Saint-Gaudens, née d’un martyre

Saint-Gaudens, la collégiale, les trois Maréchaux © EGF
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Sent Gaudenç (Saint-Gaudens) est plus que la sous-préfecture de la Haute-Garonne. Née autour du culte de saint Gaudens, la ville s’est développée au fil des siècles comme place marchande, centre du Nébouzan puis pôle industriel.

Le martyre de saint Gaudens

Saint Gaudens décapité, sculpture sur bois et plâtre polychrome, XVIIe siècle, Musée des Arts et Figures des Pyrénées Centrales
Saint Gaudens décapité, sculpture sur bois et plâtre polychrome, XVIIe siècle, © Musée des Arts et Figures des Pyrénées Centrales

La ville existe depuis l’époque gallo-romaine. Son site est d’abord occupé par un domaine rural et son nom latin est Mansus, qui signifie « domaine rural ». Il évolue rapidement en Mas, puis en Mas Saint-Pierre. Enfin, elle doit son nom au martyre de Gaudens en 475.

Selon la légende, les Wisigoths, qui étaient ariens, voulurent convertir de force les catholiques. Parmi eux, Gaudens, un jeune berger de 13 ans, refusa d’abjurer sa foi ; alors, ils lui tranchèrent la tête. Gaudens la ramassa aussitôt et alla se réfugier dans l’église du Mas. Les fidèles lui donnèrent une sépulture et son culte devint très populaire.

On construit une chapelle et un monastère sur les lieux du drame. L’agglomération grossit et prend alors le nom de Saint-Gaudens. C’est une cité marchande dont les faubourgs débordent rapidement de l’enceinte initiale.

Le Pape Clément V, ancien évêque du Comminges, officialise le culte de saint Gaudens par sa Bulle du 20 janvier 1309 et encourage les pèlerinages au sanctuaire.

Saint-Gaudens dans la Croisade des Albigeois

La guerre contre les Albigeois n’épargne pas Saint-Gaudens. Simon de Montfort, qui veut encercler Toulouse, lance un raid, soumet les seigneurs locaux. Il prend la ville en 1212 avant d’aller ravager le Nebouzan et le Couserans. Il y revient en 1216 et impose le mariage de son fils cadet avec la comtesse Pétronille de Bigorre.

La « Grande charte » de Saint-Gaudens

MONDON Stanislas (1851-1927). La Grande Charte de Saint-Gaudens (Haute-Garonne).
Stanislas MONDON  (1851-1927), La Grande Charte de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) © Archive.org

Saint-Gaudens est une ville marchande. Idéalement située entre Toulouse et la montagne, elle voit passer beaucoup de marchandises, soit par la route, soit par la Garonne qui est flottable. Ses foires sont courues. Elle développe aussi une importante activité de fabrication de draps de laine qui restent très réputés dans la région jusqu’à la Révolution de 1789.

En 1203, le comte Bernard IV de Comminges (comte de 1176 à 1225) confirme à la ville sa charte. Cela veut dire que les usages et les coutumes de la ville sont plus anciennes. Chose rare, malgré plusieurs dénombrements, leur rédaction n’a presque pas changé jusqu’à la Révolution (voir un extrait ci-dessous).

Il en existe deux exemplaires, un à Saint-Gaudens et un autre aux Archives de Pau qui conserve celles du Nebouzan (cote B 1380). L’exemplaire de Pau semble une copie tardive et incomplète, le notaire ayant sans doute eu du mal à traduire des mots du XIIe siècle, en gascon de surcroit. À noter que Valcabrère et Villeneuve de Rivière ont des chartes de coutumes copiées sur celle de Saint-Gaudens.

Extrait de la Grande charte de 1203

XIX – Les prosomes de sent gaudens al senhor .xij. d en cada obrador on draps de lana tengua hem ni bena hom lana et per asso dels senhor en don que nulhs homs estranh noy bena draps atalh ny tengua obrador mays solament atant con la feira deva .viij. dias devant e .viij. dias darrer. Si arren noy ben nay deu auer arren lo senhor.

XIX – Les prud’hommes de saint Gaudens doivent au seigneur 12 deniers pour chaque boutique où l’on tient des draps de laine et où l’on vend de la laine au détail. Et pour cela, le seigneur accorde qu’aucun étranger ne vende de draps au détail, ni n’y tienne boutique sauf pendant la durée de la foire, huit jours avant, huit jours après. Et si on n’y vend rien pendant la foire, le seigneur ne doit rien recevoir.

Saint-Gaudens, capitale du Nébouzan

Saint-Gaudens est la capitale du Nébouzan. Cette vicomté comprend cinq enclaves situées à l’intérieur du Comminges.

Le Nébouzan dans ses limites du XVIIIe siècle et les communes et départements actuels © Wikipedia
Le Nébouzan dans ses limites du XVIIIe siècle et les communes et départements actuels © Wikipedia

Gaston VII de Béarn crée la vicomté à partir des terres qu’il possède en Comminges autour de Saint-Blancard. (Balesta, Blajan, Larroque, Lespugue, Nizan, Saint Plancard, Sarrecave et Sarremezan). À la suite de conflits féodaux, apparait la deuxième avec Saint-Gaudens et Miramont de Comminges qui est rattachée au Nebouzan en 1267. La troisième enclave, composée des seigneuries d’Aulon et de Cassagnabère, rejoint le Nebouzan en 1371.

