Les échasses landaises

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Les échasses font partie du folklore landais. Même si l’on ne s’en sert plus que dans les spectacles de rues ou de cirque, elles sont très utiles, si bien qu’on en trouve partout dans le monde.

L’origine des échasses

Jarre de Grèce antique montrant des hommes sur échasses, VIe siècle av. J.-C. © Wikipedia
Jarre de la Grèce antique montrant des hommes sur échasses, VIe siècle av. J.-C. © Wikipedia

On ne connait pas l’origine des échasses mais elles sont utilisées partout dans le monde et depuis longtemps.

Sur des vases grecs datant du VIe siècle av. J.-C., on voit des personnes montées sur échasses. Les Grecs et les Romains les utilisaient couramment au théâtre pour donner plus de hauteur aux comédiens.

En Asie ou chez les Incas on utilise aussi les échasses pour des jeux d’enfants . Elles servent à la cueillette des fruits au Maroc ou du houblon en Grande-Bretagne. Elles sont courantes dans les pays d’Afrique de l’Ouest. Chez le peuple Dogon du Mali, elles ont même une fonction religieuse et peuvent mesurer jusqu’à 4 mètres de haut. Au Sri-Lanka, les pêcheurs côtiers sont montés sur des échasses.

Les échasseurs namurois - échasses © Wikipedia
Les échasseurs namurois (Belgique) © Wikipedia

Plus près de nous, la ville de Namur en Belgique pratique depuis 1411 des combats sur échasses qui remportent toujours un franc succès. Les « échasseurs » comme on les appelle essaient de faire tomber leur adversaire.

La première mention écrite de l’utilisation des échasses dans les Landes date de 1615. C’est ce que nous rapporte Bernard Manciet dans son ouvrage de 1981 Le Triangle des Landes.

Les échasses dans les Landes

Avant son boisement au XIXe siècle, la lande de Gascogne est un pays plat, sableux et couvert de tojas (ajonc) et de marécages. Les troupeaux de moutons y sont nombreux et pratiquent le parcours. Pour les surveiller plus facilement de loin et les suivre, les bergers montent sur des chancas (échasses).

J-L Gintrac (1808–1886) - Habitants des Landes (Musée des Beaux-Arts de Bordeaux)
J-L Gintrac (1808–1886) – Habitants des Landes (Musée des Beaux-Arts de Bordeaux)

La chanca est composée d’une cama (pied) de vèrn (aulne) ou de pin (pin) et mesure généralement près de 1 mètre. À l’extrémité, un espedic (patin) de casso (chêne) assure l’adhérence au sol. Parfois, un ou plusieurs clous renforcent l’adhérence au sol.

Pour tenir la jambe du chancaire (échassier), une courroie de cuir placée sous le genou le lie à la cama. Une pièce de bois, le pausa-pè (repose pied) permet de tenir le pied attaché par l’arromèra (le lien). On l’appelle anera s’il est en cuir ou vencilh s’il est en bois.

Cabanes chanquées du Bassin d'Arcachon © Jean-Philippe Bellon Photography
Cabanes chanquées du Bassin d’Arcachon © Jean-Philippe Bellon Photography

Pour éviter de se blesser les pieds, on les revêt d’une peau de mouton avec sa laine. Certains chancaires portent des chaussettes en laine ou des escarpins (chaussons de laine) ou encore des garamaches (guêtres en laine) qui sont une excellente protection contre les tojas.

L’image des chancas est si forte qu’on appelle les maisons sur pilotis du bassin d’Arcachon, les « cabanes chanquées ».

Les facteurs sur échasses

D’usage courant chez les bergers, les échasses sont aussi utilisées par les résiniers mais aussi par les facteurs.

Les postes deviennent le service de la Poste en 1790. Auparavant, chaque ville déléguait le transport du courrier à des particuliers sur des destinations fixes. En 1830, la Poste étend son service à toutes les communes. La poste rurale est née.

Distribution du courrier en Pays de Buch (France) au début du XXe siècle © Wikipedia
Distribution du courrier en Pays de Buch (France) au début du XXe siècle © Wikipedia

L’instruction de 1858 définit l’uniforme du facteur, son rôle, ses obligations ou les interdictions liées à son service, par exemple celle de rentrer dans les maisons pour boire ou manger. Cela ne l’empêche pas de rendre de menus services (transport de courses, notamment) ni d’accepter un verre de vin ou une soupe au cours de sa tournée.

Les facteurs ruraux sont recrutés sur place. Leur nombre augmente progressivement mais les tournées sont longues et peuvent comporter plus de 30 kilomètres. Aussi, la Poste ferme les yeux sur les initiatives locales visant à faciliter les tournées : utilisation de barques, de chevaux, etc.

