Charles Dupouey est un avocat et un journaliste de Tarbes. Fidèle à des idées progressistes, il contribuera au développement culturel du département.
Charles Dupouey monte à Paris
Charles Dupouey nait à Tarbes le 8 janvier 1824. Son père, Dominique Dupouey, est greffier en chef au tribunal de première instance de Tarbes, et frère du général Dupouey. Sa mère est Charlotte Vergez, nièce de François Vergez, médecin du roi, et de Bernard Vergez, chanoine évêque de Saint-Denis.

À 17 ans, il part à Toulouse suivre des études de droit. C’est à ce moment-là que quelques journaux dont Le Diable boiteux, sous-titré Journal des spectacles, des mœurs et de la littérature dans la France du XIXe siècle, publient ses premiers écrits. Quelques années plus tard, il signe sous le nom de Scipion des articles audacieux dans Les Pyrénées. Des articles qui font grand bruit !
Mais le jeune étudiant en néglige ses études et encourt la colère de la famille. Il part alors comme soldat au 2ème régiment des Hussards et il y restera cinq mois, en charge d’étriller les chevaux. Puis, il reprend ses études de droit à Paris, où son frère ainé Henri est installé et suit, lui aussi, des études de droit.
S’il est reçu avocat, sa passion d’écrire est toujours présente. Alors, il publie des articles sur divers journaux et participe même à la rédaction, dirigée par le journaliste français William Duckett, de l’énorme Dictionnaire de la conversation et de la lecture.
L’engagement politique

Avec son frère ainé, Charles Dupouey rend parti pour la Révolution de 1848. Ils adhèrent tous deux à un groupe de démocrates socialistes animé par le professeur de mathématiques Édouard Merlieux (1826-1900). Ils y débattent surtout les idées de Pierre-Joseph Proudhon, précurseur de l’anarchisme.
Charles devient président des comices électoraux républicains du premier arrondissement de Paris puis délégué au Comité central des élections démocratiques de la capitale.
Toutefois, un jour (16 octobre 1848) où ils devisaient dans un des clubs, ils auraient tenu ou accepté des propos jugés inadmissibles. Cela leur vaut de comparaitre devant la Cour d’assise de la Seine, le 7 février 1849, et d’être condamnés à 200 francs d’amende chacun. Ils s’en tirent bien, peut-être à cause de leur jeunesse. En revanche, Édouard Merlieux écope d’un an de prison et de 500 francs d’amende.
Les parents, monarchistes, décident de rappeler leurs enfants turbulents à Tarbes.
Le retour au pays de Charles Dupouey
Juste à son retour, Charles Dupouey doit faire un discours sur la tombe d’un ami ; il surprend l’auditoire par son émotion et son éloquence. Mais il faut bien travailler et il prend un poste de commis greffier sur l’instance de son père.
Toutefois, il n’en a pas fini avec les accusations. Et il se retrouve dans un procès pour avoir, soi-disant, envoyé des lettres anonymes. L’occasion pour lui d’écrire en 1853 un mémoire de 80 pages intitulé Mes antécédents avec lesquels on doit m’étriller si je donne suite au procès en diffamation que j’ai intenté à MM. D… et M…, à l’occasion des lettres anonymes. Un document qui ne passera pas inaperçu.

Finalement, se sentant plus orateur que greffier, il s’inscrit au barreau. Parallèlement, il reprend ses articles journalistiques dans L’Intérêt public (journal de Tarbes). M. Abadie de Sarrancolin commente les articles charmants signés Dominique (un pseudonyme) : « où le lecteur les arrache avec avidité et dont plus d’un abonné du village fait ses délices pendant la veille ».
Il écrit aussi sur d’autres journaux avec d’autres pseudonymes : Lucien et William.
De toute évidence, il a surtout un réel talent oratoire. D’ailleurs, son discours sur Placide Massey incitera la ville de Tarbes à embellir le jardin public.
La Société académique des Hautes-Pyrénées

