Éauze la romaine

Eauze (Gers) vue aérienne
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Située au nord du Gers, Eusa (Éauze) est une petite ville comme il en existe beaucoup en Gascogne. Pourtant, elle a connu un destin remarquable. Sous les Romains, elle est la capitale de la riche province de Novempopulanie.

De Elusa à Éauze

Novempopulania vers 600
Novempopulania vers 600 apr. J.-C.

Elusa est la capitale des Elusates, un des nombreux peuples aquitains. Pendant la campagne de Crassus en – 56, ils sont alliés aux Sotiates mais se soumettent aux Romains après la bataille de Sos.

Au Ier siècle, l’administration romaine se met en place sur le modèle grec. Alors, les Elusates abandonnent leur oppidum et construisent une ville nouvelle tout près de là. C’est Elusa qui devient la capitale d’une civitas, c’est-à-dire d’un vaste territoire qui englobe les Sotiates, leurs anciens alliés. Elusa bénéficie du droit romain et d’une large autonomie.

Plus tard, Elusa est le siège d’un évêché métropolitain jusqu’au VIIe siècle. Mais elle perd son évêché au profit de Condom. Puis, le titre de métropolitain passe à l’évêque d’Auch après la fusion des deux évêchés en 879.

Eauze en 1773
Éauze en 1773

La ville, florissante sous les Romains (elle couvre plus de 50 hectares), décline dès le Haut-Moyen-âge. Pourtant, elle reste une place forte des comtes d’Armagnac. Son enceinte fait plus de 1 Km le long, flanquée de 12 tours et percée de 4 portes.

Toutefois, sa position stratégique attire les convoitises. Pendant les guerres de religion, elle passe d’un parti à un autre. Le futur Henri IV a même failli y succomber dans un guet apens. Plus tard, en 1624, Richelieu fait démolir la forteresse et les remparts. Jean de Chastenet, vice sénéchal d’Armagnac, est en tournée d’inspection. Il dit qu’on n’y avait laissé « qu’une simple closture de muraille, de la haulteur d’une toize, ayant abatu la courtine, les deffenses, les tours jusques aux arceaux des portes et comblé les fossés. La cittadelle a esté aussy par luy desmolie jusques aux fondements ».

Les ruines romaines d’Éauze

Dessin d'une domus © correspondances.la-criee.org/
Dessin d’une domus © correspondances.la-criee.org/

S’il reste des vestiges du Moyen-âge, notamment de superbes maisons à colombages, la ville romaine a disparu. Pourtant, en 1992, des photos aériennes mettent en évidence la présence d’une immense villa urbaine (domus) de 2 600 m² et des rues qui l’entourent. On trouve aussi des traces du système de gestion de l’eau d’Elusa. Et on trouve les premiers vestiges lors de la construction de la gare d’Éauze, mise en service en 1888.

La domus de Cieutat s’organise autour de deux cours à péristyle, d’une salle de réception, de thermes privés et de jardins. Sur les côtés Est et Nord, elle est bordée de portiques ou trottoirs couverts. Construite au IIIe siècle, elle est agrandie et richement décorée par la suite.

Vue des fouilles de la villa
Éauze, domus de  Cieutat – Vue des fouilles © archéologies.org

Pour sauvegarder ces restes, une réserve archéologique de 20 hectares se met en place à Éauze. Des fouilles sont entreprises entre 2001 et 2012. Pierre Pisani, chercheur à l’institut National de Recherches Archéologiques et Préventives (INRAP) de Toulouse nous fait part des découvertes en 6 minutes.

Domus de Cieutat | archéologies (archeologies.org) (6 mn)

Le chantier de fouilles peut se visiter. Depuis 2013, il y a même un centre d’interprétation dans l’ancienne gare d’Éauze, près de la domus de Cieutat. Cependant, il existe une seconde domus qui jouxte celle de Cieutat. Découverte en 2012, elle n’a pas encore été dégagée.

Le trésor d’Eauze

Edouard Piette (1827-1906) et les dieux pyrénéens
Edouard Piette (1827-1906) © Wikipedia

Lors des travaux de construction de la gare, Édouard Piette est juge de paix à Éauze. Il réussit à sauver des antiquités romaines qu’il lègue au musée de Saint-Germain en Laye. Le chef de chantier en fait autant, mais Éauze les lui rachète en 1885 avec l’idée d’en faire un musée. Hélas, le projet de musée ne voit pas le jour et les pièces sont confiées au musée d’Auch.

Cent ans plus tard, en 1985, on découvre à proximité du site de la domus de Cieutat, un trésor de 28 000 pièces de monnaies, avec des bijoux et des objets précieux. Il date du IIIe siècle. C’est le Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain en Laye qui le conserve.

Musée archéologique d'Eauze © www.citizenkid.com
Musée archéologique d’Éauze © citizenkid.com

Finalement, la ville d’Éauze rachète les locaux sécurisés d’une ancienne banque, et ouvre, en 1995, le Musée archéologique d’Éauze. Alors, le maire de l’époque se charge de convoyer le trésor depuis Saint-Germain avec une camionnette et… un fusil de chasse. On ne sait jamais !

Sur trois niveaux, le musée présente les découvertes archéologiques faites à Éauze. Le sous-sol sécurisé renferme le trésor monétaire et 53 bijoux en or et en ivoire.

