Fin des guerres de religion en Bigorre

Entrée_Henri_IV et guerres de religion

Les guerres de religion ont terrorisé et ravagé la Bigorre. Près de quarante années de troubles et de violences trouveront leur dénouement à la fin du XVIe siècle. Henri de Navarre le huguenot, héritier possible du trône de France, cristallise les rejets de la Ligue catholique. Devenu Henri IV et catholique, il apaisera le conflit. Jean-Louis Cabarrou nous parle dans ce deuxième épisode, de la période 1575 à 1598. Cet épisode fait suite à la présentation du début du conflit entre 1562 et 1574.

Dix ans d’accalmie dans les guerres de religion en Bigorre

Henri de Navarre et Margot - guerres de religion
18 août 1572 – Mariage d’Henri de Navarre et de la Reine Margot.

Nous ne savons pratiquement rien de ce qui se passe en Bigorre entre 1574 et 1584. On ne connaît que l’étendue des dégâts du diocèse recensés par le sénéchal catholique en 1575.

On peut supposer que la pression protestante venue du Béarn ou du Languedoc est retombée. En effet, Henri de Navarre est détenu comme otage à la cour de France depuis la dramatique Saint Barthélémy du 24 août 1572. Rappelons que les catholiques ont déclenché ce massacre à l’occasion du mariage de Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, le 18 août 1572.

Le parti protestant se borne à conserver ses positions locales.

Après sa fuite en 1576, le roi de Navarre, apparemment sans trop de heurts, reprend un relatif contrôle de la Bigorre et du Nébouzan, mené par Henri d’Albret, seigneur de Miossens. Plus généralement, il s’efforce de consolider l’assise du protestantisme dans le Midi.

Cette relative accalmie des guerres de religion ne dure pas. Les tensions augmentent en 1584 en raison des nouvelles perspectives quant à la succession au trône de France. Selon la loi salique, le décès du frère cadet du roi Henri III fait d’Henri de Navarre l’héritier potentiel du royaume de France. Car les deux frères n’ont pas d’enfant.

Ce cas de figure est intolérable pour la ligue catholique. Alors cette dernière prend le contrôle du royaume au nord d’une ligne Nantes-Grenoble. Elle garde son bastion de Toulouse  dans le Midi.

C’est cette même année que les archives communales de Mauvezin sont déclarées brûlées, détruites ou égarées. Un fait qui peut aussi bien remonter au passage de Montgomery, quinze ans auparavant qu’à des troubles concomitants. C’est ce que suggère l’arrêt du parlement de Toulouse. Il permet aux notaires de Mauvezin et à d’autres de se réfugier ailleurs, en cas d’insécurité.

La reprise des hostilités en 1585, encore liée à des tensions extérieures

Saint-Bertrand de Comminges et les guerres de religion
En 1586, A-G de Sus prend Saint-Bertrand de Comminges

En 1585, Antoine-Gabriel de Sus, gendre du baron protestant de Bénac, devient capitaine du château de Mauvezin pour Henri de Navarre. La guerre de religion reprend en Nébouzan, que ce souverain entend contrôler. L’armée de la ligue catholique commandée par le baron de Castelnau Chalosse s’empare de Vic et de Rabastens. D’autres ligueurs menés par le vicomte de Larboust et Théophile de Grammont occupent Tournay et Bordes et s’y retranchent. Le baron de Bénac, sénéchal protestant de Bigorre, ne parvient pas à les en déloger.

Le 17 ou le 22 avril 1586,  Antoine-Gabriel de Sus s’empare de Saint Bertrand de Comminges dont l’évêque est l’un des chefs de la ligue à Toulouse. Il pille le trésor de la cathédrale, puis la commanderie de Boudrac et la chapelle de Garaison. Dès le 8 juillet, l’évêque peut retourner dans sa cité épiscopale.

Lors de la bataille de Coutras,  Henri de Navarre écrase l’armée royale commandée par le duc Anne de Joyeuse, qui meurt dans la bataille.

