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Barère de Vieuzac, révolutionnaire et proscrit

Bertrand Barère de Vieuzac, plus connu sous le nom de Bertrand Barère, est un Gascon de Bigorre qui a joué un rôle majeur au cours de la Révolution française de 1789.

Un orateur et un rédacteur de talent

Bertrand Barère (1755 - 1841)
Bertrand Barère (1755-1841)

Bertrand Barère nait à Tarbes, le 10 septembre 1755. Son père était premier consul à Tarbes et président du Tiers aux Etats de Bigorre.

En 1770, il entame des études de droit et devient avocat au Parlement de Toulouse. Il se distingue par son éloquence qui lui vaut d’entrer à l’Académie de Montauban, à l’Académie des Jeux Floraux et à l’Académie des Sciences, des Inscriptions et des Belles Lettres de Toulouse. De même, il se distingue par des talents de rédaction.

Bertrand Barrère en est fier. En effet, il écrit dans ses Mémoires : « Que les modestes habitants de Paris qui n’estiment que les savants qui habitent leur ville et leur banlieue et qui croient qu’il n’y a pas d’autres Académies dans le monde que celles qui sont au bord de la Seine, me pardonnent d’avoir été membre de plusieurs Académies savantes dans les premières années de ma jeunesse ».

Barère devient Barère de Vieuzac

Son père veut accéder à la noblesse.  Aussi, il achète la seigneurie de Vieuzac, près d’Argelès-Gazost. Certes, elle est minuscule, n’a pas de château mais un moulin et quelques terres attachées à des droits seigneuriaux. Le voilà Bertrand Barère de Vieuzac.

En 1785, à Vic en Bigorre, il épouse Elisabeth de Monde. Elle a 13 ans et lui 30. Peu importe, la famille de Monde a une parenté prestigieuse. Le prince de Rohan-Rochefort, Lieutenant général des armées du roi, assiste à la cérémonie.

Le mariage n’est pas heureux et les époux se verront par intermittence, avant de se fâcher définitivement après l’exécution du roi.

Pour suivre un procès qu’a sa famille au Conseil d’Etat, il va à Paris en 1788 et rencontre Mirabeau, Condorcet, La Fayette et Brisseau. Mais son père meurt au début de 1789 et Bertrand Barère rentre à Tarbes.

Le Roi convoque les Etats Généraux. Bertrand Barère est élu député du Tiers par les Etats de Bigorre. Il « monte » à Paris.

Place Louis XV, aujourd'hui Place de la Concorde vers 1780
Place Louis XV, aujourd’hui Place de la Concorde vers 1780

Barère, député à l’assemblée Constituante

Bertrand Barère crée le journal Le Point du jour, dans lequel il rend compte des débats de la veille à l’Assemblée Constituante et des décrets qu’on y prend. Il fréquente les salons où son esprit séduit Madame de Genlis qui écrit : « C’est le seul homme que j’aie vu arriver du fond de sa province avec un ton et des manières qui n’auraient jamais été déplacées dans le grand monde et à la cour ».

Après la nuit du 4 aout, il écrit à ses électeurs bigourdans pour leur annoncer qu’il abandonne ses droits seigneuriaux et fait don à la Nation de sa charge de Conseiller à la Sénéchaussée de Bigorre.

À l’Assemblée Constituante, il se fait remarquer par ses propositions de réforme des institutions. En particulier, il fait adopter la restitution des biens confisqués aux protestants depuis la révocation de l’édit de Nantes, se bat pour l’égalité des hommes de couleur et des blancs dans les colonies.

Barère et le puzzle du département des Hautes-Pyrénées
Barère, les Provinces et le puzzle du département des Hautes-Pyrénées

Il se bat aussi pour la création du département des Hautes-Pyrénées avec Tarbes comme chef-lieu. « Si ce pays, la Bigorre, est trop petit pour former un département, il convient de l’agrandir. Mais il serait très inique de n’en faire que des districts dépendant d’une ville étrangère ; ce serait un meurtre politique que de faire de Tarbes le misérable chef-lieu d’un district ».

Et il n’oublie pas ses compatriotes. Il obtient un crédit de 300 000 livres pour la réparation des routes endommagées par la crue des Gaves, et 30 000 livres pour les pauvres du département.

Barère s’éloigne des modérés

Robespierre
Robespierre

Après la fuite et l’arrestation du Roi à Varennes, Bertrand Barère se détache des modérés qui veulent une monarchie constitutionnelle. Entre autres il disait que « La République ne convient pas mieux aux Français que le gouvernement anglais aux Ottomans ». Finalement, il rejoint Robespierre.

Le 2 septembre 1792, les Hauts-Pyrénéens l’élisent député à la Convention. Partagé entre la Plaine (modérés) et la Montagne (radicaux), Bertrand Barère hésite. Marat dit de lui : « Barère est l’un des hommes les plus dangereux, un politique fin et rusé, habitué à nager entre deux eaux et à faire échouer toutes les mesures révolutionnaires par l’opium du modérantisme ».

