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Des femmes de l’eau-de-vie d’Armagnac

Nous n’arrêterons pas de chanter les louanges de l’armagnac, son élégance et son raffinement. Cette fois-ci, nous parlerons de ces Armagnacaises qui changent l’image de notre eau-de-vie.

Les quatre mousquetaires de l’eau-de-vie

La liste des femmes et des hommes qui œuvrent pour valoriser notre armagnac est évidemment très longue. L’armagnac c’est une grande histoire – le prieur de Bazas, Maitre Vital du Four en parle déjà au XIIIe siècle. Notre eau-de-vie connait un essor important au XIXe siècle puis une forte récession. Depuis quelques années, les viticultrices et les viticulteurs rivalisent d’idées pour lui redonner une place. Nous citerons quatre femmes qui insèrent ce breuvage dans un art de vivre raffiné, bien ancré dans la Gascogne.

Claire de Montesquiou et le domaine ancestral de l’Espérance

Claire de Montesquiou
Claire de Montesquiou

D’abord chasseuse de tête à Londres dans le domaine du luxe, elle dirige depuis 1991 le domaine de l’Espérance. Une exploitation de 30 ha dans des « sables fauves » (sols sableux contenant de l’argile et du fer) qui collectionne les médailles.

Les Montesquiou sont une vieille famille gasconne, connue depuis au moins le Xe siècle. En 1587, Henri IV demande au comte de se joindre à la bataille de Coutras, non sans prévoir de gouter son armagnac : « Grand pendu, j’iray taster de ton vin en passant. Votre meylleur mestre et affectionné amy – Henry« .

Domaine de l'Espérance
Domaine de l’Espérance

Quelques années après, le jeune Charles de Batz de Castelmore (1611?-1673) monte à la Cour de France, espérant entrer chez les mousquetaires. Il prend le nom de sa mère, Montesquiou d’Artagnan, dont on retiendra surtout la deuxième partie : d’Artagnan.

Aujourd’hui, les vins et l’eau-de-vie de l’Espérance ont conquis le monde entier. Raffinement oblige, c’est le designer Jean-Charles de Castelbajac qui conçoit certaines étiquettes.

De plus, dans leur belle maison de Mauvezin d’Armagnac, les propriétaires ont installé un gite classé 4 épis et proposent des cours de cuisine dispensés par un chef renommé. Il faut dire que Claire, la patronne, est aussi au Comité Directeur des formations au savoir-vivre appelé En toute élégance.

Florence Castarède et la cuisine à l’armagnac

Château de Maniban
Château de Maniban

Les Castarède sont d’abord des négociants qui s’installent en 1832 à Nérac, à proximité de la Baïse dans un lieu appelé Pont de Bordes. Encouragés par le préfet du lieu, le baron Haussmann, ils reçoivent par carriole, des barriques de tout le Bas-Armagnac. Plus tard, la famille achète le château de Maniban. Un château déjà connu. En effet, en 1762, Marie Christine de Maniban en avait hérité. Son mari était premier maitre d’hôtel de Louis XV et elle fit gouter au roi l’armagnac de son domaine. C’est ainsi que notre eau-de-vie entra à la Cour de France.

Florence Castarède
Florence Castarède

Florence Castarède rend un clin d’œil au préfet de Nérac et ouvre Armagnac Castarède, un magasin et lieu de culture au 140 Boulevard Haussmann.  Là, les artistes et autres amateurs d’armagnacs peuvent bavarder en dégustant notre breuvage. Et même, vous y entendrez parler gascon !

Son eau-de-vie orne la table de grands restaurants, fréquente les grands banquets, est vendue dans une cinquantaine de pays. Quelques cuisiniers en ont parfumé des plats célèbres comme Michel Guérard et sa «  La jeune dinde ivre d’Armagnac » ou Alain Ducasse et son babarmagnac. Florence Castarède a d’ailleurs publié un livre, La cuisine à l’armagnac que nous vous conseillons sans hésiter !

