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Lacq : l’épopée du gaz

Le gisement de gaz de Lacq est à l’origine de l’essor industriel du Béarn. Il a fourni du gaz à tous les foyers de Gascogne. Mais, tout a une fin, il faut penser à la reconversion.

La découverte du gaz en Gascogne

Pierre Angot (1902-1945) premier président de SNPA et de la RAP
Pierre Angot (1902-1945) premier président de SNPA et de la RAP

Le 14 juillet 1939, on découvre le gisement de gaz de Saint-Marcet  en Haute-Garonne. La Régie Autonome des Pétroles (RAP) l’exploite et des gazoducs acheminent le gaz vers Pau et vers Toulouse.

Plus tard, en 1941, l’Etat crée la Société Nationale des Pétroles d’Aquitaine (SNPA). Il lui  confie l’exploration pétrolière dans tout le sud-ouest. Pierre Angot, né en 1902 à Montréjeau, est président de la RAP et de la SNPA. Mais, celui-ci, travaillant avec les FFI, est arrêté en 1944 et meurt d’épuisement l’année suivante, dans la mine de sel de Plömnitz (Weirmar).

Puits de pétrole à Lacq, 4 avril 1950
Puits de pétrole à Lacq, 4 avril 1950

En 1949, un forage effectué à Lacq, à 650 mètres de profondeur, révèle l’existence d’un gisement de pétrole. Il produit 6 000 barils par jour mais il est épuisé à la fin des années 1950.

Or, les gisements sont souvent superposés. Donc, un forage plus profond est entrepris en 1951 et atteint 3 550 mètres de profondeur. Du gaz jaillit et détruit les installations de forage. Devant le risque d’explosion, on appelle l’Américain Myron Kinley (1898-1978) qui mettra cinquante-trois jours à refermer le puits et arrêter la fuite de gaz.

Quand Myron Kinley repart, il préconise d’oublier le champ de gaz. « C’est une bombe… Rebouchez vos forages, semez-y de l’herbe et mettez-y des vaches à paitre. »

D’ailleurs, c’est presque une catastrophe pour l’époque. On cherche du pétrole et on découvre du gaz qui n’est pas encore une source énergétique recherchée ! Et il faut attendre la guerre d’Algérie, avec l’incertitude quant au devenir des gisements pétrolifères et gaziers de ce pays, pour que l’on s’intéresse à la découverte de Lacq.

Le gisement de gaz de Lacq

Schéma de procédé d'une installation de traitement des gaz par une amine
Schéma du procédé du traitement des gaz par une amine

Le gisement de Lacq entraine d’énormes difficultés techniques pour l’époque. En effet, il est profond et présente une importante teneur en sulfure d’hydrogène (H2S), gaz corrosif et toxique – et même mortel à haute dose. De plus, il corrode l’acier.

Aussi, il faut trouver un matériau qui lui résiste. La Société des Hautes Fourneaux, Forges et Aciéries de Pompey (Meurthe et Moselle) trouve une solution en 1956 en mettant au point un acier au chrome. À noter, c’est cette même société qui a fourni le fer pour la construction de la tour Eiffel.

Le gisement de gaz de Lacq s’étend sur une nappe de 20 km de long et 15 km de large. Il faut sept forages pour en délimiter les contours. Sa pression est le double de celle que l’on rencontre dans les autres gisements.

Cependant, le gaz doit être débarrassé du sulfure d’hydrogène. Le procédé de lavage du gaz est mis en œuvre à grande échelle. L’exploitation industrielle peut commencer en avril 1957 et fournit du gaz jusqu’en 2013.

En plus, de petits gisements sont découverts en Béarn et exploités avec les infrastructures de Lacq : Meillon, Lacommande ou dans le Vic-Bilh. Leur exploitation cesse en même temps que celle du gisement de Lacq.

Le bassin de Lacq - Brunet Roger. Lacq, le pétrole et le Sud-Ouest. In: Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 29, fascicule 4, 1958.
Brunet Roger, Lacq, « Le pétrole et le Sud-Ouest », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 1958

L’exploitation du gaz de Lacq

Le réseau de transport du gaz de Lacq en 1958
Le réseau de transport du gaz de Lacq en 1958

L’exploitation du gaz de Lacq nécessite la construction d’un réseau de distribution pour compléter celui du gisement de Saint-Marcet (fermé en 2009) et remplacer le gaz produit par les usines de gaz dont sont dotées presque toutes les villes.

Simplement, le réseau du sud-ouest est une extension de celui de Saint-Marcet et distribue le gaz en Gascogne : Bordeaux, Toulouse, Bayonne, Pau, etc.

Pour le compléter, le réseau national comporte une liaison de Lacq à Paris. Deux branches, l’une vers Nantes, l’autre vers Lyon, permettent une distribution dans les grandes usines et les villes principales.