Le retour d’Henri de Navarre en Béarn, après sa victoire de Coutras le 20 octobre 1587, va apaiser un tant soit peu les violences en Bigorre et Nébouzan.

En 1587, le capitaine Sus quitte ou est obligé d’évacuer Mauvezin en Nébouzan pour Mauvezin en Fezensaguet. De même, les ligueurs évacuent Bordes et Tournay en ce même début d’année après y avoir vécu deux ans sur le dos des populations.

Un revirement, l’alliance entre les deux rois de France et de Navarre  

L'assassinat du Duc de Guise le 23 décembre 1588 et les guerres de religion
L’assassinat du Duc de Guise le 23 décembre 1588

Que se passe-t-il au sommet du royaume de France qui pourrait entraîner une poursuite de ce semblant d’accalmie régionale dans les guerres de religion ? De graves dissensions apparaissent entre le roi de France Henri III et le duc de Guise chef des ligueurs. Une insurrection catholique chasse le roi de Paris en mai 1588. En représailles, celui-ci fait assassiner le duc de Guise et son frère le 23 décembre de cette même année.

Le pouvoir royal a rarement été dans une telle position de faiblesse. Il est pris en étau entre la France ultra-catholique du nord et la France du Midi, dominée politiquement par les protestants. C’est une domination paradoxalement plutôt acceptée par les élites catholiques locales.

Une réalité pas si surprenante que cela, en ce sens qu’elle correspond à des clivages linguistiques, culturels et coutumiers…

Le 1er août 1589, Henri III désigne Henri de Navarre comme son successeur. et les guerres de religions
Le 1er août 1589, avant de mourir, Henri III désigne Henri de Navarre comme son successeur.

Tout ces facteurs conduisent à une alliance entre les deux souverains de France et de Navarre, qui se concrétise le 30 avril 1589. Une convergence insupportable pour les ultra-catholiques, qui entraîne l’assassinat du roi de France le 1er août… Le premier garde à venir au secours du roi est un Nestois, Bernard de Montserié. Cela illustre bien les choix divers effectués par la noblesse pyrénéenne.

Héritier légitime au titre de la loi salique, Henri de Navarre devient roi de France, le 1er août 1589, sous le nom d’Henri IV.

Le vol systématique des recettes fiscales du Nébouzan pour financer les guerres de religion

Le château de Mauvezin, enjeu des guerres de religion
Le château de Mauvezin, enjeu local des guerres de religion

Jusque-là, en dehors du bassin parisien, les factions étaient demeurées dans une position relativement attentiste. La guerre entre le nouveau roi et la ligue, embrase à nouveau tout l’hexagone. Aux yeux de la ligue, son avènement est intolérable

Le roi Henri IV guerroie souvent victorieusement contre la ligue près de Paris. Mais en Nébouzan et en Bigorre, les ligueurs, toujours appuyés par le parlement de Toulouse, battent en brèche l’autorité de la régente Catherine de Navarre, sa sœur.

En 1590, Arnaud de Mauléon semble être lieutenant  du château de Mauvezin, même si parfois on le qualifie de capitaine. Toutefois, est-ce celui qui avait exercé les mêmes fonctions il y a quelques décennies ou est-ce son fils ?

L’argent, nerf des guerres de religion

Abbaye d'Escaladieu - salle capitulaire et guerres de religion
Abbaye d’Escaladieu – la salle capitulaire

Le mardi de Pâques 1590, une troupe de ligueurs menée par le capitaine Bonnefont, Bertrand d’Antin dérobe une recette de 650 livres au commis du trésorier de Nébouzan, dans une maison que possédait le roi à Cieutat. Des bandes armées pillent la maison à six reprises.

