Lo Mas d’Asilh (Le Mas d’Azil) est une petite commune rurale. La plupart des gens ont du mal à la placer sur une carte. Pourtant, elle est connue dans le monde entier pour sa grotte.
Le Mas d’Azil

Ne cherchez pas plus longtemps sur une carte. Lo Mas d’Asilh est une commune du Coserans (Couserans) située à une vingtaine de kilomètres au nord de Sent Joan de Verges (Saint-Girons). Elle est incluse dans le périmètre du Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises.
La rivière Arize la traverse. Elle est longue de 84 kilomètres et va se jeter dans la Garonne à Carbonne.
Le comte Roger IV de Foix (1241-1265) crée la bastide Lo Mas d’Asilh en 1246, en même temps que La Bastida de Seron (Labastide de Sérou) pour conforter l’ouest de ses domaines.

On reparle du Mas d’Asilh vers 1540 car elle devient un haut-lieu du protestantisme. D’ailleurs, on l’appelle « La Genève du comté de Foix ». C’est tout dire !
En 1568, le sénéchal de Toulouse tente de prendre la ville. C’est un échec. En 1625, le roi Louis XIII envoie une armée de 13 000 hommes mais elle se retire six jours plus tard avec d’énormes pertes. C’est encore un échec !
Ce n’est qu’en 1628 que le château est démantelé et qu’en 1636 que les fortifications sont rasées.
Pour être une commune isolée, le Mas d’Asilh n’en est pas moins raccordée au Tacot du Volvestre en 1911. La ligne de chemin de fer ferme en 1938.
La grotte du Mas d’Asilh
On connait le Mas d’Asilh pour sa gigantesque grotte creusée sous la montagne par l’Arize. C’est un tunnel naturel de 420 mètres de long et large d’une cinquantaine de mètres. L’entrée du tunnel est un porche haut de 58 mètres et large de 48 mètres.
La grotte sert de refuge aux premiers chrétiens qui y établissent un lieu de culte. Elle sert aussi de refuge aux protestants lors du siège avorté de 1625. L’échec a dû être cuisant car Louis XIII, qui accorde « La paix d’Alès » après le siège de cette ville en 1629, met une clause spécifique au Mas d’Asilh qui prévoie le démantèlement du plafond de la salle du Temple à l’intérieur de la grotte et la destruction des fortifications qui la protègent.

Puis, en 1857, on transforme la grotte en créant une route impériale le long de l’Arize. Elle doit relier Carcassonne à Saint-Girons. La route, maintenant départementale, est vraiment impressionnante. C’est d’ailleurs un des rares cas en Europe où l’on peut traverser un tunnel et longer une rivière en voiture.En 1940, la Société nationale des constructions aéronautiques de midi (anciennes usines Dewoitine) envisage d’installer dans la grotte une usine de pièces pour avions. Les travaux commencent mais la défaite les stoppe presque aussitôt. Les Allemands reprennent l’idée en 1943 mais l’abandonnent peu après.
La grotte préhistorique du Mas d’Azil

Le creusement de la route impériale en 1857 fait apparaitre des vestiges préhistoriques sur la rive droite de l’Arize.
L’abbé Jean-Jacques Puech (1814-1892) habite Sabarat, une commune voisine du Mas d’Asilh. Il fouille la grotte pendant plus de quarante ans et la cartographie. Ses carnets de fouilles comportent des croquis, des dessins d’objets trouvés et bon nombre d’information sur eux. Il fouille aussi d’autres grottes de la région.
Une partie de son immense collection d’objets trouvés lors des fouilles a été vendue au musée Field de Chicago. L’autre partie est conservée par le collège Jean XXIII de Pamiers.
Félix Garrigou (1835-1920) poursuit les fouilles avec son ami Félix Regnault (1845-1908). Suivent ensuite Édouard Piette (1827-1906) et l’abbé Henri Breuil (1877-1961) qui s’intéresse plus particulièrement à l’art pariétal.

