histoire médiévale à l’université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), nous donne des pistes pour comprendre cette fête dans le Béarn. Par exemple, il évoque les pantalonadas et les mascaradas de dimars gras. Car il est à peu près sûr que l’on se masquait, qu’on se déguisait. 

De plus, on pratiquait l’inversion. Une habitude festive fort ancienne, puisqu’on la pratiquait déjà pendant les Sacées à Babylone, 2000 ans avant notre ère. À cette occasion, les esclaves ordonnaient aux maitres. Même chose pendant les Saturnales de la Rome antique.

En Béarn, les hommes mettaient des habits de femmes et les femmes des habits d’homme. On ridiculisait les savants, on opposait l’homme et la bête, le sauvage et le civilisé, etc.

L’Église, puis la Réforme y voyaient des restes de paganisme et des offenses aux bonnes mœurs. Pourtant, ce n’était pas la seule fête ainsi. L’Église elle-même participait activement entre le XIIe et le XVe siècle à la fête des Fous de fin décembre. Les enfants de chœur s’installaient à la place des chanoines, les prêtres faisaient des sermons bouffons, l’on chantait des cantiques à double sens voire franchement obscènes, on honorait l’âne (qui porta la Sainte Famille), on se gavait de saucisses, on se travestissait, etc.

La fête des fous, Pieter van der Heyden (1530?-1576?). Graveur d'après P. Bruegel inventorVan Der Heyden
La fête des fous, Pieter van der Heyden (1530?-1576?),  d’après P. Bruegel © BNF

Stop au carnaval !

Henri d'Albret, roi de Navarre (1503-1555) © Wikipedia
Henri d’Albret, roi de Navarre (1503-1555) © Wikipedia

Dominique Bidot-Germa nous rappelle que les excès de cette fête créait des perturbations qui finissaient parfois en procès. Les gouvernants demandèrent puis exigèrent de la modération. Par exemple, en 1520, Henri II d’Albret, roi de Navarre, émit une ordonnance pour faire cesser les débordements de Carnaval en Béarn.

Nous es estat remonstrat que… en la capere de Noustre Dame de Sarrance a laquau confluexen plusiours personages…  vagamons et autres gens dissoluts… se son trobats et trobades haber cometut auguns actes deshonestes […] et la nueit fen dance dens lous ceptis de la dite capere ab tambourins, arrebics et cansons deshonestes […] dedens la gleise devant la dite image de la bonne Dame.

Il nous a été rapporté que… dans la chapelle de Notre Dame de Sarrance vers laquelle affluent un certain nombre de personnes… vagabonds et autres gens dissolus… ont commis des actes déshonnêtes […] et ont dansé la nuit dans l’enceinte de ladite chapelle avec des tambourins, des sonnailles et des chansons déshonnêtes […] à l’intérieur de l’église devant ladite image de la bonne Dame.

Cela ne suffit pas. Aussi, Jeanne d’Albret y revint et interdit le masque, le chant et la danse dans la rue. Enfin, une autre ordonnance de 1565 condamna las danses publiques, las insolences et autres desbauchamentz.

Mais tout ceci était diversement écouté. Le professeur palois signale par exemple que le corps de la ville de Bruges versait de l’argent aus companhous qui fen lo solas, donc à ceux qui animaient le divertissement.

J. Bosch (v. 1450-1516)- Le combat entre Carnaval et Carême - Museum Catharijneconvent, Utrech© Wikipedia
J. Bosch (v. 1450-1516)- Le combat entre Carnaval et Carême – Museum Catharijneconvent, Utrech© Wikipedia

La canalisation de Carnaval

À partir du XVIe siècle, cette fête populaire attira l’attention des élites. François Rabelais écrivit : Car aulcuns enfloyent par le ventre, et le ventre leur devenoit bossu comme une grosse tonne : desquelz est escript : Ventrem omni-potentem : lesquelz furent tous gens de bien et bons raillars. Et de ceste race nasquit sainct Pansart et Mardygras.

Saint Pançard du Carnaval Biarnés
Saint Pançard du Carnaval Biarnés

Des calendriers, des gravures circulèrent et il est probable, nous dit Dominique Bidot-Germa, que les modèles de carnaval d’autres régions, d’autres pays étaient présentés. En tous cas, petit à petit, apparurent des nouvelles façons de fêter cette période. Et au XVIIIe siècle, la forme se stabilisa : défilé, personnages, mises en scène, jugement de Carnaval firent désormais partie des pratiques.

Le Béarn et Pau en particulier se sont réappropriés carnaval. Un site lui est dédié. Et, pour ne pas oublier qu’il est la suite d’une longue histoire, il vous donne les expressions principales à connaitre en béarnais. Par exemple, ce n’est pas parce que vous batetz la bringa (faites la bringue) que vous devez boire jusqu’à tocar las aucas (tituber).

Et si vous voulez en savoir plus sur le rituel à Pau, pourquoi ne pas relire notre article de 2023 : Saint Pançard revient au pays,  Mardi gras : Sent Pançard que torna au país.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Histoire : aux origines du carnaval, interview de Gilles Bertrand, National Geographic, Julie Lacaze.
Tout savoir sur l’origine du Carnaval.
Mascarades et pantalonadas : le carnaval en Béarn, de la violence festive au folklore (Moyen Âge-XIXe siècle), Actes du 126e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Terres et hommes du Sud », Dominique Bidot-Germa, Toulouse, 2001.    




Noëls gascons de Lectoure

Un petit recueil de noëls simples et populaires nous est parvenu : Noëls nouveaux en françois et en gascon, composez par un curé du diocèse de Lectoure, donc de Lomagne.

Noëls nouveaux en françois et gascon composez par un curé du diocèse de Lectoure
Noëls nouveaux en françois et gascon composez par un curé du diocèse de Lectoure

La librairie chez Guillemette, vis-à-vis l’église St Rome à Toulouse, a publié sans indiquer ni date ni auteur : Noëls nouveaux en françois et en gascon, composez par un curé du diocèse de Lectoure.  Probablement au milieu du XVIIe siècle.

Y sont présentés trois noëls en français, un dialogue français-gascon et deux noëls en gascon. Rappelons que les noëls étaient des cantiques célébrant la fête de Noël. Ils sont plutôt modestes et présentent l’arrivée de l’enfant Jésus. Ce qui frappe, c’est le côté sérieux, pédagogique, voire austère des noëls en français à côté de ceux en gascon plus légers et plus proches de la vie quotidienne.

Les noëls en français

Noël sur l’air Réveillez-vous belle endormie

Le premier de ces cantiques présente la naissance de Jésus.  Le langage est assez convenu, parfois savant. Et le contenu, lui, est un enseignement basique. L’auteur propose de le chanter sur l’air Réveillez-vous belle endormie ou bien sur celui de Ruisseau dont l’aimable murmure

II est dans cet humble posture,
Ce Maitre de l’humilité,
Pour dire à toute la nature,
Qu’il condamne la vanité.
Marie, ma douce espérance
Mère de cet Enfant divin,
Obtenez-moi de sa clémence,
Une sainte & heureuse fin. 

      1. 1-Malicorne - Réveillez-vous belle endormie - Branle poitevin (officiel)
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Noël pour le premier de l’an

Maître de Saint Séverin, Circoncision du Christ (vers 1590), Musée du Louvre
Maître de Saint Séverin, Circoncision du Christ (vers 1590), © Musée du Louvre

Le deuxième noël, Noël pour le premier de l’an, parle de la circoncision de Jésus, premier sang versé pour les hommes.

Quoique cet Enfant nouveau né,
Qui vient de nous être donné,
Fut du Très-haut l’unique Fils,
II voulut être circoncis.