C’est ainsi que le trésorier de Nébouzan, Arnaut Dallemant, alors basé à l’abbaye de l’Escaladieu, reçoit l’ordre de la régente Catherine de se réfugier au château de Mauvezin. Et d’y mettre en sûreté toutes ses recettes. Mauvaise idée… Le 7 janvier 1591, Bonnefont et sa troupe surprennent le capitaine du château en sa maison du village. Ils le tuent et font prisonnier le trésorier qu’il hébergeait. Bonnefont s’empare alors du château et récupère 1 500 livres de recettes. Avant de libérer Dallemant contre une rançon de 1200 livres.

Nous ne savons pas qui est le capitaine tué par Bonnefont. Ce n’est pas Arnaut de Mauléon qui semble plutôt être le lieutenant du capitaine.

La salle basse du château servit longtemps de prison, notamment pendant les guerres de Religion. On y trouve encore, gravée sur une pierre, une inscription, vraisemblablement faite par un protestant prisonnier : « Dieu seul sera adoré et l’antéchrist de Rome abismé »

Le 23 avril 1592, une sentence prévôtale condamne à la pendaison trois habitants de Cieutat dans la basse-cour du château de Mauvezin. Les prolongements apparents de cette affaire, tout comme le lieu de domicile des condamnés, incitent à se demander s’il n’y aurait pas un lien avec le vol des 650 livres et les pillages de la maison du roi de Cieutat. Voire avec le vol commis au château, perpétré les années précédentes.

Les ligueurs s’emparent de la Bigorre

En 1592, les ligueurs du Comminges envahissent la Bigorre. Ils volent le bétail et terrorisent la population. Une grande partie d’entre elle se réfugie en Espagne, dans le plus grand dénuement et sous l’emprise de la peur…

Les troupes catholiques de Villars pillent et brûlent Pontacq en octobre 1592. Une épidémie s’y déclare et les troupes catholiques l’évacuent.

En 1593, la plaine Tarbaise est toujours occupée. Les ligueurs mènent un raid dévastateur en Rivière Basse. Les Huguenots les chassent de Tarbes en 1594.

En effet, l’abjuration du protestantisme par Henri IV le 25 juillet 1593 commence à fragiliser la ligue. L’entrée du roi à Paris le 22 mars 1594 conforte ce basculement et entrainera la fin des guerres de religion.

De mystérieux règlements de compte autour de Mauvezin

Le parent d’un des pendus de Mauvezin en 1792, toujours de Cieutat et vraisemblablement mêlé à la même affaire, est également condamné à la pendaison le 12 août 1594. Ayant fait appel, il meurt le 6 décembre 1594, emprisonné au château de Mauvezin.

Arnaut de Mauléon est assassiné fin 1595 ou début 1596. C’est un cagot, Jean Bauliès, le frère d’un des pendus de 1592, qui est accusé du meurtre. Il est également condamné et pendu à Cieutat pour ce qui pourrait être une vengeance à l’égard de ceux qui auraient pu faire condamner son frère…

C’est le nouveau lieutenant du château, Gaston de Barèges, sieur de Bulan, appelé capitaine Tilhouse qui préside cette exécution. Le capitaine en est Henri d’Albret, sieur de Miossens…

L’Édit de Nantes et la fin des guerres de religion

Le 13 avril 1598, Henri IV en signant l’Edit de Nantes, pacifie la France

La promulgation de l’Édit de Nantes le 13 avril 1598, officialise le retour de la paix.

Coincés entre Toulouse et le Béarn, le Nébouzan et la Bigorre représentaient un enjeu stratégique pour ces deux pôles de religions antagonistes qui se sont efforcés d’en prendre le contrôle.

Ainsi, ces territoires sont devenus des champs de bataille récurrents au détriment de la majorité de la population. Une population au départ peu impliquée dans ces querelles religieuses….

Jean-Louis Cabarrou

Bibliographie

Ouvrages de la Bibliothèque Escòla Gaston Febus :
Mauvezin, le château et le village, Claude Barlangue et Robert Vié, Escòla Gaston Febus, 2004
Archives historiques de la Gascogne Sommaire description du païs et comté de Bigorre, Gaston Balencié, 1887

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *