Les feux de la Saint-Jean

Feu de Saint-Jean en Comminges
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Le 24 juin, c’est la fête de la Saint-Jean. Pour marquer le solstice d’été, partout en Gascogne, on allume les feux de la Saint-Jean. En gascon, on les appelle Halhada, Hahòla, Halhar, Brandon.

L’origine des feux de la Saint-Jean

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La fête du solstice d’été est célébrée par des feux dans les cultes païens. Fête de la fertilité et de l’abondance, elle célèbre la lumière de l’été et est destinée à la bénédiction des moissons. Elle s’accompagne de rituels tels que sauter par-dessus le feu pour développer sa force ou avoir des enfants, conserver les cendres du feu pour protéger le bétail et les maisons de la foudre et des maladies, répandre les cendres du feu dans les champs pour les fertiliser.

Au début du VIe siècle, l’Eglise récupère cette fête pour en faire celle de Saint Jean Baptiste qui devient très populaire.

Le rituel des feux de la Saint-Jean

En Gascogne, la fête de la Saint-Jean est organisée selon un rituel précis. Au son des cloches de l’église, le curé emmène une procession jusqu’au bucher qu’il bénit. Les consuls y mettent le feu et lorsque le bucher est consumé, le curé rentre dans l’église. C’est alors le début d’une fête populaire où l’on chante et danse autour du feu.

Le privilège d’allumer les feux de la Saint-Jean est l’apanage des consuls et des personnalités en vue. À Tarbes, c’est le privilège du juge mage, du curé de la paroisse Saint Jean et d’un consul. Et lorsque le premier consul de Tarbes refuse un flambeau neuf au curé de la paroisse de Saint-Jean pour allumer le feu, un procès est intenté en 1659. Devant les frais de procès, on transige ; finalement, la demande du curé est acceptée. Les frais des feux de la Saint-Jean sont payés par les communautés. Une collation est servie. Pour faire des économies, on vend les restes de bois non consumés.

Danses autour du feu en pays gardois
Danses autour du feu de Saint-Jean © Pinterest

Dans les villages, ce sont les mariés de l’année qui doivent fournir le bois. Ailleurs, ce sont les quatre derniers mariés de l’année. Ceux qui s’y soustraient payent une amende.

Les croyances populaires 

Les feux de la Saint Jean s’accompagnent de croyances populaires. Certaines fontaines dédiées à saint Jean ont la réputation de guérir. Le matin de la Saint Jean, elles reçoivent les malades qui viennent s’y baigner pour soigner un goitre, des verrues, des rhumatismes ou des maladies ophtalmologiques……

La Fontaine Saint-Jean Baptiste d’Ousse-Suzan (40)
La Fontaine Saint-Jean Baptiste d’Ousse-Suzan (40) © www.fontainesdefrance.info/fontaines

Un linge qui a reçu la rosée du matin de la Saint Jean sert à frictionner les parties du corps malade. Une promenade dans la rosée du matin, avant le lever du soleil, protège contre toutes les maladies.

Parfois, on jette dans les feux de la Saint-Jean quelques grenouilles et crapauds pour conjurer le mauvais sort ! On saute par-dessus le feu, ce qui est un gage de bonne santé pour toute l’année, et peut-être la promesse de se marier. Une fille qui a vu deux feux de la Saint Jean la même soirée, est sûre de trouver un mari dans l’année !

On ramasse des tisons du bucher pour allumer lo huèc nau, le premier feu dans la maison. On en conserve aussi quelques-uns pour les jeter dans le feu pendant les orages, car ils sont censés protéger la maison.

Les herbes de la Saint-Jean

Croix de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64)
Croix de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64) © Ass. Esquireta

La veille de la fête de la Saint-Jean, on ramasse des fleurs pour confectionner des croix, des couronnes ou des bouquets que l’on fait bénir le jour de la Saint Jean. Placés dans les maisons et dans les étables, ils protègent des maladies ou des maléfices. L’abbé Dambielle nous dit que « La croix de la Saint-Jean, tressée avec des herbes spéciales, placée sur la porte d’entrée, préserve radicalement des sorciers ».

