La spontanéité, la légèreté de l’expression, la recherche des bons mots sont des caractéristiques de l’expression gasconne. Pour l’été, voici quelques histoires que l’on se racontait il y a cent ans.
Les bons mots

Si en français, on dit « bête comme ses pieds » ou « sot comme un panier », en gascon on dira : qu’a poupat lèit de saumo / qu’a popat lèit de sauma / il a tété du lait d’ânesse. Cela et des manières joyeuses, le sens de la fête, des rires et des chansons enchantaient nos ainés. Ils ne s’en privaient pas et les rencontres, les repas pouvaient être très drôles.
On retrouve cet humour gascon, cette verve joyeuse chez tous, quelle que soit sa position ou quel que soit son métier. Cela permit d’ailleurs aux Gascons de briller dans les cours et d’être des courtisans recherchés, même si leurs propos étaient souvent entachés de gasconismes. Mais comment résister à un bon mot ?

Par exemple, on lit dans le Dictionnaire d’anecdotes, de traits singuliers et caractéristiques, historiettes, bons mots, naïvetés, saillies, réparties ingénieuses, etc. d’Honoré Lacombe de Prezel de 1781 cette anecdote :
« Un Gascon étoit à la comédie dans le parterre, &, comme il se remuoit toujours, son épée se mettoit dans les jambes de ceux qui étoient près de lui. Un officier, s’en trouvant embarrassé : Monsieur, lui dit-il, votre épée m’incommode. Cadedis, lui répondit le Gascon, elle a bien incommodé d’autres. »
(Cadedis : vieux juron gascon, venant de cap de Diu, tête de Dieu)

Les histoires du coin du feu
Quand la journée est terminée, dans la bòrda (ferme), on se détend. Et on raconte volontiers des histoires pour s’amuser, voire se moquer un peu. Comme les Français utilisent le personnage de Toto, les Gascons utilisent volontiers lo Jantet ou lo Jepet.

Entà arríser:
Un medecin, gran caçaire, anava hèr ua visita a un vesin qu’èra malaut e s’avèva amiat lo fesilh, se per escàs… En tot i anar, que tròba lo Jepet lo son prumèr vesin. Se saludan e aqueste que’u demanda on va atau de bon maitin.
— Jantet qu’i malaut e que’u vau hèr ua visita medicala…
E lo Jepet de’s botar a arríser:
— Dab lo fesilh! E hòu, avètz páur de’u mancar!
Pour rire :
Un médecin, grand chasseur, allait faire une visite à un voisin qui était malade et avait pris le fusil, au cas où… En y allant, il trouve Jepet son premier voisin. Ils se saluent et celui-ci lui demande où il va de bon matin.
— Jantet est malade et je vais lui faire une visite médicale…
Et Jepet de se mettre à rire :
— Avec le fusil ! Et ho, vous avez peur de le rater !
Les blagues d’almanach

Au XIXe et début du XXe siècle, le peuple est friand d’histoires drôles qu’on raconte au coin du feu et qu’on diffuse dans les almanachs. Ces ouvrages fleurissent dans toute la France. En voici une publiée dans l’Armanac de la Gascougno en 1928.
Voulez-vous prendre ?…
Lou Daunin e la Daunino qu’an uo gouiato, la Rouseto, que ba s’ous bint ans. E tè ! Aco que ba d’et mèmo, que se la boulerén marida.
Que boulerén marida la Rouseto dab un gouiat coumo aco e coumo aço… atau e atau… Lou pai e la mai que bon causi.
Lou drolle de la Janetoun que heré prou l’ahè dou pai. Mes la mai lou bo pas. Qu’an pensat au drolle de la Frasi. Et, qu’aneré à la mai. Mes lou pai n’en bo pas entene à parla.
E la Rouseto, que dit ? La Rouseto que plouro coumo uo bit talhado, pramou la bon pas decha causi à ero.
A la fin finalo, se presento lou Cardouch de Trucostacos, un gran patidas d’ome que ba à la Daunino e au Daunin coumo l’anèt au dit.
La parentat que hèn lous entenuts, coumo se deu, e qu’arreston lou jour de la noço : à la maisoun coumuno la bèlho e à la glèiso l’endouman.
Arribon dauant lou maire. E aqueste, cintat dinco debat l’achèro : « Demoiselle Rousette, ça dits, voulez-vous prendre ?… » Coumo se hé, que !
E la Rouseto, touto countento e la bouts esclarido :
« Ah ! moussu, ça dits, qu’èts bous lou prumè à demanda-m sé-u boi. Que-ts ‘arremèrci. Mes aquet grau trucostacos lou boi pas ».
Voulez-vous prendre ? …
Daunin et Daunino ont une fille, Rousette, qui va sur les vingt ans. Et tiens ! Ça va de soi, ils voudraient la marier.
Ils voudraient marier Rousette avec un garçon comme ci et comme ça … comme ceci et comme cela… Le père et la mère veulent choisir.
Le petit de Jeanneton ferait bien l’affaire du père. Mais la mère n’en veut pas. Ils ont pensé au fils de Frasi. Lui, il conviendrait à la mère. Mais le père ne veut pas en entendre parler.
Et Rousette, que dit-elle ? Rousette pleure comme une vigne taillée, parce qu’ils ne veulent pas la laisser choisir elle.
Finalement, se présente Cardouch de Trucostacos, une espèce de souffre-douleur qui va à Daunino et à Daunin comme l’anneau au doigt.
Les familles font les arrangements, comme il se doit, et arrêtent le jour de la noce : à la mairie la veille et à l’église le lendemain.
Ils arrivent devant le maire. Et celui-ci, ceint jusque sous l’aisselle : « Demoiselle Rousette, dit-il, voulez-vous prendre ?… » Comme ça se fait, quoi !
Et Rousette, toute contente et la voix éclaircie :
« Ah ! Monsieur, dit-elle, vous êtes le premier à me demander si je veux de lui. Je vous en remercie. Mais de ce grand empoté, je n’en veux pas. »

Les bons mots et la santé

Faire des bons mots, rire est bon pour la santé, cela réduit le stress, et prolongerait même l’espérance de vie de 7 ans si on en croit une étude de la Wayne State University réalisée à Détroit dans le Michigan.
C’est pris très au sérieux par les médecins. Par exemple, le psychologue britannique Richard Wiseman a soumis près de 40 000 blagues à plus de deux millions d’internautes. La question : quelle est la blague la plus drôle ?

Et voici la gagnante :
Deux chasseurs se promènent dans la forêt, et l’un d’eux s’effondre soudainement. Il ne semble pas respirer, ses yeux sont vitreux. L’autre chasseur sort son téléphone et appelle les services d’urgence.
— Mon ami est mort ! Qu’est-ce que je peux faire ? dit-il.
— Calmez-vous, je vais vous aider. Nous devons d’abord être sûrs qu’il est mort, répond l’opérateur.
Après un court silence, on entend un coup de feu. Le chasseur reprend le téléphone.
— Ok, et maintenant ?
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe réformée en 1990

