Max Linder, un Gascon vedette du cinéma muet

Max Linder, de son vrai nom Gabriel Leuvielle était Gascon. Il est né à Saint-Loubès en Gironde et fut l’une des plus grandes vedettes françaises du cinéma muet. Charlie Chaplin qui l’admirait s’en inspira pour créer son personnage de Charlot.

Dans la série des Gascons de renom avec Pierre Latécoère,  Jean BourdetteJean-Baptiste Sénac,  Guillaume Saluste du BartasAntoine de NervèzeSans MitarraJacques LacommeAlexis PeyretMarcel AmontIgnace-Gaston PardiesAndré DaguinJean LabordeJoseph du Chesne.

Une enfance gasconne

Extrait de l'acte de naissance de Gabriel Leuvielle le 16 décembre 1883 à Saint-Loubes (Gironde)
Extrait de l’acte de naissance de Gabriel Leuvielle (source : AD de la Gironde)

Gabriel Leuvielle est né le 16 décembre 1883 à Saint-Loubès, dans l’Entre-Deux-Mers. Ses parents étaient vignerons mais suite aux ravages du phylloxéra, ils confièrent Gabriel et son frère à leurs grands-parents et s’exilèrent en Amérique.

Max Linder n’est pas le seul grand personnage de Saint-Loubès. L’écrivain béarnais Paul-Jean Toulet vécut chez sa sœur, à Saint-Loubès, de 1912 jusqu’à son mariage à Guétary. Et Saint-Loubès, c’est aussi la patrie de René Labat (1904-1974), spécialiste français de l’Assyrie, et de Sophie Davant, née en 1963, journaliste et comédienne.

Le futur acteur étudia au lycée de Talence puis suivit les cours du conservatoire de Bordeaux. Forte tête, il se fit renvoyer. Il joua sous le nom de Max Lacerda. En 1904, il changea Lacerda en  Linder, nom d’une boutique de chaussures qu’il vit dans les rues bordelaises. Et il monta à Paris.

Grâce à un de ses anciens professeurs, il put jouer au théâtre de l’Ambigu et au théâtre des Variétés. Là, il fut remarqué par Charles Pathé. Il entra dans sa maison en 1905 pour faire du cinématographe.

Max Linder rencontre le succès 

Max Virtuose (1913)
Max Virtuose (1913)

Il fit carrière dans la comédie, et tourna plusieurs courts métrages. En 1910, il créa le personnage de Max, dandy élégant, hâbleur, séducteur et toujours mêlé à des aventures loufoques.

Max adopta un physique reconnaissable qu’il garda toute au long de sa carrière : costumes élégants, chapeau haut-de-forme, canne, gants-beurre et petite moustache.

Il tourna une centaine de courts métrages que, le plus souvent, il écrivait et réalisait lui-même. Parmi lesquels : Comment Max fait le Tour du Monde en 1910, Max victime du quinquina en 1911, Une idylle à la ferme en 1912, Le Duel de Max  en 1913, Max sauveteur en 1914 …

En fait, Max Linder porta haut l’esprit gascon, alliant une observation fine à la légèreté de l’expression, le réalisme au trufandèr ou au burlesque.

Max Linder, première star internationale

Charles Pathé (1863 - 1957) fait connaitre Max Linder
Charles Pathé (1863 – 1957)

Grâce aux encarts publicitaires de Pathé, il devint la première star internationale du cinéma, bien avant la période d’Hollywood. Il alla en Espagne, en Allemagne et en Russie. Ses voyages lui inspirèrent quelques films comme Max toréador.

La guerre de 1914 interrompit sa carrière. Gravement gazé au front, il fut réformé. Puis, en 1916, se pensant rétabli, il signa un contrat avec les Studios Essaynay de Chicago, créés en 1907, que son grand ami Charlie Chaplin (1889-1977) venait de quitter. Mais sa santé encore fragile le trahit et il ne tourna que trois films sur les douze prévus.

 

Il fit un séjour dans un sanatorium de Los Angeles et rentra en France pour se faire soigner chez lui. Un an plus tard, Raymond Bernard le fit tourner dans Le Petit Café, une comédie française muette en noir et blanc adaptée de la pièce de théâtre de son père, le grand romancier et auteur dramatique, Tristan Bernard (1866-1947).

