Jean-Charles de Borda est un officier savant du siècle des Lumières. C’est un enfant de la Gascogne, plus précisément de Dax. Il a réalisé ses deux passions : l’armée et les sciences.
Jean-Charles de Borda choisit le génie militaire

Il nait à Dacs (Dax) le 4 mai 1733. Son père, Jean-Antoine, est seigneur de Labatut et sa mère, Marie-Thérèse de la Croix. C’est une famille nombreuse, de 13 enfants. Il fréquente le collège des Barnabites, à Dax, puis le collège jésuite de La Flèche, dans la Sarthe. Dans tous, il montre des dispositions hors du commun. Comme ses deux fils ainés sont militaires, Jean-Antoine de Borda pousse Jean-Charles vers le droit. Toutefois, avec l’aide de sa mère, celui-ci réussit à obtenir d’entrer lui aussi dans l’armée.

En 1753, il donne au très réputé d’Alembert (1717-1783) un mémoire sur une question de géométrie ; il devient maitre de mathématiques. En 1756, il écrit un mémoire Sur la courbe décrite par les boulets et les bombes en ayant égard à la résistance de l’air, où il emploie un raisonnement mathématique nouveau et élégant, ce qui lui vaut de se faire remarquer par le mathématicien Alexis Claude Clairaut (1713-1765). Celui-ci écrit : « Un jeune Bordat [Borda] s’était présenté de la manière la plus brillante. L’ambition guerrière nous l’enlève. » Mais cela lui vaut d’entrer comme adjoint géomètre à l’Académie des Sciences.
L’école Royale du Génie de Mézière

Alors qu’il participe à la guerre de sept ans en Allemagne, il entre en 1758 à l’École royale du génie de Mézières (qui ne prend qu’une vingtaine d’élèves), tout en étant dispensé de la première année, l’année théorique, à cause de son appartenance à l’Académie des sciences. Il ne suit donc que l’année de pratique.
Compétent dans plus d’un domaine, notre Landais, lors de son premier travail au génie militaire, s’intéresse aux roues hydrauliques, à l’écoulement des fluides. Et il va proposer une méthode de calcul de pertes de charges appelée désormais l’équation de Borda-Carnot.
L’engagement dans la marine
En 1767, Jean-Charles de Borda passe de l’armée de terre à la marine. Sa première affectation est à Brest en qualité de lieutenant de vaisseau et surtout, d’ingénieur du génie maritime.
Il fera plusieurs missions : en 1768 en Martinique, 1771 et 1772 aux Canaries puis aux Antilles, 1775 le long des côtes africaines et des Canaries. Ces missions sont scientifiques : il s’agit de déterminer la position précise des îles Canaries puis d’en dresser la carte, de tester de nouveaux modèles d’horloges et chronomètres marins, de faire des calculs de longitude pour l’Académie des sciences.


Ce qui ne l’empêche pas de participer à des guerres et des batailles, comme celle de Sainte-Lucie le 15 décembre 1778, de la Grenade le 6 juillet 1779.
Jean-Charles du Borda prend part également à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Le 6 décembre 1782, alors qu’il commande Le Solitaire, un vaisseau de 64 canons, les Anglais du contre-amiral Richard Hughes le font prisonnier devant la Barbade (Petites Antilles). Mais, sa réputation est déjà très grande. Alors, ceux-ci le libèrent sur parole pour qu’il puisse assister à un congrès scientifique à Copenhague. À son retour, ils le libèrent définitivement.
Une invention célèbre : le cercle répétiteur

En 1772, Borda met au point un nouvel instrument de mesure appelé cercle de Borda ou cercle répétiteur, inspiré du cercle de réflexion de Mayer. Il permet de mesurer les angles de 0° à 180°, les distances, les latitudes et longitudes avec une précision encore inégalée. De façon astucieuse, on peut répéter les mesures, et éviter ainsi les erreurs de lecture. Cette invention assure au marin savant une belle renommée qui dure jusqu’à nos jours.
Jean-Charles de Borda, l’ingénieur

À son retour en France, Jean-Charles de Borda reprend son poste d’ingénieur de la marine française. Dès 1783, il devient conseiller du ministre le maréchal de Castries, baron des États du Languedoc. Celui-ci charge notre savant de fixer les plans-types de nouveaux vaisseaux qu’on appellera plans-type de Borda-Sané. Bertrand Sané est un constructeur naval de Brest, un des meilleurs de son temps, surnommé le « Vauban de la marine ». Borda est très exigeant, il retient trois modèles : les deux-ponts de 74 et 80 canons, le trois-ponts de 118 canons qui équiperont la marine française pendant plusieurs décennies. Vu sa rigueur et sa capacité de travail, Borda fait aussi partie de la commission chargée de l’étude du projet de port militaire de Cherbourg.

