Approvisionner la « Cellulose d’Aquitaine » : le débardage par câble

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L’exploitation des forêts pyrénéennes nécessite beaucoup d’hommes et des mulets pour le transport du bois. Mais, cette technique n’est pas utilisable pour le débardage d’une énorme quantité de bois.. Pour répondre aux besoins de l’usine de la « Cellulose d’Aquitaine » de Saint-Gaudens, on a dû trouver des solutions alternatives. C’est le débardage par câble.

Les besoins de la  « Cellulose d’Aquitaine »

Après la deuxième Guerre Mondiale, le Plan Marshall, de son vrai nom Programme de rétablissement européen, vise à faciliter la reconstruction et la réindustrialisation des pays européens en apportant des dons et des prêts..

C’est ainsi qu’en Gascogne, ce plan a permis de créer une papeterie à Saint-Gaudens en 1957. Sa capacité de production est de 155 tonnes de pâte à papier par jour. Mais comment faire pour fournir tout le bois nécessaire à cette usine ?

L'usine de la Cellulose d'Aquitaine aujourd'hui Fibre Excellence
L’usine de la Cellulose d’Aquitaine aujourd’hui Fibre Excellence

La forêt pyrénéenne regorge de forêts inexploitées qui peuvent fournir le bois nécessaire. Mais les techniques traditionnelles de coupe à la hache et de transport par mulets ne suffisent pas. Il faudrait une véritable armée de bucherons !

On fait appel à des forestiers italiens pour leur savoir-faire du débardage. On emploie des mules par centaines. Le bât de l’animal se compose d’un harnachement posé sur son dos, auquel on fixe de grandes lanières de cuir ou de corde servant à ficeler la charge de rondins de bois de chaque côté du dos de l’animal. La charge pèse 150 kilogrammes.

Il faut attendre que toutes les mules soient chargées pour que la quinzaine d’animaux qui constitue la compagnie puisse partir pour atteindre un endroit accessible aux camions. Les mulets se reposent pendant le chargement du camion et repartent pour un autre chargement.

Le mulet est réputé polyglotte. Que le conducteur soit italien, espagnol ou marocain, il répond toujours aux ordres donnés, quelque soit la langue employée !

L’emploi des mules cesse compétemment dans les années 1990.

Le débardage par câble-lasso

Débardage par câble lasso (avec ballon)
Débardage avec câble lasso (avec ballon)

Il n’existe pas encore de pistes aménagées qui permettent de parcourir les massifs et d’acheminer le bois par camions. Alors, on cherche des solutions techniques plus efficaces. Les tronçonneuses mécaniques n’apparaissent dans les Pyrénées qu’en 1961.

On se tourne alors vers la Suisse où un entrepreneur vient d’inventer une technique particulière d’exploitation forestière et de transport du bois par câble. Cette technique a déjà fait ses preuves dans la forêt vosgienne jusqu’aux années 1950. Pourquoi pas dans les Pyrénées ?

Le câble-lasso est développé de manière industrielle dans toutes les Pyrénées. À Saint-Gaudens, l’usine de pâte à papier de la Cellulose d’Aquitaine est approvisionnée par ce système jusqu’en 1983.

On ne l’utilise plus aujourd’hui, sauf dans quelques régions de la côte Ouest des États-Unis.

Mais quelle est donc cette invention si extraordinaire qui complète efficacement le débardage par mules pour fournir une grande quantité de bois ?

C’est un câble métallique unique, de 12,8 millimètres d’épaisseur, qui permet de former des boucles sans fin de plusieurs kilomètres. Un moteur lui donne un mouvement continu et des poulies fixées à des arbres permettent la rotation du câble. Des crochets sont régulièrement disposés sur le câble-lasso, auxquels on accroche les rondins de bois à transporter. Il permet de traiter environ 10 stères de bois à l’heure.

C’est le même principe qui permet de faire fonctionner les téléskis ou les télésièges dans les stations de ski. Pendant qu’un câble est en activité, une équipe d’une trentaine d’hommes installe le câble suivant. On transporte le matériel nécessaire à dos d’hommes dans les pentes abruptes. Chaque charge de bois pèse autour de 40 kilos, ce qui fait que les « accrocheurs » soulèvent près de 15 tonnes par jour pour charger les camions. Il faut être en bonne santé.

