Si on connait les mythes grecs, égyptiens ou même nordiques, on parle peu des mythes de la Gascogne. Pourtant, comme dans tous les peuples, des croyances et des rites encadraient la vie de tous les jours. C’est ce que montre Anne-Pierre Darrées dans son ouvrage Mythologie de Gascogne.
Des mythes en Gascogne

Grâce à un climat favorable, les Homos se sont installés en Gascogne depuis bien longtemps. Ils ont laissé des traces, en particulier des peintures pariétales dans des grottes. Elles montrent des animaux et des hommes. Selon un avis très répandu aujourd’hui chez les archéologues, ces scènes sont des scènes de mythes. On pourrait les comparer aux scènes peintes dans les églises qui sont des scènes de la Bible.
Qu’est-ce qu’un mythe ? On appelle mythe, un récit qui parle de l’état du monde (sa création, ses êtres, ses forces, ses calamités…), avec un fond religieux. Très important, le mythe (contrairement au conte) est un récit vrai pour le peuple qui le transmet.
Parce que le mythe est un récit vrai, il est transmis – oralement – sans modification majeure. Ainsi, les mythologues, en comparant les récits dans les différents peuples, arrivent à retracer leur origine et leurs migrations (les peuples en se déplaçant amènent leurs récits).
Les mythes très anciens de Gascogne
Au paléolithique, nos ancêtres étaient probablement animistes, comme tous les peuples. Ainsi, les animaux, les arbres avaient un esprit et l’on pouvait communiquer avec eux dans des rites, des cérémonies, des danses.
Mais, que pouvaient bien se raconter nos ancêtres autour du feu après avoir chassé le renne ? Si on ne peut répondre avec certitude à cette question, on peut repérer dans les peintures pariétales, des personnages qui sont l’objet de récits jusqu’à nos jours, comme l’ours.

L’ours sans tête de la grotte de Montespan (Comminges), le cimetière d’ours de la grotte du Regourdou (Périgord) ont fait l’objet de diverses interprétations. Clairement, cet animal, déjà peint dans nos grottes, a un statut à part. Et c’est vrai dans tous les pays où il est présent.
En fait, les différentes populations perçoivent l’ours comme proche de l’homme, physiquement et dans son comportement. Ainsi, il comprend le langage des hommes et, à cause de cela, on ne le nomme pas. on l’appelle Lo pèdescauç (celui qui va sans chaussure), Eth Mossur (Le Monsieur)… Un homme peut se transformer en ours, souvent lors d’un châtiment divin. Parfois, c’est une homme qui demande à devenir ours comme ce forgeron du Couserans. « Ors de montanha vòs èsser, ors de montanha siràs » (Ours de montagne tu veux être, ours de montagne tu seras).
Bien sûr, l’ours peut avoir des relations avec des femmes. Ce que l’on raconte dans le récit Jean de l’ours. Ces fils d’ours bénéficiaient de la force, du courage et de l’intelligence de l’ours. Et ils dépassaient les hommes les plus forts, comme les trois compagnons de Jean de l’ours : Vire-palet, Pousse-montagne et Tord-chêne. De la même façon, plusieurs rois du Danemark et de Norvège se firent établir, au XIIIe siècle, des généalogies pour montrer qu’ils étaient les descendants de l’un de ces fils d’ours.
Longtemps roi des animaux en Gascogne, l’Église le remplacera par le lion et favorisera sa déchéance. L’ours restera un cousin de l’homme mais plus rustre, empli de vices.
L’époque des dieux

Au néolithique, petit à petit, les tribus se sédentarisent, construisent des villages, cultivent la terre et… vénèrent des dieux, dont il reste quelques traces. Les Romains, lors de leur présence dans le sud-ouest de la France, ont laissé des ex-voto à certains d’entre eux.
Ainsi, du côté de Saint-Béat, riche en carrières de marbre, on a retrouvé vingt-et-un autels au dieu Erriape que l’on pense être un ancien génie de la montagne devenu le dieu des mabriers.
Certains de ces dieux devaient avoir la même fonction ou les mêmes symboles que des dieux Romains car les stèles portent parfois les deux noms (le local et le romain) du dieu qui a exaucé les vœux de la personne qui offre l’ex-voto. Par exemple, Leherren (dieu local) et Mars (dieu romain).
Et comme pour beaucoup d’autres peuples, le monde des Gascons est très peuplé. On y trouve des géants, des petits hommes, des fées… Et, si l’on regarde bien, tout ce monde merveilleux habite lo monde de devath tèrra (le monde souterrain). Ce qui ne les empêche pas de venir sur terre.
Les échanges avec ces êtres particuliers peuvent être bénéfiques ou dangereux. En tous cas, il vaut mieux être prudent. Même les gentilles fées peuvent s’exaspérer des comportements humains !
Beaucoup de rites, encore en vigueur début XXe siècle, proviennent de ces époques lointaines, comme les rites de fertilité ou ceux de guérison. Ou encore ceux de protection contre l’orage.
Les mythes à l’ère chrétienne
Puisque les mythes sont vrais, les Gascons ne vont pas se laisser facilement convaincre de les abandonner. Et le christianisme s’installera en Gascogne en fusionnant avec des croyances plus anciennes. Ainsi, même si les prêtres avaient ordre de ne pas céder aux demandes de cérémonies pour éloigner les orages, ils y étaient contraints sous la menace de la population. Et certains curés ont fait preuve de zèle en jetant leur soulier vers le ciel !
Saviez-vous d’ailleurs que l’arche de Noé s’est échouée dans les Pyrénées ? Ou que les encantadas, ces anges déchus, ont une demeure et une fontaine mais qu’elles ne peuvent s’en éloigner ? Cada encantada qu’a sa cada e sa hont ; que s’i deu ’star-s’i tostemps.

Des saints ont été dotés de pouvoirs de guérison (comme les anciens sorciers !). Des croix ont été enfoncées dans des pèiras quilhadas (pierres dressées) continuant ainsi à apporter la fertilité. Plus encore, saint Aventin a guéri un ours en lui otant une épine plantée dans sa patte.
Ainsi, malgré une foi véritable dans la religion catholique, les croyances animistes ont continué à accompagner les Gascons. Ce que certains peuples appellent la double foi.
En fait, les mythes sont nombreux et il faudrait quelques centaines de pages pour les rapporter tous. Certains se cachent dans les contes, d’autres dans la mémoire des personnes âgées, d’autres dans des vestiges archéologiques.
Référence
Mythologie de Gascogne, Anne-Pierre Darrées, Edicions Reclams, 2026.
Courte présentation (vidéo 1 minute su la chaine YouTube de Reclams) du livre en cliquant ici.

