Les archéologues révèlent les dieux pyrénéens

Le Pic du Cagire, lieu de séjour d'un des dieux pyrénéens

Avant la conquête romaine, les Aquitains croyaient en des dieux dont le souvenir nous est parvenu grâce aux inscriptions des autels votifs. Le réemploi des pierres dans la construction d’églises médiévales, notamment celle de Saint-Aventin (31), ont permis de conserver ces inscriptions. Une source d’information irremplaçable pour les archéologues. Que nous apprennent-ils sur les dieux pyrénéens ?

Des recherches archéologiques dans les Pyrénées

Julien Sacaze (1847-1889) à la recherche des dieux pyrénéens
Julien Sacaze (1847-1889)

On a retrouvé la plus grande partie des inscriptions concernant des dieux pyrénéens dans les Pyrénées centrales, en Comminges, en Bigorre et dans le val d’Aran.

On doit leur recherche et leur étude à Julien SACAZE (1847-1889), avocat à Saint-Gaudens. Il est l’auteur de nombreuses fouilles archéologiques dans les Pyrénées en compagnie de son ami Édouard PIETTE, le découvreur de la Dame de Brassempouy.

Edouard Piette (1827-1906) et les dieux pyrénéens
Edouard Piette (1827-1906)

 

Ils fondent ensemble la Société des Études du Comminges en 1884 et la Revue du Comminges en 1885.

En 1922, la société savante du Pays de Luchon donne son nom à l’Académie Julien Sacaze.

Les dieux pyrénéens subsistent après la conquête romaine

Autel votif dédié à Abellion, un des dieux pyrénéens, trouvé à Garin (Haute-Garonne)
Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Garin (Haute-Garonne)

Le culte des dieux pyrénéens s’est poursuivi en parallèle des cultes romains. Les Aquitains ne représentaient pas leurs dieux mais nous connaissons quelques représentations postérieures à la conquête romaine comme un autel dédié à Abellion trouvé à Garin (31). Abellion devait être un dieu important si l’on en juge par le grand nombre de dédicaces trouvées dans le piémont pyrénéen.

L’inscription de l’autel votif de Saint-Aventin est également dédiée à Abellion : ABELLIONNI CISONTEN CISSONBONNIS FIL(IVS) V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO). [A Abellion, Cisonten, fils de Cissonbon, s’est acquitté de son vœu de bonne grâce comme il se doit].

Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Saint Aventin (Haute-Garonne). Un des dieux pyrénéens
Autel votif dédié à Abellion, trouvé à Saint Aventin (Haute-Garonne)

La plupart des dieux vénérés dans un lieu géographique précis, se rapportaient à la montagne, à une rivière ou à un élément de la nature.

Plus du tiers des dieux pyrénéens n’a fait l’objet que d’une seule découverte. Quelques-uns étaient vénérés dans des sanctuaires dans lesquels on a retrouvé plusieurs autels votifs, à Montserié (65) pour le dieu Ergé, à Saint-Béat (31) pour le dieu Erriape ou à Ardiège (31) pour le dieu Leheren.

D’autres étaient vénérés dans un petit territoire ou une vallée comme la déesse Lahe dans la vallée de la Louge ou le dieu Sexarbor dans la vallée de l’Arbas.

…Et ils sont parfois associés aux dieux romains

Masque du dieu Ergé de Montserié (65), un des dieux pyrénéens
Masque en bronze du dieu Ergé de Montserié (65)

Les plus importants dieux pyrénéens sont associés dans les dédicaces aux dieux romains Minerve, Mars, Jupiter, Hercule et Apollon : Jupiter Beisiris à Cadeac (65), Minerve  à Saint-Lizier (09), Hercule Tol à Saint-Elix-Theux (32), Mars Lavictus à Pouzac (65), de même que Leheren en Comminges, Arixon à Loudenvielle (65) ou Sutugius à Saint-Plancard (31).

De nombreux dieux ont un nom à consonance aquitaine.

Inscription dédiée à Belisama/Minerva en remploi dans un pont (Saint-Lizier, Ariège)
Inscription dédiée à Belisama/Minerva en réemploi dans un pont (Saint-Lizier, Ariège)

On peut citer Ageio dans les Baronnies, Aherbelste à Saint-Aventin, Alardos également vénéré à Auch, Artahe le Dieu Ours, Erda à Crechets, Ilixo à Luchon, Lixo le dieu des sources à Luchon.

N’oublions pas Xuban à Arbas qui a inspiré Jean-Louis Lavit pour son roman Escura, la nueit, paru en 2018 aux Editions Letras d’Oc.

Quelques noms se retrouvent aujourd’hui dans les toponymes. C’est ainsi que Lluro aurait donné Oloron, Garunna aurait donné son nom au fleuve Garonne, Cagiris aurait donné son nom au pic du Cagire.

La plupart des autels votifs sont déposés aux musées des Augustins et Saint-Raymond de Toulouse, au musée de Saint-Bertand de Comminges, au musée de Luchon.

Des dieux pyrénéens qui ont inspiré des contemporains

José-Maria de Heredia (1842 - 1905)
José-Maria de Heredia (1842 – 1905)

Ces découvertes ont ravivé la mémoire locale. Un cinéma de Loudenvielle (65) a pris le nom du dieu Arixo.

Elles ont inspiré le poète José-Maria de Heredia (1842 – 1905) qui en a eu connaissance lors de son séjour à Marignac (31). Il évoque les dieux pyrénéens dans plusieurs poèmes de son recueil Les Trophées, dont Le vœu :

LIXONI
DEO
FAB. FESTA
V. S. L. M.

Jadis l’Ibère noir et le Gall au poil fauve
Et le Garumne brun peint d’ocre et de carmin,
Sur le marbre votif entaillé par leur main,
Ont dit l’eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.

Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,
Bâtirent la piscine et le therme romain,
Et Fabia Festa, par ce même chemin,
A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.

Aujourd’hui, comme aux jours d’Iscitt et d’Ilixon,
Les sources m’ont chanté leur divine chanson ;
Le soufre fume encore à l’air pur des moraines.

C’est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les voeux,
Tel qu’autrefois Hunnu, fils d’Ulohox, je veux
Dresser l’autel barbare aux Nymphes Souterraines.

Serge Clos-Versailles

Références

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