Le ton est déjà plus courant, plus abordable. Et le cantique dit que, dès l’âge de 8 jours,

Ce Dieu pour montrer son amour, 
Livre son innocente peau
Au cruel tranchant d’un couteau

L’auteur précise de le chanter sur l’air de À la venue de Noël. Cet air,  À la venue de Noël, est aussi appelé l’air des bergers, et il passera dans notre liturgie provinciale pour l’hymne de Noël.

      2. 2-A la venue de Noël
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Noël pour le jour de l’épiphanie

Mathias Stomer (1600-1650), « L’adoration des rois mages », Toulouse, Musée des Augustins ©Photo Josse/Leemage

Enfin, le dernier noël français, Noël pour le jour de l’épiphanie,  parle de la venue des Rois Mages. Il incite chacun à offrir son cœur à Dieu.

À l’exemple des Mages,
Nos cœurs offrons-lui tous ;
Ce sont là les hommages
Que ce Roi veut de nous

Le plus étonnant de ce cantique, c’est le choix de la mélodie. L’abbé lomanhòl propose de le chanter sur l’air de Charmante Gabrielle. Or, au départ, c’est François-Eustache Du Caurroy (1549-1609) qui écrit Charmante Gabrielle en l’honneur de Gabrielle d’Estrées, maitresse d’Henri IV.  Cette chanson d’amour reste très populaire jusqu’à la Restauration…  au point de servir de mélodie pour un cantique, sans trop se préoccuper de l’immoralité de la référence. Mais il est vrai qu’Henri IV offre dans ce chant, son cœur à la belle Gabrielle !

      3. 3 Charmante Gabrielle Napoléon COSTE
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Une pièce farcie

Bon Noël, Bon nadau © JFH
Bon nadau © JFH

Le ton change avec le passage aux noëls gascons. Dans le premier, il s’agit d’un dialogue entre les anges qui parlent en français et les bergers qui parlent en gascon. Un genre connu depuis le moyen âge ou des vers souvent satiriques étaient écrits en partie en latin et en partie en français.  On les appelait des pièces farcies (des farces).

Et celui-ci, nous dit l’auteur, est à chanter sur l’air D’où viens-tu compère le Bossu ? 

Ici, les anges arrivent à grand renfort de musique annoncer la naissance de Jésus aux bergers. Ceux-ci, agacés d’être réveillés, répondent :

Qui soun aquets qui toute anéyt
Hén aqui la tantaro?
N’ayman pas quan én dins lou liéyt
D’augi talo fanfaro.
Si bét léu nou quitats noste héyt (1)
Bou’n cassaren tout aro.

(1) Heyt à l’époque voulait dire domaine, quartier.

Qui son aqueths qui tota aneit
Hen aquí la tantara?
N’aiman pas quan èn dins lo lieit
D’augir tala fanfara.
Si bèthlèu non quitatz noste hèit
Vo’n cassaran totara. 

Qui sont ceux qui toute la nuit
Font ici du vacarme?
On n’aime pas quand on est dans le lit
Entendre telle fanfare.
Si bientôt vous ne quittez notre coin
On vous en chassera sur l’heure.

Un siècle plus tard, l’abbé d’Andichon reprendra le thème, peut-être avec plus de brio, dans un noël qui sera très populaire : Un Dieu vous appelle… Lechem droumi! [un Dieu vous appelle.. Laissez-nous dormir!]

Noël gascon

Nouel sur l’ayre [Noël sur l’air] : beougam, beougam, coumpagnoulets nous dit l’auteur.

Ce noël gracieux et joyeux change du ton pédagogique des noëls français. Avec des mots du quotidien, le cantique rappelle que l’homme était malheureux et se sentait perdu avant l’arrivée de Jésus. Mais cette nuit de bonne nouvelle, ce n’est que rires et chants.

 Bassano Girolamo Da Ponte dit Bassano, « L'Ange annonce la naissance du Christ aux bergers endormis », Palais des Doges à Venise (1560)
Bassano Girolamo Da Ponte dit Bassano, « L’Ange annonce la naissance du Christ aux bergers endormis », Palais des Doges à Venise (1560)

O tens aymable e bienurous!
O neyt benasido e sacrado,
Deus justes e deus pecadous
Despuch tant de tens desirado !
Ta bengudo hé tant de gay,
Toun arribado es ta charmanto,
Que lou hil danso dab soun pay
E la may dab sa hillo canto.

O temps aimable e bienurós!
O neit benasida e sacrada,
Deus justes e deus pescadors
Despuish tant de temps desirada!
Ta venguda hè tant de gai,
Ton arribada tan charmanta,
Que lo hilh dança dab son pair
E la mair dab sa hilha canta.

Ô temps aimable et bienheureux !
Ô nuit bénite et sacrée,
Des justes et des pêcheurs
Depuis tant de temps désirée !
Ta venue donne tant de joie,
Ton arrivée si charmante,
Que le fils danse avec son père
E la mère avec sa fille chante.

Un noël lomanhòl aux accents languedociens

Enfin, ce noël est encore plus joyeux et utilise un langage familier. Notre curé vivant en Lomagne, on y voit des mots d’influence languedocienne (toulousaine), mélangés à d’autres gascons. Par exemple maynado / mainada, est bien le mot gascon « jeune fille » (en languedocien une troupe) alors que fa / far est le verbe faire en languedocien.

Aqueste se pot dire sur l’ayre [celui-là peut se dire sur l’air] : Las, moun Diu, per que plouro

Berthe Morizot (vers 1890), la joueuse de flageolet
Berthe Morizot (vers 1890), « La joueuse de flageolet »

Haupalala, maynado,
Tinde le flajoulet;
Anen touca l’albado
Enco de Berdoulet.
L’esclayre de la Luno
Fa courre forço gens,
E déjà la communo
Ben de fa soun presen :
Fazen douncos la roundo
Jouts la capo del cél,
E dambe nostro froundo
Fazen flisca’n Nouél (2).

Houpala, Jeune fille / Joue du flageolet [petite flute] ; / Allons jouer l’aubade / chez Berdoulet [étable où est né Jésus]/ La lueur de la lune / fait courir bien des gens, / Et déjà la commune / Vient de faire son présent : / Faisons donc la ronde / Sous la voute du ciel, / et avec notre fronde / faisons claquer Noël.

L’auteur ?

Si l’auteur n’est pas cité, trois indices mettent les historiens sur la voie : l’auteur est 1° prêtre du diocèse de Lectoure ; 2° plus théologien que poète ; 3° capable de versifier en français, en gascon et en toulousain. Ainsi, ils reconnaissent François Fezedé, curé de Flamarens, à 15 km au nord-est de Lectoure.

Léonce Couture (1832-1902) propose un auteur pour le recueil de noëls du curé de Lectoure
Léonce Couture (1832-1902)

Le docteur Noulet lui attribue deux ouvrages :

  • 180. FEZEDE (F.), prêtre et curé. Le concert armonieus [sic] des noels nouveaux, dont une partie est françois et l’autre en langage tolosain, composez à l’honneur de la Nativité de N.-S. JésusChrist, par F. Fezede, prestre et curé de Flamarens, dans le diocèse de Lectoure. Tolose, A. olomiez (s. d.), in-12.
  • 318. Noels nouveaux en françois et en gascon, composez par un curé du diocèze de Lectoure. Toulouse, Guillemette, sans date et sans nom d’auteur, in-l2

Quant au grand Léonce Couture, il les date autour de 1650 grâce à une dédicace à monseigneur Louis de La Rochefoucauld, illustrissime et reverendissime evesque de Lectoure qui siégea de décembre 1649 à décembre 1654.

Et il consacre à François Fezedé trois articles de la Revue de Gascogne.

