Vignobles et vins de Gascogne

Vignoble de Jurançon @ coeurdebearn.com
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Du grand cru au vin de pays, le vin est omniprésent en Gascogne. Il fut un temps où les vignobles étaient si nombreuses qu’on en trouvait même en montagne. Aujourd’hui, la consommation de vin diminue fortement.

Une vieille histoire de vignes

Mosaïques de la villa gallo-romaine gauloise de Séviac, près de Montréal-du-Gers, Gers, France
Mosaïques avec un cep de vigne, villa gallo-romaine de Séviac, près de Montréal-du-Gers, Gers, © Wikipedia

On boit du vin depuis le Néolithique. On le tire des vignes sauvages, les lambrusques (Vitis vinifera subsp. sylvestris) . Ce sont les Grecs qui l’introduisent en Gaule depuis Massilia vers 600 av. J-C. Puis, la conquête romaine la répand dans tout le pays.

La christianisation entraine un développement considérable de la culture de la vigne car il en faut d’énormes quantités pour dire la Messe. Les églises et les moines cultivent de grands domaines. Ils en font le commerce et contribuent à la création de vignobles de qualité qui existent encore aujourd’hui. D’ailleurs, le premier classement des vignobles date de 1224.

Les Bordelais s’en mêlent

Moine goûtant du vin dans un cellier Miniature finXIIIe, Livres dousante, d’Aldobrandino daSiena BritishLibrary, Londres.
Moine goutant du vin dans un cellier Miniature fin XIIIe, Livres de santé, d’Aldobrandino da Siena British Library, Londres

À partir du Xe siècle, les Bordelais vendent le Claret (Clairet) aux Anglais qui en raffolent. Plus tard, au XVe siècle, la Cour Pontificale d’Avignon lance la mode du vin rouge. Jusque-là, le vin était blanc ou rosé.

L’invention de la bouteille de vin en 1645 lui donne un essor considérable. C’est Kenelm Digby, un Anglais, qui la met au point dans son nouveau four à charbon. Le premier à s’en servir en Gascogne est le domaine Haut-Brion dans le bordelais. Arnaud de Pontac, son propriétaire, devient Premier Président du Parlement de Bordeaux seulement quatre ans plus tard.

Alambic médiéval
Alambic médiéval

On se met aussi à distiller le vin pour faire de l’armanhac. On en trouve des traces dès 1310. Un grand commerce se fait sur les marchés d’Aire et du Mont (Mont-de-Marsan). Si le vin de Bordeaux part en Angleterre, l’armanhac prend la direction des pays nordiques.

Le Gers devient le premier département viticole de France. Mais, à partir de 1866, le Phylloxéra y fera de grands ravages. De 100 000 hectares de vignes, à peine le quart sera replanté. Ce parasite touche aussi les autres vignobles de Gascogne.

Le riche vocabulaire viticole

Si la production et la consommation de vin sont d’abord l’apanage des riches, puis de l’Église, elles se démocratisent avec le temps. La consommation est immense.

Que s’ei untat lo ganitèth (Il s’est oint le gosier),© EGF
Que’s son untat lo ganitèth (Il se sont oint le gosier), © EGF

Faut-il y voir un lien ? Le vocabulaire gascon est très riche sur la vigne, les vendanges, le vin, les outils du vigneron et même lo briaguèr (l’ivrognerie). Le briac, c’est l’ivrogne. C’est aussi le bevet (buveur), ou le popa vin (tête-vin). Comme le gascon est facétieux, il préfère employer des expressions comme Qu’a cargat à Madiran (Il a chargé à Madiran), ou dans un autre vignoble Qu’a popat a Jurançon (Il a tété à Jurançon). 

On dit aussi Que s’ei untat lo ganitèth (Il s’est oint le gosier), ou bien Que s’ei arrescat lo honilh (Il s’est rafraichi la gorge), ou encore Qu’a la frèba deu buèu (Il a la fièvre du bœuf –qui boit beaucoup). En fait, elles sont si nombreuses que vous en connaissez surement une.

Toujours dans le langage illustré, le vin est appelé òli de sherment (huile de sarment). On dit aussi qu’il vient du Pishadèi, le Médoc où le vin coule à flots. Si l’on s’intéresse à l’anatomie, l’òs vinatèr est la pomme d’Adam.

Des productions littéraires

Les auteurs gascons modernes ont beaucoup écrit sur la vigne et le vin. Dans un poème, Simin Palay (1874-1965) nous dit :

Simin Palay
Simin Palay (1874-1965)

Vignèrs de la tèrra gascona,
L’estiu de Sent Martin qu’ei bèth,
Qu’ei lo temps d’abrocar la tona,
E de’n tastar lo vin navèth,
Qu’a nevat dessús la montanha,
E que dèu estar esclarit,
En har cracrar bèra castanha,
Que vam saber çò qui n’se dit.

Vignerons de la terre gasconne,
L’été de la Saint-Martin est beau,
C’est le temps de percer le tonneau,
Et d’en gouter le vin nouveau,
Il a neigé sur la montagne,
Et il doit être clair,
En faisant griller de belles châtaignes,
Nous allons savoir ce qu’il nous dit.