La grotte du Mas d’Asilh est riche en ossements de mammouths, d’ours des cavernes et de rhinocéros. Des groupes d’hommes s’y installent. Parmi les restes, on découvre en 1940 un propulseur dit « le faon aux oiseaux ». Une scène de chasse qui représente des hommes est gravée sur une omoplate. On trouve aussi un bouton gravé d’un auroch femelle ainsi que son veau sur l’autre face et même une Vénus taillé dans une dent de cheval.
Outre son mobilier, la grotte est riche en représentations de bisons, de chevaux, de cervidés ou de poissons. On a même retrouvé des galets ornés. Cela lui vaut un classement au titre des monuments historiques en 1942.
La période de l’Azilien
Les découvertes faites dans la grotte du Mas d’Asilh ont donné leur nom à une période de la Préhistoire que l’on appelle l’Azilien qui va de – 14 000 ans à – 12 000 ans. Le climat se réchauffe et le cerf remplace le renne.

C’est Édouard Piette qui choisit le nom d’Azilien en 1889. Il permet de faire le lien entre les chasseurs de l’ère glaciaire et les premiers groupes humains du Néolithique.
La période se caractérise par l’abondance d’instruments en bois de cerf, notamment des harpons plats, retrouvés dans la grotte.
L’industrie de la pierre n’a pas complétement disparu. Elle se transforme progressivement. L’usage des pointes à dos se généralise (pointes à dos courbe partiellement façonné), celui des grattoirs remplace les burins, les lames débitées dans du silex se font plus fines.

Les peintures murales se font aussi plus rares au profit de peintures sur des objets. Elles sont aussi moins figuratives. C’est ainsi qu’on a retrouvé au Mas d’Asilh une série de galets peints de points à l’encre rouge. On retrouve aussi ces alignements de points sur les parois des cavernes. Certains y voient le début de l’art moderne !
L’Azilien n’est pas propre à la grotte du Mas d’Asilh puisqu’on retrouve du mobilier ou des objets peints datant de cette époque dans les grottes de la Tourasse à Saint-Martory en Haute-Garonne ou dans les grottes de Lespugue en Haute-Garonne également.
Pour compléter la visite du Mas d’Azil
On peut visiter la grotte du Mas d’Asilh où des fouilles sont toujours en cours Avec le même billet, un peut aussi visiter le musée de la Préhistoire situé dans le village.

Il présente des armes, des outils, des objets sculptés, gravées ou décorés issus des fouilles, notamment le fameux propulseur dit du « Faon aux oiseaux ». On y voit aussi les galets peints de traits rouges et des reconstitutions de gravures et de peintures murales des galeries. Galeries qui ne sont pas ouvertes au public.
La grotte du Mas d’Asilh n’est pas le seul témoignage de la période préhistorique puisque le village compte aussi des dolmens dont celui de Meilhorat, celui de Seigas et celui du Cap del Pouech qui ont été fouillés par l’abbé Jean-Jacques Puech. Certains d’entre eux sont classés au titre des monuments historiques.
Enfin, si vous n’aimez pas l’art pariétal et que vous préférez l’art moderne, vous pouvez visiter le Musée de l’Affabuloscope qui regroupe 650 œuvres du peintre Claudius de Cap Blanc, pseudonyme de Jean-Claude Lagarde (1953-2022) d’Oust en Couserans.

Parmi ses œuvres, vous verrez des machines comme L’embouteilleur de nuages ou Le sèche-larmes. Bonne visite !
Serge Clos-Versaille
écrit en othographe réformée en 1990
Références
Le siège du Mas d’Azil en 1635, Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français : documents historiques inédits et originaux, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, 1855.
Emile CARTAIHAC, « Les fouilles de M. Ed. Piette dans la grotte du Mas d’Azil (Ariège) », Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, 1891-1894, p. 231-239.