Flamarens (Gers), le château et l'église
Flamarens (Gers), le château et l’église © ArtTerre32

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Noëls nouveaux en françois et en gascon, composez par un curé du diocèse de Lectoure,
François Fezedé, curé de Flamarens, et les cantiques gascons en Lomagne au XVIIe siècle, Revue de Gascogne, Volume 11, Léonce Couture




Cadeaux de Noël, détour par l’Italie

Les cadeaux pour les enfants, c’est pas toujours le 25 décembre, jour de Noël ! Allons faire un tour en Italie. Et, pour fêter notre Nadau, choisissons pour nos proches quelques beaux livres gascons.

Les cadeaux de Sainte Lucie

Santa Lucia che arriva con l’asinello © Daniela Sciascia. Sainte Lucie arrive avec son petit âne pour porter les cadeaux
Santa Lucia che arriva con l’asinello, Sainte Lucie arrive avec son petit âne © Daniela Sciascia

Si vous êtes du nord-est de l’Italie, de Lombardie ou de Vénétie par exemple, vous serez parmi les premiers à recevoir les cadeaux. Car c’est Sainte Lucie qui vous les apportera le jour de sa fête, le 13 décembre. Pourtant, Lucie est originaire de Syracuse en Sicile. Allez donc savoir pourquoi elle a été retenue dans le nord !

En tous cas, sa fête correspond au premier jour à partir duquel le soleil se couche plus tard que la veille. Le fameux proverbe français : À la Sainte-Luce, les jours avancent du saut d’une puce.

Sainte Lucie se déplace avec un âne volant qui est quand même plus de nos pays que les rennes du Père Noël. Elle ne donne des cadeaux qu’aux enfants sages. Quant aux méchants banditòts,  elle leur donne du charbon.

Les enfants leur laissent (à Sainte Lucie et à son âne) quelque chose à manger, par exemple un bout de pain. Bien sûr, ils ne doivent pas voir la sainte, sinon elle leur jettera des cendres dans les yeux.

Babbo Natale, le Père Noël

Bari accoglie Babbo Natale e festeggia San Nicola, Bari accueille le Père Noël et fête Saint Nicolas
Bari accoglie Babbo Natale e festeggia San Nicoló, Bari accueille le Père Noël et fête Saint Nicolas © Ambient & Ambienti

Toutefois, la majorité des Italiens célèbre Noël le 25 décembre. Et c’est Babbo Natale (Père Noël) ou, selon les régions, Gesù Bambino (Petit Jésus) qui apportera les cadeaux. Cette tradition est assez proche de ce que nous connaissons.

Mais, les Italiens ont un point particulier. La basilique de Bari, capitale des Pouilles, abrite les reliques de Saint Nicolas, le vrai Père Noël d’origine !

La fête de ‘Ndocciata

Agnone sotto la neve, Agnone sous la neige (2015) © meteoweb
Agnone sotto la neve, Agnone sous la neige (2015) © meteoweb

Dans le village d’Agnone dans la Région de Molise et quelques autres villages (dans le sud de l’Italie) a lieu le 24 décembre de chaque année, une procession du feu.

On fabrique des grandes ‘ndocce ou torches pouvant aller jusqu’à 4 m de hauteur, à partir de branches de sapin et de pin. Des hommes en robes noires les transporte à travers la ville jusqu’à un lieu où on fera un grand feu. Des chœurs et des cornemuses accompagnent la procession.

On dit qu’autrefois, les garçons faisaient de belles ‘ndocce pour les montrer à la fille qu’ils voulaient courtiser. Pour marquer son intérêt, celle-ci regardait par la fenêtre. En revanche, si elle n’était pas intéressée, elle jetait un seau d’eau sur la flamme tenue par le prétendant malheureux.

Voilà qui nous rappelle des traditions locales de brandon ou halhar pour le solstice d’hiver.

Un site et une vidéo de moins d’une minute sur la ‘Ndocciata di Agnone

Et les cadeaux de l’épiphanie

Tutto pronto per accogliere la Befana, arrivo previsto il 6 gennaio © www.valledaostaglocal.it tout est prêt pour accueillir la Befana le 6 janvier et recevoir les cadeaux
Tutto pronto per accogliere la Befana il 6 gennaio, tout est prêt pour accueillir la Befana le 6 janvier © www.valledaostaglocal.it

Du côté de Rome, pour les cadeaux, on attend l’épiphanie, le 6 janvier. Mais ce ne sont pas les Rois Mages les bienfaiteurs des enfants. Non. C’est une sorcière, une gentille sorcière, souriante, nommée la Befana. qui passe dans les maisons la nuit avant l’épiphanie. Il faut dire qu’un balai volant, c’est drôlement pratique pour se déplacer.

La tradition raconte que les Rois Mages partis adorer Jésus, se perdirent. Alors, ils  s’arrêtèrent et demandèrent leur direction à une veille femme, la Befana. Et ils lui demandèrent de les accompagner. Mais la Befana refusa et les Rois Mages reprirent leur route. Tout bien réfléchi, elle regretta d’avoir refusé et partit sur leurs pas. Malheureusement, elle ne réussit pas à les rejoindre, ni à trouver Jésus. Alors, elle décida de distribuer à d’autres enfants les cadeaux qu’elle avait prévus pour Jésus.

Et dans les chaussettes pendues pour l’épiphanie, la Befana laisse des cadeaux de Noël pour les enfants sages ou des morceaux de charbon pour les autres. Aujourd’hui, tous les enfants reçoivent des bonbons (sucre noir, réglisse…) qui ressemblent à du charbon.

De même, on confectionne à cette période des biscuits surnommés Befanini, en l’honneur de la Befana bien sûr, avec un zeste de citron, et, parfois, des brisures de chocolat ou des raisins secs.

Il existe des tas de variantes d’une comptine sur Befana, dont celle-ci :

Befanini fatti in casa, la ricetta della mamma © Bigodino.it, Les befanini gâteaux traditionnels de Noël
Befanini fatti in casa, la ricetta della mamma, befanini, fait à la maison selon la recette de la mamma © Bigodino.it

La Befana vien di notte
con le scarpe tutte rotte
il vestito alla romana
Viva, viva la Befana ! 

La Befana vient la nuit
avec ses chaussures toutes usées
et sa robe à la romaine
Vive, vive la Befana !

Et vous, quels cadeaux ?

Revenons en Gascogne. Vous avez encore quelques hésitations pour des cadeaux de Noël ? C’est pourtant un doux moment pour s’asseoir au coin du feu avec un parfum du pays. Voici une sélection de livres en gascon ou en français.

Paraulinas / Paroles douces d’Eva Cassagnet

Quelques belles poésies en gascon qui parlent aux enfants de ce qu’ils aiment : le chat, le vent, le doudou…  un QR code permet de voir des images illustrant la poésie récitée par l’autrice. Pour les moins de 7 ans

BD Pepper & Carrot de David Revoy

Quoi de mieux qu’une bonne BD pour découvrir le monde de la sorcière Pepper et de son chat Carrot.  Pour les 7 à 15 ans. Il existe une version en gascon et une en languedocien.

Rodeo preïstoric / Rodéo préhistorique d’Aure Séguier

Attention ça bouge ! La mission n’est pas de tout repos, il s’agit de repousser les dinosaures dans leur espace-temps. Deux versions : en gascon ou en languedocien. Pour les 13-18 ans.

Pour les jeunes
Pour les jeunes © Reclams

Impromptús de Bernard Manciet ou Vita vitanta / Jour après jour de Michel Camélat

Si vous aimez la belle écriture, le parfum des montagnes ou le choc des mots du poète, voilà deux classiques, bilingues (français-gascon), qui vous raviront. Pour les nostalgiques.

L’Elucidari, l’encyclopédie de Gaston Febus de Maurice Romieu

Maurice Romieu présente, en français, l’encyclopédie qu’Aliénor de Comminges a fait établir pour son fils Gaston qui se fera appeler Febus. Des copies des magnifiques enluminures et des extraits du manuscrit original (un seul a été réalisé) en font un livre d’art. Pour les curieux du savoir du Moyen-âge.

