La transhumance des troupeaux

Transhumance dans les Pyrénées
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La transhumance des troupeaux est reconnue par l’UNESCO au titre du Patrimoine culturel de l’humanité. Pendant longtemps, c’était une nécessité.

L’origine de la transhumance

L’amontanhatge ou estivatge (transhumance des troupeaux) est ancienne. Au néolithique, la montagne est occupée comme en témoignent les nombreuses traces encore visibles. Avec les modifications climatiques, les agriculteurs délaissent la montagne pour rejoindre les vallées devenues plus habitables et plus fertiles.

Mais l’été, les cultures et les travaux des champs ne laissent guère de loisirs aux agriculteurs qui ne peuvent pas s’occuper de leurs bêtes. Alors, l’idée de les envoyer paitre en montagne est venue. L’herbe y est grasse et encore bien verte l’été.

Les troupeaux partis dans les estivas (estives), de juin à octobre, c’est l’occasion de couper les foins et de faire les récoltes en plaine. Une fois ces travaux terminés, les bêtes redescendent dans la plaine où le foin récolté permet de les nourrir en hiver.

Pastoralisme au Moyen-Âge
Pastoralisme au Moyen-Âge

La transhumance se pratique dans tous les massifs montagneux, mais aussi en plaine. Elle est à l’origine de toute une économie pastorale. Pendant l’estivada, les troupeaux sont gardés par des aulhèrs (bergers) ou vaquèrs (vachers), selon qu’il s’agit de troupeaux de montons ou de vaches. L’été, ils font du hormatge (fromage) qui est descendu dans la vallée pour y être vendu. Il y a aussi des artisans qui travaillent la laine ou les cuirs. Bref, tout un peuple qui vit des troupeaux.

L’économie de la transhumance est très règlementée. Quand les troupeaux du Labourd, de Basse-Navarre et du Béarn convergent dans les landes bordelaises et bazadaises, ce sont des milliers de bêtes qu’il faut encadrer afin d’éviter d’éventuels dégâts sur les cultures. Les propriétaires des landes ou des estives perçoivent le droit de guidage, guit, et le droit de pacage. On l’appelle aujourd’hui la vacada (vacade).

La transhumance

 

Passage des troupeaux à Saint Pé de Bigorre-1
Passage des troupeaux à Saint Pé de Bigorre © Office de Tourisme de Saint-Pé-de-Bigorre

Au mois de juin, le signal du départ est donné. Les troupeaux, guidés par leurs bergers, s’étirent le long des sentiers. Le voyage peut durer plusieurs jours. Heureusement, il y a les auberges pour faire étape. On y boit beaucoup et on s’y informe des dernières nouvelles.

Puis est venu le temps des bétaillères. C’est plus rapide et évite les contagions entre les troupeaux. Il faut dire qu’avec l’exode rural, la main d’ouvre manque. Et puis les estivas sont entrecoupées de routes, de propriétés privées, de cultures …..

Certains font de résistance. Ils transhument toujours à pied. C’est de cas de Pierre Pujos, deu Sempoi (Saint-Puy) qui traverse tout le Gers pour mener son troupeau de 300 brebis aux estives d’Ardengòst (Ardengost) en Hautes-Pyrénées. C’est aussi celui de la famille Irriberi qui fait le voyage à travers les Landes depuis Alhàs (Aillas) en Gironde jusqu’au lac d’Estanh (Estaing) en Hautes-Pyrénées avec 400 moutons.

Certains ne s’y sont pas trompés. Le passage dans leur commune donne lieu à une « fête des bergers » ou à une « fête de la transhumance ». Il faut dire que c’est un spectacle !

Démonstrations de chiens de troupeaux, foire aux côtelettes, produits artisanaux, dégustation de fromages, randonnée d’accompagnement du troupeau sur quelques kilomètres. Bref, tout est fait pour faire venir un public nombreux. La plus grande fête est celle d’Aramits, en Barétous.

La fête de la transhumance d'Aramits
La fête de la transhumance d’Aramits © Hors Piste Magazine

La transhumance étrangère

Que des troupeaux étrangers viennent pâturer sur nos estives n’est pas nouveau. L’herbe verte et grasse de nos montagnes a toujours tenté les Espagnols. En 1279, le vicomte de Béarn Gaston VII (1229-1290) autorise les troupeaux navarrais à venir sur les pacages du versant nord. Cela provoque de nombreux conflits avec les éleveurs locaux qui veulent garder les pâturages pour leurs bêtes.

