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L’orsalher ou le montreur d’ours

L’Orsalhèr, ou montreur d’ours, est un métier pratiqué depuis le moyen-âge. Il parcourt le pays pour se produire et assurer sa subsistance et celle de son ours. C’est aussi le nom d’un film de Jean Fléchet, entièrement en gascon.

Orsalhèr, une spécialité de la vallée du Garbet en Couserans

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Orsalhèr dans les environs de Saint-Girons en Ariège

À partir de la fin du XVIIIe siècle et jusqu’à la première guerre mondiale, on voit des centaines d’orsalhèrs [montreurs d’ours] d’Ercé, d’Oust et d’Ustou en Couserans parcourir le monde pour montrer des ours. En effet, l’ors [l’ours] est alors une bête inconnue dans beaucoup d’endroits. Et l’orsalhèr joue sur la croyance du tòca l’ors qui veut que toucher la bosse de l’ours guérisse de toutes les maladies, et même les enfants de l’épilepsie s’ils font neuf pas sur le dos de l’ours.

En fait, ces hommes fuient la misère. Ainsi, par centaines, ils cherchent des orsatèras (tanières d’ours), capturent des orsats ou orsets (oursons) qu’ils élèvent et dressent avant de partir courir le monde.  Toutefois, les orsalhèrs n’hésitent pas à tuer la mère pour s’en emparer.

Ils les élèvent au biberon et leur apprennent quelques tours pour divertir le public. De ce fait, l’ourson perd son caractère sauvage. De plus, il est ferré et on lui met un anneau autour du museau pour le tenir avec une chaine.

Très vite, on manque d’ours. Alors, on en fait venir des Balkans, via le port de Marseille.

Montreur d'ours à Luchon en septembre 1900
Montreur d’ours à Luchon en septembre 1900

Les Américains montreurs d’ours

Lowest East Side, quartier des migrants à Manhattan
Lower East Side, le quartier des migrants à Manhattan

À partir de 1880, des habitants d’Ercé sont nombreux à s’établir aux Etats-Unis ; ils sont surnommés les « Américains ».

La commune d’Aulus-les-Bains a gardé souvenir de Jean Galin, un orsalhèr surnommé Laréou d’Aulus, né vers 1857. Il s’expatrie, avec son ours, à New-York vers 1880. Il travaille au chemin de fer et dort le soir à côté de la voie contre son animal. Inutile de dire qu’aucune personne n’ose s’approcher malgré les sommes d’argent importantes qu’il garde sur lui ! Plus tard, il vend son ours et s’installe dans la restauration.

Après la première guerre mondiale, de nombreuses femmes émigrent dans la région de New-York pour rejoindre les orsalhèrs et occupent des emplois dans l’hôtellerie et la restauration.

Puis, une nouvelle vague d’émigration se produit après la seconde guerre mondiale pour rejoindre des parents déjà installés.

Le restaurant La Pergola des Artistes à Broadway
Le restaurant La Pergola des Artistes à Broadway

De plus, dans Central Park, nos immigrants se retrouvent autour d’un rocher pour partager les nouvelles du village ou s’entraider. Ils appellent ce rocher The Rock of Ercé [Le Rocher d’Ercé]. On peut citer l’exemple de Marie-Rose Ponsolle (1927-2018) qui ouvre avec son mari un restaurant, la Pergola des artistes, à New York au quartier des théâtres de Brodway. Elle y parle un mélange d’anglais, de français et de gascon. Surtout, elle reçoit les Couseranais venus tous les ans, rencontrer les leurs au roc d’Ercé.

Aujourd’hui, des descendants d’orsalhèrs d’Ercé tiennent encore cinq restaurants new-yorkais.

L’Orsalhèr ou le montreur d’ours de Jean Fléchet

Jean Flechet
Jean Flechet

Le film L’Orsalhèr réalisé par Jean Fléchet, raconte l’histoire de Gaston Sentein, un des sept fils d’une famille de bûcherons. Il quitte son pays de Couserans vers 1840 pour gagner sa vie sur les routes avec son ours. À Toulouse, il fait la rencontre d’un colporteur de livres qui, comme lui, parcourt le monde. Ils se lient d’amitié.