L’étroit mousquetaire

Max Linder dans l'Etroit Mousquetaire en français ou the Three Must-Get-Theres en anglais
Max Linder dans l’Etroit Mousquetaire (fr) ou the Three Must-Get-Theres (en)

Max Linder repartit aux États-Unis en 1919, à Hollywood qui était devenu depuis quelques années le centre majeur de production cinématographique. Il tourna trois longs métrages en tant que producteur, scénariste, metteur en scène et principal interprète. L’Étroit Mousquetaire dans lequel il joua le personnage de d’Artagnan fut un immense succès, aux États-Unis comme en France.

Il y joua d’anachronismes comme les dames de compagnie de la Reine qui forment un orchestre de jazz ou Richelieu qui téléphone. Les personnages sont étonnants comme Milady de Winter, grosse dame traversant la Manche à la rame. Et, surtout, il montra toute sa technique pour ne faire surgir le gag qu’au dernier moment. Ce film est toujours considéré comme la meilleure parodie des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas. Il fut adapté en 1921 par Fred Niblo (1874-1948) avec Douglas Fairbanks (1883-1939).

Une fin tragique

Mariage de Max Linder et Ninette Peters
Mariage de Max Linder et Ninette Peters

Il menait une vie épuisante et sa gaieté cachait une neurasthénie chronique.  Il quitta les États-Unis  pour aller se reposer dans les Alpes. En 1921, à Chamonix, il rencontra Ninette Peters, âgée de 16 ans. Il l’enleva et l’épousa à Paris le 23 août 1923.

Sept mois plus tard, il fit une tentative de suicide. Tout y concourut : ses ennuis de santé, sa peur du néant, sa jalousie excessive… Et même l’arrivée du cinéma parlant. Il essaya d’entraîner sa femme dans la mort, mais Ninette réussit à sauver Max. Ninette était alors enceinte de cinq mois et leur fille, Maud naquit en juin 1924.

Malgré le succès de ses derniers films – au total, il tourna 500 films – et sa nomination à la présidence de la Société des Auteurs de Films, Max Linder abandonna tous ses projets. Il entra une fois de plus en dépression et demanda même le divorce.

Le 31 octobre 1925, on retrouva Max Linder et sa femme morts, dans un hôtel de la rue Kléber à Paris. Ils avaient pris du Gardénal et s’étaient tailladé les veines. Il avait 42 ans, elle en avait 20. Max avait mis ses affaires en ordre et prévenu ses amis. Il laissa à sa mort une lettre dans laquelle il disait : « Ma femme me demande de mourir ensemble. J’accepte. »

Max Linder reste dans les mémoires grâce à sa fille

Maurice Leuvielle en 1913 capitaine face à l'Angleterre
Maurice Leuvielle en 1913 capitaine face à l’Angleterre

Maud (1924-2017) est confiée à la garde du rugbyman Maurice Leuvielle, frère aîné de Max. Celui-ci dilapida une grande partie de l’héritage et enterra dans son jardin les bobines des films de son frère. Personne ne s’occupa de la mémoire de l’acteur et on l’oublia rapidement dans son propre pays.

Mathilde Peters, belle-mère de Max Linder, intervint et obtint la garde de Maud. Les deux familles se disputèrent, par procès interposé, et la garde de Maud et la fortune de Max Linder.

 

 

Maud Linder
Maud Linder

Maud Linder cherchera à comprendre qui était son père. Elle est l’auteur de deux films qui retracent sa vie et son œuvre à travers des extraits de films et des documents d’époque : En compagnie de Max Linder en 1963, et L’Homme au chapeau de soie en 1983. Elle complétera par un livre émouvant, Max Linder était mon père, en 1992, où elle pardonne enfin ce père et cette mère qui l’ont abandonnée.

Le premier Ciné Max Linder
Le premier Ciné Max Linder

Max Linder fonda en 1916 une salle de cinéma à Paris, le Ciné Max Linder que vous pouvez toujours fréquenter au 24 boulevard Poissonnière, Paris 9e. Vous la reconnaîtrez, elle s’appelle aujourd’hui le Max Linder Panorama et elle perpétue donc le souvenir de l’acteur.

 

 

Serge Clos-Versaille

 

Références

L’article Max Linder (1883-1925), le d’Artagnan du cinématographe, Michel Pujol, revue Vasconia, n° 8, 2007, p. 31.
L’article Max Linder sur Wikipedia
Max Linder était mon père, Maud Linder, Flammarion, 2003.
Max Linder, Maud Linder, Paris, Éditions Atlas, 1992.
La mort de Max Linder, revue de presse, La Belle équipe, 2015
Son père était Max Linder, interview Le soir, 1992