Être la cadette parmi des stations touristiques réputées n’est pas une mince affaire. Quoi qu’il en soit, cela n’empêche pas la réussite et c’est ce qui est arrivé à Hossegor dans les Landes.
Perdue dans les sables
Sòrts (Soorts) est un petit village du pays de Maremne (du latin « région maritime »). C’est ce petit pays côtier qui s’étend des marais d’Òrcs a Senhòssa (d’Orx à Seignosse).
On y vit d’agriculture. Le froment et le millet sont les cultures principales. Les forêts de pins donnent un peu de résine d’où on titre de la gemme, de l’encens, du goudron et de la « tourmentine » (Térébenthine). Sur les dunes, on cultive la vigne qui donne le « Capbreton » qui s’appellera plus tard « Le vin de sable », exporté à Baiona (Bayonne).

C’est un pays marécageux. Le marais d’Orx a fait l’objet d’une tentative d’asséchement pour le mettre en culture. Henri IV a lancé le projet et Louis XIV y fait faire de grands travaux. L’assèchement du marais s’achève au XIXe siècle. Mais, des pluies diluviennes en 1988 ruinent tous les efforts entrepris et reconstituent le marais. Finalement, le Conservatoire du Littoral l’acquiert en 1990.
Le pays de Maremne correspond à l’ancienne embouchure de l’Adour, ou tout au moins à son delta car c’est un fleuve capricieux. Le marais d’Òrcs (Orx) et le lac d’Òssagòr (Hossegor) sont des restes de l’ancien lit de l’Adour.
En fait, Òssagòr est le nom d’un quartier de la commune de Sòrts. En 1913, la commune prend le nom de Sòrts e Òssagòr (Soorts-Hossegor).
Hossegor, une station balnéaire très littéraire
Les stations balnéaires d’Arcachon et de Biarritz, voulues par Napoléon III, attirent une riche clientèle de nobles européens et de bourgeois fortunés.
Entre elles, il y a Capbreton. C’est un important port de pêche situé devant le Gouf qui lui assure une bonne pêche. Autour, il y a des petits villages agricoles comme Sòrts.
À partir de 1903, Sòrts attire une clientèle aisée d’intellectuels parisiens, notamment des écrivains, qui en font leur lieu de villégiature. Ils s’installent autour du lac d’Òssagòr et construisent des villas dans lesquelles ils ne résident que quelques mois par an. Vestige de l’ancien lit de l’Adour, Napoléon III fait creuser un chenal pour relier le lac à la mer, mais une violente tempête achève l’ouvrage en 1876.
Le premier de ces intellectuels s’appelle Séraphin Justin-François Boex, plus connu sous son nom d’écrivain de J.H Rosny (1859-1948). Suivront Paul Margueritte (1860-1918), Charles Derennes (1878-1930), Tristan Derème (1889-1941) ou encore Léon Blum (1872-1950).

J.H Rosny et Paul Margueritte, tous deux membres de l’Académie Goncourt, fondent en 1909 un cercle littéraire qu’ils appellent « Les amis du Lac d’Hossegor ». Grâce à des amis parisiens influents et haut placés, ils réussissent à préserver le lieu et à s’opposer à des projets de déforestation, de création d’un champ de tir ou à éloigner une ligne de chemin de fer.
C’est d’ailleurs lors d’un périple entre Arcachon et Biarritz en 1905, que Maurice Martin (1861-1941), poète et journaliste bordelais, donne le nom de « Côte d’Argent » au littoral aquitain.
Hossegor au temps des promoteurs

