Les mystères du Gouf de Capbreton

Le Gouf de Capbreton
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Le Gouf de Capbreton est un phénomène naturel situé au large de Capbreton. Dans son Dictionnaire du Béarnais et du Gascon Modernes, Simin Palay définit le gof comme un gouffre ou un abime. Le Félibre Jean Duboscq de Capbreton a pris pour pseudonyme Yan dou Gouf.

Qu’est-ce que le Gof ?

Le gof de Capbreton est une vallée sous-marine qui ressemble à un canyon. Située en face de Capbreton, elle s’étend jusqu’à la pointe ouest de l’Espagne.

Le terme de gof est attesté en 1491 lors d’une enquête de Charles VIII. À cet endroit, on avait remarqué que les bateaux bénéficiaient d’une mer plus calme. Par conséquent, c’était propice au développement du port de Capbreton, d’autant que c’était l’embouchure de l’Adour jusqu’en 1578, avant que Louis de Foix ne détourne l’Adour vers Bayonne.

Le Gouf – Université de Bordeaux-EPOC, Hervé Gillet – IFREMER 2007 (Gof)
Le Gouf – Université de Bordeaux-EPOC, Hervé Gillet – IFREMER 2007

En fait, le gof est dû à la séparation de deux plaques tectoniques : la plaque européenne se déplaçant vers le nord et la plaque ibérique vers le sud.

Près de Capbreton, le gof mesure 1 200 mètres de large et a une profondeur de 10 mètres. Il est long de 300 Km et finit par une plaine abyssale de 4 800 mètres de profondeur.

Les marins savent pouvoir y relâcher en cas en tempête. En focalisant la houle comme un récif, il provoque une vague que les surfeurs du monde entier viennent chevaucher : la « Nord d’Hossegor ».

Les pêcheurs de Capbreton y pêchent des poissons de roches et des crustacés que l’on trouve plus habituellement en Bretagne.

Le gouf : un relief récemment exploré

Charles-François Beautemps-Beaupré (1766-1854) premier cartographe du de la côte atlantique
Charles-François Beautemps-Beaupré (1766-1854)

On connait le gof depuis longtemps, pourtant son exploration n’a véritablement commencé qu’au XIXe siècle.

L’ingénieur Charles-François Beautemps-Beaupré (1766-1854) est en charge de la rédaction des cartes des côtes françaises. Alors, il procède à des levés méthodiques et publie en 1826 un atlas composé de plus de 150 cartes et plans, et 279 vues des côtes. Ces levés font nettement apparaitre le gof.

 

 

Léopold de Folin (1817-1896) découvre des espèces inconnues dans le Gouf
Léopold de Folin (1817-1896)

En 1880, Léopold de Faulin (1817-1896) mène une étude sur le golfe de Gascogne et découvre des espèces inconnues des profondeurs. Il est d’ailleurs à l’origine du Musée de la mer de Biarritz. Le Prince Albert de Monaco fait des relevés.

La première carte du gof date de 1933 ; la première étude sur la faune des profondeurs de 1948. Dans les années 1950, on entreprend des recherches pétrolières. Il est vrai que l’on vient de découvrir de pétrole à Parenties.

Depuis, des équipes franco-espagnoles n’ont pas cessé d’entreprendre des recherches scientifiques, notamment entre 1987 et 1990. Malgré cela, le gof n’a pas encore livré tous ses secrets.

Des fonds sous-marins remarquables

Grâce à sa profondeur et à l’absence de lumière, le gof de Capbreton constitue un écosystème remarquable. On y trouve des coraux d’eau froide qui forment des récifs de 8 mètres de hauteur.

Il abrite de nombreuses espèces de poissons, comme la grande vieille, le congre, le bar, la dorade rose ou le merlu. Certains poissons vivant dans le gof ne se rencontrent normalement qu’en Méditerranée, comme le mérou brun ou le corb.

La faune fixée est également très diversifiée, avec des éponges, des anémones, des hydraires ou encore des bryozoaires. Cette vie marine prolifère grâce aux courants qui apportent nutriments et plancton dans le gof.

Afin de préserver cet écosystème particulier, on crée en 1976 une zone interdite à la pêche au-dessus du gof.

