Les arts décoratifs et les artistes Gascons

Tarbes - Fontaine des Quatre Vallées
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Le XIXe et le début du XXe siècle sont riches en réalisations architecturales, sculpturales ou picturales. Et les Gascons ont pris leur part dans l’essor de ces arts décoratifs. Il n’est pas possible de tous les citer. Intéressons-nous à quelques-uns d’entre eux, issus d’un petit pays montagnard, dont certaines œuvres nous sont familières sans que l’on sache qu’ils en sont les auteurs.

L’architecte & peintre Hector d’Espouy

Hector d’Espouy (1854-1929)
Hector d’Espouy (1854-1929) © Monique et Joël GRANSON

Hector d’Espouy (1854-1929) est né dans la maison maternelle, à Salas d’Ador (Salles-Adour) dans la plaine de Bigorre. Son père est juge de paix à Caseras (Cazères- sur-Garonne) où la famille s’installe.

Il se destine à une carrière de peintre, mais son père l’oblige à faire des études d’architecture. Alors, il entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Tolosa (Toulouse), puis à celle de Paris en 1876. Là, il fréquente l’atelier du célèbre architecte Honoré Daumet.

 

 

Hector Espouy, Esquisse pour la galerie Lobau de l'Hôtel de Ville de Paris (Liberté, Egalité, Fraternité) 1890
Hector d’Espouy, Esquisse pour la galerie Lobau de l’Hôtel de Ville de Paris (Liberté, Egalité, Fraternité) 1890

Lauréat du grand prix de Rome en 1884, il s’installe à la Villa Médicis de Rome de 1885 à 1888. Et il en profite pour voyager en Egypte, en Grèce et en Asie Mineure. Mais la peinture le passionne toujours ; il obtient la médaille du salon de 1890 pour son dessin de la basilique de Constantine de Rome.

Ses réalisations

De retour à Paris, il reçoit de nombreuses commandes publiques et privées. On lui doit la fresque d’entrée du Panthéon à Paris, la décoration de salles du Musée des Beaux-Arts de Nantes, des peintures décoratives en Belgique, au Luxembourg, à New-York…

Hector Espouy - Eglise de Cazères sur Garonne, rénovation de la façade principale (fin 198e)
Hector Espouy (1854-1929), l’architecte – Eglise de Cazères sur Garonne, avant et après rénovation de la façade principale (fin 19e) © Wikimedia

En 1895, il est nommé professeur de peinture ornementale à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il publie des ouvrages remarqués : Fragments d’Architecture antique en 1905, Fragments d’Architecture du Moyen-âge et de la Renaissance en 1925.

Pourtant, il revient souvent à Casèras qui lui doit la construction de la halle du marché en 1884 et son monument aux morts en 1923 ainsi que la rénovation de l’église.

Jean d’Espouy, le fils peintre aquarelliste

Hector travaille aussi avec son fils Jean, un peintre de valeur, plusieurs fois primé, qui a même le mérite d’exposer une belle fresque représentant un paysage pyrénéen,  que l’on peut toujours admirer à Tourcoing, dans le hall du Crédit du Nord.

Pendant la première guerre mondiale, Jean dessine les scènes terribles que vivent les soldats. Il rejoint à la libération un mouvement pour la paix aux côtés de grands auteurs comme Aragon, Gide ou Vaillant-Couturier. Il meurt à 30 ans d’une congestion pulmonaire qui affectera profondément son père, Hector.

Jean d'Espouy, peintre / Portrait d'un officier.jpg
Jean d’Espouy, l’aquarelliste (1891-1921) : portrait d’un officier.  © Monique et Joël GRANSON et Médiathèque de Cazères

Raymond d’Espouy, le neveu pyrénéiste

Raymond d’Espouy (1892-1955) est le neveu d’Hector d’Espouy. Né à Monléon-Magnoac, il fait des études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris où il est l’élève de son oncle Hector. Comme il est aussi passionné de montagne, il est admis à la Société des peintres de montagne et laisse une quantité impressionnante de dessins, aquarelles et huiles consacrées aux Pyrénées. Entre autres, il illustre le fameux guide Soubiron de 1920.

Un article complet est consacré à cet homme aux multiples talents.

Raymond d'Espouy - portrait de Henri Brulle, Pyrénéiste
Raymond d’Espouy (1892-1955) – portrait de Henri Brulle, pyrénéiste © Wikipedia

Le sculpteur Edmond Desca

Edmond Desca (1855-1918), sculpteur
Edmond Desca (1855-1918), sculpteur © Wikipedia

Edmond Desca (1855-1918) nait à Vic de Bigòrra (Vic en Bigorre). Il se destine à la sculpture et étudie lui aussi à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris où il sera l’élève de François Jouffroy. Et lui aussi obtient régulièrement des médailles lors du Salon des Artistes Français et lors des Expositions Universelles de 1899 et de 1900.

En 1897, il épouse Alice Gruié, lithographe, graveuse et peintre célèbre.

