Auch, une longue et grande histoire

Auch que certains voudraient capitale de la Gascogne a connu un passé prestigieux avant de s’endormir après la Révolution française. Mais son histoire commence avant les Romains. Puis, archevêques et roi de France en assurent l’embellissement jusqu’à Napoléon III. D’ailleurs, sa devise est Tot solet no pòt Aush [Tout seul, Auch ne peut].

Des Aquitains aux Romains

Elimberri est la capitale du peuple des Ausques, Auscii en latin, qui lui donnent son nom actuel d’Auch, Aush en gascon. Les Romains l’appellent Augusta Auscorum.

Auch - Les fouilles de la villa, © INRAP
Auch, fouilles de la villa, © INRAP

Dans son itinéraire de 333 pour Jérusalem, le pèlerin inconnu la présente dans son document en latin, l’Anonyme de Bordeaux, comme chef-lieu de Civitas Auscius. Située au carrefour des routes de Saint-Bertrand-de-Comminges à Agen et de Toulouse à Bazas, la ville est prospère.

Cependant, c’est Elusa en latin, Eusa en gascon ou Éauze qui est la capitale de la Novempopulanie. Mais elle semble avoir été détruite lors du passage des Vandales en 408. Dès lors, Auch devient le principal centre urbain et administratif de la région.

Auch - Plan de la ville romaine
Auch, plan de la ville romaine

Pourtant on fait assez peu de découvertes gallo-romaines à Auch. L’Institut National de la Recherche Archéologique Préventive (INRAP) réalise des sondages et des fouilles sur la rive droite du Gers. En 2010, de nouvelles fouilles, réalisées avant des travaux sur le réseau du tout à l’égout, permettent de localiser le Forum. Puis, en 2017,  on retrouve les vestiges d’une villa aristocratique du 1er siècle, remaniée au IIIe siècle, avec un ensemble thermal et des mosaïques, le tout dans un état de conservation excellent. Enfin, en 2022, ce sont les vestiges de constructions qui l’on découvre sur la rive gauche du Gers, sans doute en limite de l’ancienne ville romaine.

Les temps troublés font délaisser la basse ville pour la haute ville qui s’entoure de remparts.

Cliquer sur le lien pour accéder à Un reportage de 6 minutes sur les fouilles de la villa romaine menées par l’INRAP  © Office de Tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne

La création de l’Archevêché d’Auch

Nicetius, évêque d’Auch est présent au concile d’Agde en 506. Éauze, ancienne capitale de la Novempopulanie, est détruite une nouvelle fois au IXe siècle, peut-être par les Vikings. En tout état de cause, Auch est érigé en Archevêché en 856.

Au début de la Reconquista (722-1492), les évêchés de Calahorra, de Jaca et de Pampelune sont rattachés à l’archevêché d’Auch. Puis, en 1091, on rétablit l’archevêché de Tarragone. Cependant, l’Archevêque d’Auch gardera une influence politique jusqu’au XIIIe siècle et le titre de Primat de Novempopulanie et du royaume de Navarre jusqu’à la Révolution française de 1789.

Les archevêques et les grands travaux

Auch - la cathérale Saint Marie
Auch, la cathédrale Saint Marie © Wikipedia

François de Savoie (1454-1490) devient archevêque d’Auch en 1483. Il lance les travaux de la cathédrale Sainte-Marie sur les ruines de l’ancienne église romane. Elle ne cesse d’être embellie. C’est encore aujourd’hui, une des plus belles cathédrales du sud-ouest.

Les diocèses d’Aire, de Bayonne, de Bazas, de Comminges, de Couserans, de Dax, de Lectoure, de Lescar, d’Oloron et de Tarbes sont suffragants de l’Archidiocèse d’Auch. Supprimé en 1801 et rétabli en 1817, l’archidiocèse ne comprend plus que les évêchés d’Aire, de Bayonne et de Tarbes. En 1908, l’Archevêque d’Auch ajoute à son titre celui d’évêque de Condom, Lectoure et Lombez. Enfin, en 2002, le diocèse d’Auch n’est plus métropolitain et est inclus dans la province ecclésiastique de Toulouse. Au nom de l’histoire, il garde cependant son titre d’archidiocèse.

L’archidiocèse était le 4ème de France par ses revenus, après ceux de Cambrai, Paris et Strasbourg.

Auch conserve plusieurs témoignages de son passé d’archevêché. Outre la cathédrale Sainte-Marie, le Palais épiscopal occupé par la Préfecture et de nombreuses églises et couvents, il reste le palais de l’Officialité et sa Tour des Archives, haute de 40 mètres, appelée la Tour d’Armagnac, qui est à l’origine une prison épiscopale.

La fin des comtes d’Armagnac

Auch est la capitale des comtes d’Armagnac. Mais les conflits sont nombreux avec l’archevêque. Au XIIe siècle, ils trouvent un compromis : le comte et l’Archevêque se partagent la seigneurie de la ville. C’est ainsi que 16 consuls, 8 venant de la ville comtale et 8 de la ville épiscopale dirigent la ville. Alors les comtes établissent leur capitale à Lectoure.

La Mort de Jean d'Armagnac, lithographie de Delaunois d'après une peinture d'histoire de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia
La Mort de Jean d’Armagnac, lithographie de Delaunois d’après une peinture de Louis-Henri de Rudder © Wikipedia

La Sénéchaussée d’Armagnac créée en 1473 se trouve peu de temps après installée à Lectoure, sans doute à la suite d’une épidémie qui a régné à Auch. Mais la ville veut récupérer son Sénéchal et le dispute à Lectoure. Plus de cent ans après, en 1639, on divise la Sénéchaussée d’Armagnac en deux : une partie relève d’Auch, une autre de Lectoure !

