La dune du Pilat

La dune du Pilat
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La dune du Pilat est la plus haute dune d’Europe avec 103,6 mètres. Sa hauteur varie d’une année sur l’autre en fonction des vents. Elle fait partie d’un cordon dunaire littoral qui longe les côtes de la Gascogne.

La formation de la dune du Pilat

Carte du Bassin d'Arcachon par Claude Masse (1652-1737)
Carte du Bassin d’Arcachon par Claude Masse (1652-1737) © Conservatoire Patrimonial du Bassin d’Arcachon

Les Landes de Gascogne sont formées de sable poussé par le vent. Les rivières apportent une couche inférieure de sable et de graviers. Près du littoral elle atteint 100 mètres d’épaisseur. Elle se réduit au fur et à mesure que l’on avance vers l’Est.

Au-dessus, les vents d’Ouest apportent une couche de sable fin de quelques mètres. On y trouve du quartz, de la tourmaline et des grenats. Cette formation géologique s’est faite entre – 20 000 et – 10 000 ans. Elle est bien connue grâce aux études préalables aux forages pétroliers dans la région de Cazaux et de Parentis.

À marée basse, le vent arrache du sable du banc d’Argüin et le pousse vers l’est. Il rencontre des marais et une forêt de pins, de saules et de bouleaux. Une dune parabolique de 20 à 40 mètres de haut se forme. Il en existe tout le long de la côte gasconne. À leur début, on les appelle des shiula vents / siffle-vents car le vent y est fort.

À partir du XVIIe siècle, une arrivée massive de sable recouvre progressivement la dune de la Grave sous 50 mètres de sable. Elle atteint 115 mètres de haut en 1910 et prend le nom de dune du Pilat. Sa formation est récente puisqu’elle n’existait pas en 1850.

La dune du Pilat - coupe géologique © Wikimedia
La dune du Pilat – coupe géologique © Wikimedia

Toponymie

On parle tantôt de dune du Pilat ou du Pyla. La bonne appellation est celle du Pilat qui vient du gascon pilat, pialat (pile, tas, amas, monticule). On le trouve déjà sur la carte de 1708 de Claude Masse (1650-1737), géographe bordelais. Tout le secteur s’appelait los sablonèis / les sablières jusque dans les années 1930. Aujourd’hui, c’est le nom de la plage au sud de la dune.

La dune du Pilat continue de bouger. Vers l’Est, elle gagne sur le massif forestier de 1 à 5 mètres par an. Le Nord de la dune est soumis à une forte érosion en raison des vents dominants. À l’Ouest, le trait de côte se modifie selon la force des tempêtes. Au Sud enfin, elle est relativement stable.

Ce sont les vents qui lui donnent sa forme caractéristique : une pente douce de 5 à 10° côté Ouest et une pente raide de 30 à 40° vers la forêt à l’Est.

Une occupation préhistorique

On connait bien l’occupation humaine le long de la Lèira grâce aux sites funéraires.

Mais en 1982, avec le recul du trait de côte, on découvre les restes d’une occupation humaine au pied de la dune du Pilat. Cette fois, il ne s’agit pas d’un site funéraire mais des traces d’un campement. Outre des charbons de bois, on trouve des vases et des augets brisés qui servent à l’exploitation du sel (l’eau de mer est chauffée dans ces récipients pour en extraire le sel). Ils sont caractéristiques de l’âge du fer.

Chantier de fouilles archéologiques, 2014
Chantier de fouilles archéologiques du Pilat, 2014 © Wikimedia

En 2013, on trouve une urne funéraire et un vase de l’âge du bronze (vers 800 avant J.C.). Des fouilles sont entreprises en 2014 sur une plus large surface. On trouve des trous de poteaux régulièrement disposés qui soutiennent un toit d’habitation et des tessons de céramique. On trouve aussi l’urne funéraire d’une personne âgée de 30 ans. C’est la preuve d’un habitat avant la formation de la dune du Pilat. À proximité se trouve une très grande quantité de coquilles d’huitres, ce qui tend à démontrer qu’on en faisait le commerce.

En 2018, une autre opération de fouilles est organisée au nord de la dune du Pilat. Un nouveau site d’extraction de sel est découvert. Des trous de poteaux permettent d’identifier une habitation de 10 mètres de long sur 5 de large, dans laquelle on a trouvé un fragment de meule et d’un four. L’habitation est composée de trois pièces.

La preuve est faite que la dune du Pilat s’est formée tardivement et que le trait de côte recule avec l’avancée de la dune à l’intérieur des terres.

La dune du Pilat est un lieu vivant

Oyats © J-P Bellon
Oyats sur la dune du Pilat © J-P Bellon

La dune du Pilat est faite de sable qui avance de 1 à 5 mètres par an et grignote la forêt. C’est un milieu inhospitalier. Pourtant, à y regarder de plus près, elle abrite une flore et une faune d’une très grande richesse, parfaitement adaptées aux conditions difficiles de vie sur la dune.