L’an de l’aulhèr / L’année du berger de Denis Frossard

Plus qu’un documentaire, c’est la photo artistique du quotidien. écrit Patrice Teisseire-Dufour, reporter à Pyrénées magazine.

Pour les moins jeunes
Pour les moins jeunes © Reclams

 




La maladie bleue de l’automne

Chaque année, d’octobre à novembre, la « Maladie bleue » frappe la Gascogne. Elle vide les usines et les bureaux : les palomas (palombes) sont de retour. Plus qu’une chasse traditionnelle, c’est un véritable mode de vie.

La paloma / la palombe

Palombe ou pigeon ramier © Wikipedia
Palombe ou pigeon ramier © Wikipedia

La palombe (colombus palumbus), c’est le pigeon ramier. Pour les Gascons, c’est la paloma à ne pas confondre avec le roquet (rouquet, pigeon des champs) ou le colom (biset) qui est le pigeon des villes.

La paloma vit en Europe, en Afrique du nord et au Moyen-Orient. En automne, elle migre vers le sud de l’Europe pour trouver un climat plus tempéré en hiver. Parfois, elle devient sédentaire lorsque le climat lui convient. Comme elle vit en groupes pouvant compter plusieurs milliers d’individus, elle offre des vols spectaculaires de palomas se déplaçant à la recherche de nourriture. Puis, le soir, elles cherchent un dortoir dans les arbres pour se reposer.

On la reconnait à son plumage bleu gris, son bec jaune, une tâche blanche sur le côté du cou, sa nuque verte, sa poitrine rose pâle, sa bande blanche sur les ailes, ses pattes roses et le bout des ailes et de la queue, noires.

La paloma aime les espaces boisés. Ainsi, elle se nourrit principalement de bourgeons, de fruits, de graines et de glands. Pendant la période de reproduction, elle vit en couple lié toute leur vie. Elle niche dans les arbres et peut élever 2 à 3 couvées par an. À chaque fois, elle pond de 1 à 2 œufs qu’elle couve pendant 17 jours. Et les palometas (petits de la palombe) quittent le nid au bout d’un mois.

En général, la paloma vit une quinzaine d’années, quand elle n’est pas victime de l’esparvèr de las palomas (l’autour des palombes), son principal prédateur, ou des palomaires (chasseurs de palombes). De plus, comme elle se nourrit de graines dans les champs, elle est parfois victime des produits fongicides qui enrobent les semis, quand elle en mange de trop grandes quantités. Cependant, c’est une espèce abondante qui n’est pas menacée.

Vol de palombes © Gilles DE VALICOURT
Vol de palombes © Gilles DE VALICOURT

La chasse de la palombe en montagne

Lepheder, aux Aldudes, est un des dix cols du Pays Basque où la chasse aux filets est autorisée. © Jean-Philippe Gionnet
Lepheder, aux Aldudes, est un des dix cols du Pays Basque où la chasse aux filets est autorisée. © Jean-Philippe Gionnet

La palombe se chasse partout où elle est présente. En Gascogne, c’est principalement au vol, au filet ou à l’affut.

Le tir au vol se pratique principalement dans les cols pyrénéens où les palomas passent pour se rendre en Espagne. Alors, les chasseurs dissimulés derrière une barrière végétale tirent lorsqu’un vol se présente. Mais le succès de la chasse dépend de l’emplacement choisi. Parfois, le vol fait demi-tour et se présente à nouveau plusieurs fois de suite avant de passer le col.

En fait, cette chasse se développe seulement après la seconde guerre mondiale, lorsque les cols s’atteignent facilement grâce aux voitures. Et les emplacements de chasse se louent parfois très cher.

Palette pour effrayer les palombes
Palette pour effrayer les palombes

Toutefois, dans les cols, la chasse à la pandèla ou panta (au filet) est plus traditionnelle. Le lieu de la chasse s’appelle la pantièra. On place des filets verticaux aux endroits de passage. De plus, lorsqu’un vol se présente, on lance en l’air des palettes de bois blanches pour simuler une attaque d’autour. Alors, le vol de palomas plonge pour passer le col au plus bas et se prend dans les pandèlas. Mais la paloma est maline, et elle sait éviter la pandèla. Cette chasse se pratique à plusieurs chasseurs qui se coordonnent pour diriger le vol vers l’endroit choisi. Parfois, on effectue des coupes dans les forêts en haut du col pour offrir un passage obligé aux palomas.

À la fin de la chasse, les chasseurs partagent les palomas. Une part est réservée à la commune ou au propriétaire qui prête le terrain. Dans la plaine, la chasse traditionnelle se fait en palomèra (palombière), au sol ou dans les arbres.

La chasse à la palombière

Palombière au sol
Palombière au sol

Très différente, la chasse à la palomèra a pour objet de faire se poser les palomas avant de les tirer. Ainsi, dans les Landes, le Gers, la Gironde et le Lot-et-Garonne où la chasse au filet est autorisée, on fait poser le vol au sol avant de le prendre au filet. La palomèra est alors construite au sol. Mais dans les autres départements gascons, on fait poser les palomas sur des arbres avant de tirer. Et bien sûr, dans ce cas, la palomèra est construite dans les arbres.

Toutefois, qu’elle soit au sol ou dans les arbres, la palomèra n’est pas qu’une simple cabane. C’est une sorte de résidence secondaire qui fait l’objet de toutes les attentions du palomaire (chasseur de palombes).

Palombière dans un arbre
Palombière dans un arbre

Ainsi, il entretient la palomèra toute l’année. Il la camoufle par des branches ou des fougères qu’il faut remplacer régulièrement. En effet, une végétation sèche au milieu des arbres feuillus attire la méfiance des palomas. Au sol, le garage sert à cacher l’auto. De plus, dans la palomèra, il y a un lieu de vie, un poste d’observation et des postes de tir. Mais pas question de tirer sans que le vol de palomas ne se soit posé dans les arbres.

En général, on taille les arbres alentour pour dégager des branches qui serviront au poser des palomas. En effet, la vue doit être dégagée depuis la palomèra et les branches sont choisies pour accueillir un grand nombre de palomas.

Et les apèus

Mécanisme pour monter les apèus © Palombe.org
Mécanisme pour monter les apèus © Palombe.org

Pour faire poser un vol, il faut l’attirer par des apèus (appeaux). En fait, ce sont des pigeons ou des palomas attachés sur des raquettes manœuvrées par un réseau de fils tirés depuis la palomèra. Ils sont coiffés de la cluma (chapeau en cuir ou en fer que l’on met sur la tête de l’apèu pour lui cacher la vue afin qu’il ne soit pas effrayé).

Avant la période de chasse, on entraine les oiseaux pour qu’ils répondent aux sollicitations. Même, on les choie comme un membre de la famille. D’ailleurs, ils ont leur cabane au pied de la palomèra où ils se reposent la nuit et sont nourris pendant la saison de la chasse. Et c’est au palomaire de savoir quel apèu solliciter pour faire « tourner » le vol de palomas qui passe et le faire se poser.

Palombière, « sifflez ! »

Signalisation de palombière © Wikipedia
Signalisation de palombière © Wikipedia

Il règne un grand silence autour de la palomèra. En effet, aucun bruit ni mouvement suspect ne doit susciter la méfiance des palomas. Parfois, on trouve des panneaux « Palombière. Sifflez ». C’est que le visiteur doit prévenir de son arrivée par un shiulet (sifflement bref). Sans réponse, il ne doit pas bouger car cela signifie que des palomas approchent. En revanche, il peut avancer dès qu’il entend deux shiulets.

On trouve facilement la palomèra, bien camouflée à la cime d’un arbre, car le sol des alentours est bien propre. En effet, il faut pouvoir retrouver une paloma tombée après le tir.