Outre ses travaux pour la Marine, il a aussi des missions plus scientifiques. Par exemple, il conçoit des améliorations des systèmes de pompage. Il crée des tables trigonométriques pour la nouvelle division décimale du cercle en 400 grades au lieu de 360 degrés. Ou encore, il invente un appareil pour mesurer la longueur du pendule, appelé pendule de Borda… En octobre 1784, il prend même la charge d’inspecteur des constructions navales et de directeur de l’École des Ingénieurs.
il entre à la Commission des poids et mesures (1789), au Bureau de consultation des arts et métiers (1791), puis au Bureau des longitudes et à la section de mathématiques de l’Institut national (1795).
Jean-Charles de Borda et la Révolution

Centré sur ses recherches, Jean-Charles de Borda adhère sans difficulté à la Révolution. Toutefois, en 1793, il a l’audace de signer un texte de soutien à Antoine Lavoisier, le père de la chimie moderne. En effet, les vingt-sept fermiers généraux, dont Lavoisier, sont associés à la dévaluation qui fait rage et jugés comme traitres à la nation.
Borda est immédiatement destitué de la commission des poids et mesures (
Le système métrique

Au XVIIIe siècle, personne en France ne mesure de la même façon. Entre les lègas (lieues), les pams (empans) les canas (toises)… ce sont plus de 700 unités de mesure différentes ! C’est un vrai casse-tête. Alors, sur proposition de Borda, une commission, composée de Condorcet, Laplace, Lagrange, Monge et lui-même va définir un système unifié. Borda joue un rôle essentiel dans le choix du système métrique qui définit le mètre comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre.
Restait juste à calculer précisément ce méridien ! C’est ce que vont faire Pierre-François Méchain et Jean-Baptiste Delambre en utilisant le cercle répétiteur. Enfin, la loi « relative aux poids et mesures » institue le système métrique décimal le 18 germinal an III (7 avril 1795).
Et notre savant accompagne ce changement majeur en inventant des règles en platine et laiton afin de prendre en compte les variations de longueur lors des changements de température. En 1799, les archives de la république reçoivent un nouveau mètre-étalon en platine, dédié « à tous les temps, à tous les peuples ».
Le souvenir de Jean-Charles de Borda
Jean-Charles de Borda meurt à Paris le 20 février 1799. Sa ville natale lui rendra un hommage digne de ce grand savant, le 24 mai 1891, en érigeant une statue, place de la Halle, en présence du Président de la République, Sadi Carnot, du ministre de la Marine, Édouard Barbey et de plusieurs membres de l’Académie des Sciences. D’ailleurs, Le ministère de la Marine a offert le bronze et Jean-Paul Aubé, professeur aux Beaux-Arts de Paris, en est le sculpteur. Le lycée polyvalent ainsi qu’un musée de la ville portent son nom. Enfin, la société de Borda, société savante, prend naissance à Dax en 1876.
La Marine n’est pas en reste. Un buste est installé sur le vaisseau-école portant son nom. Le bâtiment de la marine, BH2C Borda, honore les progrès apportés par le savant en sciences nautiques. Il a d’ailleurs la ville de Dax pour marraine. Notons aussi que les élèves de l’École navale sont surnommés les bordaches ! Et son nom est donné à un quartier de l’École navale à Brest.

À Paris, dans le quartier des Arts-et-Métiers, une rue porte son nom. Borda est aussi inscrit parmi les 72 savants sur le premier étage de la tour Eiffel, à la douzième place. Puis, on donne son nom à un cap de l’île Kangourou (Australie), à un cratère de la Lune et à l’astéroïde n° 175726, découvert le 29 aout 1997 par l’observatoire de Dax.
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe réformée.
Références
Étienne Taillemite, « Un savant en son temps : Gaspard Monge (1746-1818) » (chap. « Monge et la Marine »), Bull. de la SABIX, no 41,
Biographie, Académie de marine
https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/39863
Lettre de Clairaut, 16 juin 1756
La vie et les travaux du chevalier Jean-Charles de Borda (1733-1799). Épisodes de la vie scientifique au XVIIIe siècle, Jean Mascart, 2002.
Histoire de la mesure


Très intéressant article.
il semble même que sa mémoire est respectée par toutes les institutions qu’il a fréquentées.
J’ajouterai juste qu’il existe également una rue Borda en son honneur à Bordeaux.
Félicitations pour l’avoir rappelé à notre souvenir.
Cordialement,
Manuel de Miguel de Santa Gema