Le film d’1 h 47 min, sorti en 1983, est entièrement en gascon du Couserans, sous-titré en français. Jean Fléchet, Léon Cordes et Michel Pujol en écrivent le scénario. Parmi les acteurs, on reconnait Léon Cordes, Michel Pujol, Yves Rouquette, Marcel Amont et Rosina de Peira.

L'orsalher ou le montreur d'orus de Jean Fléchet
L’orsalher ou le montreur d’ours de Jean Fléchet

L’Orsalhèr a un joli succès (100 000 entrées dans toute la France) et reçoit le grand prix du public au Festival de Grenoble de 1983.

Quant au réalisateur Jean Fléchet, il nait en 1928 à Lyon. Il est écrivain, producteur et réalisateur. C’est en tant qu’animateur de Téciméoc (Télévision et cinéma méridional et occitan) qu’il réalise L’orsalhèr. De plus, il produit des films pour le Centre National de Documentation Pédagogique. Auparavant, côté provençal, il réalise La faim de Machougas en 1964, le Traité du rossignol en 1970 et Le Mont Ventoux en 1978.

La vallée des montreurs d’ours de Françis Fourcou

La Vallée des montreurs d'ours de Françis Fourcou
La Vallée des montreurs d’ours de Françis Fourcou

Après les aventures de Jean Sentein, le thème attire de nouveau l’attention. Voici La Vallée des montreurs d’ours, un film documentaire de Françis Fourcou, en français cette fois-ci. C’est l’histoire d’une vallée qui, pour survivre à la pauvreté, imagine une véritable industrie des orsalhèrs, jusqu’en 1914, provoquant le premier exode massif des valléens vers l’Amérique.

Plus précisément, ce film de 1 h 33 min, sorti en 1997, raconte la vie de trois familles de la vallée d’Aulus les Bains, de 1975 à 1995, et de leurs ancêtres partis comme orsalhèrs aux Amériques. Le réalisateur va à la rencontre des descendants des familles couseranaises émigrées à Manhattan, devenus souvent cuisiniers. D’ailleurs les entretiens d’embauche se faisaient souvent en gascon.

Il est co-produit par EcranSud, FR 3 et la région Midi-Pyrénées. Parmi les acteurs, on y retrouve la voix de Michel Pujol.

Francis Fourcou
Francis Fourcou

EcranSud présente le film : « Il n’y a pas de doute, ce Fourcou-là aime ses racines, et ce qui fait d’abord la richesse de son film, c’est cette longue connivence qui le lie à sa terre natale et fait que ces gens qu’il rencontre lui parlent de leur vie et de leur histoire comme on raconte à un cousin de cœur, donnant de la chaleur, allant à l’essentiel ».

En effet, Francis Fourcou nait à Toulouse en 1955. Il travaille comme assistant de Jean Fléchet et réalise des documentaires pour le cinéma et la télévision. Et il est gérant de la société EcranSud à Toulouse.

Ces deux films peuvent se trouver facilement sur Internet.

L’orsalhèra ou la montreuse d’ours

Si les orsalhèrs étaient majoritairement des hommes, quelques femmes ont fait de même. Ainsi Émilienne Pujol part en Amérique comme orsalhèra. Le journaliste toulousain Jean-Jacques Rouch (1950-2016) découvre son histoire alors qu’il discutait à Time Square, Manhattan, avec son ami René Pujol (un descendant) qui tenait le restaurant Pujol (actuellement remplacé par Le Rivage).

En 2003, l’ancien journaliste de La Dépêche du Midi, écrit un roman : La montreuse d’ours de Manhattan (Privat).

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

L’exode des montreurs d’ours de la vallée du Garbet
Ariège-Amérique, un lien toujours possible
Au pays des montreurs d’ours, Juan Miñana, 2012
Wikipédia