Alexandre de Salies, Gascon aux trois vies

Alexandre de Salies archéologue du Le Château de Lavardin (Loir et Cher)
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Alexandre de Salies ou Alexandre Danouilh n’est pas un chat puisqu’il n’a eu que trois vies. Mais trois vies bien remplies. Suivons le parcours de ce Gascon à qui l’histoire et l’archéologie doivent tant.

Alexandre Danouilh est commingeois

Acte de naissance de Alexandre de Salies à Salies du Salat le 9 décembre 1815
Acte de naissance de Alexandre Danouilh à Salies du Salat le 9 décembre 1815

Comme le dit son acte de naissance, Jean Grégorien Alexandre Danouilh nait à Salies du Salat le 9 décembre 1815 à 4h du matin. Son père, Jean-Paul Alexandre Danouilh (il signe Annouih) est avocat au Parlement de Toulouse. Et son grand-père, Jean-Baptiste, également avocat au Parlement, achète la seigneurie de Salies en 1738.

Ainsi, Alexandre Danouilh fait naturellement des études d’avocat à Toulouse. Cependant, il se passionne d’histoire, plus particulièrement, semble-t-il, pour l’Antiquité romaine. Mais le voilà de retour à Salies du Salat où il est élu Maire en 1848.

Alexandre de Salies (1815 - 1883)
Alexandre Danouilh de Salies (1815 – 1883)

L’année suivante, en 1849, la Cour d’Assises de Toulouse le condamne pour plusieurs délits et « crimes de papier ». On lui reproche « d’avoir commis quinze faux en écriture de commerce par contrefaçons d’écriture et de signature et par fabrication d’obligations … ». Sa peine est de 6 ans de réclusion, 10 000 Francs d’amende et paiement des frais de procédure.

Ainsi, il doit vendre sa propriété de Salies pour payer ses créanciers. Toutefois, Napoléon III lui accorde une remise de peine de 1 an de prison puis le décharge de l’amende de 10 000 Francs. Alexandre Danouilh sort de prison en 1854. Ruiné, divorcé, il quitte Salies pour s’installer à Tours.

La deuxième vie d’Alexandre Danouilh

À tout le moins, elle commence mal. Le voilà seul et sans le sou. Pour survivre, il prend un emploi de commis de bureau et donne des leçons de piano et de chant. Personne ne connait sa première vie et il restera toujours discret sur son passé. On le connait maintenant sous le nom d’Alexandre de Salies.

Bien que résident à Tours, Alexandre de Salies se passionne pour l’Histoire et les monuments du Vendômois. Aussi, il y fait de fréquents séjours, habite ponctuellement à Angers qui est plus près. Il s’intéresse surtout aux châteaux de Vendôme et de Lavardin.

Très vite, il devient membre de la Société archéologique du Vendômois et publie des notices et des ouvrages remarqués. Il publie divers ouvrages comme Notice sur le château de Lavardin (1865), Histoire de Foulque Nerra (1874), Le château de Vendôme, sa position stratégique, ses anciennes fortifications, ses souterrains, et le siège qu’il a subi en 1589, Monographie de Troô (1878), etc.

Le Château de Vendôme
Le Château de Vendôme (Loir et Cher)

La reconnaissance d’Alexandre de Salies

Alexandre de Salies
Alexandre de Salies

Dans un article du Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, de 1986, l’ethnohistorien Daniel Schweitz écrit : « La personnalité d’Alexandre de Salies (1815-1883) est à tout jamais associée à l’étude archéologique du château de Lavardin, depuis la remarquable Notice qu’il lui a consacrée en 1865. Il peut même être regardé comme le véritable « inventeur » du château, et sa publication de 1865 comme l’acte de naissance de ce monument, tout au moins dans le champ du patrimoine et de la connaissance archéologique ».

Avec ses travaux, Alexandre de Salies fait partie de ces érudits locaux du XIXe siècle qui ont contribué à fonder l’identité culturelle de la France par l’invention de l’identité historique et patrimoniale des provinces.

D’ailleurs, on le reconnait aujourd’hui comme l’un des fondateurs de l’Archéologie du bâti et de la Castellologie (étude des châteaux), deux disciplines qui prendront leur essor dans les années 1970.

La troisième vie d’Alexandre de Salies

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Vue de l’abbaye de Marmoutier lez Tours de l’ordre de St Benoit, Congrégation de Saint-Maur – 17e –  (Gallica)

En 1876, Alexandre de Salies s’installe à Paris. Il vit misérablement mais suit – à 61 ans – les cours de l’Ecole des chartes.

