A la vòsta ! A vôtre santé !

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A la vòsta! (À vôtre santé !) Cette expression anodine fait toujours plaisir et cultive l’amitié. En effet, il n’y a rien de mieux qu’un estanquet (bistrot) pour discuter autour d’un verre d’armagnac. Poussez la porte, l’Escòla Gaston Febus vous invite à découvrir un monde de Gascogne insoupçonné.

Accoudés au comptoir

En attendant d’être servis, pour se dar maishèiras (s’ouvrir l’appétit), vous remarquerez peut-être le taulèr (comptoir) sur lequel vous vous appuyez. Il est peut-être en zinc.

C’est devenu rare aujourd’hui, mais s’il est en zinc, il vient surement des établissements Nectoux à Dax. C’est le grand spécialiste du zinc, en réalité de l’estanh (étain) qui fournit toujours les bistrots parisiens, et aussi les palaces et les grands restaurants du monde entier. Ils ne sont que deux fabricants en France.

La société voit le jour en 1930 à Paris. Elle s’installe à Dax en 2011 et continue à fabriquer ses produits uniquement à la main. Elle produit près de 10 comptoirs par mois, certains faisant plusieurs dizaines de mètre de long. Chacun représente une centaine d’heures de travail.

Maxime Dethomas, le gérant de l’entreprise, n’est pas peu fier : « Depuis trois ans, notre activité a explosé. Par exemple, en ce qui concerne l’export, notre chiffre d’affaires a doublé, passant de 15% en 2018 à plus de 30% actuellement. Et pour la première fois, cette année, nous avons exporté l’un de nos produits en Afrique ». Il s’agit d’un palace à Abidjan.

Fabrication d'un comptoir en zin dans les Ateliers Nectoux © ville-data.com/
Fabrication d’un comptoir en zinc dans les Ateliers Nectoux © ville-data.com/

La fabrication ne varie pas. On coule l’étain fondu dans des moules. On travaille les plaques obtenues et on les moule sur une armature en bois fabriquée sur mesures. Il ne reste plus qu’à fixer les bordures, les souder entre elles et les gratter au frisoir. C’est un véritable savoir-faire qui ne s’apprend que par l’apprentissage.

L’entreprise Nectoux s’insère parfaitement dans son territoire. Bien sûr, l’étain est importé mais ce sont des entreprises locales qui fournissent les autres composants des zincs.

N’oublions pas que l’étain est « le meilleur conducteur de l’amitié ».

En attendant le déjeuner

En attendant l’heure du déjeuner, vous ne résisterez pas à faire quelques parties de flipper. C’est vrai que ce jeu parait un peu démodé mais il revient en force dans les estanquets.

Ce jeu américain arrive de Chicago où se concentraient les plus grands fabricants et faisait fureur dans les années 1950 à 1990. Le jeu est historiquement lié à la pègre. La concurrence des jeux vidéo a failli lui être fatal, si bien qu’il ne reste que trois fabricants de flippers : deux aux Etats-Unis et un en Irlande.

Plusieurs entreprises françaises ont essayé d’en fabriquer mais elles ont rapidement jeté l’éponge. Pourtant, à Martilhac (Martillac), au sud de Bordèu (Bordeaux), on fabrique encore des flippers dans la société Hexa Pinball. C’est même le seul fabricant français et il est gascon. Enfin presque, Flipper-VR installé à Tarbes produit aussi des flippers à réalité virtuelle mais n’en est qu’à ses débuts.

Christophe André et Alexandre Mak ont en commun une passion d’enfance : le flipper. Ces deux jeunes Bordelais décident d’en faire leur métier et fondent leur société en 2022. Et cela fonctionne. Alexandre Clark nous dit : « Contrairement à ce qu’on peut penser, et ce qui se faisait autrefois, 90% des ventes, ce sont des particuliers, des passionnés qui arrivent à un âge où ils peuvent enfin s’en payer un et veulent revivre des souvenirs d’enfance. »

Alexandre Mak et Christophe André fondateurs de Hexa Pinball, lancent la fabrication de leur premier flipper © Sud Ouest
Alexandre Mak et Christophe André fondateurs de Hexa Pinball, lancent la fabrication de leur premier flipper © Sud Ouest
Un pari audacieux

Le pari reste audacieux quand on sait que 99 % de la production est américaine. Les carnets de commande de la jeune entreprise sont pleins et elle espère pouvoir vendre une centaine de flippers chaque année.

