Louis Dulhom-Noguès, un poète oublié

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Louis Dulhom-Noguès, ou Louis Barbet de son vrai nom, est un auteur parisien qui a passé son enfance à Aventignan (Hautes-Pyrénées),  chez ses grands-parents. Il est mort en 1914.

Une carrière courte

Louis Delhom-Noguès grandit à Aventignan (65) chez ses grands-parents
Aventignan (65) vers 1910

Louis Barbet nait 24 aout 1889 à Paris. Sa famille est originaire d’Aventignan, un petit village pyrénéen. C’est là qu’il passe toute sa jeunesse, auprès de ses grands-parents. Comme il est coutume, il prend le nom de sa mère (Dulhom) et celui de sa maison (Noguès).

 

On le connait désormais sous le nom de Louis Dulhom-Noguès.

Adolescent, il revient à Paris, et suit des études au lycée Chaptal. Ensuite, il entre comme employé dans une fabrique de bijouterie, puis employé de banque et traducteur d’allemand. Il commence à écrire en 1907 et, finalement, devient poète et dramaturge.

Louis Delhom-Noguès est tué à Marcilly (Seine-et-Marne en 1914 pendant la Bataille de la Marne
Marcilly (Seine-et-Marne), maisons bombardées pendant la Bataille de la Marne (1914)

Louis Dulhom-Noguès se fiance avec une jeune actrice Michelle de Biez. Mais, il est mobilisé en 1914 au 69e BCP (Bataillon de chasseurs à pied) avec le grade de sergent. Il meurt le 8 septembre 1914, pendant la Bataille de la Marne, à Marcilly. Il a à peine 25 ans.

Son corps est ramené à Aventignan en 1921 pour y être enterré avec tous les honneurs.

Louis Dulhom-Noguès, poète gascon

À Aventignan, on parle gascon. Alors, il l’apprend dès son plus jeune âge et c’est dans cette langue qu’il compose ses premiers poèmes en 1907. Ainsi, il écrit sous le nom de Louis Noguès dans la revue Era Bouts dera Mountanho, de l’Escolo deras Pireneos fondée par Bernard Sarrieu. Il est d’ailleurs membre de cette Escolo et son représentant à Paris.

Médaille de Bronze pour Louis Dulhom-Noguès aux Jeux Floraux 1907 de l'Escolo dera Pirneoa à Saint-Girions
Médaille de Bronze pour Louis Dulhom-Noguès aux Jeux Floraux 1907 de l’Escolo deras Pireneos à Saint-Girons

En fait, il collabore régulièrement à la revue et il participe aux Felibrejadas (Félibrées) parisiennes. Il connait un premier succès, encore timide. Néanmoins, il participe aux Jeux Floraux de Boulogne-sur-Gesse et donne régulièrement des conférences sur la poésie gasconne et sa terre de Gascogne.

Le journal La Musette, revue artistique et littéraire du Massif Central, publie le 1er février 1910, un éloge du poète Étienne Marcenac en disant : « Il a une baguette magique qui, comme celle du talentueux Dulhom-Nogués, le vaillant barde pyrénéen, anime jusqu’aux ravines et aux rochers, mais il sait aussi assembler les foules, au nom des petites patries ». C’est bien la preuve que Louis Dulhom-Noguès est connu au-delà de la Gascogne.

Perqué nou pas aymà-m ?

Par exemple, dans la revue de  juin 1907 (p 103), il écrit Perqué nou pas ayma-m? Perqué non pas aimà’m? Pourquoi ne pas m’aimer ?

En graphie d’origine :

Escolo deras Pireneos-couverture de la revue mensuelle
Escolo deras Pireneos, revue mensuelle (1907)

Perquè nou pas ayma-m, amigo, m’ac bòs dide? ‘
Uèyto: déjà ‘d soulélh mous arrescauho ‘d prat:
Erous, ed parpalho sa proumiso ba béde,
E de blu, è de blanc, de nau, s’ey affierrat.

