Noëls gascons de Lectoure

Un petit recueil de noëls simples et populaires nous est parvenu : Noëls nouveaux en françois et en gascon, composez par un curé du diocèse de Lectoure, donc de Lomagne.

Noëls nouveaux en françois et gascon composez par un curé du diocèse de Lectoure
Noëls nouveaux en françois et gascon composez par un curé du diocèse de Lectoure

La librairie chez Guillemette, vis-à-vis l’église St Rome à Toulouse, a publié sans indiquer ni date ni auteur : Noëls nouveaux en françois et en gascon, composez par un curé du diocèse de Lectoure.  Probablement au milieu du XVIIe siècle.

Y sont présentés trois noëls en français, un dialogue français-gascon et deux noëls en gascon. Rappelons que les noëls étaient des cantiques célébrant la fête de Noël. Ils sont plutôt modestes et présentent l’arrivée de l’enfant Jésus. Ce qui frappe, c’est le côté sérieux, pédagogique, voire austère des noëls en français à côté de ceux en gascon plus légers et plus proches de la vie quotidienne.

Les noëls en français

Noël sur l’air Réveillez-vous belle endormie

Le premier de ces cantiques présente la naissance de Jésus.  Le langage est assez convenu, parfois savant. Et le contenu, lui, est un enseignement basique. L’auteur propose de le chanter sur l’air Réveillez-vous belle endormie ou bien sur celui de Ruisseau dont l’aimable murmure

II est dans cet humble posture,
Ce Maitre de l’humilité,
Pour dire à toute la nature,
Qu’il condamne la vanité.
Marie, ma douce espérance
Mère de cet Enfant divin,
Obtenez-moi de sa clémence,
Une sainte & heureuse fin. 

      1. 1-Malicorne - Réveillez-vous belle endormie - Branle poitevin (officiel)
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Noël pour le premier de l’an

Maître de Saint Séverin, Circoncision du Christ (vers 1590), Musée du Louvre
Maître de Saint Séverin, Circoncision du Christ (vers 1590), © Musée du Louvre

Le deuxième noël, Noël pour le premier de l’an, parle de la circoncision de Jésus, premier sang versé pour les hommes.

Quoique cet Enfant nouveau né,
Qui vient de nous être donné,
Fut du Très-haut l’unique Fils,
II voulut être circoncis.

Le ton est déjà plus courant, plus abordable. Et le cantique dit que, dès l’âge de 8 jours,

Ce Dieu pour montrer son amour, 
Livre son innocente peau
Au cruel tranchant d’un couteau

L’auteur précise de le chanter sur l’air de À la venue de Noël. Cet air,  À la venue de Noël, est aussi appelé l’air des bergers, et il passera dans notre liturgie provinciale pour l’hymne de Noël.

      2. 2-A la venue de Noël
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Noël pour le jour de l’épiphanie

Mathias Stomer (1600-1650), « L’adoration des rois mages », Toulouse, Musée des Augustins ©Photo Josse/Leemage

Enfin, le dernier noël français, Noël pour le jour de l’épiphanie,  parle de la venue des Rois Mages. Il incite chacun à offrir son cœur à Dieu.

À l’exemple des Mages,
Nos cœurs offrons-lui tous ;
Ce sont là les hommages
Que ce Roi veut de nous

Le plus étonnant de ce cantique, c’est le choix de la mélodie. L’abbé lomanhòl propose de le chanter sur l’air de Charmante Gabrielle. Or, au départ, c’est François-Eustache Du Caurroy (1549-1609) qui écrit Charmante Gabrielle en l’honneur de Gabrielle d’Estrées, maitresse d’Henri IV.  Cette chanson d’amour reste très populaire jusqu’à la Restauration…  au point de servir de mélodie pour un cantique, sans trop se préoccuper de l’immoralité de la référence. Mais il est vrai qu’Henri IV offre dans ce chant, son cœur à la belle Gabrielle !

      3. 3 Charmante Gabrielle Napoléon COSTE
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Une pièce farcie

Bon Noël, Bon nadau © JFH
Bon nadau © JFH

Le ton change avec le passage aux noëls gascons. Dans le premier, il s’agit d’un dialogue entre les anges qui parlent en français et les bergers qui parlent en gascon. Un genre connu depuis le moyen âge ou des vers souvent satiriques étaient écrits en partie en latin et en partie en français.  On les appelait des pièces farcies (des farces).

Et celui-ci, nous dit l’auteur, est à chanter sur l’air D’où viens-tu compère le Bossu ? 

Ici, les anges arrivent à grand renfort de musique annoncer la naissance de Jésus aux bergers. Ceux-ci, agacés d’être réveillés, répondent :

Qui soun aquets qui toute anéyt
Hén aqui la tantaro?
N’ayman pas quan én dins lou liéyt
D’augi talo fanfaro.
Si bét léu nou quitats noste héyt (1)
Bou’n cassaren tout aro.

(1) Heyt à l’époque voulait dire domaine, quartier.

Qui son aqueths qui tota aneit
Hen aquí la tantara?
N’aiman pas quan èn dins lo lieit
D’augir tala fanfara.
Si bèthlèu non quitatz noste hèit
Vo’n cassaran totara. 

