De Pau à Stockholm, l’aventure de Bernadotte

Jean-Baptiste Bernadotte est un de ces Gascons partis au loin chercher une destinée extraordinaire, sans jamais oublier ni son pays ni ses compatriotes. De Pau à Stockholm, mettons nos pas dans ceux de Jean-Baptiste.

Bernadotte, soldat du roi et de la République

Jean-Baptiste-Jules Bernadotte, lieutenant au 36e régiment de ligne en 1792
Jean-Baptiste-Jules Bernadotte, lieutenant au 36e régiment de ligne en 1792

Jean-Baptiste Bernadotte nait à Pau le 26 janvier 1763. Son père est avocat et lui fait faire des études au collège des Bernardins de Pau.

À la mort de son père, il s’enrôle au Régiment Royal – La Marine, le 3 septembre 1780. La République lui permet d’accéder aux grades d’officiers. Le voilà adjudant en février 1790, lieutenant en avril 1792, capitaine en juillet 1793, chef de bataillon en février 1794, chef de brigade en avril et commandant de l’armée de « Sambre et Meuse ».

Bernadotte fait merveille dans les armées de la République où il se distingue comme meneur d’hommes. Lors de la campagne de Belgique en 1794, il devient général le 29 juin à la bataille de Fleurus, général de division le 22 octobre à la bataille de Maastricht et gouverneur de la ville.

Soldat valeureux, il bat les Autrichiens à Tiening, près de Ratisbonne, le 22 août 1796 avec seulement 9 000 hommes contre 28 000. Et Bernadotte commence à se faire la réputation de prendre soin des prisonniers ennemis.

Bernadotte rencontre Bonaparte

En Janvier 1797, Bernadotte part en Italie sous les ordres de Bonaparte avec l’armée de « Sambre et Meuse ». Il se distingue dans tous les combats et devient gouverneur du Frioul. Son esprit indépendant lui vaut une certaine inimitié de Bonaparte.

Désirée Clary (1807)
Désirée Clary (1807)

Peu importe, après la paix de Campo Formio, Bernadotte devient ambassadeur à Vienne et y reste six mois. Son passage est marqué par l’affaire du drapeau tricolore qu’il arbore sur l’ambassade, dans le pays de Marie-Antoinette qui a été guillotinée à la Révolution. Inutile de dire que cela n’a pas plu.

Le 17 août 1798, Bernadotte épouse Désirée Clary qu’il a rencontrée lors de son passage en garnison à Marseille. Le 4 juillet 1799 nait Oscar leur fils unique. Bonaparte est son parrain. La sœur de Désirée Clary a épousé Joseph Bonaparte. Le voilà donc cousin de Napoléon Bonaparte.

Lors du coup d’état du 18 brumaire, il est le seul à ne pas soutenir Bonaparte par fidélité à la République. Ce dernier lui en gardera une rancune tenace.

Bernadotte Maréchal d’Empire

Lors du couronnement de Napoléon, le 18 mai 1804, Bernadotte est présent. Il figure sur le tableau du sacre portant le collier de l’empereur à côté du trône, près d’Eugène de Beauharnais. Il figure aussi à la place d’honneur dans le tableau figurant la distribution des Aigles aux régiments.

Serment de l'armée fait à l'Empereur après la distribution des aigles, 5 décembre 1804
Serment de l’armée fait à l’Empereur après la distribution des aigles, 5 décembre 1804

Napoléon passe les troupes en revue à Iéna
Napoléon passe les troupes en revue à Iéna (octobre 1806)

Bernadotte devient Maréchal d’Empire. De juin 1804 à septembre 1805, il est gouverneur du Hanovre et s’y montre un brillant administrateur.

Il participe à toutes les batailles de l’Empire. Sa valeur le fera distinguer et nommer prince de Ponte Corvo.

Après la bataille de Iéna du 14 octobre 1806, il poursuit l’armée prussienne, prend Halle et Lübeck. Dans cette ville, il fait 1 600 soldats suédois prisonniers qu’il traite convenablement et renvoie chez eux. Après le traité de Tilsitt de juin 1807, il est nommé gouverneur des villes hanséatiques et occupe le Danemark. Ses talents d’administrateur sont une nouvelle fois remarqués.

Bernadotte est nommé Prince héritier de Suède

Charles XIV Jean Prince Royal de Suède
Charles XIV Jean Prince Royal de Suède (1811)

En 1809, une révolution éclate en Suède et le roi Gustav IV est obligé de s’enfuir. Son oncle monte sur le trône sous le nom de Charles XIII mais il est sans descendance. Un prince danois est nommé par la Diète suédoise mais meurt peu après. Un nouveau prince héritier doit être nommé.

