Le bien manger gascon, une longue tradition

Fêtes de fin d’année, moments de hartèra et de bien manger. Comment échapper à l’art de la table gasconne ? L’occasion aussi de se souvenir des pratiques alimentaires ancestrales et des écrivains qui ont su en parler avec talent. Jean-Claude Ulian et Jean-Claude Pertuzé présentent des textes littéraires, des conseils alimentaires du XVIe siècle et des recettes dans leur excellent livre, Gascons à table, qui reçut le prix Prosper Estieu 2006.

Bien manger gascon ? Deux Gersois s’y intéressent de près

Jean-Claude Ulian, écrivain et conférencier auscitain, est un grand promoteur de la culture gasconne. Il publie dans les années 1970 un journal La voix des cadets, ainsi que plusieurs livres comme Sorcières et sabbats de Gascogne (1997), Sur les pas de Bladé (2008), Jean de l’Ail (2013)…

Son complice Jean-Claude Pertuzé, Lectourois, outre son activité d’illustrateur (La Dépêche, Métal hurlant….) réalise plusieurs BD autour de sa région : Contes de Gascogne de Bladé (1977), Les chants de Pyrène (1981 – 84), Voyage au centre des Pyrénées (2014)…

Manger, c’est sérieux pour un Gascon

Les auteurs de Gascons à table proposent des récits humoristiques autour de plats, écrits par l’écrivain landais Jean Rameau (1858 – 1942), le poète et romancier de langue française et gasconne Emmanuel Delbousquet (1874 – 1909)…

Joseph du Chesne Manger
Joseph du Chesne (1546-1609)

Et, pour remonter au XVIe siècle, ils nous proposent une synthèse des pratiques alimentaires décrites avec soin par le médecin lectourois Joseph du Chesne (1546-1609), médecin ordinaire du roi Henri IV. J’escris particulierement ce traicté pour servir à ma patrie, annonce Du Chesne. C’est probablement une des sources les plus complètes et les plus anciennes pour connaître las nostas costumas de minjar. Si l’on ne devait retenir de ces anciens temps que quelques éléments typiques et de qualité, ce pourrait être le pain de millet, l’ail, le cochon de lait, l’oie grasse et les figues. Si le premier est tombé en désuétude, garderons-nous les autres ?

Le pain, base de l’alimentation

Scaliger - manger
Scaliger (1540- 1609)

Base de l’alimentation, le pain est réputé dans nos régions. Selon l’érudit agenais Joseph Juste Scaliger (1540 – 1609) A Bourdeaux, on mange de bon pain de froment. Les Gascons font bien le pain. Sortez de Bourdeaux vers le Béarn, tout le pain est de millet. (extrait de Scaligerana, 1695, p.65).

Manger du pain oui, mais du pain de millet

Joseph du Chesne nous apprend qu’il y a trois sortes de pain de millet en fonction de la cuisson, lo milhas, la mica e lo brasaire. La pâte est toujours de la farine de millet, débarrassée du son, mise dans de l’eau salée qu’on laisse lever. Cette pâte cuite au four s’appelle le milhas, c’est le pain quotidien des paysans au goût doux et nutritif. Les micas, elles, sont des petites boules de la même pâte mais bouillies dans l’eau, elles constituent le petit déjeuner des enfants. Le brazaire est toujours cette pâte de millet mise sous forme de carré d’un pied de côté, épais de deux travers de doigt que l’on enveloppe de feuilles de choux avant de la cuire dans la braise du feu.

Manger des armotes
Armotas (à la farine de maïs aujourd’hui)

Enfin les Gascons utilisent aussi la farine de millet, détrempée dans l’eau et cuite jusqu’à une consistance de bouillie. Assaisonnée de sel, elle s’appelle armotas (gascon) ou armotes (français). Selon la saison, on peut les manger en ajoutant à la préparation des greishets de pòrc. Et, bonne nouvelle, on consomme toujours las armotas en Gascogne même si nous avons remplacé la farine de millet par celle de maïs. Le nom d’armotas devient cruishada (cruchade) dans les Landes ou milhas en Languedoc.

Manger de l’ail

S’il faut se méfier des concombres et des fraises, Joseph du Chesne conseille de manger de l’ail : Les aulx ont une mesme proprieté, c’est en outre la theriaque des vilageois en Gascongne contre les pestes et le mauvais air : les enfans qui en usent ne sont jamais sujects aux corruptions et vermines. Il n’y a que la senteur qui est du tout fascheuse et insupportable : estans cuits en la braise ou en l’eau ils perdent beaucoup de leur acrimonie. C’est ainsi qu’on les sert les jours maigres le matin au commencement de table en Gascongne. L’usage en rend les hommes plus forts et vigoreux.

Le Journal of the Science of Food and Agriculture publia en 2012 une synthèse de 26 études sur les effets positifs de l’ail. Antibiotique, antimicrobien, hypotensif, hypolipémiant (abaisse le taux de cholestérol), anticancéreux (cancers du système digestif). La cause est entendue. Continuons à manger de l’ail !

Manger de l'ail rose
Ail rose

Recèpta: Torrin entà sopar

Un cabòç d’alh (10 a 12 asclas)
Ua culherada-sopa de grèisha d’auca
Ua culherada-sopa de haria
Un l d’aiga
Un ueu
Quauquas gotas de vinagre
Sau, péber
Quauques tròc de pan sec

Oie et porc sont les valeurs sûres

Dessin de G. Doré tiré de Voyage aux Pyrénées de H. Taine (1860) -Manger l'oie
Dessin de G. Doré tiré de Voyage aux Pyrénées de H. Taine (1860)

Joan Giraud d’Astròs (1594 – 1648) nous avait déjà renseigné dans Lou trimfe de la lengouo gascouo, le paysan gascon mange oie et cochon de lait : Qu’a lou saladè plen d’aucats / Ou que-y a un ou dus pourcats (Qu’a lo saladèr plen d’aucas / O que i a un o dus porcats. Il a le saloir plein d’oies / ou un ou deux porcelets).

Joseph du Chesne précise que les oies se soulent de grains dans les aires où on bat le grain tout à descouvert le long de l’esté. C’est ou elles s’engraissent, de sorte qu’elles ont deux doigts de graisse. On les fend par la moitié et les sale-on. On s’en sert estant freschement salees aux meilleures tables, et les faict mesme rostir par quartiers : mais l’ordinaire est de les manger bouillies avec la moustarde: c’est une viande qui dure tout l’an, voire on les garde salées plusieurs années tant qu’elles rancissent.

Aujourd’hui, quelques éleveurs ont retrouvé cette façon d’engraisser les oies comme, en Estremadura (Espagne), Edouardo Sousa qui produit des oies grasses en les laissant librement manger des glands et des lupins qu’elles trouvent dans les dehesas (pâturages en sous-bois).

Les fruits abondent

Caravaggio – nature morte (1603 env.)

C’est encore Joan Giraud d’Astros qui nous régale d’énumérations de variétés de fruits savoureux que l’on peut manger en Gascogne, avec parfois leurs noms locaux, dans son poème sur l’autouno gascouo (l‘autona gascoa / l’automne gascon). Il parle de citrous, miougranos, higuos, poumos, peros, merouns / citrons, miugranas, higas, pomas, peras, merons /citrons, grenades, figues, pommes, poires, melons.

Aquo’s tout Pero Gourmandino,
Pero d’Ouignon ou Grapautino,
Pero d’Entoquo, Pero Sartéou,
Noir-Sucre, Baréso, Ratéou,
Oranjo, Guilhasso, Coudouigno,
Boun-chrestian que nou cau bergouigno
De la bouta daouant un Rey,
Car nado nou li hé la ley
Pouétoubino, Pero de Roumo,
E Bergamoto …
Aquò’s tot Pera Gormandina,
Pera d’Onhon o Grapautina,
Pera d’Entòca, pera Sartèu
Noir-Sucre, Baresa, Ratèu
Òranja, Guilhassa, Coduinha,
Bon-crestian que non cau vergonha
De la botar davant un Rei
Car nada non li hè la lei
Puetovina, Pera de Roma
E Bergamòta …

Joseph du Chesne lui aussi, rappelle l’excellence des melons de Gascogne, des raisins, des grenades, et des très célèbres poires d’Auch appelées Bons chrestians ou Bons-Chrétiens (variété de poires Williams).

Et surtout… les figues!

Manger des figuesDu Chesne met un accent particulier sur les figues blanches, noires, vertes, pourprées, rougeâtres, pasles et entremeslées de diverses couleurs. Des figues qui sont tellement en abondance qu’on en engraisse les pourceaux.

