Lussagnet est un petit village des Landes de 75 habitants, limitrophe du Houga (Gers). Dans ce paysage bucolique, on remarque quelques installations industrielles et des tuyaux semi enterrés. C’est qu’à Lussagnet, on pratique le stockage du gaz naturel dans un immense réservoir souterrain.
Le stockage du gaz
Le gisement de gaz de Lacq est en exploitation depuis 1957. Si la production est continue, la consommation de gaz varie dans l’année (de 1 à 5 entre l’été et l’hiver). Il faut donc pouvoir stocker le gaz produit.

Et Lussanhet (Lussagnet) présente les meilleures conditions. En effet, sous une couche géologique étanche, on trouve un aquifère sableux (sol poreux ou fissuré contenant une nappe d’eau souterraine et suffisamment perméable pour que l’eau y circule). Il y a 40 millions d’années, Lussagnet se trouve à l’embouchure d’un fleuve qui charrie les dépôts de l’érosion du Massif central. C’est ainsi que se forme la couche de sable aquifère. L’émergence des Pyrénées crée un plissement souterrain à l’origine du sous-sol de Lussagnet en forme de bol inversé.
Aussi, on comprime le gaz et on l’injecte dans le sol à 500 mètres de profondeur grâce à des puits de forage. Par effet de pression, le gaz déplace l’eau contenue dans le sable et prend sa place. D’octobre à avril, on soutire le gaz pour les besoins de la consommation. Dans le sous-sol, l’eau reprend progressivement sa place dans l’aquifère.
La capacité de stockage de Lussagnet est de 2,4 milliards de m3.
Après le choc pétrolier de 1974, on se rend compte que le gaz est une énergie peu chère et la demande augmente fortement. Il faut augmenter les capacités de stockage.
En 1981, un deuxième site de stockage est ouvert à Izaute dans le Gers, à 10 kilomètres de Lussagnet. Il permet de stocker 2 milliards de m3 supplémentaires. Au total, les deux sites assurent le quart des besoins en gaz du pays.
L’importance de Lussagnet dans le stockage du gaz

Le gisement de Lacq assure le tiers des besoins français en gaz en 1960. La production décline et il n’assure plus que 1% des besoins aujourd’hui. Ce gaz ne sert plus qu’aux industries implantées sur le bassin de Lacq. En revanche, le réservoir de Lussagnet, le plus grand de France, est toujours en activité.
Teréga gère les sites de stockage de Lussagnet et d’Izaute. C’est une entreprise créée par TotalEnergies dont le siège est à Pau. Elle entretient également un réseau de gazoducs de 5 115 km qui couvre tout le sud-ouest et 6 sous-stations de compression (le gaz doit être régulièrement comprimé pour circuler dans les gazoducs). Le reste du pays est alimenté par Natran, filiale du groupe Engie. En 2012, le gazoduc entre Lussagnet et Captieux est doublé, preuve de l’importance du site de stockage.

Après stockage, le gaz subit trois opérations sur place. Il est déshydraté pour enlever l’eau qui l’a saturé pendant le stockage, puis désulfuré pour extraire les traces d’hydrogène sulfuré (H2S) et enfin odorisé par l’ajout d’un produit qui permet de détecter olfactivement les fuites de gaz. Le gaz est ensuite comprimé pour être distribué dans le réseau. Toutes les opérations de pilotage et industrielles sont faites à Lussagnet.
Jusqu’en 2020, le gaz consommé en France provient de Norvège (36 %), de Russie (17 %), des Pays-Bas (8 %), du Nigeria (8 %), d’Algérie (8 %) et du Qatar (2 %). Avec la guerre d’Ukraine, il faut remplacer le gaz russe. La France devient le principal acheteur de gaz naturel liquéfié (GNL) américain acheminé par méthaniers.
La production de biogaz
Le biogaz est un gaz renouvelable produit par la fermentation de matières organiques. Le gaz produit contient 60 % de méthane et 40 % de gaz carbonique (CO2). Pour l’utiliser, il faut enlever le CO2, enlever le sulfure d’hydrogène et retirer l’eau (le déshydrater). On obtient ainsi un gaz proche du gaz naturel et on peut l’injecter dans le réseau de transport de gaz sans modifier les installations existantes.

