Jeanne d’Albret, au tems de la rèina Jana

Jeanne d’Albret nait le 16 novembre 1528 à Saint Germain en Laye. Elle est la fille unique de Henri d’Albret et de Marguerite de Navarre. Elle épouse Antoine de Bourbon en 1548 et donne naissance en 1553 au futur Henri IV. La rèina Jana des Béarnais devient reine de Navarre en 1555. Connue pour son caractère impétueux et son intransigeance, elle modernise le royaume et introduit la religion réformée.

Jeanne d’Albret épouse Antoine de Bourbon

Elle est mariée au duc de Clèves
Jeanne est mariée au duc de Clèves

François 1er marie Jeanne d’Albret à Guillaume Duc de Clèves, contre sa volonté et celle de ses parents qui font intervenir les Etats de Béarn pour s’y opposer. Du haut de ses 12 ans, le matin de la cérémonie, Jeanne d’Albret dicte devant témoins, une déclaration par laquelle elle dit refuser ce mariage imposé à sa volonté. « Moi, Jeanne de Navarre, continuant mes protestations auxquelles je persiste encore par cette présente que le mariage que l’on veut faire de moi avec le duc de Clèves est contre ma volonté, que je n’y ai jamais consenti, ni ne consentirai. »

Le Duc de Clèves, allié de François 1er, est battu par les Espagnols à Düren. Il ne sert plus à rien et François 1er fait annuler le mariage par le pape Paul III Farnèse en 1545.

Cependant, ce sont des noces salées. François 1er, à court d’argent, impose la gabelle dans les pays du sud-ouest jusque là exemptés. Des soulèvements ont lieu en Angoumois, en Saintonge et dans le bordelais.

Le 20 octobre 1548, Jeanne d’Albret épouse Antoine de Bourbon à Moulins. En mars 1549, ils sont à Pau pour demander l’assentiment des États. La guerre reprend en octobre 1551. Antoine commande l’avant-garde de l’armée et Jeanne d’Albret le suit de près. Antoine et Jeanne s’écrivent trois fois par semaine. C’est un véritable grand amour. Leur premier fils Henri nait à Coucy le 21 septembre 1551 mais ne survit pas.

Elle devient reine de Navarre

Jeanne accouche d'Henri à Pau
Jeanne accouche d’Henri à Pau

De nouveau enceinte de 8 mois, Jeanne d’Albret et Antoine partent pour le Béarn. Le futur roi Henri nait dans la nuit du 12 au 13 décembre. Henri d’Albret lui frotte les lèvres avec de l’ail et lui fait boire une goutte de jurançon pour le fortifier.

Henri d’Albret meurt le 29 mai 1555. Jeanne d’Albret devient reine de Navarre à 27 ans. Le roi Henri II de France propose aussitôt un échange entre le Béarn et un fief important dans le nord. Devant le refus, il tente de soudoyer le chancelier de Béarn, Nicolas Dangu, pour que Navarrenx soit livré aux français. Le complot échoue.

Pendant leur séjour en Béarn, Antoine refait les jardins du château et s’occupe aussi de ceux de Nérac. Il reprend la lutte pour récupérer la Navarre et intrigue, sans succès, dans toutes les chancelleries. 

Le 5 décembre 1558, le roi François II meurt. Le 25 décembre, Jeanne d’Albret se déclare publiquement calviniste à Nérac.

Jeanne d’Albret impose le calvinisme dans ses états

Jeanne est très instruite, elle parle plusieurs langues, aime les sciences et la poésie (elle en écrit). Elle protège les artistes, les savants et les écrivains, d’ailleurs la cour de Navarre sera particulièrement brillante sous son règne. Elle a les idées larges et est favorable à la liberté de conscience. Avant de partir pour Paris, Jeanne d’Albret promulgue, le 19 juillet 1561, ses premières ordonnances ecclésiastiques instaurant une coexistence entre les religions protestantes et catholiques dans ses états. Les deux cultes sont libres et célébrés alternativement dans les mêmes églises. Des émeutes ont lieu à Monein, Nay, Pau et Oloron où le peuple s’oppose à l’installation des ministres.

Jeanne refuse d'abandonner le calvinisme
Jeanne refuse d’abandonner le calvinisme

À Paris, Jeanne d’Albret fait célébrer le nouveau culte dans ses appartements grands ouverts et fait scandale. Refusant la modération, le roi l’exile en avril 1562 à Vendôme puis en Béarn mais garde à la Cour ses deux enfants, Henri et Marguerite.