D’ailleurs Isidore Salles (1821-1900) nous rappelle l’abondance et l’importance du figuier en Gascogne (strophe 1 et 6 du poème Lou higué / Lo higuèr / Le figuier) :

Dou bielh tems penude à la tite,
En Gosse, à le porte, en entran,
Toute maysou, grane ou petite,
A soun higué, petit ou gran.

Hounte à l’homi de qui’s pot dise :
« Chens pitat dou pay naurigué,
Au loc de bene la camise,
Qu’a dechat bène lou higué ! »
Deu vielh temps penuda a la tita,
En Gòssa, a la pòrta, en entrant,
Tota maison, grana o petita,
A son higuèr, petit o gran.

Honta a l’òmi de qui’s pòt díser :
« Shens pitat deu pair nauriquèr,
Au lòc de véner la camisa,
Qu’a deishat véner lo higuèr ! »
Suspendue à la mamelle du passé,
En Gosse, à la porte, en entrant,
Toute maison, grande ou petite,
A son figuier petit ou grand.

Honte à l’homme dont on peut dire :
« Sans pitié du père nourricier,
Au lieu de vendre sa chemise,
Il a laissé vendre son figuier ! »

Note

L’image en tête de l’article est une reproduction du “Repas de noce” ou “Noce paysanne” (1568) de Pieter Brueghel l’Ancien, peintre flamand, qui représente un repas réunissant des paysans dans une salle bondée. Le symbole de la communion, du partage.

Références

Diaeteticon polyhistroricum, Josephi Quercetani (Joseph du Chesne), 1625
Le pourtraict de la santé, Joseph du Chesne, 1627
Gascons à table, Jean-Claude Ulian et Jean-Claude Pertuzé, 2006.
Espagne : une exploitation éthique produit du foie gras sans gavage des oies, Sandrine Morel, Le Monde – 28 décembre 2013
Lou trimfe de la lengouo gascouo, J G d’Astros,
Voyage aux Pyrénées (3e édition),  H. Taine (1828-1893) – à voir aussi pour les remarquables illustrations de Gustave Doré

 




Nadau qu’ei neishut – contes et proverbes

A força de cantar Nadau, Nadau arriba. À force de chanter Noël, Noël arrive, disent malicieusement les Marmandais. En cette veille de Noël, découvrons quelques contes et proverbes du centre de la Gascogne.

Bon Nadau brave monde!

Nadau - Quand Noël tombe un mardi  Pain et vin de toutes parts
Quand Noël tombe un mardi  Pain et vin de toutes parts

Quan Nadau es en diluns
Tota vielha hè mau mus 

Quan Nadau es un dimars
Pan e vin per totas parts

Nadau lo dijaus
Tots seràn malauts

E quina escadença ! Et, quelle chance, le jour de Noël de 2018 tombe un bon jour !

Quan Nadau es en dilus
Toute vieilhe hé mau mus
Quand Noël tombe un lundi
Toute vieille fait mauvaise figure.
Quan Nadau es un dimars
Pan et bin per toutes parz
Quand Noël tombe un mardi
Pain et vin de toutes parts
Nadau le ditjaus
Touts seran malaus
Noël le jeudi
Tous seront malades

Los contes de Nadau

Los Luquets - Nadau
Los Luquets, conte de Nadau

Aimant les récits et les contes, les Anciens nous ont laissé de nombreux textes pour amuser nos veillées. Des récits chrétiens, des récits fantastiques, des contes trufandèrs dont les protagonistes sont souvent des curés… Aussi, l’Escòla Gaston Febus et sa maison d’édition Reclams proposent un dossier spécial Noël dans la revue de décembre 2018 dans lequel vous trouverez quelques contes de Noël de l’Astarac, et une vieille et charmante chanson de Lectoure, collectée par Léonce Couture Aneit qu’es nechut. Aneit, Nadau qu’ei neishut Chut, chut, ne réveillez pas l’enfant qui dort…

Un de ces contes savoureux, Los luquets, est proposé gratuitement par Reclams en graphie classique. Pour ceux qui préfèrent la graphie originale, la voici.

Los arreproèrs de Nadau

On ne serait pas Gascon si on n’avait pas quelques proverbes sur Noël.

Des proverbes facétieux
Qui drom le jour de Nadau
Touto l’annado hè atau
Qui dròm lo jorn de Nadau
Tota l’annada hè atau
Qui dort le jour de Noël
Toute l’année fait pareil
Des proverbes sur la météo 
Se a Nadau recercos l’oumbré
A Pascos cercaras le courné

Se a Nadau i a mouscailhous
A Pascos i aura glaçous

Si Nadau s’assourélhe,
Pasques qu’atourélhe
Se a Nadau recercas l’ombrèr
A Pascas cercaràs lo cornèr

Se a Nadau i a moscalhons
A Pascas i aurà glaçons

Si Nadau s’assorelha
Pascas qu’atorrelha
Si à Noël tu recherches l’ombre
A Pâques tu chercheras le coin du feu

Si à Noël il y a des moucherons
A Pâques il y aura des glaçons

Si Noël ensoleille
Pâques met devant le feu
Et des proverbes utiles dans les campagnes 

Travaux des champs au Moyen-Âge Nadau
Travaux des champs au Moyen-Âge

  • Quan Nadau es en escur, troja magra bota cuu / quan es au clar troja magra bota gola. Quand à Noël il fait sombre, une truie maigre met des jambons / quand il fait clair elle met de la gorge.
  • Se Nadau es a l’escurada, gita lo milh capvath la prada, s’es a la lutz gita-lo capvath lo putz. Si Noël est sombre, sème ton maïs dans le pré, s’il fait lumineux jette-le dans le puits.
  • Quan Nadau i deguens la claretat / Ven lo bueu entà crompar blat. Quand Noël est dans la clarté / Vend le bœuf pour acheter du blé.
  • Bruma de Nadau cent escuts vau e la d’après austant e mes. Brume de Noël vaut cent écus et celle d’après autant et plus.
  • Nadau sense lua / De cent auelhas ne’n demòra pas ua. Noël sans lune / De cent brebis il n’en reste pas une.

Enfin rappelons-nous Nadau e San joan partajan l’an. Noël et St Jean partagent l’année. Donc les jours vont s’allonger…

Entà Santa Luça*
los jorns creishen d’un saut de puça.
Entà Nadau
d’un saut de brau.
Entau prumèr de l’an
d’un saut de hasan
.
* 13 de deceme
Pour Sainte Luce*
les jours augmentent d’un saut de puce.
A Noël
d’un saut de veau.
Pour le premier de l’an
d’un saut de coq.
* 13 décembre

Réferences

Nos proverbes gascons, deuxième série, Honoré Dambielle, 1924
Reproèrs sus lo temps que hè, Arts et Tradicions populaires de Marmande




La veille de Noël en Gascogne

En Gascogne, la veille de Noël est riche de ses traditions païennes et chrétiennes, avec ses superstitions, ses quêtes des enfants, sa veillée, sa messe de minuit et son réveillon.

Les croyances autour de la veille de Noël

Le loup-garou de Noël
Lo ramponòt o lop-garon

Les superstitions allaient bon train dans les temps anciens. Et la période de fin décembre s’y prête particulièrement : le solstice d’hiver, le retour à la lumière, Noël chrétien… Bref, le 24 décembre, dans les campagnes gasconnes, il s’en passait des choses !

Cette nuit-là, se libéraient les esprits. Des créatures infernales traversaient les champs, des fées descendaient par la cheminée… On nettoyait les étables et on donnait le soir une bonne ration de foin aux bœufs, car savez-vous que ces bêtes se parlaient cette nuit-là ? Et gare à l’inconscient qui cherchait à écouter, on en connait qui sont morts sur le champ !

En partant à la messe de minuit, on laissait quelques victuailles et la lampe à pétrole allumée pour que les âmes du purgatoire, qui avaient alors droit de sortie, puissent revenir chez elles l’espace de la messe. A Nadau cadun a l’ostau! A Noël chacun chez soi !

Las halhas de Nadau

La tòrela de Capbreton à Noël
La tòrela de Capbreton (YouTube)

Puisque la veille de Noël les êtres malfaisants comme los lops garons, se déchainaient, dans la partie occidentale de la Gascogne, on allumait un feu dans chaque maison. Ces milliers de feux répondaient aux étoiles du ciel. Faisant avec son flambeau le tour de la maison, on protégeait ainsi les récoltes, la fumée éloignant les mauvais esprits, voire les ennemis. Bien sûr, cela ne fonctionnait qu’accompagné d’une formule incantatoire. Philippe Cloutet nous en propose :

Halha Nadau,
Lo pòrc a la sau,
La pola au topin,
Coratge vesin !
Halha Nadau,
La tripa au pau,
Lo gat au hum
Pum ! Pum !
Flambeau de Noël,
Le porc dans le sel,
La poule dans le pot,
Courage voisin !
Haille Noël,
Le boudin sur le pieu,
Le chat dans la fumée,
Pum ! Pum !

À Capbreton, un grand feu, le feu de la torèla est enflammé. Construit de pièces et de débris de bois entassés afin d’illuminer et de réchauffer les âmes en témoignant leur reconnaissance au Ciel.

Les quêtes de Noël

Lo pica-hòu des enfants à  Orthez (Sud-Ouest.fr 20.12.2013)

Dans certaines régions gasconnes, la veille de Noël, les enfants allaient frapper aux portes pour obtenir quelques friandises ? Cette coutume s’appelle pros en Chalosse, ahumas dans la région du gave d’Oloron, birondèu en Bigorre ou encore pica-hòu (pique-fou) du côté d’Orthez. Bien sûr, les enfants chantent (ici du côté d’Oloron) :

Ahùm, Ahumalhes,
Tripes et castagnes,
Bouharoc, coc, coc,
Poumes y esquilhots.
Ahum, ahumalhas,
Tripas e castanhas,
Boharòc, còc, còc,
Pomas i esquilhòts.
Enfumé, enfumées,
Boudin et châtaignes,
Véreux, coc, coc (peut-être gâteau ?)
pommes et noix.
(traduction du dictionnaire de Simin Palay)

Dans certaines contrées, les enfants n’allaient que dans les familles où il y avait un nouveau-né de moins d’un an. Et l’ethnologue et flokloriste Arnold Van Gennep (1873 – 1957) rapporte que des enfants à Tartas remerciaient les parents par ces paroles Que serà b’ròi, b’ròi / com un anheròt (Il sera beau, beau / comme un agneau) ou se moquaient si les parents n’avaient rien donné : Que serà lèd, lèd / Com lo carmalhèr (Il sera laid, laid / comme une crémaillère)

La bûche de Noël

Le 24, la veille de Noël, débutait la grande veillée et l’on déposait un soc (une bûche) ou un capçau dans l’âtre qui avait été choisi pour brûler doucement jusqu’au 1er de l’an. En Armagnac, on mettait la daube – du bœuf dans une sauce au vin rouge – à mijoter au coin du feu. Elle serait complétée par des saucisses grillées, puis des châtaignes grillées. Si la famille ne pouvait s’offrir un tel luxe, les voisins palliaient car tous faisaient la fête.

Ce soir-là, autour du feu, à la faveur des ombres projetées, on racontait des contes aux enfants, des histoires gentilles ou fantastiques. On chantait des nadalets jusqu’à l’heure de partir pour la messe de minuit, tout en faisant griller des châtaignes et en buvant du vin blanc. Puis, on chaussait los esclòps, on mettait un manteau bien chaud, on prenait la lanterne et on partait en chantant. En Ossau, Léopold Médan rapporte cette chanson des bergers :

Touts lous pastous
Cabbat las mountagnes
Y dap lous esclops
Qu’en hasen clic, clac, cloc,
clic, clac, cloc, clic, clac, cloc.
Qu’en hasen clic, clac, cloc !
Tots los pastors
Capvath las montanhas
I dab los esclòps
Que’n hasèn clic, clac, cloc,
clic, clac, cloc, clic, clac, cloc.
Que’n hasèn clic, clac, cloc !
Tous les bergers
Descendant les montagnes
Avec leurs sabots
Faisant clic, clac, cloc,
clic, clac, cloc, clic, clac, cloc.
Faisaient clic, clac, cloc !

Les pastorales de Noël

Noël se prépare. Aussi, neuf soirées à l’avance, les carillonneurs sonnent les cloches, las aubetas. Las pastoralas de Nadau quant à elles suivent une très vieille tradition de chants de Noël et de dialogues chantés par les personnages tels l’ange, les bergers, Joseph, Marie, les Rois Mages, sur fond sonore d’instruments traditionnels, en particulier la flûte à trois trous, le violon et la cornemuse ou « boha ».

Depuis 440, le 24 décembre, a lieu la messe de minuit. En Gascogne, on distribue un tròç de miche de maïs et d’anis au miel doré. Enfin les messes ! Car jusqu’au XIXe siècle, il y en a trois, la messe des Anges, la messe des Bergers et la messe du Verbe divin.

Le Noël des Bergers à Arcizan-Dessus
Le Noël des Bergers à Arcizan-Dessus (https://www.pyrenees-pireneus.com/)

Dans les années 1950, l’abbé Borie, curé d’Arras et d’Arcizans-Dessus, dit Lo Solèc (le Solitaire), décide de modifier la messe de minuit. En effet, si le texte est dit en latin et les chants en français, ses brebis se confessent en patois. Il décide alors de remettre à l’honneur de vieux cantiques, certains datant du XVe siècle, d’en composer des nouveaux, le tout en bigourdan. Il imagine, basé sur la messe des bergers, un rituel qui dépassera largement la petite commune. Des bergères chantent, réveillant ainsi des bergers qui sont accueillis par le curé et un agneau blanc. Et la messe commence avec les chants gascons.

De tous les cantiques, l’un en particulier conquerra toute la Gascogne :  Sonatz campanetas, tringlatz carilhons, sonatz las aubetas, cantatz angelos… (ici dans la version de la Chorale Ariélès)

Lo ressopet

L’estofat de Nadau en Gasconha

La messe est terminée ? La période de l’Avent, période de jeune, aussi. On va pouvoir faire bombance. On va pouvoir re-souper, ou ressopar. N’oublions pas que lo disnar c’est le repas de midi et lo sopar celui du soir. Et croyez qu’on ne va pas s’en priver ! Ce ressopar ou ressopet, repas qui marque la fin de la veillée de Noël, aujourd’hui le réveillon, tout le monde le fait. Et les personnes peu fortunées quémandent quelques victuailles pour pouvoir aussi le fêter. On mangera surtout de la viande.

Le gâteau, nommé bûche de Noël, est une création de fin XIXe siècle d’un pâtissier de Paris, Lyon ou Monaco (les avis sont divers). Il ne se répandra dans les régions qu’après la guerre de 1940 – 45.

Références

Tradition de Noël en Pays Basque et Gascogne, Alexandre de la Cerda, 2016
Le folklore : croyances et coutumes populaires en France, tome 1, volume 8. Tournées et chansons de quêtes, Arnold Van Gennep, . Paris, Stock, 1924.
Vieilles coutumes de Noël, Léopold Médan, IBG, lettre Janvier 2017
Lo hailla de Nadau ou hailhe de nadau : tradition de noël gasconne, Philippe Cloutet, Aquitaine on line, 1er décembre 2018
La messe des bergers d’Arcizan-Dessus, Pireneus




Los aguilhonèrs son davant l’ostau

Une ancienne tradition gersoise qui n’a pas attendu la découverte d’Halloween. Les aguilhonèrs consistent, pendant l’Avent, en des visites des maisons du voisinage par un groupe de jeunes gens. Des visites qui permettaient de collecter des victuailles dont une partie sera partagée avec toute la communauté du village. Redécouvrons cette coutume.

Les aguilhonèrs

Les aguilhonèrs sont trois à six jeunes gens dont l’un porte une lanterne et un autre, si possible, conduit un âne qui transporte les aliments collectés. Serge Fourcade, qui a pratiqué cette tradition dans les années 1920 à Labastide d’Armagnac, raconte qu’ils étaient alors plus nombreux, une bonne dizaine, et que l’âne était l’un d’entre eux vêtu d’une pelisse et chargé de porter les dons.

Los aguilhonèrs son davant l'ostau
Los aguilhonèrs que son davant l’ostau

Chacun a un bâton de marche. On peut voir dans cette troupe les rois mages, la lanterne représentant l’étoile. Les quatre samedis précédant les quatre dimanches de l’Avent, ils vont de maison en maison demandant en chantant des victuailles. On leur donne surtout des noix, des pommes, des œufs, de la farine, parfois de l’eau-de-vie. Quand ils en reçoivent, ils remercient toujours en chantant leur chanson, l’aguilhonèr, parfois accompagnée d’une danse. L’un chante les couplets et les autres reprennent la moitié de son chant ou uniquement le mot aguilhonèr. Quand ils ne reçoivent pas de présents ou qu’ils se font accuser de tapage, les jeunes gens peuvent parfois se laisser aller à proférer des insultes bien senties ou des malédictions. Faut bien s’amuser !