Un peu avant, Gaston dit Febus achète la seigneurie de Lannemezan à Géraud d’Aure, plus précisément en 1345. Il acquiert ensuite la viguerie de Mauvezin en 1379 et cette nouvelle entité forme la quatrième enclave du Nébouzan en 1393. La même année, on y rattache une cinquième enclave, formée d’Ardiège, Barbazan, Gourdan (près de Montréjeau), Labarthe de Rivière, Labroquère et Sauveterre de Comminges.

Depuis 1448,  les états du Nébouzan se réunissent tous les ans à Saint-Gaudens. En effet, cette assemblée, composée de représentants de la noblesse, du clergé et des communautés, administre le Nébouzan. Elle a le pouvoir de décider de la perception des impôts royaux en répartissant leur charge sur les communautés en fonction de leur capacité contributive.

Combattus par François Ier et ses successeurs, les états cessent d’avoir des pouvoirs en matière fiscale en 1611. Pourtant, les états de Nebouzan et la vicomté ne sont supprimés qu’en 1790.

L’essor de l’après-guerre

L’exploitation du gaz de Saint-Marcet

Le gisement de gaz de Saint-Marcet, découvert en 1939 et exploité dès 1942, constitue le premier gisement de gaz naturel exploité en France, avec une production totale d’environ 7 milliards de mètres cubes jusqu’en 2009. On construit une grande usine à Boussens et plusieurs sociétés viennent s’installer. Elle emploie jusqu’à 1000 personnes qui feront de Saint-Gaudens la ville française qui a le plus grand nombre de commerces par habitant.

Pôle industriel de Boussens en 1957 © EGF
Pôle industriel de Boussens en 1957 © EGF

Mais, il faut pouvoir loger les employés. Au sortir de la seconde guerre mondiale, le Ministère de l’Urbanisme et de la Reconstruction charge l’architecte Le Corbusier d’imaginer un projet d’urbanisation pour Saint-Gaudens et faire passer la ville de 6 000 à 20 000 habitants. Il prévoit deux usines (D) pouvant employer 1 500 ouvriers, une cité administrative à l’intérieur de la vieille ville (A). Une cité-jardin verticale pour 5 000 habitants (B) et une cité-jardin horizontale (C). Il pense pouvoir développer les transports par routes, chemin de fer et voie fluviale sur la Garonne.

Saint-Gaudens, le projet d'urbanisme de Le Corbusier © FLC/ADAGP
Saint-Gaudens, le projet d’urbanisme de Le Corbusier © FLC/ADAGP

Le projet ne voit pas le jour mais ces dessins servent en partie pour les constructions nouvelles.

Le plan Marshall

Le plan Marshall, voulu par les Américains à partir de 1948, vise à reconstruire l’Europe après les destructions de la seconde guerre mondiale. Saint-Gaudens en bénéficie dans les années 1950 avec la création de l’usine « Cellulose d’Aquitaine » spécialisée dans la fabrication de pâte à papier.

Après avoir connu des hauts et des bas, marqués par des restructurations, des changements de propriétaires et des périodes d’incertitude sur son avenir industriel. Elle appartient à un groupe nord-américain et prend le nom de « Fibre Excellence ».

Saint-Gaudens, l'usine Fibre Excellence
Saint-Gaudens, l’usine Fibre Excellence  © Wikipedia

Aujourd’hui, l’usine génère plus de 2 500 emplois directs et indirects. elle joue aussi un rôle écologique important grâce à sa station d’épuration, qui traite aussi les eaux usées de Saint-Gaudens, et à sa filiale énergétique, qui fournit à la ville l’équivalent des besoins de 20 000 foyers.

L’affaire des tapisseries

La collégiale Saint-Pierre et Saint-Gaudens date de 1059. Bien sûr, la collégiale connait d’importantes transformations au cours du temps.

Elle possède trois grandes tapisseries d’Aubusson depuis le XVIIIe siècle : Le martyre de Saint-Gaudens (3,20 m x7,4 m) raconte la légende du saint et sur laquelle on peut voir la ville vers 1760, Le triomphe de la Foi (4 m x 7,25 m) et La transfiguration de Jésus (2,85 m x 4,85 m).

Collégiale de Saint-Gaudens, tapisserie "Le martyre de saint Gaudens"
Collégiale de Saint-Gaudens, tapisserie « Le martyre de saint Gaudens » © Wikipedia

Or, dans la nuit du 20 décembre 1989, les deux premières tapisseries sont volées. Vu leur valeur inestimable et leurs dimensions importantes, il ne peut s’agir que de personnes avisées. Heureusement, six ans plus tard, la manufacture d’Aubusson, qui conserve les cartons de toutes les tapisseries qu’elle a produites, les repère lors d’une vente chez Sotheby’s à New-York.

Une intense activité diplomatique s’engage alors avec le gouvernement américain. Finalement, la France doit racheter les tapisseries. Elles  reviennent dans la collégiale de Saint-Gaudens le 26 décembre 1997 après sept ans d’absence. Le vendeur est finalement mis hors de cause car il les a acquises en toute légalité.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

CLERMONT Jean-Claude, Saint-Gaudens et le piémont commingeois, Edicions Reclams, 2026.
MONDON Stanislas (1851-1927). La Grande Charte de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Texte gascon du XIIe siècle, avec traduction et notes, 1910.
Urbanisme, Saint-Gaudens, France, 1945, Fondation Le Corbusier

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2 réflexions sur “Saint-Gaudens, née d’un martyre

  1. Bon jorn,

    plan interessant.

    M’agradariá d’aver una copia complèta de la Carta de Sent Gaudens.

    Es possible?

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