Le Programme Pluriannuel de l’Énergie fixe entre 7 et 10 % la production de biogaz en 2030. Il vise à développer la méthanisation des déchets agricoles, des boues et graisses des stations d’épuration des eaux et le captage du gaz produit par les décharges d’ordures ménagères.
Fin 2020, la France compte 1 075 unités de production de biogaz dont seulement 214 l’injectent dans le réseau de gazoducs, soit 20 % des unités de production. Cela ne représente que 0,5 % de la production de gaz mais 1 200 installations sont en cours de réalisation.
Teréga intervient dans la production de biogaz avec 14 sites partenaires. Son réseau de gazoducs maille la Gascogne et son savoir-faire lui permet de traiter, de transporter et de distribuer le biogaz dans les installations existantes.
Le développement de l’hydrogène
La production d’hydrogène est ancienne. Les consommateurs sont essentiellement les producteurs d’hydrogène eux-mêmes (industrie). L’électrolyse permet d’obtenir de l’hydrogène mais le procédé est couteux.
Un plan national est décidé en 2018 pour développer l’utilisation de l’hydrogène décarboné et son transport. Pour le moment, les installations et les adaptations nécessaires (équipement des voitures par exemple) sont prohibitifs. C’est encore une énergie chère.
Les secteurs maritimes et aériens travaillent à la création de carburants de synthèse à partir de l’hydrogène sans qu’il soit nécessaire de renouveler les bateaux et les avions.
Chaque pays ne peut satisfaire ses besoins en hydrogène sans une coopération avec les autres. En 2020, l’Allemagne passe un accord avec le Maroc et la Tunisie pour développer une production d’hydrogène à partir de leurs installations solaires. Mais comment transporter l’hydrogène ? Par bateau, il faut maintenir l’hydrogène à -260°. L’idée est de le transporter par gazoducs.
Les projets

Le projet Jupiter 1000 comporte deux voies distinctes : la production d’hydrogène et la production de méthane de synthèse. La première voie vise à transformer l’électricité renouvelable en hydrogène pour pouvoir le stocker. L’installation convertit l’électricité produite en surplus en hydrogène et en méthane de synthèse par apport de CO2. L’expérimentation a lieu à Fos-sur-Mer.
Il existe également un projet Lacq Hydrogen qui étudie comment transporter de l’hydrogène depuis l’Espagne vers la France et l’Allemagne par gazoducs. D’ici à 2040, le projet est de construire un réseau de 40 000 Km reliant 21 pays européens pour le transport d’hydrogène par gazoducs (le réseau actuel ne compte que 2 000 Km entre la France, l’Allemagne et le Benelux). On espère que 75 % du réseau actuel de transport de gaz pourra servir. Enfin, Il existe aussi des projets visant à stocker de l’hydrogène en souterrain.
Les dernières études portent sur la fabrication de méthane de synthèse à partir d’hydrogène et de CO2 récupéré auprès des industries polluantes.
L’avenir de Lussagnet dans le stockage du gaz
Le stockage souterrain de gaz à Lussagnet est actif depuis bientôt 70 ans. On peut donc s’inquiéter de son avenir au moment où l’on cherche de nouvelles énergies pour se passer des énergies fossiles comme le gaz. Y aurait-il de l’eau dans le gaz ?
Comme nous l’avons vu, des alternatives existent. De nombreux projets d’étude et de développement sont en cours. C’est très encourageant.
En tout état de cause, il faudra toujours stocker et transporter de l’énergie sous forme de gaz. Les installations de Lussagnet et d’Izaute assurent la pérennité du site pour de nombreuses années encore.
Et comme les Gascons aiment bien donner des chafres (surnoms), les habitants de Lussagnet et d’Izaute méritent bien de s’appeler los gasèrs / les gaziers.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée de 1990
Références
Entreprise de transport et stockage du gaz Teréga
Teréga mise sur les territoires pour la transition énergétique, Le Parisien, 6 aout 2021
Florent Brissaud : première installation Power-to-Gas en France, Jupiter 1000 atteint le mégawatt