Le tour commence à la nuit tombée et peut durer jusqu’à une heure avancée. Il semblerait qu’ils parcourent quelques dizaines de km pour ratisser large. Il n’est pas rare qu’on leur offre une collation légère quand ils arrivent un peu tard dans une maison. Cette tournée permet aussi d’échanger un còp d’uelh avec une fille à marier. Parfois, ils tombent sur une autre troupe d’aguilhonèrs, et, là, c’est le bâton qui parle ! Car on est volontiers batalhaire en Gascogne.

Le butin collecté servira à confectionner des pains à l’anis vert qui seront bénis et distribués à la messe de minuit. Le surplus permettra aux jeunes quêteurs de faire un joli réveillon.

L’origine de l’aguilhonèr

Panoramix ramasse le gui - les aguilhonèrs
Panoramix ramasse le gui

Certains ont vu dans ce terme l’expression “au gui l’an neuf”. L’historien Émile Lefranc (1798 – 1854) dans son Histoire de France nous rappelle l’usage des Gaulois de courir dans les rues le premier jour de l’an en criant “au gui l’an neuf”. Or, le dictionnaire de Simin Palay précise que cette coutume serait arrivée en Gascogne des pays d’outre-Loire par l’Agenais. Et l’abbé Monlezun, dans son Histoire de la Gascogne, ajoute que cet usage antique s’est étendu jusque dans le pays de Lectoure en se teintant de christianisme.

Veille de Noël en Angleterre au 18ème siècle - les aguilhonèrs
Veille de Noël en Angleterre au 18ème siècle

Serge Fourcade note que la pratique serait originaire d’Angleterre et viendrait d’un ancien rite druidique. Le mot guilanneuf prononcé aussi guilaneu dans le nord est devenu chez nous guilounéou puis guilhonèr.

Selon l’Audois Henri Boudet, le mot gascon aguillouné (graphie moderne) serait proche du mot celtique initial eguiouné composé de eguiou / ague : fièvre intermittente et nay / né qui veut dire non. Donc Aguillouné exprimerait les vertus du gui, en particulier dans sa capacité à guérir la fièvre intermittente.

D’autres enfin font un rapprochement avec l’agulhada, bâton qui servait à faire avancer les bœufs dans les labours. Ce bâton est équipé d’une lame de fer pour nettoyer la charrue et, à l’autre extrémité, d’un aiguillon  pour faire avancer l’attelage.

Quoi qu’il en soit, les Gersois en ont fait une pratique large, qui se répétait plusieurs samedis, soit à partir du premier dimanche de l’Avent, soit à partir du 25 novembre, selon les sources.

La chanson de l’Aguilhonèr

Il nous reste quelques textes de cette chanson, différents les uns des autres. Il est probable que diverses versions aient existé, résultat d’une évolution dans le temps. Pourtant la constitution est la même. Un refrain qui demande de donner aux aguilhonèrs, et des couplets assez libres qui s’adaptent aux circonstances. Ces couplets sont pour les trois premiers très polis pour inciter à ouvrir la porte puis, selon la réaction des personnes de la maison, les couplets sont différents voire inventés sur le moment.

Début XXe siècle, le refrain est :

L’aguilhouné
‘n’y faut dounè
Aous coumpagnous
L’aguilhonèr
n’i faut donèr
Aus compagnons
L’aguillouné
Il faut donner
Aux compagnons

Les premiers couplets flatteurs disent que les compagnons son arribèts sus la pòrta d’un Chivalièr o d’un Baron (sont arrivés sur la porte d’un Chevalier ou d’un Baron). Puis si la troupe est satisfaite des offrandes, le chanteur  dira Bravas gens qu’avem trobat / L’aguilhonèr nos an donat (Des braves gens nous avons trouvé / L’aguillouné ils nous ont donné) ou encore Que Diu goarda la maison / Dambe las gens que deguens son. (Que Dieu garde la maison / Avec les gens qui sont dedans).

Pour inciter à donner un peu plus, l’un ou l’autre peut amuser les enfants de la maison. Le chanteur peut dire O se nse davatz un caulet / Poiré brostar lo borriquet (Ou si vous nous donniez un chou / Pourrait brouter le bourricot) et un autre de la troupe fait un saut périlleux.

Parfois, les jeunes gens se permettent des plaisanteries. Par exemple, quand l’homme est connu pour ses écarts, le chanteur peut dire Diu vos donga astant de hilhs / Coma au chai i a de mosquilhs (Dieu vous donne autant de fils / Qu’au chai il y a de moucherons).

D’autres fois, c’étaient les gens de la maisonnée qui s’amusaient à faire attendre les jeunes. Et enfin, devant une porte close, les jeunes gens pouvaient insister Obrissetz-nos, per charité / nat deus cantaires n’es sorcièr / ni lop garon (Ouvrez-nous par charité / Aucun des chanteurs n’est sorcier / Ni loup garou). Ou témoigner leur désappointement en frappant du bâton sur les volets ou en chantant quelques couplets moins sympathiques. Se nos voletz arrenbalhar / Dens vòstes porrets iram cagar (Si vous ne voulez rien nous donner / Dans vos poireaux nous irons chier)

Une pratique encore vivante

La tradition de la guignolée au Canada francophone ou aguilhonèrs
La tradition de la guignolée au Canada francophone

Cette pratique qui s’était perdue a été relancée en 1942 par le maréchal Pétain dans son opération Retour à la terre. Puis la pratique s’est peu à peu éteinte. Sous le nom de la guignolée, la tradition de collecte de dons au moment de Noël, pour des œuvres de bienfaisance, reste très vivante au Canada francophone.

 

Le groupe des Aguilhonèrs en répétition
Le groupe des Aguilhounés en répétition

Depuis 2009, le groupe de musique des Aguilhounés, créé par Thierry Truffaut en lien avec l’école de musique locale, fait revivre la tradition. Il accompagne des jeunes et moins jeunes des villages de la région du Houga visiter leurs voisins, le chant étant alors accompagné de musique traditionnelle gasconne. Leur refrain est:

A la venguda de Nadau
Los aguilhonèrs son davant l’ostau
Per vos soetar de bons Avents
A tots vosauts qui etz deguens
A l’approche de Noël
Les aguilhounés sont devant la maison
Pour vous souhaiter de bons Avents
A vous tous qui êtes dedans.

Un extrait de deux minutes du documentaire de Gilles Dréanic, avec la chanson de l’Aguilhonèr :

Références

Dictionnaire du Béarnais et du Gascon Modernes, Simin Palay
Les mystères du Gers, Patrick Caujolle, 2013
La vraie langue celtique, Henri Boudet, p. 383
Histoire de la Gascogne, tome 1, Abbé Monlezun, 1846, p. 22
Adrien ou paroles de bastidiens, Serge Fourcade, 1999
https://www.ladepeche.fr/article/2014/12/21/2016016-une-tradition-gasconne.html
Les Aguilhounès, 2014, Parlem-tv, Gilles Dréanic




Village et sobriquet

Une tradition gasconne est de donner un sobriquet aux habitants des villages, sobriquet souvent humoristique. Il est parfois renforcé d’un proverbe de même ton. Comment nos ancêtres percevaient-ils leurs voisins ? Faisons un tour en Gascogne afin de réchauffer ces journées d’hiver.

Gascogne indissociable de sobriquet

Le gascon serait le champion des sobriquets, des proverbes et des allégories. On pourrait ajouter le champion des expressions crues ! Las paraulas non puden pas (Les paroles ne sentent pas mauvais) dit la sagesse populaire, donc autant appeler les choses par leur nom et ne pas en faire toute une histoire. Pourtant, aujourd’hui, certaines de ces expressions seraient considérées comme des offenses. Mais nos aïeux aimaient s’amuser et se moquer des uns, des autres et… d’eux-mêmes.

Les folkloristes ont collecté des sobriquets donnés à des villageois. Il n’y a pas une façon de choisir un sobriquet même s’il est toujours le fruit d’une observation, la reconnaissance d’une caractéristique.