Tout d’abord, au pied de la dune, des sources d’eau douce abritent des iris jaunes, des roseaux et des saules. Plus haut, on trouve le gorbet (oyat) dont les racines s’infiltrent profondément dans le sable à la recherche de la moindre goutte d’eau. Ses feuilles s’enroulent sur elles-mêmes pour résister à la chaleur et abritent du vent d’autres plantes qui poussent à côté. Son utilisation ralentit la progression des dunes depuis le XVIIIe siècle.

On trouve aussi la Linaire à feuilles de thym qui est endémique, le Panicaut maritime aux fleurs bleues métal en forte régression en raison de la sur fréquentation du site, l’Immortelle des dunes qui dégage une forte odeur d’épices quand il fait chaud, l’Armoise de Lloyd qui forme des buissons fleuris de jaune.

Immortelle des dunes
Immortelle des dunes © Wikimedia

La faune est abondante sur la dune, pour peu que l’on prenne le temps de l’observer. Le lézard à deux raies est l’un des plus grands de France puisqu’il mesure 40 cm de long. La femelle porte deux lignes blanches de chaque côté du dos. La couleuvre helvétique qui sort le jour pour chasser et dont on peut voir les traces de son passage sur le sable de la dune du Pilat.

Ajoncs, genêts, arbousiers résistants au feu, chênes pédonculés, pins maritimes, gravelots à collier qui nichent dans le sable, lièvres ou huitriers-pie se partagent la dune du Pilat. Les touristes les dérangent trop souvent.

Surfréquentation touristique

Escalier d'accès à la dune du Pilat
Escalier d’accès à la dune du Pilat © Wikimedia

C’est en 1915 que l’intérêt touristique pour la dune du Pilat prend son essor avec la construction d’un lotissement pour clients fortunés. On construit même sur les flancs de la dune, en oubliant qu’elle est en mouvement. En 1943, on interdit les constructions nouvelles  mais les aménagements touristiques reprennent en 1950 avec la construction de quatre campings. Les classements de protection du site interrompent définitivement ce processus à partir de 1975.

La dune du Pilat reçoit plus de 2 millions de touristes chaque année. Elle est le deuxième site le plus visité après le Mont Saint-Michel.

Cette surfréquentation n’est pas sans effet sur la pérennité du site, sa flore et sa faune. Et les retombées économiques sont importantes pour le bassin d’Arcachon. Il faut allier tourisme et protection de la dune du Pilat. C’est le rôle du Syndicat Mixte de la Grande Dune du Pilat.

Le Syndicat mixte

Le Syndicat mixte de la dune du Pilat créé en 2007 associe la Région Nouvelle Aquitaine, le Département de la Gironde et la Teste de Buch. Il a pour mission de protéger et de valoriser le site de la dune du Pilat qui appartient au Conservatoire du Littoral.

Camping de la dune du Pilat après les incendies de 2022
Camping de la dune du Pilat après les incendies de 2022 © Le Monde

Aménagement d’un village d’accueil, amélioration du stationnement pour supprimer le stationnement sauvage (370 000 véhicules payants reçus en 2019), mise en place du service de collecte des déchets (6 tonnes collectées sur le village d’accueil), régulation des activités de loisirs (vol libre, notamment), protection de la faune et de la flore et lutte contre les espèces envahissantes (12 espèces recensées), lutte contre l’érosion, etc.

Comme on le voit, le travail entrepris est de longue haleine. Les résultats sont tangibles. Malheureusement, le grand incendie de l’été 2022 a ravagé les abords de la dune du Pilat, bru les cinq campings situés au pied de la dune et ruiné la saison touristique.

À toute chose, malheur est bon. L’incendie est devenu un accélérateur de l’aménagement du site de la dune du Pilat pour contrôler le flux touristique et améliorer la protection du site.

Tout finit par des chansons

En 1912, Léonce Laforgue compose Vers le Port, une chanson sur Arcachon sur les paroles de J-B Ayraud. En voici le deuxième couplet :

Regardons loin de nous, près de ces dunes blanches,
Sur le sable brulant nos barques vont mouiller ;
Et là près du grand banc, malgré qu’il soit dimanche,
Des milliers de parqueurs viennent y travailler.
Plus loin vers le Pilat, une immortelle plage,
Les brisants, les grands pins et la pointe du sud,
L’écume de la mer sur ce joli rivade,
Le phare, les chalets, la Vierge du Salut.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

La dune du Pilat (Wikipedia)
Syndicat Mixte de la dune du Pilat
Tourisme Gironde
Bassin d’Arcachon (Wikipedia)
Claude Masse(Ingénieur) (Wikipedia)
Conservatoire Patrimonial du Bassin d’Arcachon

 

 

Vue panoramiqque de la dune du Pilat © Wikimedia
Vue panoramique de la dune du Pilat © Wikimedia
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