Autvilar (Auvillar), bastide de Lomanha (Lomagne), connait un passé prestigieux. Elle est un centre réputé de fabrication de faïences. Et, au XVIIe siècle, elle est un centre de production de plumes d’oies pour l’écriture.
Une cité riche de son passé
Autvilar se situe au sommet d’un promontoire rocheux dominant la Garonne. Le site est occupé par les Romains. Au XIIe siècle, elle est érigée en sauveté et devient la capitale d’une vicomté rattachée à la Lomanha. Puis, elle passe aux comtes d’Armagnac en 1305, avant d’être rattachée à la couronne de France en 1589 lors de l’avènement d’Henri III de Navarre au trône de France.

Le troubadour Marcabrun (vers 1110-vers 1150) est né à Auvillar.
Autvilar reçoit des coutumes vers 1120. Le vicomte possède une forteresse sur le promontoire rocheux et se garde les fruits du péage prélevé sur les bateaux qui naviguent sur la Garonne. En 1204, le vicomte de Lomagne augmente les péages des bateaux. Les consuls de Toulouse envoient une armée pour attaquer Auvillar. Finalement, ils signent un trait.
Le vicomte de Lomagne prend le parti de Simon de Montfort pendant la guerre contre les Albigeois. Puis, son petit-fils prend le parti de Simon V de Montfort lorsqu’il est sénéchal du roi d’Angleterre en Aquitaine.
Des guerres vont durement toucher Autvilar : la guerre de Cent Ans, les guerres de religion et les guerres de La Ligue en particulier. Il faut dire que sa position sur la Garonne suscite bien des convoitises.
Aujourd’hui, la cité compte moins de 1 000 habitants alors qu’elle en comptait 2 200 vers 1850. Mais, elle possède un riche patrimoine qui lui valent un classement au titre des « Plus beaux villages de France » en 1994.

La faïence d’Auvillar
L’industrie de la faïence se développe à Auvillar à partir de 1739. Il y a 20 ateliers de fabrication jusqu’en 1909.

La fabrique Ducros s’installe vers 1745 en face de l’église. Plus tard, Antoine Gaillard crée une fabrique en 1769 à Sent Lop (Saint-Loup), proche d’Autvilar, puis, à la Révolution, il ouvre un second atelier à Autvilar. De même, Antoine Serres ouvre le sien en 1787. D’autres ateliers ouvrent en 1801, 1807, 1838, 1842 ou 1849. Antoine Labau crée sa faïencerie en 1868 et elle ferme en 1909. C’est la dernière faïencerie d’Autvilar.
Les faïenciers forment une corporation. Les mariages entre familles de faïenciers sont nombreux et les ateliers passent d’une famille à une autre. C’est ce qui explique la relative homogénéité des fabrications d’Auvillar.
La faïence occupe 150 ouvriers en 1833. C’est considérable. Au même moment, Martres-Tolosane en occupe seulement 65 et Toulouse, à peine 100.

Une grande production

En 1840, les 9 ateliers d’Auvillar fabriquent « 182 000 douzaines d’assiettes assorties ». Elles se vendent à Toulouse, à Bordeaux, en Charente, en Bretagne, en Quercy et en Gascogne. La production est importante et les autres faïenciers de la région se plaignent de la concurrence.
Auvillar produit de la faïence « blanche ». Rapidement concurrencée par les ateliers de Toulouse et de Bordeaux. Elle n’en produira plus après 1845. Elle produit aussi de la faïence « grise » (le cul de la faïence est noir, fait à l’oxyde de manganèse), moins chère.
La faïence permet l’essor du port d’Auvillar qui compte 49 familles de mariniers en 1789.
La plume d’oie à écrire