Et on ne parle pas dans une palomèra, on chuchote. D’ailleurs, c’est le güèit (guetteur) qui donne les ordres. Chut ! il faut se taire. L’espion (apèu situé dans une cage en haut d’un arbre) s’agite, il a vu quelque chose. À vos postes ! Dans un sifflement, un vol approche. Fla-fla-fla, les apèus sont manœuvrés. Le vol se pose. Un, dus, tres… Pan ! les tireurs tirent ensemble. Quelques palomas tombent à terre.

Une vraie cabane

Retour de chasse à la palombe © www.abchasses.com
Retour de chasse à la palombe © www.abchasses.com

On équipe soigneusement la palomèra d’une table, de chaises, parfois d’un canapé, d’un frigo et d’une gazinière. Et la convivialité est de mise. Un rôti ou de la saucisse « échappés » d’un congélateur font l’affaire. Quelques champignons qui poussent sous la palomèra et quelques œufs vont aussi très bien. Certaines mauvaises langues disent même que les palomas n’ont pas de souci à se faire !

Et le soir venu, on redescend avec les palomas du jour qui feront un excellent salmi (salmis) servi pour les jours de fêtes.

Quand on veut honorer quelqu’un, on l’invite à la palomèra. S’il n’est pas un bon chasseur, on ne le laisse pas tirer au cas où il confonde paloma et apèu.

En fait, la chasse à la paloma est plus qu’une chasse, c’est un art de vivre. On est bien loin des « safaris » à la palombe où, pour quelques centaines d’euros, vous pouvez tirer ces oiseaux.

La chasse à la palombe, un art de vivre

La préparation de la saison de chasse à la paloma est longue. C’est une affaire de spécialistes qui s’y préparent tout au long de l’année. Puis, quand vient le moment, la « Maladie bleue » frappe le pays.

Quelques proverbes relatifs à la chasse à la paloma le rappellent :
A Sent Miquèu l’apèu, a Sent Grat, lo gran patac / À la Saint-Michel (29 septembre), on prépare l’appeau, À la Saint-Gratien (8 octobre), on tire.
A la Sent-Luc, lo gran truc / À Saint-Luc (18 octobre), le grand passage.
Et un dernier
A la Sent Martin la fin / à la Saint Martin (11 novembre) la fin.

Mais les palomas ne sont pas aussi précises que les proverbes. Elles passent un peu avant ou un peu après selon les saisons. En tout cas, s’il y a des glands, il y aura des palombes :
An de glanèra, an de palomèra / Année de glands, année de palombières.

Même le rugby fait appel aux palomas :
Tirar tà las palomas / tirer une chandelle au rugby. Cela rappelle le tir au vol.

Un plat traditionnel

Un salmis de palombe aux chanpignons © Marie-Claire
Un salmis de palombe aux champignons © Marie-Claire

Les grands jours, la paloma est au menu. Rôtie à la broche ou en salmi, c’est un véritable plat de fête. Elle régale les réunions familiales, les repas des chasseurs, des corsaires (amateurs de course landaise) ou du club de rugby. Si vous avez des palomas à faire cuire, suivez la recette du chef …

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Chasse à la palombe entre ciel et terre
La chasse à la palombe dans les Landes, INA, Hubert Cahuzac, 1989
Chasse a la palombe dans le bazadais, Tristan Audebert, 1907
La chasse à la palombe, au coeur de la construction identitaire du Sud-Ouest aquitain, Annales du midi, Pierre Hourat, 2018




Histoire de gypaètes

Le gypaète barbu se rencontre dans les massifs alpins d’Afrique, d’Asie et d’Europe. En France, on le rencontre dans les Alpes, en Corse et dans les Pyrénées. C’est un vautour qui possède une petite touffe de plumes sous le bec, qui fait penser à une barbe. Et ce n’est pas le seul gypaète !

Le gypaète barbu, casseur d’os

Le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) ou caparroi (tête rouge) pour les Gascons, a un régime spécifique puisqu’il ne mange que du cartilage, des tendons, des ligaments et de la moëlle des os de carcasses d’animaux. Lorsqu’il ne peut pas ingurgiter un os, il le prend dans son bec, prend de l’altitude et le laisse tomber sur des pierres. La légende raconte que le poète Eschyle serait mort en recevant une tortue sur la tête, un gypaète l’ayant prise pour un rocher. En tous cas, le gypaète est aussi appelé le casseur d’os. Regardez sa technique dans le film qui suit.

https://escolagastonfebus.com/wp-content/uploads/2023/07/Le-gypaete-barbu-se-nourrit-dos.mp4

Le gypaète barbu © NatGeoWildFr

Le plus grand rapace d’Europe.

Son envergure (longueur d’un bout d’une aile à l’autre) peut dépasser les 2,80 m. On le reconnait à ses ailes plutôt étroites, coudées et à sa longue queue en forme de losange. Malgré sa taille, il ne pèse que 5 à 7 kg. Contrairement aux autres vautours, le caparroi a des plumes sur la tête et le cou. Celles du ventre sont blanches mais il se baigne dans des sources ferrugineuses afin qu’elles deviennent roux orangé. On ne connait pas l’origine de ce comportement.

Le caparroi vit en haute montagne, dans les parois rocheuses. Il vit en couple et reste fidèle toute sa vie. Même s’il possède plusieurs nids, on le retrouve souvent sur le même.

Vers l’âge de 6 ou 7 ans, entre octobre et février, le caparroi forme un couple. Ensuite, la femelle pondra de 1 à 2 œufs tous les ans ou tous les deux ans, mais n’élève qu’un seul poussin. En effet, le plus fort repousse l’autre qui finit par mourir. Puis, l’envol s’effectue entre juillet et aout. Commence alors une période de vol sur toute la chaine des Pyrénées avant de revenir progressivement s’installer sur son lieu de naissance.

L’aigle des agneaux

Un gypaete attaque un enfant - © Dessin de Gustave Roue paru dans la Suisse Illustrée de 23 novembre 1872
Un gypaète attaque un enfant, dessin de Gustave Roue paru dans « La Suisse Illustrée » © de 23 novembre 1872

Selon la légende, le caparroi enlèverait des agneaux et des enfants. On l’appelle d’ailleurs l’aigle des agneaux. Et cela explique la chasse qu’on lui a faite.

Dans son livre, Leçons élémentaires sur l’histoire naturelle des oiseaux, publié en 1862, le médecin Jean-Charles Chenu dit que le gypaète attrape les Agneaux, les Chèvres, les Moutons, les Chamois, et même, s’il faut en croire certains récits, les hommes endormis et les enfants.

Dans la Revue germanique du 1er avril 1858, on peut même lire que C’est à tort qu’on a émis des doutes sur les enlèvements et les attaques d’enfants attribués aux gypaètes. L’auteur de l’article rapporte plusieurs enlèvements d’enfants en Suisse. Pas étonnant qu’on chasse le gypaète dans les Alpes !

Le même article rapporte comment on chasse le Gypaète : Les montagnards croient que le vautour aime la couleur rouge, et ils versent souvent du sang de bœuf sur la neige pour l’attirer à portée de fusil. On prépare des appâts avec du renard grillé, du chat rôti ou une carcasse déposée au fond d’un trou. Lorsque le gypaète a dévoré l’appât, rassasié, il ne peut reprendre le vol, et on l’assomme à coups de perche.

Dans les Pyrénées aussi

Le Journal L’indépendant des Basses-Pyrénées du 12 mars 1925, raconte la mésaventure d’un gypaète acheté à un chasseur par le consul britannique à Pau qui veut l’envoyer au jardin zoologique de Londres. L’oiseau aurait confondu un camion avec un mouton sur la route du Somport et se serait laissé prendre comme un inoffensif passereau. L’auteur conclut ironiquement : sur sa cage on lira qu’il vient des Pyrénées et il pensera peut-être qu’il a quelque mission, à accomplir auprès des Anglais ; ne serait-ce que leur donner envie de chasser le gypaète entre l’Amoulat et le Capéran du Ger, ce qui ne serait déjà pas si mal…

Ainsi, victime de sa mauvaise réputation, le gypaète disparait des Alpes en 1935. Et on ne le voit presque plus dans les Pyrénées à partir des années 1950.