Bijou du Trésor d'Eauze (IIIe s. ap. JC) © musees-occitanie.fr
Bijou du Trésor d’Eauze (IIIe s. ap. JC) © musees-occitanie.fr

Le rez-de-chaussée présente une collection d’objets, allant de la préhistoire aux Mérovingiens, que Guy Duclos a découverts dans la région. Le premier étage présente les objets de la vie quotidienne des Aquitano-romains. Ils proviennent des découvertes faites lors de la construction de la gare et des fouilles postérieures.

C’est le plus grand trésor monétaire présenté dans son intégralité en France.

 

La villa de Séviac

Villa gallo-romaine de Séviac- 32250 Montréal-du-Gers © tourisme-gers.com
Villa gallo-romaine de Séviac- 32250 Montréal-du-Gers © tourisme-gers.com

Les luxueuses maisons aquitano-romaines situées en ville sont des domus. Dans la campagne, ce sont des villa, siège d’une importante exploitation agricole. La pars urbana regroupe les lieux de vie et de réception du propriétaire. Et la pars rustica regroupe les bâtiments de l’exploitation agricole. Elles servent à alimenter les villes proches.

En 1864, à l’occasion de la construction d’une ferme, on découvre des mosaïques aquitano-romaines proches de Montréal du Gers, à 14 Km d’Éauze. Des fouilles ont lieu sporadiquement jusqu’en 1911. Un premier relevé de structure est réalisé en 1913.

Paulette Aragon-Launet est membre de la Société archéologique du Gers. Elle relance les fouilles en 1959. Et elle découvre un magnifique ensemble de mosaïques. Paulette Aragon-Launet nous fait découvrir la villa.

La villa gallo-romaine de Séviac – Regards sur le Gers (ina.fr) (4 mn)

Les fouilles ont lieu chaque été jusqu’en 1997. La villa de Séviac est classée Monument historique dès 1978. La commune de Montréal du Gers en devient propriétaire en 2003. Avec la région et l’État, la commune entreprend une vaste campagne de protection et de restauration des mosaïques. 625 m² de mosaïques sont ainsi entièrement restaurés.

La villa fait 6 500 m², elle est l’une des plus vastes du sud-ouest. Ses mosaïques sont représentatives de l’École Aquitaine. Ce sont des ateliers itinérants de fabrication de mosaïque à partir du IVe siècle. Elles se caractérisent par un quadrillage géométrique contenant un motif stylisé qui évolue vers un motif végétal : vigne, lierre, acanthe principalement.

La villa gallo-romaine de Séviac et ses mosaïques © tourisme-gers.com
La villa gallo-romaine de Séviac et ses mosaïques, 32250 Montréal-du-Gers © tourisme-gers.com

Éauze et l’armagnac

Éauze aime son passé aquitano-romain. En 2003, elle crée le Festival Galop-romain (sic) pour faire découvrir l’époque « gallo-romaine ». Spectacles, démonstrations, ateliers s’y succèdent.

Couteau avec Bacchus et une panthère, Trésor d'Éauze, musée archéologique, © RMN-GP
Couteau avec Bacchus et une panthère, Trésor d’Éauze,  © RMN-GP

Les chantiers de fouilles de la cieutat et de Séviac sont ouverts au public. Avec le Musée d’Éauze, le visiteur peut se plonger dans l’époque aquitano-romaine. Loin d’Astérix et d’Obélix, c’est un pan de notre histoire commune que l’on peut découvrir en famille.

Elusa est située dans une grande région viticole comme en témoignent les mosaïques de Séviac qui représentent des feuilles de vigne, des grappes de raisin, etc. Une culture introduite ou revivifiée par les Romains.

 

Chais du Chateau Millet à Éauze © Chateaumillet.com
Chais du Chateau de Millet à Éauze © Chateaudemillet.com

L’eau de vie d’armagnac est mentionnée pour la première fois en 1310. On lui attribue des vertus thérapeutiques. Sa commercialisation est avérée à partir de 1411 et des marchés à l’Armagnac ont lieu à Aire et à Mont de Marsan. Elle s’exporte en Europe du nord et en Amérique. Puis, au XIXe siècle, le Phylloxera réduit de trois quarts le vignoble.

Éauze est au centre de la région de production de l’armagnac. Le Bureau National Interprofessionnel de l’armagnac (BNIA), le Comité Interprofessionnel du Floc de Gascogne, le Syndicat des Vins de Côte de Gascogne et les Vignerons Indépendants de France, ont leur siège à Éauze.

Après avoir été la capitale de la Novempopulanie, Éauze est devenue la capitale des vins d’armagnac. Tout cela finalement… grâce aux Romains !

Serge Clos-Versaille

écrit en orthographe nouvelle

Références

Pôle archéologique, Elusa capitale antique
Quelques réflexions sur l’urbanisme de l’antique Elusa d’après les photographies aériennes, Catherine Petit-Aupert, 2010.

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2 réflexions sur “Éauze la romaine

  1. Andréu Pic en BARRI d’EUSE :

    Aqueth barri oey dat
    a l’aret dou bigné
    en-tems qu’ère ciutat
    roumane…Bourdilé

    qui trestéyes l’estout
    abise’t d’esmouchà
    la rélhe au marme rout
    soubrance d’un autà

    lati ou d’estrouncà
    ü cap d’Emperadou
    qui counegou lou car
    dous trimfes e cadou
    (…)

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