Cachalot dans le Gouf de Capbreton (gof) © Lilian Haristoy
Cachalot dans le Gouf de Capbreton © Lilian Haristoy

Si les scientifiques s’y intéressent, c’est bien sûr en raison de sa faune particulière. Et aussi parce qu’il constitue un fabuleux laboratoire pour étudier les écosystèmes des grands fonds marins, l’influence des variations du niveau de la mer sur les structures géologiques et leur évolution face au réchauffement climatique.

Cependant, le braconnage est un fléau dans cette zone. De plus, des projets d’extraction de granulats sous-marins menacent le gof.

Pour le compte de l’IFREMER, Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer, PIX-FACTORY a réalisé un film d’animation présentant le Gouf de Capbreton.

Un projet plutôt électrique dans le Gouf

Liaison électrique France-Espagne par le Gouf (ou gof) de Capbreton
Liaison électrique France-Espagne par le Gouf de Capbreton

Parmi les projets franco-espagnols, il y a celui de construire une ligne électrique à haute tension entre les deux pays. On se souvient de la vive opposition qu’elle a suscitée lorsqu’elle devait passer par la vallée du Louron.
Le projet n’est pas abandonné, surtout en ces temps où l’électricité devient une énergie recherchée, et il pourrait traverser le gof. Il aurait 400 km de long et relierait en partie en sous-marin les postes de Cubnezais en France (Gironde) et de Gatika en Espagne. Il  est conçu pour 2 000 Mégawatts mais pourrait transporter jusqu’à 5 000 Mégawatts dans les deux sens. 
Après l’enquête publique qui s’est déroulée en 2022, la commission d’enquête a rendu un avis favorable, assorti d’une réserve et de 26 recommandations, naturellement toutes suivies. Côté espagnol, il en est de même. L’enquête y est favorable aussi.
Une enquête complémentaire faite en 2023 à la demande de RTE a confirmé les résultats de la première enquête. Les travaux peuvent donc commencer pour une mise en service prévue en 2028.
Station de conversion à Cubzenais, tunnel de 1 300 mètres, déviation d’une piste cyclable, sondages du sol à Capbreton et à Seignosse, franchissement du gof en sous-marin, sont ainsi prévus.

Le Félibre Yan dou Gouf

Yan dou Gouf
Yan dou Gouf (1853-1937)

Yan dou Gouf ou Jan deu Gof est le pseudonyme de Jean Duboscq (1853-1937) de Capbreton. Membre de l’Escòla Gaston Febus, cet instituteur écrit des articles dans Le Républicain Landais et d’autres journaux régionaux.

Il est l’auteur de Rimalhotes / Rimalhòtas / petites rimes, ouvrage écrit en 1929 et 1930 (deux tomes) dans lesquels il chante l’amour de son terroir et décrit la vie de tous les jours à Capbreton et ses environs.

Dans une série de poèmes consacrés à la pêche (Le pesque d’auts cops / La pesca d’autes còps / La pêche autrefois), Jan deu Gouf nous parle des poissons qui se pêchent justement dans le gof :

Yan dou Gouf - Rimalhotes
Yan dou Gouf – Rimalhotes

Lous diferéns pech qui gahaben
Labets lous nos pesquedous, qu’èren
Marlus, rouyes é grayimans,
Pirdouns, toulhs, liches, è bilans,
Brèques, bastangues è arrayes,
E d’auts è d’auts petits è mayes:
Dorades, magres, toulhs broucuts;

Aques, pecharrous prou tilhuts,
Chancrous, crouscoulhes, escarbitches,
Tabey homarts croumpats p’ous riches.
Mé lou prencipau, lou marlus,
Aquet sustout, cade Ihebade,
Ta ha lou gagn de le yournade,
Que comptabe tustém lou plus.

Les différents poissons que prenaient,
Alors nos pêcheurs, c’étaient
Les merlus, les grondins rouges, les postaux,
Les grondins gris, les divers chiens et anges de mer,
Les brèmes de mer, les torpilles et les raies,
Et tant d’autres, plus petits ou plus grands :
Dorades, maigres et chenilles,
Ceux-ci gros poissons assez coriaces :
Crabes, araignées de mer, langoustes
Et aussi des homards achetés par les riches.
Mais le principal, le merlu,
Celui-là, surtout, chaque levée,
Comptait pour le gain de la journée
Et la recette de la pêche en général.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe réformée (1990)

Références

Landes, Le gouf de capbreton
Le gouf ou la fosse de Capbreton
Rimalhotes, Yan dou Gouf, 1930

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