Il est élu au Comité chargé de rédiger la nouvelle constitution et préside la Convention lors du procès du Roi. Devant le danger d’invasion, on crée le Comité de salut public. Barère en devient membre et le rapporteur. Robespierre dit : « Barère sait tout, connait tout, est propre à tout ».

Jacques-Louis David - Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789
Jacques-Louis David – Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789  (Barère est assis, à gauche du groupe central, une feuille sur les genoux)

Barère  et le Comité de salut public

Joseph Barra - Il nourrissoit sa mère et il mourut pour la Patrie
Joseph Barra. « Il nourrissoit sa mère et il mourut pour la Patrie« .

Les discours et les comptes-rendus de Bertrand Barère sont attendus. Michelet dit que « C’est un incomparable menteur pour atténuer les défaites, créer des armées possibles, prophétiser des victoires ».

Bertrand Barère obtient un prodigieux succès avec ses discours sur la mort du petit tambour Barra, tué à 14 ans par les Vendéens et mort en criant « Vive la République ! » et sur le Vengeur du Peuple, ce navire coulé par les Anglais au large de Brest alors qu’il protégeait des navires ramenant du blé d’Amérique. La IIIe République en fera des héros et fera entrer l’orateur dans les manuels d’histoire.

Bertrand Barère est l’inspirateur de la Terreur. Il fait décréter qu’on devra exécuter les prisonniers anglais. Le décret ne sera pas appliqué. Il est à l’origine de la mort de Marie-Antoinette, de la profanation des tombes des rois à Saint-Denis, du massacre des Lyonnais révoltés. Le Général de Rochambeau dit qu’avec « son penchant pour la cruauté, Barrère signa plus de vingt mille arrêts de mort ».

La fin de l’Anacréon de la guillotine

Barère - Départ pour la Guyane
Le départ pour la Guyane

Robespierre tombe le 9 thermidor. Barère est mis en accusation et condamné à la déportation en Guyane avec Collot et Billaud-Varenne. Emprisonnés à l’ile d’Oléron, ses deux compagnons partent pour la Guyane mais le bateau de Barère n‘est pas encore prêt. Le député Boursault dit que « c’est la première fois que Barère néglige le vent ».

On enferme Bertrand Barère à Saintes dans l’attente d’un second procès. La déportation se voit confirmée mais il s’évade avec la complicité de son secrétaire Demerville, natif de Séméac en Bigorre.

Pendant plus de deux ans, il se cache à Bordeaux chez des amis et chez son cousin, Hector Barère, qui est commissaire de la Marine à Bordeaux. Sur le point d’être découvert, il s’enfuit à Paris, toujours avec la complicité de Demerville, et se cache à Saint-Ouen.

Après le coup d’état du 18 brumaire, Bonaparte décide d’une amnistie générale. Bertrand Barère peut rentrer à Tarbes. Sa femme le rejette et les Hauts-Pyrénéens l’accueillent fraichement. Trois mois plus tard, il repart à Paris.

Barère sous l’Empire et la Restauration

Barère propose des services à Bonaparte qui ne lui confie qu’une mission de rédaction d’un rapport hebdomadaire sur l’état de l’opinion publique. Le secrétaire de Napoléon écrit dans ses Mémoires : « L’Empereur cherchait de quelle manière il pourrait se servir de cet homme que son nom tristement fameux écartait de toutes les fonctions publiques. Il l’avait autorisé à lui adresser des actes périodiques sur des objets de politique intérieure et sur l’état de l’esprit public. Enfin l’idée lui vint de le charger de la rédaction d’un journal. Il fit les frais d’une feuille qui prit le titre significatif de Mémorial anti-britannique. Cette feuille n’eut pas de succès. L’empereur fut mécontent de la rédaction… Il cesse de s’intéresser à un homme pour lequel il ne pouvait avoir d’estime ».

Portrait et 1ère pages des Mémoires de Barère parues en 1842
Portrait et page de couverture des Mémoires de Barère parues en 1842

En février 1814, Bertrand Barère repart pour Tarbes La Restauration le fait s’exiler en Belgique et ne revient qu’après la révolution de 1830. Alors qu’il est en exil, le Conseil général des Hautes-Pyrénées offre à la cathédrale de la Sède, une plaque de marbre portant le testament de Louis XVI. Un pied de nez à Bertrand Barère !

Bertrand Barère s’établit dans une maison donnant sur la place du Maubourguet (place de Verdun, aujourd’hui). Il se fait élire député en 1834, voit son élection cassée, et meurt en 1841 après avoir rédigé ses Mémoires publiées en 1842.

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

Barère de Vieuzac (l’Anacréon de la guillotine), Robert Launay, Editions Jules Taillandier, 1929.
Bertrand Barrère 1755-1841, de Tarbes à Paris … et retour », association Guillaume Mauran, 2005, Bibliothèque Escòla Gaston Febus
Mémoires de B. Barère, membre de la Constituante, de la Convention, du Comite de salut public, et de la Chambre des représentants par Barère de Vieuzac, Bertrand, 1755-1841Carnot, H. (Hippolyte), 1801-1888David d’Angers, Pierre-Jean, 1788-1856