Les sobriquets bon enfant

Charbonnier dans l'Ariège sobriquet
Un charbonnier en Ariège

Pour donner un sobriquet, on relevait souvent les métiers majeurs d’un village. Par exemple, les habitants d’Ossun étaient appelés par les Barégeois, los Boderèrs d’Aussun (Beurriers d’Ossun) car ils achetaient le beurre dans la vallée de Barèges. Los Crabonièrs de Viscòs (charbonniers de Viscos) exploitaient le charbon. Los Culherèrs de Grust fabriquaient des cuillères. Quant aux Pela-cuus de Lutz, c’étaient des négociants, rentiers, retraités un peu usuriers. Selon les communes alentour, des gens capables de tóner un ueu / tondre un œuf.

Les villageois pouvaient être croqués sur leurs spécificités comme en témoigne le dicton Vrente d’Asun, camas de Cautares, esprit de Baretge / Ventre d’Azun (comprendre bon estomac), jambes de Cauterets (bons marcheurs), esprit de Barèges.

En particulier, cela n’étonnera pas les Gascons, les liens entre villageois et leur façon de manger étaient nombreux. On parlait des Castanhaires de Montauban / des mangeurs de châtaignes de Montauban-de-Luchon, des Tripassèrs de Masseuva / des mangeurs de tripes de Masseube. De même, on disait Minjar lard coma un Lanusquet / Manger du lard comme un Landais, etc.

Des observations tout azimut

Biarritz – quartier Saint-Charles (après 1900)

Des sobriquets étaient liés à l’environnement. Les habitants du quartier Saint-Charles de Biarritz étaient appelés los Ahumats / les enfumés à cause d’une usine qui fumait beaucoup au XVIIIe siècle. A Anglet, los Malhons / les goélands étaient ceux qui vivaient à proximité de l’océan.

Certaines dénominations étaient directement liées à des caractéristiques physique. Par exemple los Gogoluts de Saligòs / Les Goîtreux de Saligos. D’autres à l’avarice des habitants ou à leur agressivité comme los Plastissèrs de Sassís / les donneurs de coups de Sassis. À l’opposé, les gens humbles de Serres et d’Anos étaient appelés los Pela milhs de Serres e d’Anòs.

D’autres sobriquets étaient liés à des habitudes de langage. Tels Es Pishòts de Castilhon, appelés ainsi parce que les habitants de Castillon ponctuaient leurs phrases du mot pishòt, (collectage de l’Ostau Comengés).

Montastruc (Hautes-Pyrénées)

Los Antònis de Liac / Les lourdauds de Lias ou la Malaharda de Lespuei / la mauvaise harde de Lespoey étaient des gens peu intéressants ou peu recommandables.

Parfois une légende soutenait le sobriquet. On dit Gens de Montastruc, pesca-lunas / Gens de Montastruc, pêcheurs de lunes. Les gens de Montastruc auraient tenté de pêcher la lune qui se reflétait dans l’eau d’une rivière. Celle-ci disparue sous les nuages au moment où un âne allait boire, ils tuèrent l’animal pour chercher la lune dans son ventre.

Les expressions trufandèras

Guide ossalois - sobriquet
Un guide ossalois

On ne serait pas gascon si on se moquait pas ! Et ce n’était pas toujours tendre.

Lo Biarnés qu’èi sus l’aute gent com l’aur subèr l’argent / le Béarnais est au-dessus des autres comme l’or au dessus de l’argent. Ce proverbe serait méchant si ce n’était pas un proverbe venant du Béarn lui-même !

Ceci dit, les Landais disent De quate Biarnés lo Diable qu’a part en tres / Sur quatre Béarnais, le Diable a partie liée avec trois.

Les Béarnais n’étaient pas les seuls à faire rire leurs compatriotes. On se moquait tout aussi volontiers de l’Auscitain plus français que gascon dans l’expression Aush en França / Auch en France. Ou des Anglais qui aimaient notre pays et supportaient mal le soleil puisqu’on disait Roge coma un Anglés.

Une autre expression jouait sur l’ambiguïté. D’on flaira l’armanhac que pud la canalha / Où l’on sent l’armagnac ça pue la canaille. S’agit-il des buveurs ou des Armagnacais ?

Enfin faut-il rappeler ce proverbe étonnant. Bordèu per la dansa, Tolosa per lo cant, Sant Gaudenç per las putans / Bordeaux pour la danse, Toulouse pour le chant, Saint-Gaudens pour les femmes légères ?

Et de nos jours ?

Hôpital de Lannemezan- le lac

Ces façons de faire sont anciennes et n’ont plus cours. Pourtant le plaisir du bon mot lié à un lieu demeure. On dit aujourd’hui Vengues de Lanamesa / Tu viens de Lannemezan. Pour dire que la santé de son interlocuteur est du domaine de l’hôpital psychiatrique, Lannemezan possédant un hôpital réputé.

Références

Folklore pyrénéen, J.P Rondou, 1991
Sobriquets des Gascons du Labourd, Gasconha.com
Sobriquets & dictions des villes et  villages des Hautes-Pyrénées,




Le net, une opportunité pour le gascon ?

Si, en France, une langue régionale a besoin des pouvoirs publics pour être enseignée, faut-il encore que cette langue soit utilisée pour qu’elle continue à exister. Le net est-il une opportunité, un lieu de diffusion, un moteur de développement ? Domenja Lekuona nous aide à trouver des sites tous plus intéressants les uns que les autres.

La force du net

La force du net est bien réelle. L’actualité nous le rappelle bien des fois. Faire savoir, chercher une information, communiquer, partager un centre d’intérêt, acheter un livre, découvrir…

Les langues sur le net
Les langues sur le net (source Funredes/Maaya)

205 millions de serveurs dans le monde, 4 milliards d’internautes (51% de la population), 3 milliards dans des réseaux sociaux. Ces chiffres fantastiques montrent que la toile est devenue le lieu de communication mondial et d’une liberté inégalée, même si elle n’a pas encore le même développement partout comme le montre la carte de l’accès à Internet dans chaque pays en tête de l’article.

Au-delà des trois langues les plus utilisées, c’est-à-dire l’anglais, le chinois et l’espagnol, on trouve 140 langues sur l’Internet, selon l’observatoire FUNREDES/MAAYA. Et la (ou les) langue(s) d’Òc est (sont) présente(s) ! Une opportunité indéniable de s’y exprimer, de rencontrer des internautes de notre langue et de construire de nouveaux espaces de partage pour y développer la connaissance et l’usage du gascon.

Échanger sur le net dans notre langue

Lo Jornalet sur le net On peut déjà s’informer des actualités, par exemple en lisant le Jornalet, journal numérique couvrant tous les pays d’Òc. Et, sur ce même support, apporter sa propre actualité, en gascon si on veut, en proposant des articles.

Facebook sur le netPuis il y a les réseaux sociaux. Chacun de nous peut partager en gascon sur le net en commentant des posts ou des articles sur Facebook, Twitter ou autres réseaux sociaux. Il existe déjà beaucoup de pages en gascon ou sur la culture gasconne. Citons sur Facebook Escola Gaston Febus, Gascogne langue et culture vivantes, Tu sais que tu es Gascon quand … , Esprit gascon, Ceux qui s’intéressent au gascon, etc.

On peut aussi créer son propre blog, comme nous l’avons fait avec le site escolagastonfebus.com, ou en visiter. Le blog de Domenja Lekuona par exemple ?

Le travail collaboratif pour aller plus loin

Toutefois, il s’agit là d’échanges personnalisés et instantanés. Pour aller plus loin, chacun peut aussi participer à des initiatives collaboratives, car, finalement, les actions collectives ont un plus grand impact, une plus grande richesse, ne serait-ce que par la structuration des ressources produites.

Lo Congrès sur le netLe site collaboratif le plus connu est peut-être  l’encyclopédie Wikipedia et pour nous Wikipèdia. Et tous les autres wiki, comme Wikilivres par exemple. D’autres initiatives sont devenues incontournables comme le site de la langue Lo Congrès. Il regroupe des dictionnaires en gascon, languedocien, auvergnat, provençal, limousin, vivaro-alpin, des conjugaisons, grammaires, des toponymes et bien d’autres choses encore.

Au-delà de ces grands sites, comment trouver les autres initiatives ?

Comment naviguer dans l’immense toile du net ?

C’est bien là tout le problème ! La richesse de la toile, la somme astronomique d’informations est telle que trouver l’information voulue, c’est trouver une épingle dans une meule de foin. Bien sûr, les moteurs de recherches fouillent pour nous, encore faut-il bien poser la question.

