Joseph de Pesquidoux, le Virgile gascon

Joseph de Pesquidoux (1869-1946) est un écrivain gascon. Il est élu à l’Académie française, en 1936, à l’Académie des Jeux floraux de Toulouse en 1938. Il a écrit des pages merveilleuses qui mettent en valeur la noblesse et la vie des paysans de son pays du Hogar [Le Houga].

Joseph de Pesquidoux

"<yoastmarkJoseph de Pesquidoux, de son vrai nom Pierre Edouard Dubosc, est le deuxième comte de Pesquidoux. Il nait à Savigny les Beaune en Côte d’Or, le 13 décembre 1869 dans la maison de sa famille maternelle. Il est le fils de Léonce Dubosc, comte de Pesquidoux et de Olga Beuverand de la Loyère. Tous deux sont écrivains.

Il fait ses études à l’école des frères du Hogar, puis au collège des Pères Dominicains d’Arcaishon [Arcachon], enfin il suit les cours de Lettres Classiques à l’université de Paris. Il fait son service militaire à Aush [Auch] et envisage un instant une carrière militaire.

L'affiche de Ramsès présenté à l'Expo Universelle 1900
L’affiche de Ramsès présenté à l’Expo Universelle 1900

Finalement, Joseph de Pesquidoux reste quelques années à Paris. Il y écrit des poèmes qui sont publiés et des pièces de théâtre. L’une, Ramsès, est jouée au pavillon de l’Egypte lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris.

Le retour dans le Gers

Joseph de Pesquidoux se marie en 1896 avec sa cousine Marie-Thérèse d’Acher de Montgascon (1873-1961), fille d’un homme politique dont la famille est originaire du Lengadoc (domaine de Montgascon, près de Limoux). Ils auront six enfants.

Seul garçon de la famille, il doit s’occuper du domaine viticole familial à la mort de son père en 1900. Le voilà revenu au château de Percheda [Perchède], près du Hogar, où il reste jusqu’à la fin de ses jours, le 17 mars 1946, sauf le temps de la première guerre mondiale. En effet, à l’âge de 45 ans, il s’engage dans la guerre de 1914-1918 d’où il ramènera des infirmités qui le feront souffrir toute sa vie.

Joseph de Pesquidoux décrit la société paysanne

Ce gentilhomme campagnard a un sens artistique développé et une culture solide. On associe volontiers ses écrits à Virgile, Horace ou Columelle. Peut-être cette phrase de son Livre de Raison montre ses convictions : On ne conçoit pas un bien sans un toit, un toit sans un foyer, un foyer sans une famille, une famille sans entente, union, amour… Toute la concordance des êtres et des choses est là.

Le Virgile gascon, comme le surnomment des critiques, publie des ouvrages sur la vie des paysans du Hogar, leurs coutumes, leurs rites et leurs fêtes. En 1921, son ami Jean de Pierrefeu (1883-1940), journaliste parisien, l’incite à rassembler ses textes dans un livre, Chez nous (A nouste) – Travaux et jeux rustiques, recueil de 23 chapitres dans lesquels il décrit de manière vivante les travaux des champs, les coutumes et les jeux traditionnels du monde paysan. On y retrouve : La course landaise, La chasse aux palombes, Autour de l’alambic, La fête du cochon, Lous esclops [les sabots], Lous pousoués [les sorcières], Le blé…

A noste

Pesquidoux - moissons à la faux
Les moissons à la faux

Ce travail de la faucille et de la faux est exténuant. En vain la ménagère, au bout du champ, une bouteille d’une main et le verre de l’autre, attend les moissonneurs pour les rafraîchir et les réconforter. « Le grand luisant », comme ils disent, les dévore : la masse du blé les accable. Une sueur poussiéreuse s’attache à leurs membres, leurs figures se plissent sous l’effort, leurs bouches à la sécheresse de l’air ; et la joie éclatée à l’aurore, la joie du bonjour se dissipe. Alors suprême recours, ils chantent. Envahis par la pesanteur du jour ils chantent d’une voix monotone et soutenue, par larges éclats d’une tristesse infinie. C’est une mélopée millénaire qu’ils reprennent, emplie de la soif du soir profond :
– Jou bien sabi quié l’auejade,
– La Marioun coum jou tabé …,
– Bet soureil aut coutchadé !
– Ben, bét soureil, ben té coutcha !
– Ja bére paouse que’s léouat

[ Jo bien sabi qui ei l’avejada, – La Marion com jo tanben…, – Bèth sorelh au cochadèr ! – Veng, bèth sorelh, veng te cochar ! – Ia bèra pausa que’s lhevat !
Je sais bien ce qu’est l’ennui, La Marion autant que moi aussi…, Beau soleil au couchant ! – Viens, beau soleil, viens te coucher ! – Il y a longtemps que tu es levé !].