Bernadotte est à Paris. Il reçoit la visite d’un officier suédois qui avait été son prisonnier à Lübeck et lui fait part de l’état d’esprit des Suédois suite à son administration des villes hanséatiques et de son attitude envers les 1 600 prisonniers suédois. Il lui propose de se porter candidat au trône de Suède. Napoléon ne voit pas cette proposition d’un très bon œil mais se résout à le laisser partir.

Le 20 août 1810, Bernadotte est élu prince héritier au trône de Suède. Il se convertit au luthéranisme avant d’entrer en Suède. Notons que Henri III de Navarre avait fait le chemin inverse pour accéder au trône de France.

Dans le camp des coalisés

En janvier 1812, Napoléon commet l’erreur d’envahir la Poméranie suédoise. Bernadotte qui gardait toutes ses sympathies à sa patrie d’origine se voit obligé de lui déclarer la guerre.

Napoléon déclenche une violente attaque contre Bernadotte en le qualifiant de traitre. Du 17 octobre au 28 novembre, les villes sont sollicitées pour lancer des imprécations contre « le soldat déserteur ». Pau est sommée d’enlever les tableaux de Bernadotte et de le faire disparaitre des registres municipaux.

Bernadotte reprend la Poméranie, gagne plusieurs combats et participe activement à la bataille de Leipzig qui consacre la défaire de Napoléon. La seule présence de Bernadotte entraine la défection de nombreux régiments allemands qui rejoignent son armée et il est à l’origine de l’action décisive qui emporte la victoire. Il envahit le Danemark et le contraint à céder la Norvège à la Suède au traité de Kiel du 14 janvier 1814.

Il prend Liège en Belgique et y laisse son armée tandis qu’il entre seul dans Paris, en même temps que les troupes alliées le 31 mars 1814.

La bataille de Leipzig
La bataille de Leipzig (16 octobre 1813)

Il devient roi de Suède et de Norvège

Charles XIV Jean roi de Suède et Norvège (1840)
Charles XIV Jean roi de Suède et Norvège (1840)

Bernadotte n’oublie pas sa patrie et ses anciens amis. Après l’exécution du Maréchal Ney, il fait venir son fils, lui donne un emploi dans l’armée et le nomme aide de camp de son fils Oscar. Il en fait de même avec les fils de Davout et de Fouché.

Le 5 février 1818, Charles XIII meurt et Bernadotte devient roi de Suède sous le nom de Charles XIV-Jean et roi de Norvège sous le nom de Charles III. L’union des deux couronnes voulue par Bernadotte durera jusqu’en 1905. Il fait de nombreuses réformes et se serait inspiré des institutions  de son Béarn natal.

Sa femme Désirée est restée à Paris après un court séjour en Suède en janvier 1811. Elle rejoint Bernadotte en 1823 pour les fiançailles d’Oscar et de Joséphine de Leuchtenberg, fille d’Eugène de Beauharnais et de la fille du roi de Bavière. Elle ne quitte plus la Suède.

Bernadotte meurt le 18 mars 1844. Ses descendants sont toujours roi de Suède.

La Maison Bernadotte à Pau

La maison natale de Bernadotte à Pau
La maison natale de Bernadotte à Pau

Bernadotte entretient une correspondance fournie avec son frère resté à Pau. Il envoie son portrait et une collection de médailles suédoises au musée municipal de Pau et offre des vases de porphyre pour décorer le château.

Il achète la maison dans laquelle il a vu le jour, pour en faire un refuge pour les vétérans retraités. En 1935, une société se crée pour sauvegarder la maison et on y rassemble des objets ayant appartenu à Bernadotte. Après la guerre, la ville de Pau et par le gouvernement suédois rachètent la maison et les collections par moitié. On la classe Monument historique en 1953.

Les donations faites par la Suède enrichissent les collections. On peut y voir des pièces exceptionnelles comme la lettre par laquelle Napoléon autorise Bernadotte à répondre favorablement à sa nomination comme prince héritier de Suède.

Le 8 octobre 2018, à l’occasion du bicentenaire de l’accession de Bernadotte au trône de Suède, la famille royale vient à Pau inaugurer le musée Bernadotte qu’on vient de rénover. On plante un chêne au parc Beaumont, à l’emplacement du magnolia planté en 1899 par le roi Oscar II, petit-fils de Bernadotte.

Serge Clos-Versailles

écrit en orthographe nouvelle 

Références

Bernadotte, Sir Dumbar Planket Barton, éditions Payot, 1983, réédition de l’ouvrage de 1931.
Charles XIV Jean, Wikipédia
De Sceaux au Royaume de Suède, l’incroyable destinée de Jean-Baptiste Bernadotte