Suivant les mots choisis et l’ordre dans lequel on les écrits, suivant le moteur de recherche ou le super-moteur de recherche utilisé, on obtient quelques dizaines de milliers de réponse, dont on ne regardera que les 5 ou 10 premières. D’accord sur une recherche en gascon, le nombre de réponses sera plus faible, d’autant plus que les moteurs de recherche ne savent pas faire des corrections sur notre langue et les multiples graphies nous compliquent la tâche. Bref… n’ei pas de bon hèr !

Par exemple, avec Google, le mot Reclams donne 1 390 000 résultats dont, en premier, la revue littéraire de l’Escòla Gaston Febus. Jusque là tout va bien. Les mots Maria chorra conte donne 466 000 résultats dont, en première page, le conte de Camelat. En revanche, les mots Marie chorre counte donne 6 610 000 résultats principalement de country, d’institut de beauté ou de Madame Marie Chorre…

Reclams vous aide à trouver des sites

Depuis plusieurs années déjà, l’Escòla Gaston Febus s’intéresse au net. Et Reclams a confié à la productrice de radio Domenja Lekuona une rubrique dans sa revue littéraire pour aider le lecteur à trouver les meilleurs sites dans notre belle langue. Une rubrique dont vous deviendrez peut-être fan et qui débute par : Miralh, miralhet e soi tostemps ua lenga ? E ben ma sòr, ma mair, ma hilha, ma bèra-amor… Certains reconnaitront dans ces derniers mots la chanson La Sobirana de Los Pagalhós.

Quan me pèrdi dab delicis sus la tela

Vous cherchez de la littérature contemporaine en gascon ? Visitez Diu Negre qui se définit comme un endret totaument obèrt dedicat a l’escritura e la lectura de Sciéncia Ficcion, Fantasia, Policièr e Fantastic en lenga occitana e catalana (o autas). 

La Bibliothèque occitane de l'Escòla Gaston Febus sur le netVous cherchez un livre ou voulez proposer un livre ? Regardez le travail de numérisation et de mise à disposition des livres collectés depuis plus de 100 ans par l’Escòla dans la Bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus. 

 

Vous Reclams sur le netcherchez un enregistrement audio en gascon dacquois ? Ou vous voulez confier un enregistrement audio de primo-locuteurs commingeois à une bibliothèque d’ampleur internationale ? Domenja Lekuona vous dit comment faire dans le dernier numéro de Reclams n°847.

Vous voulez barrutlar (vagabonder) dans le monde entier sans vous déplacer ? Ou vous voulez mettre à disposition des informations touristiques et historiques ? La journaliste vous propose un site web a la caforcha entre lo blog, lo jornau de bòrd e la mapa interactiva. Un site 100% en langue d’Òc, avis aux curieux, qui vous permettra de jouer les vagamonds virtuaus (les voyageurs virtuels). Voir Reclams n°843.

Vous cherchez quelque chose de plus pointu ? Par exemple, vous voulez approfondir des points précis de botanique ? Là encore, la productrice vous présente une ethno-botaniste passionnée par les herbes… et par la langue. Voir Reclams n°841.

Etc. Etc.

Références

Reclams, revue littéraire de l’Escòla Gaston Febus. Possibilité de s’abonner (4 numéros par an), d’acheter le numéro sous forme papier, ou de le télécharger.

 




Les siècles noirs de la sorcellerie en Gascogne

Au XIVe siècle, l’Église juge la population encore trop païenne et se met à combattre les sorciers, qui ont alors un rôle social important. Pour cela elle les accuse de connivence avec Satan. Cette origine diabolique des sorciers restera ancrée dans les esprits. La sorcellerie, sorcierumi,  n’est pas une spécialité gasconne, mais sa chasse y est renforcée par le savoir-faire des inquisiteurs qui viennent d’en finir avec les cathares. Les visitadors, personnes qui savent identifier les sorciers, secondent les magistrats. Dans leur mémoire, Domenge Bidòt German et Josiana Dexperets expliquent la sorcellerie en Béarn.

L’environnement de nos ancêtres est dangereux

Becut et sorcellerie
Un becut – couverture des Contes populaires de la Gascogne de Jean-François Bladé – Editions Aubéron

Dans les temps anciens, la vie était dure, violente et difficile à comprendre. Pourquoi et comment tombe-t-on malade? N’oublions pas que nous ne connaissons les bactéries et les virus que depuis récemment. Pour nos aïeux, c’était magique. Et leur monde était peuplé d’êtres ou d’esprits malfaisants, poblat de bèstias mauhasentas, de broishas, de lutins e personatges fantastics.

Avec le christianisme, s’identifient des êtres mauvais autour deu Cohet (du Diable) avec leurs animaux malins comme lo Gat Pitòish (le putois) ou la Cavèca (la chouette). Mais il y en a bien d’autres, los engènis, los dragons comme partout, mais aussi les camas crusas ou los becuts, deux monstres qu’on ne trouve que dans notre région. Ogres, géants, cyclopes, ces derniers ne sont pas sans rappeler Polyphème de l’Odyssée. Les auteurs rappellent : [los becuts] que s’amasssan au pic d’Ania tà hargar los perigles e espaurir lo país baish (ils se rassemblent au pic d’Anie pour lancer des éclairs de tonnerre et effrayer le bas pays).

Et même les fées ne sont pas toujours des êtres aimables comme las hadas pedaucas (les fées aux pieds d’oies).

Le rôle des sorciers et autres guérisseurs

Rebouteux et sorcellerie
L’arrebotaire (le rebouteux)

La cultura populara qu’avè sabut apitar un ensemble coerent de defença per l’exorcisme magic primari. Le sorcier du village est celui qui connait les plantes et éloigne le mauvais sort. Il est une personne importante de la société. Et on le consulte plus facilement que le médecin. On trouvera des posoèrs et des posoèras (ceux ou celles qui connaissent les herbes, les poisons), les guaridors (guérisseurs), los dovins (les devins).

Outre lo barbèr, l’ipoticaire, lo çurgent, le village peut avoir un alogaire (celui qui remet en place), un arrebotaire (un rebouteux), un pregandaire (celui qui dit des prières, fait des signes), un fretador (celui qui soigne en touchant, en massant). Ces gens soignent lo mau hèit (mal fait par des blessures), lo mau vadut (maladie spontanée), lo mau dat (maladie donnée par un sort ou un maléfice), lo mau cargat (maladie acquise par contagion, lors d’épidémie). Dans la croyance populaire, le mal étant venu de l’extérieur, il faut le faire ressortir, donc l’exorciser.

L’Inquisition et la chasse aux sorcières

L'Inquisition contre les derniers Cathares et sorcellerie
L’Inquisition contre les derniers Cathares

Au XVe siècle, l’Église a achevé la christianisation de l’Europe. Pourtant, les populations conservent des pratiques, des croyances et des rites païens que l’on retrouve d’ailleurs dans les contes et légendes de la région. L’Église s’attaque à ces superstitions et aux symboles de la culture populaire. L’historien Emmanuel Leroy-Ladurie note : Les choses se gâtent dans le Midi avec l’agonie du Catharisme. Les inquisiteurs mis au chômage par suite de l’extermination des derniers hérétiques, se reconvertissent dans la chasse aux sorcières Avec des éléments réels du folklore populaire et en s’aidant de racontars de bonnes femmes sans doute obtenus par la torture, les persécuteurs-bricoleurs ont fabriqué la version du sabbat où les participants adorent un Diable-bouc. Car ils veulent faire peur à la population et favoriser les dénonciations.

Pierre de Lancre, pourfendeur zélé de la sorcellerie

Tableau de l'Inconstance des Mauvais Anges et Démons - sorcellerie
Tableau de l’Inconstance des Mauvais Anges et Démons

Au XVIe et XVIIe siècle la chasse est féroce et concerne à 96% des femmes. Dans la région de Bayonne et en Chalosse, le magistrat bordelais Pierre Rostégui de Lancre, seigneur de Loubens, est désigné pour libérer le Labourd de ses sorcières, à la demande des seigneurs d’Amou et d’Urtubie. Cet homme, obsédé par les femmes et la sexualité, fait trembler la population. Tout est bon pour identifier les malheureuses, comme l’utilisation des langues étrangères. La Juive ou la More venue d’Espagne, la femme de marin qui, en l’absence de son mari, se promène librement ou chante en basque sont des symptômes de sorcellerie ! Il condamne au bûcher des centaines de femmes comme Marissane de Tartas : Six enfans nous dirent, qu’ils auoyent este menez au sabbat par une sorciere d’Urrogne prisonniere, qui auoit accoustumé les mener, nommee Marissans de Tartas.