Maïté Dubuc-Grassa et la réussite du domaine Tariquet

Maïté Dubuc-Grassa
Maïté Dubuc-Grassa

Fin XIXe, à Ercé en Ariège, la famille Artaud a du mal à nourrir ses enfants et leur fils part comme montreur d’ours de par le monde. En 1912, il vit aux Etats-Unis mais le mal du pays le ramène en France.  Avec l’aide financière de son fils, Jean-Pierre, il achète une propriété dans le Gers, le Tariquet, où l’on produit depuis au moins 200 ans de l’armagnac. Le phylloxéra les ruine. De plus, en 1914, une grave blessure à la guerre rend le fils amnésique. Il ne reste que 7 ha. C’est sa femme, Pauline, qui fait tourner l’exploitation.  Leur fille, Hélène, épousera Pierre Grassa, originaire d’Urdos, un Béarnais humoriste qui racontait : « Quand on a compris qu’on n’a pas de prise sur le temps et qu’on ne change pas le caractère des femmes, la vie peut se dérouler sans difficultés ».

Le Tariquet et d’Artagnan

Statue équestre de d'Artagnan à Lupiac
Statue équestre de d’Artagnan à Lupiac

C’est après bien des mésaventures encore qu’en 1982, deux enfants de Pierre et Hélène, Maïté et Yves, prennent la tête de ce petit domaine. Ils choisissent de produire des vins blancs. Yves plante des cépages inhabituels et réalise des assemblages tout aussi inhabituels. Ce sera la célèbre cuvée « classic ». Maïté monte à Paris et convainc Francine Legrand de placer ce vin inconnu dans les endroits les plus en vue de Paris. Le vin s’exporte et est élu à Londres « meilleur vin blanc de l’année 1987”.

Avec 1 125 ha de vignes, le domaine Tariquet est aujourd’hui la plus grande exploitation de la même appellation de France.

Maïté a son cœur en Gascogne et le prouve. Avec deux autres femmes, elle va faire aboutir un projet. Elle finance pour la commune de Lupiac dont la mairesse est Véronique Thieux Louit, une statue équestre monumentale de d’Artagnan, œuvre de la Hollandaise Daphné du Barry.  La statue porte cette simple mention « un mécène gascon ».

Carole Garreau et son écomusée

Carole Garreau
Carole Garreau

Comme bien des domaines, il s’agit au départ d’une exploitation de polyculture mais les fermes de Gayrosse et Brameloup sont situées dans le triangle d’or de l’armagnac, plus précisément à Labastide d’Armagnac. Au XIXe siècle, son propriétaire, le prince Soukowo-Kabylin apporte l’eau-de-vie du domaine de Gayrosse à la cour de Russie. Avec un gout sûr, il innove et fait construire un chais de vieillissement souterrain. Cela apportera une bonne stabilité de la température. En 1919, Charles Garreau, ingénieur agricole, achète la propriété et s’y installe.

En 1974, Charles Garreau reprend une vieille recette et crée le floc de Gascogne. Il s’agit d’un heureux mélange entre un jeune Armagnac et du mout de raisin blanc ou rouge.

Floc du Château Garreau
Floc du Château Garreau

À partir de 2005, le domaine propose aussi de la Blanche Armagnac qui rappellera aux locaux cette partie de l’eau-de-vie fraichement distillée que se gardaient les viticulteurs pour leur propre besoin.

Carole Garreau commence sa carrière comme cadre supérieur dans les collectivités territoriales. Puis, en 2015, elle reprend le domaine familial. Elle va mettre en valeur le domaine et, en particulier, organiser des visites où l’on peut voir de vieux alambics, une exposition de bouteilles et, plus encore, une mise en valeur de cette belle région avec un circuit botanique autour des étangs du domaine.

L’eau-de-vie de Château Garreau collectionne une bonne centaine de médailles et est une des plus réputées de l’Armagnac.

Anne-Pierre Darrées

écrit en orthographe nouvelle