Antoine, dont elle s’est séparée suite à ses infidélités, est tué au siège de Rouen le 17 novembre 1562. Lors d’une inspection des remparts, il s’arrête pour uriner et reçoit un coup d’arquebuse. Ce qui inspire à Voltaire cette rude épitaphe : Ami François, le prince ici gisant vécut sans gloire, et mourut en pissant.

Jeanne d’Albret prend aussitôt des mesures pour implanter le calvinisme en Béarn. Les églises Saint Martin de Pau, Saint André de Sauveterre et la cathédrale de Lescar sont transformées en temple, le catéchisme de Calvin traduit en béarnais est publié en 1563, l’académie protestante d’Orthez est fondée en 1566, le Nouveau Testament est traduit en basque par Jean de Liçarrague et les Psaumes de Clément Marot traduits en béarnais.

La souveraine du Béarn

Jeanne a du caractère, d’ailleurs Agrippa d’Aubigné a dit d’elle : Cette reine n’avait de femme que le sexe, l’âme entière aux choses viriles, invincible aux adversités. Elle va s’inspirer du protestantisme pour moderniser son royaume. Elle promulgue des lois contre la prostitution, les jeux de hasard, et crée des écoles pour filles avec des enseignements protestants.

La Cour de France organise un voyage de deux ans à travers le royaume. Jeanne d’Albret la rejoint à Mâcon mais les frictions religieuses sont si vives que le roi l’exile à Vendôme. Elle reçoit la Cour à Nérac, du 28 au 30 juillet 1565, et la suit à Paris. En décembre 1566, elle demande la permission de se rendre à Vendôme avec ses enfants et en profite pour les ramener en Béarn où elle arrive en janvier 1567.

En 1568, un incendie ravagea Pau. Sur sa bourse personnelle, elle dédommage les victimes , fait remplacer le chaume des toits par de l’ardoise et des tuiles et crée un service de pompiers. Elle fait paver les rues, construire des égouts, des puits et des fontaines, fait transporter les latrines au-dessus des fossés des remparts et autorise la construction de cimetières uniquement hors des murs.

Elle s‘entoure de poètes comme Clément Marot, Charles Macrin, Jean de la Jessée, Guillaume du Bartas, Augier Gaillard, Bernard du Poye, Nicolas Bordenave dont l’Histoire du Béarn sera publiée seulement en 1873, et Georgette de Montenay.

Jeanne d’Albret chef du parti protestant

Jeanne organise la défense de La Rochelle
Jeanne organise la défense de La Rochelle

Une tentative d’enlèvement du futur Henri IV échoue en 1568. Jeanne d’Albret décide de se rendre à La Rochelle où elle prend en main la défense de la ville et y reste 3 ans.

Jeanne délivre Navarrenx
Jeanne délivre Navarrenx

Charles IX ordonne la confiscation de tous ses biens et envoie une armée en Béarn et Navarre pour rétablir le catholicisme. Nay est saccagée et sa population massacrée. Le baron d’Arros s’enferme à Navarrenx avec 500 hommes et appelle la reine à son secours. Le 27 juillet, une armée commandée par Montgomery part de Castres et délivre Navarrenx le 9 août. Il prend Orthez, entre à Pau le 22 août, à Tarbes le 5 septembre et à Mont de Marsan le 10 septembre et rétablit l’autorité de Jeanne d’Albret dans ses états.

Le 26 novembre 1571, Jeanne d’Albret publie les Ordonnances ecclésiastiques.  L’assistance au prêche est obligatoire sous peine d’amende et elle impose à tous le calvinisme. Elle interdit les jeux et fêtes, règle les mariages et les décès. Elle proscrit l’oisiveté et interdit les mendiants. Les biens confisqués au clergé servent à l’assistance des pauvres.

Jeanne meurt à Vendôme
Jeanne meurt à Vendôme

Jeanne d’Albret meurt à Vendôme, le 9 juin 1572, de la tuberculose, alors qu’elle se rendait à Paris pour le mariage de son fils avec Marguerite de Valois. Le catholicisme est rétabli en octobre 1572.

Tout cela s’est passé au tems de la rèina Jana. C’est ainsi que les Béarnais parlent d’évènements lointains.

Serge Clos-Versaille

écrit en nouvelle orthographe

Références

 Jeanne d’Albret, la mère passionnée d’Henri IV, Françoise Kermina, éditions Perrin, 1998
Les Muses françaises I, anthologie des femmes poètes, Alphonse Séché, 1908
Jeanne d’Albret et sa cour, Actes du colloque international de Pau (17-19 mai 2001), 2004
Poésies de Jeanne d’Albret
Mémoires et poésies de Jeanne d’Albret