Pierre Bédat de Monlaur est un poète astaracais. Il montre un lien fort au pays, malgré une vie qui l’entraine à Paris et en Indochine.
Pierre Bédat de Monlaur et sa famille
Pierre Bédat de Monlaur est né dans la propriété familiale, le château de la Flourette, à Saint-Médard, en Astarac (Gers) en 1907. Son père est Joseph Bédat, ingénieur des Arts et métiers d’Aix. Sa mère Yvonne Pérès, est fille d’un médecin de Vic-Fézensac. Il a une soeur ainée, Marie, née en 1901.

Les Bédat sont une vieille famille originaire de Banhèras (Bagnères-de-Bigorre). Mais, au XVIe siècle, quand Jeanne d’Albret prend possession de la Bigòrra, la famille quitte le coin pour aller un peu plus loin en Gasconha ou même en Savoie et en Suisse.
Il continueront à faire parler d’eux. Certains, se distingueront comme militaires comme Pierre-Firmin Bédat (1774-1851), nommé baron d’empire par Napoléon. Simone et son fils, Christian Bédat vont fonder en 1996, en Suisse, une fabrique d’horlogerie, Bédat & Co., spécialisée dans les montres de luxe pour femmes, assorties de pierres précieuses.

Quant à Joseph, il part en 1884 en Extrême-Orient où il fait fortune comme entrepreneur en bâtiments et concessionnaire du service des eaux d’Hanoï. Quand il revient, il achète une jolie demeure, le château de la Bédoyère à Garches. Ils ont aussi une maison à Seissan et Pierre partage sa jeunesse entre ces deux lieux. Inutile de dire qu’il a une jeunesse aisée.
Homme d’affaires malgré lui

(Archives départementales du Gers)
Pierre Bédat obtient une licence en droit. Mais son père meurt en 1927 ; il n’a que 20 ans. Il prend alors sa succession, en particulier comme secrétaire général de la Compagnie des eaux de Hanoï, qui est, en ces temps-là, en Indochine française.
En 1935, il se marie avec Galina Mesterton, originaire de Liège (Belgique). Ils auront une fille, Yvonne.
Il développe d’autres affaires en Indochine, comme une société agricole, une de radio ou encore une compagnie de messageries automobiles. Mais, la guerre d’indépendance d’Indochine (1946-1954) change la donne.
Toutefois, si ses revenus sont sérieusement amoindris, Pierre Bédat a plus de temps pour se consacrer à ses vraies passions. Il partage alors ses journées entre Paris où il réside rue de la Pompe, dans le XVIe, et Seissan.
L’écrivain gascon

À la capitale, Pierre fréquente les cercles littéraires et artistiques, à Seissan, l’Académie des gens de Lettres pyrénéennes, la Société des auteurs et compositeurs de musique, la Société archéologique du Gers. Il rencontrera Joseph de Pesquidoux. C’est un homme curieux, ouvert, sympathique et courtois.
Son premier recueil, en 1932, est intitulé Vers l’île mystérieuse. Il n’y cache pas son amour pour son pays, et écrit plusieurs poèmes comme « Le capitaine gascon », « Légende gasconne », « Les vieux châteaux ». Ou encore « D’Artagnan » dans lequel on lit :
Compatriote, Ami, Gascon de vieille souche,
Sans phrases tu l’aimais ton beau pays natal
Le recueil attire immédiatement l’attention, et lui ouvre de nouvelles portes. Il rencontre la grande poétesse Anna de Noailles, le Sétois Paul Valéry. Puis, viendront L’enthousiasme, en 1934, Le Meunier gascon, contes du pays d’Oc en 1936 avec des dessins du Palois Ernest Gabard, Les Contes du lézard, contes du pays de Gascogne en 1943.
Car, les poèmes de Pierre Bédat de Monlaur parlent de son pays : « Garden Party au Château de la Flourette », « Pays Mirandais », « Terre d’Astrarac ». De même, ses contes décrivent les gens du pays – parfois avec un humour tout gascon – comme dans « Le fromage qui rend muet » où l’abbé trouve une astuce pour que Félicien arrête de parler.
Le meunier gascon

Il va parfois plus loin, comme dans Le Meunier gascon, où il évoque les antagonismes politiques entre les conservateurs et les républicains. Voici le début.
Au bon temps jadis, vivait sur les bords de la Baïse, en Astarac, un brave homme de meunier, le vieux Pierrette, qui ne connaissait que sa rivière et son moulin. […]
Le brave homme avait des idées arrêtées sur toutes choses, bien que n’ayant jamais fréquenté l’école. Avec un bon sens très profond et un esprit alerte, il était, comme on dit en Gascogne, très « esbérit » (éveillé).
Pierre Bédat n’hésite pas à y mettre du gascon, sans le traduire, comme les paroles d’un rondeau bien connu :
Taio lou gigot, lou gigot cousinéro…
Et le refrain sautillant répète le frivole accord :
Toustem, toustem, toustem.
Villanelles, œuvre majeure de Pierre Bédat

La villanelle est un genre poétique ancien, qui fut à la mode au XVIe siècle. Montaigne avait d’ailleurs écrit : « La poesie populaire et purement naturelle a des naïfvetés et graces, par où elle se compare à la principale beauté de la poesie parfaicte selon l’art, comme il se veoid ez villanelles de Gascoigne. »
Pierre Bédat de Monlaur publie ainsi dans Les Villanelles, des petits poèmes en treize vers et avec deux rimes. Plusieurs sont mises en musique par ses amis, dont le grand compositeur Arthur Honegger.
Six font partie du cycle Saluste du Bartas : Le château du Bartas, Tout le long de la Baïse, Le départ, La promenade, Nérac en fête, Duo. Elles racontent une relation imaginaire entre le poète Saluste du Bartas et Marguerite de Valois, reine de Navarre (1553-1615).
De même, Francis Casadesus met en musique six autres villanelles dans son Aucassin et Nicolette.
Souvenirs

Son ami, le peintre Kees van Dongen fait son portrait intitulé : L’homme au gilet bleu. Aujourd’hui, perdu. Enfin, Pierre Bédat de Monlaur reçoit la médaille d’argent de la ville de Paris en 1986 pour l’ensemble de son œuvre.
Il meurt en 1990 à Paris. Il est enterré dans son village natal, à Saint-Médard. Ses œuvres sont conservées aux Archives du Gers.
Seissan l’honore en donnant son nom à une allée et un parc ainsi qu’avec une plaque commémorative sur sa maison.
Terminons par des extraits de ce poème :
À l’école

À l’école j’ai appris
À parler le français
À lire le français
À écrire le français
À chanter en français
À l’école j’ai appris
Que deux et un font trois
Mais je n’ai pas du tout appris
L’histoire de mon pays
La langue de mon pays,
[…]
Ce que j’ai appris à l’école
Ce n’est pas l’histoire de mon pays
Mais l’histoire vue de Paris
Et ceci me désole.
Anne-Pierre Darrées
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Compagnie des eaux de Hanoï, Joseph Bédat.
Vers l’île mystérieuse, recueil de poèmes, 1932.
Honegger – Saluste du Bartas
Pierre Bédat de Monlaur, Bulletin de la société archéologique du Gers, 1992, deuxième trimestre, Pierre Debofle.
A l’escòla, poème occitan, Le journal du Gers, Pierre Dupouy – Cathy Guilbaud-Dupouy, 11 aout 2024.