Toutefois, les écrivains du lac d’Òssagòr n’occupent les villas qu’une partie de l’année. C’est le développement du tourisme et des congés payés qui entraine l’essor du site.
Plus précisément, c’est l’œuvre d’Alfred Eluère (1893-1985), joueur de rugby au Stade Nantais, homme politique et finalement promoteur immobilier. Il découvre Òssagòr lors de son voyage de noces en 1920 et tombe amoureux du site. En 1923, il obtient la concession de terrains boisés appartenant à la commune.
Les lotissements sortent de terre et s’agrandissent au fur et à mesure des acquisitions de terrains ou de nouvelles concessions communales. De nouvelles villas apparaissent, le front de mer est aménagé en 1928, le Sporting-Casino construit en 1927-1928, ainsi que le golf en 1930. Seule la crise vient freiner les projets.
Alfred Eluère se retire de ses sociétés immobilières en 1931. Il est élu maire d’Òssagòr en 1935 et le restera, sans discontinuer, jusqu’en 1972.
En 1935, une loi crée les groupements régionaux d’urbanisme pour la planification urbaine et la création de vastes ensembles d’urbanisme. En 1936, se crée le « Groupement régional d’urbanisme des lacs landais et du Bas-Adour », intégrant Òssagòr. Si Alfred Eluère n’est plus aux affaires, c’est bien lui qui est l’auteur du premier plan d’aménagement de la station balnéaire.

Le succès du style néobasque
Les écrivains construisent des villas de villégiature autour du lac d’Òssagòr. Jusqu’aux années 1950, la station balnéaire attire une clientèle bourgeoise de Paris ou de la région. Industriels, universitaires et médecins s’y pressent. Chacun amène un architecte de sa région pour construire sa villa.
À partir de 1920, les programmes immobiliers se succèdent pour accueillir tout ce monde. Ils adoptent le style néobasque qui s’inspire des fermes labourdines et qui connait un grand succès dans le Sud-Ouest jusqu’aux années 1940.
Les promoteurs de ce style architectural sont Louis (1876-1940) et Benjamin (1885-1959) Gomez de Bayonne et le Bordelais Henri Godbarge (1872-1946).

Ainsi, ils sont à l’origine d’une quarantaine de villas, de l’Hôtel du Lac, de l’ Hôtel du Parc et du Sporting casino. Bâti à partir de 1927, cet établissement associe un casino et un complexe sportif. On y trouve une salle de jeux, une salle de spectacles, un cinéma, un dancing, un restaurant, une piscine, une salle de musculation, des courts de tennis et un fronton.
Pour relier les deux quartiers de Sòrts et d’Òssagòr, on construit un pont en bêton en 1924 à la place de la passerelle en bois. Des places et des avenues sont dessinées et Òssagòr prend peu à peu les airs d’une agglomération. On finit par vouloir y transférer la mairie. Les habitants de Sòrts s’y opposent et sortent les fusils. Finalement, on trouve un accord. La mairie est transférée mais une permanence est assurée à Sòrts ou demeure installée la Marianne de la mairie.
Hossegor, capitale du surf
À partir de 1950, la station balnéaire d’Òssagòr se démocratise. Puis, les premières constructions de villas au style moderne commencent dans les années 1990.
Le surf est en vogue. En 1957, le Dacquois Jack Rott, le pionnier du surf français, chevauche les longues vagues d’Òssagòr qui sont dues à la présence du Gouf de Capbreton. D’autres sportifs suivent et fréquentent la plage de la Gravière. Ils viennent du monde entier. Cet afflux massif n’est pas forcément du gout des habitants.
En 1980, Òssagòr accueille le championnat du monde du surf amateur. En 1984, la Fédération Française de Surf, fondée par Jack Rott, transfère son siège de Biarritz à Òssagòr. La « Californie de l’Europe » trouve sa place dans le circuit mondial. De 1994 à 2009, on y organise les championnats du monde du surf.
À partir de 2001, le Rip Curl Pro Hossegor, manche du championnat du monde de surf entre 1987 et 2000, devient la Quick Silver Pro-France. Les spots de surf se situent sur la « plage des culs nus », la « plage de la gravière » et la « plage du nord ».

Le surf prend une place importante dans l’économie de la Gascogne. Il crée de nombreux emplois dans les boutiques, dans la fabrication des planches de surf ou dans les écoles de surf. Les plus grandes marques du monde du surf sont implantées à Òssagòr (Billabong, Rip Curl, Quicksilver, etc.) et c’est pourquoi on y rencontre une forte colonie d’Américains ou d’Australiens.
Serge Clos-Versaille
écrit en orthographe réformée en 1990
Références
Sébastien BARRERE, Petite histoire d’Hossegor, Éditions Cairn, 2015.
Francis HIRIGOYEN, Histoire de la baronnie de Labenne-Capbreton et de la vicomté de Maremne, Editions Princi Negre, 2001.