Le flipper fabriqué par Hexa Pinball n’est pas qu’un simple jeu classique. Il est bourré d’innovations technologiques. Le joueur peut à tout moment mettre son jeu en pause et le reprendre plus tard. Une application permet au joueur de consulter les statistiques du jeu, partager ses scores sur les réseaux sociaux, vérifier les règles du jeu, diagnostiquer les pannes du flipper, signaler un incident au fabricant. Ces deux applications sont des premières mondiales.

Alors, avant de jouer au flipper, regardez s’il vient de chez Hexa Pinball. On ne sait jamais !

Passons maintenant à table !

Logo de Sole47Après l’apéritif et quelques parties de flipper, il est temps de passer à table. Qu’em arrivats au truc de la gaha (On est arrivé à l’heure du déjeuner). On ne peut pas résister à un arrostèc (rumsteak), ou à une entercòstas (entrecôte) – de bœuf gascon ou de vache Mirandaise bien sûr –, ou encore à un lonquet / (faux-filet). Le tout, accompagné d’une assiette de fritas (frites) si vous avez un caishau de lop (très faim).

Avec un peu de chance, ce sont des frites « maison », sinon elles sont surgelées. C’est vrai que les Français en consomment beaucoup. Les plus gros producteurs de frites surgelées sont d’ailleurs implantés dans le nord de la France : le canadien Mc Cain qui fournit le 1/3 de la consommation, le belge Agristo,

Paradoxalement, si la France est un gros exportateur de pommes de terre (7 millions de tonnes en 2022), elle est aussi un gros importateur de frites surgelées. Mais laissez-vous plutôt tenter par des frites « fraiches » que l’on vous propose au menu !

Frite fraiche ?

La frite « fraiche », c’est-à-dire prête à cuire, est une production marginale à côté de la frite surgelée. Ce sont des petites entreprises qui les produisent. À Villefranche-du-Queyran (47) en Gascogne, la société « Sole 47 » (Sud-ouest-légumes-emballage) transforme plus de 1 000 tonnes de pommes de terre par an et fournit la restauration hors domicile (restaurants, cantines scolaires, etc.) au sud d’une ligne qui va de Nantes à Montpellier.

Sole47 - la préparation des frites © Sole47
Sole47 – la préparation des frites © Sole47

Cette entreprise familiale fait suite à une catastrophe. La tempête de 1999 détruit les 30 hectares de l’exploitation maraichère de Pierre Chambrietro. Pour rebondir, Pierre Chambrietro essaie la mise en barquettes des blancs de poireau et des courges pour la grande distribution. Un important grossiste en fruits et légumes recherche des transformateurs pour la restauration collective. L’entreprise est créée.

Lo repas de l’Aso

Après ce tamborrat de fritas (ventrée de frites), vous ne pourrez pas har lo repas de l’aso (manger sans boire). Et là, vous n’avez que l’embarras du choix tant la Gascogne regorge de vins blancs ou rouges si généreux.

Et pour finir le repas, n’hésitez pas à har tintinar los vèiras (faire s’entrechoquer les verres) avec un armanhac (armagnac) gascon. Le tout avec modération, bien-sûr !

Dégustons les vins de Gascogne © EGF
Dégustons les vins de Gascogne © EGF

Décidément, la Gascogne est pleine de pépites insoupçonnées.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée de 1990

NdE : article publié au pendant la semaine mondiale de la Gascogne (22-26 juin), une semaine pour attirer l’attention sur la Gascogne.

Références

Comptoirs de bar
Hexa Pinball
Flippers
Fabricant de frites fraiches

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