Françoise Boquiron avoue sous la torture, la décision prise dans un sabbat de donner lo mau de lairar, le mal d’aboiement, au village d’Amou. En effet une épidémie sévit dans les Landes et les malades convulsaient en poussant des cris semblables à ceux de chiens.

Même si certains se spécialisent dans la chasse aux sorcières, la population fait justice elle-même. Ainsi, à Saint-Jean-de-Luz, après le départ de Pierre de Lancre, des femmes de pêcheurs enduisent une Juive de poix et la font brûler. Elle aurait, par sorcellerie, provoqué une tempête.

Les visitadors

Cependant la meilleure façon de repérer une sorcière était de repérer lo punt diabolic. C’était un point d’insensibilité de la peau qui correspondait à l’endroit où le Diable avait posé son doigt lors du pacte. Des visitadors se spécialisaient dans cette identification comme ce chirurgien de Bayonne. Après avoir rasé l’accusée, il enfonçait des aiguilles à divers endroits jusqu’à trouver un point d’insensibilité. En 1602, Henri IV dut intervenir pour faire cesser les agissements d’un visitador gascon zélé, Le Hugon.

D’autres astuces existaient, dont certaines redoutables. En Béarn, los acusats qu’èran ahronçats dens los Gaves ; se ne tornavan pas a la susfàcia, qu’èran copables ; se varolavan o se susnadavan, Cohet que’us avè aidats e la culpabilitat qu’èra establida. (les accusés étaient jetés dans les Gaves ;  s’ils ne revenaient pas à la surface, ils étaient coupables ; s’ils surnageaient, le Diable les avait aidés et la culpabilité était établie)

La terrible histoire de Maria de Sansarric

De nombreuses dénonciations viennent aider à ces persécutions. On dénonce dans les familles, dans les villages pour se venger ou par animosité.

En 1609, lo Ramonet de Solu est accusé d’avoir tué sa femme. Les auteurs rapportent sa défense :

Lo 6 mai de 1609, a Arganhon, lo Ramonet de Solu que sabó peu son hrair Odet qui gardava las crabas que, pendent la nueit, l’escabòt que pareishèva hèra nerviós, « espaurit per quauque broisha ». Lo 10 de mai, de cap a miejanueit, lo Ramonet qu’entendó brut, que’s lhevè tà anar trobar lo son hrair et que s’armè d’ua daga. Que contè qu’alavetz, « ua forma de craba que l’aparescó e que’u nhaquè. » Alavetz que’u balhè un còp de daga, que s’entenón crits : la Maria de Sansarric, la hemna deu Ramonet qu’estó trobada estenuda a tèrra, en camisa, pèdescauça, tocada de tres plagas mortaus. Le 6 mai 1609, à Arganhon, Raymond de Soulu sut par son frère Odet qui gardait les chèvres que, pendant la nuit, le troupeau paraissait très nerveux, « effrayé par quelque sorcière ». Le 10 mai, vers minuit, Raymond entendit du bruit, se leva pour aller trouver son frère et s’arma d’une dague. Il raconta qu’alors « une forme de chèvre lui apparut et le mordit. » Alors il lui donna un coup de dague et ils entendirent des cris : Marie de Sansarric, la femme de Raymond fut trouvée étendue à terre, en chemise, déchaussée, touchée de trois plaies mortelles.

Car si la nuit, les hommes possédés se transformaient en loup, lo lop-manin, les femmes se transformaient en chèvre.

Le siècle des lumières et la sorcellerie

Charlatans et sorcellerie
Charlatans déversant leurs boniments

La chasse aux sorcières s’essouffle mi-XVIIe siècle. L’édit royal de 1682 met fin aux poursuites judiciaires pour sorcellerie.  Lo sorcierumi n’est plus satanique, il va se teinter de science. Ainsi, au siècle des lumières (XVIIIe) à 70%, ce sont les hommes qui exercent leurs talents. Les sorciers accusés ne sont plus de pauvres femmes de la campagne ou des marginaux mais des personnes plus instruites, comme des artisans, des curés ou des médecins. Et ils sont plutôt poursuivis pour extorquer de l’argent aux crédules.

En 1777 – 1778, les auteurs racontent une affaire qui montre l’évolution de la société face à la sorcellerie.  Joan Tuquet est un visitador, donc une personne qui sait reconnaître les sorciers. Avec un comparse, Saubat, ils sèment la peur et le désordre dans le Béarn. Mais la chasse aux sorcières n’apporte plus l’immunité des siècles passés. Le 21 juin 1779, ils sont condamnés par le Parlement de Navarre et Tuquet est envoyé aux galères.

Au XIXème siècle, la population cherche encore des sorcières

Eglise de Saint-Faust (P. Atlantiques) sorcellerie
Saint-Faust (Pyrénées-A.)

La population fut moins sage et continua et à faire appel aux sorciers et à les châtier. En 1824, à Saint-Faust (Pyrénées-Atlantiques) Marie Peillon, désignée sorcière par le village, refuse de donner des soins. Sa famille l’accuse de donner lo mau et improvise un bûcher. En 1850, près de Vic-en-Bigorre, une sorcière fut jetée dans un four à pain. Quand le juge demande à l’accusé, un laboureur voisin : croyez-vous au diable ? celui-ci répond : comme vous Monsieur le juge.

Références

Télécharger le texte de l’article.

Magia e sorcierumi en Bearn deu XIVau au XVIIIau sègle, Domenge Bidòt German e Josiana Dexperets, 1984
De l’inconstance des mauvais anges et démons, Pierre de Lancre, 1612
D’un bûcher à l’autre : la sorcellerie satanique avant et après l’édit de 1682, quelques réflexions, Christian Desplat, 2012

L’image à la une est un extrait d’une peinture de Goya de 1798, Le Sabbat des sorcières (en espagnol El Aquelarre) en lien avec la mythologie basque – voir article Wikipedia https://bit.ly/2zVR6gi




Halhas et autres feux de la Saint-Jean

Les feux de la Saint-Jean, une tradition millénaire qui a une personnalité particulière en Comminges. L’association Eth Ostau Comengés s’est mobilisée pour mieux faire connaître cette tradition.

La Saint-Jean, une tradition qui s’était perdue ?

Selon Fêtes et coutumes populaires, Charles Le Goffic, 1911, les feux de la Saint-Jean ont presque disparu en France. Parmi les villes, seuls Brest et Bordeaux fêteraient encore Saint-Jean en ce début de XXe siècle. À Bordeaux, on allume un bûcher sur les places publiques de quelques quartiers populaires. L’un apporte un fagot, l’autre un vieux panier hors d’usage… Des rondes se forment, on chante, les enfants tirent des pétards.
À Brest, les gens promènent des torches, les lancent en l’air et elles retombent en laissant une poussière lumineuse.

Pourtant, dans certaines campagnes, dont les vallées pyrénéennes, cette tradition subsiste mieux.

Différentes façons de fêter la Saint-Jean

Saint-Jean dans le PoitouLe Goffic décrit la fête à Saint-Jean-du-Doigt en Bretagne. Le tantad (feu de joie en breton) était dressé devant l’église. Un ange descendait sur un fil de fer et, du cierge qu’il tenait à la main, allumait le bûcher. Le soir de la Saint-Jean, le Saint faisait tourner le vent au nord-est, éloignant ainsi les flammes de l’église. Ari an aotrou sant Yan en he pardon (Voici Monsieur saint Jean qui arrive à son Pardon) disaient alors les habitants.

Dans le Poitou, on tirait des charrettes enflammées.

Las halhas, la Saint-Jean en Comminges

Préparation des halhots et de la halha de Saint-Jean
Érection d’une halha et fabrication d’un halhòt

En Comminges, on repère et on prépare un tronc de conifère. Puis on le fend sur sa longueur et sur son pourtour. Enfin on place des coins de bois dans les fentes. Ce grand fuseau est dressé le soir de la fête et on y met le feu. Les Catalans appellent ces flambeaux, falles, les Languedociens, brandons et les Gascons, halhas.

Saint-Jean en commingesEth Ostau Comengés a fait un travail minutieux de collecte et de diffusion de ces traditions sur le Comminges et la Barousse pour rendre effective l’inscription de ces traditions au Patrimoine Culturel Immateriel de l’Humanité de l’UNESCO.