Au total, les deux réseaux font près de 5 000 km à la fin des années 1960. En supplément, on installe un centre de stockage souterrain de gaz à Lussagnet, dans les Landes.

Dans un souci d’aménagement du territoire, on décide que le gaz de Lacq serve prioritairement à la Gascogne. Alors, des industries s’installent sur le bassin de Lacq pour bénéficier de prix compétitifs.

Au plus haut, la production de gaz atteint 12 milliard de m3, soit 33 Millions m3/j. Puis, elle décline lentement malgré le forage de 165 puits.

Ce film de 2 min 11, datant de 1957, permet de visualiser ce qu’a représenté l’exploitation du gisement de gaz : L’exploitation du gaz de Lacq – Ina.fr (1957) .

Mourenx, ville nouvelle

Visite du général De Gaulle, alors président de la république, en février 1959 à Mourenx-ville nouvelle
Visite du général De Gaulle en février 1959 à Mourenx – Ville nouvelle

L’exploitation du gaz et l’installation d’usines entraine un afflux considérable de travailleurs. Les logements proposés dans les communes à l’entour ne suffisent pas. Renouant avec la tradition gasconne des bastides du XIIIe siècle, on décide la construction d’une ville nouvelle à Mourenx.

De 1957 à 1961, la SCIL (Société Civile Immobilière de Lacq) construit 3 000 logements pour accueillir une population de 12 000 habitants selon le principe des unités de voisinage.

Ainsi, la ville s’organise autour d’une place centrale et de deux axes perpendiculaires qui rappellent l’organisation romaine du Forum, du Cardo maximus (axe nord-sud) et du Decamenus (axe est-ouest.

Elle se compose d’ilots. Chacun comporte une cour ceinturée de bâtiments. Il dispose de son école, de ses commerces et de ses espaces publics. On y trouve des barres d’immeubles de quatre étages, des tours de douze étages et des pavillons.

Malgré les efforts des urbanistes, Mourenx reste une ville dortoir, sous-équipée en commerces et en services. Pau est trop proche.

Mourenx, Ville Nouvelle
Mourenx, Ville Nouvelle

La reconversion du site de Lacq

Lacq et la production de soufre
Lacq et la production de soufre

Le gisement de Lacq accueille de nombreuses industries : traitement du gaz, conditionnement en bouteilles de butane et de propane, fabrication de polystyrène, fabrication d’aluminium, centrale thermique à gaz, fabrication d’engrais azotés, industries pharmaceutiques.

La Gascogne est le sixième producteur mondial de soufre que l’on exporte par le port de Bayonne, ce qui contribue à développer son activité.

Mais le gisement s’épuise, la production n’est plus que de 2 Millions m3/j en 1982. Par conséquent, on décide d’arrêter l’exploitation du gisement, tout en conservant une production minimale de gaz et de soufre, pendant 30 ans, pour alimenter les industries locales.

Usine de production d’énergie biomasse de Lacq
L’Usine de production d’énergie biomasse de Lacq

Récemment, de nouvelles activités, qui emploient presque autant d’ouvriers que l’exploitation du gaz naturel, remplacent l’industrie lourde. Il s’agit d’une usine de bioéthanol-carburant à base de maïs, une centrale de cogénération bois pour la fourniture d’électricité, une unité de production de fibres de carbone, un centre de recherches et de production de batteries, un centre de production de phéromones de synthèse pour lutter contre les ravageurs (chenille processionnaire du pin, par exemple).

Autre particularité, Lacq est devenu un site pilote pour la séquestration du dioxyde de carbone (CO2). Sa capacité de stockage représente la production annuelle de CO2 par la France.

Un héritage environnemental

Bassin de Lacq - le combat contre les pollutions
Bassin de Lacq – le combat contre les pollutions

Le bassin de Lacq a fait la richesse du Béarn. Sa reconversion vers des industries non polluantes semble une réussite.

Cependant, les émanations de soufre ont entrainé des nuisances pour la population : nausées, conjonctivites, problèmes pulmonaires. Les voyageurs de la ligne de train de nuit entre Paris et Tarbes se souviennent sans doute des odeurs particulières, d’œuf pourri, qui signalaient leur passage à Lacq et à Artix.

De plus, la décompression due à l’exploitation du gaz entraine une activité sismique alors que le Béarn n’en connaissait pas en plaine. On enregistre la première secousse en 1969. On a enregistré depuis, plusieurs dizaines de secousses . Le sol s’est affaissé de 6 cm au-dessus du gisement.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Wikipédia
Lacq, le pétrole et le sud-ouest, Roger Brunet, 1958, pp. 351-374
Histoire du bassin de Lacq, Lacq Odyssée
Chronologie commentée sur l’histoire du pétrole et du gaz en France, Alain Beltran, 2013
Mourenx, ville nouvelle