La montagne recèle encore des pièces métalliques, restes des installations de câble-lassos.

La fin de l’exploitation par câble-lasso

Lycée Professionnel des Métiers du Bois - Montauban-de-Luchon
Lycée Professionnel des Métiers du Bois – Montauban-de-Luchon

La technique du débardage par câble est si courante dans les Pyrénées qu’un cours international pour cablistes forestiers est même organisé au lycée technique du bois de Montauban-de-Luchon en septembre 1962. Le lycée qui forme déjà aux différents métiers du bois envisage d’ouvrir une section câbliste.

Des stagiaires de 13 pays différents sont venus se former et ont mis en pratique l’enseignement dispensé grâce à la mobilisation des entreprises forestières locales et au matériel prêté par la SEBSO (Société d’Exploitation du Bois du Sud-Ouest), filiale de la Cellulose d’Aquitaine chargée d’approvisionner en bois, entre autre, l’usine de pâte à papier de Saint-Gaudens.

Le transport du bois par câble-lasso a permis de fournir le bois nécessaire à la papeterie de Saint-Gaudens pendant près de 40 ans. Il est abandonné au profit de moyens plus modernes.

La création de pistes carrossables dans tous les massifs forestiers et l’utilisation d’engins modernes de sciage, de manutention et de transport par la route, ont eu raison de l’exploitation manuelle du bois par câble-lasso.

Il n’est plus nécessaire de manipuler 4 fois le même rondin de bois : pour le porter du lieu d’abattage au câble, pour l’accrocher sur le câble, pour le décharger sur la plate-forme d’arrivée, pour l’empiler avant le chargement.

Une redécouverte du câble pour le débardage du bois

Débardage par câble long
Débardage par câble long

Les engins mécaniques ont permis de faciliter l’exploitation et le transport du bois. Ils ne peuvent pas accéder aux pentes les plus raides. De plus ils abiment le sol des forêts en tassant la terre et en créant des ornières avec leurs roues.

On redécouvre alors le débardage par câble. Pas le câble-lasso mais le câble-long qui permet le transport du bois sur une longue distance, surtout dans les forêts escarpées où il est difficile d’aménager des pistes

En 1986, des bucherons suisses conduisent une expérimentation de câble-long dans la vallée de la Pique à Luchon. Les suisses ont une grande expérience de ce type de matériel car ils débardent plus du tiers de leur bois avec cette technique.

L’ONF (Office National des Forêts) et l’entreprise Aero-Bois basée à Chein-Dessus (Haute-Garonne) ont installé un câble-long à Arbas (Haute-Garonne) en 2021. L’oblectif : exploiter du bois tombé lors de la tempête Barbara de 2020.
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Il faut dire qu’Aero-bois est la seule entreprise en France à utiliser la technique du câble-long pour le débardage. Par câble monté sur un mât ou actionné avec un treuil comme à Arbas, cette technique se développe de plus en plus car elle est plus écologique que l’exploitation des forêts par des engins à moteur.

Le câble a encore de l’avenir !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée en 1990

Références

Le Plan Marshall 
« Quand le hêtre pyrénéen était débardé au câble-lasso pour la papeterie de Saint-Gaudens », Revue du Comminges, n° 1-2004, Michel BARTOLI.
FAO – Débardage du bois
Débardage par câble aérien
L’evolucion de la seuva en França, L’ABC del Saber, Anne-Pierre Darrées, 2025

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2 réflexions sur “Approvisionner la « Cellulose d’Aquitaine » : le débardage par câble”

  1. Je ne découvre votre texte que ce jour.

    Une bonne source mais des extrapolations tout à fait abusives voire inexactes. Je me demande d’où sort le schéma de votre câble lasso (avec ballon en prime !)

    1. Bonjour,
      merci pour votre commentaire. L’illustration du débardage par cable et ballon vient du site de The Food and Agriculture Organization (FAO), agence spécialisée des Nations Unies : http://www.fao.org/

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