On utilise beaucoup de plumes à écrire. Un écrivain (notaire, par exemple) peut en utiliser jusqu’à 5 par jour. Comme il faut souvent tailler les plumes car elles ramollissent avec l’encre, le métier de tailleur de plumes apparait.
Les plumes d’oies, de cygnes ou de dindons servent pour des écritures de gosseur moyenne ou grande. Celles de corbeaux et de canards servent à l’écriture fine et au dessin.
Ces plumes viennent de Russie, de Pologne et de Lituanie. Et les plus prisées viennent de Hollande car elles sont décorées. En France, elles viennent d’Orléans ou d’Auvillar.
La fabrications des plumes
La plume d’oie à écrire n’est pas facile à fabriquer. On n’utilise que les rémiges (grosses plumes des ailes), de préférence les cinq ou six dernières. On les récolte pendant la mue pour un traitement plus facile.
La trempe consiste à humecter les plumes pendant un ou deux jours. Elles sont ensuite chauffées à travers une grille, sans toucher le feu. La trempe permet d’enlever la membrane qui recouvre le réservoir de la plume et de lui donner une forme bien ronde. Ce procédé s’appelle le hollandage, car c’est un traitement mis en œuvre en Hollande.
Puis, la clarification consiste à mettre les plumes dans une marmite à l’étuvée pendant une heure. Enfin, elles sont ensuite séchées près d’un feu. Le lendemain, le réservoir est gratté avec un couteau et lissé avec un tissu en laine. Quelques jours plus tard, la plume est prête à l’emploi.
Pour tailler une plume, on commence par la raccourcir, enlever les barbules et les duvets. Une taille en biais et une incision dans le tuyau de la plume par laquelle l’encre s’écoulera. C’est une opération minutieuse. La profession de tailleurs de plumes fait son apparition dans les centres urbains.
La production d’Auvillar

Auvillar est réputée pour sa production de plumes d’oie à écrire au XVIIIe siècle.
Nous disposons de quelques éléments provenant des Statistiques du département du Lot-et-Garonne pour l’année 1789 et l’an IX. On y apprend que le fabricant achète les plumes « aux petits marchands qui les recueillent dans les campagnes, moitié dans le département, presque toute l’autre moitié dans celui du Gers ».
La technique du Hollandage a été rapidement abandonnée en raison de la difficulté à maintenir la température voulue pendant toute la durée du traitement des plumes. « On ne pratique donc plus que le passage au sable en le plaçant dans un fourneau, sous une grille couverte de charbon et qui lui réverbère la chaleur ; on peut aisément la lui ménager toujours égale ».
La fabrication de plumes d’oies à écrire se fait dans de petits ateliers. « Il faut cinq ouvriers, dont trois hommes et deux femmes pour préparer dans un jour deux–mille plumes ».
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Il s’en fabrique « la quantité de neuf–mille milliers » en 1789 et en l’an IX ». On exporte les plumes d’Auvillar en France, en Italie, en Espagne et jusqu’au Levant.

Pour la consommation locale, « elle se borne généralement aux plumes brutes du pays que chacun pour son usage prépare a sa manière ». Les bureaux de finance ou de justice sont « a peu près les seuls qui se servent des plumes de Hollande ou de Rouen, qu’ils prennent chez nos marchands papetiers ».
En fait, l’industrie de la plume d’oie à écrire occupe peu de personnes à Autvilar mais elle rapporte un bon bénéfice. En 1789, le millier de plumes brutes s’achète 4 francs 50. Un fois préparées, elles se vendent entre 5 francs et 30 francs le millier, suivant la qualité de la plume.
On connait la plume métallique, plus résistante, depuis l’Antiquité. Mais il faut attendre 1830 pour voir fabriquer en Angleterre une plume métallique à réservoir. Elle s’impose peu à peu jusqu’à voir disparaitre la plume d’oie à écrire à la fin du XIXe siècle.
Le Musée d’Auvillar
En 1929, se crée l’Association des Amis d’Auvillar pour réagir au dépeuplement de la cité. En 1930, ils fondent le Musée d’Auvillar.
Il retrace l’épopée des faïenceries avec des pièces remarquables issues de ses ateliers, l’épopée de la batellerie la navigation sur la Garonne avec le port d’Auvillar, l’épopée de la fabrication de la plume d’oie à écrire. Il présente aussi des instruments de musique anciens et des objets de la vie quotidienne d’autrefois.
Le Musée d’Auvillar a le label « Musée de France ».
Une visite absolument indispensable à Auvillar.

Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée (1990)
Références
Revue de l’Agenais, 1902
Histoire de la plume d’écriture, 2017
Musée d’Auvillar
Faïences de Gascogne