Edmond Desca réalise de nombreuses statues qui peuvent être admirées à Nancy (On veille de 1885), au jardin Massey de Tarbes (L’ouragan de 1887) ou devant la mairie (Danton de 1903), à Vic-Bigorre (La Revanche de 1894), au parc Montsouris de Paris (La mort du lion de 1913), à Pau (Salut noble Béarn de 1918), etc.

Edmond Desca - Danton, Pace de la Mairie de Tarbes (1903)
Edmond Desca – Danton, Place de la Mairie de Tarbes (1903)

Ses statues ornent des monuments aux morts, notamment à Oloron, Périgueux et bien sûr Vic en Bigorre.

L’œuvre la plus connue d’Edmond Desca est sans doute la Fontaine Duvigneau dite Fontaine des quatre vallées, située sur la place du Marcadieu à Tarbes. Le sculpteur la réalise en 1896 en collaboration avec Jean Escoula et Louis Mathet.

Les Escoula, Jean et Jacques, sculpteurs

Jean Escoula- (1851-1911), sculpteur de la Souffrance (1897)
Jean Escoula- (1851-1911), sculpteur – Souffrance (1897) © Wikipedia

Jean Escoula (1851-1911) est né à Bagnères de Bigorre. Naturellement, il fait jusqu’en 1871, son apprentissage chez son père qui est marbrier .

Mais Jean a un grand talent, alors il « monte » à Paris pour travailler dans les ateliers de sculpteurs extrêmement célèbres, Jean-Baptiste Carpeaux et Auguste Rodin. D’ailleurs, il exécute pour Auguste Rodin les marbres intitulés Eve, Eternelle Idole ou encore La Danaïde.

Il expose au Salon des artistes français et remporte une médaille d‘or lors des expositions universelles de 1889 et de 1900.

Jacques Escoula - Monumentau Morts d'Ibos (65)
Jacques Escoula (1882-1930), sculpteur – Monument aux Morts d’Ibos (1921) © Wikipedia

Ses œuvres ornent les jardins du château de Rambouillet ou les musées de Châlons, de Nîmes, de Douai, de Valenciennes et le Musée d’Orsay. À Bagnères, il réalise la Muse bagnéraise du parc thermal en 1909 et le Monument à Sophie Cottin en 1910. De même, à Tarbes, il participe à la réalisation de la Fontaine des Quatre-vallées.

Son fils Jacques Escoula (1882-1930) est aussi un sculpteur reconnu. Il réalise le buste de Gustave Flaubert pour le jardin du Luxembourg à Paris. En Bigorre, il réalise le monument aux morts d’Ibos en 1921.

Le sculpteur Firmin Michelet

Firmin Michelet, sculpteur (1875-1951)
Firmin Michelet, sculpteur (1875-1951) © Wikipedia

Firmin Michelet (1875-1951) est un sculpteur tarbais. Il se forme auprès d’artistes toulousains avant de mener une carrière à Paris.

À partir de 1898, il expose au salon des artistes français et reçoit de nombreux prix. Spécialisé dans la sculpture monumentale, il crée des bas-reliefs pour la Chapelle commémorative du Mémorial des batailles de la Marne et réalise, en collaboration avec Paul Belmondo, un bas-relief au Palais du Trocadéro à Paris.

Firmin Michelet, le sculpteur du d'Artagnan (Auch)
Firmin Michelet – La statue de d’Artagnan à Auch (1931) © CD32

 

 

Il réalise de nombreux monuments aux morts dans les Ardennes, l’Aude, le Calvados, les Landes, la Somme, … Il est l’auteur du monument aux maréchaux Foch, Joffre et Galliéni à Saint-Gaudens, de la statue de d’Artagnan qui orne le grand escalier d’Auch et de nombreuses statues de Foch (dont la statue équestre à Tarbes).

Dans les Hautes-Pyrénées, il crée les monuments aux morts d’Andrest, Cauterets, Luz Saint-Sauveur, Mauléon-Barousse, Rabastens de Bigorre, Séméac, Tarbes, Tournay. Il réalise également des bas-reliefs pour la façade du Musée Salies de Bagnères ou Notre-Dame des Neiges à Gèdre-Gavarnie.

Firmin Michelet est exposé au Musée d’Orsay à Paris.

Des artistes méconnus en Gascogne

Ces artistes gascons que nous avons rapidement présentés sont « montés » à Paris pour faire carrière. Pourtant, ils n’ont pas oublié leur Gascogne natale et ont largement contribué à l’embellir par leurs œuvres.

Elles parsèment nos villes et villages mais peu d’entre nous connaissent ces artistes pourtant souvent présents dans les grands musées nationaux.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les chefs-d’œuvre du Cazérien Hector d’Espouy, de son fils Jean et de Raymond d’Espouy, Monique et Joël GRANSON, 2019.
Edmond Desca et « L’Immortelle », La nouvelle République des PyrénéesLes romantiques bigourdans : Jean Escoula, La Dépêche, 23/02/2010
Firmin Michelet sculpteur, photos rares et inédites, Loucrup65

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