En France même, les conflits sont monnaie courante. Sans d’Arudy (un seigneur béarnais) reçoit en 1320 le droit de faire pacager 500 vaches dans les landes bordelaises appartenant au roi d’Angleterre. À son arrivée, il est emprisonné à Bordeaux par le Connétable. Une plainte s’ensuit en 1325. Nous ne connaissons pas sa suite.

Si les conflits pastoraux sont nombreux, cela n’empêche pas les troupeaux étrangers de venir encore de nos jours. Le Marcadau, au-dessus de Cauterets, comprend un territoire de 1 260 ha indivis entre la France et l’Espagne. Chaque année, les troupeaux espagnols du Val de Broto passent le col de la Bernatoire pour venir les faire pacager au Marcadau.

L'arrivée des troupeaux espagnols
L’arrivée des troupeaux espagnols © Parc National des Pyrénées

La transhumance citadine

On transhume même en ville. Depuis quelques années, les villes ont compris les avantages du pastoralisme.

De petits troupeaux, si possible de races locales, viennent transhumer en ville. Les animaux broutent les espaces verts, les bords des routes, nettoient les berges des cours d’eau. C’est un bon moyen d’aider des bergers locaux et c’est plus économique qu’un tracteur ou une tondeuse.

C’est aussi un succès populaire très attendu. Voir des animaux en vrai, les mêmes qu’on a vu à la télévision et que l’on peut caresser. En tout cas, les enfants ne s’y trompent pas !

Transhumance dans le Parc de la Beaujoire à Nantes © ©Romain Boulanger
Transhumance dans le Parc de la Beaujoire à Nantes  ©Romain Boulanger

Lyon, Paris et d’autres villes adoptent ce moyen d’entretenir les espaces. À Nantes, par exemple, ce sont 11 moutons qui transhument ainsi. Séverine Figuls, conseillère municipale en charge de l’animal dans la ville nous dit : « Réintégrer les animaux en ville, tel est notre pari avec l’écopâturage et cette transhumance. Nous sensibilisons aussi le grand public au respect du bien-être animal et à des méthodes de gestion des espaces verts plus écologiques ».

Pour Marielle Lefort, chargée de projets de restauration urbaine à Nantes, « les animaux broutent progressivement, en laissant une chance aux insectes et aux petits rongeurs de se sauver. Leurs déjections entretiennent la chaine alimentaire. Les insectes coprophages, qui se nourrissent des excréments, alimentent ensuite à leur tour les chauvesouris, les petits rongeurs, les oiseaux… ».

L’économie du pastoralisme

Selon le ministère de l’agriculture, 7 800 éleveurs pratiquaient les transhumances en 2020. Les pâturages équipés (cabanes, points d’eau, parcs de couchage, etc.) représentaient 530 000 hectares, soit la surface d’un département comme le Lot et Garonne.

Les Hautes-Pyrénées représentent la moitié de cette surface. Il est vrai que la propriété en est essentiellement collective.  Les commissions syndicales. gèrent les pâturages. Ils ont reçu 1 million d’ovins, 170 000 bovins, 14 000 équidés et 10 000 caprins. Le troupeau moyen comptait 250 bêtes. Ce n’est pas rien !

Col de l'Aubisque - Cohabitation du pastoralisme et tourisme © Monde des Pyrénées
Col de l’Aubisque – Cohabitation du pastoralisme et du tourisme

Si la transhumance semble connaitre un second souffle, les dangers sont grands. D’abord il a le retour de l’ours. Si celui-ci n’attaque en principe que des bêtes isolées ou des troupeaux sans surveillance, il modifie les habitudes pastorales car il faut maintenant garder à nouveau les troupeaux. Ceux qui l’ont compris ne sont plus attaqués, ou très peu.

Le retour du loup complique la donne. Décidément les habitudes prises par les éleveurs doivent changer…

Enfin, il y a les touristes. Ils n’hésitent pas à traverser les troupeaux, à caresser les agneaux ou les veaux devant leurs mères, à caresser le chien de troupeau ou à laisser divaguer le leur. Et quand arrive l’inévitable accident, ils portent plainte contre l’éleveur !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

La transhumance Ossau-Iraty
Soutenir l’agriculture et le pastoralismeMinistère de l’agriculture / Agreste,
Unesco-La Transhumance, déplacement saisonnier de troupeaux

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