 

Couronne de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64)
Couronne de fleurs de la Saint Jean à Lescar (64) © Ass. Esquireta

C’est le moment de ramasser des feuilles de noyer, des feuilles de frêne, des bourgeons de millepertuis et d’autres plantes pour confectionner des décoctions ou des onguents qui servent à soigner les plaies ou les contusions.

Les herbes de la Saint-Jean se ramassent dans les champs. Les plus communes sont l’achillée millefeuille/holhòu, l’armoise/artemisa dont un proverbe dit : que vau miélher estar shens camisa que shens artemisa, le fenouil/ièrba de la Senta Vièrja, le millepertuis/ièrba deu Bon Diu, l’orpin/ièrba de Maria, la menthe/mandrás, le plantain/ièrba de cinc còstas ou aurelha de can, le lierre terrestre/coreja de la Sent Joan, le chèvrefeuille/bigaudèra

La Saint-Jean, une fête populaire

Brandon prêt pour la Saint-Jean © Ostau Comenges
Brandon prêt pour la Saint-Jean © Ostau Comenges

Les feux de la Saint-Jean sont une fête populaire. Sauf dans quelques communes, la fête s’est estompée dans les années 1960 à 1970.

Elle connait un net regain de popularité et a perdu son caractère religieux pour ne conserver que l’aspect festif du chant, de la danse autour du feu et du repas qui l’accompagne, renouant ainsi avec la tradition païenne de la fête du solstice d’été.

 

 

Le feu inspire les poètes

En 1926, Francis Jammes écrit Feu de la Saint-Jean qui se déroule à Tournay sa ville natale :

Je ne sais pas pourquoi, dans ce temps-là, je mêle
Les fruits ailés d’érable à la procession
Qu’on fait à la Saint-Jean autour de ces tisons
Qui, morts, prennent le bleu si noir des hirondelles.

Sans doute sur l’Arros, torrent, je vois un pont
Construit avec du crépuscule et des décombres
Où s’en vont sagement, en chantant, quelques ombres
Qu’allongent des manteaux avec des capuchons.

Françis Jammes, poète des Pyrénées chante Pau
Françis Jammes, poète des Pyrénées  Wikipedia

Il me semble qu’on se dirige vers la gare
Où cinquante ans n’ont pas fané les catalpas
Qui, dans la cour, vieux Indiens, parlent tout bas
De leur pays natal en fumant leurs cigares.

Voici l’arbre-bûcher. Monsieur Pédebidou
Y met le feu, dressant des favoris insignes,
Emules d’animaux aussi bien que de cygnes.
Et le brasier craquant étoile le feu doux.

Le prêtre sur le bois a jeté l’eau bénite.
On a vu, des coteaux, des flammes s’élever ;
Les gens à l’unisson ont repris les avés
Et repassé l’Arros plein de cerceaux de truites.

Des hommes, attelés aux restes calcinés,
Les traînent sur le sol jusques à leurs demeures.
Qu’enfant redevenu, quand sonnera mon heure,
Je baise votre cendre, ô lieux où je suis né !

Urau, Saint-Jean 1914, carte postale ancienneUrau (Haute-Garonne), Saint-Jean 1914, carte postale ancienne

Serge Clos-Verssaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Les fêtes du solstice d’été en ARAN et en Comminges, Bernat Menetrier
La fête de la Saint-Jean, Wikipédia
La Saint-Jean : Symboles et rituels païens de la fête du Solstice d’été
Les fêtes du feu du solstice d’été dans les Pyrénées
Revue de Gascogne, Revue de la Société de Borda, Revue historique du Comminges, …..

 

 

 

 

 

 

 

 

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