L’historien Achille Jubinal fonde la Société académique des Hautes-Pyrénées et recrute le jeune Charles Dupouey. Celui-ci est nommé secrétaire et publie dans leur bulletin, les PV des séances ainsi que des articles d’histoire ou d’archéologie , comme Les noms des rues à Tarbes.
En 1856, Charles lance avec Mathias Perrot-Prat La chronique de Bigorre dont il est le rédacteur en chef. Un journal qui paraitra pendant 1 an seulement. Il y tient la chronique académique et signe de son vrai nom.
Entre autres, la cinquantaine d’extraits des manuscrits de Larcher se feront remarquer. Sa réputation de journaliste devient si grande que plusieurs journaux recherchent sa collaboration.
Il montera ou soutiendra plusieurs projets dont la fondation de la Société des bibliothèques municipales du département.
Parallèlement, en 1859, il succède à son père pour la charge de greffier en chef au tribunal de première instance de Tarbes.
Cherles Dupouey, un Gascon très moderne

Charles Dupouey a des idées ouvertes et une curiosité sans fin. Par exemple, dans sa chronique du 7 févier 1857 de La chronique de Bigorre, Charles signale que George Sand est candidate à l’académie française. Et de railler la loi salique et la galanterie française si peu propices à recevoir une femme. Il leur oppose la candidature de Mistress Kerr dans la Société académique des Hautes-Pyrénées. En précisant que « notre parcimonieuse langue française n’ayant pas jugé à propos d’accorder un féminin au mot auteur, l’honorable authoress peut, on le voit, poser sa candidature devant la nôtre avec quelque assurance ».
C’est à cette même époque que son frère, Henri, émigre aux États-Unis.
En 1896, Charles démissionne du poste de président de la société savante. Puis, le 5 décembre 1903, au cinquantenaire de sa création, alors qu’il est président honoraire, il fait un beau discours dans lequel il précise sa devise : « anti-sectarisme et tolérance, fraternité et conciliation »
Les écrits de Charles Dupouey

Outre les articles sur les journaux, Charles Dupouey écrit plusieurs livres sur des sujets divers.
Dans l’un, il raconte la mésaventure qui lui est arrivée quand il était étudiant à Toulouse : lors d’une sortie à Pinsaguel avec deux autres étudiants, il se fait arrêter pour meurtre d’un routier sur la grand’route. Une erreur. Il ne fera que quatre jours de prison.
Etant secrétaire de la Société académique des Hautes-Pyrénées, il pousse une société sœur, la Société académique de Tarbes, à lancer une grande enquête dont il publie les réponses en 1862 : Rapport [1er et 2e] sur les réponses faites au Questionnaire archéologique des Hautes-Pyrénées.
Comme c’est un touche-à-tout, il écrit aussi en 1867 une Notice biographique sur Cyprien d’Espourrin qui lui vaudra des critiques. Il rédige une notice sue le journalisme aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Et il s’essaie avec succès à la poésie avec, par exemple, Inoubliables rencontres composé pour le centenaire de Victor Hugo, au théâtre avec La première cigarette, une pièce dialoguée pour lycéens, ou son recueil de chansons. Et même des Vers en patois bigourdan en 1901.
Enfin, malgré ses travaux dans la société savante, son travail d’avocat et ses écrits littéraires plus récréatifs, il reste éveillé à la politique comme en témoignent ses brochures publiées sur les femmes, l’éducation civique et les élections législatives.
Il meurt le 11 décembre 1914 à Tarbes.
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe nouvelle
Références
Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées.
Les Méridionaux, François Lagarrigue, 1860.
Biographie Dupouey Charles, Le Maitron, dictionnaire bibliographique.
Média 19, Littérature et culture médiatique, Charles Dupouey.
Biographie et dictionnaire des littérateurs et savants, Charles Dupouey, 1859.
Œuvres de Charles Dupouey, Bibliothèque Escòla Gaston Febus