Naturellement, dans les Landes, les facteurs ne tardent pas à adopter les chancas. Tout le monde sait s’en servir et elles permettent de parcourir le double de distance qu’un facteur à pied.

Et puis, le service sait s’adapter aux usages. Certains bureaux de poste sont au 1er étage des maisons pour permettre au facteur de faire ses opérations sans déchausser les chancas.

Sylvain Dornon, promoteur des échasses

Sylvain Dornon va jusquà Moscou sur ses échasses (1858-1900)
Sylvain Dornon (1858-1900)

Sylvain Dornon (1858-1900) est boulanger à Arcachon. Il voit que l’usage des chancas diminue dans la société mais il veut les préserver en en faisant un sport et un jeu. En 1889, avec son groupe de chancaires, il présente la première danse sur échasses au casino d’Arcachon.

La même année, se tient l’exposition universelle de Paris. Sylvain Dornon monte à Paris et fait sensation en gravissant la tour Eiffel avec des chancas. Pour l’exposition Franco-Russe de Moscou en 1891, il décide de faire le trajet de Paris à Moscou sur des chancas. Son accoutrement fait sourire partout où il passe. Parfois même, il est pris pour un épouvantail vêtu de peau de mouton et est mal reçu. Peu importe, de Paris à Reims, Sedan, Luxembourg, Coblence, Berlin, Wilna et Moscou, il fait le trajet en 2 mois.

Les Russes lui font un triomphe. Il revient à Arcachon et meurt discrètement à 42 ans en 1900.

Pourtant, grâce à lui, les chancas connaissent un véritable engouement. On les utilise dans tous les spectacles de danses. Le journal La petite Gironde de Bordeaux organise des courses comme en 1892 entre Bordeaux et Biarritz, en 1894 entre Bordeaux et Montauban, en 1895 entre Bordeaux et La Rochelle. Cette course oppose des chancaires et des chevaux mais est jugée trop dure. Les chancaires sont désormais exclus des épreuves sportives.

L’armée s’intéresse aussi aux échasses

Les chancaires ne sont plus dans les épreuves sportives. Sylvain Dornon, l’infatigable promoteur des chancas, propose à l’armée de les utiliser en service actif.

L'avenir d'Arcachon du 24/12/1899 © Gallica
Le journal L’avenir d’Arcachon du 24/12/1899 © Gallica

Le journal L’Avenir d’Arcachon du 24 décembre 1899 nous apprend que le 34e Régiment d’Infanterie de Mont-de-Marsan crée une section chargée d’évaluer l’utilisation des chancas pour des missions de reconnaissance.

Des chancaires installent une ligne télégraphique sur les bords de l’Adour. C’est évidemment plus rapide qu’avec des échelles et aussi efficace que des troupes de cavalerie.

Le capitaine Vachon, officier du 9e Régiment de Hussards, chargé du rapport, fait une analyse remarquable sur l’utilisation des chancas par des fantassins. S’il convient que des fantassins montés sur échasses sont aussi rapides que des chevaux de la cavalerie, il émet quelques réserves sur leur efficacité dans un combat.

Finalement, l’intérêt de leur emploi n’est pas évident et le Ministre de la Guerre finit pas informer Sylvain Dornon qu’ils ne retiennent pas sa proposition.

Exclus des épreuves sportives, boudée par l’armée, il reste aux chancaires les fêtes folkloriques.

Les groupes folkloriques

Ils sont nombreux dans les Landes. On en compte une quinzaine, de Biscarosse à Dax, Mont-de-Marsan, Pouillon ou Tarnos, qui se produisent régulièrement dans le département, mais aussi dans d’autres régions ou pays.

Réunis en fédération, les chancaires sont de toutes les fêtes. On organise des courses, notamment la « Translandes » chaque année au mois d’Octobre. Le course fait 70 km ou 110 km.

Et bien sûr, ils sont accompagnés de danseurs et de bohaires (joueurs de cornemuse), de brama-topins (tambourins), de flabutas (flutes) et de bien d’autres instruments traditionnels.

Les groupes de chancaires contribuent à préserver et à faire connaitre le folklore landais.

Lous Tchancayres, de Mont-de-Marsan
Lous Tchancayres, de Mont-de-Marsan

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Modernity, landscape conquest, and the mobility politics of stilt-walking in Landes region, France, Teo Wickland,
L’invention des Landes – L’État français et les territoire, Ph.Dominique d’Antin de Vaillac (2008)
Guy TALAZAC « Les facteurs sur échasses dans le massif forestier des landes de Gascogne »- Bulletin de la Société de Borda, n° 558, 2ème trimestre 2025.
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