Uèyto era flou, quin s’òrb, beuédo, ara lumièro;
Ed arbre qu’èro nut, aro que s’éy bestit;
‘Ra niéu, ped raount en bat, s’ascourrouc ‘na rieuèro;
De tèrro, nouste blat, bèt-tens-a, qu’ey sourtit.

Perquè nou pas ayma-m? Tout parlo ena naturo;
‘D arroussinhòl, et sé, canto coumo un perdut;
Debat es bèrs ‘d arriéu sénse triga-s murmuro;
Enténes, dera Nèsto, aciéu, quin pujo ‘d brut?

— Enténes, tout marcha tout ed loung deras sègos,
Es grilhous houleja ‘na clartat dera lió?
Que canton touts at còp, tapadje d’arrassègos,
E dera lou cansoun touto ‘ra prado ey plió…

Perquè nou pas ayma-m? Tout s’aharto de bito;
Tout nou cèrco qu’ayma, ‘n aquésti beròy téns:
Perquè doun nou bòs pas amigo, tout de sliito,
Accepta ‘d mèn poutouií ‘ta hesteja ‘d printéns?…

— Après, quan bengueran eras flous pera branco,
Deuant Nouste Senhou que t’amiarèy, erous,
E tu, santód’amour, tremblanto, touto blanco,
Un Iiri senlaras at bèt miéy deras flous!...

Traduction de la première strophe :

Pourquoi ne pas m’aimer, mie, peux-tu me le dire ?
Vois : déjà le soleil nous réchauufe le pré ;
Heureux, le papillon sa promise va voir
Et de bleu, et de blanc, de neuf il s’est paré.

Louis Dulhom-Noguès, écrivain français

Il apprend le français au collège de Vic-en-Bigorre grâce à sa tante qui y enseigne. Finalement, c’est dans cette langue qu’il s’exprime le mieux. Il publie La Première Gerbe, son premier recueil de poèmes, en 1914. Le succès venant un peu tard, son recueil de poèmes reçoit, à titre posthume, le prix Sobrier-Arnould de l’Académie Française.

Il est dramaturge (c’est du moins la profession qui figure sur son carnet militaire) et s’essaie avec succès au théâtre. Dans le journal Comediae du 19 juillet 1909, on peut lire « Les Trois Baisers, un acte envers dû à la plume de M. Dulhom-Noguès. On n’a pas oublié La Faute de David que nous donna, cet hiver, M. Dulhom-Noguès, et ce sont les mêmes précieuses qualités en versification que l’on retrouve dans Les Trois Baisers. L’œuvre, dans son ensemble, est d’un intérêt saisissant et comporte des situations amenées avec beaucoup de science scénique ».

Revue La Nef (septembre 1913)
Revue La Nef (septembre 1913)

On sait au moins le nom de deux de ses pièces : Les Trois Baisers et La Faute de David.

Il écrit aussi Un Rendez-vous pour le magazine La Femme chic, une revue de mode qui parait le 1er aout 1914.

Louis Dulhom-Noguès joue aussi. Il joue au théâtre de verdure de Blois comme nous le dit la revue littéraire La Nef du 1er septembre 1913. C’est à l’invitation d’un écrivain régionaliste de Sologne. Car Louis Dulhom-Noguès, s’il écrit surtout en français, n’a pas oublié qu’il est un fervent régionaliste.

Un poète disparu trop tôt

Louis Delhom-Noguès est sur le Monument commémorant les écrivains morts pendant la Guerre 1914-1918
Monument commémorant les écrivains morts pendant la Gurre 1914-1918

Louis Dulhom-Noguès est mort à 25 ans. Sa carrière d’écrivain venait à peine de commencer.