Dernier gypaète abattu en 1913 dans le Val d'Aoste (Italie) - © Jules Brocherel Fonds Brocherel-Broggi
Dernier gypaète abattu en 1913 dans le Val d’Aoste (Italie) © Jules Brocherel Fonds Brocherel-Broggi

Le sauvetage du gypaète barbu

Gypaète dans le Parc National de Pyrénées © F. Luc
Gypaète dans le Parc National de Pyrénées © F. Luc

En 1985, un projet de réintroduction du gypaète barbu, basé sur la reproduction en captivité est lancé. Initié en Autriche, il permet de relâcher, dans les Alpes, 15 gypaètes entre 1993 et 2000. Des couples se sont formés et des naissances ont lieu. Ce succès permet la réintroduction du gypaète dans les Cévennes.

Cependant, en 2009, on comptait 130 couples dans toutes les Pyrénées. Les randonneurs attentifs en verront voler dans le ciel. De plus, le Parc national constitue une zone de sauvegarde. Dans les années 1950, on compte 3 couples de caparroi. Ils sont 14 en 2020 qui font l’objet d’un suivi scientifique et d’un plan national de restauration. On apporte un complément alimentaire en hiver pour aider à l’élevage des jeunes.

Des mesures de protection

Gypaète Barbu © Thomas Pierre
Gypaète Barbu © Thomas Pierre

De plus, une surveillance des gypaètes barbus est faite pour éviter l’abandon des nids suite aux survols en hélicoptère et aux autres dérangements à moins de 500 mètres d’un nid (ski de randonnée, grimpeurs, vol libre et parapente). D’ailleurs, un photographe amateur est condamné en 2008 par le tribunal de Saint-Gaudens pour le dérangement d’un caparroi. Il s’est approché d’un nid pour filmer la couvaison. Et le nid a été déserté.

Sur la zone du Parc national, le caparroi élève en moyenne un jeune tous les deux ans. Dans la zone de piémont, on compte très peu de naissances en raison des fréquents dérangements dus à l’activité humaine. Depuis 25 ans, on y récence 15 morts par poison, tir, route ou lignes électriques. Cette perte est pour le moment compensée par une bonne survie des jeunes en zone du Parc et par la venue d’Espagne de nouveaux oiseaux. Mais l’équilibre reste fragile.

La mouche gypaète

Thyreophora cynophila - Eugène Séguy (1890–1985)
Thyreophora cynophila, Eugène Séguy (1890-1985) © Wikipedia

La mouche gypaète (Thyreophora cynophila) est une espèce éteinte depuis 1850. Du moins, le croyait-on. Elle est redécouverte en Espagne en 2007 et en France en 2019. D’abord en Ariège puis dans tous les départements de la chaine des Pyrénées.

Le Bulletin de la Société entomologique de France de 1934 dit que ses habitudes sont fort lugubres. Il ne recherche que les ténèbres et les cadavres desséchés. À la sombre lumière de sa tête phosphorique, il se jette sur les ossements décharnés et se repait des derniers restes de l’animalité. Rien de très engageant.

Sa larve se nourrit de la moelle osseuse des carcasses d’animaux. Elle a une tête orange. Aussi, cette couleur et son alimentation la rapprochent du caparroi.

La population de la mouche gypaète diminue avec la disparition des grands prédateurs, notamment du caparroi. Les charognes sont alors éliminées dans les montagnes. Puis, avec la réintroduction des grands rapaces, on modifie les techniques agricoles. Et les charognes sont laissées dans les montagnes pour le plus grand bénéfice des prédateurs.

Le retour du caparroi et de la mouche Gypaète sont une excellente nouvelle pour la biodiversité des Pyrénées.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia.
Parc national des Pyrénées, Gypaète barbu
Parc Pyrénées Ariégeoises, Le gypaète barbu et les autres grands rapaces des Pyrénées Ariégeoises
Leçons élémentaires sur l’histoire naturelle des oiseaux, JC Chenu, 1886
Revue des Clubs alpins.




Secouristes, les gens discrets des montagnes

Il nous parait naturel d’être secouru en cas d’accident. Pourtant, en montagne, ce n’est que très récemment que des secouristes professionnels interviennent. Et cela reste un métier dangereux.

Les premiers secouristes

Certains attribuent aux Romains la création d’hospices à proximité des pòrts de montagne dans les Pyrénées. Pòrt en gascon signifie passage. En tous cas, au moyen-âge, les moines s’organisent pour venir en aide aux voyageurs et pèlerins : les recevoir pour une nuit, les restaurer, les soigner…

hopital saint blaise
L’hôpital Saint-Blaise (64) construite par les chanoines de l’abbaye Sainte-Christine du Somport au XIIe siècle.

Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem sont déjà habitués à défendre et soigner les pèlerins allant à Jérusalem. Dès le début du XIIIe siècle, ils installent des lieux semblables sur les chemins qui mènent à Compostelle. C’est le cas sur les chemins principaux qui passent par Saint Jean Pied de Port ou par le col du Somport. Et c’est aussi le cas sur les chemins secondaires qui passent par la Catalogne ou par les Pyrénées centrales.

D’ailleurs, le 25 mai 1200, Sanche Garsie comte d’Aure note dans une donation la présence d’un Hospitali beati Johanni de Juheu (hospice de Saint Jean de Jouéou) au pied du port de la Glère (Luchonnais). Aujourd’hui, la majorité de ces hospices ont disparu, même s’il reste des traces comme celles de l’hospice du port de Vénasque, l’étape qui venait après l’hospice de Saint Jean de Jouéou.

Durant des siècles, les autochtones savent vivre dans les montagnes. Les bergers savent sonder la neige de leur bâton, connaissent les endroits dangereux. Les marchands, les bandits et les contrebandiers fréquentent aussi les montagnes, ainsi que quelques autres comme les soldats. La majorité des usagers passent par les ports. Mais la montagne n’a pas bonne réputation. Elle est synonyme de dangers et de menaces.

Les chiens de sauvetage

C’est justement à un hospice que l’on doit la création de la race renommée des chiens de Saint-Bernard. Ce n’est pas dans les Pyrénées mais dans les Alpes suisses, aux hospices du Grand-Saint-Bernard et du petit Saint-Bernard, que des chanoines élèvent dès le XVIIe siècle des chiens de garde qui sont vite utilisés pour accompagner ou retrouver les voyageurs égarés dans la neige et le brouillard. L’hospice récupère ainsi des personnes frigorifiées, sans force ou même évanouies.

patou
Le patou ou chien de montagne des Pyrénées

En fait, les chiens, avec leur odorat très développé, sont très adaptés pour retrouver des personnes disparues ou accidentées.  Le pastor, patou en français ou chien des Pyrénées, est déjà connu au XVIIe siècle pour rechercher des personnes lors des avalanches.

Les organisations de secouristes

Dès le XVIIIe siècle, la montagne deviendra un lieu de découverte et de promenade avec le tourisme anglais dans la région paloise et le développement du pyrénéisme et du thermalisme.

Pic aneto
Pic d’Aneto

Les étrangers se font guider par des locaux. Il y a des accidents. Des cordées disparaissent. Le grand guide luchonnais des sommets, Pierre Barrau (1756-1824) meurt en dirigeant la première ascension au pic d’Aneto. Ce n’est que cent sept ans plus tard, en 1931, que le glacier de la Maladeta, la maudite, rend les restes de son corps.