Leur superbe livre bilingue gascon commingeois – français Era Sent Joan – Comminges et Barousse en donne des détails passionnants et des photos uniques.

La Saint-Jean au Festival Smithsonian Folklife

Saint-Jean - Smithonian Folklife Festival-2018Nos traditions (Torches a summer Solstice Tradition, vocabulary of the falles...) sont présentées en 2018, au Festival Smithsonian Folklife à Washington (USA). La première exposition de culture populaire immatérielle au monde.

Extrait du communiqué préparé par Eth Ostau Comenges:

Ad aquera ocasion, era Catedra d’Educacion e Patrimòni Immateriau deras Pireneas dera Universitat de Lleida (Catalonha) que presenterà eths elements majors deth patrimòni immateriau pirenenc e exemples de halhòts comengeses que i seràn exposats. Era Catalonha qu’estèc causida peths organisators deth Smithsonian Institute pera sua longa tradicion d’organisacions, tan formalas coma difusas, qu’an coma objectiu de manténguer hòrt eth sentiment d’identitat locala. Qu’ei donc gràcias ara determinacion catalana qu’era cultura gascona podec trobar plaça en aqueth temps major d’escambis e de discussions entre eras culturas deth món, lonh deths jutjaments de valor, deths estereotips e deths enjòcs politics. À cette occasion, la Chaire d’Éducation et Patrimoine Immatériel des Pyrénées de l’Université de Lleida (Catalogne) présentera les éléments majeurs du patrimoine immatériel pyrénéen et des exemples de halhòts (flambeaux) commingeois y seront exposés. La Catalogne a été choisie par les organisateurs du Smithsonian Institute pour sa longue tradition d’organisations, autant formelles que diffuses, ayant pour but de maintenir un fort sentiment d’identité locale. C’est donc grâce à la pugnacité catalane que la culture gasconne a pu avoir sa place dans ce grand temps d’échanges et de discussions entre les cultures du monde, loin des préjugés, des stéréotypes et des enjeux politiques.

Rassembler les acteurs autour de la Saint-Jean

Sait-Jean - le Brandon de SarpQue podem donc constatar un interès plan viu – autant ara escala locala, pirenenca o internationala – e qu’èm uroses de constatar que un pialèr d’actors an hame de tornà’s apoderar aquera tradicion. Tanplan qu’ei bilhèu arribat eth moment de lançar ua vertadera sinergia populara en Comenge-Varossa e perqué pas crear, coma se hè dejà en Catalonha, ua associacion de halhaires, un collectiu qu’ammasseria eths actors – comunas, comitats deras hèstas, benevòles – d’aquera tradicion? ce ditz Joan-Pau Ferré, capdau deth Ostau Comengés.

“Nous constatons donc un vif intérêt, que ce soit à l’échelle locale, pyrénéenne ou internationale. Nous sommes heureux de voir que de nombreux acteurs ont la volonté de se réapproprier cette tradition. Aussi, le moment est peut-être venu de lancer une vraie synergie populaire en Comminges-Barousse. Pourquoi pas créer, comme cela existe déjà en Catalogne, une association de halhaires, un collectif qui regrouperait les acteurs – mairies, comités des fêtes, bénévoles – de cette tradition ?” précise Jean-Paul Ferré, président d’Eth Ostau Comengés.

Référence

Era Sent Joan – Comminges et Barousse, Jean-Paul Ferré, Bernat Ménétrier, Eth Ostau Comengés, 2018

 




Le grand amassaire Honoré Dambielle

Nos chansons gasconnes, un livre d’Honoré Dambielle, l‘amassaire de costumas (collecteur de traditions) vient compléter les 26 ouvrages de cet auteur déjà présents dans la bibliothèque de l’Escòla.

À n’en pas douter, les anciens aimaient chanter. Il existe des centaines, des milliers de chansons, dont beaucoup parlent de la vie quotidienne. Elles décrivent le travail, la vie, la nature… Elles sont souvent pleines de charme et de sensibilité. D’où viennent les chansons populaires, apprises de ses proches, répétées, transmises ? Souvent, il est difficile de le savoir. En revanche, elles accompagnaient les journées. Ne pas chanter était d’ailleurs signe de tristesse.

Nos chansons gasconnes est un recueil de huit chansons plutôt récentes qui ont été transmises de bouche à oreille. Heureusement, notre amassaire était là…

Amassem los libes de l’amassaire !

Couverture de Nos Chansons gasconnes de l'amassaire H. DambielleOnorat Dambielle (1873-1930), qu’amassèc forças arreproèrs e forças contes deu parçan de Samatan (Gèrs). Ua hont a hurgar dab plaser.

Lilian Riquet que’ns envièc Nos chansons gasconnes en version numerizada. Mercés a eth.
Adara, lo Libièr de l’Escòla Gaston Febus qu’a un libe de mes, e donc que son 27 escriuts per l’abat. Beròi, vertat ?

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Cançons et chansons du livre

Amassaire H. Dambielle collecteur de chansons

Les chansons reflètent la vie des hommes et des femmes qui les chantaient. Les huit chansons du livre, présentées avec paroles et musique, sont parfois des cançons de trabalh, c’est-à-dire des chansons que l’on chantait en travaillant pour alléger la peine ou pour partager des travaux collectifs comme L’Espigaira, La glaneuse ou Lo gran de blat, Le grain de blé. Une habitude très courante jusqu’au début du XXe siècle.

Les autres chansons collectées par notre amassaire sont plutôt destinées à accompagner la journée, animer  les velhadas, veillées d’hiver et racontent la vie. C’est le cas de Diga-s’òc présentée plus loin ou de La cançon deus esclops, La chanson des sabots. Mon anhèra, Mon agnelle flatte un métier, c’est une cançon de pastre. Deux parlent des animaux qui nous entourent comme La mia gata, Ma chatte, ou Petita Demaisela, Libellule. Enfin une permet même de danser, c’est un rondo Lo petit vailet, Le petit domestique.

Le livre présente la partition, le texte en gascon et un texte en français écrit par A. Cousso. Ce n’est pas une traduction fidèle car le traducteur a favorisé le rythme et l’accentuation. Ainsi les chansons peuvent être chantées indifféremment en gascon ou en français.

Digo-s’òc

La chanson DIGA-S’ÒC de l'amassaire H. Dambielle

Cette chanson, la dernière du livre de Dambielle, est un dialogue affectueux entre une grand-mère et sa petite fille.
DIGA-S’ÒC. Uei que dirén benlèu Diga s’ac.

Lire la chanson en version originale et avec traduction en français,
o legir ací en grafia classica :

L’ENFANT

Solo  Perqué son blancs, blancs coma nèu
Tons pèus polits qu’ondran ta tèsta
Duo  Ma memi, diga-m’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Los de mamà ne seran lèu
E quan ne sian haràn ua hèsta

L’AÏEULE

Solo  Se ta mamà a pas pèus blancs
A pas cernut pro de haria
Duo  Ma mia diga-t’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Se harà quan quate-vints ans
Se passegen sur son esquia

L’ENFANT

Solo Quate-vints ans ! i long mon Diu !
De demorar tota croishida
Duo Coma vos, diga-m’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Coma diu éster avejatiu
D’aver la pèth tostemps froncida

L’AÏEULE

Solo Avant l’iver, èra l’estiu
Avant l’estiu, èra la prima
Duo Entà jo diga-t’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Çò qu’ei froncit, èr’argent viu
Tot cambia car tot s’abima

L’ENFANT

Solo Pas vòste còr s’abima pas :
En tròbi plan la calorada.
Duo  I vertat diga-m’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Memi, memi, vos n’angatz pas
Devisaràn a la velhada

L’AÏEULE

Solo Arribas tu e jo m’en vau ;
Portaràs dòl, mia mainada
Duo  Ploraràs !… diga-m’òc
Se se pòt un per pòc
Diga, diga, diga-s’òc
Solo Tota vita s’espass’atau
Auei jo e tu nhaut’annada

Descobrir l’òbra e l’òme

Dambielle – Nos chansons gasconnes (version numérisée complète)
Liste et accès aux 27 ouvrages numérisés de la bibliothèque, écrits par Dambielle. Sur outil de recherche / sélection de l’auteur, choisir Dambielle.
Biographie et exemples de l’œuvre de Dambielle.
L’association Savès-Patrimoine a publié en 2014 un gros ouvrage (près de 500 pages) consacré à l’œuvre d’Honoré Dambielle, sous la direction de Christian Humbert et Guy Bergès : Mémoire gasconne : Honoré Dambielle.