Les milieux régionalistes font son éloge. Le quotidien Le courrier du Gard annonce sa mort : « M. Louis Barbé, poète pyrénéen, connu sous le pseudonyme de Dulhom-Noguès, qui l’an dernier, reçut de la reine du Félibrige l’anémone d’or, a, été tué le 8 septembre à Marcilly pas un éclat d’obus. Il était sergent réserviste au 69e bataillon de chasseurs ».

Il est l’un des 560 écrivains morts pendant la guerre 1914-1918 ; son nom est gravé au Panthéon, à Paris. On peut se souvenir de Jean-Baptiste Bégarie (1892-1915), un autre jeune écrivain gascon qui vécut, lui aussi, un triste destin.

Son corps repose à Aventignan depuis 1921. À cette occasion les hommages se sont multipliés.

L’hommage de La Pensée française

Revue La Pensée Française
Revue La Pensée Française

Dans La Pensée Française du 22 septembre 1922, on peut lire :

« Dulhom-Noguès était vraiment poète. La rime venait facile et sonore. Son vers avait la fierté des monts pyrénéens, la violence des torrents, la fraicheur des vallées de la Garonne. Il vivait ardemment, intensément. Tout en lui était vibration. Toute beauté d’où qu’elle vint l’enthousiasmait. Il était prompt, loyal, sûr, de cœur excellent et d’une gaité communicative.
Un jour, il m’apporta sa Première Gerbe, recueil de poésies inspirées du plus pur sentiment pour la terre natale. Il y avait dans tout dans le Livre, comme dans La moisson de beaux épis d’or, des bleuets, des coquelicots et aussi un peu de nielle ; et d’ivraie. Mais il avait vingt ans ! Et sa gerbe qu’il me demandait de présenter au public, était encore belle ainsi, lourde de promesses et embaumée de l’air des champs. Elle lui valut le prix Sobrier-Arnaud de L’Académie Française et Toulouse, le pays des troubadours et des poétiques traditions, la ville de Clémence Isaure, lui décernait en 1912, à l’occasion des Jeux floraux, l’anémone d’or, sa plus haute récompense.

Dulhom-Noguès avait également un tempérament d’auteur dramatique. Il composa plusieurs pièces dont l’une, Juanina, trois actes en vers, témoignait des qualités les plus brillantes. Elle fut représentée sur la scène d’un théâtre de verdure à Asnières avec un grand succès. Le poète tenait le rôle principal — car il était acteur dans l’âme. Il chantait aussi avec une grande puissance, comme s’il eut rassemblé dans son seul gosier toutes les mélodies éparses sur cette terre radieuse où les fleurs sont le plus belles et les femmes le plus jolies. Une jeune actrice qui jouait avec lui devint par la suite sa fiancée. C’était un peu aussi la belle aventure, comme dans le Grand Meaulnes ! Mais le mauvais génie de La guerre allait passer en hurlant son hymne de mort à travers les villes et les campagnes de France !… ».

L’hommage des Pyrénées à Louis Dulhom-Noguès, 

France Darget Savarit, poétesse (1886-1965) rend hommage à Louis Delhom-Noguès en 1922
France Darget Savarit, poétesse (1886-1965)

Et nous terminerons cet hommage par le poème dédié à Louis Dulhom-Noguès que France Darget Savarit, publie dans le journal Pau-Pyrénées du 6 août 1921 (extrait) :

Pâtre du pays d’oc où les azurs se lavent,
Ô jeune homme courageux, candide et matinal,
Dont la libre chanson, roulant du roc aux Gaves,
Escaladant des monts le désert vertical. …

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (de 1990)

Références

SAMG, Louis Barbet dit Louis Dulom-Noguès
Era Bouts dera mountanho. – Annado 03, n°09-12 (Setéme-Decéme 1907)
Poésie Grande Guerre, Dulom-Noguès Louis, Julia Ribeiro
Le village a rendu hommage à son illustre poilu Louis Barbet, La Dépêche, 2018
Le souvenir français, Louis Eugène Sylvain Barbet dit Louis Dulom-Noguès (1889-1914)

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