Puis, au XIXe siècle, la solidarité montagnarde s’organise : les guides, les membres de club, les volontaires partent à l’aide de grimpeurs ou de randonneurs malchanceux.

Toutefois, ce serait à Annemasse, en Haute-Savoie que se serait constituée la première société de secouristes en France. Peut-être en 1897.

Vite, au début du XXe siècle, plusieurs sociétés de secours en montagne se créent dans les Pyrénées, tout le long de la chaine.

En s’inspirant de l’insigne autrichien, le Savoyard Felix Germain (1904-1992), très impliqué dans les secours, crée en 1949 l’insigne du Secours en montagne pour les Français. Cet insigne existe toujours et les montagnards le surnomment le berlingot. La remarquable Jeanne Folcher, membre de la Société Dauphinoise pour le Secours en Montagne (SDSM) et infirmière de la Croix-Rouge, reçoit le premier insigne.

Puis, en 1956, l’accident et la mort de deux étudiants, Jean Vincendon et François Henry dans le Massif du Mont-Blanc, va poser question. Les opérations de secours se passent mal. C’est le premier essai de sauvetage avec un hélicoptère. Mais les conditions météo déstabilisent l’appareil qui s’écrase avec ses quatre occupants qui, heureusement, ne seront que blessés. Ils voient les jeunes randonneurs mourir sous leurs yeux. La France s’émeut. En conséquence, la circulaire du 21 aout 1958 impose aux préfets l’organisation des secours en montagne. Ainsi, l’activité va se professionnaliser. Et l’on crée les premiers Pelotons de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM).

Les médecins rejoignent les secouristes

Le 30 mars 1970, deux pyrénéistes, Bernard Baudéan et René Garroté descendent la Grande aiguille d’Ansabère (vallée d’Aspe). Ils chutent. Bernard Baudéan raconte à Sud-Ouest :  Nous sommes arrivés au sommet puis la tempête s’est levée. Il devait être entre 14 et 15 heures. Nous avons décidé de descendre en rappel pour aller plus vite plutôt que par la voie normale. Au 2e ou 3e rappel, un piton a lâché. C’était très raide. J’ai vu mon copain disparaitre dans le vide. Il est tombé sans un bruit. J’ai appelé, il ne répondait pas. J’ai compris. René Garroté y laisse la vie et son compagnon perd huit doigts et ses deux pieds à cause du froid. On prend alors conscience de la nécessité de médicaliser les secours.

Louis Lareng
Louis Lareng (1923-2019).

Et c’est le médecin lavedanais Louis Lareng (1923-2019), qui fonde avec le docteur Madeleine Bertrand le service d’aide médicale urgente (SAMU).

Ainsi, pendant l’été 1973, une garde de secours en montagne avec des médecins du village s’installent à Gavarnie. Trois ans plus tard, Louis Lareng raconte les réalisations effectuées dans les Pyrénées lors du colloque « médecine montagne » organisé par la FFM (Fédération Française de la Montagne).

Citons aussi le docteur Jean-Michel Théas, enfant de Lourdes et président du secours en montagne,  qui organise dès 1982 les recyclages des pisteurs secouristes des Pyrénées et de la principauté d’Andorre. Amoureux de la montagne, il mourra d’un accident cardiaque sur le chemin du Pibeste, au-dessus d’Ouzous en 2013.

Le diplôme de médecine de montagne voit le jour en 1984. Et le Professeur Virenque (SAMU 31 Toulouse), met en place en 1990, le DUMUM : Diplôme Universitaire de Médecine et Urgences en
Montagne. Cette formation comprend 4 modules de 5 jours : sur les fondamentaux, la spéléologie et canyon, la montagne hivernale et la haute montagne.

Les spécialistes du secours

Trois organismes assurent aujourd’hui les secours en montagnes :

Ils interviennent suite à des glissades sur des névés, des dévissages, des avalanches, des accidents de parapente ou des chutes diverses. Et aussi pour des accidents cardiovasculaires, des malaises pouvant aller jusqu’au coma ou autre.

Ce sont parfois des interventions complexes. La chute dans une crevasse par exemple l’est particulièrement. En effet, la chaleur du corps fait fondre la glace et provoque son enfoncement progressif. Globalement, pour 20% des personnes secourues, le pronostic vital est engagé. La mortalité parmi les sauveteurs est aussi élevée.

sauvetage dans une crevasse
Sauvetage d’un randonneur qui a passé cinq nuits dans une crevasse de la Pierre Saint Martin. Sud-Ouest. 26/05/2016.

Des interventions d’endurance

Les interventions sont de plus en plus nombreuses.  Par exemple, le PGHM de Pierrefitte-Nestalas et la  CRS Pyrénées effectuent 462 interventions entre le 1er janvier et le 19 septembre 2022.  Elles seraient dues à l’inexpérience des touristes, à leur équipement insuffisant et aussi à de nouveaux sports comme le VTT de descente et électrique.

Les interventions ne sont jamais anodines. Par exemple, en juillet 2019, vers 19h50, les secouristes sont appelés pour ramener deux alpinistes qui se sont égarés alors qu’ils descendaient la face sud du Néouvielle. Or, la météo ne permet pas l’utilisation d’un hélicoptère. Aussi, les secouristes du PGHM de Pierrefitte-Nestalas et ceux PGHM de Bagnères-de-Luchon partent à pied. Ils mettront 14 h à les retrouver ! Enfin, le lendemain, à midi, tout le monde, sain et sauf, rejoint les véhicules.

Jacques Verdier
Jacques Verdier (1957-2018)

Plus dramatique, le journaliste sportif saint-gaudinois Jacques Verdier (1957-2018) raconte un sauvetage en 2016 au sommet du Vignemale. Les conditions atmosphériques sont mauvaises. L’hélicoptère accroche ses pales sur de la neige glacée provoquant sa chute : le pilote, le mécanicien, le médecin et le secouriste meurent dans l’accident.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des sauvetages font appel à l’hélicoptère. Lors d’un interview, un pilote raconte : « Avec le vent, on sait que l’on va se faire brasser, mais le brouillard nous oblige à mille retenues. Il arrive que l’on ne voit plus les parois et aucun GPS ne nous permet d’apprécier convenablement les distances. Quant aux fils électriques, c’est la plaie de la profession. Il faut bien anticiper le parcours, connaitre les lieux à la perfection pour être sûr de les contourner, mais là encore la brume complique tout. »

En 2022, 8 secouristes de l’Ariège et 1 de Lannemezan remportent la médaille du secours en montagne.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

FFME, médaille,  secours en montagne
Histoire et évolution du secours en montagne, F. Rocourt, 2014
Le monde des Pyrénées : L’histoire du secours en montagne dans les Pyrénées
Pyrénées vagabondes, Jacques Verdier, 2018




Jazz in Marciac

Marciac est une bastide du Gers dont peu de gens auraient entendu parler s’il n’y avait le festival international de musique Jazz in Marciac. Revenons sur cette réussite.

Marciac est une bastide fondée en 1298

La bastide de Marciac - Restitution partielle duplan médiéval (plan S. Abadie)
La bastide de Marciac – Restitution partielle du plan médiéval (plan S. Abadie)

Marciac est fondée en 1298 en paréage entre l’abbé de La Case-Dieu, le comte de Pardiac et le sénéchal de Toulouse au nom du roi de France (Philippe IV le bel). Ce sénéchal s’appelle Guichard de Marzé,  et donne son nom à la nouvelle bastide. Qui sont ces personnages ?

L’abbé de La Casa-Diu. Avant Marciac, le comte de Bigorre et l’évêque d’Auch avaient fondé l’abbaye de La Casa-Diu en 1135. Elle se situe près de Beumarchés [Beaumarchès], au confluent du Boès [Bouès] et de l’Arròs. C’est une abbaye importante située sur la route des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. Outre Marciac où l’abbé possède une maison forte (elle jouxte l’actuelle mairie), l’abbaye fonde également Plaisance en 1322.