Sa passion est toujours aussi vive. Ainsi, il laisse ses recherches dans le Vendômois et travaille sur le cartulaire de Marmoutier qui sera publié en 1893, près de 10 ans après sa mort.

En 1877, Alexandre de Salies rencontre l’abbé Louis Roussel qui est Directeur de l’œuvre des Orphelins-Apprentis d’Auteuil. Celui-ci lui propose le poste de rédacteur en chef du journal de l’institution, La France Illustrée, journal scientifique, littéraire et religieux. Il collabore en même temps au journal L’Univers.

Bien qu’ayant abandonné ses recherches sur le terrain, il publie des articles historiques qui font sa renommée et étonnent le Gotha parisien, surpris de voir un provincial impécunieux, venu d’on sait où, leur tenir la « dragée haute ».

Alexandre de Salies dit de la science archéologique qu’elle « n’asservit notre intelligence aux plus vulgaires recherches de la matière, que pour nous relever après, s’emparer de notre âme, l’enivrer des plus pures émotions, et se faire le trait d’union entre la poussière des tombeaux et le rayonnement de l’avenir ».

En 1879, il publie un roman historique sur le séjour de Charles VII à Lavardin en 1448.

La générosité discrète d’Alexandre de Salies

La France Illustrée, revue publie par les Orphelins et Apprentis d'Auteuil, dont Alexandre Salies est un des rédacteurs
La France Illustrée, revue publiée par les Orphelins et Apprentis d’Auteuil.  A. Salies est un des rédacteurs

Profondément religieux, Alexandre de Salies se dépouille de tout au profit des Orphelins-Apprentis d’Auteuil, refusant même de faire du feu en hiver dans sa chambre pour leur laisser le plus possible.

Alexandre de Salies meurt de maladie, dans la plus grande misère, le 16 mars 1883, à l’âge de 67 ans. Il repose au cimetière d’Auteuil.

Charles Bouchet, président de la Société archéologique du Vendômois, est présent à ses obsèques. Il publie une rubrique nécrologique dans la revue de la Société archéologique. Il dit :

Mais pour ne parler que des facultés intellectuelles, il est difficile de dire combien s’en rencontraient chez M. de Salies. Il était à la fois littérateur, critique, archéologue, poète, dessinateur, musicien, on pourrait ajouter architecte et ingénieur, s’il suffisait, pour mériter. ces noms, de connaître la théorie de ces nobles arts et d’en raisonner pertinemment avec les maîtres. Il n’était pas jusqu’au talent de causeur qu’il ne possédât à un degré ravissant. Fénelon disait de Cicéron : « Il avait je ne sais combien de sortes d’esprits. » Il s’en pourrait dire autant, dans un autre sens, de M. de Salies. — Il était bien de cette race du Midi si souple, si propre à tout, de cette famille gasconne dont il ne lui manquait que le côté…. gascon, car l’on peut dire qu’il en était absolument dépourvu.
[…]
Sa Foi était sans bornes, sans réserve, sa piété ardente, sa charité inépuisable. On se demande, nous écrit un de ses amis, comment il se trouvait si souvent dans un pareil état de gêne, mais une foule de malheureux accourus pour pleurer sur sa tombe se chargèrent de répondre.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Généalogie de la famille d’Anouilh de Salies – Généanet
Revue du Comminges n° 3, 2007.
Le château de Lavardin–épisode de la vie féodale au XVe siècle (texte complet) – Alexandre de Salies (1879)
Histoire de Foulques Nerra Comte d’Anjou d’après les chartes contemporaine et les anciennes chroniques (pdf) – Alexandre de Salies (1874)
Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois (1883) – Hommage à Alexandre de Salies p. 72 et 73

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3 réflexions sur “Alexandre de Salies, Gascon aux trois vies

  1. Références :

    SCHWEITZ (Daniel), « Alexandre Danouilh de Salies (1815-1883). Un exemple de rédemption sociale par l’érudition locale et le journalisme », Revue de Comminges, CXXIII, 2007, 3-4, p. 317-350.

    SCHWEITZ (Daniel), « Sur l’émergence d’une identité patrimoniale en Vendômois : l’exemple des études sur le château de Lavardin (XIXe-XXe siècles) », Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, 2006, p. 72-93.

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