Ramonet deu Pè de la Vit
Robert Lajus dit Ramonet deu Pè de la Vit (1916-2011), © Edicions Reclams

Ramonet deu Pè de la Vit, de son vrai nom Robert Lajus, de Lias d’Armagnac (1916-2011), nous parle du travail de la vigne :

Ua cinquantena de milièrs de pès, qu’at cau har ! Oh ! qu’ei simple, qu’eliminatz lo bòi e los gormands e que deishatz sia un argueit a dus uelhs e ua tira de sèt a dotze segon la fòrça deu pè de vit, se voletz cargar….

Quelque cinquante mille pieds, il faut faire ! Oh ! c’est bien simple : vous éliminez les vieux bois et les gourmands et vous laissez, soit un courson à deux yeux, soit une branche fruitière de sept à douze bourgeons selon la vigueur de la souche et selon que vous voulez forcer….

Le vignoble gascon

Le plus connu est le vignoble bordelais. Il regroupe 38 appellations réparties en Médoc, Graves, et Sauternes (sols graveleux), sur la rive fauche de la Garonne, en Entre-deux-Mers entre la Garonne et la Dordogne, en Libournais, Blayais et Bourgeais (sols argilo-calcaires) sur la rive droite de la Dordogne.

Cela représente plus de 115 000 hectares et fait de la Gironde le troisième producteur français de vin. Les grands domaines réalisent 55 % des ventes tandis que les petits propriétaires regroupés en coopératives, en font seulement 45 %. Les grands propriétaires sont très puissants. Ils ont fait échouer le projet de contournement routier de Bordeaux par le nord.

Il existe d’autres vignobles sur les bords de la Garonne. Le « Buzet » dont la cave coopérative s’est créée dans les années 1950 et qui a obtenu l’Appellation contrôlée en 1973. Le « Brulhois » qui a obtenu la sienne en 2011. C’est dit-on le vin préféré de la reine Margot. En tout cas, les Bordelais en ont fait un grand commerce.

Cartes des vignobles du Sud-Ouest d'après Wikipedia
Cartes des vignobles du Sud-Ouest d’après Wikipedia
Et il y en a d’autres

Au centre de la Gascogne, outre l’armanhac et le flòc, on trouve le « Côtes de Gascogne ». C’est un vin blanc qui bénéficie de l’Indication Géographique Protégée depuis 2009. Ce sont les producteurs de vin pour la distillation d’Armanhac qui, face à la baisse des ventes, l’ont mis au point.

Il est très fortement concurrencé par le « Madiran » dont on retrouve des traces en 1030. Il est classé Appellation d’origine depuis 1948. Le « Saint-Mont », un autre vin rouge, est classé en 2011. Le « Pacherenc » est produit sur le même terroir mais est un vin blanc liquoreux. Son nom vient du gascon vits paisheiradas (vignes en échalas car c’est une spécificité gasconne d’élever la vigne sur ses supports).

Plus au sud, le vignoble de « Jurançon » qui a connu son heure de gloire au XVIe siècle avec le roi Henri IV et qui a failli disparaitre au début du XXe siècle. Le « Vin de Béarn » planté autour de Salies de Béarn  obtient une Appellation d’origine en 1951.

Des défis à relever 

Après l’épreuve du Phylloxéra qui a fortement diminué les surfaces plantées de vigne, la consommation de vin chute. La concurrence étrangère est de plus en plus rude. Sans parler des pertes de débouchés suite aux rétorsions chinoises en réaction aux taxes imposées par l’Europe sur les importations de voitures chinoises. Elles touchent seulement l’Armanhac.

Arrachage de vignes en Bordelais
Arrachage de vignes en Bordelais

Si les Français sont les plus gros consommateurs de vin après les Américains, leur consommation moyenne est passée de 100 litres en moyenne par habitant en 1975, à seulement 40 litres aujourd’hui. En 30 ans, la chute est vertigineuse.

Cette baisse de la consommation entraine des arrachages en bordelais. La coopérative du Brulhois envisage de fermer définitivement.

Toutefois, c’est aussi l’occasion de faire venir le consommateur dans les propriétés avec l’œnotourisme, la création de bars à vins, de « Routes des vins » et la création de manifestations avec les différentes confréries viticoles, comme la fête des vendanges. Les idées ne manquent pas.

Les jeunes viticulteurs cherchent à innover en créant, par exemple, un vin blanc mousseux de Jurançon. Beaucoup se tournent vers le vin naturel. L’abus de sulfites a pu détourner une partie des consommateurs.

Vous l’avez compris, rouge, blanc, rosé ou mousseux, il y en a pour tous les gouts. Alors, sans être le moins du monde chauvin, préférez les vins gascons aux autres crus. C’est en circuit court. Et en plus, vous en trouverez avec des étiquettes rédigées en gascon.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée de 1990

Références

Vins, vignes et vignerons – Le Sud-Ouest 
Proverbes et locutions du Béarn et des pays de l’Adour, Alexis ARETTE, presses ICN à Orthez, 2013.
Tros causits, Simin Palay, Edicioûs de l’Escòla Gastoû Febus, 1974.
Lo Ramonet deu Pè de la Vit, Editions de l’Escòla Gaston Febus, 1988.

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