Qui sont ceux qui toute la nuit
Font ici du vacarme?
On n’aime pas quand on est dans le lit
Entendre telle fanfare.
Si bientôt vous ne quittez notre coin
On vous en chassera sur l’heure.

Un siècle plus tard, l’abbé d’Andichon reprendra le thème, peut-être avec plus de brio, dans un noël qui sera très populaire : Un Dieu vous appelle… Lechem droumi! [un Dieu vous appelle.. Laissez-nous dormir!]

Noël gascon

Nouel sur l’ayre [Noël sur l’air] : beougam, beougam, coumpagnoulets nous dit l’auteur.

Ce noël gracieux et joyeux change du ton pédagogique des noëls français. Avec des mots du quotidien, le cantique rappelle que l’homme était malheureux et se sentait perdu avant l’arrivée de Jésus. Mais cette nuit de bonne nouvelle, ce n’est que rires et chants.

 Bassano Girolamo Da Ponte dit Bassano, « L'Ange annonce la naissance du Christ aux bergers endormis », Palais des Doges à Venise (1560)
Bassano Girolamo Da Ponte dit Bassano, « L’Ange annonce la naissance du Christ aux bergers endormis », Palais des Doges à Venise (1560)

O tens aymable e bienurous!
O neyt benasido e sacrado,
Deus justes e deus pecadous
Despuch tant de tens desirado !
Ta bengudo hé tant de gay,
Toun arribado es ta charmanto,
Que lou hil danso dab soun pay
E la may dab sa hillo canto.

O temps aimable e bienurós!
O neit benasida e sacrada,
Deus justes e deus pescadors
Despuish tant de temps desirada!
Ta venguda hè tant de gai,
Ton arribada tan charmanta,
Que lo hilh dança dab son pair
E la mair dab sa hilha canta.

Ô temps aimable et bienheureux !
Ô nuit bénite et sacrée,
Des justes et des pêcheurs
Depuis tant de temps désirée !
Ta venue donne tant de joie,
Ton arrivée si charmante,
Que le fils danse avec son père
E la mère avec sa fille chante.

Un noël lomanhòl aux accents languedociens

Enfin, ce noël est encore plus joyeux et utilise un langage familier. Notre curé vivant en Lomagne, on y voit des mots d’influence languedocienne (toulousaine), mélangés à d’autres gascons. Par exemple maynado / mainada, est bien le mot gascon « jeune fille » (en languedocien une troupe) alors que fa / far est le verbe faire en languedocien.

Aqueste se pot dire sur l’ayre [celui-là peut se dire sur l’air] : Las, moun Diu, per que plouro

Berthe Morizot (vers 1890), la joueuse de flageolet
Berthe Morizot (vers 1890), « La joueuse de flageolet »

Haupalala, maynado,
Tinde le flajoulet;
Anen touca l’albado
Enco de Berdoulet.
L’esclayre de la Luno
Fa courre forço gens,
E déjà la communo
Ben de fa soun presen :
Fazen douncos la roundo
Jouts la capo del cél,
E dambe nostro froundo
Fazen flisca’n Nouél (2).

Houpala, Jeune fille / Joue du flageolet [petite flute] ; / Allons jouer l’aubade / chez Berdoulet [étable où est né Jésus]/ La lueur de la lune / fait courir bien des gens, / Et déjà la commune / Vient de faire son présent : / Faisons donc la ronde / Sous la voute du ciel, / et avec notre fronde / faisons claquer Noël.

L’auteur ?

Si l’auteur n’est pas cité, trois indices mettent les historiens sur la voie : l’auteur est 1° prêtre du diocèse de Lectoure ; 2° plus théologien que poète ; 3° capable de versifier en français, en gascon et en toulousain. Ainsi, ils reconnaissent François Fezedé, curé de Flamarens, à 15 km au nord-est de Lectoure.

Léonce Couture (1832-1902) propose un auteur pour le recueil de noëls du curé de Lectoure
Léonce Couture (1832-1902)

Le docteur Noulet lui attribue deux ouvrages :

  • 180. FEZEDE (F.), prêtre et curé. Le concert armonieus [sic] des noels nouveaux, dont une partie est françois et l’autre en langage tolosain, composez à l’honneur de la Nativité de N.-S. JésusChrist, par F. Fezede, prestre et curé de Flamarens, dans le diocèse de Lectoure. Tolose, A. olomiez (s. d.), in-12.
  • 318. Noels nouveaux en françois et en gascon, composez par un curé du diocèze de Lectoure. Toulouse, Guillemette, sans date et sans nom d’auteur, in-l2

Quant au grand Léonce Couture, il les date autour de 1650 grâce à une dédicace à monseigneur Louis de La Rochefoucauld, illustrissime et reverendissime evesque de Lectoure qui siégea de décembre 1649 à décembre 1654.

Et il consacre à François Fezedé trois articles de la Revue de Gascogne.

Flamarens (Gers), le château et l'église
Flamarens (Gers), le château et l’église © ArtTerre32

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle

Références

Noëls nouveaux en françois et en gascon, composez par un curé du diocèse de Lectoure,
François Fezedé, curé de Flamarens, et les cantiques gascons en Lomagne au XVIIe siècle, Revue de Gascogne, Volume 11, Léonce Couture