La vie quotidienne des paysans et leurs travaux

Attelage de bœufs en Gascogne gersoise
Attelage de bœufs en Gascogne gersoise

En 1922, Joseph de Pesquidoux publie Sur la glèbe. Composé de trois chapitres parlant des travaux des champs, de l’Homme et de son foyer.  Pleines de vie, ces descriptions nous relatent la vie quotidienne de ces paysans. Ils voient leur monde se transformer avec l’arrivée des nouvelles cultures et des nouvelles techniques, notamment les engrais chimiques. Les prix de vente augmentent sur les marchés avec de meilleurs rendements. Le blé vaut 75 francs les 100 kilos, le maïs 55, l’avoine 65 : le triple des anciens prix

Une vie qui change

Si les techniques et les outils évoluent, le bœuf reste le compagnon de travail des paysans. Beaucoup, supportant mal les longues sueurs, devenaient tuberculeux. Survinrent les plants américains, avec eux la taille sur fil de fer, les larges allés, l’espace. On en profita pour changer les bêtes. On acheta dans le Haut-Armagnac des bœufs dit gascons. Ils sont gris, moyens, épais de torse et de flanc, amples d’épaules et de hanches, musclés, près de la terre, et respirent la puissance. Ils ont la corne courte, horizontale, et les muqueuses noires… Tels quels, ils se plient à tous les labeurs, et, sains, les poumons libres, avancent partout du même pas, de la même haleine.

Mais si les techniques et les rendements évoluent, les métayers sont toujours aussi pauvres, comme l’arroumic / l’ahromic [la fourmi] : Ses voisins, paysans comme lui, métayers ou brassiers, lui ont donné ce « chafre », ce surnom. En patois, la fourmi est du masculin, on dit, on écrit un arroumic. Ils l’ont appelé ainsi à cause de son économie, de sa prévoyance, et surtout de la constance qu’il a mise vingt ans pour acquérir un petit bien, oh ! tout petit encore, un embryon de propriété, ajoutant un are à un autre are, comme la fourmi ajoute un grain de mil à côté d’un autre grain de mil.

Joseph de Pesquidoux, chantre du pays d’Armagnac

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Ainsi, Joseph de Pesquidoux écrit plusieurs ouvrages sur l’Armanhac et la vie des paysans. On citera Le Livre de raison publié en 1925, Le coffre à sel en 1930, L’église et la terre en 1935, La harde en 1936. Il écrit : Si j’ai insisté sur les paysans, c’est qu’ils sont voués à la solitude dans la vie, à la solitude des moyens, des expériences, des efforts, et que, suivant le mot de Musset : les paysans, je les ai sur le cœur.

André Gide (1920) admirateur de Pesquidoux
André Gide (1920)

En 1927, Joseph de Pesquidoux obtient le Grand Prix de Littérature de l’Académie française, mettant à l’honneur la littérature régionaliste. André Gide est et restera un fervent admirateur des écrits de l’Armagnacais, comme il l’écrit dans Voyage au Congo – Le Retour du Tchad : « ce matin je chasse avec Pesquidoux qui ne se doute guère assurément que je fus un des premiers à m’éprendre de ses écrits…« 

Joseph de Pesquidoux s’intéresse également à l’histoire. En 1931, il publie Caumont duc de la Force, L’Armagnac, son eau de vie, son histoire et ses monuments, ses eaux thermales et son climat en 1937, Fêtes commémoratives du séjour de Pétrarque à Lombez en 1937.

Il est élu à l’Académie française le 2 juillet 1936, et à l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse en 1938.

L’auteur s’essaie au cinéma

Enfin, il s’essaye au cinéma. Il produit un film dans lequel il décrit une course landaise à Rion des Landes et qui sera diffusé pour faire connaitre ce sport à l’Exposition universelle des sports de 1939 à New-York.

En 1943, Joseph de Pesquidoux produit un court métrage de 20 mn, Gens et coutumes d’Armagnac. Il le présente à la Mostra de Venise. Il décrit la vie d’un couple depuis l’enfance jusqu’à sa mort et parle des coutumes, des chants et des danses en pays d’Armanhac. En particulier il montre les donzelons [garçons d’honneur du marié] qui annoncent le mariage de maison en maison et la passada au cours de laquelle on transporte en char à bœufs le lit et l’armoire de la mariée depuis la maison des parents de la belle jusqu’au futur domicile des mariés. Le film sera primé en 1947. Joseph de Pesquidoux ne le saura pas, il meurt le 17 mars 1946 au Hogar.

(un extrait de 3 minutes ci-dessous).

Pour retrouver la vie des paysans d’Armanhac, nous vous suggérons de visiter la Ferme aux cerfs du Houga et le Musée paysan de Toujouse.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Joseph Pesquidoux biographie, académie française
Chez Nous (A nouste)
Sur la glèbe
Plusieurs de ses livres sont disponibles à la bibliothèque de l’Escòla Gaston Febus