Les comtes d’Armagnac sont puissants et turbulents. De 1407 à 1435, ils soutiennent le roi de France contre les Bourguignons. Puis, ils se révoltent contre le roi de France. Alors, Louis XI envoie une armée qui assiège Lectoure en 1473. Jean V d’Armagnac est tué et c’est la fin de la maison d’Armagnac.

Que reste-il aujourd’hui de la ville médiévale ?

Auch, une pousterle

La liaison entre la ville haute et la ville base se fait par des ruelles très pentues parfois munies d’escaliers : les pousterles. Elles ont pour la plupart conservé leur nom gascon : la pousterle des colomats, postèrla deus colomats [poterne des pigeons], la pousterle de las oumettes, postèrla de las omètas [poterne des ormeaux], ….

 

 

 

Auch, l'escalier de la Maison d'Henri IV
Auch, l’escalier de la Maison d’Henri IV

Il reste de nombreux témoignages de la ville du Moyen-âge : ruelles étroites, traces des remparts, porte fortifiée d’Arton, restes de portes fortifiées pour isoler chaque quartier de la vielle ville. De la période Renaissance, il reste de magnifiques maisons à colombage comme la maison Fedel. La maison dite de Henri IV dans laquelle il aurait demeuré en 1578 avec Catherine de Médicis et Marguerite de Valois, sa future épouse, présente une cour et un magnifique escalier.

Auch, métropole de la Gascogne

Auch, l'Intendant d'Étigny
Auch, l’Intendant d’Étigny, à l’entrée des allées du même nom

En 1716, on réorganise les trop grandes Généralités de Bordeaux et de Montauban. Et on crée la Généralité d’Auch. Ses limites fluctuent dans le temps : 1751, rattachement de l’Intendance de Pau ; 1767,  création de l’Intendance de Bayonne ; 1774, regroupement des deux Intendances ; 1775, rattachement du Labourd, des Lannes, du Marsan et du Gabardan à la Généralité de Bordeaux ; etc.

L’édit prévoit la création d’un Bureau des finances composé d’un nôtre Conseiller Président, huit nos Conseillers Trésoriers de France Généraux de nos Finances & Grands Voyers dont l’un fera garde-scel, d’un nôtre avocat, un nôtre Procureur, d’un Greffier en Chef, d’un premier huissier Garde-Meubles, de quatre Huissiers & de six Procureurs postulants. Avec tout ce personnel, la prospérité de la ville est assurée.

Les bâtiments de l’Intendance se situent dans des maisons louées. L’intendant réside à Pau, plus commode.

L’intendant d’Étigny

C’est l’Intendant d’Etigny (1719-1767) qui s’installe à Auch qu’il trouve comme un gros village, affreux par sa situation, par ses abords et par mille defectuosités qui en rendent le séjour detestable.

Antoine Mégret d’Etigny transforme la ville d’Auch qui connait un véritable âge d’or. Ainsi, il fait élargir les rues pour faciliter la circulation, construire la place de la Patte d’Oie dans la basse-ville et la place de la Porte-Neuve dans la ville haute qui servent de carrefour aux routes royales qu’il fait construire. Il crée une voie nouvelle reliant les deux parties de la ville et le pont qui traverse le Gers, inauguré en 1715. Puis il fait construire le bâtiment de l’actuel hôtel de ville, l’hôtel de l’Intendance, le théâtre à l’italienne, une promenade (allées d’Etigny).

En 1759, on bâtit l’Hôtel de l’Intendance. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un bâtiment classé au titre des Monuments Historiques, occupé par La Poste. Une partie du mobilier et des décors ornent les salons de la Préfecture qui occupe l’ancien palais épiscopal.

Les embellissements du XIXe

À la suite du coup d’Etat de 1851, le préfet Féard initie une deuxième phase d’embellissement d’Auch. En effet, la ville se révolte et on déporte 338 Auscitains en Algérie. Aussi, pour calmer la situation, le préfet lance de grands travaux et donne du travail aux pauvres. Les aménagements reprennent en partie les projets d’Etigny qu’il n’a pu réaliser, faute de finances.

Antoine de Salinis (1798-1861), archevêque d’Auch de 1846 à 1861

De concert avec l’archevêque Antoine de Salinis, le préfet lance la réalisation du grand escalier monumental qui relie la partie haute et la partie basse de la ville. On démolit des bâtiments de l’archevêché pour créer la place Salinis. Au bout des allées d’Etigny, on construit un nouveau tribunal et une prison ; on installe des fontaines dans la ville. L’inauguration de l’escalier a lieu en 1863. Puis, le sculpteur tarbais Firmin Michelet réalise la statue de d’Artagnan en 1931. L’escalier monumental est entièrement rénové entre 2012 et 2015.

En souvenir de d’Etigny, on érige une statue de marbre en 1817 au centre de l’escalier qui mène à la promenade.

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Auch, l'escalier monumental et la Tour d'Armagnac © Wikipedia
Auch, l’escalier monumental et la Tour d’Armagnac © Wikipedia

Références

Le concile d’Agde et son temps, Sous la direction de J.-C. Rivière, J.-P. Cros et J. Michaud, 2006

From Augusta Auscorum to Besino : investigating a section of the antique road Burdigala- Tolosa, Pallas, Fabien Colleoni, 2010

Influence des métropolitains d’Eauze et des archevêques d’Auch en Navarre et en Aragon, depuis la conquête de l’Espagne par les musulmans jusqu’à la fin du onzième siècle, Annales du Midi, Jean-François Bladé, 1897