Le comte de Pardiac. Le comté de Pardiac est un démembrement du comté d’Astarac vers 1023. Sa capitale est Montlesun [Montlezun] situé à quelques kilomètres de Marciac. Aujourd’hui, il ne reste que des ruines du château des comtes de Pardiac.

Le sénéchal de Toulouse. Guichard de Marzé (vers 1260-1317) appartient à une riche et noble famille du Beaujolais où elle possède des vignes. Guichard est nommé sénéchal de Toulouse et d’Albi en 1296.

La bastide de Marciac

Marciac- la place principale
Marciac – la place principale

La bastide de Marciac occupe 27 hectares entourés d’une enceinte percée de huit portes et d’un fossé. D’ailleurs, on peut encore voir un bout de cette muraille côté nord. Récemment, un projet viserait à reconstruire une partie de la muraille et la porte du Houga.

La place centrale fait 1 hectare et devait comporter une halle pour le marché. C’est la plus grande place du Gers.

Marciac a des formes parfaites, régulières, symétriques, bref les concepteurs ont cherché la cité idéale. Ainsi, elle s’inscrit dans un rectangle de 7 ilots en longueur et 7 en largeur. Chaque ilot fait 90 mètres sur 60. Pourtant, les ilots qui jouxtent la place centrale son plus grands, conférant à la place un aspect monumental.

L’église à 5 flèches culmine à 87 mètres, ce qui en fait le plus haut clocher du Gers. Et cela fait dire aux mauvaises langues que Marciac compte 5 clochers et 400 cloches ! il faut naturellement comprendre 4 sans cloches. Aujourd’hui, il ne subsiste que le clocher et le portail du couvent des Augustins ; son cloitre se trouve aux Etats-Unis.

Marciac se réveille au son du jazz

Hélas, comme beaucoup de bastides, Marciac n’est plus qu’un bourg rural endormi. De plus, elle est loin des voies de communication. Bien malin qui pourrait dire où se trouve Marciac !

L'Astrada à Marciac
L’Astrada à Marciac

En 1978, le Foyer des jeunes et de l’éducation populaire de Marciac organise un festival d’un jour de Jazz New Orleans. L’année suivante, il passe à 3 jours avec la participation du saxophoniste Guy Lafitte (1927-1998) et le trompettiste Bill Coleman (1904-1981), tous deux résidant dans le Gers. En 1992, le festival dure 8 jours puis passe à 16 jours dès 2009. Le petit festival est devenu un grand ! D’ailleurs, Jazz in Marciac est le festival de jazz le plus couru d’Europe. Les plus grands s’y produisent : Dizzy Gillespie, Oscar Peterson, Stéphane Grappelli, Wynton Marsalis, Nina Simone, Ray Charles

Jean-Louis Guillaumon
Jean-Louis Guilhaumon

Depuis 1984, les concerts se jouent sous un grand chapiteau qui peut contenir jusqu’à 6 000 places assises. Puis, en 2011, on inaugure la salle de concert L’Astrada. Et des concerts gratuits se jouent sur la place centrale.

En fait, on doit cette réussite à l’Oranais Jean-Louis Guilhaumon, enseignant affecté à Marciac en 1979 pour préfigurer la création d’un collège. C’est chose faite en 1982 et Jean-Louis Guilhaumon sera Principal jusqu’à sa retraite.

Adjoint au maire de Marciac depuis 1977, Jean-Louis Guilhaumon devient maire en 1995, conseiller régional, vice-président chargé du tourisme et du thermalisme au Conseil régional de 2004 à 2015, président de la communauté de communes et président de l’association qui gère le festival Jazz in Marciac.

Du jazz toute l’année

Classe de jazz au Collège de Marciac
Classe de jazz au Collège de Marciac

Jazz in Marciac n’est pas qu’un festival d’été. En effet, le jazz est ancré dans la vie de la bastide et contribue largement à son animation toute l’année.

Revenons au collège de Marciac. Jean-Louis Guilhaumon le met en place en 1982. Mais, le collège voit ses effectifs péricliter. Il va fermer en 1993 car à peine 93 élèves sont inscrits. Alors, il ouvre des ateliers d’initiation à la musique de jazz. C’est un succès : 118 élèves s’inscrivent et le collège retrouve son dynamisme. Aujourd’hui, plus de 200 élèves y sont inscrits, la moitié venant d’autres départements que le Gers. On réhabilite le collège, on ouvre un internat. Et, lors de chaque festival, les collégiens se produisent sur scène et dans les restaurants.

Le trompettiste et musicien américain Wynton Marsalis (1961- ), qui conduit des actions pédagogiques reconnues, dit du collège de Marciac : « Je voyage tout le temps, partout, jusqu’en Chine et je ne connais aucune école ailleurs comparable à ce collège de Marciac. C’est vraiment unique ».

Classe de jazz au collège

Émile Parisien
Émile Parisien, saxophoniste et ancien élève du Collège de Marciac

Le célèbre saxophoniste lotois Emile Parisien (1982- ) fait ses études au collège de Marciac. Il joue avec les plus grands pendant le festival Jazz in Marciac. Et c’est aujourd’hui une vedette internationale.

En fait, le jazz est présent toute l’année à Marciac. Un espace muséographique ouvre : Les Territoires du jazz. Des jazzmen de renommée internationale proposent des stages et Master classes tout au long de l’année.

La salle de l’Astrada propose des concerts mensuels d’octobre à juin. Sa directrice explique : « Nous sommes un lieu de diffusion avec 50 levers de rideaux par an, de création, de formation avec des artistes en résidence, et d’éducation artistique pour une dizaine d’établissements scolaires. »

Les retombées du festival Jazz in Marciac

Le festival Jazz in Marciac amène des retombées économiques importantes pour la bastide. En effet, il draine plus de 220 000 visiteurs chaque année. Pour les recevoir, plus de 1 000 bénévoles s’activent. Les candidatures viennent de toute l’Europe pour vivre cette aventure.

Son chiffre d’affaires se compte en millions : billetterie, mécénat, subventions, etc. Aussi, en 2015, la Chambre régionale des comptes s’intéresse à Jazz in Marciac et fait des propositions pour améliorer le fonctionnement de l’association et pérenniser le festival.

Jazz in Marciac 2005
Jazz in Marciac 2005

Tout comme le collège de Marciac qui évite la fermeture grâce au jazz, la ville entière profite du jazz. Il faut loger et nourrir bénévoles et festivaliers.

Ainsi, l’ancienne école devient un hôtel 5 étoiles. Un Village Vacances de 350 lits du groupe Pierre & Vacances s’installe. Le conseil régional labellise Marciac Grand site d’Occitanie.

La commune se développe : on crée des lotissements, une zone d’activité économique, une zone commerciale, une station d’épuration avec lagunage, un pôle culturel de 500 places, …

On réhabilite la place centrale de la bastide, restaure le patrimoine bâti ancien, les monuments historiques font l’objet de travaux. Des équipements modernes font aussi l’objet d’une grande attention : réhabilitation du groupe scolaire, création d’une maison de retraite, création d’un complexe sportif, … L’INSEE constate un développement de l’économie locale et une augmentation du nombre d’emplois.

C’est la démonstration qu’un festival de jazz peut avoir des retombées économiques importantes et permettre le développement d’une commune rurale de 1 300 habitants.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Marciac. La maison des abbés de La Casedieu –Stéphane Abadie  Bulletin Monumental Année 2016 174-2 pp. 195-200
Jazz in Marciac
Site de la mairie de Marciac
Le fabuleux destin de Marciac, J. Barnouin, P.-H. Ardonceau et B. Deubelbeiss, 2014